Avertissements divers : En dehors des murs de ma chambre les personnages de Sara Sidle et Catherine Willows tirés de CSI ne m'appartiennent pas mais sont la propriété de CBS et Alliance Atlantis. Cependant cette histoire, elle, m'appartient un petit peu alors si vous voulez la mettre en ligne quelque part tenez moi au courant....
Cette histoire se déroule pendant les épisodes 15, 16 et 17 de la saison 3. Il s'agit de la suite de "Simple et compliqué" ma première fanfic mais peut sans aucun problème être lue indépendamment. Ha... Un dernier avertissement, cette fanfic est tout public, si vous attendez du sexe vous risquez d'être déçus... Hum... J'espère que vous avez encore envie de lire après ça !
N'hésitez pas à m'écrire un petit mot quand vous aurez fini… mlleparker@yahoo.fr
CONSEQUENCES...
Par Juliette

…I watched you suffer a dull aching pain,
Now you've
decided to show me the same
No sweeping exits or offstage lines
Could make me feel bitter or treat you unkind
Wild horses
couldn't drag me away,
Wild, wild horses, couldn't drag me away
I know I've
dreamed you a sin and a lie,
I have my freedom but I don't have much time
Faith has been broken, tears must be cried,
Let's do some living after we die
Wild horses
couldn't drag me away,
Wild, wild horses, we'll ride them some day…
Wild horses - The
rolling stones
Immobile, attentif, légèrement stupéfait derrière son bureau, Grissom attendait que mes sanglots se calment. J’avais débarqué quelques minutes auparavant, avais essayé de conserver mon calme, d’entamer une conversation normale avec lui mais j’avais lamentablement échoué, m’effondrant avec une force proportionnelle à celle qu’il m’avait fallu pour ne pas exploser plus tôt. Pourtant, je ne voulais pas me laisser aller devant Gil. J’attrapai trois kleenex et réussis à me ressaisir suffisamment pour parler. Il fallait que je m’explique avant qu’il ne panique.
- Pardon Gil mais… Je n’ai personne d’autre à qui parler… Et je ne peux pas, je ne peux plus… Je ne savais pas quoi faire… Je n’avais certainement pas prévu de t’offrir un spectacle aussi pitoyable. Excuse moi. Je vais rentrer chez moi.
- Une seconde Sara… Le silence n’est pas toujours le meilleur ami du chagrin tu sais.
Grissom et ses aphorismes… Il penchait la tête et me fixait. J’hésitais encore à tout lui raconter.
- C’est compliqué…
- Ça l’est toujours Sara, quand nous nous laissons submerger par nos émotions. Je t’écoute.
Ses yeux, son regard essayaient de me faire parler. Grissom, que je connaissais bien avant de venir au labo de la police scientifique de Las Vegas avait toujours été présent dans mes pires moments de doute. Il n’était pas seulement devenu mon mentor professionnellement, il m’avait aussi souvent aidé à remettre ma vie dans le bon sens. Il était devenu mon compas, m’avait accompagnée lors de mes premiers pas hors de ma coquille ces deux dernières années. C’est pour cette raison que j’étais revenue vers lui alors que le monde autour de moi semblait partir en morceaux. Mais par où commencer ?
- Catherine…
- Oui, je me doute bien qu’il s’agit de Catherine, Sara… Je n’entends peut-être plus très bien mais je ne suis pas aveugle… Cela a-t-il quelque chose à voir avec le fait que ce soit toi qui ait été chargée de l’enquête sur le meurtre de son ex mari ? L’enquête est compliquée et elle ne te facilite pas la tâche, n’est ce pas ?
- Elle est tout le temps derrière mon dos, elle interrompt mes interrogatoires, elle me traite comme si j’étais une étrangère, un vulgaire flic qui ne saurait pas faire son boulot. D’accord son ex vient de mourir assassiné mais elle ne veut pas se confier, je ne peux rien lui dire, c’est comme si… Je n’avais plus accès à elle et elle… Et je…
- Catherine est parfois un peu… Disons… Excessive.
- Oui mais… Oh non flûte… Gil ! Il y a autre chose…
Grissom attendait. Il avait sans aucun doute déjà deviné depuis plusieurs minutes qu’il y avait « autre chose » mais il attendait que je parle. Il paraissait difficile de faire marche arrière maintenant, je fis un effort pour me rapprocher de la vérité. J’avais confiance en lui.
- Je ne sais pas comment te raconter ça Gil alors je vais faire simple. Les faits : Catherine et moi sommes ensemble depuis quelques temps.
- Ensemble ?
- On a couché ensemble.
- Ho… Je vois… D’où les vacances au même moment la semaine dernière, je suppose…
Grissom traitait ces informations comme toutes celles qu’il recevait au labo, des morceaux d’un puzzle qui s’assemblait devant ses yeux. Il semblait plus attentif que d’habitude cependant, ce qui était un peu étrange compte tenu du fait qu’il ne s’agissait pas vraiment d’indices mais de ma vie privée. Gil n’était vraiment pas du genre à s’intéresser à la vie sentimentale de ses collègues. Je ne questionnais pas ses motifs, j’avais besoin de m’expliquer, de lui faire comprendre que ce qu’il y avait eu entre Catherine et moi n’était pas qu’une passade, qu’un simple moment d’égarement. Il me fallait encore m’accrocher à cette croyance.
- Oui… La plus belle semaine de ma vie Gil. La totale. Le grand amour, j’en étais sûre. Enfin… J’y ai cru. Je n’ai pas rêvé nous… Et pourtant…
Mes larmes menaçaient de recommencer à couler. Je me ressaisit et fit un effort pour retrouver ma lucidité.
-Gil, je n’arrive pas à croire que tout soit fini… Comment est-ce que ça a pu arriver ? Comment est-ce que j’ai pu me faire avoir comme ça ? Tout ce que nous avons partagé, tout ce que nous nous sommes promis. Comment est-ce qu’on peut se retrouver aussi près de quelqu'un et puis… Le perdre.
- Qui ne tente rien n’a rien…
- Je n’ai plus rien… C’est sûr…
- Raconte moi ce qui s’est passé ? Je… Je n’ai pas vraiment suivi l’affaire…
Les yeux de Grissom fixèrent un instant le vide : oui, il avait certainement autre chose en tête... Puis il me regarda à nouveau et je lui expliquai.
- Je n’en sais rien, je ne comprends pas. Quelque chose a dû m’échapper. Tout allait bien, Catherine avait confié sa fille à son ex mari et nous devions en profiter pour nous retrouver plus tard. Et puis j’ai reçu cet appel du bureau. Catherine avait retrouvé sa fille seule dans la voiture de son père en train de couler dans un canal d’irrigation. Il y avait eu un accident, les autres occupants du véhicule avaient disparu. Heureusement Lindsey avait trouvé un téléphone portable pour appeler sa mère. Catherine était arrivée juste à temps pour sauver sa fille. La police était maintenant sur place, mais le corps du père restait introuvable. Je me suis immédiatement précipitée sur les lieux bien sûr. Quand je suis arrivée là-bas, elle était… Comme ailleurs, visiblement en état de choc, emmitouflée dans une couverture, assise sur le rebord d’une camionnette des pompiers. Ses yeux fixaient le vide et elle paraissait ne pas me voir, ne pas m’entendre. J’ai mis ça sur le compte de ce qui lui était arrivé et je me suis dis qu’il valait mieux que je commence mon enquête.
Je gardais de cette nuit là un souvenir à la fois vif et douloureux. Je me souvenais des plaintes métalliques de la voiture que la grue sortait de l’eau, des flash bleu et rouges des véhicules de police dans la nuit, de tout ce qui caractérise une scène de crime nocturne, mais aussi de tout ce qui avait fait que cette scène là n’était pas comme les autres : de l’angoisse de donner le meilleur de moi-même et en même temps de la difficulté que j’éprouvais à garder ma concentration. J’aurais voulu confier l’enquête à quelqu’un d’autre, rester avec Catherine et pourtant il avait fallu que je prenne sur moi. C’était la première fois que j’en parlais à quelqu’un et je compris, en m’entendant essayer de l’expliquer à Gil, à quel point cette angoisse me rongeait encore de l’intérieur.
- Son comportement est alors devenu de plus en plus étrange, elle était presque agressive à mon égard. Elle semblait refuser tout contact, toute interaction avec moi. Quand je lui ai prudemment conseillé de ne pas manipuler les pièces à convictions puisqu’elle était impliquée dans l’affaire, elle m’a dévisagée comme si je venais de l’insulter et elle est partie sans ajouter un mot. J’ai laissé couler... Puis j’ai dû rentrer au labo et je l’ai laissée avec sa fille. Je ne sais pas, c’était comme si tout son être me demandait de prendre mes distances. Et puis, quelques heures plus tard, on a retrouvé le cadavre d’Eddie plus loin dans le canal : on lui avait tiré dessus. Il y a eu les interrogatoires, les interventions intempestives de Catherine, et puis les cris échangés quand j’ai tenté de l’éloigner de mon témoin qu’elle avait directement menacé de mort. Je l’ai entraîné dans le couloir, j’ai essayé de lui parler, de lui faire entendre raison mais la tension semblait devenue telle que nous n’étions plus capables que de nous hurler dessus… Et… J’ai eu tellement peur de ce que j’ai vu dans ses yeux à ce moment là, Gil. C’était comme s’il ne s’était jamais rien passé entre nous, tout avait disparu, nous étions deux étrangères. Pire que ça… J’étais devenue son ennemie. Nous sommes restées sans voix devant ce qui venait de se passer au milieu du commissariat et… Elle est partie… Et je…
Les larmes se remirent à couler. Je crois que cette fois j’avais réussi à paniquer Grissom mais rien sur son visage ne trahissait ses pensées. Pourtant je sais que cela devait ressembler à « oh, non je n’ai pas besoin de ça dans mon labo ! »
- Sara.
Gil marqua une pause pour me permettre de me calmer avant de continuer.
- Tu connais Catherine. Elle a besoin de faire éclater ses émotions, c’est son tempérament. Peut-être que tu ne devrais pas y lire autant de choses… Et elle vient juste de perdre un homme qu’elle a aimé, Eddie était un imbécile mais c’était le père de sa fille. Elle a failli perdre Lindsey…
- Mais je voulais l’aider…
- Je sais… Excuse moi de te demander ça Sara mais, est-ce que ça a été facile pour elle d’admettre… Comment dire ça ? D’admettre qu’elle était amoureuse de toi, d’une femme je veux dire.
- Oui, enfin, je ne sais pas Gil, ça nous a paru évident.
- Vous vous connaissiez tout de même depuis plus de deux ans… Cela n’a pas pu être aussi… Évident… que ça…
- Oui… Peut-être… Elle m’a
expliqué que les choses avaient changé pour elle sans qu’elle s’en rende compte
ces derniers mois. Elle savait déjà depuis un certain temps que j’étais
amoureuse d’elle… Toi-même tu as dû t’en douter Gil.
- Je savais que tu
préservais un secret oui mais… Je n’ai jamais réellement formalisé mes doutes…
- Bref… C’était peut-être une première pour elle mais Catherine n’est pas née de la dernière pluie Gil…
- Sans doute pourtant… Je ne suis pas si sûr que cela soit aussi facile pour elle que tu as l’air de le penser Sara… De plus, se rapprocher de quelqu'un n’est jamais évident… Si tu ajoutes à cela tout ce que Catherine a dû affronter ces derniers jours…
- Je sais. Je suppose que je ne devrais pas être aussi sûre de moi compte tenu de ce qui arrive… Les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le croit… J’y ai pourtant cru Gil, j’ai cru que c’était arrivé. Cette semaine que nous avons passé ensemble… Qu’est ce que je vais faire ? Qu’est ce que je dois faire ?
Je n’avais plus envie de pleurer, je me sentais vide, fatiguée, en manque d’elle. C’était à Catherine que j’aurai voulu pouvoir poser toutes ces questions. J’étais perdue et seule. Tout ce qui avait tenu mon existence, fait que j’avais pu aller de l’avant jour après jour avait disparu. Mes fondations avaient été emportées par le flot de notre passion. Je n’avais pas fait attention, pas pris de précautions. Je lui avais fait confiance, j’avais tout misé et je me retrouvais sans rien. Plus de barrage, mais de toute façon il semblait déjà trop tard, les terres étaient inondées.
- Je ne sais pas Sara. Je suis vraiment mal placé pour te donner des conseils dans ce domaine. Va lui parler ? Proposa Grissom après quelques instants de réflexion.
- Elle m’évite, elle ne répond pas au téléphone et je ne peux pas aller chez elle, il y a sa fille… C’est fini Gil, je l’ai perdue.
- Catherine n’est pas toujours quelqu'un de… facile… Au moins l’enquête est terminée. Je vais éviter de vous faire travailler ensemble pendant quelques temps.
Catherine… Ne plus travailler avec elle… Ne plus…
Soudain je n’avais plus du tout envie de parler. Je savais que tout cela restait inutile, ridicule même : parler à Grissom alors que je lui mentais, que j’étais bien trop dégouttée par moi-même, par ce que j’avais fait, pour oser lui avouer toute la vérité.
Catherine n’était pas la seule coupable…
Qu’est ce que je cherchais à obtenir de Grissom au juste ? Est-ce que je voulais me faire plaindre ? Pitoyable, j’étais pitoyable ! Plus je me voyais moi-même en train de raconter ma lamentable histoire et plus le pathétique de la situation m’insupportait. Je n’avais pas le droit à sa pitié, même pas le droit de pleurer sur mon sort. Il fallait que je sorte de ce bureau maintenant et que je trouve une bouteille de whisky avant que la nausée qui me gagnait les tripes ne soit trop forte. Grissom me laissa partir sans poser d’autres questions. Il avait ses propres démons à affronter, je le voyais bien, mais je n’étais pas en état de lui demander comment s’était déroulée son enquête chez Lady Heather.
°°°
Après trois verres, mon cerveau cessa enfin de raisonner. Je pris le temps de déguster le quatrième en m’asseyant plus profondément dans mon canapé, autorisant enfin mon corps à se détendre un peu. Je fermais les yeux.
Catherine et moi dans ce canapé quelques jours auparavant. Elle se trouvait au dessus de moi, nous étions nues, elle avait relevé la tête un instant pour chercher mon regard. Je me souvenais du désir au fond du bleu de ses yeux, de ses mèches blondes qui dansaient au rythme de ses mouvements. Un autre temps, un autre univers.
Le regard de Catherine quand je lui avais annoncé que je refermais le dossier la veille. On allait enfermer la chanteuse pour non assistance à personne en danger et le dealer pour possession de drogue dans l’intention de revendre. Impossible de savoir lequel des deux avait tiré sur Eddie, impossible d’aller plus loin.
D’une voix presque mécanique Catherine m’avait juste dit « jolie histoire à raconter à ma fille… », et elle était partie sans rien ajouter. Je ne sais pas si elle avait dit ça avec l’intention de me faire le plus de mal possible mais les larmes que je retenais depuis le début de l’affaire s’étaient mises à couler et j’avais éprouvé le brusque besoin de pulvériser le verre qui se trouvait à côté de moi. Le bruit du verre qui se brisait et sa voix résonnaient en se mêlant dans ma tête. Le reste était confus et je voulais que cela le reste : le coup de fil à Hank, le bar, les bières, la suite…
J’avais trompé Catherine, bêtement, sans réfléchir, parfaitement consciente pourtant de ce que j’étais en train d’accomplir.
Je pourrai me raconter que je cherchais à donner un sens à notre séparation qui en manquait désespérément. Non, j’avais voulu lui faire mal, me faire mal. Lui donner une bonne raison de me quitter, fermer toutes les portes, ne pas admettre ma souffrance. Je n’avais fait que réagir instinctivement. J’avais peur et je voulais survivre. Hank se trouvait là, et lui, il voulait encore de moi. Au moins, je ne ressentais rien pour lui. Avoir mal, faire mal, sentir que l’on existe encore. Tout plutôt que le vide.
J’espérais que mes voisins appréciaient les Stones et montai le volume de ma chaîne hi fi :
”…I look
inside myself and see my heart is black… I see my red door I must have it paint
in black…
May be then I’ll fade away and not have to
face the fact… Not easy facing up when your all world is black…
No more will my green sea go turn a deeper blue… I could not foresee this thing happening to you…”
“…green see go turn a deeper blue…” “ …Un bleu plus profond… Je ne pouvais pas prévoir ce qui allait t’arriver… » J’évoquais encore une fois le regard bleu parfois presque vert de Catherine. Tout ce qu’il ne refléterait sans doute jamais plus…
Le cinquième verre ne dérangea même pas mon palais, il possédait le goût de l’abandon. Hank allait sonner à ma porte. J’allais le laisser entrer. Nous allions encore faire l’amour, sans prononcer un seul mot.
°°°
Durant les jours qui suivirent, nous continuâmes consciencieusement à nous éviter Catherine et moi. Il semblait aisé de ne pas se croiser, après tout nous ne travaillions pas sur les mêmes affaires. Et puis, le fait qu’apercevoir ne serait-ce que sa silhouette au bout d’un couloir agrandisse à chaque fois un peu plus le trou noir qui dévorait mes entrailles me fournissait une sérieuse motivation pour utiliser mes talents déjà fort développés pour la fuite. Je traversais les jours comme si je n’étais plus que le clone de moi-même, le même corps, plus d’âme. Quand je ne retrouvais pas Hank, je m’endormais dès que j’arrivai chez moi, ou presque - c'est-à-dire dès que l’alcool avait accomplit son travail - pendant quatre ou cinq heures, avant de retourner au labo. Les jours et les nuits se mélangeaient, mon emploi du temps ne ressemblait plus qu’à une suite d’état : le travail, l’ivresse et le sommeil. Je maintenais un savant équilibre entre le café et le whisky et mon estomac ne protestait même plus. Physiquement, je ne sentais plus rien. Je ne poursuivais plus qu’un seul but : oublier…
Oublier Catherine mais aussi oublier qui j’étais, oublier même que j’existais. Cet état n’était pas vraiment nouveau pour moi, cela avait toujours été mon mode d’évasion préféré, je pouvais le retrouver aussi naturellement qu’un yogi peut entrer en transe, je m’y noyais. D’une certaine façon c’était ma forme de méditation à moi : je tentais de dépasser cette illusion qu’est la réalité. J’aimais travailler dans l’équipe de nuit parce qu’il y paraissait plus facile d’y perdre la notion du temps, des autres, de ce que c’est que la normalité. Peut-être que parfois pendant quelques heures, j’atteignais mon but, le reste du temps, je faisais semblant.
Et puis, un matin de la semaine suivante, alors que j’observais une fibre au microscope, j’ai brusquement senti une présence dans le laboratoire et j’ai relevé la tête. Elle était là, à la porte, et elle me regardait. Elle n’a pas détourné son regard, elle m’a souri timidement, comme pour me faire comprendre qu’elle n’avait pas encore tout à fait la force de me dire bonjour et que je devrais me contenter de cela. Je n’ai pas vraiment su comment réagir : j’ai souri, sans réfléchir, probablement maladroitement. Puis l’instant s’est dissipé, elle a baissé la tête comme si… Presque comme si elle renonçait à quelque chose. Quand elle l’a relevée, elle ne souriait plus mais elle me fixait à nouveau et je me suis sentie gênée : j’ai baissé les yeux. Elle est partie sans que nous ayons échangé un mot.
Inutile de le préciser, pendant les heures qui ont suivi, je ne me suis pas
contenté de penser à ce qui se trouvait derrière la lentille de mon microscope ;
mais je ne me trouvais certainement pas en état de faire ou croire quoi que ce
soit. Et certainement pas que nous allions pouvoir recommencer à travailler côte
à côte, dans le même labo, comme avant, comme si de rien n’était. Je ne
possédais juste pas la force de prétendre que nous pouvions avoir une relation
normale, pas encore, pas tant que son visage détenait toujours le pouvoir de me
bouleverser à ce point. Que se passait-il dans la tête de Catherine ? Peu
importait, j’avais trouvé la réponse à toutes mes questions : le pur malt
importé d’écosse.
J’ai continué à voir Hank, sans rien attendre de lui, comme un bon ami qui vous
apporte son aide, vous offre sa présence quand vous ne voulez pas rester seule.
Il ne réclamait pas grand-chose en échange. Il arrivait, nous nous
déshabillions, nos étreintes se déroulaient sans réelle passion : tendres,
douces. Aucun de nous deux ne se sentait tenu d’accomplir une performance
quelconque. Je faisais semblant pour qu’il ne se pose pas de questions. Il
partait avant le petit déjeuner. Je crois que lui aussi se sentait seul, je ne
sais pas bien : je n’ai pas fait l’effort d’essayer de le comprendre. Nous
étions peut-être deux âmes perdues s’appuyant temporairement l’une sur l’autre.
Nous préférions tous les deux garder nos secrets pour nous. Nos silences, le
vide, nos solitudes, je pense qu’étrangement cela me rassurait parce que je
savais que je n’étais plus capable d’autre chose.
°°°
Et puis… Et puis les jours ont continué à passer… Et finalement, le quotidien a repris le dessus comme il finit toujours par le faire. Je me suis retrouvée capable de travailler avec Catherine. Je l’observais de loin, j’essayais de découvrir ce qui m’avait échappé. Je ne trouvais pas de réponse : elle avait choisi de demeurer une énigme. La colère, la honte s’étaient diluées me semblait-il, remplacées par une douleur plus sourde à laquelle je m’étais accoutumée, j’étais décidée à faire avec désormais.
Mon instinct me criait de ne
pas l’approcher, de me protéger, de rester à couvert.
C’est elle qui finit par revenir vers moi petit à petit. Pouvait-il en être
autrement ? Elle m’apportait une tasse de café, me demandait des nouvelles de
l’affaire sur laquelle je travaillais, jamais rien de personnel : je jouais le
jeu. Je la surprenais parfois en train de me fixer pendant les réunions. Quand
nos regards se croisaient, nous détournions toutes les deux la tête en même
temps. Ni explications, ni discussions. Nous cohabitions en suivant cet étrange
statu quo et rien au monde n’aurait pu m’amener à le rompre.
La position m’était familière : ne pas trop penser à elle, ne pas utiliser mon
imagination, m’en tenir au banal, au quotidien, au travail avant tout, ne rien
lui révéler, tout lui cacher. Disparaître à ses yeux pour mieux continuer de
l’oublier.
La tache se révélait bien plus difficile qu’avant cependant, car maintenant je
savais. Je connaissais le grain de sa peau, son parfum, la façon dont la lumière
pouvait jouer sur son corps nue. Un simple geste, une intonation, le flou d’un
regard pouvaient réveiller en moi des souvenirs qui faisait ressurgir tout ce
que cette femme m’avait un jour accordé. Mais si elle était capable de tout
oublier en une nuit, pourquoi est-ce que je ne pourrais pas y arriver moi aussi
?
°°°
Je ne sais pas bien comment Catherine a fini par comprendre pour Hank. Sans doute lui a-t-il suffit de nous apercevoir ensemble sur une scène de crime. Toujours est-il qu’un soir, alors que trois semaines s’étaient écoulées et que je m’apprêtai à pénétrer dans la salle de repos, j’ai surpris la fin d’une phrase qu’elle prononçait en riant « … Ça doit encore être de la faute de Hank, le petit ami de Sara. » Je me figeai dans le couloir alors que Warwick et Nick éclataient de rire. Je sentis mon corps se glacer, je ne voulais pas, je ne voulais pas qu’elle sache. Mais qu’avais-je espéré au juste ? Je me sentais bête, bête et triste. Comme un enfant qui a volé la monnaie des courses, qui rongé par la culpabilité voudrait en parler, et qui un soir, caché dans la pièce d’à côté, entend ses parents en discuter avec leurs amis en plaisantant. Elle avait découvert mon pire secret et cela la faisait rire…
Ma stupeur malheureuse se changea vite en quelque chose de proche de la colère ou pour le moins de l’agacement. Étrangement peut-être, je me sentais trahie. Si elle trouvait ça drôle, alors vraiment il n’y avait jamais rien eu entre nous. Son brusque retrait, son silence n’avaient bien été en fin de compte que l’expression de son envie de me faire disparaître de sa vie. Et maintenant, d’un éclat de rire, elle achevait de balayer tout ce que nous avions partagé : nos espoirs, nos promesses, ou peut-être fallait-il que je m’habitue à dire, mes espoirs, mes promesses... Sans doute même était-elle soulagée que j’aie trouvé quelqu'un d’autre. Et cela la faisait rire… Je traversais la pièce, suivie par un pesant silence. Bizarrement, personne ne croisa mon regard.
Un peu plus tard, alors que les conversations avaient repris dans mon dos pendant que je me servais une tasse de café et que j’allais m’asseoir sur le canapé, je ne pus m’empêcher de noter que le regard de Catherine, qui elle, était restée silencieuse, cherchait le mien. Je commençais par l’ignorer puis, après quelques minutes, trouvai enfin la force de le soutenir. Ce jour là, elle n’a pas tourné la tête et je n’ai soudain reconnu dans ses yeux que le reflet de la tristesse et de l’égarement qui m’envahissaient. Son regard semblait me poser une question qu’elle n’arrivait pas à formuler, comme si elle attendait un signe, une indication que je comprenais ce qu’elle ne pouvait pas m’expliquer. Désarmée, je restais comme paralysée par ma consternation, me contentais de continuer à la regarder. Je remarquai alors que sa main tremblait légèrement sur la table à coté de sa tasse.
Mon cœur, mon souffle, mes dernières résolutions chavirèrent en même temps.
J’avais soudain envie de l’attraper par les épaules et de lui crier que tout ça
ne comptait pas, que cette mascarade avait assez duré maintenant, que c’était
elle que j’aimais, que c’était elle qui occupait toute mes pensées, chaque
instant de mon existence ; mais ce n’était pas possible. Je quittai la salle de
repos sans avoir prononcé un seul mot et retournai au garage à la recherche
d’empreintes dans une voiture.
A l’abri des regards, dans l’atelier, soigneusement dissimulée sous le véhicule que j’examinais, je laissai enfin couler mes larmes. J’en avais plus qu’assez de passer mon temps à pleurer. Je ne me trouvais plus capable de conserver les apparences que le temps d’aller me réfugier dans un coin sombre. J’étais devenue bien trop sensible à mon goût ou alors, peut-être est-ce que je l’avais toujours été mais n’arrivais tout simplement plus à le cacher correctement. Même si je remportais encore quelques batailles, je me rendais bien compte que j’étais en train de perdre la guerre. Cela n’allait plus du tout, tout clochait, d’ailleurs. A bien y réfléchir, c’était toute mon existence qui se retrouvait bancale, qui ne ressemblait plus à rien. Je me désagrégeais. Coucher à nouveau avec un homme pour qui je ne ressentais pas de vrais sentiments comme quand j’avais vingt ans. Mentir. Nier la seule vraie émotion qui aurait pu donner un sens à ma vie, fuir à nouveau, encore et encore, tout cela était parfaitement absurde. Ce n’était pas moi, ce n’était pas nous. Comment trois semaines avaient-elles pu passer sans que je m’en aperçoive ? Qu’est-ce que j’avais fais ? Je ne réussissais pas à chasser de mon esprit le regard de Catherine dans la salle de repos, le souvenir de ses doigts qui tremblaient.
Je n’avais même pas osé retourner parler avec Grissom. Le ridicule de la situation commençait enfin à m’apparaître… Moi et Hank, moi et Catherine, enfermés dans nos silences… Atomes éparpillés, perdus, errant dans le vide au gré de forces qui les dépassaient. Et le pire restait à venir ! Car je n’étais pas encore arrivée au bout de mes découvertes concernant mon incommensurable bêtise. Heureusement pour moi, le ridicule n’est pas encore répertorié parmi les causes de décès, c’est vrai, il ne tue pas, du moins pas directement.
La suite des évènements pourrait ressembler à un vaudeville plutôt comique si une profonde détresse ne s’y était pas mêlée.
°°°
Trois jours plus tard, au beau milieu d’une affaire – une vielle dame qui avait encastré sa jaguar dans la vitrine d’un café – Hank avait débarqué dans le rôle d’une des victimes, qui plus est, accompagné de sa petite amie. Pas moi, une autre, dont il avait négligé de me parler. Ils s’en étaient tout les deux sortis sans dommages, ce ne fût pas mon cas.
Difficile de savoir si le regard consterné de Catherine était dû à un élan de compassion ou bien, à sa stupéfaction face à cette nouvelle manifestation de mon incommensurable stupidité : je n’avais rien vu venir… Peut-être s’agissait-il d’un élan de compassion provoqué par cette stupidité…
Car bien sûr, elle avait tout compris, bien avant moi, alors que je tentais encore de nier l’évidence. C’est sans doute pour cette raison que je l’avais sentie plus proche que d’habitude sur cette enquête, une proximité qui ne rendait pas les choses plus faciles d’ailleurs. J’évitais son regard plus que d’habitude.
Elle a sans doute essayé de me prévenir, de me préparer : peines perdues. Il m’a
fallu un tête à tête avec la petite amie en question lors de l’enquête, et
l’évidence d’une photo de vacances avec Hank qui traînait chez elle, pour enfin
vraiment saisir toute l’absurdité de la situation dans laquelle je m’étais
empêtrée. Ils étaient ensembles depuis plusieurs années, je n’étais qu’une…
Distraction… Jolie performance pour une CSI de niveau trois !
Alors voilà ! J’étais trahie par un homme pour qui je ne ressentais aucun sentiment amoureux, mais avec qui je couchais, et la femme que j’aimais, mais avec qui je ne couchais plus, l’avait compris bien avant moi et m’observait alors que je me débattais dans les sables mouvants de mes contradictions. Bien sûr, me direz-vous, la tâche était plus facile pour Catherine, comment pouvait-elle y croire, elle, qu’il pourrait m’être possible de construire une relation saine avec quelqu'un, avec un homme de surcroît. Bien sûr. Peut-être même avait-elle juste attendu que je me prenne les pieds dans le tapis.
Difficile de me cacher plus longtemps derrière ma pathétique imposture. Ne restait plus que la terrifiante vérité. Peu importait Hank finalement : je n’aimais qu’elle, je ne voulais qu’elle. Certes, il était un peu douloureux d’être à nouveau trahie en l’espace de si peu de temps, de constater à quel point je n’étais qu’un accessoire dont les gens se débarrassaient, comme d’un vieux CD qu’on a acheté, on ne sait plus bien pourquoi, et qui finit par faire tâche dans la discothèque. Mais cela n’était qu’une goutte d’eau au milieu de cette pénible démonstration de ce ratage complet qu’était devenue mon existence. Je n’avais même pas été capable de la tromper avec quelqu'un qui en vaille la peine… Seulement, quelque part, je savais bien qu’il n’aurait jamais pu en être autrement.
Je n’aimais que Catherine et Hank n’était qu’un placebo. Une coquille vide à laquelle je m’étais accrochée parce que je n’avais plus droit à la vraie drogue. Je n’avais couché avec lui que parce qu’il ne signifiait rien pour moi. En fin de compte, il fallait bien que j’admette que je ne récoltais que ce que j’avais semé : et le résultat n’était pas beau à voir…
Seule Catherine comptait désormais et je luttais heure après heure contre l’envie de retrouver ses bras, dans les bureaux où nous travaillions toutes les deux, dans la voiture qui nous conduisait vers le cabinet de l’agence d’assurance ou au commissariat. Je ne pouvais plus détacher mon regard de son dos, de ses mains. Il fallait que je lui parle, je ne pouvais plus tenir, le monde n’avait plus aucun sens, mais je n’y arrivais pas. Au bord de la crise de nerfs, je traînais ma misérable carcasse et ma voix, mes larmes, menaçaient à chaque instant de me trahir. J’avais envie d’hurler : « Catherine ce n’est pas à cause de Hank que j’ai aussi mal, pourquoi m’as-tu abandonnée ? Parle-moi ! Aide-moi ! Je t’aime à la folie… Ne me laisse pas. » Mais je continuais à faire semblant de travailler, comme toujours, calme et déchirée.
°°°
A la fin de cette étrange enquête, quand Hank est venu me rejoindre au commissariat où nous venions de boucler notre dernier interrogatoire, il ne savait pas quoi me dire. Il voulait juste s’assurer que je n’avais rien raconté à sa petite amie. Évidement que non. Et moi non plus je n’avais rien d’autre à lui dire. Nous n’étions pas vraiment dupes. La femme de ma vie venait de partir m’attendre dehors dans la voiture. Nous nous retrouvions finalement tous les deux un peu dans la même situation : nous aimions quelqu'un d’autre. Normal que nous nous soyons trouvés. Nous nous quittâmes sur ce constat silencieux et je comprenais soudain que tout cela avait assez duré.
Alors que je tournais le dos à Hank et m’engageais dans le couloir sombre du commissariat pour rejoindre Catherine, je commençais à répéter dans ma tête les phrases que j’allais enfin prononcer. « Ça suffit ! Je n’en peux plus. Qu’est ce qui s’est passé entre nous ? Explique-moi ! Je n’arrive pas à croire que tout cela soit vrai. Je ne sais plus où j’en suis, je ne sais plus qui je suis. Aide-moi… »
Seulement, quand je l’ai aperçue derrière le pare-brise, le regard fixé sur moi, cherchant très sérieusement à scruter mes sentiments, quand je me suis aperçue qu’elle était aussi perdue que moi, quand j’ai compris que nous étions deux à avoir perdu notre chemin, une boule s’est mise à gonfler dans ma gorge. Oui, qu’est-ce qui nous était arrivé ? Comment au juste avions nous pu en arriver là et comment faire maintenant ?
Nous étions en quelque sorte de retour à la case départ. A la fois si proches l’une de l’autre et tellement éloignées. Comment mettre fin à trois semaines de silence ? Je pressentais qu’il suffisait d’une phrase mais je ne la trouvais pas. Je n’y peux rien, c’est un trait de caractère, je ne suis pas douée avec les mots.
Je m’assis à coté d’elle dans la voiture, tentant désespérément de retenir mes larmes, consciente du fait que si une seule d’entre elles réussissait à s’échapper, j’allais m’effondrer. Catherine ne m’avait pas quittée des yeux. C’est elle qui parla.
- Tu as des projets ?
Bien sûr que non, je ne savais même plus si j’avais encore une vie.
- Non.
- Tu veux aller boire une bière ?
Oh Catherine… Elle me souriait comme si… Comme si rien de tout ce qui était arrivé n’avait plus d’importance, comme si elle avait tout compris, comme si elle allait m’embrasser. J’essayais timidement de lui répondre, de lui montrer en un sourire tout ce que je ressentais ; nous nous regardâmes pendant quelques secondes. Puis, submergée par l’émotion, je détournai mon regard pour fixer un point loin devant nous et me contentai d’un seul mot.
- Roule !
Elle démarra la voiture sans me quitter des yeux.
°°°
Après quelques kilomètres, alors que j’enregistrais que nous étions en route pour son appartement, elle reprit la parole.
- Il faut qu’on parle Sara.
- Pas ici…
- Non, pas ici. Je voudrais juste que tu saches que je comprends. Plus que tu ne le crois sans doute…
Les larmes ruisselaient sur mon visage sans que je puisse en contrôler le flot. J’en éprouvais presque du soulagement. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, je me laissais vraiment aller.
- Sara…
Elle me souriait à nouveau comme si tout maintenant ne pouvait qu’aller mieux. Elle attrapa ma main qui gisait tremblante, abandonnée sur ma cuisse. Je ne me sentais plus capable de contenir ma détresse.
- Sara, je suis désolée… Je… Je croyais que j’étais plus forte.
Je voulais arrêter de pleurer et parler mais une corde semblait avoir lâché à l’intérieur de moi, et ma volonté se retrouvait sans pouvoir sur mes actions.
Quand nous arrivâmes devant chez elle une dizaine de minutes plus tard, je fis un effort pour me calmer. J’avais ouvert ma portière mais n’arrivais cependant pas à rassembler l’énergie suffisante pour sortir du véhicule. Elle fit le tour de la voiture et vint reprendre ma main pour me guider.
- Viens.
J’essayai d’esquisser mon sourire le plus charmeur mais le résultat ne devait pas être bien convainquant. Je la suivis. Le soleil se couchait sur Las Vegas, au loin, des centaines d’enseignes lumineuses tachaient le ciel embrasé de traînées électriques multicolores.
***
Elle me fit entrer, me débarrassa de mon manteau, m’amena jusqu’au canapé, me laissa, le temps d’attraper deux bières dans son réfrigérateur et vint s’asseoir à côté de moi en me tendant une des deux bouteilles. Elle était tournée vers moi, nos genoux se touchaient, elle fixait intensément un point quelque part sur le tapis indien devant nous. Elle but une gorgée de sa bière et la posa sur la table basse en teck puis se passa une main dans les cheveux avant de me regarder enfin. Je restais immobile, l’esprit vide de toute pensée.
- Je sais que je te dois une explication Sara. Je sais que j’aurai dû venir te
parler bien plus tôt mais… Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Notre…
Aventure, la mort de mon ex mari. C’était comme s’il y avait un lien, une
punition parce que… Parce que j’aimais enfin quelqu'un d’autre et lui, il était
mort. Je me suis senti coupable. J’ai eu peur pour ma fille. J’ai paniqué
Sara…Vraiment… Je suis sincère quand je te dis que je n’ai pas compris ce qui
m’est arrivé. C’était comme si une autre Catherine avait pris possession de mon
corps, de mon esprit et je ne pouvais que la laisser faire : c’était la mère
affolée, la jeune femme qui avait été folle amoureuse d’Eddie… Mais aussi… Mais
aussi ton amante, qui commençait à comprendre à quel point elle tenait à toi et
qui a paniqué. J’étais terrifiée à l’idée de te parler, de te voir même. Je
savais que je n’étais plus capable que de passer ma rage sur toi, de laisser
exploser ma frustration. Quand on s’est criées dessus dans le couloir, quand je
t’ai dit… Quand je t’ai dit de ne surtout pas venir me dire ce dont j’avais
besoin… Tu ne sais pas à quel point j’étais proche de m’effondrer dans tes bras.
Je t’en voulais et en même temps, j’avais peur de ne plus savoir ce que je
faisais, affreusement peur de t’embrasser devant tout le labo… Devant ma fille…
Toutes ces sensations, mon désir et ma peur, étaient mélangées, confuses. Alors
j’ai fui… Je suis désolée Sara… J’aurai tellement voulu que tout se passe
autrement.
Ses yeux brillaient au sein de l’obscurité enveloppante de la nuit tombante. Ses
doigts tremblants lissaient le pli de son pantalon. Une partie de moi comprenait
ce qu’elle m’expliquait, savait exactement de quoi elle parlait mais une autre
partie avait trop souffert, ne sentait plus que le besoin urgent de l’exprimer,
voulait se mettre en colère. Seule cette dernière partie avait la force de
prendre la parole pour le moment. Ma colère était froide pourtant, glacée par la
dernière phrase qu’elle avait prononcé. Ma voix était calme, posée.
- Tu aurais voulu éviter de me jeter sans un mot comme un objet encombrant qu’on
pousse dans un placard, ou bien tu aurais voulu qu’on ne couche jamais ensemble
pour t’éviter tous ces inconvénients, Catherine ?
Je sentis son corps se raidir à côté de moi. Elle parut stupéfaite par ma
réponse et eut un léger mouvement de recul. En un instant je vis ressurgir
l’instinct le plus profond de Catherine : celui qui la poussait à toujours
s’engager dans les rapports de force, à ne plus lâcher avant d’avoir établi sa
supériorité, cette ténacité parfois féroce qui la menait toujours au bout des
enquêtes les plus difficiles. Je compris que si je voulais une bagarre j’allais
l’avoir.
- Que je sache, Sara, je n’ai jamais rompu avec toi. Ce n’est pas moi qui me
suis précipitée dans les bras du premier bellâtre qui passait par là.
Un partout, la balle au centre. Un nœud s’était violemment formé quelque part le
long de mes intestins. Je ne pensais plus, je ne voulais plus me battre, j’avais
mal, juste mal.
- Tu ne m’as pas laissé le choix Catherine…
- Je prends mes distances, combien ? Deux jours ? Trois jours ? Et toi tu n’as
plus d’autres choix que de coucher avec quelqu'un d’autre ?
- Il a suffit d’une phrase, d’un regard pour que tu anéantisses toute ma vie. Je
t’avais tout donné et tu as tout cassé, je n’avais plus rien.
- Mais nous n’étions ensemble que depuis dix jours Sara !
- Et alors ? Qu’est ce que tu veux dire par là ? Que ce n’était pas sérieux ? Au
bout de dix jours on a encore le droit de jeter les gens sans leur expliquer
pourquoi ?
- Non… Non… Enfin, c’est à toi de me le dire. Apparemment, ce n’était pas assez
sérieux pour t’empêcher d’aller immédiatement voir ailleurs !
La colère s’était changée en amertume. Il était temps d’arrêter de crier et
d’essayer d’expliquer.
- C’est justement parce que c’était très sérieux que je n’ai pas eu le choix. Ca
s’est passé très vite je sais mais… Tu as ouvert des portes que j’avais
barricadé, effondré les cloisons que j’avais soigneusement construites. Je t’ai
suivie, je t’ai fait confiance. J’ai éprouvé des émotions que je n’avais jamais
connues. Je t’ai confié des secrets que j’avais toujours su tenir jusque là. Je
les ai déposés dans tes mains… Et je n’ai rien vu venir. Avec toi, j’ai oublié
d’avoir peur, de prendre des précautions… Je me sentais libre, je croyais que
j’avais le droit d’en profiter… Non, je n’ai rien vu venir. Je ne pouvais pas.
J’ai cru que je pouvais te faire confiance. Tu m’as laissée démunie, vide… Et
après… Je ne pouvais pas continuer seule. Je n’ai pas réfléchi. Moi aussi j’ai
paniqué. Si je ne faisais rien j’allais partir en morceaux parce qu’il n’y avait
plus rien pour maintenir… Ma cohésion, mon moi… J’ai cherché n’importe quoi…
N’importe quoi pour ne pas m’éparpiller, pour sentir autre chose que ce vide que
tu avais laissé et qui m’envahissait totalement. J’ai commencé par boire et
comme ça ne suffisait pas, j’ai laissé faire Hank. Il était là au bon moment au
bon endroit… Un autre corps pour essayer de ne plus penser au tien… Mais le vide
était encore là… Il est toujours là. Peut-être aussi que je cherchais… Je ne
sais pas… Une réaction de ta part… Tu ne m’avais laissé que du silence…
Je la regardais. Il n’y avait plus dans ses yeux que notre tristesse commune.
Une larme avait laissé une trace humide sur sa joue. Sa main droite jouait
nerveusement avec l’index de sa main gauche. Je n’étais plus en colère.
- Le plus douloureux quand j’ai su que tu couchais avec Hank, ça a été de
comprendre combien j’avais dû te blesser pour que tu en arrives là… Il était
déjà trop tard pour te parler. Je m’en voulais trop. J’aurais voulu être capable
de te parler tout de suite Sara. J’aurais voulu savoir tout arrêter avant qu’il
ne soit trop tard, ne pas paniquer, ne pas me réfugier dans le silence. Qu’est
ce que je peux te dire maintenant ? Je n’en ai pas eu la force… Je sais que je
n’avais pas le droit de te lâcher comme ça, j’aurai dû prendre soin de toi. Je
le savais. Je te l’avais promis. J’étais prête à le faire, je te le jure Sara,
mais j’ai cru que j’étais plus forte… Et puis… Je ne savais pas ce qui allait me
tomber dessus… Quand je t’ai vue arriver sur les lieux de l’accident je ne
voulais qu’une chose, que tu me prennes dans tes bras, mais je t’ai repoussée.
Dans la voiture quand tu m’as dit de ne pas toucher aux indices, je savais que
tu avais raison, mais je t’en ai voulu. Plus tard quand tu as refermé le
dossier, je comprenais que tu ne pouvais pas faire autrement. Je voulais
t’embrasser et te dire que ce n’était pas grave mais à la place j’ai cherché à
te faire mal, pour… Peut-être pour ne plus avoir à regarder tes yeux qui me
disaient que tu souffrais et que c’était de ma faute. Pour ne pas avoir à
affronter les conséquences de mes actes. On fait souvent exactement le contraire
de ce qu’on devrait faire. Et à ce moment là, à ce moment précis où on fait le
mauvais choix, on sait toujours très exactement ce qu’on est en train de faire
mais rien ne peut plus nous empêcher d’aller jusqu’au bout. Personne n’est à
l’abri de cette règle universelle.
- Non. Ni toi, ni moi…
C’était un fait. Nous n’avions pas été très malines toutes les deux en fin de
compte, ni elle ni moi, misant plutôt sur la politique du pire. Nous nous
sourîmes timidement. Il n’y avait plus grand-chose à ajouter et surtout, j’avais
peur que le moindre mot en plus vienne troubler la magie de cet instant de paix.
Elle n’avait allumé aucune lampe et nous étions maintenant presque dans le noir.
Seule la lumière de la rue éclairait faiblement la pièce à travers les deux
fenêtres sur notre gauche. J’avais besoin de la sentir plus proche de moi,
surtout, il fallait que je sache. J’attrapai sa main qui gisait à plat sur son
genou avec les deux miennes, la retournai, et me penchai pour poser ma joue dans
sa paume. Elle ne bougea d’abord pas puis, très lentement, elle passa son autre
main dans mes cheveux. Mon cœur sauta deux battements puis en rattrapa douze.
Tout mon corps, toutes les tensions qu’il avait accumulées se relâchèrent. Je
soupirai.
Puis Catherine se pencha contre moi et déposa un baiser sur le lobe de mon
oreille.
- Je suis là maintenant Sara.
Dans le noir, les rythmes de nos respirations apaisées se mêlèrent. Sa main
lissait les mèches de mes cheveux, la mienne jouait sur sa cheville.
Soudain nous fûmes tirées de nos rêveries par la sonnette de son appartement. Sa
main se figea.
- C’est ma fille, sa nounou me la ramène…
Quelques secondes de silence s’écoulèrent pendant lesquelles j’essayais de
trouver ce qu’il fallait que je fasse. Je me redressai.
- Je… Je vais vous laisser…
- Non, reste… Enfin… Si tu le veux bien ?
Je cherchais son regard et vis qu’elle avait l’air sûre d’elle. Elle souriait,
les yeux légèrement plissés, attendant ma réponse.
- D’accord.
- Je nous préparerai à dîner, précisa-t-elle en passant délicatement sa main sous mon menton avant de se lever pour aller ouvrir la porte.
Du canapé j’entendis Lindsey apparemment très heureuse de revoir sa maman puis
Catherine qui discutait avec la nounou. Quelques instants après, Catherine et sa
fille entrèrent dans le salon où les lumières étaient maintenant allumées. Nous
avions oublié quelque chose… Quand Lindsey m’aperçut, son sourire s’effaça
brutalement de son visage et elle me fixa gravement.
- Tu viens à cause de papa encore ?
Un éclair de panique traversa le visage de Catherine, elle se baissa pour entourer les épaules de l’enfant avec ses bras.
- Non, non, chérie, Sara est juste venue dîner avec nous.
Le visage de la petite fille changea à nouveau : un large sourire s’y dessina.
Elle s’échappa des bras de sa mère pour venir me rejoindre et m’attrapa par la
main.
- Ha ouf ! J’ai eu peur ! Viens, je vais te montrer les posters de Spike dont je
t’ai parlé !
Un peu surprise, je m’excusai auprès de Catherine qui eu l’air de mimer un «
désolée » et suivis Lindsey qui courait déjà dans le couloir. J’entendis
Catherine qui ajoutait :
- Je vous laisse toutes les deux, je vais mettre en route le dîner.
J’avais déjà eu l’occasion de parler un peu avec la petite fille au commissariat
pendant et après son interrogatoire alors que nous attendions le retour de
Catherine. Je ne suis pas spécialement douée avec les enfants mais compte tenu
de l’humeur désastreuse de sa mère pendant cette affaire, j’avais jugé
nécessaire de lui accorder un peu de mon temps. Nous avions parlé de Buffy et
nous nous étions finalement bien entendu.
Alors que je traversais le couloir, je jetai un rapide coup d’œil à
l’appartement de Catherine que je voyais pour la première fois. Nous nous étions
toujours retrouvées chez moi. Il était bien plus grand et surtout beaucoup mieux
arrangé que le mien. Catherine devait consacrer plus de temps à sa décoration
que moi. Ses photos à elle étaient dans des cadres et sa housse de couette était
assortie à ses rideaux. Le lit de Catherine… je ne m’arrêtai pas et entrai dans
la chambre de sa fille.
Après l’inventaire complet des posters, nous nous assîmes par terre pour
regarder un cahier où elle avait collé d’autres photos.
- C’est qui que tu préfères toi dans Buffy.
- Hum… Faith !
- Ouais, elle est cool ! Elle irait bien avec Spike.
- Mouais…
J’évitais de lui dire que je la voyais plutôt avec Buffy. De toute façon,
Lindsey avait l’air de penser à autre chose. Je la vis regarder vers la porte
puis s’approcher de moi pour chuchoter :
- C’est vrai que tu ne sais pas qui a tué papa ?
- C’est ta maman qui t’a dit ça ?
- Oui, elle a dit que tu as mis la fille et le garçon en prison mais que tu ne
sais pas lequel l’a fait. Je sais que ça la rend très triste, elle pleure
beaucoup maman.
- C’est vrai, je ne sais pas, ils mentent tout les deux…
- Tu sais, je voudrais me souvenir de ce qui s’est passé pendant que je
l’attendais dans la voiture mais je n’ai vraiment rien vu. J’essaye de me
souvenir de plus de choses mais je n’y arrive pas.
- Oh…
Je jugeais plus que nécessaire d’intervenir. Et tant pis si Catherine n’était
pas d’accord. Depuis le début je m’étais fixer cette règle : Lindsey d’abord.
- Tu n’as plus besoin de te souvenir Lindsey. Tu sais, de toute façon tu es
beaucoup trop jeune pour témoigner devant un tribunal, ça ne compterait pas.
C’est moi qui trouverai un moyen de savoir qui a fait du mal à ton père. Je les
ai juste mis en prison tous les deux pour éviter qu’ils s’échappent. Mais je te
promets que je continuerai l’enquête jusqu’à ce que je comprenne ce qui s’est
passé. Ce n’est pas toi qui dois t’occuper de tout ça lindsey, c’est moi, ok ?
Lindsey fit oui de la tête et me sourit.
- Toi tu dois oublier tout ça, continuer à vivre ta vie de petite fille et
devenir grande, intelligente et aussi jolie que ta maman.
Je vis un sourire plus large se dessiner sur son visage totalement innocent. Je
ne fis pas attention à ses yeux qui se détournaient vers la porte.
- Tu trouves que maman est jolie ?
- Heu…
Cette fois je remarquais un brin de malice dans son regard. Je fronçai les
sourcils et elle éclata de rire. Je me retournai et vis Catherine gracieusement
appuyée contre le chambranle de la porte, les bras croisés, un sourcil relevé
comme si elle attendait ma réponse. Elle m’évita la tâche d’en trouver une et
s’adressant à sa fille, dit en riant :
- Tu seras encore plus intelligente et encore plus jolie que moi mon ange !
Lindsey se précipita pour entourer les hanches de sa maman avec ses petits bras.
- Sara a dit qu’elle attraperait celui qui a tué papa, maman !
Je baissai les yeux et sentis une boule se former dans ma gorge. Je retins mon
souffle.
- Je sais, j’ai entendu chérie, et je suis tout a fait d’accord avec tout ce
qu’elle t’a dit ! Je suis sûre qu’elle l’attrapera, Sara est très très forte !
- Plus forte que toi ?
- Ha… Ca tu sais que c’est tout à fait impossible, n’est ce pas ? Ta maman est
la plus forte du monde !
- De toute la galaxie ! Répondit la petite fille.
- De tout l’univers ! Ajoutai-je.
- Qu’est ce qu’on mange, maman ?
- Va voir ! Dit Catherine, apparemment sûre du résultat.
Lindsey détala en courant alors que je me levai pour rejoindre Catherine. Soudain, je laissais mon esprit enregistrer à nouveau combien cette femme était belle. La lumière du couloir, sa veste noire, faisaient ressortir la blondeur de ses cheveux, la pâleur de ses yeux, le dessin délicat des lignes de son visage, de son nez. Alors que j’allais passer devant elle, elle posa sa main sur ma joue pour m’arrêter et déposa un baiser doux comme des ailes de papillon sur mes lèvres.
- Merci Sara, murmura-t-elle, tu sais… Tu n’es pas la seule à qui je n’ai pas su parler…
- Moi aussi je suis là pour toi Catherine. Je suis désolée de ne pas avoir su
revenir plus tôt.
Elle passa sa main sur mon front pour écarter une mèche de cheveux et nous
entendîmes plusieurs cris de joie s’échapper de la cuisine, avant de voir
débarquer Lindsey qui courait de façon plutôt désordonnée en criant :
- Du n’importe quoi ! Du n’importe quoi !
Je lançai un coup d’œil interrogatif à Catherine.
- Du riz et… Tous les restes que j’ai pu trouver dans le frigo…
- Cool ! Du n’importe quoi ! M’exclamai-je en guise de conclusion.
Nous nous dirigeâmes toutes les trois vers la cuisine…
Le mélange concocté par Catherine s’avéra aussi délicieux que Lindsey l’avait laissé espérer. Pour la première fois depuis longtemps, j’avais retrouvé mon appétit. Nous écoutâmes la jeune Willows raconter sa journée apparemment fort excitante : elle s’était rendue au zoo avec sa classe. En grande forme, elle commença à nous mimer plusieurs animaux déclenchant de nombreux éclats de rire. Le jeu devint contagieux et Catherine commença à imiter un éléphant. Après m’être un peu fait prier pour la forme, je me lançais dans une interprétation de la parade d’intimidation du gorille des montagnes. Inutile de préciser que tout allait d’un seul coup pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Enfin, vint pour Lindsey l’heure de se préparer à dormir et Catherine et moi
nous retrouvâmes seules, un peu désorientées par ce retour au calme. Les bras
croisés devant moi sur la table, je souriais à Catherine et fixai son regard
presque vert sous cette lumière. Plus je la regardais et moins je voyais ses
yeux. Je me retrouvai ailleurs, plus tout à fait dans cette cuisine, plus tout à
fait dans le présent. D’autres images de Catherine envahissaient ma réalité :
Catherine dans la pénombre, Catherine sous moi, Catherine les yeux fermés, les
mains de Catherine sur mon corps… Je la désirais, je la désirais avec tout ce
qui me restait de vie. Elle finit par décrocher ses yeux de mon regard en
étouffant un rire et se passa la main dans les cheveux. Je fis un effort pour
revenir dans le présent et de son côté elle s’éclipsa pour aller coucher sa
fille. Je débarrassais la table.
Elle revint quelques minutes plus tard m’informant que Lindsey voulait me dire
au revoir avant de dormir. Je m’exécutais et trouvais la jeune tête blonde déjà
blottie sous les couvertures, prête à dormir. Je n’échappais évidemment pas à
une dernière imitation du gorille. Je l’embrassais sur le front, éteignis la
lumière et retournai dans la cuisine.
Catherine terminait la vaisselle, elle ne m’avait pas entendue revenir. Je la regardais. Quelque chose comme un soupir qui n’arriverait pas à sortir, comme un sanglot qui se serait bloqué, gonflait dans mes poumons. Une bulle de bonheur où plutôt, l’illumination qui accompagnerait le pressentiment d’un instant de pure perfection. Pas tout à fait la perfection elle-même mais un aperçu de ce qu’elle pourrait être. Je n’aurais pas pu déterminer si cela venait de la joie simple des instants qui avaient précédé, de la fin des souffrances que nous avions traversées, de la vision de l’ébauche de ce que pourrait être une vie avec Catherine ou tout simplement de la lumière sur le visage pensif de la femme que j’aimais, il s’agissait très probablement d’une combinaison de ces différents éléments. Peut-être que la douleur est le sel qui nous permet de réellement goûter les saveurs de l’existence. Elle tourna la tête et sourit.
Je m’approchais d’elle et vins me coller contre son dos. Je serrais mes bras autour de son corps et glissais ma lèvre inférieure sur la frontière entre son cou et son épaule. Je sentis un soupir s’échapper de sa poitrine et son corps qui s’appuyait contre le mien. Elle posa l’assiette qu’elle tenait à côté de l’évier et attrapa un torchon. Je respirais le parfum de son cou, enivrée par les souvenirs. Les mots que tout mon corps ressentait s’échappèrent de ma bouche.
- Je t’aime Catherine…
Sa tête se pencha contre ma joue, ses cheveux caressaient mes lèvres, je posai ma main sur son ventre, commençais à la remonter. Je sentis son corps frissonner et elle se redressa. Elle s’essuya les mains puis posa le torchon avant de se retourner. Son regard était intensément sérieux. Elle me fixa quelques instants comme si elle cherchait quelque chose. Je ne me sentais plus très à l’aise, quelque chose n’allait pas.
- Ne me trompe plus jamais avec quelqu'un d’autre, Sara.
- Oh, Catherine…
- Eddie m’a trompée je ne sais pas combien fois et j’ai subi cette situation pendant des années. Je ne veux plus jamais revivre ça, Sara.
- Pardon, Catherine, je suis désolée. Je sais bien que je n’aurai pas pu trouver quelque chose de plus idiot à faire.
- Prépare nous donc deux tasses de thé pendant que je termine la vaisselle, je
crois que nous devons encore parler, Sara.
- D’accord.
Est-ce que j’avais cru que j’allais m’en tirer aussi facilement ? Non, et je ne
pense même pas que je l’avais souhaité. Je savais que maintenant il n’était plus
seulement question de parler de la souffrance et des trahisons. Il était temps
de parler de ce qui viendrait après.
Catherine revint de la cuisine et me rejoignit sur le canapé où je l’attendais
devant deux tasses de thé qui fumaient légèrement. Elle rie doucement en
m’apercevant.
- Ne prends pas cet air là, Sara ! Je ne vais pas te passer un savon ! Il faut
qu’on mette certaines choses au point c’est tout.
- Tu sais bien que les discussions ce n’est pas mon fort.
- Je te fais aussi peur que ça ?
- Heu… Non… Je ne crois pas… Je ne sais pas… De quoi veux tu parler ?
- De nous, Sara.
J’attendais, pas très sûre encore de ce qu’elle entendait par là. Elle continua.
- Les êtres humains sont compliqués Sara, les relations amoureuses le sont
encore plus. Tu ne peux pas espérer que tout se passera toujours bien. Parfois,
il y a des moments difficiles qu’il faut traverser. Et je ne veux pas m’attendre
à te voir t’enfuir dès qu’un obstacle se présentera.
- C’était plus qu’un obstacle Catherine, j’ai cru que tu ne voulais plus de moi…
- Et alors ? Ca ne valait pas le coup de te battre ?
Je ne savais pas quoi répondre, elle venait de toucher juste. Je bus une gorgée
de thé mais elle continuait de me regarder et attendait que je dise quelque
chose.
- Réponds moi Sara, ça n’en valait pas la peine ?
- Si… Mais je ne savais pas…
- Tu ne savais pas quoi ?
- Comment faire.
- Alors tu as baissé les bras. Tu n’y as pas repensé une seconde fois, tu as
abandonné. Tu ne crois pas que j’avais besoin que tu me rappelles que tu étais
toujours là, que tu ressentais quelque chose pour moi ?
- Je croyais que tu voulais tout oublier.
- Tu pensais que j’avais vécu tout ça avec toi, que je t’avais dit que je t’aimais et que j’avais tout oublié en une nuit ! Mais pour qui est-ce que tu me prends, Sara ? Non, plus important, pour qui est-ce que TU te prends ? Tu sais quoi ? Voilà ce que je pense, moi : tu étais tellement convaincue que je ne pouvais pas t’aimer que tu as sauté sur la première occasion qui se présentait de te prouver à toi-même que tu avais raison…
- Peut-être…
- Mais ça ne peut pas marcher comme ça, Sara…
- Je sais mais…
- Je ne peux pas perpétuellement faire attention à ce que je fais, ce que je dis
parce que je dois faire attention à toi. Moi aussi j’ai mes faiblesses, des
moments où je ne suis plus très sûre de moi. Moi aussi j’ai besoin de pouvoir
compter sur toi. Je n’ai pas envie d’avoir peur que tu partes à la première
engueulade… Des moments de doute, j’en aurai, et ça ne voudra pas dire que je ne
t’aime plus.
- Ca ne faisait que dix jours…
- Et alors, Sara ? Si ça avait été suffisant pour toi, pourquoi est-ce que ça ne
l’aurait pas été pour moi ? J’étais là avec toi, non ? Tu n’as pas senti mes
lèvres ? Tu n’as pas vu mon désir ? Tu as oublié mes caresses qui séchaient tes
larmes ? Tu n’as pas entendu mes mots ?
- Si…
- Il va falloir que tu te convainques toi-même que je t’aime Sara…
- Tu m’aideras ?
Je penchais la tête, essayant ma meilleure imitation du regard de Bambi.
Catherine sourit et secoua la tête.
- Sara, ma Sara… Tu as vraiment de la chance d’être aussi mignonne !
- J’ai de la chance oui…
Nous nous regardâmes et la température avait grimpé de quelques degrés dans la
pièce. Je me penchai vers elle et posai ma main sur sa joue pour l’embrasser.
Nos langues se cherchèrent immédiatement, nous avions bien trop d’émotions en
retard pour prendre notre temps. Nous nous retrouvions enfin. Catherine avait
agrippé mes cheveux et ma main se promenait sur son ventre. J’aurai voulu que la
passion de notre baiser puisse tout effacer, j’essayais de lui promettre que je
saurai trouver la force de l’aimer et surtout de me laisser aimer.
Cependant, ma main n’osait pas monter plus haut, nos bouches n’osaient pas prendre d’autres chemins. Quelque chose nous retenait encore de laisser les événements suivre leur cours. Notre baiser devint plus tendre, je baladais mes doigts dans son dos, pris sa lèvre inférieure entre les miennes. Puis je m’éloignais pour la regarder. Il était assez évident que nous nous désirions et pourtant, aucune de nous deux ne semblait avoir envie d’aller trop vite. Trop de mots, trop de questions, envahissaient encore nos esprits. Nous savions que nous aurions tout notre temps, plus tard, pour laisser nos corps s’exprimer. Le souvenir de la douleur, encore trop proche, empêchait que nous nous laissions aller et en fin de compte, il y avait quelque chose de plus intense dans cette tendresse partagée, dans notre intimité retrouvée. C’était de cette intensité là dont nous avions besoin pour l’instant. Elle posa sa tête sur mon épaule, sa main sur mon ventre, je continuais de caresser son dos. Après quelques minutes, elle prit la parole.
- A quoi tu penses, ma puce ?
- Je rêvais… Je repensais à cette soirée, le dîner avec Lindsey… Comme une vie
de famille. J’ai l’impression que cela fait une éternité que je n’ai pas connu
ça... Tu vois, je croyais que ce type d’intimité me ferait peur que j’étais à
mille lieux de la désirer et je m’aperçois que non… J’en ai plutôt envie en
fait… C’est étrange…
Catherine resta un instant silencieuse, puis elle releva la tête et me regarda
en fronçant les sourcils comme si je venais de dire que je voulais me mettre à
la danse classique.
- Ha, ha ! C’est toi qui a peur maintenant, hein Catherine ?
Elle pencha la tête et sourit comprenant que je me moquais d’elle, puis,
montrant sa poitrine avec son pouce, elle déclara.
- Qui moi ? Peur ? Non, c’est juste que… Enfin…
- Ne t’inquiète pas, je ne suis pas en train de penser à faire mes valises.
- Je ne suis pas vraiment… Inquiète… Chaque chose en son temps…
- Oui… C’est juste que… Je suis tellement bien avec toi Catherine…
Je l’embrassais à nouveau mais mon corps commençait à me faire sentir qu’il
était tard et que cette journée l’avait un peu trop poussé au-delà de ses
limites. La fatigue m’envahissait et surtout je savais très bien que si
j’attendais encore je n’aurai plus la force de rentrer chez moi. Pourtant je
n’avais pas envie de la quitter, je voulais rester blottie contre elle, dans son
odeur, sa chaleur. Je fis un effort surhumain pour me redresser.
- Catherine… Je suis désolée mais… Il est tard et… Je suis exténuée.
- Moi aussi…Je comprends…
- Je vais rentrer chez moi. Je peux prendre la voiture du CSI ? Tu as la tienne
?
- Heu… Oui…
- On se voit demain ?
Catherine paraissait avoir besoin de fournir un effort démesuré pour me
répondre. Elle restait comme en suspens, la bouche ouverte. Je me demandais ce
qu’elle avait.
- Quelque chose ne va pas ? Tu n’es pas libre demain ?
- Sara…
Elle avait posé sa main sur ma joue. Dans le bleu de ses yeux fatigués
brillaient d’insondables promesses de bonheur.
- Oui ?
- Reste dormir avec moi…
FIN