Avertissements : voir partie 1
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Chapitre 7
Catherine savait qu'elle ne pourrait pas toujours éviter Sara. Et puis, ce n'était qu'un petit baiser sur la main après tout. Cela n'avait même pas semblé perturber Sara plus que ça. Ce n'était pas comme si elle l'avait embrassé ! Bon d'accord, pour être honnête, depuis que Lady Heather avait ouvert une porte que Catherine voulait désespérément garder fermée, la criminaliste n'avait pu s'empêcher d'imaginer la sensation qu'elle éprouverait en caressant la peau douce de Sara ou en l'embrassant…
'L'embrasser… et pas sur la main… Génial, maintenant je vais devoir appeler un prêtre pour exorciser Lady Heather de ma tête!' Catherine soupira et passa la main sur son front, comme pour écarter la migraine qu'elle sentait venir. 'J'ai dépassé depuis longtemps mes horaires de travail, et il s'est passé bien trop d'heures depuis la dernière fois que j'ai mangé, dormi ou passé du temps avec Linds… Pas étonnant que mon esprit me joue des tours!' Satisfaite de son raisonnement, la blonde se sentit enfin prête à affronter Sara après ce qui s'était passé dans la salle de repos, quelques heures plus tôt.
Bien sûr, Catherine n'était pas la seule affectée par les longues heures de travail. Sara n'était probablement pas en meilleur état. La seule différence, c'était que dépasser ses horaires de travail était une habitude pour elle. D'ailleurs, si elle ne faisait pas attention, elle allait encore dépasser son quota d'heures sup' du mois. Et une fois de plus, Grissom allait être obligé de la confiner à la paperasserie plutôt qu'au travail de terrain. Catherine savait que sa jeune collègue détestait la paperasserie et considérait ça comme une véritable punition. Et pour être honnête, Catherine aimait travailler avec Sara. La façon dont son esprit fonctionnait, la façon qu'elle avait de se jeter à corps perdu dans une affaire et de tout donner était pour le moins… inspirante. Elle aurait juste aimé que Sara songe un peu plus à elle-même.
'… "ça craint quand la personne qu'on admire autant…" D'accord Warrick, tu as délibérément occulté la fin de ta phrase… mais je sais ce que tu voulais dire. Ça craint quand la personne qu'on admire autant ne fait pas attention à soi. Je l'admets, c'est tout à fait moi. Je n'ai aucun problème pour complimenter les garçons sur leur boulot, même Greg, mais il semblerait que "bon boulot, Sara" soit au dessus de mes forces. Et j'imagine que si je bossais jusqu'à l'épuisement comme le fait Sara et que la seule personne de la bouche de qui j'aimerai entendre que je fais du bon boulot refusait de me le dire, j'aurais probablement tendance à devenir un peu irritable moi aussi. "Elle vous est soumise mais elle attend en échange une certaine reconnaissance, une récompense et en la lui refusant vous la rendez confuse et agitée. Et face à son malaise, votre passion devient hostile à son tour." Ok. Peut-être que vous avez raison Lady Heather. Testons votre petite théorie.'
Son esprit était tellement tourné vers ses propres pensés que Catherine ne réalisa même pas qu'elle arrivait dans le labo de Sara avant d'en avoir passé le seuil. Enfin, en réalité ce n'était pas vraiment le labo de Sara, mais c'est ainsi que tout le monde l'appelait depuis qu'elle avait choisi d'en faire son lieu de prédilection. Pourtant, il n'avait ni plus, ni moins d'équipement que les autres labos. Personne ne savait pourquoi elle avait choisi celui-ci plutôt qu'un autre.
Catherine avait toujours l'impression d'être un poisson dans un aquarium lorsqu'elle se déplaçait dans les couloirs stériles du labo criminel. Les néons bleutés et les immenses vitres qui délimitaient les différents labos ajoutaient à l'ambiance aquatique. Seuls quelques labos disposaient de stores mais, en réalité, on ne les utilisait qu'en dernier ressort, lorsqu'il fallait utiliser la technique de l'ALS (Source Alternative de Lumière) pour révéler des traces de fluides corporels. Bien sûr, les bureaux (pour les rares chanceux qui en disposaient) avaient eux aussi des stores, pour permettre un peu d'intimité. Le regard de Catherine se porta de l'autre côté du labo de Sara, et elle aperçu son propre bureau. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'y avait jamais fait attention.
'Elle a choisi le labo le plus proche de mon bureau' Songea-t-elle, pas sûre de savoir ce que cela signifiait. Elle se racla la gorge pour attirer l'attention de Sara. "Alors, tu as trouvé quelque chose concernant les fibres?"
Sara répondit avec une autre question : "Tu te rappelles de ce vieux film, la malédiction"?
Catherine hocha la tête. "Des chiens démoniaques, un gamin censé être le fils du diable et un majordome qui faisait dresser les cheveux sur la tête?"
Sara acquiesça. "C'est ça. Eh bien, à la suite de la sortie de ce film, la popularité des rottweiler a monté en flèche. Beaucoup de gens voulaient un des 'chiens de l'enfer', surtout parmi l'audience masculine."
"Et tous les petits garçons voulaient un grand méchant chien. Gros flingues, grosses voitures, méchants chiens… que de la frime," commenta Catherine avec sarcasme avant d’ajouter avec un clin d’œil : "Ou bien le besoin de compenser autre chose."
Elle étudia les preuves réunies devant Sara. "Bon, la question qui nous reste maintenant c'est : est-ce que le méchant toutou fait parti de notre affaire ou bien est-ce qu'il a simplement croisé le chemin de notre petite victime?"
"On sait déjà que le chien l'a mordu," commença Sara. "Et j'ai trouvé des fibres d'un donneur inconnu dans le massif. Elles appartiennent peut-être au propriétaire du chien?"
"Ou alors le chien n'était qu'un visiteur inopportun. Peut-être que notre Jane Doe aimait les chiens. Elle l'a vu, a voulu s'approcher mais il s'est rebiffé. Elle prend peur et se cache dans le massif ?..."
"…Il l'a sent et la retrouve. Elle tente de le faire reculer par des coups de pieds et il la mord" continua Sara suivant le raisonnement de sa collègue. Elle imaginait parfaitement la petite fille tellement terrorisée par le rottweiler qu'elle ne se préoccupait plus des épines. "Sauf qu'elle a été battue… Et on a un mobile pour Emily mais aucune preuve la plaçant sur les lieux."
Sara était minutieuse et rigoureuse. Catherine savait que si elle n'avait pas trouvé d'indices pour inculper Emily Greeson, c'était qu'il n'y en avait pas. "Peut-être qu'elle avait un complice?" proposa-t-elle.
"Le propriétaire du chien?" offrit Sara. "Le tissu bleu que j'ai trouvé est similaire à la laine utilisé dans les blousons offerts par les universités à leurs athlètes. Et en bonus, le bleu est la couleur de l'université de Vegas."
"Le maître du chien est donc un athlète" enchaîna Catherine. "Peut-être qu'il a simplement voulu récupérer son chien et qu'il n'a pas vu la gamine. Il faisait plutôt sombre… Il attrape le chien par le collier et le tire, mais comme le chien est occupé par autre chose…"
"… il utilise la force et érafle son blouson sur les épines, et tout comme moi, il se blesse," continua Sara. "C'est une théorie."
Catherine observa la jeune femme avec intérêt. Visiblement, les pensées de Sara suivaient exactement le même cheminement que les siennes. Pour être honnête, ce n'était pas la première fois que Catherine s'intéressait au raisonnement de sa collègue. Elle avait toujours été fascinée par le fonctionnement de l'intellect de Sara. Mais elle ne s'était jamais rendu compte à quel point elles étaient complémentaires.
Jusqu'à aujourd'hui.
'Merci beaucoup Lady Heather!'
Catherine acquiesça. "Bien joué, Sara." Elle allait ajouter quelque chose lorsqu'elle fut coupée dans son élan par l'expression de sa collègue. Elle ne souriait pas vraiment… Enfin pas comme le sourire qui l'avait fait rougir quelques heures plutôt après l'incident de la main, mais c'était définitivement un demi-sourire qui s'étirait sur les lèvres de la jeune CSI. Et ce petit sourire trahissait une telle chaleur que Catherine sentit son cœur fondre. Les yeux chocolat de Sara pétillaient d'étonnement et d'autre chose (de la gratitude ?). Catherine s'aperçu qu'elle aimait beaucoup ce regard et qu'elle désirait vraiment faire en sorte de maintenir cette expression dans ces jolis yeux chocolat. Elle se racla la gorge. "Je pense qu'on devrait quand même faire venir Emily ici et lui montrer la montre, histoire de voir si elle craque. Les seules personnes qui pourraient connaître l'importance de cette montre et de cette musique sont Lady Heather, Zoé, Dimitri et Emily. Un quelconque athlète de l'université ne s'intéresserait pas à un air de la renaissance !"
"Hum. Effectivement, ce n'est pas vraiment du Metallica" admit Sara. "Mais rien ne prouve que celui qui a placé la montre en connaissait l'importance réelle. Et si on considère que c'est le cas, on restreint fortement le champs des suspects, et on fait de cette montre un indice prédominant qui place Emily sur les lieux du crime, Cath."
"Tu as une meilleure idée ?" rétorqua Catherine un peu sur la défensive. Elle parvint néanmoins à se contenir et à éviter que sa voix ne devienne glaciale, sa remarque sonnant plutôt sarcastique.
"Non, répondit Sara en haussant les épaule. "Brass a appelé à propos du maître du chien ?"
Catherine était sur le point de répondre lorsque son téléphone se mit à sonner. "Willows." Répondit-elle en faisant signe à Sara d'attendre un moment. Quelques secondes plus tard, elle forma le mot "Brass".
"En parlant du loup…" murmura Sara, un léger sourire jouant au coin de sa bouche.
Catherine s'efforça de réprimer son envie de pouffer aux oreilles du capitaine de la brigade des homicides.
Pendant que sa collègue s'entretenait avec Brass, Sara s'occupa une fois de plus de ranger les indices. Tout en rangeant, elle glissa quelques regards vers Catherine. Elle ne put s'empêcher d'être frappé par la douce beauté qui se dégageait de la silhouette de sa collègue. Catherine était toujours si pleine d'assurance et de pouvoir, que Sara se sentait irrésistiblement attirée par sa collègue. Et ce qui l'attirait tout particulièrement, c'était ses magnifiques yeux bleus, couleur d'océan. Un abysse dans lequel Sara n'hésiterait pas à plonger, si seulement elle y était invitée.
"Sara ?"
"Hein ?"
"Ça fait deux fois que je t'appelle. Il fait beau dans ton monde?" la taquina gentiment Catherine.
"Quel monde?" demanda Sara en fronçant les sourcils, complètement perdue.
"Celui dans lequel tu étais partie" expliqua Catherine avec un sourire. "Tu avais l'air d'être perdue dans tes pensées. Ça va ? "
"Oui, oui." Sara se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Elle esquissa un sourire embarrassé et chercha à changer le sujet. "Euh… alors, que voulait Brass ?"
"Il a demandé à ses hommes de répertorier tous les fumeurs de pipe utilisant du tabac Dunbar dans les environs. Et le premier en haut de sa liste, c'est Stirling. Vient ensuite Emily, elle aussi bien évidemment connue des vendeurs locaux. Bien sûr, il a aussi noté quelques touristes mais rien de vraiment probant si ce n'est un jeune homme qui a acheté un bon paquet de tabac récemment. Il a dit que c'était un cadeau de remerciement parce que "le prof Stirling l'avait beaucoup aidé et qu'il ne tenait pas à offrir au bon professeur une cravate"".
"Un athlète?"
Catherine hocha la tête. "Il portait un blouson aux couleurs de l'université."
"Une adresse ?"
"Brass est en train de la rechercher en ce moment même. Ils sont en train de dresser un portrait robot à partir de la description du vendeur et ils nous envoient la vidéo de surveillance de la boutique. Archie pourra sûrement obtenir une image qui nous permettra d'avancer. Brass a aussi dressé la liste des propriétaires de gros chiens autour du campus. Il nous l'envoie avec la vidéo."
Catherine sentit soudain son estomac lui rappeler que cela faisait plusieurs heures qu'elle n'avait rien avalé. Elle observa sa jeune collègue. Sara avait la réputation de survivre en ne buvant que du café, mais ce n'était pas une raison pour se laisser mourir de faim. "Je ne sais pas toi, mais je meurs de faim. Je propose qu'on passe chercher un truc à grignoter en ville en attendant que Brass revienne. Qu'en dis-tu ?"
"Maintenant que tu le dis, j'ai un peu faim aussi." accepta Sara avec un sourire.
Après s'être assurée qu'elle avait bien rangé tous les indices, elle suivit Catherine vers la sortie. Le labo criminel n'était qu'à quelques pas du resto préféré des flics de la ville. Le proprio était un ancien flic à la retraite qui avait hérité de l'endroit quelques années auparavant. La plupart des policiers et quelques criminalistes faisaient partie des habitués. À tel point que le cuisinier savait presque toujours quoi leur servir sans avoir besoin de leur demander.
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Quinze minutes plus tard, les deux criminalistes étaient de retour dans la salle de repos, transportant chacune un sandwich œuf-salade, des cornichons et un soda light. À peine furent-elle installée que Brass arriva à son tour.
"Est-ce qu'il y a une chance pour que j'arrive à convaincre l'une de vous de partager?" demanda-t-il en prenant place à côté de Catherine. Il savait par expérience que Sara aimait préserver son espace personnel. Néanmoins, ce fut la brunette qui lui tendit la moitié de son sandwich avec un sourire amical. Brass lui rendit son sourire. "Merci" répondit-il en engloutissant la moitié de sa part en une seule bouchée.
Jim Brass, capitaine de la brigade des homicides, était un homme posé, qui dégageait un sentiment de professionnalisme. Il était toujours vêtu de façon sobre. Aujourd'hui, sa tenue consistait en une veste grise, une chemise bleue avec une cravate d'un bleu plus soutenu striée de petites bandes diagonales couleur or et argent et un pantalon noir. Une paire de chaussures noires complétait sa tenue. Son badge de détective était épinglé sur le devant de sa veste et les années qu'il avait passé dernière se badge se reflétait lourdement dans ses yeux.
"Il semblerait que le professeur Stirling n'ait pas que des amis autour du campus" lança Brass entre deux bouchées. "Certains membres de l'équipe de football et leur coach ne semble pas vraiment le porter dans leur cœur. Apparemment, Stirling n'aurait pas l'esprit d'équipe. Il a refusé de mettre la moyenne à un des athlètes de la fac et cela a suffit à écarter le gamin de l'équipe. Le coach n'a pas vraiment apprécié. Il a dit qu'il s'arrangerait pour que Stirling voit les choses à sa façon." Brass termina d'engloutir son sandwich avant de reprendre. "Le gamin, Max Kingsley, a été un peu plus violent. Il aurait coincé Stirling et lui aurait flanqué une bonne raclée. Assez pour que Stirling finisse à l'hôpital avec quelques côtes fêlées. En revanche, ce qui est étrange, c'est que le professeur n'a pas souhaité porter plainte. Bien sûr, Kingsley a été expulsé de la fac."
Catherine et Sara échangèrent un long regard, parvenues à la même conclusion.
Brass observa l'échange silencieux entre les deux criminalistes et ne put s'empêcher de sourire. "J'ai fait mettre un avis de recherche sur Kingsley. On le retrouvera."
"Est-ce que ce Kingsley aurait un chien par hasard ?" demanda Sara avec une innocence feinte.
Brass sourit de nouveau. "Pourquoi est-ce que je savais que tu allais me demander ça Sara ? Eh bien, oui. Il a un chien. Et on a même réussit à obtenir une description du gamin auprès ses camarades de classe. Elle correspond à celle du vendeur de tabac. Il ne restera plus qu'à confirmer tout ça grâce à la vidéo de surveillance."
"Jim, il faudrait que vous fassiez venir Emily Greeson pour un interrogatoire. On a un mobile." Catherine l'informa des différents indices qu'elles avaient récoltés ainsi que des témoignages de Lady Heather et de Zoé. Et plus ça allait, plus les indices pointaient dans la direction de Greeson et de son présumé complice Kingsley.
"Très bien. J'enverrais quelqu'un", acquiesça Brass. "Alors comme ça… Lady H et le bon professeur ? Pas étonnant qu'elle ait un faible pour Griss! Pourtant, je n'arrête pas de lui dire qu'il ferait mieux de s'offrir une voiture de sport ! C'est moins cher et surtout moins dangereux."
Les filles ne purent réprimer un sourire.
"Cette Greeson doit être confrontée à pas mal de compétition. Le fantôme d'un ex-amour… c'est plutôt dur d'être à la hauteur en face de ça. Si Stirling s'accroche à ses souvenirs de Lady H, pas étonnant qu'elle soit au bout du rouleau. Elle doit être sacrément frustrée! Surtout si on prend en considération les interrogatoires de certains étudiants qui prétendent que si Stirling est un célibataire endurci, c'est qu'il… euh…."
"Ferait un bon soprano ?" offrit Catherine devant l'inconfort de Brass.
Il hocha la tête, toujours mal à l'aise. "Le coach de l'équipe de Football lui-même a contribué à répandre la rumeur. Quand on lui a demandé ce qu'il entendait par "s'arranger pour que le professeur voit les choses à sa façon", il a répondu illico qu'il ne frapperait jamais un moine. On lui a demandé ce que cela signifiait, et il nous a répondu que Stirling était un eunuque et encore plus coincé que son propre prêtre, et qu'on ne frappait pas un mec comme ça."
"Donc, "lui faire voir les choses à sa façon" n'était pas une menace physique?" demanda Sara.
Brass secoua la tête. "Non. Le Coach prétend avoir été voir le principal et avoir tout fait pour coller un rapport contre Stirling pour discrimination contre un athlète. Mais ça n'a pas marché parce que Stirling avait déjà offert plusieurs fois à Kingsley de l'aider à remonter sa moyenne. Sauf que l'imbécile était bien trop fier pour accepter. Enfin bref, le Coach s'est finalement tourné vers une autre tactique : il a demandé à son équipe d'abandonner la classe de Stirling et de prendre un autre prof. Il s'est attaqué à la seule chose qui blesserait vraiment Stirling : perdre ses élèves."
"Génial. Maintenant on a un mobile pour 2 suspects différents" soupira Catherine. "Sans compter une possible conspiration. Kingsley accuse Stirling du meurtre de l'enfant… un enfant que Stirling ne veut pas, ou ne peut pas, donner à Greeson. On sait que Stirling a une montre en or qui joue un air unique et qu'il fume une certaine marque de tabac, peu courante elle aussi, et que les deux ont été retrouvé sur les lieux du crime. Il faut ajouter la possibilité que Greeson souhaite jouer les héros et prévoit d'accuser Kingsley pour sauver Stirling, dans l'espoir qu'il lui soit tellement reconnaissant qu'il lui tombe dans les bras. Enfin, on sait que Kingsley a frappé Stirling et que c'est la raison principale de son expulsion."
"Et il y a encore autre chose," reprit Brass. "Si on en croit le coach, Kingsley était dans la ligne de mire d'un recruteur. Il était sur le point de devenir pro, et son expulsion lui a ôté toutes les chances."
Sara accrocha le regard de Catherine et toutes les deux tournèrent leur attention vers Brass.
"Ça, c'est un sacré mobile mesdames et messieurs !" commenta Catherine. "Il faut qu'on mette la main sur ce gamin."
"Pour l'instant, occupons nous d'Emily Greeson. Avec les indices que vous avez trouvés, je pense qu'on peut raisonnablement la placer en garde à vue pour au moins 24h. A mon avis, ça va lui faire du bien de passer la nuit dans une cellule. On l'interrogera demain matin. Ça a été une longue journée", soupira Brass. "Mesdemoiselles, je vous souhaite une bonne nuit." Ajouta-t-il avant de quitter la pièce.
"Il n'a pas tort. On ferait mieux de se lever tôt demain si on veut l'interroger. Et je crois que j'ai grand besoin d'un peu de sommeil moi aussi," enchaîna Catherine.
"Ok… A plus tard alors."
"Hum… Sara, tu devrais essayer de dormir un peu toi aussi", lança Catherine en se dirigeant vers la sortie. "D'après les dernières études en la matière… le sommeil ferait des merveilles sur la santé."
Les lèvres de Sara esquissèrent un sourire. "Pas dans ce labo. Je récupère les indices chez Archie et ensuite je rentre."
"Hum…"
"Promis, Cath ! On ne peut pas survivre uniquement grâce à la caféine."
"Je rêve ! Sara Sidle qui dénigre le café ?" se moqua la blonde avec une fausse expression choquée.
"Et oui, je suis pleine de mystères n'est-ce pas ?"
"Heureusement que je suis une criminaliste de niveau 3. Je devrais parvenir à te décrypter."
Les deux femmes échangèrent un rire complice.
"Sérieusement Sara, rentre et essaie de dormir un peu." Reprit Catherine en utilisant le ton qu'elle employait avec Lindsey lorsqu'elle s'efforçait de convaincre la petite fille d'aller se coucher. Apparemment, ça fonctionnait aussi sur les grandes filles.
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Il était presque deux heures du matin quand Sara arriva enfin chez elle. Elle avait relu toutes les notes de Brass concernant les propriétaires de chiens dans les environs du campus. Max Kingsley était l'heureux maître d'un rotweiller. Parlez d'une coïncidence ! Et justement, le gros méchant toutou ne semblait pas des plus dociles. Ses voisins ne le portaient pas dans leur cœur comme le prouvaient de nombreux coup de fils aux services sanitaires de la fourrière. Mais, si Madame la voisine n'aimait pas beaucoup le gamin comme le chien, son mari quant à lui considérait qu'un athlète comme Kingsley devait faire l'objet de quelques faveurs particulières, et finalement aucune mesure n'avait été prise.
Archie avait réussit à obtenir de nouvelles photos de Kingsley, tirées de la vidéo de surveillance. Elles étaient de meilleure qualité. Kingsley était un jeune homme brun, de race caucasienne, avec des yeux noisette. Il devait mesurer dans les 2 mètres et peser dans les 110 kilos. Particulièrement musclé, il semblait capable de broyer une voiture à main nue. Sur son biceps droit, Archie avait été capable d'isolé un tatouage dont il avait tiré un agrandissement. Il s'agissait d'une tête de mort avec une langue tirée, tenant une scie et une faux. Sous la tête de mort était encore dessiné un rottweiler montrant les dents et les mots "mauvais jusqu'à la moelle". Un gars comme lui ne pourrait pas rester caché bien longtemps. D'autant plus que si on en croyait Brass, son chien était toujours chez lui, et il semblait peu probable qu'il l'abandonne bien longtemps.
En revanche, ce qui dérangeait bien plus Sara, c'était que la base de données nationale recensant les disparitions d'enfants n'avait trouvé aucune trace de la petite fille. Il ne restait plus qu'à analyser les dossiers dentaires, mais cela allait prendre encore une journée avant qu'elles puissent enfin mettre un nom sur leur petite inconnue.
Sara s'enfonça dans son canapé. Catherine et Brass avaient raison. Ça avait été une longue journée. Elles étaient arrivées au boulot à midi, et il était minuit passé. Normalement, l'équipe de nuit ne finissait jamais avant 6h du matin, mais puisqu'elles avaient commencé leur journée quasiment en même temps que l'équipe du soir, Grissom leur avait suggéré de rentrer depuis déjà bien longtemps. Bien sûr, ce n'était pas vraiment la première fois que quelqu'un de son équipe enchaînait une double garde...
Sara n'avait même pas réalisé à quel point elle était épuisée jusqu'à se qu'elle se réveille le lendemain matin, sur le sofa de son salon. Certes, son canapé était confortable, mais ce n'était quand même pas aussi confortable que son lit ! Et si on ajoutait à cela le rêve pour le moins étrange qu'elle venait de faire...
Elle se releva en position assise et passa la main dans ses cheveux, esquissant une grimace lorsque celle-ci rencontra quelques nœuds. Son rêve était encore bien frais dans sa mémoire et elle avait encore des images plein la tête. Décidément, son inconscient l'emmenait vers des rivages bizarres ces derniers temps.
Sara se trouvait debout sur le pont d'un voilier. Trois hauts mâts s'élevaient loin au dessus de sa tête, laissant flotter les voiles du navire au gré du vent, et les vagues venaient s'écraser avec une parfaite régularité sur la coque. Pendant un instant, Sara se crut sur le tournage d'un film de pirate, mais l'air iodé qui lui emplissait les poumons semblait bien trop réel.
Lindy apparut devant elle, semblable à une reine des pirates. Sa tenue était à mi-chemin entre le Capitaine Crochet et une reine du 17ème siècle, ses beaux cheveux blond retenus par un ruban rouge en une queue de cheval, et ses jambes couvertes par des bottes en cuir. Elle portait même un chapeau de pirate orné d'une plume d'oie.
"Hey toi," l'interpella Lindy en s'approchant. "Deux ports en vue. D'un côté, nous avons la Cité des Mecs, et de l'autre, nous risquons de subir une tempête mais il parait que ça en vaut le coup. On dit que la ville des Déesses renferme des trésors d'or et de saphir inestimables."
"La Cité des Mecs ?" Sara fronça les sourcils.
Lindy prit sa question pour de l'intérêt. "Si tu veux y aller, tu dois nager. Mais fait attention à toi. L'eau est traître ici et pleine de requins".
"Des requins ?" s'écria Sara.
"Tiens, regarde" offrit Lindy en lui tendant une longue-vue.
Sara jeta un coup d'œil mais ne vit qu'un homme nageant tranquillement. Blond aux yeux bleus, il avait un visage agréable et un sourire charmeur. "Je ne vois aucun requin," rétorqua Sara.
"Vraiment ?" Lindy haussa les épaules. "Tu es sûre ? Ils nous suivent depuis un bon moment pourtant. Celui-ci par exemple, qui brille comme de l'or, c'est l'un des plus vicieux."
"Comment ça ?"
"Je ne lui fais pas confiance. Il ne faut jamais faire confiance à un requin qui sourit. Ils te charment, ils trichent. Ils dévorent les cœurs."
Sara étudia le requin avec plus d'intérêt. Elle finit par le reconnaître… C'était Hank, l'ambulancier. Elle l'avait trouvé pas mal, et elle avait aimé la façon dont il la regardait, ses yeux bleus pétillants de désir. Un désir qu'elle aurait aimé retrouvé dans une autre paire d'yeux, même si elle savait que ce ne serait jamais le cas. Quant à ses cheveux blonds, elle avait envie de passer sa main dedans, mais elle savait que c'était seulement parce qu'elle mourrait d'envie de faire la même chose avec d'autres cheveux blonds. Faute de mieux, il pouvait suffire. Sara ressentit soudain le besoin de se justifier. "Je le trouvais sympa."
"Les requins qui sourient, Sara ! Tu es pourtant une fille de la Californie. Tu devrais savoir qu'ils n'apportent que des ennuis."
Sara observa de nouveau le nageur et pendant un moment, on aurait dit une sorte de monstre. Tel un homme-requin, il ne cessait de passer de sa forme humaine à sa forme animale. Elle jeta un regard interrogateur vers Lindy.
"C'est un requin," répondit-elle simplement, comme si cela expliquait tout.
Sara tourna de nouveau son attention vers l'eau, mais Hank avait disparu. Désormais, il ne restait plus qu'un requin couleur or avec des yeux bleus sans expression à l'endroit où l'ambulancier se tenait encore quelques secondes auparavant. À côté de lui, elle aperçut un nouveau nageur. "Celui-ci ne changera jamais." Lança Sara en désignant le nouveau venu.
"Les requins gris. Ils sont encore pire que les requins qui sourient," répliqua Lindy en haussant les épaules.
"Pas Grissom."
"Hum. Je crois que tu a vécu un peu trop longtemps dans le déni ma petite."
"Qu'est-ce que tu veux dire ?" grogna Sara.
"Regarde tous les débris qui flotte autour du requin gris SOS. Tu les vois ? Essaie d'aller nager avec le requin gris et tout ce que tu y gagneras c'est un voyage en première classe vers le fond de l'océan. Même le meilleur des pirates ne s'y risquerait pas."
Sara regarda dans la longue-vue encore une fois à la recherche de Grissom. Elle ne vit qu'un requin gris qui nageait au milieu de centaines de fût de bière. D'ailleurs, à bien y regarder, l'eau dans laquelle il nageait elle-même ressemblait fort à de la bière.
"Je croyais que tu ne voulais pas ressembler à ta mère. Ce n'est pas elle qui s'est noyé dans un fût de bière et n'en est jamais ressorti ? Si tu veux aller te noyer toi aussi dans la bière avec ce vieux requin gris qui n'a presque plus de dents, je t'en prie, vas-y. Mais une balle entre les deux yeux serait plus simple et plus propre. C'est un sacré mauvais chemin que celui que tu t'apprête à prendre." Lindy se tourna vers son amie. "Mais je ne me suis jamais mise sur ton chemin, SOS… Hey Moussaillon !" appela Lindy en se tournant vers l'un des membres de son équipage. "Sara veut aller à la Cité des Mecs. Sort la planche."
"Qu'est-ce que tu fais ?" s'horrifia Sara.
"Tu veux aller à la Cité des Mecs, pas de problème. Descend de mon navire et vas-y. Mais il est hors de question que je t'emmène là-bas."
Sara lança un regard inquiet vers les deux pirates qui étaient en train de placer la planche droit en direction des requins.
"Vise la bière Sara. Avec un peu de chance cela atténuera la douleur pendant un petit moment."
"Je ne veux pas aller par là…" protesta Sara. Le requin couleur or s'approcha du bateau et frétilla dans l'eau, impatient de goûter à son repas. "Non ! Je n'irais pas."
"La seule autre option, c'est la tempête SOS. Une putain de sacrée tempête."
"Oui mais après la tempête se trouve la ville des trésors," murmura Sara. "Je veux y aller."
"Tu es sûre ? C'est une route difficile…"
"J'affronterais la tempête. C'est elle que je veux..."
Sara se réveilla encore plus épuisée qu'elle ne s'était endormi. Elle avait vu un reportage un jour sur les cycles du sommeil et elle se rappelait avoir entendu un scientifique dire que lorsqu'on sortait brusquement de sa phase de sommeil paradoxal, on se sentait groggy et désorienté. C'était exactement ce qu'elle ressentait. Son esprit ne semblait pas vouloir sortir de son rêve et elle continuait à voir les images dans sa tête. Pourquoi diable avait-elle rêvé de Hank?! Elle ne l'avait rencontré que deux fois, et encore : la seconde fois, il l'avait fuit au plus vite, dérangé par l'odeur qu'elle avait emportée avec elle de son dernier cadavre.
Bien sûr, il l'avait appelé plusieurs fois, mais Sara l'avait rembarré, se cachant derrière des excuses bidon pour échapper à ses propositions de sortie. Il n'en restait pas moins qu'elle l'avait trouvé attirant et elle devait admettre que flirter avec des hommes pouvaient se révéler agréable. Et puis, c'était lui qui lui avait couru après. Elle s'était sentie spéciale et c'était agréable de se faire désirer une fois de temps en temps.
"Lindy n'a jamais flirté avec un homme. Qu'est-ce que je dis ! Elle n'a même jamais couché avec un représentant de la gente masculine…. Pas étonnant qu'elle les compare à des requins." Sara s'efforça de rationaliser son rêve. "Grissom en requin gris nageant au milieu d'une tonne d'alcool… L'alcool et le risque de se noyer, ok, mais quel est le rapport entre Gil Grissom, Hank, et l'alcoolisme? Bon réfléchissons. Maman était alcoolique. Et on dit souvent que ça se transmet aux enfants… Après tout les parents faisaient pousser leur dope à la maison et Mike n'a pas attendu bien longtemps avant de se faire piquer à fumer de l'herbe. Alors quoi ? Mike est le drogué de la famille et il me reste plus qu'à prendre le rôle de l'alcoolique de service ? Du coup, Lindy saute sur son bateau pirate pour me faire passer une sorte de message?" grommela Sara en faisant les cents pas.
En temps normal, Sara était quelqu'un de très maniaque et son appart' était toujours parfaitement rangé. Mais ce rêve la perturbait. Elle laissa tomber ses vêtements un peu partout sur le trajet jusqu'à la salle de bain et fit couler l'eau. Elle n'attendit pas que l'eau chauffe et se glissa immédiatement sous le jet dans l'espoir qu'une douche froide achèverait de la sortir de son rêve. Et si cela ne suffisait pas, il ne lui resterait plus qu'à aller se noyer dans une tasse de café… ou une petite dizaine.
"Et puis c'était quoi cette ville remplie d'or et de saphir?" Alors qu'elle passait la tête sous le jet d'eau qui commençait à se réchauffer, la vision d'une femme sublime apparut devant ses yeux. Elle avait des cheveux couleur d'or, doux et soyeux, et des yeux saphir dont la profondeur semblait rivaliser avec les plus beaux océans. Sara se mordit la lèvre et coupa complètement l'eau chaude. L'eau tiédit de nouveau puis commença à baisser jusqu'à devenir glaciale. Sara sentit son cœur s'emballer et son souffle se coupa dans sa gorge tandis que la chair de poule apparaissait sur sa peau. Une seule image avait suffit à réveiller un véritable brasier au fond d'elle.
Catherine…. La magnifique et à tout jamais hors de portée Catherine Willows.
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Catherine, à quelques kilomètres de là, ne s'en sortait pas beaucoup mieux. Elle non plus ne passait pas une très bonne nuit. Son sommeil était hanté par des images qui auraient ravi ce bon vieux Freud, et par une Lady Heather amusée qui ne cessait de répéter "j'avais raison".
Sara était enchaînée à deux barres verticales au bout d'une piste de danse. Catherine reconnu immédiatement son ancien club… celui où elle dansait à l'époque où elle était strip-teaseuse. C'était autour ces mêmes barres qu'elle avait l'habitude de passer ses nuits à danser, à moitié dénudée. D'ailleurs, la musique était parfaite pour danser. L'ancienne danseuse exotique observait la scène de la salle, en contrebas de la piste de danse. Elle regardait son propre corps, à quelques pas de Sara.
Elle se vit s'approcher de Sara et commencer à danser autour de sa jeune collègue. Elle pouvait presque sentir l'odeur légèrement musquée de cette dernière. L'autre Catherine fit glisser ses doigts sensuellement le long de la peau délicate de Sara, savourant les gémissements qui s'échappaient régulièrement de la bouche de la jeune femme. De temps à autre, la danseuse reculait légèrement et Sara ne manquait pas de s'avancer autant que ses chaînes le lui permettaient dans l'espoir de se rapprocher d'elle, ses yeux chocolat brûlant de désir.
De là où elle se tenait, Catherine aperçut Lady Heather, habillée de cuir et de dentelle noire comme toujours. Elle se tenait un peu en retrait, observant avec un sourire indulgent l'autre Catherine commencer à se déshabiller pour son amante. Catherine ne parvenait pas à détacher son regard de la scène tandis que son double hypnotisait la Sara enchaînée au gré de ses mouvements de hanches.
"S'il te plait…" murmura Sara en suppliant l'autre Catherine de la toucher. Mais la danseuse refusa de s'exécuter. Le regard de Catherine passa au-delà de la jeune femme doucement torturée et se posa sur Lady Heather.
La voix de la dominatrice raisonna de nouveau, à peine plus forte qu'un murmure. " Vous niez le désir que vous ressentez pour Sara. Vous devez avoir une relation très tendue toutes les deux. Vous parlez le langage mais aucune de vous n'écoute. Vous l'avez dominée, et elle a accepté de vous laisser le contrôle, mais elle refuse d'abandonner son pouvoir. Quant à vous, vous êtes attirée par son silence, cette partie d'elle qu'elle cache au plus profond de son être et que même Gil Grissom ne connaît pas. Elle vous est soumise mais elle attend en échange une certaine reconnaissance, une récompense et en la lui refusant vous la rendez confuse et agitée. Et face à son malaise, votre passion devient hostile à son tour. Libérez là, Catherine, et libérez vous dans le même temps."
Malgré le côté voyeur de la scène, Catherine ne put empêcher son regard de dériver une fois de plus vers la danseuse et sa proie. Lady Heather s'avança à son tour vers le couple et se glissa derrière la strip-teaseuse. Attrapant la main de cette dernière, elle la guida dans une tout autre danse.
"Libérez là, Catherine, et libérez vous."
La danseuse se tourna vers son double. Les deux femmes n'étaient pas exactement semblables. La véritable Catherine était une criminaliste de haut niveau. Ses cheveux blonds arrivaient à peine à ses épaules dans une coupe relativement sage et simple. L'autre Catherine, la danseuse, avait les cheveux beaucoup plus longs. Ils descendaient jusqu'au milieu de son dos dans une cascade de boucles blondes. Sans oublier que cette Catherine là avait une vingtaine d'années de moins. Soudain, le regard des deux femmes s'accrocha, et Catherine se sentit glisser lentement vers son double. Les deux femmes ne firent plus qu'une. Désormais, c'était ses mains qui glissaient le long de la peau de Sara, stimulant chaque centimètre qu'elles touchaient. Savourant la sensation de la peau de la jeune femme, Catherine remonta doucement jusqu'aux chaînes qui la maintenaient prisonnière. Celles-ci disparurent, délivrant Sara. Catherine s'approcha encore un peu, sa peau frôlant désormais le corps de son amante, et de nouveaux gémissements s'échappèrent de la gorge de cette dernière.
"Libérez là." Ordonna Lady Heather.
Catherine prit alors possession de la bouche de Sara, l'embrassant jusqu'à ce que les jambes de la jeune femme lâchent. Catherine se laissa glisser au sol à son tour, leur souffle se mêlant sensuellement. "Je vas te libérer." Elle sentit ses mains remonter doucement le long des jambes de son amante. Ses doigts titillèrent doucement l'entrejambe de la brune. Sentant que la brune était à deux doigts de craquer, Catherine inséra lentement un doigt dans l'intimité de son amante tandis que sa bouche reprenait possession des lèvres de Sara.
Sara réagit immédiatement et son souffle se bloqua dans sa gorge tandis qu'elle se cambrait violemment. Catherine inséra un deuxième doigt et accéléra la cadence. Très vite (trop vite?), elle sentit la brune approcher de l'orgasme. Tout en continuant ses caresses, Catherine sentit son propre désir pour la jeune femme s'insinuer dans tous les pores de sa peau, brûlant tout sur son passage.
"Qui êtes-vous ?" ronronna Lady Heather dans l'oreille de Catherine. "Qui êtes -vous ?"
Pendant un instant, Catherine eut l'impression d'entendre les derniers mots de Lady Heather se répéter inlassablement dans son esprit. Il lui fallut un moment pour sortir suffisamment de son sommeil pour se rendre compte qu'il s'agissait en fait des paroles d'une chanson des Who qui venait de déclencher son réveil. Coupant la radio d'une main maladroite, elle soupira et se retourna sur son dos. Elle observa le plafond de sa chambre pendant un moment, son esprit s'efforçant d'analyser son rêve.
"Rha! Il a fallu que vous me mettiez ces images dans la tête hein?!" grogna-t-elle à l'encontre de Lady Heather. "C'est parfait. Vraiment parfait. Quoi de mieux pour commencer une journée que de rêver d'une femme sur qui je vais passer ma journée à fantasmer sans qu'elle ne voit jamais plus loin en moi que la sale garce… emmerdeuse… que je suis." Catherine balança son oreiller avec frustration. Il allait s'écraser contre le mur en face de son lit avant de finir sa course par terre. "Alors quoi ? On reste ceux qu'on était au bahut ? Grissom est toujours un fantôme, Nicky le bon copain, Warrick le beau gosse et Sara l'intello? Bon sang elle a un doctorat de physique ! Et moi je suis condamnée à rester la garce du groupe? Celle qui s'acharne sur les autres et qui veut toujours être la chef ? Non. Je sais juste ce que je veux et je suis déterminée. Et je refuse de me laisser marcher dessus par des gars qui pensent que tout leur est du parce qu'ils sont nés avec un pénis." Grommela-t-elle à son plafond.
Serrant les dents, elle s'efforça de se calmer et songea à sa fille. Lindsey était son portait tout craché. Elle était tout aussi sûre d'elle et confiante. La seule différence, c'est que là où Catherine en profitait pour imposer sa loi à l'école, Lindsey utilisait son pouvoir pour faire le bien et protéger les plus faibles. "Ok ma puce," soupira la blonde en s'adressant mentalement à sa fille, "Maman va prendre exemple sur toi. Moi aussi je vais jouer les protecteurs. Après tout… Sara a plus que besoin de quelqu'un pour prendre soin d'elle."
Inconsciemment, Catherine songea à cet ambulancier qui traînait parfois au QG dans l'espoir de croiser Sara. Quelque chose à propos de cet homme la mettait de mauvaise humeur. Il en faisait trop. Il souriait tout le temps et pas avec ce sourire de chien battu qu'utilisait toujours Greg avec la brune. C'était un sourire de prédateur. Catherine connaissait ce genre de type, et ils avaient toujours quelque chose à cacher. Sara était une grande fille, certes. Mais elle semblait plutôt naïve lorsqu'il s'agissait de relations sentimentales. Elle abordait ce sujet de la même façon que tout le reste, de manière franche et directe, et elle s'attendait à ce que les autres en fassent autant. Elle n'était peut-être pas particulièrement fleur bleue mais réservée comme elle l'était, elle risquait d'être sérieusement blessée si elle laissait quelqu'un pénétrer son intimité. Catherine décida qu'il était grand temps qu'elle suive l'exemple de sa fille et qu'elle prenne la brune sous son aile.
Chapitre 8
Une fois douchée et habillée, Sara se dirigea vers la cuisine et entreprit de se préparer un petit déjeuner léger, sans oublier bien sûr de lancer la machine à café indispensable pour faire marcher ses neurones. Songeant une fois de plus à son rêve et notamment au rôle qu'y avait joué Lindy, Sara se rappela d'autre chose. Elle attrapa son téléphone et composa le numéro de son amie. Elle fut à la fois soulagée et déçue lorsqu'elle tomba sur le répondeur. Lindy excellait dans l'analyse des rêves mais Sara ne se sentait pas vraiment d'humeur à se replonger dans son rêve pour le lui raconter.
"Lindy, c'est Sara. Je pense que je vais accepter ton offre à propos de ces billets finalement. C'est un cadeau parfait pour l'anniversaire de Lindsey. Je voulais… euh… en fait, le père de Lindsey l'a encore laissé tomber. Une fois de plus. Je suppose qu'une nana en mini-jupe affriolante est plus importante qu'une promesse à sa petite fille. Enfin bref, on… enfin, je veux dire Catherine voulait faire quelque chose de spécial pour réconforter Lindsey. C'est une gamine extra et… des billets pour le show serait parfait. Si tu pouvais me les envoyer au labo, ce serait vraiment gentil. Et encore merci Lindy. T'es vraiment une amie géniale," acheva Sara en raccrochant. 'Cath et moi, on se dispute peut-être plus souvent que je ne le souhaiterai, mais son petit ange mérite vraiment de passer un super anniversaire' songea Sara. 'Et Catherine n'irait quand même pas jusqu'à lui refuser ce cadeau simplement parce qu'il vient de moi. Après tout, elle a bien dit que les pirates pouvaient être une bonne idée.'
Sara fronça les sourcils en s'apercevant que sa tasse de café était désormais vide. Elle ne se rappelait absolument pas l'avoir terminé. Décidément, il fallait qu'elle dorme plus… et surtout mieux. Des images de son rêve lui revenant une fois de plus en mémoire, Sara attrapa de nouveau le téléphone et appuya sur la touche 'rappeler'.
"Linds…. C'est encore moi," reprit Sara lorsque le répondeur eut émit son bip caractéristique. "Je sais que t'es plutôt douée pour analyser les rêves alors écoutes ça. Des requins et des hommes ça te dis quelque chose? Enfin, ce serait plutôt des hommes qui se transforment en requins, des barils d'alcool se noyant dans de la bière, une tempête et de l'or et des saphirs. Alors ? Je pense que j'ai compris la majeure partie : rejoindre la cité des mecs… ah oui, c'était le nom de l'endroit où nageaient les requins… c'est dangereux. Ok. Mais dangereux à quel point ? Et pourquoi était-ce si important que je traverse une tempête pour rejoindre de l'or et des saphir ? Je ne suis pas quelqu'un de matérialiste alors pourquoi est-ce que je voulais tellement cet or et ces saphirs ? Je ne suis pas une pirate ! Alors pourquoi est-ce que je cours après des trésors ?" Sara soupira. "Ok, la traductrice de rêves, je t'écoute. Qu'est-ce que j'ai ? Rappelle-moi."
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Au moment même où Sara entamait son troisième café, Catherine récupérait Lindsey à la sortie de l'école pour la conduire chez sa sœur. Mais avant d'y parvenir, elles s'arrêtèrent sur le parking d'un MacDonald.
"D'accord. Qu'est-ce que papa a encore fait ?" demanda Lindsey alors que sa mère se garait.
"Quoi ?" demanda Catherine en fronçant les sourcils. "Qu'est-ce qui te fait croire que ton papa à fait quoi que ce soit ?"
"Maman…" soupira la fillette de façon exagérée. "Les seules fois où tu m'emmènes à McDo sans que j'ai à me battre c'est quand Papa fait une bêtise. Je suis la fille d'une criminaliste, maman, tu sais. Je remarque des trucs."
Catherine sourit et lança un regard plein de fierté à sa fille à travers le rétroviseur. "En effet, tu es très observatrice ma chérie… Et ta vieille maman commence à devenir un peu trop prévisible."
Elles sortirent du véhiculent et se dirigèrent en silence vers le restaurait, main dans la main. Lindsey commanda un happy meal avec des nuggets tandis que Catherine opta pour une salade. Alors qu'elles s'asseyaient à une table, la CSI décida que c'était le bon moment pour confirmer les doutes de Lindsey concernant son père.
"Linds… Ton papa est vraiment désolé mais il ne va pas pouvoir t'emmener à Circus Circus." Catherine détestait trouver des excuses au comportement de son ex, mais jamais elle n'aurait critiqué Eddie devant sa fille. C'était son père après tout et Catherine refusait qu'elle souffre de voir ses parents se déchirer. "Tu sais, je pourrais toujours t'emmener à Circus Circus pour tes 9 ans et tu pourras inviter pleins d'amis."
Lindsey ne répondit pas et se contenta de tremper un nugget dans sa sauce barbecue.
"Mon ange, pour se faire pardonner, ton papa va quand même t'emmener faire les magasins demain. Je suis sûre que tu vas bien t'amuser."
"Je suppose," murmura la fillette en laissant tomber son nugget dans le pot de sauce. Elle attrapa une frite et commença à jouer avec.
"Linds, je sais que tu es déçue, mais ton papa t'aime beau…"
"Maman, arrête. Papa aime son boulot plus que moi. On le sait toutes les deux, d'accord ? Je ne veux pas en parler."
Catherine s'efforça de retenir sa colère. À l'intérieur, elle bouillait. Elle n'arrivait à pas comprendre comment Eddie pouvait continuer à agir de la sorte.
La petite fille reprit la parole. "La petite fête… Celle que tu m'as promise à la maison… Je peux inviter des amis ?"
"Bien sûr."
"Je veux inviter Janet. Et… et… je veux que Sara vienne aussi." Lindsey plongea ses grands yeux bleus dans ceux de sa mère, la douceur des orbes de la fillette contrastant avec la colère qui brillait encore dans ceux de Catherine. Cette dernière sentit sa rage fondre comme neige au soleil. "Maman, tu sais, je l'aime vraiment beaucoup. Janet et Sara… elles ont des yeux si tristes. Mais quand elles sourient, ça donne envie de sourire aussi."
Catherine tendit la main pour serrer Lindsey contre elle et déposa un baiser sur son front. "Tu sais que tu es vraiment une petite fille spéciale ?" murmura-t-elle avec un sourire, sa colère tout à fait oublier.
Lindsey haussa les épaules et sourit. "Les gens à l'école continuent de se moquer de Janet. Surtout Ashley et toute sa clique d'idiots."
Catherine retint un sourire. 'Clique d'idiots' était l'un des termes qu'elle utilisait fréquemment pour désigner un système qui ne parvenait pas à mettre les coupables derrières les barreaux même lorsque le labo parvenait à leur fournir tout un tas de preuve.
" Janet. Mlle Fox l'a en quelque sorte prise… euh…" La fillette hésita un instant, cherchant le mot exact. "Comment tu dis ? Quelque chose avec aile ?"
"Prendre quelqu'un sous son aile. Ça veut dire protéger quelqu'un et l'aider à apprendre en même temps" répondit Catherine avec un clin d'œil.
"C'est ça. C'est ce que Mlle Fox a fait pour Janet. Certains embêtent Janet à cause de ça, surtout Ashley. Mais je crois que Janet a vraiment besoin que Mlle Fox fasse ce truc de "la prendre sous son aile" parce que, on a parlé avec Janet et sa famille est vraiment nulle. Beaucoup d'enfants ont des parents divorcés et c'est pas grave. Mais elle a besoin de meilleurs parents. Je crois que Mlle Fox le pense aussi. C'est pour ça qu'elle la protège tout le temps."
"Et toi, qu'est-ce que tu ressens ?" demanda Catherine en essayant de comprendre la situation.
"Je suis triste. Oh, pas parce que Mlle Fox donne toute son attention à Janet, mais parce que… Eh bien, je ne crois pas que Janet a une maman comme moi. Janet c'est juste quelqu'un de calme et elle dit jamais rien. Et c'est pour ça qu'on l'embête tout le temps aussi. Et puis elle a les mêmes yeux que Sara." Répéta Lindsey. "Je crois que je "prends sous mon aile" Janet comme tu fais avec Sara."
Catherine tressaillit. La réponse fusa dans son esprit mais elle la retint. 'Non ma puce, en vérité, ta maman est une Ashley en puissance. Non seulement je n'ai pas pris Sara sous mon aile, mais en plus j'ai vraiment joué les garces. Peut-être que j'aurais du la prendre son mon aile…. Chouchou des profs, chouchou de Grissom. Bon sang, Sara a vraiment du être une petite Janet quand elle était gamine. Quand je pense que ma fille de 7 ans est beaucoup plus perspicace que moi… Et j'ose me prétendre criminaliste!'
"Mon ange, au lieu d'une petite fête, que dirais-tu qu'on aille voir le spectacle des Pirates des Caraïbes?"
"C'est vrai ? On peut ? C'est trop génial !!! Super ! Et est-ce que Janet peut venir ?" Lindsey était pratiquement en train de sauter sur son siège.
"Bien sûr. En fait, c'était l'idée de Sara. Elle a 4 places et …."
"Yaaaaaaaaaaayyyy !" s'écria Lindsey en attirant l'attention de toutes les personnes présentes dans le restaurant. "Oh maman, c'est vraiment trop génialissime". Sans se préoccuper de l'attention qu'elle attirait, la fillette se jeta dans les bras de sa mère et lui fit un énorme câlin.
La colère de Catherine à l'égard d'Eddie avait définitivement disparu, remplacée par son immense gratitude pour une certaine brunette. "On ferait mieux de terminer, princesse. Maman doit retourner travailler. Je dois poser des questions à certaines personnes avant de pouvoir les laisser partir."
Lindsey savait que sa mère travaillait dur, mais à l'inverse de son papa qui ne faisait que s'occuper de chanteuses, sa maman faisait quelque chose de vraiment important. Elle mettait les méchants en prison, et parfois la petite fille savait que sa maman avait hâte de commencer à travailler. Et elle savait qu'elle n'avait pas à s'inquiéter parce que quoi qu'il se passe, tous les soirs, au moment où elle devait aller se coucher, sa maman l'appelait pour lui dire qu'elle l'aimait et lui souhaiter bonne nuit. Peu importe que Lindsey soit avec sa tante Nancy ou avec la baby-sitter, Maman appelait toujours.
Aucune des deux Willows ne laissa sa colère pour Eddie pointer le bout de son nez. Après tout, Sara et les pirates étaient là pour les rendre heureuses.
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Malgré les trois tasses de café maison qu'elle avait ingurgité avant de venir et les quelques heures de sommeil qu'elle avait réussi à grappiller, Sara Sidle ne se sentait toujours pas plus réveillée. Elle se glissa dans la salle de repos juste au moment où le fameux café de Greg finissait de passer. 'Bonus!' songea Sara avec un sourire. 'La première tasse de la cafetière.' Attrapant la cafetière elle se servit une tasse puis en remplit une deuxième.
"T'as de la chance, il est tout juste terminé de passer." Lança-t-elle avant de se retourner pour tendre la seconde tasse à Catherine.
La blonde haussa un sourcil. "Comment savais-tu que c'était moi ?"
"C'était soit toi, soit Grissom. Il n'y a que vous deux qui marchez aussi silencieusement," répondit Sara en haussant les épaules.
"Tu me confonds avec Grissom ? Vous feriez mieux de retourner vous couchez Mlle Sidle!" s'amusa Catherine en acceptant la tasse de café avec un sourire avant d'y ajouter une pincée de sucre allégé.
"Pour refaire des rêves bizarres ? Non merci !"
"Toi aussi ?" Catherine leva sa tasse jusqu'à son nez et inspira profondément le doux arôme du café. "Mmmmh.. le café de Greg-o! Parfois, j'adore ce garçon."
"Ouaip. Je serais prête à l'embrasser pour ce café" renchérit Sara.
La blonde s'esclaffa. "Vas-y je t'en prie ! On aura droit à du bon café tous les matins comme ça." Catherine s'assit à côté de Sara, sa jambe effleurant inconsciemment celle de sa collègue. 'D'ailleurs si tu embrasse aussi bien que ton alter ego onirique, moi aussi je suis prête à ramener du café à 100 dollars le kilo…' ajouta-t-elle mentalement. "Alors comme ça tu fais des rêves bizarres?" reprit-elle à voix haute.
Sara acquiesça et fronça le nez en se remémorant son rêve étrange. "Alors voyons voir… Il y avait des requins, des débris flottant qui menaçaient de me couler si je décidais de nager jusqu'au port et une sacrée tempête à affronter si je choisissais de naviguer à la place."
"Naviguer ? Tu étais sur un bateau ?"
"Ouais. Du genre bateau de pirates. J'ai choisi la tempête et l'El Dorado. Enfin, si on peut parler d'El Dorado ! Une ville d'or et de saphir. Bizarre non ?" Sara but une longue gorgée de son café, cherchant toujours un sens à son rêve. "Et toi, alors, tu as rêvé aussi ?"
'Oui, je t'ai fais un strip-tease, j'ai joué les dominatrices et on a expérimenté l'une des meilleures séances de sexe que j'ai eu l'occasion de connaître. Tu criais mon nom en extase en me suppliant de te faire jouir encore et encore… tout ça sous l'œil attentif de Lady Heather' songea Catherine. Mais ce n'est pas ce qui sortit de sa bouche. "Euh.. Je ne m'en rappelle pas très bien, mais c'était bizarre aussi. Pas mauvais ni désagréable… D'ailleurs il me semble que j'ai vraiment beaucoup aimé, mais c'était bizarre."
La conversation s'étiola doucement pendant que les filles terminaient leur café. Bientôt, l'heure de se mettre au travail arriva. Officiellement, les deux femmes n'étaient pas censées commencer leur journée avant quelques heures encore, mais elles étaient venues plus tôt exprès afin d'interroger Emily Greeson.
Après avoir posé leurs tasses dans l'évier, Catherine se tourna soudain vers Sara et la prit dans ses bras. Surprise, Sara écarquilla ses grands yeux chocolat et offrit sa meilleure imitation d'une biche surprise par la lumière des phares d'une voiture. Mal à l'aise, elle resta stoïque, se demandant ce qui se passait. Elle n'eut pas à attendre longtemps.
"J'ai dis à Linds… pour ta proposition de lui offrir les tickets pour les pirates… Elle est ravie et super excitée. Merci, Sara. La voir aussi enthousiaste et souriant m'a vraiment réchauffé le cœur".
Sara n'avait toujours pas bougé d'un centimètre, et semblait figée sur place. "Euh…" fut tout ce qu'elle réussit à articuler.
"Je voulais juste te dire merci."
"Euh…"
"Sara ? Ca va ?"
"Euh… hein?"
Catherine ne pouvait pas en vouloir à sa collègue de réagir ainsi. Après tout, elle n'avait jamais eu le moindre geste amical envers Sara jusque là ! Ce n'était pas étonnant que celle-ci soit sous le choc. "Je te disait merci".
"Oh !" Sara rougit légèrement. "Oh, euh… De rien."
Catherine esquissa un sourire amusé. "Allez viens Bambi, on a des suspects à interroger."
"Bambi était un garçon." rétorqua Sara en retrouvant sa voix.
"Ce ne sont que des détails anatomiques." Répondit Catherine avec un sourire en haussant les épaules. Son sourire était contagieux et se propagea jusqu'à Sara. "Je suppose que tu va me dire comment s'appelle la femelle dans ce cas ?"
"Hey, c'est toi qui a un enfant, Cath. Pas moi. Je me rappelle jusque que Bambi était un garçon, Fleur, le putois efféminé et Panpan, le lapin."
"Accro aux Disney, va !" lança Catherine. "Alors comme ça, tu nous dis que tu écoute ton scanner de police alors qu'en fait, tu passes ton temps à regarder des dessins animés en secret. Ha ha, je connais ton secret Sidle."
Sara ne savait pas trop comment réagir devant cette nouvelle facette de la personnalité de la blonde. Une facette que Catherine réservait en général pour les garçons. Ce que Sara savait en revanche, c'était que cette facette de sa personnalité lui plaisait… même si cela l'effrayait un peu. 'Ne me fais pas mal Cath… Par pitié, ne me fais pas croire qu'on est en train de devenir amies juste pour… mieux me rejeter ensuite…. Parce que, ça fera autrement plus mal que d'aller nager avec des requins ou de me noyer dans l'alcool…'
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Chacune des soixante années et quelques de la vie d'Emily Greeson se reflétait sur son visage. Sa peau semblait presque jaune dans la lumière dure de la salle d'interrogation. Catherine n'était pas la seule criminaliste à penser que la petite salle où ils interrogeaient les suspects ressemblait en réalité à une cellule de prison. Mais cet environnement hostile avait un impact psychologique sur les détenus. La plupart des suspects craquaient dans cette salle, sous les questions virulentes des officiers.
Sara se tenait debout, bien droite, les bras croisés sur sa poitrine, de l'autre côté du miroir sans teint, tandis que Brass et Catherine interrogeait Greeson.
"Vous me retenez ici parce que vous pensez que j'ai tué cette petite fille?" Emily Greeson lança un regard accusateur vers Catherine. Elle semblait reprocher à la criminaliste de trahir la gente féminine toute entière en suggérant qu'elle ait pu faire une chose pareille.
"Madame Greeson, nous avons besoin que vous répondiez à quelques questions, histoire de rendre les choses plus claires," commença Brass. "Nous avons assez de preuves pour vous garder ici pour complicité de meurtre".
"Quoi ?!" Emily écarquilla les yeux et chercha le regard de Catherine pour avoir des réponses.
"Ca doit être dur," enchaîna la blonde, "de jouer les second rôle face à un souvenir. Cette montre qui, toutes les heures, avec une belle régularité, vous rappelle ce fantôme qui se tient entre vous et celui que vous aimez. Au bout de 18 ans à entendre cette mélodie, ça a du finir par vous taper sur les nerfs. Savoir que vous n'êtes que l'autre femme, et qu'en plus, votre rivale a depuis longtemps cessé de combattre. Mais il ne la laissera pas partir. C'est la seule chose que vous aimeriez vraiment qu'il oublie, mais il ne le fera jamais."
Pour la première fois depuis que la criminaliste était entrée dans la salle, Emily détourna son regard d'elle. "Vous ne comprenez pas. Il… Il est dévoué, loyal… Et elle l'a rejeté dès qu'elle a su qu'elle était tombée enceinte. Le pauvre ne sait même pas qu'il a un enfant."
"Vous ne le lui avez jamais dit." Brass fronça les sourcils. "Comment ça se fait ?"
"Ca l'aurait dévasté. Je l'aime."La voix d'Emily devint plus faible, résolue et monotone. "Je dois le protéger. Il… son cœur… il est si gentil… mais je n'ai pas tué cette enfant. Je ne ferais jamais de mal à qui que ce soit."
Catherine lança un regard vers le miroir sans teint, et fit signe à Sara d'entrer.
Greeson leva les yeux en entendant la porte de la salle s'ouvrir et Sara entra, un sac plastique scellé dans les mains. Elle montra à Emily ce que contenait le sac. "J'ai trouvé ceci dans un buisson de ronces. Des ronces qui portent les mêmes épines que celles qui ont déchiqueté la peau de cette pauvre petite fille pendant qu'elle se faisait battre et qu'elle était laissée pour morte. Mais elle n'était pas morte. Elle s'est extirpée de ces ronces et elle a cherché un endroit sûr. Un endroit où elle pensait qu'elle serait en sécurité."
Les yeux d'Emily restaient fixés sur la montre que désignait à l'intérieur du sac plastique.
"On s'est renseigné. L'air de Banish Misfortune n'est pas commun, surtout pour une montre de poche. D'ailleurs, cette montre a été faite spécialement. Une montre que VOUS avez commandé pour votre ancien employeur. Une montre qu'elle a donné au père de son enfant." La voix de Sara était cinglante maintenant. "Alors, vous voulez bien nous expliquer comment cette montre, une réplique exacte de celle du professeur Stirling, a bien pu se retrouver dans ce buisson de ronces ?"
Greeson tendit une main tremblante vers le sachet en plastique. "Je… je… je ne pouvais plus regarder cette montre, sachant ce qu'elle représentait pour eux, pour elle, pour lui… surtout pour lui. Alors je l'ai balancée par la fenêtre. Il l'a cherché pendant des mois. Il était dévasté. Il pensait qu'il l'avait perdu. Je ne supportais plus cette stupide montre mais son chagrin était encore pire. Alors j'ai commandé une nouvelle montre pour lui. J'ai même demandé que la même inscription soit gravée à l'intérieur."
Emily essuya ses larmes et s'efforça de reprendre ses esprits mais elle échoua misérablement.
"Comme c'est touchant," enchaîna Brass en reprenant la méthode brutale de Sara."Quelle coïncidence. Vous jetez une montre hors de prix par la fenêtre du bureau de l'homme de vos rêves jusque au moment où, comme par hasard, votre complice passait par là."
"Complice ?" Greeson secoua la tête. "De quoi est-ce que vous parlez ?"
"Max Kingsley. Un ancien étudiant de l'université. Expulsé pour violence à l'encontre du professeur. Peut-être que ceci vous rafraîchira la mémoire." Catherine lui tendit la photo qu'Archie avait réussit à obtenir de la caméra de sécurité, ainsi qu'une photo extraite du journal de l'université qui montrait Kingsley dans sa tenue de football.
"Il…" Le regard de Greeson passa de la photo aux criminalistes, puis à la photo de nouveau. "Vous pensez que j'ai quelque chose à voir avec lui ?" Ses yeux gris devinrent aussi froids que de la glace.
"Vous l'avez dit vous-même : Dimitri est loyal. Le seul problème, c'est qu'il est loyal à la mauvaise personne. Et vous êtes amoureuse de lui."
"Ce n'est pas un crime à ce que je sache ! Et ça n'a rien à voir avec ce petit idiot !" s'écria Emily.
"Non. Le crime c'est qu'un enfant est mort parce que vous ne pouviez pas avoir ce que vous vouliez. Mais Kingsley pouvait vous aider à l'obtenir." La voix de Sara baissa de quelques octaves. Brass lui-même se sentit mal à l'aise face au venin qui s'écoulait dans les mots de la jeune criminaliste.
"Je n'ai pas tué cet enfant. Ce n'est pas ce que vous croyez. Je l'aime. Je n'ai jamais voulu que quelque chose de mal arrive." Emily perdit toute couleur. "Je refuse de dire un mot de plus tant que je n'aurais pas vu un avocat."
"Très bien." Répondit Brass. "Mais faites-vous une faveur. Si vous savez où on peut trouver Kingsley, dites le nous et coopérez. Pour être complice de meurtre, il n'est pas nécessaire de participer réellement à l'acte. Il suffit de faciliter l'acte… Comme perdre une montre par exemple. Quelqu'un doit payer pour le meurtre de cet enfant. Et pour l'instant, vous êtes notre meilleur suspect."
"Laissez-moi mettre les choses au clair pour vous." Ajouta Catherine. "Dimitri ne vous rendra jamais votre amour. Pas dans le sens où vous le voulez. Et comme vous le disiez si bien, vous n'en pouviez plus de voir cette montre et ce qu'elle représentait. Ça devait être dur de savoir que la femme qui lui a donné cette montre était la dernière personne qu'il ait jamais aimé. Et de cet amour est venu un enfant. Un enfant que vous n'aurez jamais."
"Cette montre en or était vraiment un bon moyen de paiement, surtout pour quelqu'un qui en voulait déjà à Dimitri. Il avait réduit sa carrière de footballeur à néant en le faisant renvoyer, après tout. Voilà comment je vois les choses. Vous avez toutes les cartes en main, et vous songez que Kingsley fait vraiment un suspect idéal. Vous le désignez comme le meurtrier et… vous innocentez Dimitri par la même occasion. La montre en or, le tabac Dunbar… des indices parfaits si on n'y regarde pas de trop près. Tout semble pointer vers Stirling. Sauf qu'il n'a rien fait. Vous en revanche…" Catherine fit une pause et observa Emily un instant. "Vous êtes liée à toute cette histoire Emily. Vous voyez, le truc avec les indices c'est que quand on les observe bien, on trouve le vrai coupable. Et là tout de suite, ils pointent vers vous et Kingsley."
"Je ne sais pas où est ce garçon," marmonna Emily. "Je voulais juste que Dimitri m'aime… Personne n'était censé être blessé." Ses yeux gris se posèrent sur la montre une nouvelle fois, et les larmes se mirent à couler sur ses joues.
"Dites ça à cette petite fille qui gît à la morgue sans personne pour la réclamer," répondit Sara d'une voix cinglante.
"Je veux un avocat." répéta Emily.
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"Bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant ?" interrogea Sara tandis que les deux criminalistes quittaient la salle d'interrogation.
"Retour à la case départ. Il ne nous reste plus qu'à trouver des indices prouvant que Kingsley est notre tueur… ou non. Emily a admis s'être débarrassée de la montre et avoir révéler à Kingsley la marque du tabac. Avec un peu de chance, ça suffira peut-être à la garder pour complicité de meurtre, mais elle sortira vite d'ici."
"Je veux trouver qui a fait ça Catherine. Quelqu'un doit payer pour ce qui est arrivé à cette petite fille."
Catherine posa sa main dans le dos de sa collègue. "Moi aussi Sara, c'est ce que je veux. Et on y arrivera. Quelqu'un va payer pour cela. On doit juste se concentrer sur ce qui ne mens pas."
"Les indices," acquiesça Sara avec un sourire à la mention de la phrase fétiche de son mentor. "Emily. Elle a un mobile, l'opportunité, et un accès aux différents lieux et objets en cause. Et maintenant, elle refuse de parler. Elle a quelque chose à voir dans toute cette histoire."
"Kingsley a également un mobile. Je vais retourner parler à Stirling. Il aura peut-être quelques choses à dire sur notre athlète. Je crois qu'il ne nous dit pas tout."
Sara hocha la tête. "Je t'accompagne sur le campus. J'aimerai avoir une petite discussion avec le coach. Je ne crois pas à l'excuse du je ne le frappe pas parce qu'il ressemble à un moine"
"Tu crois que le coach couvre Kingsley." Conclu Catherine.
"Ouaip. Ça a du sacrément le mettre en colère que sa star se fasse virer de l'équipe et exclure de la fac à cause de Stirling. Visiblement, Kingsley aurait pu devenir un pro. La réputation du Coach a du en prendre un sacré coup en même temps que celle de Kingsley."
"C'est parti," acheva Catherine en se dirigeant vers la sortie.
En arrivant sur le parking, le téléphone de Sara se mit à sonner. Elle jeta un coup d'œil sur l'identité de l'appelant.
"C'est une drôle d'expression. Tu souris mais tu fronces les sourcils en même temps," commenta Catherine.
"Euh… C'est Linds."
Catherine écarquilla les yeux.
"Oh, non. Je veux dire Lindy pas Lindsey," clarifia Sara. "J'en ai pour 2 minutes. Je te rejoins à la voiture."
Catherine acquiesça en posant la main dans le dos de Sara, avant de se diriger vers la voiture du labo.
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"Sidle."
"C'est une croisée des chemins," lança Lindy.
"Quoi ?" Sara fronça les sourcils, perdue.
"Ton rêve. C'est une croisée des chemins. Et, tu es californienne… tu sais bien qu'il ne faut pas titiller les vagues quand les requins traînent dans les parages. Donc, c'est facile : ne va pas nager avec les requins ma belle."
"Et mon rêve me dit quoi au juste ? Que les hommes sont des requins ?"
"C'est ton rêve, pas le mien. Peut-être qu'il ne s'agit que d'un seul mec."
"Il y avait 2 requins."
"D'accord, alors ne va pas fricoter avec les hommes qui ressemblent à des requins," gloussa Lindy, amusée. "Quant à la tempête… Pense Robert Frost, ma chérie."
"La route par laquelle on voyage moins souvent… Ok. Sauf que je suis sur la mer."
"Hum… L'eau est souvent utiliser comme métaphore pour l'esprit. Alors peut-être que ton inconscient te dit que ton esprit a deux voies qui s'offre à lui. L'une définitivement très dangereuse, et l'autre qui semble seulement dangereuse. Tu es à une croisée des chemins. Et tu sais ce qu'on dit : toujours aller là où il y a de l'or. L'or et le saphir sont des pierres précieuses, alors peut-être que c'est la récompense pour suivre cette voie. Celle qui semble seulement dangereuse."
"Donc je choisis la tempête." conclu Sara. "C'est ce que j'avais déduit de mon rêve. Tu ne m'apprends pas grand-chose de plus."
"Ah ouais? Laisse moi te rappeler ceci SOS, le Titanic a sombré dans des eaux très calmes, et l'arche de Noé est sortie indemne d'un putain de déluge. Bien souvent, le calme est bien pire que la tempête. Enfin, du moins, c'est ce que disent les proverbes." Ironisa Lindy. "Ça te va ou bien est-ce qu'il faut que je ramène mes fesses jusque chez toi pour te la jouer maître zen ?"
Sara sourit à l'humeur joviale de son amie. "Ça me va. Merci Linds."
"Pas de problème. Oh et je te dépose les places pour le spectacle demain. Je ferais en sorte que le petit bout de ta chérie s'éclate bien. A plus."
Ce n'est qu'une fois qu'elle fut bien assise à l'intérieur de la Tahoe du labo que Sara se rendit compte que Lindy avait appelé Catherine sa "chérie". La soudaine bonne humeur qui s'était emparé d'elle après sa discussion avec son amie vacilla légèrement et Sara fronça les sourcils. Il faudrait définitivement qu'elle mette les choses au clair avec Lindy avant que toute cette histoire ne se transforme en quelque chose de plus que ça ne l'était…
A suivre...