Adrénaline
Par Bouzik
Dixième Partie
Sara :
« Je l’ai tué… »
Sara gardait la tête baissée, elle n’osait pas regarder Catherine. Elle ne voulait pas voir la déception qui avait du naître au fond des yeux bleus de sa collègue. Elle avait tant rêvé de pouvoir de nouveau se plonger dans cet océan mais à cet instant, elle était incapable de l’affronter. Elle ne méritait aucune pitié, aucune sollicitude. Ce qu’elle avait fait était irréparable… jamais elle ne pourrait se le pardonner.
Le monde continuerait peut être à tourner, mais jamais plus les choses ne seraient les mêmes. Elles avaient définitivement changé. Tout était devenu sombre, hideux, dégoûtant ! A commencer par elle. Elle se dégoûtait tellement qu’elle aurait voulu mourir dans la seconde… pour ne pas avoir à affronter le regard déçu de Catherine…
Catherine…
La brune avait du mal à appréhender tout ce qui se passait autour d’elle. L’agitation était pourtant à son paroxysme. Les pompiers essayaient toujours de circonscrire l’incendie des véhicules garés dans la rue et qui menaçait de gagner le Rempart. Des policiers écartaient autant que possible la foule des badauds qui s’étaient massés pour assister au spectacle. Les cris des spectateurs apeurés, les flashs des photos, les gémissements des blessés… tout était lointain, comme ailleurs…
Tout ça lui était étranger. Un épais brouillard l’enveloppait. Seul le corps de William, allongé à ses genoux lui rappelait que tout ceci n’était pas un cauchemar mais bien la réalité. Dans cette réalité, elle avait tué le jeune garçon, dans cette réalité, plus jamais elle ne serait capable de regarder Catherine dans les yeux.
Une Catherine qui restait cruellement silencieuse suite à l’aveu de Sara. Elle commençait sans aucun doute à réaliser ce qu’avait fait la grande brune. Elle commençait à la juger. Bientôt, elle non plus ne pourrait plus supporter de poser les yeux sur elle.
Après quelques minutes, elle sembla cependant sortir de sa léthargie.
« Sara… dis-moi ce qui s’est passé ? Je suis sure que tu n’as pas tué ce garçon, tu es incapable de faire du mal à qui que ce soit, je le sais bien. » Affirma Catherine.
« Je l’ai tué… je l’ai tué… »
Sara répétait encore et encore cette litanie sans fin, incapable de dire autre chose. La culpabilité l’écrasait tellement qu’elle sentait un poids sur sa poitrine qui l’empêchait de respirer correctement… son souffle devint peu à peu sifflant et laborieux.
« Je l’ai tué… »
Sa tête commençait à lui tourner. Elle entendait à peine Catherine qui lui parlait toujours.
« Sara… parle moi je t’en prie ! Dis moi ce qui t’es arrivé ? »
Sa voix était lointaine. On aurait presque dit qu’elle était à l’autre bout de la rue et absolument pas juste en face d’elle. Elle était loin… de plus en plus loin.
« Je l’ai tué… »
« Sara… »
Ce n’est pas William qui aurait du mourir aujourd’hui, c’était elle… pour payer de toutes ses erreurs, pour payer le mal qu’elle avait fait autour d’elle, pour payer le mal qu’elle avait fait à Catherine et celui qu’elle allait inévitablement lui faire encore.
« Je l’ai… je l’ai … »
Elle sentit la blonde mettre un doigt sous son menton et relever doucement sa tête pour pouvoir mieux la voir, mais Sara ne put se résoudre à croiser son regard. Elle garda les yeux baissés.
« Sara … tu me fais peur !! Est-ce que tu es blessée ? Est-ce que tu as mal quelque part ? »
Sa vue se brouilla lentement, effaçant encore un peu plus le monde autour d’elle. Même Catherine commençait doucement à disparaître. Sara savait qu’elle ne méritait que cela, elle devait mourir pour compenser tout ce qu’elle avait fait…
« Parle moi !! »
Elle DEVAIT mourir… elle l’avait mérité !
« Je l’ai tué… »
Une dernière fois, elle se répéta avant de sombrer définitivement dans l’inconscience. Elle n’entendit pas le cri strident que poussa Catherine quand elle s’effondra, le corps de William toujours serré contre elle.
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Catherine:
« Est-ce que ça va durer encore longtemps ? » s’impatienta Catherine.
La pauvre infirmière sur laquelle elle ne cessait de crier leva les yeux au ciel d’exaspération.
« Je vous répète que le médecin est en train de l’examiner et que vous pourrez la voir dès que ce sera fini. Il ne devrait pas y en avoir pour longtemps. »
« Mais ça va faire une heure que vous me répétez sans arrêt la même chose. Vous me cachez quelque chose !! Elle a quelque chose de grave et vous ne voulez pas me le dire !! » Le ton de sa voix était de nouveau en train de monter dangereusement.
« Ecoutez !! Je suis allée voir il y a cinq minutes. Je vous ai dit qu’elle n’avait rien de sérieux mais que son état nécessitait tout de même des soins. »
« Mais pourquoi est-ce que cela prend autant de temps ? » Hurla la blonde ameutant tout le hall d’attente des urgences.
« Vous ne voulez pas qu’elle reçoive les meilleurs soins possibles ? » La questionna l’infirmière au bord de l’exaspération.
Visiblement sa patience était mise à rude épreuve par le harcèlement constant dont elle faisait l’objet de la part de Catherine depuis plus d’une heure.
« Qu’est-ce que vous racontez, bien sur que si !! Mais je veux la voir, vous m’entendez… JE. VEUX. LA. VOIR !!!! »
Reprenant à peine sa respiration, elle se remit à hurler au bord de l’hystérie.
« JE. VEUX. LA. VOIR… TOUT DE SUITE… »
Elle s’arrêta de crier à bout de souffle, haletante de s’être ainsi énervée. D’un regard noir, elle tenta d’intimider la femme postée en face d’elle. Si elle avait pu, elle l’aurait bien assassiné d’un seul regard mais rien n’y faisait, cette infirmière se montrait intraitable.
« Très bien ! Maintenant ça suffit !! J’ai été patiente avec vous ! Mais si vous ne vous calmez pas tout de suite par vous-même, j’appelle la sécurité qui se chargera de le faire à votre place. » Menaça-t-elle les dents serrées.
Catherine éclata d’un rire mauvais.
« Vous pensez vraiment me faire peur avec vos menaces ridicules ? JE suis de la police, alors ce n’est sûrement pas ça qui va changer quoi que ce soit !! Je resterais là jusqu’à temps que vous me laissiez voir Sara !! »
L’infirmière soupira profondément et ferma les yeux quelques secondes.
« Bien ! On va se détendre un peu !! Et vous, et moi !! Je ne peux pas vous laisser la voir pour le moment, pas tant que le médecin est avec elle et ce n’est pas négociable, inutile d‘insister plus !! Mais je vous donne ma parole que je viendrais vous chercher dès que ce sera terminé… vous serez la première personne à la voir, je vous le promets ! On est d’accord ? »
Catherine la jaugea quelques instants. Elle voyait bien qu’elle aurait beau s’énerver encore et encore, cette femme ne flancherait pas d’un pouce. Elle gâchait son énergie pour rien. Si elle n’arrivait pas à obtenir ce qu’elle voulait, elle n’avait pas vraiment d’autres choix que d’attendre… attendre et toujours attendre… des mois qu’elle attendait !!!
Elle ferma violemment les yeux pour ne pas laisser couler les larmes de frustration qu’elle sentait monter en elle. Elle sentit une main rassurante se poser sur son bras.
« Ne vous inquiétez pas, elle n’est pas en danger. »
La blonde soupira avant de hocher la tête de dépit.
« Allez vous asseoir dans la salle d’attente et essayez de vous reposer un peu, elle aura besoin de vous tout à l’heure. Ca serait dommage que vous ne puissiez pas être là pour elle si vous n’êtes pas en état. »
De nouveau, Catherine hocha la tête et se dirigea en traînant les pieds vers la salle d’attente. Elle se laissa tomber dans la première chaise qu’elle trouva et se prit la tête dans les mains. Ses larmes se mirent aussitôt à couler.
Elle avait du mal à réaliser ce qui arrivait. Après tous ces mois, après son départ précipité lors de leur dernière rencontre, Sara était réapparue… mais les circonstances de son retour était tout de même relativement singulière. Cette explosion… cette fusillade… qu’est-ce qui s’était passé ? … et que dire concernant l’aveu de Sara… Catherine était perdue … elle savait bien que la grande brune ne pouvait pas tuer quelqu’un comme ça de sang froid, elle était bien trop respectueuse de la vie et était tout bonnement incapable de tuer quelqu’un, mais alors pourquoi s’accuser soi même d’avoir fait ça ?
Et puis le fait qu’elle soit réapparu à cet endroit et dans cet état n’expliquait pas où elle avait passé tous ces mois et ce qui avait bien pu lui arriver !
Catherine laissa couler ses larmes pendant de longues minutes. Elle n’en pouvait plus de cette attente, de cette frustration qui la rongeait de plus en plus, surtout depuis qu’elle savait que Sara était toujours en vie.
Contre qui devait se diriger sa colère ? Cette infirmière n’était en fait qu’un faible exutoire qui lui permettait à peine de faire baisser la pression !! C’est comme si Catherine en voulait au monde entier: à Grissom de lui avoir caché la vérité, à ceux qui avait envoyé Sara jouer à ce petit jeu… et même à Sara… Alors qu’elle aurait du être totalement et pleinement envahi par un soulagement sans borne de voir revenir sa collègue, Catherine ne pouvait s’empêcher d’être en colère contre elle. Bien sur, elle était soulagée de la savoir saine et sauve et en sécurité. Elle était heureuse de se dire que maintenant que tout le monde était au courant qu’elle n’état pas morte, Sara allait probablement rester et ne plus s’enfuir comme une voleuse !
Mais malgré tout cela, Catherine ne pouvait s’empêcher d’en vouloir quand même à Sara. Le contrecoup de ces derniers mois retombait d’un seul coup et pesait bien lourd sur ces épaules.
Qu’est-ce qui allait se passer maintenant ? Qu’allait dire Sara ? Qu’allait elle faire ?
Et elle, comment réagirait-elle quand elle se trouverait face à la grande brune ?
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« Madame… Madame…. Réveillez vous… »
« MMMhhhhh….. »
Catherine gémit faiblement quand elle sentit qu’on la secouait doucement. Le simple fait d’ouvrir les paupières lui sembla un effort incommensurable tellement elles semblaient peser des tonnes !! Cela faisait des jours qu’elle ne s’était pas endormie aussi profondément et déjà elle avait l’impression que cela faisait à peine cinq minutes que le sommeil l’avait envahi.. l’avait libéré…
« Réveillez-vous…vous pouvez aller la voir maintenant. »
Pire que si elle s’était pris un coup de poing dans l’estomac, Catherine ouvrit brusquement les yeux et se redressa tout aussi vite.
« Sara !! »
Tout lui revint en tête en l’espace d’une seconde : Sara, sa disparition, le concert, l’explosion…
Une puissante vague d’euphorie la traversa quand elle réalisa que l’infirmière était revenue la chercher. Elle allait enfin voir Sara, elle allait pouvoir lui demander des explications sur tout ça, où elle était depuis des mois, ce qui se passait entre elles…
Tellement de questions à lui poser, tellement de temps à rattraper.
« Comment … comment va t-elle ? » Elle osa à peine croiser le regard de l’infirmière de peur d’y lire une mauvaise nouvelle.
Avant de lui répondre, celle-ci lui attrapa le bras et commença à l’entraîner dans un couloir sans fin.
« Elle va bien. Enfin, aussi bien qu’on puisse aller dans des circonstances comme celle là. »
« Ca veut dire ?... »
« Des contusions, des coupures dont une assez profonde à la tête, des bleus, quelques soucis d’audition, un poignet foulé et une vilaine plaie dans le dos. Le médecin lui a fait des points, mais il n’y a pas de dommages internes. Rien de bien méchant en somme si on prend en compte le fait qu’elle se trouvait aussi prés d’une explosion de cette ampleur. » Elle marque une pause avant de reprendre. « Ca, c’est pour le côté physique… pour le reste, il faudra attendre de voir un peu comment elle réagit. »
« Qu’est ce que vous voulez dire exactement ? » Catherine s’arrêta brusquement en plein milieu du couloir et obligea l’infirmière à stopper également et à la regarder directement dans les yeux.
« Les victimes de ce genre ‘d’accident’ ont toujours plus ou moins de séquelles suite à ce qu’ils ont vécu. Il faut un peu de temps pour les déceler et pour évaluer leur importance. Le cas de Melle Sidle n’est pas différent. Même si elle est, de par votre profession, habituée à appréhender des situations de stress intenses, il n’en reste pas moins que ce quelle a vécu risque de l’affecter. Il faudra donc la surveiller attentivement.»
Si à cet instant, Catherine entendait bien ce que lui racontait la femme en face d’elle, on ne peut pas dire qu’elle l’imprègne réellement. Elle avait repris sa marche en avant qui elle l’espérait aller rapidement la conduire enfin auprès de la brune. L’urgence de la revoir saine et sauve était plus forte que tout. Et puis soyons sérieux… on parle tout de même de Sara Sidle là, la personne la plus forte et la plus solide qu’elle connaisse.
« On est encore loin » S’impatienta t-elle après quelques minutes de marche silencieuse.
« On y est. On l’a mise dans une chambre seule pour qu’elle puisse pleinement se reposer. »
Elle s’arrêta devant une porte mais avant que Catherine puisse mettre la main sur la poignée, la jeune femme lui saisit le bras.
« Pas trop de questions, il faut qu’elle se repose. » Cette simple phrase était plus lancée comme un ordre que comme une suggestion. « De toute façon, il ne faut pas vous attendre à trop de réactions de sa part. Elle est dans un genre d’état catatonique, mais ce n’est pas anormal dans son cas… malgré tout, le médecin lui a donné un puissant sédatif, elle ne devrait pas tarder à s’endormir. »
Catherine acquiesça simplement avant de pénétrer seule dans la pièce.
La chambre était plongée dans la pénombre. Seule une vague lumière se diffusait de la salle de bain adjacente. Ses yeux s’habituèrent rapidement et elle put distinguer Sara à demi allongée dans son lit, les yeux perdus dans le vague. D’un pas lent, la blonde s’approcha du lit. Il lui semblait que son cœur faisait tellement de bruit en cognant dans sa poitrine que Sara allait d’un moment à l’autre l’entendre et tourner la tête vers elle.
Plus elle s’approchait et plus elle distinguait le visage de la jeune femme. De multiples coupures barraient ses joues, son front et son cou. La plupart étaient recouvertes de steri-strip. Une large compresse recouvrait sa tempe gauche, sa lèvre était fendue et ses cheveux étaient emmêlés. Pourtant, elle n’avait jamais semblé aussi belle aux yeux de Catherine. C’était comme si là aujourd’hui, en cet instant bien précis, elle découvrait combien Sara était magnifique. Elle paraissait tellement vulnérable et perdue, que la blonde n’avait qu’une envie, le prendre dans ses bras pour la protéger de tout ce qui pouvait l’atteindre, la mettre définitivement à l’abri de tout péril.
Arrivée prés du lit, elle n’osa pas encore toucher Sara qui regardait dans la direction opposée. La crainte de lui faire peur la retenait de se jeter sur elle pour la serrer contre elle et ainsi avoir la confirmation physique qu’elle était bien là, près d’elle, en vie.
« Sara ? »
C’est un simple murmure qui s’échappa de ses lèvres. La brune ne réagit pas. Catherine se répéta un peu plus fort. Toujours aucune réaction. Sara restait immobile, les yeux fixés sur le mur blanc, comme si elle allait y découvrir toutes les vérités. Elle ne sourcillait pas, ne remuait pas un muscle, c’est à peine si on pouvait voir qu’elle respirait encore, tellement elle était calme.
Après plusieurs tentatives, Catherine se décida enfin à poser sa main sur celle de Sara aussi doucement que possible. Un léger tressaillement traversa le visage de la jeune femme, preuve qu’elle avait pris conscience de la présence de sa collègue. Dans un mouvement incroyablement lent, elle tourna la tête, le visage toujours aussi impassible. Catherine ne put empêcher un sourire d’apparaître sur son visage. Inconsciemment, elle avait retenu sa respiration alors que les battements de son cœur s’étaient sensiblement accélérés. Elle avait attendu ce moment depuis des jours… pour enfin se noyer à nouveau dans ses yeux chocolat, voir la chaleur qui y brûlait perpétuellement.
Son estomac se serra comme un poing quand elle réalisa que le regard qui venait de plonger dans le sien était aussi froid que de la glace. Les yeux de Sara étaient vides… vides d’émotions, vides de sensibilité… toute vie en était absente, comme si elle l’avait totalement déserté, comme si elle n’avait jamais existé.
Sara ne la regardait pas, elle regardait simplement à travers elle. Elle n’était pas là, dans la même pièce qu’elle, elle était ailleurs… ailleurs mais pas ici, pas avec elle.
Tout aussi doucement et sans que son visage n’ait montré une once de sentiment, Sara reporta son attention sur le mur opposé, comme s’il ne s’était rien passé.
Catherine sentait ses poumons la brûler, sa respiration était toujours bloquée dans sa poitrine. Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Sara venait vraiment de poser ses yeux sur elle sans vraiment la voir, son regard l’avait traversé sans la remarquer avant de s’éloigner à nouveau.
Pendant de longues minutes, elle la regarda sans rien dire, la bouche entrouverte sous l’effet de la surprise. Sans le noter dans un premier temps, elle vit les yeux de Sara se fermer doucement et sa tête se poser sur l’oreiller. Sa respiration devint lente et régulière, signe évident qu’elle venait de plonger dans un profond sommeil.
Une unique larme coula lentement sur la joue de Catherine.
Le cauchemar n’était pas fini… Sara n’était toujours pas revenue…
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Sara :
Il faisait noir, il faisait froid, l’ambiance est lourde de silence et pourtant c’était comme s’il n’y avait jamais eu autant de bruit autour d’elle.
Mais où était-elle ?
Rien ne lui semblait familier, ni les odeurs, ni les sons… Doucement Sara essaya d’entrouvrir les yeux. Elle les referma tout aussi vite quand une lumière crue l’aveugla aussitôt, déchaînant instantanément un flot de trompettes dans sa tête. De profondes inspirations l’aidèrent à calmer quelque peu le tumulte qui régnait dans son cerveau.
Précautionneusement, elle ouvrit les yeux sans se laisser surprendre cette fois par la luminosité agressante qui régnait dans ce lieu. Elle cligna plusieurs fois des yeux, le temps de s’habituer à cette nouvelle clarté. Un blanc aveuglant l’entourait de toute part, comme si toute couleur avait déserté le monde. Les murs, le sol, le lit où elle se trouvait, tout était d’un blanc immaculé, presque surréaliste.. mais tout restait vide, sans vie… sans chaleur, comme si rien n’avait survécu dans cet endroit, tout y était anesthésié… même elle.. à vrai dire, elle ne ressentait même rien, ni douleur, ni sentiment.
Elle remarqua alors la longue perfusion branchée à son bras gauche. Etait ce cela qui lui embrumait le cerveau ?
Elle n’avait pas les idées claires. Il fallait qu’elle réagisse, elle sentait déjà que le sommeil cherchait de nouveau à la rattraper. Elle ne devait pas se laisser faire, elle voulait lutter contre cet engourdissement. Elle ne voulait pas dormir, elle ne voulait plus dormir…
Alors qu’elle cherchait désespérément à se concentrer, elle réalisa qu’il y avait tout de même quelque chose de décalé dans tout ça, quelque chose de différent. Il y avait au moins une source de chaleur autour d’elle… la vie n’était pas totalement absente. Elle était même directement en contact avec elle.
Pire que tout, plus elle prenait conscience de ce fait, plus ce contact devenait gênant, presque insupportable. Cela la consumait, la brûlait littéralement… sa main droite la brûlait.
Elle baissa les yeux vers sa main pour constater qu’elle était recouverte par les doigts de quelqu’un d’autre. Une personne était assise dans une chaise prés de son lit, la tête posée sur le matelas. Visiblement endormie, de longs cheveux blonds recouvrant son visage.
Peu importe de qui il s’agissait, Sara s’en fichait, cela n’avait aucune espèce d’importance. Elle retira sa main doucement pour ne surtout pas réveiller cette personne qui sûrement se mettrait à lui poser tout un tas de questions auxquelles elle n’avait pas envie de répondre. D’un geste lent, elle dirigea sa main vers la perfusion de son bras gauche et la retira dans un geste brusque avant de la laisser tomber au sol. Même l’aiguille qui sortit brusquement de son bras ne lui fit pas ressentir la plus petite douleur.
Ainsi libérée de toute entrave, Sara reporta son regard sur le mur blanc en face d’elle et se perdit dans la contemplation du néant. Elle se laissa absorber par le silence, son esprit se vida de toute pensée et devint comme mort. Elle sourcillait à peine, inconsciente du temps qui passait, indifférente aux bruits de l’autre côté de la porte, à la course du soleil qui modifiait peu à peu la lumière dans la pièce.
Elle ne se demanda pas pourquoi elle était là, ce qui avait précédé cet instant, ce qui allait suivre. Seule le vide existait.
Combien de temps s’écoula, elle était incapable de le dire, une minute, une heure, un jour. Elle ne réalisa pas que quelqu’un avait pénétré dans la pièce. Lui parlait, lui disait qu’il ne fallait pas faire de bruit pour ne pas réveiller la personne endormie sur son lit.
Elle ne sentit pas qu’on lui prenait sa tension, qu’on nettoyait ses plaies. Elle ne réagit même pas quand on lui dirigea une lumière dans les yeux pour vérifier ses pupilles. Elle n’était pas vraiment là. Les questions qu’on lui posait traversaient son esprit sans qu’elle les comprenne, sans même qu’elle les entende vraiment. Comment elle se sentait. Est-ce qu’elle avait faim. Est-ce qu’elle avait mal. Ce n’est que lorsque la personne lui saisit le bras pour visiblement lui remettre la perfusion qu’enfin la réalité atteint son cerveau. Elle comprit qu’on lui demandait si elle voulait quelque chose contre la douleur. Elle retira son bras de cette étreinte et secoua vigoureusement la tête sans desserrer les lèvres. Inutile de prendre un anti-douleur quand on ne ressent rien !
Cette réponse sembla suffire puisqu’on la laissa alors en paix avec la promesse d’une prochaine visite. Peu lui importait, elle voulait juste qu’on la laisse tranquille.
De nouveau seule, elle reprit sa contemplation du mur et laissa son esprit se vider complètement.
Encore des minutes, encore des heures. Du mouvement autour d’elle mais sans bruit, des personnes sans visage qui passaient dans son champ de vision, des lèvres qui bougeaient sans émettre un seul son, des caresses sur son visage et ses mains mais pas de sensations, des paroles murmurées à son oreille mais sans sens.
Elle restait là, immobile, le regard fixe, l’esprit vide, la bouche légèrement entrouverte et la respiration lente. Le mur toujours blanc, le monde toujours mort autour d’elle, l’envie de réagir toujours absente.
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Catherine :
« Qu’est ce qui lui arrive ? Elle a été toute la journée comme ça, à regarder ce mur !! Elle ne réagit à rien ? »
Catherine serrait toujours la main de Sara dans la sienne, mais elle savait très bien que la brune allait la retirer d’un moment à l’autre. Cela avait été comme ça toute la journée. A peine quelques minutes à chaque fois et la jeune femme arrachait sa main à l’étreinte de Catherine mais sans jamais rien dire, sans jamais montrer une quelconque réaction. Elle s’éloignait simplement et silencieusement de tout contact sans même sembler le remarquer.
Mary, l’infirmière présente depuis l’arrivée de Sara et qui était venue de nouveau vérifier son état regarda la blonde quelques secondes lutter contre les larmes qui ne demandaient qu’à surgir.
« Elle est en état de choc. Ce n’est pas anormal vu ce qu’elle a vécu. » Répondit-elle d’une voix douce. Ce n’était pas uniquement de Sara dont elle devait s’occuper, mais également de Catherine qui était au bord de la rupture. Toute la journée, elle l’avait vu tenter de communiquer avec sa patiente pour se heurter à chaque fois à un mur d’indifférence… même bien au-delà de l’indifférence, l’absence.
L’équilibre fragile de la blonde menaçait désormais de se fissurer d’un moment à l’autre face à son incapacité à obtenir un signe de sa collègue.
« Vous ne devez pas vous inquiéter. C’est une réaction presque normale. Son esprit s’est juste refermé par instinct de protection, pour ne pas sombrer après tout ce qu’elle a vu. Quand elle aura décidé que c’est le moment, elle reviendra parmi nous. »
« Mais quand ? »
« Je ne peux pas vous répondre, il suffit juste d’attendre... il faut être patient. »
« Attendre… » Catherine murmura doucement en resserrant ses doigts un peu plus fort sur ceux de Sara, apeurée de perdre le peu de contact qu’elle avait avec elle. « Il n’y a rien à faire ? Vous êtes sure ? »
« Oui. C’est Sara qui doit décider du moment où elle sera prête à faire face. Il faut juste attendre le déclic. »
« Le déclic… » Encore une fois, Catherine se contenta de répéter ce que venait de lui dire l’infirmière. Elle se sentait tellement impuissante, qu’elle en avait mal physiquement. La boule qui s’était installée dans le fond de sa gorge semblait grandir de minute en minute et menaçait de l’étouffer à chaque seconde qui passait.
Silencieusement, elle essayait de se résoudre à sa propre impuissance, elle ne pouvait rien faire. Elle avait beau tout tenter pour que Sara fasse surface et la voit, rien n’y faisait. C’était toujours le même bloc de froide indifférence qui se dressait stoïquement en face d’elle.
Bien caché sous cette peine et sans laisser rien paraître, Catherine faisait tout son possible pour combattre une petite voix égoïste qui ne cessait de lui répéter qu’elle-même n’était visiblement pas le « déclic » dont Sara avait besoin, qu’il serait après tout facile de se lamenter sur son propre sort au lieu de ne penser qu’à Sara qui apparemment n’en avait rien à faire. Si jusqu’à présent, elle avait gagné cette bataille contre elle-même, il était de plus en plus difficile de lutter contre l’évidence de sa propre inutilité. Elle ne servait à rien, Sara n’avait pas besoin d’elle , elle ne se rendait même pas compte de sa présence… en fait, si elle n’était pas là, le résultat serait strictement identique ! A quoi bon insister ?!
Mary la tira soudain de ses pensées.
« Il faut vous reposer Catherine. Rentrer chez vous dormir un peu. Vous n’allez pas tenir à ce rythme là. »
La réaction ne se fit pas attendre.
« Non !! Je ne partirai pas tant qu’elle n’ira pas mieux. Je ne veux pas la laisser et qu’elle se retrouve seule quand elle reprendra vraiment conscience. Sara n’aime pas les hôpitaux et je ne veux pas qu’elle se sente abandonnée. »
« Ecoutez, Catherine, personne ne va l’abandonner. Je suis là pendant encore plusieurs heures. Pourquoi ne pas demander à quelqu’un de vous remplacer un peu auprès d’elle, j’ai vu que plusieurs personnes étaient venues lui rendre visite aujourd’hui…. L’une d’entre elle pourrait prendre votre place pendant un moment que vous puissiez vous reposer. »
Une fois encore la réaction fut immédiate.
« Non, vraiment, je veux être là quand elle reprendra conscience ! Vous comprenez, c’est moi qu’elle a contacté pendant son absence et je pense qu’elle voudrait que je sois là… »
‘Enfin je l’espère.’
Mary soupira légèrement. Elle comprit qu’il était inutile d’insister, Catherine ne changerait pas d’avis.
« D’accord, mais il faut vous reposer, Catherine. Vous êtes pâle comme un linge et je suis sure que vous n’avez rien mangé depuis que vous êtes là. Donc si vous voulez rester, il va falloir y mettre un peu du votre. Vous allez descendre à la cafétéria et me faire le plaisir vous nourrir un peu. Quand vous reviendrez, je veux que vous dormiez… je vais vous ramener un oreiller et une couverture, vous n’avez qu’à vous installer comme vous pouvez dans un fauteuil. Et tout ça n’est absolument pas négociable, est ce que c’est bien compris ? »
Catherine regarda la jeune infirmière tenter vainement d’être intimidante. Elle ne put retenir un sourire. Finalement, elle avait peut être raison. A quoi servirait-elle si elle tombait de fatigue au moment où Sara se « réveillerait » ?
D’un mouvement décidé, elle se retourna, farfouilla dans son sac et en sortit son portefeuille. De nouveau face à Mary, elle plongea ses yeux dans les siens.
« Ok. Je vais me chercher quelque chose à manger mais promettez-moi que vous allez rester là tout le temps où je serais absente et que vous me ferez appeler s’il se passe quelque chose. »
« C’est promis ! Allez filez !! Je m’occupe d’elle. »
Après une dernière hésitation, Catherine se pencha sur Sara, déposa un long baiser sur sa joue et lui murmura à l’oreille.
« Je reviens dans cinq minutes… cinq minutes c’est promis. »
Si l’absence de réaction de la belle brune ne la surprit pas, elle ne put empêcher le pincement caractéristique qu’elle avait désormais l’habitude de ressentir en pleine poitrine.
Comme une furie, elle sortit de la chambre, bien décidée à s’en absenter le moins longtemps possible.
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Rien… toujours rien !!
C’était le deuxième jour que Catherine passait au chevet de Sara et la brune ne montrait toujours aucun signe de réelle conscience du monde extérieure.
La veille, lorsque Catherine était descendue se chercher un morceau à grignoter et un café serré, son absence n’avait duré en tout et pour tout que quelques minutes. Les minutes les plus longues qu’elle ait eu à traverser depuis longtemps. Tout le temps qu’avait duré son absence, elle se rongeait les sangs, imaginant que Sara reprenait contact sans qu’elle soit là pour la retenir avant que la jeune femme ne décide de se replonger dans son mutisme faute de trouver quelqu’un ou quelque chose à quoi se raccrocher.
Mais quand elle était revenue, à bout de souffle, rien n’avait changé, tout était identique.
Mary lui avait arraché la promesse de se reposer avant de repartir et de la laisser avec Sara. C’est ce qu’elle avait fait. Après avoir avalé rapidement le sandwich qu’elle s’était acheté, elle avait rapproché un des fauteuils de la chambre le plus possible du lit de Sara et s’était installé le plus confortablement possible sous la couverture. Elle s’était rapidement endormie. Dieu merci pour elle, Sara avait été suffisamment « patiente » pour laisser sa main dans celle de Catherine jusqu’à ce que celle-ci s’endorme. Le contact chaud l’avait aidé à doucement se laisser emporter dans les bras de Morphée, se permettant une dernière prière muette pour que le lendemain soit différent.
Mais voilà, demain, c’était désormais aujourd’hui et aujourd’hui, tout était exactement pareil.
Sara était toujours plongé dans un profond mutisme, le mur semblait toujours aussi attractif et le moral de Catherine atteignait désormais les abîmes.
Rien ni personne n’arrivait à obtenir ne serait ce qu’une vague réaction de Sara : les soins des infirmières, les passages de ses collègues et amis… Grissom, Nick et Warrick étaient passés la veille. Tous parlèrent à Sara mais aucun n’arrivait à accrocher son regard. Même Gil était impuissant. Catherine l’avait pourtant vu caresser doucement le visage de la brune en lui murmurant des paroles que seule elle pouvait entendre. Aussi inapproprié que cela puisse être à ce moment là, une vague de jalousie l’avait alors parcouru. Elle avait été soulagée de le voir partir, même si cela l’avait surpris qu’il ne reste pas plus longtemps au chevet de celle qu’il était censé aimer.
Nancy avait même amené Lindsey dans la matinée et là encore le résultat avait été le même. Catherine se souvenait avec douleur des larmes de sa fille quand elle s’était heurtée au mutisme de Sara. L’adolescente avait essayé encore et encore d’obtenir une réponse de la brune, se plaçant presque sur son lit pour essayer de plonger son regard dans le sien. Mais le même effet s’était produit pour elle comme pour sa mère la veille, le regard de Sara l’avait littéralement traversé comme si elle n’existait pas. La difficulté était d’autant plus importante pour Lindsey que pour elle, Sara revenait d’entre les morts après quasiment quatre mois où elle était persuadée que celle ci était morte dans un accident de moto.
Au bout d’un moment, Catherine avait du intervenir et quasiment traîner une Lindsey au bord de l’hystérie à l’extérieur de la chambre. Il lui avait fallu de longues minutes pour calmer sa fille. Elle la serra contre elle pendant une éternité, la laissant pleurer tout son saoul, lui jurant que les choses allaient s’arranger. Bien sur, elle n’en était pas certaine mais elle ne pouvait pas laisser sa fille dans cet état. Linds venait juste de « retrouver » Sara pour la « perdre » à nouveau. Il n’était pas dur d’imaginer combien elle devait se sentir perdue… mais il était hors de question que l’adolescente perde l’espoir qu’elle-même avait de moins en moins.
Après l’avoir calmé et renvoyé avec Nancy, Catherine était retournée à son poste. Elle fixa Sara de longues minutes, luttant contre la colère qui menaçait de l’envahir. Elle ne comprenait pas pourquoi Sara ne réagissait pas. Au-delà de la compassion et de l’amour qu’elle ressentait pour la jeune femme, elle commençait à lui en vouloir de la faire souffrir encore et surtout de faire souffrir sa fille.
« Pourquoi tu fais ça ? » Sa propre voix raisonna dans la chambre et la fit sursauter. Elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait énoncé cette question à voix haute. « Merde !! Pourquoi tu ne parles pas ?? Pourquoi tu ne réagis pas ? »
Sara ne bougea pas un muscle, ne sourcilla même pas quand Catherine lui saisit le bras et la secoua doucement. Si ce n’était sa respiration régulière, on aurait presque pu croire qu’elle était une statut.
« Sara, regarde moi… je t’en prie, regarde moi… je suis là… pour toi…. »
Doucement, Catherine plaça son doigt sous le menton de la brune et l’obligea à tourner la tête pour que leurs yeux se rencontrent. Mais tout ce à quoi elle se heurta fut le vide…. Encore et toujours le néant dans le regard de Sara. A peine eut-elle relâché la pression de son doigt que la brune reprit sa position initiale pour ne plus en bouger.
Combien de fois était-elle allé se placer devant ce mur et avait parlé à Sara espérant enfin une réponse, combien de fois elle était retournée s’asseoir déçue et abattue. Elle avait l’impression de tout avoir essayé, tout tenté. Elle n’avait plus aucune idée sur ce qu’elle pouvait bien faire pour attirer enfin l’attention de Sara. Elle n’avait plus la force ni le courage de lutter. Elle se contentait maintenant de rester assise à côté d’elle, à la regarder tendrement, à lui parler de temps en temps pour qu’elle n’oublie pas sa présence et à reprendre régulièrement sa main dans la sienne dès que la brune s’échappait de son étreinte.
Les heures, les minutes s’écoulaient sans vraiment qu’elle ne s’en rende compte. Une autre infirmière était passée mais n’avait pas plus de réponse à lui donner que Mary. Catherine commençait doucement à désespérer de ne plus jamais revoir la Sara qu’elle aimait.
Le soir du deuxième jour, la situation n’avait pas évolué. Sara était toujours dans le même état catatonique et Catherine était toujours à son chevet. La blonde entendit la porte de la chambre s’ouvrir derrière elle mais elle n’y prêta pas attention. Elle s’était habituée au balaie des infirmières et autre médecin et savait que s’il s’agissait d’un de ses collègues, il se manifesterait vite.
Ce qui se passa alors la surprit d’autant plus que pour elle, tout semblait normal…. Enfin normal…si on peut dire… pas différent en tout cas !
A peine la porte refermée, elle réalisa que la main de Sara s’était violemment refermée sur la sienne et lui broyait presque les doigts. Le cœur de Catherine s’emballa, c’était la première vraie réaction que la brune montrait depuis qu’elle s’était réveillée à l’hôpital.
Catherine releva lentement les yeux, le visage était transfiguré. Il n’avait plus rien à voir avec ce masque de cire qu’elle voyait depuis deux jours. Une peine sans borne semblait littéralement le déformer et de grosses larmes coulaient déjà sur les joues pâles de Sara. Son regard était de nouveau fixé sur un point précis mais n’était plus vide de vie comme auparavant. Il reflétait une souffrance si intense que jamais Catherine n’aurait cru voir un jour quelqu’un avoir tellement mal.
Elle bondit soudain sur ses pieds sans lâcher la main de sa collègue.
« Sara, qu’est ce qui se passe ? Tu as mal ? »
Sara ne répondit pas. Elle se mit à trembler violemment et était parcourut de lourds sanglots qui la faisait hoqueter bruyamment. Instinctivement, Catherine suivit la direction de son regard tellement empli de douleur.
Elle vit alors Greg qui se tenait devant la porte, immobile, choquée. C’était la première fois qu’il voyait Sara depuis son retour suite à l’explosion du Rempart. Grissom ne l’avait pas lâcher jusqu’à ce qu’il ait fini toutes les analyses nécessaires à l’enquête.
Mais là en cet instant, Catherine n’aurait sur dire lequel des deux avait l’air le plus choquée… la seule chose qu’elle voyait c’est que le jeune homme venait de réussir là où tout le monde avait échoué, là où elle avait échoué. Il venait enfin de sortir Sara de son monde, il venait enfin d’obtenir une réaction.
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Sara :
Le silence…
Le silence…. Le silence étouffé… incolore… inodore…
Le silence… sans émotion…sans vie…. Sans but…
Le silence parfait….
C’est ce que Sara ressentait, le silence, le vide… ou plutôt ce qu’elle ne ressentait pas …. L’absence, l’indifférence. Elle n’éprouvait ni douleur, ni plaisir, ni désir, ni crainte. Sa faculté d’oubli avait été totale, avait occulté les choses, les êtres, tout.
Son indifférence était telle qu’elle avait atteint le degré ultime de l’insensibilité, une incapacité à ressentir telle qu’elle confinait à l’anorexie émotionnelle, à l’apathie. L’absence d’émotions et de sensations l’empêchait de penser, comme si volontairement son cerveau s’était bloqué.
Elle restait immobile et laissait le temps s’écouler sans que rien ne puisse l’atteindre. Tout était vide.
Parfois la vague conscience d’une vie autour d’elle l’effleurait légèrement. Une forme floue passait dans son chant de vision, des voix étouffées transperçaient son silence mais sa capacité à se refermer sur elle-même était tellement puissante que ces petites manifestations extérieures n’arrivaient pas à troubler l’immense vide qui la comblait. Les choses étaient ainsi et consciemment ou inconsciemment peut être, Sara ne voulait pas qu’elles changent, elle ne savait plus très bien ce qu’elle cherchait à fuir, elle ne voulait pas réfléchir sur le pourquoi du comment elle se retrouvait là, tout ce qu’elle savait c’est qu’elle n’avait pas besoin de comprendre, elle n’avait pas besoin de se souvenir, elle n’avait pas besoin que ça change.
Lentement, elle se laissait donc glisser de plus en plus profondément dans l’oubli, dans le silence…. Même pas consciente du souhait de ne plus jamais en ressortir.
Elle était tellement anesthésiée, tellement ailleurs qu’elle ne pouvait être prête à ce qui se passa alors.
Un électrochoc la traversa de part en part quand elle prit conscience d’un visage juste devant elle. Cela aurait du être un visage de plus qui ne ferait que passer…. Seulement ça ne fut pas le cas. Pour la première fois, le brouillard de son esprit se déchira et elle pris vraiment conscience de la présence d’une personne ici avec elle. Pour la première fois, elle distinguait clairement les traits d’un visage, des yeux inquiets… une image nette.
Mais la violence du courant qui la parcourut alors fut si intense que pour la première fois depuis des jours, elle eut mal physiquement, dans chaque muscle, dans chaque cellule de son corps. Une douleur telle que son âme se fissura.
Tout lui revint : les coups de feu, l’explosion, le feu, la chaleur intense qu’elle sentait presque de nouveau sur son visage… le mort de Williams…. Williams qui se tenait là en face d’elle juste en ce moment.
Sans qu’elle s’en rende compte et avant qu’elle ne puisse réaliser ce qui se passait vraiment, son corps la trahit. Il avait réagi avant même que son esprit n’arrive à comprendre ce qui se passait. Des larmes se mirent à couler sans retenue sur son visage, chacun de ses membres fut parcouru de violents tremblements, son estomac se rebella pour lui remonter presque dans la gorge, son cœur s’arrêta et sa respiration se bloqua.
Elle ne pouvait détourner son regard de cette tête ébouriffée. Des yeux rieurs, un air malicieux qui laissait entrevoir la certitude d’une espièglerie à venir.
William, c’était William… William était mort… elle l’avait tué… elle en était certaine, elle l’avait tenu dans ses bras au moment de son dernier souffle. Elle avait vu son regard se vider petit à petit de toute vie, elle avait vu disparaître cette étincelle qui brillait pourtant si joyeusement au fond de ses yeux !
Comment pouvait-il être là… ce n’était pas possible ! Est-ce qu’elle était devenue totalement cinglée ??
Un long gémissement s’échappa de ses lèvres. Il semblait ne jamais prendre fin.
Greg de son côté ne savait pas comment réagir, il était aussi figé qu’une statut, regardant Sara avec des yeux écarquillés mais sans être capable de réagir.
Un gémissement plus fort que les autres le fit sursauter et en quelques secondes, il fut prés de Sara. Il tentait de maintenir entre ses mains une de celle, tremblante, de Sara. Elle tremblait tellement que c’était quasiment impossible.
Catherine, de l’autre côté du lit, éprouvait les mêmes difficultés. Elle caressait doucement les cheveux de Sara, lui murmurant que tout allait bien, que c’était Greg, qu’elle était en sécurité. Mais la brune était hermétique à ses paroles réconfortantes, elle sentait même à peine sa caresse. Comment cela pouvait il aller bien, elle avait tué Williams… et son fantôme, ou quoique ça put être, était là juste en face d’elle. Elle était tout bonnement en train de devenir folle ! L’enfer venait de s’ouvrir et la victime venait chercher son bourreau prêt à l’entraîner vers une éternité de souffrance. William venait la chercher pour qu’elle paie… pour qu’elle paie ses erreurs, tout le mal qu’elle lui avait fait à lui, tout le mal qu’elle avait fait aux autres.
Elle réalisa alors qu’il lui tenait la main. Comme si ce contact l’avait brûlé, elle tenta de la retirer de cette étreinte. Mais William s’y refusa et resserra ses doigts fortement autour des siens.
Sara ne sentit pas qu’en quelques secondes, son corps se retrouva littéralement en surchauffe. Une fine couche de sueur apparut sur sa peau. La fièvre l’avait gagné d’un seul coup et obscurcissait encore plus sa capacité à réfléchir et à comprendre ce qui se passait. Bien au contraire, cela ne faisait qu’ajouter à sa confusion et à sa crainte. Sa tête se mit à tourner, ses oreilles à bourdonner et lentement sa vue se brouilla. Elle fut donc incapable de voir les regards paniqués de Greg et de Catherine. Catherine qui d’un geste saccadé enfonçait le bouton d’appel des infirmières.
Le gémissement de Sara se transforma petit à petit en un cri sans fin. Au moment où l’infirmière pénétrait dans la chambre, la brune désormais à peine consciente de ce qui se passait autour d’elle, avait la tête en arrière et criait en se débattant.
Sans épiloguer, l’infirmière fit brusquement demi-tour et revint un instant après armée d’une seringue. D’un geste sur et malgré les mouvements violents de Sara, elle lui injecta un puissant sédatif.
En quelques secondes, Sara se calma instantanément. Sa tête tomba lourdement sur son oreiller et ses yeux se fermèrent laissant échapper de lourdes larmes.
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Catherine :
« Sara ! Calme-toi, c’est seulement Greg. Il est venu te voir…. »
Catherine ne lâchait pas la main de la jeune femme. Vainement, elle essayait d’attirer l’attention de la brune mais rien n’y faisait. Sara continuait de fixer d’un regard traumatisé le jeune homme posté à côté d’elle, l’air perdu.
Il rencontra un instant le regard de Catherine et un éclair de panique traversa ses yeux qui commencèrent à se remplir de larmes devant l’état de Sara. Visiblement, il en était au même point que Catherine. Il ne savait pas comment réagir.
La blonde leva le bras et d’un geste se mit à caresser les cheveux de sa collègue.
« Sara, regarde-moi. Tout va bien. Tu es en sécurité ici, il ne peut rien t’arriver… »
Rien… aucune réaction ! Sara ne semblait pas sentir sa main sur elle, ne semblait même pas se rendre compte de sa présence. Elle continuait seulement de fixer Greg en gémissant de plus en plus fort.
Prise de panique, Catherine réalisa qu’elle était impuissante. Dans un mouvement précipité, elle s’empara du bouton d’appel et l’enfonça furieusement.
Quand le gémissement de Sara se transforma peu à peu en un cri de douleur, elle recommença frénétiquement à appeler l’infirmière encore une fois puis une autre et encore une autre, à deux doigts de se mettre elle aussi à hurler.
Quand l’infirmière arriva enfin et fit une piqûre à Sara, les larmes coulaient abondamment sur ses joues. Elle ne comprenait rien à ce qui venait d’arriver.
Greg, qui paraissait aussi perdu qu’elle, vint immédiatement prés d’elle et l’entoura de ses bras. Elle s’abandonna contre lui totalement, laissant les sanglots s’échapper douloureusement de son corps.
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Deux heures plus tard, Catherine était assise dans cette chaise qui était devenue la sienne depuis que Sara était à l’hôpital. Elle se tenait la tête entre les mains, légèrement penchée en avant. Tout ce temps à pleurer avait amené une migraine dont elle avait du mal à se débarrasser. Mary, qui avait repris son service, lui avait proposé de lui donner quelque chose pour faire passer la douleur, mais Catherine avait refusé. Certes, elle avait mal, mais au moins elle avait mal pour autre chose que de voir Sara allongée sur ce lit, désespérément lointaine et absente.
Greg était toujours là, assis de l’autre côté du lit. Il tenait toujours la main de Sara dans la sienne. Son regard était perdu dans le vide.
Après la crise de Sara, Catherine lui avait fait un compte rendu de ces deux derniers jours. Ils avaient ensemble essayer de comprendre ce qui arrivait à Sara, mais sans l’aide de cette dernière, il était évident que jamais ils ne trouveraient la solution à leurs questions. Toutes leurs théories n’étaient que conjectures toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Ils avaient donc abandonné. Depuis plus d’une heure, ils étaient silencieux, immobiles. Ils n’essayaient même plus de se rassurer l’un l’autre, évitant même sciemment de croiser le regard de l’autre.
Ils avaient écouté les explications de Mary comme quoi cette réaction n’était pas forcément inquiétante et qu’elle montrait au contraire que Sara avait toujours conscience de son entourage. Mais ils ne pouvaient s’empêcher de revoir la jeune femme transfigurée de douleur, hurler de plus en pus fort comme une démente.
Les yeux fermés, Catherine essayait de respirer le plus profondément et le plus régulièrement possible pour tenter de casser le rythme incessant des tambours qui lui martelaient les tempes.
Qu’est ce qui était le plus douloureux au final ? La liste était longue. Son mal de crâne, Sara dans cet état, son silence ou le fait que la seule chose qui l’ai fait réagir, ne soit pas elle.
Bien sur, elle aurait du être soulagée qu’enfin Sara montre un signe de conscience mais elle avait égoïstement espéré que ce signe serait pour elle ou au moins à cause d’elle. Mais non, c’est Greg qui avait fait réagir Sara… et d’une façon assez étrange il faut l’avouer !!
Lourdement, Catherine s’adossa dans « son » fauteuil et laissa reposer sa tête sur le dossier.
Entre questions et mécontentement, elle s’endormit profondément.
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Sara :
Le bruit étouffé d’une respiration lente et profonde perça soudain le silence. Du fin fond de son esprit embrumé, Sara commença doucement à distinguer quelques bruits sourds… des gens qui parlent, qui marchent doucement comme si justement ils cherchaient à ne pas faire de bruit.
Petit à petit son environnement se révélait à elle, même si elle gardait volontairement les yeux fermés et ne bougeait pas. Elle était allongée dans un lit étranger. Le contact des draps n’était pas le même, l’odeur était différente, voir même désagréable. L’odeur… une odeur aseptisée, déshumanisée… une odeur de… de…
D’un seul coup, Sara prit conscience d’où elle se trouvait. Elle ouvrit brusquement les yeux avant de les refermer violemment, agressée par la lumière blanche de sa chambre d’hôpital.
L’hôpital… elle était à l’hôpital !!
Elle se retint encore quelques secondes d’ouvrir les yeux, tentant de maîtriser sa respiration erratique. S’il y a bien un lieu qu’elle détestait, c’était bien les hôpitaux. Il ne signifiait que mort et souffrance…SA souffrance !
Lentement, elle ouvrit les yeux et prit petit à petit conscience de son environnement. Elle, allongée dans un lit, la douleur dans son corps qui commençait doucement à se réveiller, Catherine paisiblement endormie dans une chaise à côté d’elle, Greg, de l’autre côté, le regard perdu dans le vide, les yeux fixés sur la seule et unique fenêtre de la chambre.
Pendant encore un moment, elle laissa lentement l’angoisse la quitter. Elle n’était plus une enfant et elle n’avait plus à avoir peur de ces endroits. Si elle était là, c’est qu’elle en avait sûrement besoin. En un éclair, tout se remit doucement en place.
Les évènements des derniers mois, des derniers jours et surtout des dernières heures. Les larmes attaquèrent aussitôt ses yeux sans qu’elle réussisse à les retenir. Au milieu du voile brouillé qui masquait sa vue, elle distingua Greg qui s’était levé et était venue se placer au plus proche d’elle. Son regard inquiet en disait long sur la peur qu’elle avait du lui faire il y a quelques heures de ça, mais il restait pourtant silencieux, attendant qu’elle parle d’elle-même.
Elle le laissa prendre sa main dans la sienne. Elle était sidérée de la ressemblance du jeune homme avec William… mais elle réalisait maintenant que ce n’était pas William, contrairement à ce qu’elle avait cru au milieu de son délire un peu plus tôt. Non, William était bien mort, il n’était pas revenu se venger, c’était seulement Greg !
Tout le poids des souvenirs lui tomba soudainement sur les épaules et elle se sentit abattue. Elle n’avait qu’une envie, c’était d’être seule et qu’on la laisse faire face à ce qu’elle allait devoir affronter…sa responsabilité… et surtout sa culpabilité…
Rien n’était plus important que d’avoir un peu de solitude en cet instant… elle avait l’impression que cela faisait des mois qu’elle n’avait pu être tranquille avec elle même plus de quelques minutes. Et à bien y réfléchir, c’était exactement le cas. Il était temps que ça change.
Sara leva les yeux vers Greg. Le propre son de sa voie la surprit comme si elle lui était étrangère.
« Ne fais pas cette tête, j’ai l’impression d’être une folle ! Ca va, ne t’inquiète pas, j’ai juste besoin de me reposer. »
Elle devait absolument faire disparaître cette lueur de terreur dans le regard du jeune homme…et elle devait avant tout dédramatiser la situation. Elle ne se sentait pas d’être noyée sous un flot de questions. Elle voulait surtout du calme.
« Ca va aller, j’ai juste besoin de me reposer. »
Le doute planait sur le visage de Greg. Quoi de plus normal, il venait de la voir se transformer en quelques heures.
« Tu es sure ? »
Elle lui offrit un sourire timide.
« Oui. J’ai juste besoin de dormir. Et toi aussi, tu as une tête à faire peur. Rentre chez toi te reposer. »
« Non je ne veux pas te laisser…. Pas question. »
Sara soupira.
« Ecoute, tu ne peux rien faire de plus à rester ici. Je t’assure que ça va aller maintenant. Je suis trop fatiguée pour me disputer alors fais ce que je te demande, s’il te plait. Je veux rester un peu seule c’est tout. Je t’en prie… j’aimerais être seule. » Son ton se fit suppliant.
« Tu m’appelleras si tu as besoin ? »Il hésitait encore, elle l’entendait dans sa voix.
« Je te le promets. »
De nouveau, elle lui lança un sourire forcé. Elle savait très bien qu’il ne pouvait faire autrement que de faire ce qu’elle lui demandait, même s’il ne comprenait pas.
Visiblement à contrecœur, il hocha la tête. Avant qu’il ne lâche sa main, elle reprit la parole doucement, mesurant ce qu’elle s’apprêtait à faire.
« Emmène Catherine avec toi. Ramène la chez elle, elle a besoin de dormir et de passer un peu de temps avec sa fille. »
Son ton ne souffrait aucune discussion. Le problème n’était pas de vouloir… c’était seulement de pouvoir.
« Tu sais bien qu’elle ne me suivra pas. Elle ne t’a pas quitté depuis qu’on t’a amené ici. Tu ne crois quand même pas que c’est maintenant que tu es réveillée qu’elle va te laisser !! »
Sara soupira profondément.
« Ecoute Greg, tu peux comprendre ça, non ? J’ai besoin de me reposer, j’ai besoin d’être tranquille un peu… et pour ça, j’ai besoin d’être seule. Et puis, ce n’est pas que pour moi. Regarde là, elle est crevée. Elle a besoin de dormir dans un lit et pas pliée en quatre dans un de ces fauteuils. Elle a besoin de voir sa fille, elle a besoin de voir un peu de vie et de sortir d’ici. »
« Oui bien sur que je le comprends mais toi comprends qu’elle ne m’écoutera pas. Tu la connais aussi bien que moi, elle ne verra pas ça du tout sous cet angle là. »
« Bon ok, peut être pas maintenant, mais plus tard, elle réalisera que c’est ce qu’il y avait de mieux. Je veux que tu l’emmènes avec toi. C’est ma décision et elle doit l’accepter. »
La mine dubitative, Greg acquiesça tout de même, de toute évidence pas bien convaincu du résultat de cette manœuvre. Il contourna le lit et secoua doucement Catherine toujours profondément endormie malgré l’échange qui venait d’avoir lieu juste à côté d’elle. Il fallut quelque seconde à la blonde pour se réveiller et focaliser son regard vitreux Greg.
D’une voix douce, il lui expliqua la situation.
« Catherine, vient avec moi, je vais te raccompagner chez toi. Il faut que tu te reposes. Sara s’est réveillée, elle a besoin d’être un peu seule. »
L’effort violent que Catherine dut faire pour imprégner le sens des paroles du jeune CSI lui fit froncer les sourcils. Lentement, elle se retourna vers Sara qui suivait l’échange avec intérêt. Son visage était cependant impassible. Elle ne sourcilla même pas lorsqu’elle croisa le regard de Catherine. Même son sourire la laissa de glace.
La blonde se releva brusquement et prit la main de Sara dans la sienne.
« Sara ? Ca va ? » Sa voix était hésitante comme si elle ne voulait pas croire qu’enfin la brune était « revenue ».
« Oui, Catherine, ça va. Mais comme Greg te l’a dit, j’ai besoin de me reposer. Ca ne sert à rien que tu restes ici encore un peu plus. Rentre chez toi. »
« Non, je vais rester là avec toi, je ne veux pas que tu sois seule. » Répondit-elle d’une voix douce, un sourire confiant plaquée sur les lèvres.
« Catherine, s’il te plait, essaie de me comprendre un peu tu veux. Je veux être seule. »
Pour la première fois, Catherine sembla réaliser ce que voulait vraiment Sara. Elle secoua la tête pour marquer son incompréhension.
« Non, tu ne peux pas être seule dans un moment pareil, je veux rester. »
« Catherine… »
« NON !! Je reste !!! » Sa voix se fit dure. Elle croisa les bras sur sa poitrine d’un air buté. « Pas question que je m’en aille en te laissant seule dans cet endroit. »
La mâchoire de Sara se crispa immédiatement et son regard s’assombrit laissant échapper les premiers signes d’une colère évidente. Sa patience était déjà à bout.
Elle leva sa main ouverte vers Catherine, la paume tournée vers le haut. Après quelques secondes d’hésitations, celle-ci y glissa la sienne. D’un geste ferme, Sara tira sur le bras de sa collègue jusqu’à ce qu’elle soit obligée de se pencher en avant. Sara n’arrêta son mouvement qu’une fois que le visage de Catherine se trouve à quelques centimètres du sien. Elle plongea son regard dur dans les yeux bleus de Catherine qui eut un mouvement de recul quand elle y découvrit une détermination inébranlable.
D’une voix sourde et sans hésitation, Sara assena alors sa sentence.
« Catherine, tu vas m’écouter pour une fois ! Je veux être seule. Je veux que tu t’en aille !! »
Immédiatement, les yeux de la blonde se remplir de larmes. Elle se recula dès que Sara lâcha sa main.
« Pourquoi ? » Un simple murmure.
« Pars, c’est tout !! »
Sciemment, Sara détourna la tête pour ne plus avoir à affronter l’image d’une Catherine décomposée. Au son, elle devina plus qu’autre chose que Greg entraînait Catherine hors de la chambre sans que celle ci ne lui oppose de résistance.
Une dernière fois, Sara tourna la têt vers elle pour croiser son regard empli de douleur et de questions alors qu’elle passait la porte tirée fermement par Greg.
Dès qu’elle fut seule, Sara laissa retomber lourdement sa tête sur l’oreiller et ferma les yeux se laissant envahir par le silence.
Elle avait enfin eu ce qu’elle voulait… de la solitude.
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Catherine :
Pour une fois, Catherine avait écouté Sara. Pour une fois, elle avait fait ce qu’elle lui avait demandé, même si elle n’en avait pas du tout envie. Inutile de se leurrer, si elle avait effectivement laissé Greg l’emmener loin de Sara, ça n’était pas vraiment parce qu’elle avait fini par comprendre et accepter les raisons de la jeune femme. C’était plutôt parce qu’elle avait été littéralement assommée sur place.
Elle s’était pris comme un coup de poing en pleine figure le regard glacial de Sara. Et quand elle lui avait ordonné de s’en aller de cette voix dure et sans vie, Catherine n’avait tout bonnement pas pu réagir. Elle s’était donc rapidement retrouver dans la voiture de Greg. Tout le long du trajet qui la ramenait chez elle, elle ne cessait de se demander ce qui s’était passé. Pourquoi Sara l’avait renvoyé de la sorte, sans explications, sans réelles raisons. Elle l’avait juste jeté hors de sa chambre comme si elle ne voulait plus la voir.
Une vague de colère traversa la blonde. Comment Sara pouvait-elle se conduire comme ça avec elle ? Après tout ce qu’elle essayait de faire pour elle sans jamais rien obtenir en retour. Pendant de longs mois, elle l’avait pleuré, puis attendu. A son retour, elle était restée près d’elle, essayant autant que possible de la garder dans le monde des vivants… et tout ce qu’elle récoltait maintenant c’était le rejet !!
Trop c’était trop !! Maintenant c’était bien fini. Elle ne voulait plus s’inquiéter pour Sara. Pas question de passer encore des jours et des mois à se faire un sang d’encre pour quelqu’un qui au final n’en à rien à faire et ne cherche qu’à vous faire souffrir. Mais si ça fait mal, même si elle devait en crever, Catherine devait bien se résoudre à tourner définitivement une page de sa vie qui ne lui avait attirée que de la peine et des larmes. Elle devait définitivement tourner la page Sara Sidle.
Dès que Greg gara la voiture dans son allée, elle en sortit rapidement et sans ajouter un mot se dirigea vers sa maison. Une fois la porte refermée, elle s’y adossa et se laissa glisser le long jusqu’à ce retrouver au sol. Elle laissa enfin éclater sa douleur et de lourds sanglots la parcoururent immédiatement.
Tourner la page…. Quelle connerie !!
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« Vous vous foutez de moi !! »
Catherine fixait d’un regard incrédule Mary, après lui avoir fait répéter au moins trois fois ce qu’elle venait juste de lui apprendre, avant de réaliser qu’elle ne s’était pas trompée la première.
Gênée, l’infirmière se déplaçait gauchement d’un pied sur l’autre. Elle n’avait pas l’air ravie d’avoir à annoncer ce genre de nouvelles.
« Non, je suis désolée, Catherine. Elle ne veut voir personne. »
« Comment ça personne ? Même… moi ? » Sa voix se brisa sur les derniers mots. Elle sentait déjà une boule douloureuse se former dans le fond de sa gorge.
« Elle a été claire, elle a bien dit personne. Je suis désolée. »
« Mais… » Sa phrase resta suspendue dans les airs. La douleur était bien trop vive, les larmes bien trop dures à retenir pour qu’elle arrive à finir. Elle n’était même pas bien sure de ce qu’elle pouvait dire.
Sara ne voulait pas la voir. Hier, elle l’avait tout simplement jeté de sa chambre et aujourd’hui, elle lui en refusait l’accès.
Face à la détresse évidente de Catherine, Mary se rapprocha d’elle et posa une main réconfortante sur son épaule.
« Je vais tout de même aller lui dire que vous êtes là, d’accord ? Peut être qu’elle aura changé d’avis. »
Catherine hocha la tête et regarda la jeune infirmière pénétrer dans la chambre de Sara.
Elle ne se leurrait pas, elle savait déjà qu’elle serait la réponse. Elle connaissait trop bien Sara, combien elle pouvait être têtue et bornée. Si elle avait décidé de ne voir personne, alors elle ne changerait jamais d’avis, même pour elle. Catherine laissa échapper un ricanement de dépit. Elle se revit chez elle, ce matin, quand elle s’était réveillée après quelques heures de sommeil agité. Elle avait encore mal à la tête d’avoir trop pleuré la vieille. Ce qui s’était passé à l’hôpital repassait en boucle dans sa tête mais elle n’arrivait toujours pas à comprendre ce qui était réellement arrivé. Si la peine était toujours aussi vive, la colère s’était atténuée avec les heures et son envie de tout laisser tomber avec elle. Elle avait donc décidé de retourner voir Sara. Elle s’était bêtement dit qu’après une bonne nuit de sommeil, la jeune femme serait sûrement de meilleure humeur. Avec le recul, Catherine s’était même tancée d’avoir été trop égoïste et de n’avoir pensé qu’à elle. Maintenant qu’elle se retrouvait face à un rejet encore plus grand de Sara, elle se trouvait idiote. Il était inutile de comprendre Sara, c’était tout simplement impossible.
Tout ce qu’elles avaient vécu et traversé ces derniers mois ne semblait avoir aucune signification pour la brune puisqu’elle réagissait désormais de la sorte.
Et puis cette réaction n’était pas logique… pourquoi Sara ne voulait-elle plus la voir alors qu’il a tout juste quelques jours, elle avait vécu la soirée la plus magique de sa vie lors du concert.
Il y a quelques jours…
Il lui semblait que c’était pourtant une éternité.
Plongée dans ses pensées, Catherine ne vit pas revenir Mary immédiatement. Quand l’infirmière lui toucha le bras et qu’elle croisa son regard, elle comprit tout de suite qu’elle allait être la réponse.
Mary secoua la tête de dépit.
« Elle n’a pas changé d’avis, elle ne veut toujours voir personne. »
« Vous lui avez bien dit que c’était moi, n’est ce pas ? » Insista Catherine.
« Oui… je suis désolée Catherine. » La jeune femme était navrée de voir tant de tristesse dans les yeux bleus de Catherine. Elle aurait aimé avoir de meilleures nouvelles à lui donner mais le refus de Sara avait été catégorique. La jeune brune lui avait répondu le regard vague, semblant être à peine consciente de sa présence dans la chambre. Si elle n’était plus en état catatonique, elle paraissait toujours aussi perdue et Mary n’aimait pas le fait qu’elle se laisse bercer dans cette morosité et qu’elle rejette toutes les mains amicales qui se tendaient vers elle. Il n’était jamais très bon pour elle de se laisser entraîner dans une spirale d’oublie.
« Rentrez chez vous, Catherine. Il ne servirait à rien que vous restiez là aujourd’hui. Vous reviendrez plus tard, peut être que Sara aura changé d’avis. » Mary essayait tant bien que mal de ramener un peu d’espoir dans le regard de la blonde, mais elle échouait à chaque nouvelle tentative.
Cette dernière paraissait s’affaisser sous le poids de son chagrin. Elle posa une main contre le mur le plus proche pour soutenir son corps de moins en moins stable sur ses jambes flageolantes. Dépitée, elle pencha la tête en avant jusqu’à ce que ses cheveux lui tombent devant les yeux et cachent la majorité de son visage. Elle ne put retenir un ricanement désespéré.
« Je la connais trop bien. Si elle a décidé ça, même un cataclysme ne la fera pas changer d’avis. Elle sait que tant qu’elle est ici, elle est tranquille et elle va faire exactement ce qu’elle fait en cas de coup dur et pour lequel elle est tellement douée. »
« Quoi ? »
« Rejeter tout le monde et se renfermer sur elle-même ! »
Mary ne savait plus quoi faire. Catherine avait raison, Sara se refermait lentement sur elle-même s’éloignant de tout contact familier. Certes, elle était sortie de l’état léthargique dans lequel elle s’était plongée les deux premiers jours, mais désormais c’est sciemment qu’elle repoussait les autres. Et Catherine ne le prenait pas bien du tout. L’infirmière avait facilement perçu l’ampleur des sentiments que la blonde portait à sa jeune collègue. La froideur et le stoïcisme de celle ci restaient surprenants si on avait vu avec quel espoir et que l’amour Catherine n’avait cessé de veiller sur elle. Jamais Mary n’aurait imaginé que ces sentiments n’étaient pas mutuels entre les deux femmes.
Il n’y avait pas 50 explications possibles, ou elle s’était lamentablement trompée et effectivement Sara n’en avait rien à faire de Catherine, ou bien la brune faisait justement ce que Catherine avait dit, elle se renfermait dans sa coquille et repoussait toutes les tentatives des autres pour l’approcher. Il était difficile d’imaginer que la femme en face d’elle se soit autant fourvoyée. Les circonstances, tout se situait dans les circonstances ! Ce que venait de traverser Sara était tout bonnement trop pour une seule personne. Mary avait eu accès à son dossier médical et avait pu constater que depuis ces derniers mois, elle avait fait de nombreux séjours dans leur établissement. La pire étant celle où elle avait été transportée ici, déshydratée, blessée après avoir été abandonnée dans le désert sans eau. Ajoutez à cela une agression puis son implication dans une explosion et une fusillade et vous obtenez un cocktail suffisamment puissant pour ravager le plus solide des esprits.
La jeune infirmière déposa une main réconfortante sur l’épaule de Catherine avant de lui parler d’une voie douce.
« Il faut lui laisser du temps. Ce qu’elle a traversé l’affecte plus qu’elle ne veut le reconnaître. Il faut juste que vous soyez patiente et les choses reviendront d’elle-même à la normale.
Elle aurait pu crier, elle aurait pu argumenter, elle aurait pu se battre et pénétrer de force dans cette chambre, mais Catherine n’en avait tout simplement plus le courage. Abattue, anéantie, elle fit simplement demi-tour et s’éloigna sans rien ajouter.
Ce n’est qu’une fois dans sa voiture, qu’elle s’autorisa enfin à laisser couler les larmes qui lui brûlaient les yeux. Elle en avait assez de souffrir depuis tous ces mois, elle en avait assez de vivre entre dépression et courtes euphories. Si seulement elle avait pu dans la seconde s’arracher le cœur pour ne plus rien ressentir, elle l’aurait fait sans aucune hésitation. Elle ne savait plus quoi faire pour surmonter toutes les épreuves qui arrivaient les unes après les autres. Elle ne savait pas comment encaisser toute cette souffrance sans être brisée. Elle était fatiguée, désespérément épuisée.
Elle voulait simplement oublier.
Elle en avait assez… assez de Sara Sidle et de la façon dont elle la traitait...
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Mais oublier, c’était impossible… elle revenait sans cesse nourrir sa peine et apparemment Sara, elle, n’en avait jamais assez de lui faire mal encore et encore !
Tous les jours, Catherine était invariablement revenue à l’hôpital, pour s’entendre dire à chaque fois la même chose. Après une ou deux fois, Mary n’avait même plus besoin de parler pour que Catherine comprenne.
Si le jour suivant, la jeune infirmière était retournée dans la chambre pour savoir si Sara avait changé d’avis, les jours d’après, elle n’avait même pas pris cette peine, elle se contentait de faire un signe de tête désolé à Catherine. Celle-ci ne cherchait même pas à discuter et sans même avoir prononcé un mot, elle repartait après seulement quelques secondes.
Curieux, comment les situations peuvent évoluer mais que les sentiments restent pourtant les mêmes !
Il y a encore un mois de cela, Catherine se débattait dans les affres d’une profonde dépression, anéantie par la soi-disant mort de Sara. Elle avait cru voir le bout du tunnel avec son retour mais l’accalmie avait été de courte durée. Telle une vieille compagne, la mélancolie était revenue dans sa vie, la plongeant de nouveau dans un abattement abyssal. Elle en était revenue au point de départ…
Pourtant, il y avait tout de même quelque chose qui avait changé. Quelque chose de nouveau qui n’était pas là à l’origine, la colère. Catherine était en colère contre Sara. Elle ne comprenait pas pourquoi elle se conduisait comme ça, ni pourquoi elle rejetait tout le monde autour d’elle… encore moins pourquoi elle la rejetait, elle.
Elle se sentait totalement inutile et pire, elle avait l’impression d’avoir été flouée ! Tout ce qui s’était passé ces derniers mois n’avait au final aucune importance pour Sara… et là-dessus, Catherine s’était bien fait avoir !
D’où la colère… une profonde et immuable colère !
La difficulté supplémentaire, c’est qu’elle ne pouvait en parler à personne. Qu’elle soit triste, tout le monde pouvait le comprendre, surtout les personnes qui étaient au courant de ces vrais sentiments pour Sara… mais comment leur expliquer sa colère ? Il s’agissait d’une réaction purement égoïste de sa part, une réaction difficile à justifier.
Tout le monde désespérait que Sara aille enfin mieux. Les uns après les autres, les visiteurs s’étaient tous fait refouler : les garçons, Lindsey, même Grissom ! Sara avait dit personne, et c’était vraiment personne ! Pourtant tout le monde semblait l’excuser de cette attitude, tout le monde comprenait qu’elle ait besoin un peu d’être seule. Alors forcément Catherine ne se sentait pas la force d’affronter leur regard désapprobateur quand il verrait qu’elle ne soutenait pas Sara à fond dans toute cette histoire. Elle n’avait même pas osé en parler à Nancy, tellement elle craignait que sa sœur ne la mette en face de ses propres contradictions.
Elle s’isolait donc elle aussi régulièrement pour ne pas avoir à être en présence de ses collègues. Parler de Sara, entendre leurs voix inquiètes, supporter le regard hanté de Greg… tout cela, c’était trop pour elle. Par conséquent, même si elle s’était plongée dans le travail pour oublier, elle s’évertuait à fuir ses collègues comme la peste. Se jetant sur les affaires en solo, évitant la salle de repos ou le vestiaire bondé aux heures de changement de service. Un vrai fantôme dans les couloirs du labo.
Mais la solitude ne l’aidait pas à penser à autre chose qu’à Sara. Bien au contraire, son esprit était perpétuellement tourné vers la grande brune, mais aucune solution ne s’offrait pour autant à elle. Son seul espoir était que celle-ci sorte bientôt de l’hôpital pour enfin pouvoir la voir et avoir quelques explications.
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Sara :
« Quand est ce que je vais pouvoir sortir ? » Le Docteur Stevens sourit gentiment. A peine avait-il pénétré dans la chambre de Sara que celle-ci, comme tous les jours précédents, s’était inquiétée de sa sortie.
Son état de santé n’était pas alarmant mais il avait tout de même décidé de la garder hospitalisée quelques jours. La réaction immédiate qu’elle avait eu après les événements l’avait inquiété. Il ne voulait pas la laisser sortir alors qu’elle semblait très instable psychologiquement. Même si au fur et à mesure des jours, sa patiente ne paraissait plus se réfugier dans un état catatonique, elle n’était pas pour autant un modèle de stabilité émotionnelle.
Le médecin avait appris des infirmières que Sara avait rapidement refusé toute visite et qu’elle passait ses journées, silencieuse dans sa chambre. Elle avait refusé tout traitement contre la douleur. Elle ne montrait aucune émotion particulière et semblait tout simplement attendre.
Elle avait subi toute une batterie de tests physiques et psychologiques. Si d’un point de vue purement physique, elle semblait se remettre parfaitement, le psychiatre qu’elle avait rencontré avait noté le mal être dans lequel elle vivait désormais.
Même si elle faisait tout pour le dissimuler et pour paraître le plus équilibré possible devant le spécialiste, un profond sentiment de culpabilité la rongeait après la mort d’un jeune homme suite à l’explosion dont elle avait, elle-même, miraculeusement échappé.
« J’ai une bonne nouvelle pour vous, Sara. Vous pouvez sortir aujourd’hui… » Pour la première fois, depuis qu’il avait pris en charge cette patiente, le médecin vit un demi-sourire apparaître sur son visage. « … dès que vous aurez revu notre psychiatre. » … sourire qui disparut aussitôt son annonce faite.
Alors qu’elle s’apprêtait visiblement à protester, il la devança.
« Ce n’est pas négociable. Pas de psy, pas de sortie ! Je dois également vous préciser que votre réintégration au sein du laboratoire scientifique dépendra de l’aval de notre psychiatre. Vous devrez continuer à la voir une fois sortie de l’hôpital. C’est elle qui décidera du moment où vous serez apte à reprendre. »
La réaction ne se fit pas attendre.
« Mais puisque je vous dis que je vais bien !! Est-ce que j’ai la tête de quelqu’un qui va se jeter sous un train ? » La voix de Sara frôlait les aigus.
« Ce n’est pas la question, Sara. »
« Quelle est elle alors ? Eclairez-moi ! »
« De savoir si vous êtes de nouveau capable de faire face à tout ce que vous voyez dans votre profession. Vous êtes exposée chaque jour à des choses terribles et que la plupart des gens ne seraient pas capable de supporter. Nous devons être sure que vous êtes encore capable de les appréhender malgré ce qui vous est arrivé. »
« Vous vous moquez de moi ? Si j’ai survécu à tout ça, ce n’est pas pour maintenant me laisser achever par le boulot. Je l’ai supporté jusqu’à présent, je ne vois pas pourquoi ça changerait. »
Face au mutisme de Sara, le médecin décida de changer de méthode. Il se tourna vers l’infirmière.
« Laissez-nous un moment vous voulez bien. » Immédiatement, celle ci obéit à l’ordre de Stevens.
S’asseyant sur le lit de Sara, prêt de ses pieds, il plongea ses yeux calmes dans ceux de la jeune femme.
« Sara, faites une chose pour moi. Oubliez une minute que vous êtes là et que c’est de vous que nous parlons. Mettez-vous juste à ma place une seconde… Vous êtes médecin. Vous voyez arriver dans votre service, une jeune femme en excellente santé physique si on écarte quelques plaies, mais en état de choc. Elle a survécu à une explosion mais au-delà du côté purement physique, c’est son esprit qui a été atteint. Là dessus, vous apprenez son historique médical par son dossier mais aussi par son entourage. »
Sara restait silencieuse et la laissait poursuivre.
« Au cours des derniers mois, elle a survécu à un enlèvement, à une traversée du désert, à une agression en pleine rue, à un psychopathe qui s’en est pris à la fille d’une de ses collègues et par dessus le marché, elle a infiltré une organisation criminelle pendant quasiment quatre mois. »
Plus le discours du médecin avançait, plus le visage de Sara se fermait. Inconsciemment, elle serrait les dents de toutes ses forces, jusqu’à en avoir mal dans les mâchoires.
« Donc vous voyez cette jeune femme devant vous et vous vous demandez comment une seule personne peut avoir supporter tout ça sans craquer littéralement. L’équilibre d’une personne est quelque chose de fragile et tout ce qu’elle a vécu est largement suffisant pour mettre un régiment à terre. Mais elle, elle est là, en aussi bonne santé qu’on puisse l’être dans ce cas de figure. Elle prétend que tout va bien, pourtant, elle a du mal à cacher que toutes ces épreuves l’ont tout de même atteinte…. Psychologiquement j’entends… Vous, médecin, vous avez fait tout ce que vous pouviez pour la soigner, mais vous restez persuadée que ce n’est pas suffisant… suffisant pour qu’elle aille totalement mieux. Si le problème n’est pas le physique, qu’est ce que vous faites alors ? »
Le silence s’installa quelques minutes, comme si Stevens voulait laisser le temps à Sara de réfléchir. Elle était coincée, elle le savait bien. Elle n’avait qu’une seule possibilité qui s’offrait à elle.
Si elle s’obstinait à refuser de voir le psy, elle ne pourrait jamais reprendre son travail, et en ce moment, il n’y avait rien qu’elle ne désirait plus que se noyer dans le boulot. Oublier un peu, c’est ce dont elle avait le plus besoin aujourd’hui… en tout cas, c’est ce qu’elle pensait.
Un dernier soupir de résignation et elle se décida enfin à faire ce qu’on attendait d’elle.
« Ok ! Je vais la voir votre psy mais seulement jusqu’à ce qu’elle me déclare apte au terrain. »
Le Docteur Stevens sourit légèrement en se levant.
« Allez la voir, on verra pour le reste plus tard. C’est le Docteur Rowley qui s’occupera de vous. Elle doit passer d’ici quelques minutes. Après ça, vous pourrez rentrer chez vous, vous vous reposez un maximum et vous repasser dans une dizaine de jours pour faire retirer vos points de suture. »
La jeune femme hocha la tête. Tous ces discours, elle les connaissait par cœur : du repos et de l’inactivité. A chaque fois, qu’elle passait par la case hôpital, on lui réservait le même baratin.
Elle ferait bien ce qu’elle avait envie de faire.
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Deux heures plus tard, Sara enfilait péniblement sa veste. La plaie qu'elle avait dans le dos la faisait souffrir. A chaque mouvement, les points lui tiraient la peau et envoyaient une décharge le long de sa colonne vertébrale. Elle ne voulait toujours pas prendre de médicament contre la douleur. Elle ne voulait pas éviter la douleur, elle lui permettait de ne pas oublier. Ne pas oublier pourquoi elle était là, ce qui l’y avait amené et ce qu’elle avait fait.
Serrant les dents, elle prit plusieurs inspirations profondes par le nez dans l’attente d’une accalmie. Une fois la douleur calmée, elle se saisit de son sac et sortit de la chambre. Elle avait à peine mis un pied dans le couloir qu’une voix familière l’interpella.
« Sara… Tu sors aujourd’hui ? »
Instinctivement, la jeune femme se raidit. Il ne manquait plus que cela pour que le tableau soit idyllique : Catherine ! Elle plongea son regard dans des yeux bleus interrogateurs, y discernant déjà les premières traces de reproche.
« Catherine. Salut. Oui je rentre chez moi. » Son ton était froid.
La blonde fut à ses côtés en quelques secondes.
« Pourquoi tu ne m’as pas appelé, je vais te ramener. »
Elle se pencha en avant et essaya d’attraper le sac de Sara. Celle-ci fit un pas en arrière en resserrant son étreinte sur la lanière du sac. Catherine fut presque entraînée vers sa jeune collègue, avant d’être obligée de relâcher le sac.
« Non, inutile, je prends un taxi. »
« Mais non, ce n’est pas la peine, je suis là. Je peux le faire, je veux le faire. » Son ton devenait presque suppliant.
Mais Sara ne voyait pas tout ça, n’entendait pas la détresse de sa collègue ou plus précisément ne voulait pas la voir. Tout ce qu’elle voulait c’était s’éloigner au plus vite et de cet hôpital et de cette femme. Elle ne voulait pas voir au fond de son regard combien elle avait failli.
« Je te dis que c’est inutile. De toute façon, je ne rentre pas directement chez moi, je dois passer récupérer ma moto. »
Catherine se tendit immédiatement, les bras le long du corps, les poings serrés.
« Tu plaisantes j’espère ! Tu n’es pas en état de conduire cet engin, pas avec cette plaie que tu as dans le dos, pas après ce que tu as subi !! »
Sara soupira d’exaspération.
« Bien sur que je le peux, sinon on ne me laisserait pas sortir d’ici. »
« Le médecin ne t’a sûrement pas autorisé à sortir pour que tu ailles te balader en moto dans la seconde. » Catherine ne cachait pas son irritation, la jeune femme la mettait hors d’elle. « Pas question que je te laisse faire, je vais aller le voir. »
Avant que la blonde ne puisse faire demi-tour, Sara laissa un instant sa colère la dominer. Elle attrapa violemment le bras de Catherine et l’obligea à lui faire face.
« Pas si vite !! Tu n’as pas à te mêler de ça, tu as compris ? Ca ne te regarde pas. Je suis adulte et je fais encore ce que je veux il me semble ! Tu n’es pas ma mère à ce que je me souvienne, alors reste à ta place et laisse moi tranquille ! »
D’un mouvement violent, Catherine se dégagea et répondit en criant.
« Je n’ai pas besoin d’être ta mère pour m’inquiéter pour toi. Si tu fais n’importe quoi, j’estime que je suis en droit d’intervenir ! »
« C’est la que tu te trompes ! Tu n’as absolument aucun droit … et sûrement pas celui de te mêler de ma vie. Alors rends-nous service à toutes les deux et fous-moi la paix. Reste loin de moi ! Je ne veux plus te voir ! »
Les dernières paroles crachées comme un coup de feu clouèrent Catherine sur place. Elle fixait la jeune femme, les yeux écarquillés, pleins de larmes, la bouche entrouverte de surprise.
Sara la contourna alors et sans se retourner une seule fois prit la direction de la sortie d’un pas rapide. La colère avait disparu aussi vite qu’elle était arrivée, aucune peine, aucun remord ne l’avait effleuré devant la douleur qu’elle avait elle-même installée au fond des yeux de Catherine. Elle s’en fichait, elle ne ressentait rien. Elle avait juste envie de sortir de cet endroit et d’être seule à nouveau.
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Les jours suivants virent une inquiétante routine se mettre en place. Sara passait ses journées enfermées dans son appartement, les rideaux tirés, la climatisation à fond. Elle restait des heures entières sans rien faire, assise dans le noir. Elle essayait autant que possible de ne pas penser à ce qui s’était passé, mais elle revivait trop souvent les quelques heures qui avaient précédé la mort de William. Le reste du temps, elle ne pensait à rien de particulier, elle ne ressentait ni rien de bien ni rien de mal. Elle attendait juste calmement que les heures de la journée passent et qu’enfin la nuit tombe.
Parfois, elle allumait la télévision ou commençait quelques pages du bouquin qui attendait patiemment d’être dévoré. Mais elle n’arrivait pas à se concentrer sur ce qu’elle voyait ou lisait et abandonnait donc rapidement pour reprendre tranquillement son attente. Les heures passaient sans vraiment qu’elle s’en aperçoive et sans qu’elle ait réellement eu le temps de penser à quoi que ce soit. Son esprit était vide, tout comme son cœur.
Elle attendait que la nuit arrive pour enfin sortir de son repère. Avec l’obscurité arrivait une relative fraîcheur. Depuis son retour, elle ne supportait pas la lumière du jour et encore moins la chaleur des longues journées de Vegas. A chaque fois qu’elle était obligée de sortir en plein jour, l’atmosphère oppressante l’écrasait littéralement. Des flash back de l’explosion revenaient, des souvenirs de son calvaire dans le désert refaisaient surface. Elle sentait comme un poids titanesque sur sa poitrine qui l’empêchait de respirer. Il lui fallait toute sa volonté pour arriver à faire bonne figure et pour trouver le courage d’effectivement mettre un pied hors de son appartement.
Au milieu de la nuit, ni la lumière ni la chaleur ne la dérangeaient, elle pouvait rouler de longues heures sur sa moto, en plein désert, les cheveux au vent, à toute vitesse, jusqu’à en être frigorifiée jusqu’au plus profond de ses os. Durant ces quelques heures, elle avait l’impression de s’éloigner de tout et de tout le monde, de fuir ce qui s’était passé, de ne jamais plus repenser à ce qu’elle avait fait.
Elle ne regagnait son appartement que quelques instants avant le lever du soleil pour s’écrouler quelques heures dans un sommeil peuplé de cauchemars.
Invariablement elle était réveillée par le téléphone. Ce maudit téléphone qui s’obstinait à sonner dix fois, vingt fois par jour. Jamais elle ne répondait, elle se contentait seulement d’écouter les messages inquiets de ses collègues et amis.
Pas suffisamment folle pour faire la morte et voir ainsi débouler la cavalerie, elle envoyait de temps en temps un SMS à chacun, dans le genre monotone et sans vie « je vais bien, je me repose ». Ils n’étaient destinés qu’à garder tout le monde suffisamment éloigné sans qu’ils soient assez inquiets pour débarquer.
Le problème c’est qu’il y avait une personne pour laquelle cette tactique ne fonctionnait pas : encore et toujours Catherine.
Quatre fois sur cinq quand le téléphone sonnait, c’était le nom de Catherine qui s’affichait. Invariablement, elle laissait un message pour demander à ce que Sara la rappelle, lui disant qu’elle s’inquiétait et voulait avoir de ses nouvelles, qu’elle ne devrait pas s’isoler comme ça… qu’elle pouvait compter sur ses amis…
Chaque message variait dans l’humeur selon l’avancement de la journée. Généralement suppliant et plaintif en début de journée, ils devenaient de plus en plus colérique et agressive au fur et à mesure que les heures passaient et que la patience de Catherine s’émoussait.
Finalement et avec chaque début de soirée et le début du service de nuit du labo, Catherine se présentait devant la porte de Sara et cherchait à lui parler. Elle suppliait, criait, tambourinait… elle avait même pleurer à plusieurs reprises, mais cela n’y changeait rien. Sara faisait systématiquement la sourde oreille. Elle ne faisait pas de bruit, faisant tout bonnement semblant de ne pas être là. Bien sur, Catherine n’était pas dupe, elle ne gobait pas un mensonge pareil. Elle hurlait qu’elle savait que Sara était là, qu’elle devait la laisser entrer, la laisser lui parler. Mais jamais cette porte ne s’ouvrait.
Délibérément, Sara avait renforcé ses barrières, remonter chaque mur autour d’elle et même Catherine ne pouvait l’atteindre. Elle voulait que personne ne l’atteigne, et jusqu’à ce qu’elle l’ait décidé, cette porte resterait close quitte à devenir le symbole de son mutisme.
Pourtant, elle aurait du se douter que les choses ne seraient jamais aussi simples à gérer et que la solution de disparaître ou au moins d’essayer ne passerait pas comme une lettre à la poste, surtout avec une tête de mule comme Catherine.
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Catherine :
« Ouvre, Sara…. Putain ! Mais ouvre cette porte, je sais que tu es là !!! »
Encore un autre jour et toujours les mêmes gestes, les mêmes paroles. A force de taper de ses poings fermés cette porte infranchissable, Catherine en avait mal dans les épaules.
« Ta voiture est là ! Ta moto aussi ! Ne fais pas semblant, ça ne marche pas !! »
Quelques coups, puis de nouveau cri.
« Je ne partirais pas, tu m’entends ? Je ne partirais pas tant que tu ne m’auras pas ouvert. Si je dois décoller d’ici, ça ne sera qu’entre deux flics quand tes voisins en auront marre de m’entendre hurler ! »
A force de crier, Catherine sentait sa gorge s’assécher, sa voix devenir râpeuse. Si elle continuait ainsi, elle ne pourrait bientôt plus parler.
Elle n’en pouvait plus, chaque jour, elle se heurtait à cette porte. Ce mince bout de bois qui l’empêchait d’atteindre Sara. Elle ne comprenait pas pourquoi la brune refusait obstinément d’ouvrir. Depuis l’hospitalisation de Sara et sa fin de non recevoir à sa sortie, Catherine passait par toutes les humeurs possibles. De la colère à la résignation, en passant par la rage et l’abattement.Tous les jours, elle essayait de nouveau mais cette histoire semblait être sans fin, un éternel recommencement. Ses services se terminaient souvent chez Nancy à pleurer toutes les larmes de son corps. Et là, en cet instant, devant cette porte, elle sentait qu’elle allait encore une fois perdre la bataille. Dans un dernier sursaut de rage, c’est de son pied qu’elle cogna violemment la porte. A peine consciente de la douleur qui traversa ses orteils, elle appuya son front sur la porte avant de gémir d’une voix redevenue calme.
« Pourquoi est ce que tu ne veux pas ouvrir Sara ? Pourquoi est ce que tu fais ça ? »
Résignée, elle abandonna. Trop épuisée pour partir immédiatement, elle s’adossa au mur face à la porte et se laissa glisser jusqu’à être assise par terre. Elle releva ses jambes le long de sa poitrine refermant ses bras autour de ses genoux et enfin autorisa les larmes à couler sans même tenter de les effacer.
« Qu’est ce qui se passe… je ne comprends rien… »
Qu’est ce qu’il y avait bien à comprendre dans tout cela ? Il n’y avait aucune explication à ce bordel !
Depuis le retour de Sara, tout allait de mal en pis. Ce qui aurait du être un des moments les plus heureux de sa vie s’était déroulé au milieu des flammes et des cris… et depuis la lente descente aux enfers n’avait jamais cessé. Sara s’était refermée sur elle-même, de plus en plus profondément jusqu’à s’isoler complètement.
Catherine savait par ses collègues masculins qu’ils n’avaient pas plus de nouvelles de la jeune femme qu’elle…. Mais eux semblaient ne pas s’affoler de la retraite de Sara. Greg peut être était plus inquiet, mais il se gardait bien de faire le moindre commentaire. Même pire, les autres trouvaient plutôt normal qu’elle ait besoin d’être un peu seule après tout ce qu’elle avait traversé.
Quel bande d’idiot !!
Ce n’est sûrement pas de solitude dont Sara avait besoin en ce moment mais plutôt d’être entourée, épaulée… aimée…
« Mais pourquoi est ce qu’elle ne me laisse pas faire ? »
Catherine se repassait inlassablement en tête les événements de ces derniers jours comme un mauvais film.
Est-ce qu’elle avait rêvé ce qui s’était créé entre Sara et elle ? Est-ce qu’elle avait sublimé ce qui après tout n’était peut être rien ?
Au final, elle avait cru voir quelque chose qui n’existait pas… et Sara se chargeait désormais de le lui rappeler d’une façon on ne peut plus claire ! Non ce n’était pas possible… il y avait eu quelque chose : les baisers, les caresses, les regards, tout cela ne pouvait pas être ignoré ! Tout cela, elle ne l’avait pas rêvé !!
Pour preuve, elle avait la lettre de Sara… cette fameuse lettre qu’elle ne devait lire que si elle ne revenait pas ! Mais maintenant qu’elle était là, que devait elle en faire ? D’autant plus en ce moment que Sara était barricadée dans sa tour d’ivoire et Catherine ne savait pas comment l’atteindre ? En plus, ce n’est sûrement pas maintenant que Sara lui avouerait tout ce qu’il y avait dans cette enveloppe énigmatique !
La blonde resta là assise pendant une éternité. Elle ignorait le temps qui passait, tout comme elle avait ignoré les appels de Gil sur son portable. Oui elle était en retard pour le boulot, oui elle le savait, mais elle n’était sûrement pas en état de se précipiter au labo et de faire face aux garçons !
Elle détestait par-dessus tout avoir à faire à Gil. Elle n’arrivait pas à s’enlever de la tête qu’il y avait toujours quelque chose entre lui et Sara… à sa façon de s’ouvrir quand il parlait d’elle, au regard protecteur qui crevait les yeux quand il exhortait tout le monde à laisser la jeune femme tranquille… pour son propre bien…
Quel con ! Comment pouvait-il être aveugle à ce point là ? Comment pouvait il ne pas voir ce qui se passe sous ses yeux ?
Peut être que c’était tout simplement parce qu’il voulait être le seul à la réconforter… peut être que c’était pour cela que Sara l’avait renvoyé bouler comme une moins que rien à sa sortie d’hôpital.
Pourquoi alors lui avoir laissé espérer un avenir avec elle ?
Au point où en était ses sentiments envers Sara, Catherine se doutait qu’elle puisse facilement se remettre d’être rejeté par la jeune femme. Pas quand elle souffrait autant juste en cet instant, pas quand chaque respiration prise, chaque seconde qui passait étaient une douleur tellement vivace qu’elle avait la sensation que son cœur allait tout simplement s’arrêter sous la souffrance. Complètement perdue dans le marasme de ses pensées, Catherine sursauta quand la porte de l’appartement s’ouvrit. Elle releva la tête si brusquement qu’elle ressentit une douleur violente dans le cou.
A moins d’un mètre d’elle, Sara se figea quand elle s’aperçut que Catherine était toujours là. Pendant de longues minutes, elles restèrent immobiles perdues dans le regard de l’autre. Le temps s’était suspendu et rien ne semblait pouvoir briser cette communion entre les deux femmes.
Durant ces quelques instants, Catherine retrouva de nouveau la paix qu’elle ressentait invariablement quand ces yeux chocolat se posaient sur elle. Mais cette fois, elle fut de courte durée…Sara qui portait une casquette de base ball et des lunettes noires, retira lentement les lunettes pour découvrir ses yeux. Catherine se rendit alors compte de son erreur… car elle ne trouva rien de chaleureux dans les yeux de Sara… juste un immense vide !
« Sara… »
« Catherine…qu’est ce que tu fais là ? » Son ton monocorde et plat déchira Catherine plus que si Sara lui avait crié dessus.
« Qu’est ce que je fais là ? Tu te fous de moi ou quoi…. Tu n’as pas une petite idée de ce que je peux faire ici ? »
Plutôt que de répondre, Sara retira également sa casquette et se contenta de lui tendre son autre main. Après une légère hésitation, Catherine glissa ses doigts dans la paume chaude de la brune et se laissa doucement tirer vers le haut.
Une fois débout, instinctivement, elle se rapprocha de la jeune femme. Elle refusa de lâcher sa main et se contenta de la garder dans la sienne, le long de son corps. Se retrouver aussi prêt de Sara d’un seul coup, lui donna soudain très chaud. Elle dut lutter contre une vague d’ivresse passagère et laissa toute trace de colère lentement glisser hors d’elle. Si ce n’était ses yeux froids, Catherine aurait pu croire que rien n’était arrivé, que Sara n’était jamais vraiment partie et que la vie allait enfin pouvoir reprendre un cours normal…
Mais nier l’évident était impossible. Ce n’était pas la Sara qu’elle connaissait qui était en face d’elle, c’était une étrangère… Catherine devait faire revenir celle qu’elle aimait et chasser cette inconnue froide et distante.
Etre sure d’elle en ce moment était trop difficile, c’est donc d’une voix tremblante qu’elle s’adressa à Sara.
« Je suis venue pour te voir, tu me manques Sara… »
La jeune femme détourna les yeux et essaya encore une fois de retirer sa main de celle de Catherine, en vain. Elle gardait un regard lointain, fixé sur un point sur le mur derrière Catherine.
« Pourquoi tu ne réponds pas au téléphone, pourquoi tu te renfermes chez toi… tu m’inquiètes… » Son ton était toujours aussi doux, elle ne voulait surtout pas effrayer Sara ou la braquer et l’obliger ainsi à se défendre. Obtenir des informations par la méthode douce n’était après tout pas aussi idiot que cela puisse paraître.
« Dis moi, Sara… dis moi ce qui se passe… »
« Rien, il ne se passe rien, je me repose c’est tout… »
« Tu n’as pas besoin de te cacher pour te reposer… »
« Je ne me cache pas… »
« Et si tu me regardais dans les yeux pour me répéter ce mensonge… »
« Je ne mens pas… »
« Regarde moi Sara… » Cette conversation murmurée entre les deux femmes était un peu surréaliste. Catherine était persuadée que leur première discussion serait plus une dispute qu’autre chose. Malgré son angoisse, elle était ravie qu’il en soit autrement.
« Regarde moi… Sara… s’il te plait… » Très lentement, elle posa sa main sur la joue de la jeune femme, ignorant sciemment le tressaillement de celle ci. Sans réellement la forcer, elle l’obligea doucement à baisser la tête et ainsi à croiser son regard.
Quand les yeux de Sara croisèrent les siens, elle eut l’impression que celle ci regardait quasiment à travers elle. Il lui fallut quelques secondes pour se concentrer et la regarder vraiment. Une douleur sourde traversa ses yeux avant de disparaître à nouveau pour être remplacé par le même vide abyssale qui avait déchirer le cœur de Catherine un peu plus tôt.
« Dis moi ce qui ne va pas… »
Sara soupira profondément, avant de répondre d’une voix morte.
« Tout va bien, j’ai juste besoin d’être seule. »
Catherine serra les dents pour ne pas se mettre à hurler mais garda le même ton tranquille.
« Quand est ce que tu as commencé à croire que j’étais suffisamment stupide pour gober ce genre de truc ? »
« Jamais… »
« Jamais quoi ? »
« Jamais je n’ai cru que tu étais stupide… »
« Alors pourquoi tu me réponds ça, je sais parfaitement que tu ne vas pas bien, sinon tu ne te conduirais pas comme ça… »
« J’ai besoin d’être seule Catherine… je n’ai juste pas envie de voir des gens… »
« Les gens… ok, je peux comprendre… mais moi… je fais partie de ces gens que tu ne veux pas voir ? »
Pour la première fois, Sara sembla hésiter. Pour la première fois depuis qu’elle avait passé le pas de sa porte, Catherine eut vraiment l’impression que Sara la voyait. Elle fouillait son regard à la recherche d’une réponse. Pas très sure de ce que la jeune femme pouvait bien attendre, Catherine lui sourit tendrement, essayant de mettre tout son amour dans ce signe tellement élémentaire.
« Les choses sont toujours aussi simples pour toi Catherine ? »
Pas exactement la réponse à laquelle s’attendait la blonde. Après un temps de réflexion, elle donna la réponse qu’elle pensait la plus honnête.
« Non, elles ne le sont malheureusement pas toujours … mais parfois, il y a des sentiments, des désirs qui, oui, sont aussi simples que le fait de respirer… » Sara ne bougeait pas, elle attendait simplement que Catherine élabore un peu plus. « Je suis là, et ça c’est la chose la plus simple à expliquer pour moi. Je suis là parce que j’en ai envie… parce que j’ai envie d’être avec toi… parce que je veux comprendre, je veux t’aider… »
Sara se tendit aussitôt.
« Je n’ai pas besoin qu’on m’aide, je n’ai pas besoin que tu m’aides… »
« Je suis persuadée du contraire… »
Sara haussa les épaules dédaigneusement, comme si elle se moquait bien de ce que pouvait penser Catherine. Celle ci continua pourtant, elle refusait de se laisser aveugler par la douleur qui grandissait au fond d’elle-même au fur et à mesure qu’elle constatait qu’elle n’arrivait pas à atteindre Sara.
« Tu as beau penser ça… ou essayer de me le faire croire, ça n’empêche rien au fait que je veux être là et que je veux que tu me parles… et ça c’est d’une simplicité sans bornes. »
La jeune femme se raidit immédiatement. Son visage se durcit et ses sourcils se froncèrent.
« Ok, Miss simplicité ! Ecoute ça et retiens le bien. Je n’ai tout simplement pas envie que tu sois là et je veux tout simplement être seule. Alors si tu pouvais simplement passer ton chemin, je pourrais enfin aller à cette simplissime séance de psy de merde. »
Catherine ne put retenir un ricanement désabusé.
« Je savais bien que tu me prenais pour une idiote… comment tu peux penser que je lâcherais l’affaire aussi facilement… crois moi, tu as beau être têtue Sidle, tu en auras marre avant moi ! »
« Merde ! On est où maintenant, dans la cour de récré ? Grandis Catherine ! »
La blonde ne sut pas vraiment comment elle réussit cet exploit mais elle arriva tout de même à plaquer un sourire tendre sur son visage, malgré la peine que lui causait Sara. Sourire qui sembla rester sans effet quand les paroles de Sara claquèrent.
« Va t’en Catherine… laisse moi… »
Ce fut le moment que choisit Catherine pour décider qu’aujourd’hui elle ne laisserait pas Sara l’entraîner sur un chemin qu’elle ne voulait pas emprunter. Pas question de s’énerver aujourd’hui. Cela faisait des jours qu’elle attendait de voir enfin Sara. Elle voyait bien qu’elle n’obtiendrait aucune réponse aujourd’hui mais pas question pour autant de se laisser manipuler par la brune. Elle écarta de son esprit tous les commentaires de Sara, toutes ses tentatives de rejet pour seulement se concentrer sur Sara. Sur le fait qu’elle était là en face d’elle, tellement belle, tellement vivante. La fatigue qui marquait son visage lui apportait un air fragile qui donnait envie à Catherine de la protéger contre le monde entier. Elle sentit son cœur se gonfler d’amour pour cette tête de mule en face d’elle. Elle ne put retenir un nouveau sourire alors que des larmes d’émotion pure menaçaient d’envahir ses yeux.
Sara aurait beau la repousser encore et encore, elle ne pourrait jamais empêcher la blonde de l’aimer.
Alors que ses yeux se promenaient lascivement sur le visage de Sara et s’émerveillaient d’y découvrir encore des détails qui lui coupaient le souffle, Catherine leva à nouveau sa main vers la joue de la jeune femme.
« Non… » Sara détourna légèrement la tête mais Catherine l’ignora. Elle repoussa une mèche de cheveux qui s’était échappée de la casquette, pour l’écarter du front de la brune. Elle laissa lentement le bout de ses doigts parcourir la peau douce. Elle les laissa glisser le long de la tempe, puis de la mâchoire serrée de Sara.
Un instant, elle vit le regard dur se troubler et eut même la sensation que la jeune femme penchait légèrement la tête pour appliquer plus de pression sur sa joue.
Catherine suivait de ses yeux la progression de ses doigts. Elle était hypnotisée par ce voyage qu’elle avait tant espéré ces derniers jours. Quand elle atteignit les lèvres pleines, elle retint son souffle. Transcendée, elle se rapprocha de ce corps qui l’attirait comme un aimant. Elle se hissa sur la pointe des pieds. Sa bouche à quelques millimètres de celle de Sara, elle entrouvrit les lèvres, ferma les yeux et dans un soupir de soulagement douloureux les déposa sur celle de la jeune femme.
Un gémissement sourd s’échappa de Sara au contact doux. Elle se pencha un peu plus en avant pour appliquer plus de pression sur la bouche de Catherine.
Puis il n’y eu que le froid… un froid glacial et pénétrant quand Catherine se retrouva seule. Sara s’était brusquement arrachée à cette étreinte. D’une voix claquante, elle acheva une Catherine désemparée par l’abandon.
« Tu dois me laisser… »
La jeune femme s’enfuit alors en courant ignorante des larmes qui parcourait désormais abondamment le visage de sa collègue.
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Les jours suivants ne furent qu’une répétition de moments plus douloureux les uns que les autres.
Sara ne répondait toujours pas aux appels de Catherine, refusait de lui ouvrir quand celle ci se présentait à sa porte. Pire que tout, Catherine avait l’impression que tout lien était brisé.
Elle avait réussi à croiser Sara une nouvelle fois alors que celle ci sortait de chez elle. Quand Catherine était arrivée sur la parking de l’immeuble de la jeune femme, elle l’avait trouvé assise sur sa moto, les yeux fermés, le visage levé vers le ciel d’une nuit sans étoiles. Cela n’aurait pas été anormal si ce jour là, il ne pleuvait pas à verse. Un de ses orages lourds dont Vegas à la spécialité.
La jeune femme était trempée jusqu’aux os, comme si elle était là depuis un long moment. Quand Catherine s’était approchée et lui avait parlé, Sara n’avait pas répondu. Il avait fallu que la blonde la saisisse par le bras pour qu’elle sorte de sa torpeur. Elle s’était aussitôt écartée brusquement du contact de la main posée sur son épaule comme si elle avait été brûlée.
Catherine avait bien essayé de lui parler, de la convaincre de venir se mettre à l’abri. Mais Sara s’était contentée de la fixer d’un regard absent. Sans avoir ouvert la bouche une seule fois, elle avait démarré sa moto et était partie dans un crissement de pneu, sans casque, ses vêtements collés à sa peau.
Pour toutes ses raisons, tous ses coups de fils sans réponses, toutes ses tentatives infructueuses et parce qu’elle crevait de trouille d’avoir perdu Sara à jamais, elle se retrouva un jour, à l’hôpital, devant le bureau du Docteur Rowley.
Elle avait réussi à arracher à Mary le nom du psychiatre qui suivait Sara.
Consciente que sa démarche resterait probablement sans résultat, elle se sentait obligée de la faire quand même… tout bonnement parce qu’elle ne savait plus quoi faire d’autre.
D’une main tremblante, elle frappa sur la porte vitrée. Une voie douce lui donna l’autorisation d’entrée. Une femme brune d’une cinquantaine d’année l’accueillit d’un sourire.
« Je peux vous aider ? »
« Docteur Rowley ? »
« Oui… »
« Bonjour, je m’appelle Catherine Willows, je suis une amie de Sara Sidle. J’aimerais vous parler un moment si vous me le permettez. »
« Bien sur. Asseyez-vous. » D’un nouveau sourire tranquille, elle l’invita à s’installer dans une des chaises qui faisait face à son bureau.
« Qu’est ce que je peux faire pour vous aider ? »
Catherine remua sur sa chaise, inconfortable face à la psychiatre.
« Ma demande n’est pas très conventionnelle, j’en ai conscience. Mais j’aimerais que vous me disiez ce qui se passe avec Sara. »
La psychiatre retira ses fines lunettes dorées avant de se pencher en avant et plonger son regard dans celui de Catherine.
« Je ne peux pas parler avec vous du cas de Sara, Madame Willows. Je n’en ai pas le droit. »
« Catherine s’il vous plait… appelez-moi Catherine. Je sais bien que ce n’est pas habituel mais j’espérais que vous pourriez m’aider un peu. »
« Vous devez bien vous doutez que le secret médical m’interdit d’évoquer avec qui que ce soit les problèmes de mes patients. »
Catherine sentit immédiatement la boule qu’elle avait au fond de la gorge doubler de volume. Elle respira un grand coup, refusant de se mettre à pleurer devant cette femme.
« J’en suis consciente mais je ne sais plus quoi faire pour aider Sara… elle s’est refermée sur elle-même et je n’arrive pas à l’atteindre. J’ai l’impression qu’elle va de plus en plus mal et je ne peux rien faire. »
« Je connais de la situation mais je ne peux rien faire pour vous… vous n’êtes même pas de la famille de Sara. » La psychiatre gardait une voix douce mais ne paraissait pas vouloir changer d’avis.
« Si… je… je suis plus pour Sara qu’une simple amie… je suis… je suis… à vrai dire, je ne sais pas ce que je suis pour elle… »
Cette vérité énoncée à haute voix fut le dernier rempart qui céda devant le flot des larmes de Catherine. Elle fut bientôt parcourut de soubresaut qu’elle n’arrivait pas à contenir. Rowley la laissa pleurer sans rien dire, elle se contenta de la regarder.
Après une éternité, Catherine réussit enfin à se calmer. Elle n’avait toujours pas relevé les yeux quand elle entendit la voie douce de la psychiatre.
« Je vois que vous tenez à Sara… »
« Oui … énormément… » bafouilla la blonde.
« Pourquoi est ce que je devrais briser le secret pour vous ? »
« Parce que j’aime Sara et que je veux l’aider. »
« Ce n’est pas suffisant… qui me dit que vous ne vous servirez pas de ce que je vais vous dire contre elle ? »
Catherine bondit de sa chaise soudainement et serra les poings fermement.
« Quoi ?!! Mais je ne ferais rien pour blesser Sara, je ne veux que l’aider à aller mieux !! » Elle hurla au bord de l’hystérie.
La femme devant elle resta pour autant extrêmement calme.
« A quel prix ? »
« Quoi ? Qu’est ce que vous voulez ? De l’argent ? Dites-moi combien et je vous le donne ? »
Rowley rit légèrement.
« Je ne parle pas d’argent. Je vous demande ce que vous seriez prête à sacrifier pour aider Sara. »
Pas sure de comprendre Catherine, réfléchit quelques minutes.
« Tout… je donnerais tout pour Sara… je vous donnerais tout ce que vous me demanderez ! Je sacrifierais tout ! » Les poings toujours serrés le long de son corps, elle parlai d’une voix forte et sure.
« Vous seriez prête à la perdre ? » Le regard perçant la foudroya. Sa respiration se bloqua dans ses poumons.
« La perdre ? » Elle murmura cette question.
« Si aider Sara voulait dire que vous deviez la perdre… définitivement… est ce que vous voudriez toujours l’aider ? »
« Qu’est ce que vous voulez dire ? »
« Parfois, pour leur salut, la seule solution est que les gens partent pour recommencer ailleurs. Reconstruire une nouvelle vie. Etes vous prête à ça ? »
Catherine fixa longuement cette femme comme si elle lui parlait d’une chose totalement impossible. Sara… partir ? non…non… si… inconsciemment, au plus profond d’elle même, Catherine savait que la seule solution pour Sara serait peut être de quitter Vegas… loin de toutes les épreuves qu’elle avait du traverser ces derniers mois… et puis ça ne serait pas la première fois, elle l’avait déjà fait.
Cette pensée lui était insoutenable. Perdre Sara… elle en mourrait !
Assommée, elle repensa tout de même à ce que venait de lui dire le médecin. Si Sara avait vraiment besoin de partir pour être sauver, qui était elle pour empêcher cela. Elle préférait vivre mille torture d’être séparer d’elle que de continuer à la voir souffrir comme en ce moment.
Elle voulait revoir la Sara dont elle était tombée amoureuse, elle voulait revoir son sourire, elle voulait l’entendre rire à nouveau. Si pour la voir vivre à nouveau, elle devait la laisser partir loin d’elle, alors elle le ferait… parce qu’elle sacrifierait tout pour elle… même son propre bonheur, même son amour pour la jeune femme…
Rowley regarda Catherine procéder mentalement à sa découverte. Le visage de la blonde se transforma petit à petit pour se peindre d’une certitude inébranlable.
« Oui je l’accepterais… pour Sara, j’accepterais de la perdre. »
Comme si le dire à haute voix avait rendu réelle cette promesse, Catherine se sentit soudain vidée de toute énergie et se laissa tomber dans le fauteuil. Le docteur Rowley se leva alors et vint s’installer dans le fauteuil à côté d’elle.
« Rien ne sortira de cette pièce. » Commanda t-elle d’une voix ferme.
Catherine hocha silencieusement la tête.
« Est-ce que vous savez ce qu’est le syndrome du survivant ? » L’interrogea soudain la psychiatre.
« Vaguement. »
« Cette expression a été utilisée pour la première fois après la première guerre mondiale pour désigner le stress post-traumatique vécu par les rescapés de situation extrême : catastrophes naturelles, accidents graves, conflits armés. La notion a évolué avec les années et le développement des techniques psychiatriques. Certains l’appelle le syndrome de Lazare, mais désormais on utilise généralement un terme plus technique ; on parle de TSPT, les troubles de stress post traumatique. »
Le médecin laissa un peu de temps à Catherine pour réaliser où elle allait en venir.
« Vous pensez que c’est ce dont souffre Sara ? »
« Vraisemblablement… il faut comprendre que les TSPT découlent tout simplement d’un réflexe psychologique consécutif à une réaction durant laquelle l’intégrité physique ou psychologique du patient a été menacée. Dans la plupart des cas, les gens qui souffrent de ce genre de troubles ont survécu à une mort certaine et ne parviennent plus à se sentir tout à fait en vie après ça, d’où le terme de syndrome du survivant. Dans le cas de Sara, la problématique est d’autant plus profonde qu’elle a traversé trop d’épreuves pour que son esprit puisse appréhender tout cela. Son enlèvement, sa presque mort dans le désert, l’enlèvement de votre fille, sa confrontation au ravisseur, sa mission d’infiltration et pour couronner le tout l’explosion et la fusillade devant le Rempart. »
Catherine se sentait nauséeuse. Sa tête tournait, son sang battait à ses tempes au rythme de son cœur qui essayait de lui déchirer la poitrine.
« C’est Sara… qui vous a parlé de tout ça. »
Le médecin ne put retenir un ricanement de dépit.
« Non, Sara ne parle de rien de personnel pendant nos séances. Elle se contente de me répéter qu’elle va bien et qu’elle veut retourner travailler. »
« Comment vous savez alors ? »
« Son dossier médical… et j’ai parlé avec son superviseur, Monsieur Grissom. »
A l’évocation de Gil, Catherine ne put s’empêcher de grincer des dents. Elle chassa rapidement cette pensée pour se concentrer de nouveau sur la conversation.
« Et concrètement ça veut dire quoi tout ça ? »
« Concrètement, ça veut dire que Sara ne reconnaît plus sa place dans ce monde. Comme toutes les victimes de TSPT, elle réagit instinctivement à la situation, sans même le réaliser. Elle tente de bloquer tous souvenirs des évènements parce qu’elle doit revivre sans arrêt les mêmes scènes traumatisantes. Je ne vous parle pas de simples réminiscences mais d’une incapacité réelle à empêcher ses souvenirs de revenir la hanter. Elle cherche donc à éviter les situations et les facteurs déclencheurs qui pourraient lui rappeler l’évènement traumatisant. Elle évite d’en parler, elle évite les endroits associés aux faits, même les personnes qui pourraient lui rappeler tout ça. Elle veut simplement se protéger du contact avec tout ce qui lui rappelle le drame, parce qu’elle se sent impuissante à réagir, comme elle a été impuissante pour éviter toutes ces tragédies. Parallèlement, cela s’accompagne d’un émoussement des sentiments qui peut aller jusqu’à une insensibilité émotionnelle. »
Plus le discours de Rowley avançait, plus les yeux de Catherine s’agrandissaient d’horreur.
« Cette indifférence se caractérise par un détachement vis à vis des autres, une tentative d’évacuer les émotions et les sentiments pour se protéger d’une poussée émotive associés au drame… elle est comme anesthésiée si vous voulez. Elle atténue tout, que ce soit ses sensations de plaisir ou de douleur. Mais dans les faits ce n’est pas aussi simple, si elle cherche à tout prix l’évitement, il n’est pas facile d’échapper à la peur, à une impression constante de danger ou de désastre imminent. Elle ne le dit pas mais je suis persuadée qu’elle souffre d’insomnie, de cauchemars. »
« Comment vous savez tout ça si elle ne vous dit rien ? »
« Je suis psychiatre, Catherine, je lis entre les lignes. Déjà, je vois tout simplement l’état de fatigue physique dans lequel elle se trouve. Puis je peux voir quasiment tout ça dans le peu qu’elle me dit. J’ai remarqué que dès le début elle a cherché à me voir le plus tard possible voir même pendant mes services de nuit si c’est possible. Elle arrive toujours avec une casquette vissée sur la tête et des lunettes de soleil. Elle ne supporte plus ni la lumière ni la chaleur. Comme je vous disais à l’instant, elle cherche à les éviter parce que ça lui rappelle tout ce qui lui est arrivé dans le désert. Par ailleurs, elle ne m’en a pas parlé directement mais j’ai appris par l’équipe qui l’a soigné qu’elle avait confessé le meurtre d’un jeune homme… »
Catherine s’apprêta à ouvrir la bouche quand Rowley leva une main rassurante.
« Je sais qu’elle n’a tué personne. Mais apparemment, elle se sent responsable de la mort de ce garçon. Dans son état d’esprit, elle se laisse tout simplement dévorer par un sentiment de culpabilité. Elle se demande pourquoi lui et pas elle. Elle n’arrivera probablement jamais à se le pardonner. »
« Comment ça jamais… vous n’allez rien faire ? » s’insurgea Catherine.
« Je n’ai pas dit ça… » Répondit calmement la psychiatre.
« Quel est le traitement alors ? »
« Il y a différent traitement possible à ce genre de troubles, des thérapies comportementales et cognitives ou une thérapie qui s’appelle l’EMDR… je ne vais pas rentrer dans les détails mais concrètement, il va falloir amener Sara à reconnaître et à accepter la réalité des évènements traumatisants et à réviser son drame. Elle doit comprendre par elle-même qu’elle a le pouvoir et le choix de reconstruire sa vie, que son impuissance ne s’étend pas tous les aspects de sa vie. Il ne faut pas la protéger de la souffrance, il faut juste l’aider à l’affronter de nouveau. Tout cela est comme un travail de deuil, elle doit saisir que ce n’est pas forcément le monde qui a changé autour d’elle mais que c’est elle qui a évolué. Elle doit se construire une nouvelle image d’elle-même et une nouvelle représentation de son avenir et de sa relation aux autres. Elle ne peut pas éviter tout ce qui est arrivé et les conséquences que cela a eu, elle doit seulement vivre avec. Le souci qui se pose et c’est pourquoi vous êtes là aujourd’hui je suppose, c’est qu’elle ne parle pas… et tant qu’elle ne le fera pas, les choses ne pourront pas avancer. Il faut absolument qu’elle commence à s’ouvrir. Sans une expression libre, jamais elle ne pourra restaurer un sentiment de maîtrise de sa vie, jamais elle ne pourra comprendre le sentiment de culpabilité d’être survivant. »
Rowley s’arrêta alors de parler et fixa Catherine, attendant une réaction. Abrutie par tant d’information, il fallu quelques minutes à celle ci pour recouvrir ses esprits.
« Qu’est ce que je dois faire ? » Sa voix était tremblante.
« Vous devez la faire parler, c’est aussi bête que ça. Ca peut aller mieux très vite à partir du moment où elle se décidera à enfin en parler. Il faut trouver le déclic. »
Catherine ricana.
« On parle de Sara Sidle là… la personne la plus têtue que je connaisse. Quand elle a décidé quelque chose, même un bulldozer ne la fait pas bouger d’un iota !! »
La psychiatre ne put s’empêcher de rire doucement.
« Oui j’ai cru deviner ça… mais je pense que vous êtes peut être la mieux placée pour trouver la clé. Quelle que soit la solution, il faut la trouver vite, plus les choses traîneront, plus elles seront difficiles à régler. »
Les deux femmes discutèrent encore quelques instants avant que Catherine ne prennent congé. C’est la tête douloureuse qu’elle sortit de l’hôpital. Comment arriver à faire parler Sara de tous ces évènements alors qu’elle ne voulait pas parler du tout !!
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Une demi-heure plus tard, elle se retrouva sur le parking du labo pour prendre son service. Il lui restait une bonne heure avant l’heure réelle mais elle ne se voyait pas traîner chez elle ou ailleurs en attendant. Autant travailler et s’occuper l’esprit.
Quand elle sortit de sa voiture, elle aperçut alors la moto de Sara garée sur son emplacement réservé, tout proche de la porte.
Le cœur de Catherine s’emballa un instant avant qu’elle ne comprenne finalement que Sara était là, au labo… parmi les vivants…
Elle se mit à courir sans vraiment y penser. Son premier arrêt fut pour la salle de repos… personne… merde !! Elle sentait déjà qu’elle allait devoir se taper la moitié du labo pour trouver la jeune femme.
En passant rapidement près du labo ADN, elle aperçut Greg et se précipita vers lui.
« Greg, tu as vu Sara ? » Elle l’interrogea à bout de souffle.
« Oui elle est dans le vestiaire. Elle vient d’arriver et elle est partie y déposer son casque. »
« Merci Greg. » Catherine commença à s’éloigner rapidement avant de faire brusquement demi-tour. « Pourquoi est ce qu’elle est là… tu le sais ? »
Le jeune homme se rembrunit aussitôt.
« Débriefing sur l’affaire du Rempart. » Il se retourna et se remit au travail sans même attendre de réponse.
Même si elle trouva ça étrange, Catherine n’avait de toute façon pas l’intention de lui en donner. Elle reprit sa course pour ne s’arrêter que devant la porte close du vestiaire. Après avoir pris une profonde inspiration, elle se décida enfin à la pousser.
Sara était bien là, assise sur un banc, les coudes sur les genoux et le menton posé sur la paume de ses mains. Elle semblait pensive à des millions d’années lumière d’ici. La porte qui se referma derrière Catherine attira son attention. Elle tourna un visage vide d’émotion. Quand elle la reconnut, elle poussa un soupir d’exaspération à peine maquée.
Catherine se le prit en pleine figure comme une gifle.
« Charmant… » grogna t-elle pour elle-même. « Oui bonjour à toi aussi Sara ! » Continua t-elle plus fort cette fois.
Sara se leva immédiatement et se posta devant son casier ouvert.
« Bonjour Catherine. » Lança t-elle enfin sans même se retourner.
A la limite de l’énervement, Catherine se calma vite en repensant aux conseils du docteur Rowley : faire parler Sara. Autant aller droit aux buts.
« Tu m’invites à boire une bière après ton débriefing ? »
La réponse ne se fit pas attendre.
« Non » La réponse était ferme mais pas agressive.
« C’est moi qui t’invite alors ? » Insista la blonde, résolue.
« Non plus. »
« Pourquoi ? »
« J’ai des trucs à faire ? »
« Des trucs ? Quel genre de trucs ? »
A peine deux minutes qu’elles étaient dans la même pièce et déjà, l’air s’était chargé d’électricité. Une étincelle de trop et tout risquait d’exploser. Sara poussa un nouveau soupir énervé.
« Bon Catherine, tu commences à sérieusement me faire chier ! Qu’est ce que tu veux à la fin ? »
« Je croyais qu’on avait déjà réglé cette question la dernière fois ! » Catherine essayait de garder son calme mais elle sentit bien qu’elle perdait doucement le contrôle de ses nerfs face à l’évidente mauvaise volonté de Sara.
« C’est à dire ? » La brune feignit l’ignorance.
« Je veux que tu me parles ! »
« C’est ce qu’on est en train de faire, il me semble, pas besoin d’aller prendre une bière pour cela. »
Lentement Catherine se rapprocha de sa collègue, jusqu’à être juste à côté d’elle.
« Tu vas jouer à ça longtemps Sara ? »
« Ha parce que maintenant on joue ! Fallait me le dire, je n’ai pas saisi les règles ! »
« Tu veux bien arrêter tes conneries un peu !! » S’énerva la blonde.
« Quelle connerie ? Et puis merde ! Fous-moi la paix Catherine ! Faudra que je te le demande combien de fois ? »
« Autant de fois que je devrais te demander de me parler !! »
« RRAAA !! Je n’ai pas envie de te parler, tu peux le comprendre ça ? » Sara se retourna brusquement pour faire face à la blonde.
« Non, je ne peux pas, tu ne peux pas continuer comme ça ? » A chaque phrase le ton montait.
Sara combla les derniers centimètres les séparant et profita de sa taille pour toiser Catherine d’un air menaçant.
« Catherine, c’est la dernière fois que je te le demande, laisse-moi tranquille. » Grogna t-elle sourdement.
« Ou sinon quoi ? » Railla délibérément la blonde en affichant un sourire ironique.
Sara lui attrapa alors soudain les bras et dans un mouvement violent la plaqua le dos contre la rangée de casier. Dans un bruit métallique sourd, le dos de Catherine rencontra le métal froid. Elle eut le souffle coupé pendant une seconde.
« Sinon, je te bâillonne. » Durant une fraction de seconde, le regard de Sara dévia vers la bouche de Catherine et une lueur de désir brilla dans ses yeux.
C’est à cette seconde précise que tout bascula. Catherine consciente de cette lueur fugace, en profita, elle se hissa sur la pointe des pieds et écrasa sa bouche sur celle de Sara.
La température grimpa immédiatement dans le vestiaire. Incapable de résister cette fois, Sara retourna son baiser à Catherine, comme si sa vie en dépendait. Ses mains se déplacèrent des bras de la blonde pour aller se glisser dans son dos. Cette dernière en profita pour aller placer ses deux mains fermement dans les cheveux de la jeune femme.
Rapidement, leurs langues se trouvèrent et entamèrent une danse furieuse. Chaque caresse était une guerre, chaque frôlement, un coup porté à l’autre. Incapable de résister, Sara tira violemment sur la chemise de Catherine pour la sortir de son jean et poser ses mains sur la peau nue de son dos. Catherine poussa un gémissement sourd et referma ses poings sur les cheveux de Sara qui grogna presque de douleur.
Elle arracha sa bouche à celle de la blonde et vint poser ses lèvres dans le cou de celle ci. Elle la mordit violemment avant de sucer le point où palpitait furieusement son pouls. Ses mains trouvèrent le chemin de la poitrine de Catherine qu’elle enserra fermement dans ses paumes avant de commencer à déboutonner sa chemise. Ses doigts tremblants l’empêchèrent d’atteindre son but. Alors, brutalement elle tira sur les deux pans de la chemise faisant sauter tous les boutons en même temps. Aussitôt, elle posa ses lèvres sur un des seins de Catherine, repoussant de sa bouche le soutien gorge noir qui la dérangeait.
A bout de souffle, Catherine continuait d’appuyer fortement sur la tête de la jeune femme pour qu’elle ne s’éloigne surtout pas. Dans un râle, elle mit à bas les dernières barrières qui les séparaient encore.
« Touche-moi… Sara, je t’en prie, touche-moi… »
D’un geste urgent et agressif, Sara dégrafa le bouton du jean de Catherine, descendit la fermeture éclair et inséra sa main dans l’ouverture accueillante. Dans un gémissement, elle constata que Catherine était déjà chaude et humide. En même temps qu’elle trouva le point sensible qui s’offrait à elle, elle reprit la bouche de Catherine de ses lèvres. Son baiser se fit passionné et pressant. Elle instaura un rythme exigeant à ses doigts arrachant à chaque pression un cri à la femme serrée contre elle.
Les hanches de Catherine, incapables de se maîtriser entamèrent une danse au même rythme que celui imposé par Sara. Elle dut s’accrocher fermement aux épaules de la jeune femme pour garder un semblant d’équilibre. Ses jambes ne la portaient plus. Si ce n’était Sara et la cuisse qu’elle avait insinuée entre ses jambes, elle serrait déjà tombée.
Dans une explosion intense, impuissante à se retenir plus longtemps, Catherine se laissa frapper par la puissance de l’orgasme que les doigts habiles de Sara avaient construit jusqu’à l’apothéose. Ses ongles s’enfoncèrent dans les épaules de la brune. Dans un cri primal, tous ses muscles se tendirent à l’unisson avant de se relâcher et de la laisser sans force.
Haletante, Sara posa son front sur son épaule. Il lui fallut un moment pour reprendre son souffle et parler à nouveau. D’une voix froide et sans vie, elle brisa d’un coup tous les espoirs de Catherine.
« Je n’aurais pas du… »
Catherine sentit sa poitrine se déchirer sous la douleur. La respiration coupée, elle ne put répondre.
« Je n’aurais pas du… mais maintenant que tu as eu ce que tu voulais, je veux que tu me laisses en paix… »
Sans rien ajouter de plus, Sara retira sa main du pantalon de Catherine, s’écarta d’elle et sortit à toute vitesse du vestiaire comme si elle fuyait l’enfer.
Seule, hébétée, Catherine se laissa glisser au sol. Les larmes coulaient sans retenue sur son visage.
Elle était seule… vide… détruite…