Moi qui étais persuadée que les princesses n’existaient que dans les comptes de fée… je peux certifier maintenant que non !

J’en connais une !!

C’est grâce à elle (ou à cause d’elle selon le point de vue) que je fais une MAJ aujourd’hui. Elle sait mener son monde la petite !! LOL

En tout cas, félicitations pour ça, princesse !! Et pour tout le reste aussi… surtout pour le reste !!!

;o)

 

 

                                         Adrénaline

 

Par Bouzik

 

                                                                                                                                           Neuvième Partie

 

 

Catherine :

 

Désespoir ou colère ?

 

Se laisser abattre ou se battre ?

 

Pleurer ou hurler ?

 

Tout était tellement confus en Catherine, elle ne savait pas quoi penser, elle ne savait pas comment réagir. Des milliers de pensées se battaient en elle mais ce n’était qu’un immense foutoir, rien de structuré ne sortait de tout cela.

 

Quand Sara l’avait abandonné dans la salle de  concert vide, la blonde s’était effondrée et avait pleuré pendant de longues minutes. A ce moment là, elle avait été incapable de maîtriser la douleur qu’elle ressentait, elle s’était laissé envahir, détruire par une vague de peine incontrôlable que Sara avait de nouveau fait naître en elle. Elle aurait pu courir après elle mais elle n’avait pas pu le faire… seule résonnait en elle le bruit sourd de la porte de la salle se refermant violemment derrière Sara…

 

Un employé de l’hôtel s’était alors approché d’elle pour lui demander si elle allait bien. Elle avait du quitter la salle et depuis elle errait dans les rues de Vegas sans but fixe, juste pour ne pas rester immobile et ne pas trop réfléchir. Sa crise de sanglots l’avait totalement épuisée, elle se sentait vidée, anéantie. En partant de nouveau sans aucune explication et sans donner ne serait ce qu’une petite information sur la date de son retour, Sara avait emmené avec elle tout l’espoir qui était réapparu pendant cette soirée.

 

La magie du concert, tout ce qu’elles avaient partagé, les gestes tendres, les regards lourds de sous-entendus et les baisers… tout avait contribué à ce que Catherine oublie tous les événements qui les avaient amenés jusqu’ici. Elle avait scrupuleusement tout évacué de son esprit pour ne garder que l’instant présent.

 

Délibérément, elle avait voulu profiter de cette soirée, laissant de côté les raisons pour lesquelles Sara se faisait passer pour morte. Elle ne voulait – ou ne pouvait pas - lui expliquer pourquoi et bien tant pis, il était inutile de perdre de précieuses minutes de ce moment à essayer de comprendre les raisons d’une situation tellement aberrante… Mais les minutes étaient passées beaucoup trop vite, comme dans un rêve et avant même qu’elle puisse réaliser ce qui était en train de se passer, Catherine s’était retrouvée seule avec pour seule compagnie sa peine et ses larmes.

 

Sara était repartie comme elle était arrivée, sans une explication, sans un détail sur l’endroit où elle était pendant ses trois mois et sans dire où elle allait. La blonde se retrouvait de nouveau dans le brouillard le plus complet et pire que tout sans savoir si elle allait revenir.

 

Et s’il lui arrivait quelque chose ? Et si jamais elle ne revenait pas ? Et si jamais elle n’apprenait pas le fin mot de cette histoire tout en devant supporter l’absence de Sara ? Comment pourrait-elle continuer à vivre ainsi ? Comment pourrait-elle, chaque jour, continuer à avancer sans elle ?

 

Et si…et si…et si…

 

Toutes ces questions s’embrouillaient dans sa tête… plus les kilomètres défilaient, plus elle était perdue. Sans réaliser ce qu’elle faisait, Catherine roula pendant des heures, traversant et retraversant Vegas et ses rues sans que rien n’arrive à la distraire de ses idées noires. Les embouteillages du Strip succédaient aux ruelles vides, les lumières aveuglantes des casinos succédaient aux ombres des quartiers mal famés… Mais ces heures passées à avaler des kilomètres n’atténuaient en rien la douleur qui la ravageait et la laissait détruite… elle aurait voulu mourir en cet instant… mais elle était toujours en vie. La plaie béante qu’elle avait à la place du cœur était là pour lui rappeler que tout ça était bien réel et qu’elle allait continuer à souffrir encore et encore…

 

Après une éternité dans sa voiture à rouler, elle s’arrêta enfin, … dans une rue aussi quelconque que toutes celles qu’elle avait traversées pendant cette nuit. Une quasi-obscurité enveloppait tout autour d’elle, créant une ambiance lugubre sur le quartier, une ambiance en parfaite symbiose avec son état d’esprit. La tête reposée en arrière, ses deux mains cramponnées au volant, Catherine ferma les yeux et essaya de calmer la migraine qui s’était installé du fait d’avoir trop pleurer.

 

Si seulement elle pouvait oublier cette soirée, oublier Sara, oublier ses lèvres, son corps.. juste oublier… pour ne plus avoir mal…

 

Le bruit d’une voiture qui démarra bruyamment la fit violemment sursauter. Brusquement elle ouvrit les yeux pour voir que malheureusement son cauchemar était bien réel. Elle était bien là, au volant de sa voiture, seule, dans un quartier qu’elle ne connaissait pas à ruminer sa peine…

 

Un quartier qu’elle ne connaissait pas…

 

Un quartier qu’elle ne…

-Oh non !! Pitié ! Dites-moi que ce n’est pas vrai… dites-moi que je n’ai pas fait ça…

 

Instantanément, comme si elles n’attendaient qu’une seconde de relâchement, les larmes se mirent de nouveau à ruisseler sur le visage de Catherine quand elle prit conscience qu’elle n’était absolument pas dans une rue qui lui était inconnue.

 

Cet endroit était tout sauf inconnue...

 

Inconsciemment, elle avait roulé pendant toute la nuit pour se retrouver, au petit matin, dans la rue où Sara vivait, même très précisément devant son immeuble.

 

C’était tout simplement incroyable, sans même y penser, son périple l’avait mené directement ici, comme si tous les tours et détours qu’elle avait fait n’avaient que pour seul et unique destination l’appartement de Sara !! Son inconscient avait pris l’ascendant sur sa volonté et menait la barre. A travers ses larmes, Catherine distinguait clairement la fenêtre de l’appart de la brune. Il suffirait qu’elle descende de sa voiture, qu’elle y monte et qu’après avoir fracturé la porte, elle y entre sans problème. Elle pourrait se glisser dans son lit et ainsi être plus proche de Sara… aussi proche qu’elle pourrait l’être à ce moment là.

 

Se perdre entre ses draps, serrer son oreiller contre elle et seulement s’endormir en ayant l’impression de l’avoir prêt d’elle… mais Catherine était consciente que tout cela n’était qu’utopie. La seule chose qu’elle trouverait là haut serait un appartement vide… vide de chaleur, vide d’une présence rassurante, vide de tout, vide de Sara…encore un bon moyen de réaliser qu’elle était repartie et que personne ne pouvait dire si elle reviendrait un jour… encore un bon moyen de souffrir un peu plus...

 

Cette soirée aura finalement été l’apothéose dévastatrice de ces trois derniers mois. Revoir Sara pour la perdre à nouveau était bien plus que l’esprit fragile de Catherine était capable de supporter. Comment une personne saine d’esprit pouvait elle survivre quand elle croit avoir perdu plusieurs fois la même personne… En effet, Catherine avait cru perdre Sara tellement de fois qu’elle ne comprenait pas comment elle avait fait à chaque fois pour se relever. Entre son saut en parachute, sa confrontation avec Collins, sa pseudo mort organisée et maintenant ça…

 

Impossible, c’était impossible..

 

Comment ?… pourquoi ?…

 

Sans vraiment savoir ce qu’elle allait faire, la blonde descendit de sa voiture et traversa la rue déserte et sombre. L’obscurité latente la dissimulait des regards curieux mais laissait planer une ambiance étrange… de dissimulation… comme si elle n’aurait pas du se trouver ici, comme si elle devait se cacher… Elle ne s’arrêta qu’une fois devant la porte de l’immeuble. Un peu perdue, elle chercha quoi faire, se retournant plusieurs fois pour constater que personne n’était là tapi dans un coin à l’espionner. Tout le monde menait sa vie, dormant probablement, absolument indifférent à ce qu’elle pouvait fabriquer ici plantée et immobile. Elle se laissa rapidement hypnotiser par le nom de Sara coller sur une des boites aux lettres de l’entrée. Elle fit glisser ses doigts lentement sur le bout de plastique, caressant les quelques lettres…

 

C’était totalement ridicule mais son cœur battait la chamade rien que de voir son nom, rien que de penser à elle… mais elle n’était pas là, elle était de nouveau partie !

 

Une vague de colère submergea soudain Catherine, une colère sauvage en dehors de toute réflexion. Elle était le seule chemin pour lui éviter de devenir totalement folle dans la seconde, elle était le seul remède à la démence qui la guettait à coup sur. Il fallait qu’elle soit en colère… contre qui ? contre quoi ?… peu importait, seule la présence de ce sentiment lui permettait de garder un ancrage avec le monde réel.

 

Après avoir asséné un violent coup de poing dans la boite de Sara, elle essuya ses larmes d’un geste rageur et retourna à sa voiture. Elle démarra en trombe faisant crisser les pneus, il était urgent de s’éloigner à tout prix de cet endroit sous peine de perdre le peu de lucidité qui lui restait.

 

Elle traversa la moitié de la ville en un temps record, avant de se retrouver devant une maison familière.

 

Le soleil commençait à peine à poindre à l’horizon, amenant une lumière étrangement calme sur Vegas.

 

Sans une once d’hésitation, elle sonna à la porte à deux reprises. Elle attendit plusieurs minutes avant que la porte ne s’ouvre sur une Nancy ensommeillée et visiblement surprise.

 

-     Cath… Qu’est ce que tu fais là ? Je croyais que tu étais de repos aujourd’hui ? Demanda t-elle en la faisant entrer.

 

-     C’est le cas. Murmura Catherine.

 

Une fois à l’intérieur, elle se demanda immédiatement ce qu’elle faisait ici. Comment expliquer à Nancy toute cette histoire ? Comment ne pas craquer et s’effondrer sur place ? Elle sentit sa sœur la prendre doucement par le bras et l’entraîner vers la cuisine.

 

-     Viens, je crois qu’on a toutes les deux besoin d’un café bien rude !

 

Sa guerre contre les larmes fut une épreuve de taille en cet instant pour Catherine. Elle aurait voulu se laisser aller, que sa sœur la prenne dans ses bras et la réconforte… mais la colère était encore bien trop présente.

 

Colère contre Sara de la faire souffrir ainsi ?

 

Colère contre elle-même de ne pas être suffisamment forte pour ne pas surmonter ?

 

Colère contre le monde entier ?

 

Mais il n’était plus question de pleurer, elle avait bien trop verser de larmes ces trois derniers mois. Bien sur la souffrance était là, bien présente, cuisante, elle n’avait même jamais été aussi violente. Un poignard fiché en pleine poitrine qu’une main invisible s’évertuait à remuer encore et encore meurtrissant les chairs, empêchant toute cicatrisation. Oublier est alors totalement impossible, réussir à passer à autre chose et se reconstruire relève du doux rêve.

 

Dans le cas présent, c’était plutôt un long et interminable cauchemar que vivait Catherine.

 

La seule chose qui la sauvait et l’empêchait de sombrer était ce simple sentiment. Elle essayait de s’y raccrocher de toutes ses forces, elle ne voulait pas retomber dans la spirale de la dépression qui l’entraînait déjà depuis trois mois. Les données étaient différentes, elle savait désormais que Sara était en vie… au moins pour le moment… elle savait qu’elle allait bien même si elle ignorait toujours où elle était et les raisons de son départ.

 

Cette ignorance était devenue le fait générateur d’un sentiment flagrant d’injustice chez Catherine. Elle se sentait trahie. Trahie par Sara qui ne voulait pas lui révéler la vérité, même si c’était soit disant pour la protéger. La brune ne lui faisait elle pas assez confiance ?

 

Mais petit à petit était apparue la certitude d’avoir été trahie par une tout autre personne… par son meilleur ami… par Grissom !!

 

Catherine n’avait pas oublié qu’il avait interdit à Sara de lui raconter leurs projets, puis il avait de nouveau nié quand elle était venue lui parler après avoir reçu la carte pour le concert. Il avait clairement fait barrage à ce qu’elle soit au courant, la laissant ainsi souffrir de cette situation intenable, de la mort de Sara.

 

Elle lui en voulait pour ça… elle lui en voulait à mort… il avait fait cela sciemment, dissimulant à toute l’équipe des éléments prouvant que Sara était en vie. Il ne leur avait pas fait confiance, ne les avait pas jugé suffisamment fiable pour garder ce secret…. Même quand il avait su que Catherine se doutait de quelque chose, il avait continué son manège, même s’il ne pouvait ignorer qu’elle en souffrait terriblement…

 

-     Catherine ?

 

La blonde fut tiré de ces pensées par la voix douce de Nancy.

 

-     Hein ?

 

-     Ca va faire vingt minutes que tu fixes ta tasse de café sans y toucher comme si tu allais y trouver toutes les réponses. Tu veux me parler ?

 

-     …Oui… non…. Je ne sais pas… Murmura Catherine.

 

Nancy la dévisagea, incrédule.

 

-     Qu’est ce qui se passe ? Tu m’inquiètes ! Tu verrais ta tête, tu es livide… on dirait que tu as vu un fantôme !

 

La blonde ricana.

 

-     Tu ne crois pas si bien dire !!

 

Nancy la regarda sans rien dire pendant plusieurs secondes avant de reprendre.

 

-     Qu’est ce que tu veux dire ? Je ne comprends rien ?

 

-     Nulle part !!

 

-     Comment ça nulle part ?! Ne me baratines pas, Cath, je vois bien qu’il y a quelque chose !!

 

Catherine fixa intensément sa sœur, elle cherchait à déterminer ce qu’elle devait dire ou non. Est-ce que la vérité mettrait Sara en danger ?… Ou même elle ?

 

Ces questions étaient insolubles. Elle ne connaissait pas les conséquences réelles d’un choix ou de l’autre. Pourtant le besoin urgent d’en parler à quelqu’un n’était pas juste une envie passagère… il fallait que ça sorte !

 

-     Ok, je te le dis mais tu dois me promettre que tu ne me poseras pas de question…aucune ! Je ne pourrais d’ailleurs pas y répondre… je ne sais pas grand chose.

 

Après une courte hésitation, Nancy promis.

 

-     Ok je suis d’accord.

 

Sans attendre plus, Catherine prit une profonde inspiration et se lança.

 

-     J’ai vu Sara ce hier soir…

 

-     QUOI ?! Nancy hurla soudainement à cette annonce. Sara ? Sara Sidle ?

 

-     A ton avis, je connais combien de Sara ?!! Rétorqua Catherine acerbe. Evidemment Sara Sidle !! Je ne vois pas qui ça pourrait être d’autre !

 

-     Mais… mais, elle n’est pas … morte ?

 

Nancy bégayait légèrement au fur et à mesure où elle devint de plus en plus pâle.

 

-     Il faut croire que non !! Réfléchis Nancy, je te dis que je l’ai vu, c’est donc logiquement qu’elle n’est pas morte !

 

-     Mais… pourquoi…? comment….?

 

-     Je t’ai dit que c’était inutile de me poser des questions, j’ignore à peu prés tout ! En fait, c’est très simple, je la croyais morte mais il y a quelques semaines, elle a pris contact avec moi et m’a comme qui dirait donné rendez-vous hier soir. Elle est arrivée de nul part sans dire d’où elle venait et pourquoi elle se faisait passer pour morte. Puis elle est repartit en urgence sans m’en dire plus sauf qu’elle n’était pas sure de revenir…

 

Une fois encore Nancy interrompit sa sœur.

 

-     Je ne comprends rien ! Tu es en train de me dire qu’elle a sciemment fait croire à tout le monde qu’elle était morte mais qu’elle est malgré tout venue te voir pour s’enfuir de nouveau ?  Mais pourquoi ??

 

Incapable de se maîtriser une seconde de plus, Catherine bondit de sa chaise et se mit à faire les cent pas.

 

-     Tu m’énerves Nancy ! Je te dis que je n’ai aucune idée de ce qui se passe. Elle a disparu, je l’ai cru morte pendant des mois, j’ai souffert le martyre comme jamais je n’aurais cru que c’était possible et quand enfin j’apprends qu’elle est en vie, elle repart sans l’ombre d’une explication en me disant seulement qu’elle ne peut pas me promettre qu’elle va revenir.

 

Sa voix s’étrangla sur la fin de sa phrase au moment où les larmes se mirent à couler abondamment sur son visage et où elle se laissa tomber à genou. Les montagnes russes de son humeur avaient de nouveau eu raison d’elle et de ses résolutions… après la colère, l’abattement.

 

Son corps était secoué de violents tremblements marqués au rythme de ses sanglots incontrôlables. Si Nancy ne s’était pas précipité vers elle pour la prendre dans ses bras, Catherine aurait sûrement fini à moitié allongée sur le sol.

 

Elle s’accrocha fermement à sa sœur, se laissant aller contre elle, les larmes ne pouvant s’arrêter… elles semblaient ne jamais vouloir se tarir… elle allait pleurer Sara tout au long de sa vie !

 

Bien sur, après un long moment, les sanglots s’espacèrent, les tremblements s’atténuèrent et Catherine put se calmer, mais la douleur, elle , était toujours là, aussi cuisante qu’à la première seconde. Elle la rongeait , la dévorait… si cela ne s’arrêtait pas, il ne resterait plus rien d’elle… mais après tout peut être était ce la meilleure solution… disparaître… pour ne plus réfléchir!

 

Même calmé, Nancy ne la lâcha pas pour autant, elle préférait la tenir fermement pour ne pas prendre le risque que Catherine se sente abandonnée et n’ait une nouvelle crise.

 

Toujours serrée contre sa sœur, l’aînée reprit péniblement la parole dans un murmure.

 

-     Il faut que tu fasses quelque chose pour moi…

 

-     Tout ce que tu veux…dis moi.

 

Catherine s’extirpa difficilement des bras de sa sœur et sortit doucement de sa poche les deux morceaux de l’enveloppe contenant la lettre de Sara qu’elle avait déchiré.

 

-     Je veux que tu gardes ça pour moi.

 

-     D’accord. Lui dit immédiatement Nancy en prenant l’enveloppe que lui tendait sa sœur. Qu’est ce que c’est ?

 

-     Une lettre… c’est Sara qui me l’a laissé. Elle m’a demandé de ne la lire que s’il lui arrivait quelque chose. Bien sur tu comprends ce que cela implique ! J’ai refusé de la prendre mais elle l’a tout de même laissé en partant. Tu arrives à croire qu’elle puisse me demander une chose pareille ??

 

-     Tu l’as lu ? Interrogea Nancy doucement.

 

-     Non, je ne veux pas la lire ! Assura Catherine d’une voix incertaine. Mais j’aimerais que tu la conserves pour moi. Je ne veux pas être tentée de la lire sur un coup de tête. Je ne suis pas prête à savoir ce qu’elle contient.

 

Un silence lourd s’installa. Aucune des deux n’osait formuler ses doutes… ce qu’impliquait cette lettre était bien trop lourd de sous-entendus.

 

Après une éternité où les deux sœurs ne communiquèrent que par le regard, Nancy prit la parole.

 

-     D’accord, je te la garde. Quand tu la voudras, il suffira que tu me le dises.

 

Catherine hocha la tête et se releva un peu chancelante.

 

-     Je vais y aller… je dois absolument voir quelqu’un.

 

-     Tu es sure, tu n’as pas l’air au mieux de ta forme. Tu devrais rester pour te reposer.

 

-     Non je dois le faire maintenant !

 

Sans rien ajouter, après avoir déposé un baiser sur la joue de Nancy, Catherine se dirigea vers la porte pour mieux s’éloigner de ce qui hantait ses pensées… pour mieux s’éloigner de la lettre de Sara.

 

 

 

 

Catherine était profondément assise dans le sofa d’un des bureaux du labo. Les bras croisés, le regard fixe et concentré, elle semblait plongée dans ses pensées. Elle revivait encore et encore les évènements de ces dernières heures : du moment où Sara était apparue devant elle jusqu’à l’instant présent. 

 

Chaque détail, chaque émotion ressentie étaient gravés dans sa mémoire… de l’apparence de Sara, à ce qu’elle avait ressenti en la voyant, au désespoir d’une nouvelle séparation et au vide que cela avait laissé.

 

Se torturer encore et toujours semblait être la seule chose dont elle était capable depuis que Sara l’avait abandonné. Elle se faisait tellement de mal à y penser… mais elle ne pouvait s’empêcher de « revoir » Sara devant elle, de la « sentir » dans ses bras, de « profiter » de ses lèvres contre les siennes… mais tout ça aboutissait toujours à la même épilogue… Sara repartait en l’abandonnant sans laisser envisager un quelconque retour.

 

Soudain ses pensées furent détournées alors qu’un homme pénétrait dans le bureau. Elle le regarda passer devant elle sans rien dire, il ne l’avait pas remarqué. Il s’assit à son bureau et ouvrit un épais dossier.

 

-     Tu t’es toujours dis mon ami, non ?

 

Grissom sursauta quand il entendit la voix de Catherine.

 

-     Catherine, je ne t’avais pas vu, tu m’as fait peur ! Lui reprocha t-il calmement.

 

Elle ignora totalement ce qu’il venait de dire et se contenta de répéter sa question.

 

-     Tu t’es toujours dis mon ami, non ?

 

Grissom fronça les sourcils légèrement avant de répondre.

 

-     Oui bien sur ! Pourquoi tu me demandes ça ?

 

La blonde se leva du sofa et vient se planter juste en face de lui de l’autre côté du bureau. Elle croisa les bras sur sa poitrine d’un air déterminé. Le visage impassible, elle plongea un regard glacial dans ses yeux interrogateurs.

 

-     J’ai vu Sara hier.

 

Un silence assourdissant traversa la pièce comme un vent glacial et sec. Une surprise sincère se peignit sur le visage de Grissom avant qu’il ne retrouve le visage neutre qu’il arborait habituellement.

 

Bien que Catherine attendent visiblement une réaction de sa part, il ne dit rien et continua à la dévisager sans sourciller.

 

-     Tu as compris ce que je t’ai dit, j’ai vu Sara hier ! Répéta la blonde impatiente.

 

-     Oui, j’ai très bien compris.

 

-     Comment est ce que tu as pu me faire ça ? Comment as tu pu me laisser croire qu’elle était morte ?!

 

Grissom soupira profondément, baissa les yeux quelques secondes avant de reprendre sa position initiale.

 

-     Je t’avais dis de ne pas la chercher Catherine, tu ne te rends pas compte dans quelle situation tu la mets !

 

-     Je ne l’ai pas cherché ! Hurla la blonde. C’est elle qui est venue me trouver !

 

-     Tu plaisantes ?!! S’insurgea-t-il. Tu me dis que c’est elle qui a pris contact avec toi ? Je n’arrive pas à croire qu’elle ait fait ça, elle est folle !

 

Enfin, il avait eu une réaction, il avait prononcé cette dernière phrase presque dans un murmure de surprise à peine dissimulée. Son regard s’était perdu dans le vide et il semblait réfléchir intensément à ce qu’il venait d’apprendre de la bouche de Catherine.

 

Mais cette dernière se moquait bien de ce qu’il pouvait ressentir en cet instant, elle ne lui laissa pas le temps de s’appesantir plus sur la question.

 

-     On s’en moque … ça ne me dit pas pourquoi tu as fait ça ?! La question n’est pas de savoir qui a pris contact avec l’autre… je veux savoir pourquoi tu ne m’as rien dit !

 

-     Ne me blâme pas, Catherine ! Je n’ai pas eu le choix. C’était uniquement pour protéger Sara !

 

-     Protéger Sara ?! Parce que tu crois que je ne m’intéresse pas à son sort et que je n’aurais pas été capable de ma taire pour ne pas la mettre en danger ! Tu aurais du penser à ce que toute l’équipe à ressenti… à ce que j’ai ressenti !

 

Grissom se leva soudainement de sa chaise, contourna le bureau rapidement et alla baisser les stores de son bureau en vérifiant que personne ne traînait dans le couloir.

 

-     Calme-toi Catherine ! Je n’ai pas envie que tout le labo soit au courant !

 

Il avait lancé cet ordre sur un ton autoritaire en retournant s’asseoir à son bureau. Il allait reprendre la parole quand Catherine intervint de nouveau, sans pour autant baisser le ton comme il le lui avait réclamé.

 

-     Tu n’as pas le monopole de l’affection pour Sara ! Nous aussi on l’aime… moi aussi je l’aime. Murmura t-elle en fin de phrase.

 

Cet aveu même s’il n’était pas clairement perçu par Gil était lourd de sous-entendus pour Catherine. C’était la première fois qu’elle l’admettait devant lui qui était toujours selon elle amoureux de Sara.

 

-     J’étais loin de m’imaginer que tu te sentais concernée par tout ça !

 

Cette simple constatation sortie sans y réfléchir électrisa instantanément Catherine.

 

-     Tu te moques de moi ?!! Cria t-elle hors d’elle. Pas concernée ?!! Quand tu m’as vu au plus bas pendant trois mois, je n’avais pas l’air concerné ? Quand je suis venue te demander des explications, il y a un mois, je n’avais pas l’air concerné ? Tu as vu seulement ce que tu voulais voir… jamais tu n’aurais pu croire que quelqu’un d’autre que toi puisses aimer Sara ! Et bien tu te trompes Gil… tu te trompes !!

 

-     Mais qu’est ce que tu me racontes ? Je n’ai jamais pensé que vous ne pouviez pas aimer Sara… tu dis n’importe quoi !

 

-     Je ne te parle pas des autres, je te parle de moi…simplement de moi !!

 

-     Justement toi ! Je n’ai jamais eu l’impression que tu sois proche de Sara.

 

-     Je n’ai pas envie de disserter avec toi sur la façon dont je pouvais m’entendre avec Sara ! Tu aurais du me le dire, c’est tout ! Je sais qu’elle voulait me le dire et tu l’en as empêché ! Je me sens trahie, tu comprends, tu m’as menti… tu m’as laissé souffrir, jamais je ne pourrais te le pardonner !

 

Soudain Grissom changea d’attitude et sembla se redresser.

 

-     Tu as l’air de penser que j’ai eu le choix ! Et bien non !

 

-     Quel risque tu aurais pris à me mettre au courant ? Hein ? … Tu me connais, tu sais que tu peux me faire confiance, je sais me taire quand c’est nécessaire… alors qu’est ce qui t’en a empêché, si ce n’est de vouloir garder l’info exclusivement pour toi ? C’est quoi  ton problème, tu avais l’impression qu’elle t’appartenait comme ça ?

 

-     Ca suffit, Catherine! Tu délires complètement là ! Si j’ai pensé à quelque chose, c’était seulement à sa sécurité et à rien d’autre !

 

-     Sa sécurité ?!! Mais qu’est ce qu’elle fabrique, bon sang ! Qu’est ce qu’elle fait qui la met en danger comme ça ? Dis-le moi ! Catherine le questionna cette fois d’une voix inquiète.

 

-     Elle ne te l’a pas dit ?

 

-     Non elle a refusé. Elle dit que ça me mettrait en danger Moi !

 

-     Ecoute, je sais que ça ne va pas te plaire mais je vais respecter le choix de Sara. Si elle ne te l’a pas dit c’est qu’elle a ses raisons, je m’y plie !

 

Catherine soupira.

 

-     Pourquoi est ce que ça ne me surprend pas que tu dises ça ! Ironisa t-elle, amère. Même ça, tu ne le partageras pas, alors que je sais qu’elle est en vie !

 

-     Ne mélange pas tout… et puis à quoi ça t’avancerait de savoir tout ça si ce n’est à te faire encore plus de souci que tu ne t’en fais déjà ?

 

-     Parce que tu crois que de ne rien savoir et de s’imaginer tout et n’importe quoi c’est rassurant peut être ?

 

-     Non je sais. Reconnu t-il sans hésiter.

 

-     J’imagine bien que quelque que soit l’endroit où elle se trouve, il s’agit d’un choix de sa part et qu’on ne l’a pas obligé… mais pourquoi tu ne l’as pas empêché de faire ça ? Pourquoi tu n’as pas essayé de la retenir ?… Tu as bien vu comment elle se conduisait avant sa pseudo mort, elle cherchait à tout prix les sensations, à faire des trucs de plus en plus dangereux. Même si je ne sais pas où elle est, vu le contexte je me doute que ce n’est pas une promenade de santé ! Pourquoi l’avoir laissé partir tout en sachant qu’elle n’arrive plus à déterminer ce qui est dangereux de ce qui ne l’est pas !!

 

Grissom ricana légèrement en secouant la tête.

 

-     Si tu crois que je n’ai pas essayé, c’est vraiment que tu as une bien piètre opinion de moi, Catherine ! Bien sur que j’ai essayé de la convaincre de ne pas se lancer là dedans, mais si tu penses que j’ai une quelconque influence sur elle c’est que tu la connais vraiment mal. Tu connais son caractère, quand elle a décidé quelque chose, rien ne peut la faire changer d’avis et encore moins moi ! Le plus étrange c’est que j’ai même eu l’impression qu’elle était pressée de partir, comme si elle devait fuir quelque chose…

 

Catherine se laissa brusquement tomber sur la chaise située juste derrière elle. Ses jambes ne la soutenaient plus. Ce que venait de dire Gil pénétra lentement son cerveau.

 

Sara était pressée de partir… elle voulait fuir quelque chose… Qu’est ce que c’était ? Est-ce que c’était elle ? Est-ce que la situation qui s’était installée entre elles lui était devenue trop pesante pour qu’elle reste ?

 

D’un seul coup, elle se sentit fatiguée, vidée, comme si la tension de ces dernières heures était tombée et la laissait pantelante, à bout de nerfs et au bord des larmes.

 

Elle n’avait pas dormi depuis plus de 24 heures et n’avait rien avalé depuis la veille au soir. L’épuisement masqué jusqu’à présent par l’état nerf dans lequel elle se trouvait, prenait désormais toute son ampleur.

 

Ses yeux perdus dans le vague rencontrèrent ceux de Grissom. Toute l’inquiétude qu’il pouvait ressentir pour  Sara était flagrante, mais Catherine n’arrivait pas à compatir. Elle lui en voulait trop ! Quand elle le regardait, elle ne ressentait que de la rancœur envers lui, elle voyait Sara partir encore, comme si elle était morte une seconde fois.

 

-     Qu’est ce qui s’est passé ? Tenta t-il hésitant.

 

Elle ne répondit pas, se contentant de le fixer sans sourciller.

 

-     Catherine, qu’est ce qui s’est passé ? Comment va t-elle ? Insista t-il.

 

-     Elle a reçu un appel téléphonique et est repartie.

 

-     Ce n’est pas ce que je te demande ! Comment allait–elle, qu’est ce qu’elle t’a raconté ?

 

L’impatience dans sa voix détonnait avec son caractère habituellement si calme et si blasé.

 

Catherine se leva lentement. De toute évidence, elle n’était pas décidée à lui donner les réponses qu’il attendait avec angoisse. A son tour de savoir ce que cela faisait de ne pas savoir, de souffrir de l’ignorance.

 

-     … qu’elle ne savait pas si elle reviendrait… en vie !

 

Grissom recula d’un pas sous le choc de ces mots. Catherine n’aurait su dire si de le voir lui aussi atteint lui fit mal ou lui donna une petite once de vengeance sur le silence qu’il gardait depuis des mois. Elle était tellement assommée par ces deux derniers jours, qu’elle ne savait plus ce qu’elle pensait ou ressentait.

 

Elle réalisa que ce qui était en train de se passer ne l’aiderait absolument pas à aller mieux et a accepté de nouveau le départ de Sara. Bien au contraire, elle avait juste réussi à inquiéter un peu plus Gil qu’il ne l’était déjà.

 

Aussi déprimée qu’elle l’était en rentrant dans ce bureau, Catherine fit demi-tour et se dirigea vers la porte. Arrivée dans l’entrebâillement, elle s’arrêta et sans se retourner pour lui faire face, elle ajouta d’une voix éteinte.

 

-     Elle avait l’air d’aller bien.

 

Elle sortit alors définitivement sans attendre de réponse ou sans chercher à savoir si cette nouvelle avait rassuré son collègue.

 

Après un rapide passage par les vestiaires, rentrer chez elle était la seule chose qui lui restait à faire. Réfléchir plus à ce qui venait de se passer ne servait à rien. Elle aurait beau retourner le problème dans tous les sens, il était indéniable que la solution se refuserait à elle.

 

 

 

 

Sara :

 

‘Mais qu’est ce qui m’a pris d’accepter de faire ça ? Je suis devenue dingue !! Je pourrais être tranquillement chez moi, mais non… Sara Sidle ne peut pas rester calme… j’en reviens pas ce que je peux être bête parfois !! cCest désespérant.’

 

La peur faisait son œuvre, Sara transpirait littéralement la trouille. Une grosse goutte de sueur coula de sa tempe jusque dans son cou. Un voile humide recouvrait son front. Du revers de la main, elle s’essuya rapidement pour ne pas être gênée dans ce qu’elle faisait.

 

La pièce où elle se trouvait était sombre, sans fenêtre, quasiment vide, avec pour seul mobilier une chaise et une lampe posée sur une table en bois. L’ambiance y était singulière et la vague lumière diffusée qui n’éclairait correctement que le centre de la table, laissait se développer dans toute la pièce une obscurité angoissante. La fumée accumulée au plafond rajoutait une touche surréaliste à ce tableau. On aurait presque pu croire que des individus cachés  étaient susceptibles de sortir des coins sombres de ce réduit à peine plus grand qu’un placard à balai. Des personnes prêtes à s’en prendre à Sara… une Sara totalement absorbée par qu’elle faisait.

 

La brune se redressa soudain pour détendre son dos douloureux et écrasa sa cigarette dans un cendrier débordant de mégot en poussant un long soupir. Assise dans l’unique chaise de la pièce, elle se remit au travail aussitôt. Elle était tellement penchée en avant qu’elle donnait l’impression d’avoir le nez collé sur la table.

 

Un fer à souder dans une main, un fil de laiton dans l’autre, elle soudait de minuscules composants électroniques sur un circuit imprimé pas plus grand qu’une carte de crédit. Une volute de fumée s’échappa lorsque le fil rencontra l’extrémité rougeoyante du fer à souder. La brune était tellement prêt que ses yeux la piquèrent immédiatement. S’adossant au fond de sa chaise, elle pencha la tête en arrière en fermant violemment les paupières et en attendant que la douleur passe. Ses pensées s’égarèrent quelques instants.

 

Soudainement, la porte s’ouvrit, la faisant sursauter.

 

-     Sara ? Est-ce que tu as vu l…

 

-     Will !!! T’es dingue ou quoi ?!! Je t’ai déjà dit cent fois de ne pas me déranger quand je suis ici ! Et surtout, tu ne rentres pas comme ça sans prévenir… tu as envie d’y passer ?? Hurla t-elle en réaction.

 

Le jeune homme baissa la tête, vexée de se faire rabrouer de la sorte.

 

Quand elle le vit avec cette moue sur le visage, Sara retint le sourire qu’elle sentit poindre sur ses lèvres. Par de nombreux côtés, William lui rappelait Greg…son côté espiègle, sa coupe de cheveux improbable, et son air boudeur comme en ce moment.

 

Son esprit vagabonda alors aussitôt vers le labo. Ils lui manquaient tous : Nick, Warrick, Greg, Grissom… sa famille… mais surtout Catherine…

 

Catherine qu’elle avait abandonné la veille. A la seule pensée de la blonde, son cœur s’emballa…. Le souvenir du concert l’envahit brusquement, la transportant de nouveau vers Vegas et vers tout ce qui était important pour elle… vers tout ce qui comptait dans sa vie et qu’elle n’aurait jamais du quitter.

 

Il avait fallu qu’elle parte pour finalement réaliser que la vie qu’elle avait lui convenait très bien. Des amis présents et aimants, un travail excitant et épanouissant… sciemment, elle mit de côté l’aspect Catherine de ce tableau, mais elle ne se leurrait pas sur le fait que c’était finalement sa collègue qui lui manquait le plus… Catherine… Cath.. qu’elle ne reverrait peut être jamais.

 

C’est tout de même paradoxal !! Parfois, c’est quand vous êtes persuadée d’avoir perdu définitivement quelque chose ou quelqu’un, que vous prenez conscience combien elle était importante et précieuse à vos yeux ! Sara désirait plus que tout se tromper sur cette certitude que jamais elle ne reverrait la femme qu’elle aimait plus que tout au monde !! Elle désirait… elle priait pour qu’on lui accorde une seconde chance. Cette fois, elle ne la laisserait pas passer…

 

-     Sara ?…

 

-     Hum… oui… qu’est ce que tu veux ? Reprit-elle toujours un peu irritée par cette intrusion.

 

-     Je voulais juste savoir si tu savais où le chef a rangé les uniformes et les armes… répondit-il incertain.

 

-     Tu plaisantes ?! Tu viens me prendre la tête pour ça ! Trouve quelqu’un d’autre à déranger avec des détails aussi débiles et ne vient plus me saouler avec ça, c’est compris ?

 

Le ton de la brune était cassant et brutal. Agressé, le jeune homme se redressa presque au garde à vous.

 

-     Très bien… je m’en vais… excuse-moi de t’avoir dérangé…

 

-     Allez, file !!

 

Une fois la porte close, Sara soupira d’exaspération. Elle avait les nerfs à fleur de peau. Quoi de plus normal quand on est quasiment assis sur 200 kilos d’explosifs ?!!

 

Elle jeta rapidement un regard sur les pains de plastiques artisanaux posés sur un coin de la table. Le doute qui était apparue en elle depuis deux jours grandissait à vue d’œil. Jamais elle n’arriverait à faire ça toute seule, jamais elle ne pourrait aller au but… c’était quasiment certain, elle allait y passer.

 

C’était tout de même fou d’être aussi fière et de s’imaginer qu’à elle seule, elle pourrait délier le sac de nœud dans lequel on l’avait jeté ! Elle n’aurait pas du accepter ! Il faut dire qu’ils avaient bien su la convaincre, maniant avec dextérité la flatterie, baume à son ego, et l’art de lui faire croire que par pur sens du devoir, elle n’avait d’autre choix que de se lancer dans cette mission suicidaire…. même si à coup sur, elle devait faire souffrir les gens qu’elle aimait  et si elle prenait, elle-même le risque d’y passer !

 

-     Réfléchir… tu dois apprendre à réfléchir, ma grande !! Murmura t-elle pour elle-même en se frappant violemment le front du plat de la main.

 

Durant de longues minutes, elle resta adossée fermement contre le dossier de sa chaise, la tête en arrière, les yeux fermés. Elle essayait de respirer profondément pour calmer ne serait ce qu’un peu le tumulte qui faisait rage en elle.

 

Après un moment, elle s’essuya de nouveau le front, comme si par ce geste, elle avait réussi à effacer ses idées noires. Elle se remit au travail…. Il lui restait encore du temps… juste un peu de temps… elle devait l’utiliser à bon escient…elle ne devait pas penser à tout ce qu’elle aurait du faire ou ne pas faire ! Il était déjà bien trop tard pour cela. La seule chose qu’il lui restait à faire était de mener à bien cette mission, ne pas se faire tuer et éviter au possible que d’autres personnes soient tuées !

 

Elle avait bien fait de ne rien lui promettre finalement !...

 

 

 

 

Catherine :

 

-          Maman… Maman… lève toi, tu vas être en retard!!

 

Lyndsey se répéta pour la troisième fois, de plus en plus irritée par l’absence de réaction de sa mère.

 

D’un geste sec, elle tira la couette au pied du lit, découvrant totalement Catherine. Elle était habillée des pieds à la tête et n’avait même pas pris le temps de passer un pyjama avant de se coucher. Lyndsey fronça les sourcils en voyant cela mais ne perdit rien de sa détermination à faire enfin émerger sa mère. Celle-ci n’eut absolument aucune réaction. Un cataclysme aurait pu survenir, ici, en plein milieu de sa chambre qu’elle n’aurait probablement pas levé une paupière pour savoir ce qu’il se passait.

 

-          Maman!!!… mais c’est pas vrai!! C’est toi l’adulte, c’est toi qui devrait venir me sortir du lit quand je ne veux pas me lever et pas le contraire ! Maman!!

 

A bout de ressources, la jeune fille se pencha sur sa mère, amena sa bouche tout prés de l’oreille de la blonde et se mit à hurler aussi fort qu’elle le put.

 

-          MAMAN!!! DEBOUT!!!

 

Catherine grogna légèrement et se retourna lamentablement de l’autre côté du lit.

 

-          Encore cinq minutes, ma chérie… cinq petites minutes…

 

Aussitôt ces quelques mots prononcés, elle se rendormit profondément, ronflant même légèrement.

 

-          ARGHH!!

 

Lyndsey poussa un long cri de frustration. D’un pas décidé, elle se rendit dans la salle de bain, remplit un verre d’eau et revint prés du lit de Catherine. Après une seconde d’hésitation, elle regarda sa mère d’un œil désolé et lui versa l’eau glacée directement sur son visage.

 

D’un bon, la blonde sortit de son lit en criant.

 

-          LYNDSEY!!! Mais qu’est-ce que tu fais?? Tu es folle ou quoi ?!

 

-          Qu’est-ce que je fais ?? Qu’est-ce que je fais ?? Mais ça fait des plombes que j’essaye de te réveiller!! Hurla la jeune fille. Tu dormais aussi profondément qu’un mort!!

 

-          Et alors?? J’ai quand même le droit de dormir non?? Se plaignit Catherine en se recouchant.

 

-          Mais tu as vu l’heure qu’il est?

 

-          Quoi, quelle heure ? J’ai le temps!! Laisse-moi tranquille! Râla t-elle.

 

Lyndsey soupira bruyamment et se dirigea vers la porte d’un pas rageur.

 

-          Bien sur que non, tu n’as pas le temps ! Tu commence dans une heure!!

 

Elle sortit définitivement de la pièce, bien décidée à laisser sa mère assumer son choix. Après tout, elle avait fait son possible et n’y pouvait plus grand-chose.

 

Catherine, allongée dans son lit, ne sembla même pas remarquer que sa fille était partie. Elle paraissait de nouveau s’être rendormie aussi profondément que si ce petit incident n’était jamais arrivé.

 

Puis après quelques minutes, comme si l’effet du verre glacé se matérialisait à retardement, elle s’assit brusquement dans son lit.

 

-          UNE HEURE ??

 

Elle se retourna sur le côté du lit et s’empara de son réveil pour constater l’étendue de la catastrophe qui lui pendait au nez. Il était 19 heures.

 

-          Et merde!! Une heure!!

 

Elle se leva à toute vitesse mais fut pris d’un violent vertige qui l’obligea à se rassoir aussitôt sur son lit. La tête lui tournait, une violente nausée la submergea alors qu’une migraine faisait son apparition à vitesse grand V. Les quelques heures précédentes lui revinrent alors immédiatement en tête.

 

Lorsqu’elle était rentrée du labo, elle avait tourné en rond dans la maison ne sachant pas quoi faire. Elle avait bien essayé de dormir mais le sommeil s’était refusé à elle. Par dépit, elle s’était relevée boire un verre pensant qu’un peut d’alcool l’aiderait à ne plus penser et à plonger dans un sommeil sans rêve, sans réflexion morbide.

 

Mais un verre en entraînant un autre, elle avait descendu la quasi-totalité de la bouteille de tequila… elle s’était littéralement saoulée à mort !! Ainsi pour quelques heures, elle avait pu oublier… oublier qu’elle avait perdu Sara, oublier qu’elle lui manquait… oublier qu’elle était seule, désespérément seule…

 

Elle était tombée dans un sommeil alcoolisé, assommée par tout ce qu’elle avait absorbé.

 

Mais maintenant qu’elle devait de nouveau faire face à la réalité, rien n’avait changé. La seule chose qu’elle avait gagné, c’était cette migraine insupportable qu’elle allait sûrement devoir supporter toute la journée.

 

Se prenant la tête entre les mains, elle se mit à gémir de douleur.

 

-          Qu’on me tue... Pitié, qu’on me tue!!

 

Comme personne ne répondait à sa supplique, elle se leva, mais cette fois plus lentement pour ne pas se laisser submerger de nouveau par la nausée et se dirigea lentement vers la salle de bain.

 

En soupirant, elle osa à peine jeter un coup d’œil à son reflet dans la glace, ça ne devait pas être très beau à voir. Si Sara la voyait dans cet état…Sara…

 

-          Arrête de tout le temps penser à elle!! Regarde où ça t’a mené: une dépressive doublée d’une alcoolo !! Tu parles d’un tableau !! Tu es pathétique ma pauvre!!… Allez bouge toi… tu vas être en retard !!

 

Sur ces doux compliments, elle se glissa sous le jet bouillant de la douche priant silencieusement que cela fasse disparaître les trompettes qui résonnaient dans sa tête.

 

 

 

 

Sara:

 

Sara donna plusieurs coups de poings violent contre une porte décrépite avant de se mettre à hurler.

 

-          Will !! Sors d’ici tout de suite… Will…

 

Elle recommença à cogner de plus belle sur la porte.

 

-          Dépêche toi, il est presque dix neuf heures et on a de la route à faire !!… Je te préviens, si tu n’es pas sorti dans trente secondes, on part sans toi !!

 

La porte s’ouvrit alors brusquement sur le jeune homme revêtu d’une tenue de livreur. Il sourit gentiment à Sara.

 

-          T’énerve pas, je suis prêt… je finissais juste de m’habiller ! Et puis Vegas sera toujours là dans deux heures !!

 

-          Fais pas le malin ! Tu sais comment est Duncan. Soupira t-elle. Si tout n’est pas au millimètre comme il l’a prévu, on va avoir des problèmes… et on est bien trop prêt du but pour que j’ai envie qu’il nous enguirlande !

 

-          Ok, Ok… mais détresse un peu ! Ca fait des mois qu’on se prépare pour ce jour alors essaie d’être un peu zen !

 

-          C’est justement parce que j’y ai mis des mois de ma vie que je veux que tout se passe normalement ! S’énerva la brune en se rapprochant du jeune homme avec un air menaçant sur le visage. J’ai pas envie qu’on se fasse arrêter par les flics parce qu’on devra rouler comme  des malades pour être dans les temps sous prétexte que monsieur ne sait pas se presser un peu !

 

-          Ca va j’ai compris !! Puisque je te dis que je suis prêt ! Se défendit Will penaud.

 

-          Très bien ! Alors va vérifier que tout est bien dans le camion. Ordonna Sara. Je dois parler à Duncan avant qu’on y aille.

 

Sans rien ajouter, le jeune homme s’éloigna rapidement. Avant qu’il ne soit trop loin, Sara l’interpella.

 

-          Et Will !! Ne touche pas au chargement… sous aucun prétexte !

 

Une fois que le jeune homme eut acquiescé, elle se retourna pour prendre la direction opposée. Elle marchait d’un pas vif, sentant déjà l’adrénaline parcourir tout son corps. Un mauvais pressentiment l’habitait depuis le matin, elle n’avait pas les informations dont elle avait cruellement besoin et la situation devenait de plus en plus dangereuse.

 

Arrivée devant un bureau, elle s’arrêta quelques secondes pour prendre une profonde inspiration et frappa d’un geste sur avant d’y rentrer.

 

-          Duncan, on est prêt.

 

Un homme d’une cinquantaine d’années, brun et musclé, assis derrière un bureau leva les yeux vers elle. Comme à chaque fois qu’il posait son regard sur elle, elle fut frappée par le vide qui habitait son regard noir et comme à chaque fois, cette constatation la terrifiait. Il irait jusqu’au bout et rien ne l’arrêterait…

 

-          Très bien. Tu es sure de tout avoir bien vérifier.

 

-          Oui, tout, tu peux me faire confiance.

 

Il ricana légèrement à ce qu’elle venait de dire.

 

-          Ne prends pas mal ce que je vais dire, Sara, mais c’est justement parce que je ne fais confiance à personne que je suis là aujourd’hui !! Et ce n’est pas toi qui changeras les choses… même si tu as fait du très bon travail ! D’ailleurs, je tiens à te remercier. Tout ça n’aurait pas été possible sans tes ‘talents’… si aujourd’hui, on va enfin pouvoir accomplir notre mission, c’est en grosse partie grâce à toi !

 

Sara se força à sourire d’un air fier. Il fallait qu’il croit qu’elle était heureuse d’avoir ses félicitations, qu’elle était heureuse d’avoir fait tout ça… mais au fond d’elle même, elle avait envie de lui hurler au visage qu’il n’était qu’un pourri. Elle devait lutter contre une furieuse envie de sortir son arme et de lui coller une balle entre les deux yeux.

 

Fière !! Tu parles !! Elle avait plutôt envie de vomir quand elle pensait à la part de responsabilité qu’elle avait dans toute cette opération… et surtout à cause de ce qui arriverait peut être si tout continuait sur cette lancée.

 

Elle serra des dents fortement et fit son possible pour que sa haine ne se devine pas dans sa voix.

 

-          Bon alors où est ce qu’on va ?

 

-          A Vegas. Ricana le grand brun.

 

-          Ca je le sais déjà. Rétorqua la brune. Mais où à Vegas ?

 

-          Tu le sauras bien assez tôt !!

 

-          Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux toujours pas me le dire. Je veux dire ça y est, on y va… ça ne changera rien que tu me le dises. S’énerva t-elle.

 

-          Justement ça ne changera rien, donc tu n’as pas besoin de le savoir.

 

Son ton était sans appel, elle ne saurait pas. La panique s’insinua en elle au fur et à mesure qu’elle comprenait que jamais elle n’arriverait à obtenir cette information de lui. Comment allait-elle faire si elle ne pouvait connaître la destination de leur périple ? Elle ne pouvait pas laisser tout ça arriver vraiment… elle ne pouvait pas laisser ce malade mettre son plan à exécution. 

 

Elle devait le tuer !! Elle n’avait pas d’autre choix que celui là.. tant pis pour la mission ! Elle aurait échoué à obtenir ce pourquoi elle avait sacrifié trois mois de sa vie, mais au moins personne n’airait été blessé ou tué… mis à part ce taré qui ne méritait sûrement pas de vivre !!

 

Alors qu’il s’était penché pour chercher quelque chose dans un des tiroirs de son bureau, elle glissa sa main dans son dos pour se saisir de son arme glissée entre son dos et son pantalon. Lorsque ses doigts se refermèrent sur la crosse du pistolet, elle eut la certitude qu’elle n’avait pas d’autres choix que d’agir ainsi. Elle devait le tuer, elle le devait pour sauver des centaines de vie !

 

‘Tue-le !! … Sara, va-y, tue-le…’

 

Elle savait qu’elle devait le faire, mais sa main restait bloquée dans son dos, elle n’arrivait pas à faire le simple geste de pointer son arme vers lui et d’appuyer sur la gâchette.

 

‘Tue-le… mais TUE- LE, bon sang !!’

 

Cette voix qui résonnait en elle avait totalement raison, elle n’avait pas d’autre issue que de l’envoyer ad patres. Mais elle n’y arrivait pas… ce n'était pas possible elle n’y arrivait pas !! Elle avait beau savoir que si elle le laissait faire beaucoup de monde allait en pâtir, qu’il était le dernier des salauds, mais pour autant elle n’arrivait pas à prendre le contrôle de son corps qui restait définitivement immobile.

 

Elle n’avait jamais tué personne et l’éventualité d’avoir à le faire là tout de suite la paralysait… même s’il s’agissait de cet homme qu’elle détestait plus que tout au monde.

 

Qu’allait-elle faire si elle n’arrivait pas à l’éliminer, tout de suite, comment empêcher tout ça ?

 

La voix du grand brun toujours occupé à farfouiller dans son bureau la sortit de son dilemme.

 

-          Tiens au fait, le Boss nous rejoint. Il veut assister au feu d’artifice.

 

Sara retint sa respiration sous la surprise de ce que venait de lui annoncer. Elle n’y croyait plus… enfin elle allait pouvoir identifier le responsable de tout ça.

 

Le Boss, ce personnage mystérieux que personne n’avait jamais vu mais dont tout le monde parlait avec admiration comme s’il le connaissait. Il dirigeait cette opération dans l’ombre, la finançant, la surveillant et distillant ordres et directives par le biais de Duncan. Il semblait tout savoir et n’ignorait absolument rien de ce qui se passait au jour le jour dans cette maison éloignée de tout.

 

Enfin, il allait faire une apparition en plein jour, se découvrant pour la toute première fois depuis que Sara avait rejoint l’équipe.

 

Son esprit se mit alors à fonctionner à toute vitesse. Si depuis déjà plusieurs semaines, elle avait abandonné l’idée de pouvoir remplir cet aspect là de sa mission, il lui restait tout de même à découvrir l’objectif de celle ci. Il y a encore quelques secondes, elle pensait que là aussi son échec était royal et elle s’apprêtait- ou pas – à mettre fin a tout ça. Mais avec cette nouvelle information, la donne était différente. Si elle arrivait à savoir qui se cachait derrière toute cette opération, il ne pourrait plus recommencer à la première occasion qui se présenterait et elle n’aurait pas perdu trois mois de sa vie pour rien.

 

La solution n’était pas dure à trouver, elle devait savoir… elle devait apprendre qui était ‘le Boss’. C’était ça l’enjeu de sa mission, c’était pour cette seule et unique raison qu’elle s’était lancée dans ce bourbier.

 

Comme si elle avait déjà pris sa décision sa main relâcha la crosse de son arme et vint se placer le long de son corps. Le reste attendrait… mais maintenant, une chose était sure, il allait falloir la jouer serré pour que tout ne lui explose pas en pleine tête… et pas seulement au sens figuré du sens.

 

Comment allait-elle bien pouvoir s’y prendre pour alpaguer cet homme et pour empêcher Duncan d’arriver à mettre le plan à exécution alors qu’elle ne connaissait toujours pas leur destination ??

 

-          Ok, j’ai hâte de le rencontrer ! Il arrive quand ?

 

La question était hésitante ; mais Duncan ne sembla pas s’en rendre compte. Quand il lui fit face de nouveau, un sourire impatient se lisait sur son visage.

 

-          Il nous rejoint sur place… à Vegas.

 

-          Pas avant ? Pourquoi ?

 

-          Paranoïa ! Ricana le brun. Il est persuadé que les fédéraux le surveillent et cherchent par tout moyen à infiltrer l’opération, il ne viendra qu’au dernier moment !

 

Sara se contracta. Encore un mauvais point, ça se compliquait de minute en minute. Si le grand manitou arrivait au dernier moment, les risques de complication grandissaient de façon exponentielle. Elle avait du mal à se résoudre à laisser le chargement quitter ce trou perdu et se retrouver en plein milieu de la ville.

 

-          Tu sais, je l’admire. Reprit Duncan d’une voix pensive. Si tous nous pensons comme lui, lui seul à eux le courage de mener cette opération, lui seul à le courage de tout mettre en pratique pour défendre ses opinions. Je sais en plus qu’il a d’autres opérations en cours pour dans quelques semaines. Nous ne sommes pas les seuls Sara… mais nous serons les premiers !! Les premiers !! Répéta t-il d’une voix forte empreinte de fierté.

 

Pour la brune, ça ne signifiait plus qu’une chose, elle n’avait plus d’autre choix que d’attendre l’arrivée du Boss. S’il prévoyait d’autres coups de ce genre, il fallait absolument l’arrêter pour savoir de quoi il s’agissait.

 

Soupirant de dépit, elle dut se concentrer pour ne pas laisser paraître toutes ces interrogations et la haine qui la dévorait en cet instant.

 

-          C’est quoi cette histoire de fédéraux ? Se risqua t-elle alors à lui demander. On est surveillé ?

 

-          Oh oui !! Ca ne m’étonnerait pas ! Ricana t-il en retour. Mais de là à se faire infiltrer, je n’irais pas jusque là. Le Boss est tellement paranoïaque que je ne vois pas comment il aurait pu laisser passer quoi que ce soit.

 

‘Ah oui, tu ne vois pas, idiot ! Et bien regarde-moi bien !’ Sara ne put s’empêcher de jubiler intérieurement alors qu’il poursuivait son monologue.

 

-          Quand toi tu es arrivée, tu ne peux même pas imaginer toutes les recherches qu’il a fait faire sur toi. Toute ta vie a été passé au peigne fin ! Et crois-moi, s’il avait détecté ne serait ce qu’un truc un peu louche, tu ne serais pas là en train de me parler.

 

Il sourit d’un air sarcastique.

 

‘Mais quel crétin !!’

 

Au-delà de la satisfaction de ne pas avoir été grillée, elle ressentit tout de même un profond soulagement… peut être qu’en fait, elle pourrait enrayer tout ça.

 

-          Enfin bref, rien ne peut passer avec lui. C’est pour ça que je suis le seul à connaître l’objectif. Tu vas me dire, on s’en fiche… seule le message compte ! 

 

-          Oui le message… Répéta Sara d’un ton aussi convaincue qu’il lui était possible de fournir en cet instant.

 

-          Bon on va y aller. Enchaîna t-il soudainement. Mais d’abord, je veux que tu récupères les portables, pager ou bip de toute l’équipe… y compris le tien et tu me ramènes tout ça dans cinq minutes. Tu fouilles tout le monde si nécessaire ! Le Boss ne veut aucun moyen de communication à partir du moment où on part d’ici.

 

Sara se figea... Se séparer de son portable ?? Son unique moyen de prévenir quelqu’un si les choses se mettaient à tourner de travers ?!! Ben voyons !! Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées comme ça, il fallait en plus que cela devienne impossible !! Mais ouiii… sinon ça ne serait vraiment pas drôle !!

 

-          Bien chef ! Je te ramène ça tout de suite.

 

Elle sortit alors d’un pas rapide de la pièce sous le regard satisfait du grand brun.

 

Sans hésiter une seule seconde, elle s’engouffra dans un long couloir sombre avant d’arriver enfin à la salle de bain où elle s’enferma à double tour. Elle tourna à fond les robinets du lavabo pour faire un maximum de bruit. N’importe qui pouvait passer devant la porte ou au besoin vouloir rentrer dans la pièce… faire semblant d’être occupée lui donnerait une bonne excuse pour faire patienter tout intrus.

 

Rapidement, elle sortit son portable de la poche de son uniforme et le fixa pendant de longues secondes.

 

Téléphoner maintenant était bien trop risqué, on pourrait l’entendre même avec le bruit de l’eau. Elle se voyait mal à avoir à se justifier sur un coup de fil à un moment pareil. Elle décida donc d’envoyer un simple SMS pour faire connaître à qui de droit l’avancement de l’affaire. Après avoir réfléchi, elle tapa furieusement pendant de longues minutes sur le clavier, essayant d’être le plus explicite possible.

 

« Opération lancée pour 20H/21H. Dernier contact. Plus moyen de communiquer après. Pars maintenant sur Vegas. Connais toujours pas l’objectif. Suivez-nous. La cible nous rejoint sur place. Attention, le matériel est prêt à servir. Tous les hommes sont armés et prêt à se sacrifier. Ne préciserait pas que je veux m’en sortir, alors gaffe. »

 

Après avoir relu une dernière fois son message, Sara l’envoya et l’effaça aussitôt de son téléphone pour ne pas laisser de traces de cet envoi.

 

Alors qu’elle aurait du sortir de cette maudite salle de bain et aller faire ce que Duncan lui avait demandé, elle hésita. Elle ne savait pas comment tout cela allait se terminer et l’éventualité de sa mort lui faisait penser à tout ce qu’elle risquait de perdre définitivement.

 

Comme lorsqu’elle avait eu ce pistolet sur la tempe, elle pensait surtout à une personne en particulier…. Catherine.

 

Catherine qui l’attendait à Vegas. Vegas où elle retournait pour peut être y mourir.

 

Quelle vie merdique !!

 

Sans plus réfléchir à ce qu’elle faisait, elle recommença à pianoter sur le clavier de son téléphone.

 

« Tu me manques… je reviens bientôt… »

 

Mais alors qu’elle s’apprêtait à envoyer ce message, elle se ravisa. Elle ne pouvait avancer quelque chose dont elle n’était pas sur. Elle ne pouvait pas la laisser espérer alors qu’elle l’avait déjà tant fait souffrir…

 

Appuyant rageusement sur la touche effacer, elle supprima la seconde phrase de son message pour ne conserver que cette simple affirmation qui pour elle voulait tout dire.

 

«  Tu me manques… »

 

Avant d’encore changer d’avis, elle s’empressa d’envoyer le message à Catherine et d’éteindre son portable.

 

Chassant toute idée noire de son esprit, elle sortit de la pièce et se concentra sur ce qu’il lui restait à faire désormais. Elle ne savait pas bien où tout ça allait la mener, mais une chose était certaine, elle y allait…

 

 

 

 

Catherine :

 

 

Catherine se laissa lourdement tomber dans un des fauteuils de la salle de pause tentant de récupérer son souffle.

 

La conversation enjouée des garçons s’interrompit immédiatement. Warrick, Nick et Greg posèrent tous les trois leurs regards sur elle.

 

-          Vous avez failli être en retard, chef ! Ricana Greg gentiment.

 

La blonde lui lança un regard tellement noir qu’il se recroquevilla immédiatement sur sa chaise.

 

-          Quelqu’un s’est levé du mauvais pied ce matin, on dirait ! Constata simplement Nick en ne quittant pas Catherine des yeux.

 

Cette dernière se sentit pâlir sous le regard insistant du texan. Elle n’avait pas oublié que lui seul savait ce qu’elle ressentait pour Sara, lui seul savait ce qu’elle avait souffert ces trois derniers mois. L’air de rien, il avait plus particulièrement veillé sur elle pendant cette période. Il n’avait jamais évoqué l’aveu de Catherine, il se contentait juste d’être présent pour elle. La plupart du temps silencieux, juste au cas où elle aurait besoin de parler à quelqu’un ou bien de défouler sa peine sur un punching-ball solide. A de nombreuses reprises, elle avait surpris son regard inquiet sur elle… comme en ce moment.

 

Elle se doutait bien de ce qui lui passait derrière la tête. Si elle avait réussi l’exploit d’arriver quasiment à l’heure au labo, elle n’avait pas pu obtenir le même miracle quant à son apparence physique. Elle avait une tête à faire peur. Malgré la douche, le maquillage et des litres de café, elle semblait toujours autant fatiguée… de lourdes cernes soulignaient ses yeux éteints par la douleur, même le maquillage le plus sophistiqué n’avait pas réussi à masquer sa pâleur et la tristesse perpétuelle qui habitait son visage faisait encore plus ressortir tous ces détails qui semblaient inquiéter Nick au plus haut point.

 

Pour fuir le regard inquisiteur du jeune homme et pour se donner une contenance, Catherine se saisit de son portable et l’alluma d’instinct. Elle n’y avait pas jeter un œil depuis son réveil en fanfare, bien trop pressée pour y attacher de l’importance.

 

Elle remarqua alors qu’elle avait reçu un message. Le numéro lui était inconnu…étrange !! Elle se demandait qui pouvait bien connaître son numéro sans être identifié dans la mémoire de son téléphone.

 

Quand elle ouvrit le message, sa respiration se bloqua dans sa poitrine. Les quelques mots qui étaient apparu avaient suffi à stopper les battements de son cœur. Elle écarquilla les yeux pour mieux voir qu’elle ne s’était pas trompé… elle avait bien lu !

 

« Tu me manques… »

 

Elle osait à peine y croire, mais en son for intérieur, elle savait de qui venait ce message… cela ne pouvait être qu’une seule et unique personne. Personne d’autre ne pouvait lui avoir envoyé cela à part elle ! Elle n’arrivait pas à trouver une seule autre personne… ce ne pouvait être que Sara….

 

Catherine regarda l’heure à laquelle le message avait été envoyé…18h51… juste avant qu’elle ne se lève… il y avait un peu plus d’une heure. La pendule accrochée au-dessus de la porte le lui confirma, il était 20h15.

 

‘Mais où peut elle bien être… elle pense à moi… elle n’est pas là mais elle pense tout de même à moi !!’

 

D’un bon, elle se leva, faisant tomber sa chaise à le renverse. Les garçons sursautèrent tous et la dévisagèrent les yeux pleins de question.

 

-          Excusez-moi, je dois passer un coup de fil urgent.

 

Sans se justifier plus, elle se précipita en dehors de la pièce et courut jusqu’à son bureau où elle se renferma à double tour.

 

Après avoir pris une profonde inspiration, elle lança le rappel automatique du numéro et attendit patiemment que quelqu’un décroche. Son estomac se serrait un peu plus à chaque sonnerie. L’anticipation d’entendre la voix de Sara déversait un flot d’adrénaline dans ses veines et avait amené un étrange sourire béat sur ses lèvres.

 

Quand le répondeur se mit en route et que le message impersonnel résonna à son oreille, les larmes apparurent aussitôt dans ses yeux. Le bip résonna en elle comme la fin de tout et elle resta là sans rien dire, écoutant le silence à l’autre bout de la ligne.

 

Elle n’était pas préparée à ce que la brune ne réponde pas. Elle était persuadée que c’était elle qui lui avait laissé ce message, qu’il ne pouvait y avoir d’autre possibilité qu’elle attende un rappel en retour ! Quelle désillusion !!

 

Sa propre voix la surprit elle-même.

 

-          Tu me manques aussi… Murmura t-elle simplement… tu me manques terriblement

 

Elle laissa quelques secondes passer avant de reprendre.

 

-          Reviens vite…Sara, je t’en prie, reviens-moi vite….

 

 

 

 

Sara :

 

Sara sentait ses mains la faire souffrir tellement elle serrait de toutes ses forces le volant de la camionnette. Ses jointures étaient blanches et ses doigts crispés ne semblaient pas prêts à desserrer leur étreinte.

 

Cela faisait une heure qu’elle conduisait, il était maintenant 20h10 et l’imminence du dénouement la rendait presque malade quand elle pensait à tout ce qui pouvait survenir. L’éventualité de vomir directement sur le tableau de bord lui avait à plusieurs reprises traversée l’esprit.

 

Duncan était assis à côté d’elle, indifférent et aveugle face à l’état dans lequel elle se trouvait. Il était tout simplement ailleurs, avec un petit sourire carnassier sur le visage.

 

William et un autre membre de l’équipe étaient assis à l’arrière du camion de chaque côté de la bombe. Ils étaient solidement armés et une détermination évidente se peignait sur le visage au fur et à mesure de leur voyage.

 

Toutes les deux minutes, la brune regardait dans le rétroviseur mais était à chaque fois désappointée. Elle voyait bien que personne ne les suivait.

 

Et s’ils n’avaient pas eu son message ? Et si elle se retrouvait seule au moment où tout allait se passer ? Que ferait-elle ? Arriverait-elle à s’en sortir ?

 

Un profond soupir s’échappa de sa poitrine avant qu’elle ne se décide à questionner le grand brun.

 

-          Bon, maintenant qu’on est dans Vegas, tu peux peut être me dire où on va ?

 

Duncan se tourna vers elle et lui sourit franchement trop heureux d’enfin pourvoir expliquer ce qui allait se passer.

 

-          Oui je peux !! Notre objectif c’est le Rempart. Tu vas aller te positionner dans le parking et te placer prêt du pilier central.

 

Sara sentit son sang se glacer quand elle comprit enfin ce qu’il venait de lui dire.

 

Le Rempart ?!! …. A cette heure.. tellement de monde…

 

-          Tu … tu veux détruire le Rempart ?? Risqua t-elle, hésitante.

 

Il lui sourit de nouveau, fier de son petit effet.

 

-          NOUS voulons détruire le Rempart Sara, NOUS !!

 

Sara serra un peu plus ses mains autour du volant et fixa de nouveau la route en serrant les dents pour ne pas hurler. Elle en était sure maintenant, elle n’arriverait jamais à empêcher ça !

 

 

 

 

Catherine :

 

Catherine sursauta violemment quand son pager se mit à vibrer sur son bureau. Elle était plongée dans ses pensées, essayant de masquer son évasion dans un autre monde par une tonne de paperasse étalée devant elle.

 

Faute d’assignation sur le terrain, Grissom avait reparti son équipe sur des taches à l’intérieur du labo. Greg sur des tests ADN en retard, Nick et Warrick à boucler une de leurs affaires non résolues et elle à traiter des dossiers.

 

Malgré le travail qui ne manquait pas, elle n’arrivait pas à se concentrer, son esprit revenant sans arrêt à Sara et au message qu’elle avait reçu. Elle n’arrivait pas à comprendre ce qu’elle ressentait : le soulagement que Sara aille suffisamment bien pour lui envoyer ce message ou la colère de ne pas savoir où elle était et quand elle reviendrait ?

 

Secouant vigoureusement la tête, elle attrapa son pager et lu le message reçu. Grissom lui demandait de se rendre urgemment dans la salle de pause.

 

Quand elle pénétra dans la salle toute l’équipe y était déjà réunie.

 

Dés que Grissom aperçut Catherine, il prit immédiatement la parole.

 

-          On se rend tous au Rempart. Une bombe vient d’y exploser, on a plusieurs cadavres donc certain ont été pris dans une fusillade qui aurait éclaté avant l’explosion. Je veux tout le monde sur cette affaire, c’est top prioritaire. Les fédéraux sont dans le coup mais c’est nous qui devrons récolter les indices. Vous avez deux minutes pour récupérer vos kits. On se retrouve sur le parking.

 

Sans qu’aucune question ne soit posée, tous les CSI obéirent aux directives de leur chef.

 

 

 

 

Quand ils arrivèrent sur les lieux, le spectacle qui s’offrit à eux les fit frissonner. On se serait cru en enfer. Derrière le ruban jaune de protections de la scène de crime, c’est comme si l’apocalypse s’était déchaînée. Les pompiers essayaient d’éteindre l’incendie qui ravageait plusieurs voitures. Tout semblait avoir été soufflé alentour, comme si une tornade avait ravagé la rue. La face avant du Rempart était noircie par l’incendie d’un véhicule d’où une explosion avait visiblement eu lieu. Il ne restait que quelques débris fumant de ce qui avait du être une camionnette.

 

Plusieurs cadavres étaient allongés à même le sol, soit criblé de balles, soit carbonisé par l’explosion.

 

Des dizaines de policiers tentaient de sécuriser autant que possible la scène, repoussant les badauds attirés par la morbidité ambiante qui se dégageait de ce paysage apocalyptique.

 

Les cinq CSI balayaient la rue du regard conscient de l’ampleur de la tâche qui les attendait.

 

Se retournant vers Greg, Catherine constata que le jeune homme avait le regard fixe, la bouche légèrement ouverte. Il semblait choqué par ce qu’il avait sous les yeux. Rien de bien étonnant. Cette scène n’avait rien à voir avec celles dont ils devaient s’occuper habituellement.

 

-          Greg, ça va ? Lui demanda t-elle, concernée.

 

Il ne répondit pas. Il gardait le même regard absent toujours posé au même endroit.

 

La blonde se retourna alors pour essayer de déterminer ce qui plongeait le jeune CSI dans un tel état de choc.

 

Après avoir fouillé du regard le coin de la rue que fixait le jeune homme, elle comprit immédiatement pourquoi il était dans cet état.

 

Une femme était agenouillée par terre, le visage noircie, les cheveux en bataille. Une longue traînée de sang coulait de sa tempe et venait s’échouer sur son uniforme de convoyeur de fond déchiré en plusieurs endroits où sa peau brûlée apparaissait nettement. De multiples coupures parsemaient son visage. La tête d’un jeune homme reposait sur ses genoux. Il paraissait mort, mais elle caressait pourtant ses cheveux, comme si elle voulait calmer ses peurs. Son geste se répétait encore et encore. Ses propres blessures lui étaient indifférentes, elle était totalement focalisée sur le garçon allongé prêt d’elle.

 

Un policier était posté à côté d’elle mais ne bougeait pas d’un pouce. Il semblait juste être là pour la surveiller mais ne faisait rien pour l’aider comme s’il voulait la laisser continuer inlassablement à caresser la tête du jeune homme.

 

Catherine ne pouvait détacher son regard de cette femme, fascinée par son calme au milieu de tout ce chaos. Elle retenait sa respiration depuis qu’elle avait posé les yeux sur elle. Une violente décharge traversa alors tout son corps quand elle réalisa ce qu’elle avait vraiment devant les yeux.

 

D’un seul coup, elle se mit à courir à toute vitesse et ne s’arrêta que quand elle fut arrivée à hauteur de la jeune femme. Après une lourde hésitation, elle se pencha vers elle et posa sa main sur son épaule dans un geste incertain.

 

-          Sara… Sara … est ce ça va ?

 

La brune sursauta violemment avant de relever la tête vers Catherine. Les larmes coulaient abondamment sur son visage, se mélangeant au sang qui s’écoulait de ses blessures. Si elle avait les yeux accrochés à ceux de Catherine, elle ne semblait pas réaliser l’endroit où elle se trouvait et ce qui se déroulait tout autour d’elle.

 

Catherine s’accroupit pour être à son niveau, elle devait se retenir pour ne pas se jeter sur elle pour l’étreindre de toutes ses forces. D’une voix incertaine, elle s’adressa de nouveau à elle.

 

-          Sara, qu’est ce qui s’est passé ?… Ma puce, dis moi ce qui s’est arrivé ?

 

Après de longues secondes, une étincelle de compréhension s’alluma dans le regard de la jeune femme pour la première depuis que Catherine était prêt d’elle. Elle baissa doucement la tête et murmura d’une voix à peine audible.

 

-          Je l’ai tué…

 

 

Partie X

 Retour au sommaire des FF