Et du Chaos Naîtra la Création…
Deuxième Partie
Par SoFrost
Chapitre 11 : Sara
Oh mon dieu. Je crois que Cake essaye de m’appeler. Depuis que j’ai quitté la maison de Catherine j’ai reçu cinq appels, mais à chaque fois la réception était tellement mauvaise que je n’arrivais pas à entendre quoique ce soit. J’ai appelé Brass et lui ai demandé de tracer l’appel. Mon cœur bat à tout rompre et je suis chargée d’adrénaline, c’est peut être la fin du cauchemar.
Mon téléphone sonne à nouveau.
« Sidle »
« C’est…Cake… » Elle est en vie. Merci mon dieu, elle est en vie !!
« Cake, où es-tu ? »
« J’en sais rien… » Sa voix est timide et incertaine.
« Est-ce que ça va ? » je lui demande, je suis excitée et effrayée en même temps.
« Pas vraiment…est-ce que tu peux venir me chercher s’il te plait? » elle me supplie comme si je pourrais refuser sa requête.
Il y a quelque chose qui cloche. Mais il faut procéder par ordre de priorité, d’abord la mettre en sécurité ensuite savoir ce qu’il se passe.
« Bien sûr, je suis en chemine dis moi juste où tu te trouves. »
« J’en sais rien…j’en sais vraiment rien, désolé… »
« C’est rien, ne t’en fais pas, dis moi juste si tu vois un panneau routier quelconque près de toi. »
« Ben, y’en a un qui indique qu’Henderson est à 50 km… »
« D’accord, » bon ce n’est pas très précis mais c’est déjà quelque chose au moins on va pouvoir délimiter la zone de recherches. « Maintenant, dis moi s’il y a un endroit où tu peux te cacher ou être à l’abri jusqu’à ce que j’arrive ? »
« Il y a un petit bois à côté de la cabine… » Pas forcément le meilleur endroit mais ça devra faire l’affaire.
« Ok, je veux que tu te caches là et je klaxonnerais quand je serais là. »
« D’accord….Sara… »
« Oui ? »
« Je…suis désolée. »
« Tout va bien ne t’en fais pas, je serais là très rapidement. Fais attention à toi entre temps. »
Puis plus rien, Nancy avait raison, on l’a retrouvée.
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Grâce à Brass j’ai une location précise. C’est un endroit sombre au milieu de nulle part. J’ai réussi à m’y rendre aussi vite que possible sans me tuer sur la route. Mon cœur est en surrégime, j’espère seulement qu’il ne me lâchera pas avant que je ne ramène Cake à la maison.
J’arrive près du panneau routier qu’elle m’a indiqué. D’un côté de la route il y a une cabine téléphonique. La cabine téléphonique. La cabine d’où elle m’a appelé. A part les voitures qui passent près d’ici, c’est la seule source de lumière.
Je me demande comment Cake a put finir ici. Il y a au moins deux heures de trajet entre sa maison et cet endroit, deux heures en voiture. Mais personne n’a dit que Cake a marché pendant ces trois derniers jours. J’arrête le train de mes pensées parce que mes démons commencent à remonter à la surface. Ce n’est pas le moment de spéculer.
La route est entourée d’arbres, beaucoup d’arbres. En gros, je dirais que c’est une forêt. Je commence à avoir peur du croque-mitaine à nouveau. Je suis presque en train d’attendre qu’il sorte des bois pour m’emmener loin de tout. Ressaisis toi Sidle, il ne s’agit pas de toi là.
J’arrête la voiture dans le halo de lumière près de la cabine. Comme ça Cake peut voir mon visage. Je coupe le contact et sort de la voiture. Il n’y a rien à part le silence et cet endroit est plus qu’angoissant.
Je klaxonne deux fois. « Cake ! » j’hurle. Rien. Je klaxonne à nouveau. Je regarde partout parce que je ne sais pas où elle est, à supposer qu’elle est toujours là. « Cake, c’est Sara ! » je klaxonne encore et encore. J’attends un peu pour voir si quelque chose bouge. Toujours rien. « Cake, c’est Sara, sort de ta cachette ! » je hurle à pleins poumons.
«Allez, je sais que tu es là. » Je commence à m’étouffer dans mon désespoir et ma peur. C’est comme si je me noyais un peu plus profondément. Allez quoi, j’ai besoin d’un coup de pouce s’il vous plaît.
Je donne quatre longs coups de klaxon et ensuite sors complètement de la voiture afin de me mettre dans le halo de lumière.
« Babycake… » je marque une pose, je pense que j’ai vu quelque chose bouger derrière les arbres. « Cake ? » la forme se déplace vers moi avec un pas incertain. Sans lumière ce n’est qu’une ombre mais je reconnaîtrais cette silhouette n’importe où.
Elle se meut doucement comme si elle avait peur de moi. Son corps tremble, je peux le voir d’où je suis. J’essaye de ne pas céder à la panic. C’est presque fini.
Quand elle est dans le halo de lumière – à peu près un mètre loin de moi, elle s’arrête. C’est comme si je la voyais pour la première fois. Comme si la jeune fille devant moi n’était pas celle que j’avais recherchée désespérément pendant trois jours. Ses cheveux sont en bataille, ses yeux sont rouges et gonflés. Son sac à dos se balance sur une de ses épaules. Ce qui m’effraie c’est ce que je vois dans ses yeux. Cette expression particulière que je ne connais que trop bien. L’expression de quelqu’un qui est perdu. J’avais le même regard et quelque part je pense que je l’ai encore après mes cauchemars. Par pitié ne me dite pas que ça lui est arrivé.
Je ne peux plus respirer tellement la peur m’envahit.
Elle m’observe longuement comme pour voir si je suis en colère contre elle ou si je vais la laisser là.
« Je passais dans le coin et je me demandais si tu avais besoin d’un chauffeur, » je dis de manière neutre. Elle me regarde silencieusement et ses lèvres commencent à trembler. « Je connais un endroit pas très loin d’ici où ils font un chocolat chaud monstrueux et je me disais ‘Cake doit goûter ça’. Alors, on pourrait y faire un tour si ça te dit. » je lui souris. Elle me sourit faiblement mais elle est toujours sur le point de pleurer « Mais on peut aussi rester ici, c’est un coin sympa. On pourrait regarder les étoiles. » j’ignore pourquoi je dis toutes ces choses. Mais je n’ai pas envie qu’elle s'en aille ou qu’elle prenne peur alors j’agis comme si tout était normal. « Alors? Qu’est ce que t’en dis? »
Le temps semble s’être arrêté. J’ouvre mes bras en grand pour qu’elle comprenne que je n’ai aucune intention de m’en aller sans elle.
Soudain, elle se précipite dans mes bras et manque de nous faire basculer en arrière.
Son étreinte est sur le point de me briser les os mais je m’en fiche complètement, elle est là et en vie, le reste n’a aucune importance.
Elle pleure avec effusion sur mon épaule.
« Hey là. Tout va bien, je suis là. » je la console en lui caressant tendrement les cheveux.
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Lorsque ses pleurs cessent je prend son sac à dos et la mène à la voiture. J’attends qu’elle attache sa ceinture avant de contourner la voiture pour me mettre au volant. Sa tête est baissée, comme si elle se sentait honteuse. Je ne la force pas à me parler cela dit.
Cela fait une heure que nous roulons en silence. Je n’arrête pas de jeter un œil à Cake dès que la route me le permet, c'est-à-dire toutes les deux ou trois minutes. Quelque chose attire mon attention, il y a du sang séché sur sa lèvre inférieure, ainsi que quelques égratignures et des bleues sur ses bras. Comment est ce que j’ai pu manquer ça ?
Je me gare sur le bas côté de la route. Cake ne bouge pas un muscle. Je coupe le moteur et me tourne pour lui faire face.
« Cake ? » quelque chose ne va pas.
« Il y avait ce garçon qui traînait près de mon école… Joey… les profs disent que c'est une mauvaise graine… »
Je n’aime pas du tout ce que j’entends et je suis sure que c’est la meilleur partie, mais je ne dis rien.
« Il a été renvoyé mais il s’en fiche... il est du genre rebelle, tu vois ? » elle expire « il a quelques amis qui sont plus âgés, ils traînent toujours ici et là… On s’est engueulé avec m’man, je ne pensais pas vraiment. J’étais énervée et…peu importe, je me suis enfuie par la fenêtre. Je suis allée jusqu’ au centre commercial et ils étaient là. On a discuté et ils m’ont appréciée, et je les trouvais plutôt cool. Ils se rendaient à une fête près du Lac Mead alors ils m’ont invitée. On est resté au lac toute la nuit et une partie du jour suivant… » elle s’interrompt. Elle regarde fixement ses pieds. Je ne sais pas pourquoi mais mon estomac est en train de faire une petite révolution et essaye de se retourner.
« Ensuite on est repartis sur la route et on est arrivés quelque part pas loin de l’endroit d’où je t’ai appelé. Il y avait une cabane dans la forêt… ils ont fait un feu à l’extérieur et Joey et moi on est allé discuter à l’intérieur. Il était marrant et sympa…attentionné même… il m’a embrassé… » je dois appliquer toute la pression possible sur ma mâchoire pour ne pas vomir. Des larmes coulent doucement sur son visage. « On s’est embrassé pendant un bon moment mais ensuite il a commencé à…mettre ses mains sur moi…je veux dire….il a commencé à me toucher….mais je ne voulais pas, je….c’était… » sa voix n’est qu’un murmure.
Ce gosse a intérêt à être sur une autre planète à l’heure qu’il est, parce que je vais le poursuivre et le tuer, et même Dieu lui-même ne saura pas ce qui sera arrivé à son corps. Mes poings sont si serrés que j’en ai la circulation coupée, j’ai le sang qui est en train de bouillonner.
« Je ne le voulais pas, je n’aimais pas ça…je lui ai dit d’arrêter et je l’ai repoussé mais il ne m’écoutais pas…il a continué à balader ses mains sur mon corps…je le repoussais… » elle tremble violemment. J’aimerai la prendre dans mes bras mais je sais mieux que quiconque qu’elle n’appréciera pas le contact. « Alors je l’ai mordu…..j’ai mordu sa main assez fort pour presque le faire saigner…il m’a frappé en retour et m’a insulté…ensuite il a dit que j’étais un bébé et qu’il n’avait pas de temps à perdre avec moi. Lui et ses amis sont partis en me laissant seule…j’étais effrayer alors j’ai couru aussi vite que possible et j’ai trouvé la cabine téléphonique…et… » elle redresse sa tête et me regarde pour la première fois. « Je ne l’ai pas provoqué, je ne voulais pas que quelque chose de mal arrive….crois moi, je… »
« Ce n’est pas ta faute, tu m’entend ? Ce n’est pas ta faute, » je lui dit « Le seul responsable c’est Joey. » Elle ne dit rien mais je vois bien à ses yeux qu’elle n’est pas convaincue. « Cake crois moi tu n’a rien fait de mal…tu as fais ce qu’il fallait pour te protéger, et rien de tout ça n’est de ta faute. »
« Qu’est ce que t’en sais ? » elle me demande en colère. Je m’interroge sur ce que je dois lui répondre. Je la regarde droit dans les yeux, l’honnêteté est la première règle de notre amitié. Elle ne se cache pas de moi et je ne me cache pas d’elle.
« J’étais à ta place il y a quelques années. Crois moi, ce n’est pas ta faute, » je lui confesse gentiment. Elle absorbe mes mots silencieusement. Moi aussi, j’aurais aimé avoir mordu mon bourreau. J’aurais voulu avoir eu les tripes de combattre mon père.
« Je t’en pris ne dit rien à maman, » elle me supplie.
« Je ne lui dirais rien, » je ne devrais pas cacher ce genre d’information à Catherine.
« Promets le. »
« A une condition, » elle me regarde avec surprise, c’est la première fois que je lui demande quelque chose en retour de ma confidence. « Je ne lui dirais rien si tu me promet de lui dire toi-même. »
« Je t’en pris ne me fais pas ça » elle m’implore.
« C’est à prendre ou à laisser. »
« Elle ne voudra plus jamais me regarder si je lui dis… »
« Cake, elle sera énervée mais pas contre toi, elle en voudra à Joey, » je m’arrête et attend qu’elle me regarde à nouveau. « Tu n’es pas obligé de tout lui dire tout de suite. Attends de te sentir prête. Mais saches qu’elle est là pour toi et qu’elle le sera toujours. Tu dois lui dire la vérité. »
Elle considère ma proposition. « Très bien, je te le promets que je lui parlerais mais tu dois tenir parole. » Je lui tends mon petit doigt. Cela peut paraître stupide mais la règle est que les promesses scellées avec le petit doigt ne peuvent être brisées en aucune circonstance. Elle accroche mon petit doit avec le sien, s’engageant ainsi à ne pas rompre sa promesse.
Je la prends dans mais bras et la berce doucement « Ce n’est pas ta faute, ce n’est pas ta faute, » je lui répète en lui caressant les cheveux.
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Je me gare dans l’allée de Catherine. Je peux sentir la nervosité de Cake.
« Tout va bien maintenant, » je lui dis doucement.
« Ne me laisse pas, s’il te plait »
« Ça ne m’a même pas effleuré l’esprit » je lui réponds et elle me sourit faiblement avant que nous ne sortions de la voiture.
Nous marchons jusqu’à la porte. Je m’apprête à sonner lorsque Cake arrête mon mouvement. Elle me prend dans ses bras et me serre fort. « Merci Sara »
Je retourne son étreinte. Je recommence à respirer. Elle est en sécurité. Elle est à la maison.
Elle sonne et nous attendons patiemment qu’on nous ouvre la porte.
Chapitre 12 : Catherine
On sonne à la porte, ce qui me sort de mes pensées. Cela fait presque 4 heures que Sara est partie et depuis ma dispute avec Nancy je n’ai pas arrêter de penser à toutes les choses pour lesquelles j’avais échouée et celles que je voulais réparer.
Il est 23h. Mes tripes m’envoient de drôle de messages. Je sens une mauvaise nouvelle. Puis je commence à me dire que ce sont des policiers qui sont venir me dire qu’ils avaient trouver le corps de ma fille. Je pense que je deviens parano. Pour être honnête ces trois derniers jours m’ont tués à petit feu. J’ai le cœur à fleur de peau et la chose la plus insignifiante peut me rendre dingue.
Je commence à paniquer, Nancy s’en aperçoit et va ouvrir la porte. Elle m’a tenue dans ses bras depuis notre dispute. Nous avons partagées du silence, elle m’a réconfortée, et je ne peux être que reconnaissante d’avoir une sœur comme elle. Je sais que ces derniers jours ont été durs pour elle, mais à aucun moment elle ne s’est plainte.
J’entends qu’elle ouvre la porte et puis plus rien. Pas de voix, pas de son de porte qui se referme, rien sauf un silence terrifiant. Ça ne peut pas être bon.
Je me lève pour voir ce qui se passe. Nancy me tourne le dos, la porte est grande ouverte et je peux voir Sara debout sur les côtés. Nos yeux se croisent. Et quelque chose se produit, pendant un court instant c’est comme si je pouvais la voir à nu, voir son âme.
Nancy est en train d’enlacer quelqu’un mais je ne peux pas voir qui. Elle relâche son étreinte et se pousse sur les côtés.
Oh. Mon. Dieu. Ce n’est pas possible.
Je n’arrive plus à respirer. Toutes mes fonctions cérébrales cessent leurs activités. Je ne sais plus comment bouger encore moins comment respirer.
Elle est de retour. Ma fille est de retour.
Elle me regarde avec un mélange de peur et de tristesse. Elle a l’air d’avoir peur de moi. Je ne peux pas lui en vouloir mais cela me fais mal. Je souhaiterais tellement effacer ces derniers jours, effacer notre dispute mais je ne le peux pas.
Je sens des sueurs froides le long de mon échine. Mon corps entier se met à trembler. Tout à coup, tous mes sens mes reviennent. Je peux sentir l’oxygène emplir mes poumons. Je peux sentir les larmes me brûler les yeux. Je sens mon corps devenir aussi rigide que du marshmallow. Je sens mes veines me brûler au fur et à mesure que le dégoût et la culpabilité refont surface. Je peux sentir mon cœur battre si fort que c’en est douloureux.
Je suis effrayée. J’ai peur que si je fais un geste elle disparaîtra. Effrayée à l’idée qu’elle me rejette. Effrayée qu’à partir de maintenant il y ait un vide infranchissable entre nous. Effrayée à l’idée que je suis peut être en train de rêver.
Elle est mal à l’aise sous mon regard, elle semble hésiter entre rester et s’enfuir à nouveau, elle recul d’un pas. Je veux la rassurer, lui dire que je l’aime, mais mon corps ne semble pas vouloir m’obéir.
Je la regarde attentivement. Elle semble plus âgée que la dernière fois que je l’ai vue. Cela fait presque trois jours et pourtant j’ai l’impression que cela fait des siècles. C’est à ce moment que je remarque le sang séché sur ses lèvres et les meurtrissures sur son corps. Nom de… je sens la rage m’envahir. Celui qui a fait ça s’apprête à connaître une terrible souffrance. Puis une pensée me frappe de plein fouet. Je ne suis pas mieux que cette personne. En fait c’est même pire car je suis celle en qui elle est sensée avoir confiance, je suis sensée la protéger, et cependant la seule chose que j’ai faite était de violer cette confiance. Je suis un monstre, je me sens misérable.
Pourra-t-elle un jour me pardonner ? Pourra-t-elle jamais me faire confiance à nouveau ? Pourra-t-elle jamais m’aimer à nouveau ?
« Maman… » elle m’appelle avec une voix chevrotante. Mon cœur est sur le point d’exploser. Ce mot est la plus belle mélodie que je n’ai jamais entendue. Je ne pense pas avoir ressenti cela même la première fois qu’elle l’a prononcée. Elle tremble et ses yeux sont pleins de larmes, elle déglutit et essaye à nouveau.
« Maman… je suis désolée »
Je n’y crois pas, elle est désolée. Elle est désolée. Je suis celle qui lui a fait du mal, je suis une mauvaise mère et c’est elle qui s’excuse.
« Je suis vraiment désolée maman… » je vois la panique montée dans ses yeux face à mon silence. La vérité est que je suis trop choquée pour dire quoique ce soit. J’ai besoin d’un peu de temps pour analyser tout ce qui est train de se produire. « Je suis désolée…je »
« Non » je l’interromps. Il y a tellement de choses que je voudrais lui dire, mais c’est comme si les mots jouaient à cache-cache dans ma tête.
Je fais quelques pas vers elle, j’ai l’impression de déplacer une montagne. C’est un geste si simple pourtant c’est comme si c’était le plus exténuant que j’avais eu à faire de toute ma vie. Je m’arrête devant elle et je me laisse tomber à genoux. Je me sens si misérable que je regarde le sol au lieu de la regarder. Je prend une grande inspiration et rassemble toute la force qu’il me reste et la regarde enfin.
« Je suis désolée pour tout ! Je suis désolée d’être une si mauvaise mère. Je suis désolée de n’avoir pas fait attention à toi, » je respire profondément pour ne pas craquer maintenant. « Je suis désolée de t’avoir giflée » mon cœur se resserre à ces mots. Que suis-je devenue ? « Je suis désolé. Je suis tellement désolée pour toute la peine que je t’ai causée… je suis si désolée… et si tu trouve la force de ma pardonner je te jure que je ne te frapperais plus jamais. Je ne toucherais jamais plus avec colère. »
Alors voilà donc ce qu’on appelle la cruelle ironie. Il y a quelques années, ces mots étaient ceux d’Eddie après nos bagarres. Mais la différence ici est que je préfèrerais mourir plutôt que de ne pas tenir ma parole. « Je suis désolée….je t’en prie pardonne moi…donne moi une autre chance et je te promet de ne jamais plus te laisser tomber… » je sanglote, je n’ai plus rien à donner, je suis vidée et je n’ai plus la force de parler. Mes sanglots sont si violents que j’ai peine à reprendre mon souffle.
Elle ne dit rien pendant ce qui me paraît une éternité. Chaque nouvelle seconde est comme une nouvelle blessure dans mon cœur. Je me meurs doucement en attendant qu’elle prenne une décision, attendant qu’elle décide entre me ramener à la vie ou m’achever pour de bon.
Je m’attendais à beaucoup de chose mais certainement pas à ce qu’elle s’agenouille devant moi pour me prendre dans ses bras.
« Maman je regrette tout ce que j’ai dit….je t’aime…je t’aime maman. »
Mes sanglots redoublent mais je suis heureuse. J’ai l’impression de renaître. Ma fille est de retour. Je ne la mérite pas cependant elle me pardonne et elle m’aime. Je m’agrippe à elle comme si ma vie en dépendait car j’ai encore peur que tout ça ne soit rien qu’un rêve. Les couleurs reviennent dans mon monde, je suis dans mon pays des merveilles à nouveau.
«Oh chérie, je t’aime tellement… » je lui dis. Nous laissons nos émotions exploser dans notre étreinte désespérée.
Elle est de retour et elle est en vie.
Je suis en vie, à nouveau.
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« Maman »
« Oui ? »
« Je risque d’avoir besoin d’oxygène à un certain point » elle dit avec un léger rire. Je relâche mon étreinte immédiatement comme si j’avais été brûlée.
« Oh… désolé… »
« C’est pas grave, t’en fais pas, » elle me rassure.
« C’est juste que…c’est si bon de t’avoir à nouveau à la maison. »
« C’est bon d’être de retour. »
Je laisse la réalité reprendre place. Je me rends compte que nous sommes toujours par terre. La porte est fermée cela dit, et Sara et Nancy ne sont nulle part en vue. Je me lève et offre ma main à Lindsey pour l’aider à se relever.
« Est-ce que tu as faim ? » je lui demande.
« Non, c’est bon. »
Je ne lui lâche pas la main.
« Je suis fatiguée par contre, » elle confesse.
« Ok…je vais aller préparer ta chambre pendant que tu prends une douche…qu’est ce que t’en dis ? »
« Est ce que je peux dormir avec toi dans ton lit ? » mon cœur se gonfle. Je suis si heureuse qu’elle soit de retour et je ne veux jamais plus qu’elle s’en aille.
« Oui, bien sûr. » elle sourit en réponse et moi aussi.
« Je vais prendre une douche, » elle me lâche la main et je ressens un manque immédiat. Avant qu’elle n’aille plus loin je lui fais un câlin.
« Je t’aime chérie, je t’aime très très fort » je lui dis.
« Je t’aime aussi maman, » et avec ça elle s’en va vers la salle de bain.
Je la regarde avant qu’elle ne sorte de mon champ de vision.
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Je prépare ma chambre pour Lindsey et moi, puis je pars à la recherche de ma sœur et de Sara. Je les trouve sur les marches du perron. Elles ne parlent pas, elles sont juste assises là.
« Vous devriez revenir à l’intérieur, il fait un froid de canard dehors » je leur dis.
Elles se tournent et me regardent. Elles ont la même expression, elles sont fatiguées aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Je rentre et attends qu’elle se joigne à moi.
Nancy va directement dans la cuisine alors que Sara reste près de la porte. C’est comme si elle ne savait pas quoi faire, rester ou partir. On se regarde longuement sans parler. J’ai besoin de la remercier pour m’avoir ramener mon bébé. Il y a tellement de choses que je voudrais dire. Une seule chose est certaine, notre relation a changée. Il y a beaucoup de choses que je dois réparer, mais je sais que rien ne sera plus jamais comme avant.
Je veux lui parler, mais c’est comme si j’étais muette. Je veux la prendre dans mes bras. C’est étrange car ce moment est vraiment maladroit. On nage en pleine incertitude alors on se contente de se regarder.
Mes yeux se posent sur sa main. J’avais complètement oublié ce détail. Un autre rappel de ma métamorphose en Mrs. Hyde.
« Comment va ta main ? »
« Ça va » elle me répond avec une petite voix.
« Sara… » je commence.
« Catherine, ça va, » elle m’interrompt. Ses yeux ébène me parlent à nouveau.
« Non ça ne va pas, écoute… »
« Catherine ce n’est pas le moment pour nous ! » elle s’arrête et semble chercher ses mots « Plus tard, d’accord ? »
Je veux lui répondre. Je veux m’excuser, mais elle m’en empêche. Son rejet me frustre, m’attriste et me blesse. Mais je n’ai pas envie de me battre avec elle alors je m’incline.
« Tout va bien ? » une voix derrière moi demande.
Je me tourne et vois Lindsey en pyjama. « Oui, chérie. »
« Ok, » elle n’a pas l’air convaincue du tout.
« Je vais prendre une douche et ensuite on ira au lit, d’accord ? »
« Ouai, bien sûr, » elle me sourit. Je me tourne encore vers Sara et la regarde une dernière fois avant d’aller dans la salle de bain. J’ai l’impression que c’est la dernière fois que je la vois.
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Je suis sur une montagne russe émotionnelle. Il y a tellement de questions qui tourbillonnent dans ma tête. La plupart d’entre elles sont à propos de Lindsey, les autres concerne Sara. Mais pour l’instant l’important c’est Lindsey, Sara passe après.
C’est étrange. Notre relation a toujours été sur des bases incertaines. Quand on y pense je ne lui ai jamais vraiment donné de chances de mieux me connaître, je n’ai pas non plus essayé de la connaître mieux. Pourtant elle était à mes côtés durant les pires jours de ma vie. Elle a traversé l’enfer à mes côtés. Elle a enduré mes mots les plus durs, je l’ai blessé physiquement et l’ai poussé à se faire du mal, et elle est restée près de moi sans demander quoique ce soit en retour.
Moi, d’un autre côté, j’ai compris que j’avais besoin d’elle dans ma vie. Quand bien même on se bat la plupart du temps, j’ai besoin d’elle, de notre relation. Elle m’apporte un certain équilibre dans ma vie. De plus elle a pris soin de mon bébé, je peux lui faire confiance avec tout ce que je suis, avec ma propre vie. Elle me donne toujours le sentiment de sécurité. J’ai vraiment besoin de savoir ce que ce chaos d’émotions que je ressens en sa présence signifie.
Je veux améliorer notre relation et en faire une amitié. Il y a beaucoup de chemin à faire mais j’en ai besoin.
Je commence une nouvelle page de ma vie. Je ferais tout pour remettre les choses en ordre, pour être une bonne mère, une bonne sœur et une bonne amie.
Chapitre 13 : Sara
Tout est de retour à la normal, cependant j’ai la sensation que je ne devrais pas être là. Je n’ai pas l’impression d’avoir ma place dans ce portrait de famille même si je le voudrais.
Après la confrontation entre Catherine et Cake j’avais besoins d’air frais alors je suis sorti. Nancy aussi apparemment puisqu’elle m’a rejoint sur le perron. C’est un peu notre endroit maintenant. J’ai appelé Warrick et Brass pour leur faire savoir que Cake était saine et sauve. Puis je me suis assise à côté de Nancy sur les marches. On a partagé un silence confortable, c’était la fin du cauchemar. On avait du en faire face à beaucoup ces derniers jours. Ensuite Catherine nous a demandées de rentrer.
C’est à ce moment que je me suis sentie de trop. Ce n’est pas ma place. Catherine et moi avons eu un moment bizarre. Je ne savais pas vraiment si je devais rester ou partir. Elle semblait avoir beaucoup de choses à dire sans pour autant y parvenir, mais j’ai décidé que ce n’était pas le moment pour nous, c’était le moment pour elle de se consacrer à Cake, le reste peut bien attendre.
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« La Terre à Sara… »
« Quoi ? » je demande.
« Tu étais perdue dans l’espace, » Nancy répond.
« Oh…pardon. »
« Ce n’est rien. »
Nous sommes dans la cuisine avec Cake. Je suis sur le point de leur préparer du chocolat chaud.
« Alors c’est ici qu’on fait le meilleur chocolat chaud de tout les temps ? » demande Cake avec une pointe de sarcasme.
« Ben oui. »
« En tout cas ce n’est pas la modestie qui t’étouffe » Nancy réplique. Je la regarde avec offense.
« Je te demande pardon ? Pour ta gouverne je fais le meilleur chocolat chaud qu’il soit, » je réponds.
« On sera juge de ça, mademoiselle humilité ! » Cake rétorque.
« Vous savez, si on n’est pas satisfaites, je penses que tu devras nous offrir quelque chose et que nous inviter à dîner. » dit Nancy
« Ouaip. En fait il faudra que tu nous emmènes dans un endroit spécial et ça devra être fun. » ajoute Cake
« Je dois dire que je suis plus que déçue par le manque de foi en moi dont vous faites preuve. Mais dans ma grande bonté je vous pardonne, » dis je avec le ton le plus pompeux qu’il soit et les fais glousser. « C’est ça, rigolez autant que vous le voudrez, » cette fois leur gloussements se changent en éclats de rire. « Très bien, je vais jouer le jeu, » je leur dis sérieusement et elles arrêtent de rire.
« Vraiment ? » Nancy me met au défi. Cake et elle ont une étincelle dans les yeux, elles apprécient vraiment ce jeu.
« Tout à fait, » elles me regardent avec suspicions.
« T’es sûre de vouloir faire ça, » demande Cake .
« Vous venez d’insulter mon chocolat chaud, de tous mes talents culinaires il a fallu que ce soit le chocolat chaud. C’est un péché capital. »
« Oh on est de méchantes filles, n’est ce pas Linds ? »
« Très vilaines, à tel point que je crois que je vais pleurer. » elles font toutes les deux la moue et font semblant d’être désolées.
« Ah ah, très drôle, » je m’amuse vraiment. Je chéris cet instant parce qu’il est parfait. Pour une fois j’ai l’impression d’être à ma place. Pour une fois j’ai l’impression d’avoir ma place dans une famille. Pour une fois je suis vraiment heureuse. Je chéris cet instant parce que je sais que bientôt je devrais dire adieu à tout ça. Ce moment est parfait, le monde pourrait s’arrêter de tourner maintenant mais je m’en fiche.
Non, attendez, je retire ce que j’ai dit, il est presque parfait.
« Désolé Sara mais on doit te punir pour ta vantardise... Alors voilà le deal : si on n’est pas satisfaites par ton chocolat chaud tu devras nous préparer une journée spéciale. Tu devras nous emmener dans un endroit original, et tu devras te débrouiller pour que la journée soit fun du début jusqu’à la fin. Ensuite tu devras nous faire un cadeau à toutes et pour finir nous inviter à dîner. Qu’est ce que t’en penses Linds ? »
« Je suis » elles ont le même sourire satisfait.
« Wow, c’est une addition plutôt salée… »
« Tu l’as cherché, » réplique Nancy .
« Je pourrais refuser….mais je ne refuse jamais un défi, alors j’accepte. Et sachez que si je gagne vous devrez me suivre pendant une journée et répondre à mes moindres désirs. »
Elles réfléchissent à ma proposition mais n’ont pas la chance de répondre car Catherine entre dans la cuisine.
« Qu’est ce qui se passe ? » demande elle .
« Sara se vante de faire le meilleure chocolat chaud du monde. »
« Vraiment ? » Catherine me regarde et je vois une étincelle d’amusement s’allumer dans son regard. Après ces trois jour c’est comme si elle était de retour à la vie, le feu dans ses yeux est de retour. « Ce n’est pas la modestie qui t’étouffe, » elle fait écho à Nancy sans le savoir.
« C’est exactement ce qu’on lui a dit ! » s'exclame Nancy .
« Alors on a fait un pari, » Cake continue.
« Quels sont les gains ? » demande Catherine, intriguée.
« Une journée de fun dans un endroit spécial, des cadeaux et un dîner. » Cake résume.
« Intéressant, » commente Catherine .
« Qu’est ce que t’en dis ? » je demande à Catherine. Il y a un sourire qui orne gracieusement ses lèvres et ses yeux pétillent.
On est bien conscientes que si le plus effrayant est passé, le plus dure reste à faire. Il y a tellement de choses à régler, tellement à dire, et à réparer. Mais on a besoin de ce moment. C’est un de ces moments qui vous rappellent que la vie vaut la peine d’être vécue. Le monde entier s’est retiré pour faire place à ce moment parfait. On n’est entourées par le bonheur, pendant cet éphémère instant. Je prends une minute pour graver ce moment dans mon cœur car il est vraiment parfait.
« Qu’est ce qui se passe si on perd ? » demande Catherine .
« Vous serez miennes pendant une journée, » je dis en souriant.
Catherine réfléchit puis se tourne vers sa fille et sa sœur puis elle me regarde à nouveau avec son regard de prédatrice. « Je dirais…que je suis partante. »
Je leur tends ma main « C’est parti, » et scellons notre pari par des poignées de mains. « Maintenant si ces dames veulent bien m’excuser, il s’agit d’une recette secrète par conséquent vous devrez patienter dans le salon, » je dis solennellement.
Elles s’exécute et je soupir de soulagement une fois que j’ai trouvé tous les ingrédients nécessaire.
Traitez moi de vantarde si vous le voulez, j’assume complètement. Je veux dire soyons honnête, j’ai grandit dans un Bed and Breakfast. Mes frères et moi n’avons peut être pas eu une enfance de rêve, mais il y avait des moments où mes parents remplissaient effectivement leur rôle de parents. Ces jours n’étaient pas légion mais c’était les plus heureux. Des talents culinaires. C’est la seule chose que nos parents nous ont légués. Leur seul témoignage d’amour, en supposant qu’ils connaissaient la signification de ce mot. C’est pourquoi je suis si fière de mes talents culinaires. La plupart des recettes sont des secrets de famille, elles sont passées de génération en génération pendant au moins un demi siècle. Ces recettes sont le plus précieux de mes trésors d’enfant. Il n’y a que de bons souvenirs reliés à chacune d’entre elles. En ce qui concerne le chocolat chaud, c’est notre recette la plus fameuse. C’est peut être le meilleur chocolat chaud de toute la Californie, les experts vous le diront. J’espère qu’un jour je pourrais transmettre ce savoir à quelqu’un.
Trente minutes plus tard mon chocolat est prêt pour être goûté. Je vais chercher les filles dans le salon et je les retrouve en train de pouffer de rire devant des dessins animés. Qui l’eu crut ? Un autre moment à graver dans mon cœur. Je toussote pour marquer ma présence. « Si ces dames sont prêtes, leur chocolat chaud est servi, » j’annonce à la façon d’un majordome.
Elles se tournent et me sourient avant de se lever pour se rendre dans la cuisine. Elles prennent place autour de la table et attendent que je les serve. Je leur tends un mug de chocolat à chacune et elles attendent un peu avant de la boire. Je les observe silencieusement alors qu’elles prennent leur première gorgée. Dès que le liquide touche leurs langues, leur yeux s’écarquillent. Elles redéposent leurs mugs sur la table et les regardent pendant un moment comme si elles étaient transcendées par leur mug.
« Wow, » dit Catherine après s’être éclaircie la gorge.
« Tu l’as dit, » répond Nancy .
« Ouais, » ajoute Cake .
Je peux sentir un sourire satisfait se former sur mes lèvres, je ne prends même pas la peine de le cacher. « Je vous l’avait dit » je dis très fière de moi.
« En fait tu ne nous avais rien dit du tout. Tu as dit que c’était le meilleur mais là….c’est beaucoup plus que ça, » dit Nancy .
« Elle a raison. Tu sais si un jour tu laisses tomber ton job en tant qu’investigatrice, contente toi d’ouvrir un café et tu seras riche, » continue Catherine .
Cake soupir et semble un peu déçue « Ça veut dire qu’on a perdu »
Je ricane « Et oui, et je réclamerai mon dû plus tard.»
Trente autres minutes passent. Elles savourent leur chocolat jusqu’à la dernière goutte. Cake baille, signe qu’il est temps pour elle d’aller se coucher. Je sens mon cœur se serrer, je n’ai pas envie de dire au revoir à tout ça et de rentré chez moi.
« Allez mon cœur, c’est l’heure d’aller au lit. » dit Catherine en caressant les cheveux de Lindsey.
Elles se lèvent, Cake embrasse Nancy et lui fait un câlin pour lui dire bonne nuit, Catherine fait de même, puis Cake se tourne vers moi et me serre fort dans ses bras.
« Bonne nuit Sara. » Je retourne son étreinte et me penche à son oreille.
« Bonne nuit et fait de beaux rêves, » je lui murmure en la chatouillant un peu, elle glousse en se tortillant. Je lui embrasse le front avant de la laisser partir.
Catherine nous observe, c’est un peu gênant. Elle et moi n’avons jamais eu de contact physique volontaires. Je vois bien qu’elle est mal à l’aise. Elle veut me prendre dans ses bras mais en même temps elle a peur que je la rejette. Je la comprend c’est ce que je ressent à chaque fois que je suis près d’elle. Mais je veux que ce moment reste parfait jusqu’au bout, alors je lui ouvre mes bras et elle n’hésite pas une seconde avant de s’y engouffrer. Elle me serre très fort, presque au point de me couper la respiration mais je ne m’en plains pas, bien au contraire.
« Bonne nuit Sara, » dit elle dans un murmure étouffé par mon épaule. Puis elle bouge un peu la tête et me regarde. Elle relâche un peu son étreinte et repose ses mains sur mes hanches. Je lui prends le visage délicatement entre mes mains puis je lui baise le front, je laisse mes lèvres s’attarder contre sa peau. Je ne devrais pas faire ça, mais c’est plus fort que moi, c’est une sensation enivrante. Quand je la regarde à nouveau ses yeux sont clos. Je pourrai jurer qu’elle a frémit au contact de mes lèvres et j’ai sentis ses mains se contracter sur mon sweat-shirt. Elle ouvre les yeux lentement et je lui souris.
« Bonne nuit Catherine, » je lui réponds en caressant sa joue avec mes pouces. Je m’imprègne de ce précieux moment car je sais que c’est le dernier. Je soutien son regard mais elle détourne ses yeux alors je la laisse partir. C’est à ce moment que je réalise que nous sommes seules dans la cuisine.
« Lindsey m’attend », dit elle avant de se retirer dans sa chambre.
xxxxx
Je vais dans le Salon et trouve Nancy en train de remettre un peu d’ordre. Je m’assois sur le canapé et repense au trois jours éprouvants que je viens de vivre. Je suis responsable pour ce qui s’est passé, peut être pas complètement mais j’y ai joué un rôle. Quand je pense que Cake aurait pût être violée ou pire, je me dégoûte. Mes intentions étaient bonnes – ma vie entière est pavée de bonnes intentions – cependant comme toutes les bonnes choses qui arrivent dans ma vie j’ai réussi à tout détruire. C’est pourquoi je pense qu’il vaut mieux que je prenne mes distances avec la famille Willows. Pour être franche je ne pense pas qu’après ce qu’il s’est passé Catherine me laissera approcher Cake de toute façon. Pour l’instant elle se sent redevable, mais demain viendra bien assez tôt avec la clarté d’esprit à sa suite. J’ai appris très jeune que la vie n’était pas juste et que chaque erreur devait se payer. Maintenant en tant qu’adulte je sais que je dois prendre mes responsabilités.
Je préfère partie de moi-même plutôt que d’attendre que Catherine me chasse. Tant qu’à faire autant garder ma dignité.
Le pire dans tout ça c'est que maintenant je sais ce qu’on ressent quand on a une place dans cette famille. J’ai eu un aperçu de ce que je loupe. On ne regrette pas ou on ne manque pas quelque chose qu’on n’a jamais eu. Mais là…
Nancy s’assoit près de moi sur le canapé.
« Est-ce qu’on peut dormir sur le canapé encore ? » elle demande sans détour et je ne peut m’empêcher de rire un peu.
« Je serai ravie de partager ce canapé avec toi à nouveau, » elle sourit à ma réponse.
On reste silencieuse pendant un moment. Quand je pense à ce qu’on a vécu dernièrement, je dirais qu’elle est la sœur que je n’ai jamais eue, l’amante que j’aurais souhaité avoir, et l’amie que je suis heureuse d’avoir. Avec elle je ne ressens pas le besoin de me cacher, c’est un sentiment rare pour moi.
« C’est fini, » elle murmure.
« Oui. »
« J’ai l’impression d’avoir appris à respirer il y a seulement quelques heures. »
« On est remonter à la surface maintenant. On s’est noyées lentement jusqu’à ce que nos poumons nous brûlent. Mais nn est de retour à la surface. »
« J’ai appelé Jérémy pour lui annoncer la nouvelle, je pense qu’il en a pleuré de soulagement. »
« Tu sais je l’ai compté dans notre pari. Plus on est de fous… »
Elle me sourit et soupire profondément « Merci » quelque part je sens bien qu’elle me remercie pour plus que ma proposition.
Elle fixe un point devant elle pendant quelques secondes puis se met à pleurer. Ses sanglots sont violents, c’est la première fois qu’elle se laisse vraiment aller. Je la prends dans mes bras et la berce gentiment.
« Viens là…tout va bien, le cauchemar est fini, » je la console.
Plusieurs minutes s’écoulent avant que ses tremblements ne subsistent. Une fois qu’elle est calmée je lui ôte ses chaussures et retire les miennes. Puis on s’allonge dans le canapé dans notre position si familière. Sa respiration est toujours irrégulière et elle sanglote un peu. Je l’étreins plus fort et elle s’enfonce un peu plus contre moi. Je lui embrasse le front puis nous nous endormons.
Chapitre 14 : Catherine
Lindsey est endormie. Elle est si paisible lorsqu’elle dort. Elle a toujours eu une respiration silencieuse lorsqu’elle dort. Quand elle était bébé et qu’elle dormait dans sa propre chambre pour la première fois, je me souviens être rester éveillée pendant de longues heures juste pour m’assurer qu’elle respirait toujours. Maintenant je ne peux pas dormir, je n’en ai pas envie. J’ai si peur de découvrir que tout cela n’est qu’un rêve, de découvrir qu’elle n’est pas là près de moi. Alors je me contente de la tenir fort contre moi et de regarder les mouvements réguliers de sa poitrine.
Cela fait un certain temps qu’on n’avait pas partagé mon lit. Je me souviens d’une époque – pas si lointaine, où nous avions nos moments à nous entre mère et fille. Généralement c’était pendant le week-end. On s’allongeait dans mon lit et on parlait de tout et de rien – j’ai toujours mis un point d’honneur à ne jamais rien lui cacher, d’être ouverte avec elle de sorte qu’il n’y avait aucun tabou. Puis après avoir parler pendant des heures on faisait une sieste dans les bras l’une de l’autre. Ma chambre devenait pendant ces moments, notre sanctuaire. Ces moments me manquent. Depuis la mort d’Eddie on a un dialogue de sourds. Mais je vais changer tout ça et rebâtir notre sanctuaire.
Je suis heureuse qu’elle soit là près de moi, je ne la laisserai plus. Je ferai tous les sacrifices qui doivent être faits pour la rendre heureuse, être une bonne mère et reconstruire notre relation. Il y a un long parcours d’obstacle à franchir c’est sûr, mais le jeu en vaut la chandelle. J’ai déjà failli la perdre deux fois, il est hors de question que je laisse ça se reproduire.
J’étais tellement submergée par les émotions dès son retour que je n’ai même pas remercié Sara. Ma relation avec cette femme est vraiment confuse. J’ai toujours cru qu’elle ne m’appréciait pas, pourtant elle a été là pour moi. Pourquoi ? Je l’ignore, je ne lui ai jamais donné de raison pour ça.
Elle a été là pour Lindsey pendant un certain temps il semble. Je dois admettre que c’est ce qui me dérage le plus dans tout ça, surtout le fait que je n’étais pas du tout au courant. Vu que notre relation n’a jamais été au beau fixe je dirai que j’avais de bonne raisons d’être suspicieuses quant à sa relation avec ma fille.
C’était une preuve de mon échec en tant que mère. Et l’ironie de la situation n’a servie qu’à m’énerver encore plus. Je veux dire, Sara à toujours clamer ne pas savoir s’y prendre avec les enfants. Et là elle était celle vers qui ma fille se tournait en cas de besoin et elle partageait avec Lindsey ce que Lindsey et moi ne partagions pas : de la communication.
Je dois dire que je suis impressionnée qu’elle soit restée à mes côtés pendant tout ce temps. C’est dommage qu’il ai fallu une situation désespérée pour me faire ouvrir les yeux sur son compte, pour me donner envie de la connaître.
Non seulement elle était là pour Lindsey mais en plus elle prenait ma défense, alors que j’étais persuadée qu’elle lui tournait la tête en médisant sur moi. Au lieu de ça elle se contentait de rappeler à Lindsey que je l’aime. Je dois avouer qu’elle a toujours été franche avec moi, elle n’a jamais pris la peine de sucrée la pilule avant de ma la donner. Alors je ne sais pas, peut être que j’étais parano, peut être que j’avais besoin de trouver un bouc émissaire pour expliquer le fait que je n’arrivais plus à atteindre ma fille. C’est toujours plus facile de blâmer les autres.
Ce qui me rappelle que je lui dois aussi des excuses pour avoir été violente avec elle. J’ai honte, la violence est le langage des abrutis. Sara et moi avons toujours communiqué à travers la colère et la rage, mais jamais avec nos mains. J’ai essayé de m’excuser mais il semblerait qu’elle ne voulait pas que je le fasse. Elle répétait sans cesse que tout allait bien, mais je sais bien que ce n’est pas le cas. Bon sang, il y a tellement de choses dont nous devons parler. Et c’est sans compter toutes ces choses que je n’arrive pas encore à comprendre. Comme ces moments étranges que nous partageons ou le fait que c’est à elle que je pensais quand j’ai touché le fond.
Je n’arrête pas de penser aux mots de Lindsey. Ce qu’elle m’a dit durant notre dispute. Je trouvais qu’elle était injuste et que je n’avais pas mérité de tels mots, mais ce n’est pas tout à fait vrai. La vérité est que ses mots m’ont touché comme un furieux poing en plein estomac. Non pas parce qu’ils étaient méchants mais parce qu’ils étaient en partie vrais.
Avec mon nouveau poste au boulot, je l’ai délaissée. Être à la tête d’une équipe me force à refaire mes preuves et ne me donne pas le droit à l’erreur. Ce n’est pas une excuse à mon comportement, juste une raison. Mais le peu de temps que j’ai, j’essaye de le passer avec Lindsey et vu que notre relation était tendue que je sois là ou pas ne faisait pas vraiment de différence. Alors oui c’était plus facile de blâmer Sara.
En ce qui concerne mes petits amis…
Il est vrai que j’ai perdu beaucoup de temps dans des relations qui n’allaient nulle part. Mais je n’ai jamais fait passer aucun de mes copains avant elle. Jamais. Je n’ai jamais choisi de partenaire sérieux pour m’engager non plus. Elle avait raison, c’était pour la plupart des losers finis. La preuve est que je n’ai jamais envisagé de futur avec eux, je les appréciais mais je ne les aimais pas, ils étaient une source de distraction, un exutoire émotionnel. Je n’ai jamais réalisé à quel point cela affectait Lindsey et je m’en veux terriblement pour ça.
J’ai besoin de refaire le tri de mes priorités, Lindsey vient avant tout, en toute circonstances. Ne jamais douter, ne jamais regarder en arrière. Je ne peux rien changé à ce qui a été fait mais je peux apprendre de mes erreurs. J’ai l’opportunité de prendre un nouveau départ et j’entends bien ne pas laisser passer cette chance.
J’embrasse le front de Lindsey et laisse le sommeil m’envahir.
xxxxx
Je me réveille et réalise que je suis seule dans mon lit. Dire que je panique serait un euphémisme. Un rêve, non, un rêve cruel, voilà ce que c’était. Elle n’est pas revenue. Ma tête tourne, je suis sur le point de vomir mes tripes, je veux crier mais j’ai le souffle coupé, je ne peux plus respirer. Mon cœur est sur le point de me pulvériser la cage thoracique avec son rythme insensé.
La porte s’ouvre, Lindsey entre et se précipite à mes côtés.
« Maman ? » mon cerveau ne semble pas assimiler tout ce qui est en train de se passer. « Maman, ça va ? » ses yeux sont plein d’inquiétude. Je n’entends presque rien sauf les battements forcenés de mon cœur. « Maman tu me fait peur ! »
« J’ai cru que je rêvais……j’ai cru que tu n’était pas de retour….j’ai cru…. » je la prends dans mes bras pour m’assurer que tout est réel.
« Tout va bien, je suis là maman…je suis désolé…je ne voulais pas t’effrayer » elle murmure pour me rassurer.
« Je sais…c’est juste que… » je ne peux pas mettre de mots sur mon accès de panique.
« J’avais besoin d’aller au toilettes et puis je voulais un verre d’eau. J’étais sur le point de revenir me coucher quand j’ai vu Nancy et Sara sur le canapé, je ne voulais pas qu’elles aient froid alors je suis aller leur prendre une couverture, puis je suis revenus, je ne suis pas partie plus de cinq minutes, » elle s’explique.
Ne me demandez pas pourquoi mais je reste bloquée sur la partie où Sara et Nancy dorment toutes les deux. Encore une fois. Je sens ma température monter avec rage et jalousie. Je crois que j’ai des problèmes, de gros problèmes émotionnels.
«Quelle heure est il ? » je demande.
« Trois heures du matin »
On s’allonge de nouveau dans la même position. Mon cœur est en train de tambouriner dans ma poitrine, je ne pense pas que je réussirai à me rendormir de si tôt.
« Je ne vais pas m’enfuir à nouveau maman, » dit Lindsey tout à coup.
« Ce furent les trois pire jours de toute mon existence…. » je lui confesse. « Je sais que c’est de ma faute tout ce qu’il s’est passé. Je regrette chérie….je regrette terriblement. »
« J’ai ma part de responsabilité aussi. »
« Non tu avais raison….tu m’as dit la vérité et je ne voulais pas l’entendre. »
« Maman… »
« Laisse moi finir s’il te plait. » je rend une grande inspiration avant de lui dire tout ce que j’ai sur le cœur. « Tu avais raison, je t’ai négligé pour mon boulot et je n’ai pas pris de temps pour toi dernièrement. Je n’ai pas d’excuses pour ça, parce que tu est ce que j’ai de plus précieux dans la vie. Sans toi je ne peux plus respirer, ma vie n’a aucun sens, et je ne suis rien. N’en doute jamais parce que c’est la vérité. Je t’aime plus que je n’aime la vie. J’ai cru t’avoir perdu et maintenant que tu es revenue je ne referai plus les mêmes erreurs. Mais il faut que tu m’aide, il faut que tu me secoues dans tous les sens quand je vais dans la mauvaise direction, » je marque une pause. « Dernièrement, on ne communiquait plus et ça me tuait. Je ne laisserai pas ça se reproduire. A partir de maintenant je veux que tu me dises tout ce qui te tracasse, je t’écouterai. Il y a beaucoup de choses à régler, je veux les régler mais j’ai besoin de ton aide chérie. »
« Je veux que tout aille mieux aussi. Je veux être en mesure de te parler à nouveau. Je veux que tout redevienne comme avant, quand on était heureuses. Je n’en peux plus de toute cette tristesse, » dit elle avec une petite voix.
« Bien, parce que je n’en peux plus non plus. »
« Papa me manque… » mon cœur se serre mais je mets ma peine en veilleuse. « Je ne dis pas ça pour te faire du mal, il me manque c’est tout. » elle lutte pour trouver ses mots. « Depuis qu’il est mort, tu es triste, je suis triste. Et puis à l’école c’est comme si personne ne me comprenait. Je suis la fille dont le père a été tué. Ils se moquent de moi et disent des tas de choses horribles sur papa. » elle s’interrompt et retient ses larmes. « Je ne suis pas stupide, je sais bien qu’il n’était pas parfait, qu’il te trompait sans cesse, qu’il mentait et qu’il n’était pas un homme d’affaire respectable… mais il ne m’a jamais laissée tombé et il m’aimait c’est tout ce qui compte. Alors je me bats avec ces morveux parce qu’ils n’ont aucun droit de parler de lui comme ils le font. »
Je suis sidérée , elle en sait beaucoup plus que je ne le pensais. En fait je ne pensais pas qu’elle savait pour les "petits défauts" d’Eddie. Je n’ai jamais caché à Lindsey qui j’étais par le passée, mais je n’ai jamais rien dit à propos d’Eddie, ce n’était pas à moi de le faire.
« Il y a tellement de rage en moi que ça m’effraie. » elle continue « Je ne veux pas être méchante mais parfois j’ai l’impression que je pourrai détruire tout sur mon passage. Je fais tout ça pour que tu me remarque, c’est comme si je criais mais que personne n’écoutait. »
« Je connais ce sentiment. Pardonne mois de ne pas t’avoir écoutée. »
« Je ne voulais pas de faire de la peine. C’est pourquoi je me suis tourné vers Sara pour parler de papa. Je sais que tu n’aime qu’on en parle parce que ça t’énerve et ça te fait du mal. »
« Je suis désolée bébé, mais maintenant peu importe quand tu veux en parler je serai là pour t’écouter. »
« T’es pas obligée... » elle m’offre une échappatoire.
« Je sais mais je le veux, » lui dis je en lui baisant le front.
Le silence retombe, c’est la première discussion à cœur ouvert que nous avons depuis des lustres. C’est douloureux mais salvateur en même temps.
« Alors comme ça Sara est une bonne amie, hein ? »
« Ouais, c’est ma meilleur amie. Pardon de l’avoir appeler derrière ton dos, mais j’avais besoin de parler à quelqu’un quand tu n’étais pas là ou quand tu étais en colère contre moi » répond elle timidement.
« Pas en colère, juste frustrée de ne pas t’atteindre. »
« Sara et moi on…on se voyais à la bibliothèque ! C’est elle qui m’aide avec mes maths. » elle confesse, bien que je sois au courant de ce détail j’apprécie sont honnêteté.
« Ok »
« Me force pas à renoncer à notre amitié…je t’en prie. C’est important pour moi. Je sais bien que toute les deux vous ne vous entendez pas bien mais c’est mon amie. »
« Je ne te forcerai pas à quoique ce soit, ne t’en fais pas. Mais à l’avenir ne me cache plus rien. » je ne vais pas vous mentir ce n’est pas la chose la plus appréciable qu’il soit. Mais qui suis-je pour empêcher ma fille de voir celle qu’elle considère comme une amie ? Et puis je dois admettre que maintenant je sais que Sara prendra soin d’elle.
« Maman, il faut que je te dise quelque chose… » elle semble incertaine et apeurée.
« Je suis toute ouïe, » je lui assure. « Tu peux tout me dire. »
Puis elle commence à me raconter ce qu’il s’est passé pendant ces trois jours. Je sens mon sang bouillir lorsqu’elle parle de ce Joey, mais je garde mon calme et prends soin d’elle lorsqu’elle pleure. Si ce gosse refait surface ce sera la dernière fois qu’il verra la lumière du jour, je peux le garantir.
Je la berce doucement et nous laissons à nouveau le sommeil prendre le dessus.
Chapitre 15 : Sara
Mes yeux s’ouvre soudainement, je sens mon cœur prêt à bondir hors de ma poitrine, j’ai le souffle court, je sens des sueur froides me parcourir le dos. Où suis-je ? Qui me touche ?
« Tu parles d’un cauchemar, » dit une voix. Je connais cette voix. Nancy, c’est la voix de Nancy. Ça y est je sais, je suis avec elle sur le canapé de Catherine. Sa main me caresse le front mais les réminiscences de mon cauchemar me force à rejeter le contact. « Tout va bien, tu es en sécurité, » elle me dit gentiment, sa main revient contre ma peau humide et cet fois je ne bouge pas.
« Je suis désolé »
« Ne le soit pas. »
« Non, je ne voulais pas te réveiller. »
« Tu ne l’as pas fait, j’étais déjà éveillée, » dans la pénombre je ne peux pas dire si c’est la vérité ou si elle dit ça juste pour me rassurer.
Je me laisse aller à ses caresses. C’est nouveau pour moi. D’habitude il n’y a personne quand je fais des cauchemars, personne pour me rassurer quand mes vieux démons s’amusent avec moi. D’habitude je suis seule avec mes souvenirs, et je ne prends pas la peine de dormir.
« Ainsi se brise ma réputation d’oreiller humain. » je constate.
« Pas vraiment en fait. »
« Je gigotais, je transpirais et quelque chose me dis que je parlais pendant mon sommeil, alors… »
« La principale caractéristique d’un oreiller humain est le facteur humain. En ce qui me concerne tu es un des meilleurs êtres humains que je connaisse….après moi bien sûr. » elle glousse.
« Tu n’abandonne jamais, n’est ce pas ? »
« Je ne connais pas la signification de ces mots. » me dit elle sérieusement. « Tu as fait un cauchemar. Quel genre d’être humain tu serais si tu n’en avais pas ? » je me tends un peu à ses mots. « Sara, quelques minutes d’inquiétude ne vont pas effacer des heures de confort. »
Je laisse tomber, quel intérêt d’argumenter si elle trouve toujours les mots justes ? « Je suis quand même désolé. »
« Ne le sois pas, vraiment. » elle s’arrête et hésite un peu. « Est ce que tu veux en parler ? »
C’est drôle quand j’y pense, mais c’est la première fois qu’on me le demande. Ça a toujours été ‘dis moi ce qu’il se passe’ ou ‘je veux savoir’ ou pire encore ‘j’ai besoin de savoir’. Mais pas une fois on ne m’a demandé ce que je voulais. On me reproche toujours de ne pas être sociable car je ne parle pas beaucoup de moi. D’accord, parce que je ne parle jamais de moi. Mais c’est seulement parce que je n’aime pas qu’on me force la main. C’est dur pour moi de parler, je n’ai pas l’habitude. Il me faut un certain temps pour être à l’aise, et généralement quand je suis enfin prête les gens sont partis car ils en avaient marre d’attendre. Les gens veulent soit satisfaire leur curiosité, soit m’étudier comme un cobaye de laboratoire.
Est-ce que je veux en parler ? C’est si simple, facile et précis. Ce sont sept mots qui font la différence entre un ultimatum et un choix. Parce que c’est ce que Nancy m’offre, un choix. Je suis même tenté de lui dire ce qui me tracasse, mais je n’en ai pas envie maintenant.
« Pas vraiment….mais merci de le proposer »
« Pas de problème, si jamais tu change d’avis l’offre tient toujours. »
Un ange passe.
« Il fait chaud ici, » je constate.
Nancy rit et prend une voix très séduisante avant de me répondre « Tu ne serais pas en train de me draguer ? »
« Je… » mon cerveau vient de connaître un léger court circuit mais je suis sûre que tout sera revenu en ordre dans deux secondes « Je…euh… » ou peut être trois.
« Je sais que je suis sexy et irrésistible, mais comme je te l’ai dis, mon turc c’est les mecs. » elle s’amuse, il n’y a aucun doute.
« Tu sais, je n’ai pas relevé la première fois que tu t’es targuer d’être le meilleur être humain qu’il soit, mais je dois dire que là ta tête est en train d’enfler. »
« Hey, c’est dur d’être parfaite ! »
« Tu vois ce que je veux dire ? Ta tête devient même trop grosse pour ce canapé. »
« Tu peux dormir par terre si tu veux » elle réplique.
« Il fait vraiment chaud, sérieux » je répète.
« Tu n’es pas très fine avec les mots mais je comprends, essayes encore. »
« Ma parole ta tête va exploser ! »
« T’en fais pas pour ça va, » elle rit.
« Tu sais si on continue à dormir ensemble, ton mari risque d’avoir des soupçons. » je plaisante.
« Mon quoi ? » elle demande surprise.
« Tu sais…le père de Jérémy. »
« Oh lui….tu veux dire son géniteur…il a couru aussi vite que la lumière quand je lui ai dit qu’il allait être père. » dit elle avec dédain et je me frappe mentalement pour avoir gâcher l’ambiance.
« C’est un idiot… »
« Je suppose… »
“Non, c’est un idiot. Sinon pourquoi laisser une femme des plus parfaits ?” j’essaye de la rassurer, et je peux l’entendre sourire.
« Merci. »
Pour la première fois nous partageons un silence inconfortable.
« Sérieusement, il fait super chaud. »
« Je crois que Lindsey nous a recouvertes tout à l’heure. »
« Ok, ben c’en est trop pour moi, » je lui dis et elle dispose de la couverture.
« Mieux ? »
« Ouai, ça va pour toi ? » je lui demande.
« J’ai un peu froid. »
« T’inquiète pas bébé je suis hot… » je lui dis d’une manière suggestive.
« Sara ! »
« C’est vrai ! »
« Oh et qui a la grosse tête maintenant ? »
« Oh tu peux nier autant que tu veux en attendant ton corps n’est pas du même avis vu que c’est la deuxième fois que tu m’as sauté dessus pour dormir sur moi, mais je ne t’en veux pas, après tout…je suis hot ! » je dis avec un ton sexy.
« Tu…je…je vais te pousser hors de ce canapé. »
« T’oserais pas. »
« Oh tu veux parier ? » elle me met au défi. Mais je ne suis pas stupide au point de la tenter.
« Bon d’accord, je ne suis pas hot… » je tends la perche.
« Voilà qui est mieux, » elle la prend.
« Je suis…super hot, » et un point pour moi !
Bien que je ne puisse pas bien la voir, je suis sûre qu’elle est en train d’imiter le poisson hors de l’eau.
« Hun ! »
« Tu viens de me tirer la langue ? » je lui demande.
« Oui » je commence à rire « Hey ! Ce n’est pas drôle ! »
« Tu te rends bien compte que je ne peux pas la voir dans le noir, n’est ce pas ? » je lui explique.
« Tu…Argh ! » elle me donne un gentil coup de point dans l’estomac puis rit avec moi aussi silencieusement que possible.
Une fois que notre rire s’estompe nous restons silencieuses. Je l’ai déjà dit, mais je ne sais pas ce que j’ai fait dans une autre vie pour mériter quelqu’un comme Nancy, mais je suis heureuse de l’avoir fait.
« Quelle heure est il ? » je lui demande.
« D’après le magnétoscope cinq heures du mat’ » je sens son regard sur moi-même dans l’obscurité. «Ça te dis qu’on essaye de dormir encore un peu ? »
« J’aime bien cette idée. »
Habituellement je ne peux pas me rendormir une fois que je me suis réveillée, mais la présence de Nancy a un effet lénitif sur moi. Je la serre contre moi et ferme les yeux et attendant que Morphée se manifeste encore une fois.
xxxxx
J’ouvre les yeux et les referme immédiatement.
Lumière, mal. J’arrive à les rouvrir après quelques efforts. Le magnétoscope indique 7h 23. il est temps de se lever je suppose, je sens Nancy s’éveiller à son tour.
« Salut, dormeur, » je lui dis.
« Oh très drôle, bonjour, » elle dit avant de gémir doucement.
Le salon est baigné dans la lumière. Ce qui me force à plisser les paupières.
« Comment tu te sens ? » elle me demande.
« Je vais bien. »
On peut entendre du bruit en provenance de la cuisine. Catherine et Cake doivent être debout. Je sens la plus douce des odeurs. « Café… » J’expire.
« Yeah… » Nancy m’imite.
Ok, maintenant il suffit que je me lève, mais mon corps n’est pas très coopératif, alors je reste là tenant Nancy dans mes bras.
« Bonjour vous deux, » la voix de Cake résonne au dessus de nous.
« Hey, bonjour, » on lui répond en cœur.
« Le petit déjeuner est servi, » elle nous annonce.
« Bon, faut y aller, » je soupire.
« Ouai, » Nancy à l’air aussi motivé que moi, c'est-à-dire pas des masses.
On bouge et se lève du canapé. Pendant un moment Nancy me regarde en silence. Je souris en comprenant sa requête et me contente de lui ouvrir mes bras, elle s’engouffre dedans aussitôt. « Bonjour toi, » je lui murmure.
« Bonjour, » elle me répond doucement.
On profite de notre câlin puis je recule un peu et lui embrasse le front. Ensuite nous nous rendons dans la cuisine. Cake est assise avec un bol de céréales et un verre de jus devant elle, alors que Catherine est debout appuyer contre le plan de travail, elle a l’air de s’être levée du pied gauche.
« Bonjour, » je lui dis. Je crois qu’elle ne s’attendait pas à ce que je sois là ce matin.
« ’jour » elle marmonne.
J’entends un bruit sourd. « Ouch ! » je me retourne et vois Nancy en train de se frotter la tête. Je lui demande une explication avec mon regard. « Je viens de me cogner la tête. » elle grimace.
J’essaie de ne pas exploser de rire mais c’est dur. Puis je prends le ton le plus sérieux qu’il soit « Heureusement pour nous que ta tête a été étudiée pour absorbée les choc, » je ris un peu.
« On dirait qu’être ‘hot’ t’as grillé quelques cellules cérébrales, » elle rétorque.
« Oh, c’est bas, » je lui réponds.
« Bla bla bla… » elle dit avant de me tirer la langue.
« Et c’est sensé être parfaite, » j’ai le temps de répliquer avant de me recevoir un chiffon dans la figure. Nancy et moi commençons à rire.
Cake se joint à nous. « Pourquoi j’ai l’impression d’être la seule personne mature ici ? » dit elle et nous rions de plus belle.
Une fois calmée, je me rends compte que Catherine ne joue pas avec nous. Elle a l’air blessé et énervé.
« Catherine, ça va ? » je lui demande en posant ma main sur son épaule mais elle recule comme si le contact l’avait brûlé.
« Oui » son ton est glacial.
Je pense qu’il est temps pour moi de disparaître de l’horizon. Je ne le montre pas mais son rejet est comme un claque en pleine figure. Je savais qu’elle ne voudrait pas que je m’éternise dans les parages après tout ce qu’il s’est passé, mais je ne pensais pas qu’elle me voudrais si tôt. Il y a un silence tendu dans la cuisine. Catherine me tourne le dos et s’occupe avec la cafetière.
« Je…euh…je ferais mieux d’y aller. » je bégaye.
Je me tourne et vais dans le salon, là je rassemble mes affaires et mets mes chaussures.
« Reste au moins pour le café, » me demande Nancy . Je me tourne pour lui faire face.
« Nan… j’ai pas mal de choses à faire, et le plus tôt j’aurais commencé… »
Je retourne près du bar pour dire au revoir à Cake et Catherine.
« Merci, de m’avoir laissé dormir ici Catherine, » elle ne se retourne même pas. Je fais un effort pour ne pas montrer à quel point cela me blesse. « Bien…on se verra au boulot de toute façon. Bye Linds, » et avec ça je tourne les talons et me dirige vers la porte.
« Hey attend, » s'exclame Cake avant de me foncer dessus et de me m’étreindre violemment.
Nancy est debout pas loin et me regarde. « On a conclu un marché, n’oublies pas, » me dit elle .
« Aucunes chances, » je lui souris.
Je laisse partir Cake et sors. Une fois à l’intérieur de ma voiture je soupire. Je jette un dernier regard à la maison de Catherine. C’est comme si tout ce temps j’avais rêvé de la famille parfaite et là je me réveille sur la solitude de mon existence.
C’est fini.
Chapitre 16 : Catherine
Qu’est ce qui ne va pas chez moi ? Je me suis jurée d’arranger les choses entre Sara et moi, et quelle est la première chose que je fais ? Je l’envois sur les roses. Joli, très joli. Et cet éternel sentiment de jalousie me rend malade. Tout d’abord la première chose que j’ai vue en me levant était Sara et Nancy dans les bras l’une de l’autre sur le canapé. Elles avaient l’air d’amantes, très proches, très paisibles…très amoureuses, vous voyez ce que je veux dire. On pouvait sentir l’affection qu’il y a entre elles. Ce qui m’a énervé. Ensuite elles se sont levées, se sont faites un câlin – j’ai la sensation qu’elles passent tout leur temps à se faire des câlins, et elles ont commencé avec leurs blagues dont elles seules connaissaient la signification, alors là j’ai eu les nerfs en pelote.
Je ne connais pas cette Sara. Cinq ans à travailler avec Sara et pas une seule fois je n’ai vue cette facette de sa personnalité. Pas une seule fois ! La Sara que je connais est distante, froide, presque dénuée de toute émotions, accroc au travail, sarcastique et pas du tout câline. Ma sœur à rencontré Sara il y quoi ?....Trois jours peut être, et elle a le droit de voir une Sara drôle, attentionnée, câline et douce. Trois jours et elles ont dormit ensemble deux fois. Trois jours et elles ont leurs propres blagues. Trois jours et elles sont dans les bras l’une de l’autre toutes les cinq minutes. Trois jours et Sara a complètement baissé sa garde. TROIS FICHU JOURS !! Et moi qu’est ce que j’ai en cinq ans ? CINQ FOUTUES ANNEES !! Presque rien.
Maintenant ma fille et ma sœur doivent penser que je suis dingue. L’ambiance est plutôt lourde dans la cuisine. Ma sœur est en train d’essayer de me transpercer du regard. Elle a cette expression qui dit ‘quelle mouche t’a piquée ?’. J’ai besoin de m’en aller d’ici.
Ma sœur et Sara sont amies. Ma fille et Sara sont amies. Sara et moi ? On n’est rien, on est des connaissances peut être, des collègues sans aucuns doutes, mais des amies ? Certainement pas. Mais je veux que ça change. Bon d’accord la façon dont je viens de réagir n’est pas le meilleur exemple de cette bonne volonté, mais j’ai envie de connaître la Sara que ma sœur et ma fille connaissent.
Toute cette réflexion me rend dingue et me donne mal au crâne. J’ai besoin d’un bon bain chaud pour me vider la tête et le détendre. Ouaip c’est ce dont j’ai besoin.
xxxxx
L’eau chaude me fait du bien, ces trois derniers jours ont été tendus et j’avais vraiment besoin de ça.
Mon esprit vogue et me ramène vers Sara, allez savoir pourquoi. Je repense au sentiment que j’ai dans ses bras, je repense à hier soir, au jeu du chocolat chaud. Elle avait l’air si détendue, elle avait l’air d’être elle-même et non cette froide version d’elle-même qu’elle montre au boulot. Elle avait l’air heureuse et à l’aise. Elle est si belle quand elle sourit. Bon elle est belle tout le temps mais quand elle sourit…caramba ! Il y a cette pensée qui n’a pas arrêté de me travailler depuis hier soir, je ne savais pas ce que c’était à ce moment là mais maintenant j’ai compris. Sara avait l’air de faire partie de ma famille, d’être la partie manquante.
Wow, retour en arrière. Est-ce que je viens de dire que Sara était belle ?
Les questions se bousculent dans ma tête et c’est bien plus que je ne peux supporter. J’en ai la tête qui tourne. Je ne veux pas savoir d’où vient cette pensée et encore moins où elle mène.
J’ai besoin d’une douche froide.
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Lindsey et moi sommes sur le canapé en train de regarder un film.
On n’a passé la journée à parler de tout et de rien. C’est comme si on essayait de rattraper le temps perdu. C’est bon de communiquer à nouveau. Je lui ai demandé de porter plainte contre Joey mais elle a refusé, non pas parce qu’elle avait peur mais parce qu’elle ne voulait plus y penser et qu’elle considère que ça n’en vaut pas la peine. J’ai essayé de la convaincre mais en vain, même si je ne suis pas d’accord elle m’a fait comprendre que c’était sa décision et que je n’avais d’autre choix que de l’accepter.
Nancy est rentrée chez elle, elle avait besoin de voir Jérémy. Mais ils se joindront à nous pour le dîner. Je sais qu’elle attend que je lui donne une explication pour ce matin mais je ne suis pas prête pour en parler maintenant.
Je jette un œil à Lindsey toutes les trois minutes, juste pour m’assurer qu’elle est bien là. Il y a toujours cette part de moi qui pense que tout cela n’est qu’un rêve. Alors dès qu’elle quitte mes côtés je part à sa recherche. Je sais que je deviens obsessionnelle avec ça mais j’en ai besoin. Comme maintenant, elle a dit qu’elle allait dans la cuisine chercher de quoi grignoter, ça fait quatre minutes déjà et elle n’est pas revenue. Je me soulève un peu du canapé et regarde dans la cuisine, une fois que je vois sa tête dépasser du bar je me rassois.
Elle revient avec deux bouteilles d’eau et des biscuits. « T’as pas besoin de me surveiller de si près tu sais ? » dit elle, les yeux rivés sur l’écran. « Je ne vais pas disparaître…ou m’enfuir de nouveau. » elle se tourne vers moi et me regarde.
« Désolé…je pense que je suis un peu… »
« Parano ? » elle m’interrompt.
« Oui. Mais je suis une maman et c’est une qualité. Toutes les mères sont très protectrices et parano, » je réponds en riant.
« J’aime le fait que tu me remarque maintenant mais ça pourrait vite devenir étouffant, et puis tu va avoir des cheveux blancs avant l’âge. »
« J’essaierai de me contrôler. »
« Je ne vais pas m’enfuir à nouveau, » elle répète.
Je hoche la tête et passe une main dans ses cheveux, puis on fini de regarder notre film.
xxxxx
Nancy et Jérémy sont là. On partage un bon repas en famille. On devrait faire ça plus souvent. Les enfants rient beaucoup, je crois que Jérémy est impressionné par l’attitude de Lindsey, bien qu’il ne le dise pas je sais que pour lui sa cousine a fait quelque chose de dément. Ma fille a grandit un peu trop vite je dois dire.
On finit de manger et les enfants vont parler dans la chambre de Lindsey pendant que Nancy et moi nous prenons un café.
« Comment ça se passe ? » elle me demande.
« Plutôt bien jusqu’ici, je suis un peu parano mais ça va. »
« Ça te passera plus tard, » elle me rassure.
Le silence retombe et nous apprécions ce moment. Je suis surprise qu’elle n’ait rien dit à propos de ce matin.
« Maintenant que tu semble calme et redevenue toi-même je peux te poser une question ? »
« Comme si tu avais besoin de ma permission… » je dit avec sarcasme.
« Tu as raison mais c’était juste pour la forme. »
« Vas-y pose ta question. »
« Qu’est ce qu’il t’a pris ce matin ? » elle me demande. Je savais bien que j’avais parlé trop vite.
« De quoi tu parles ? » j’essaie de jouer la carte de la naïveté, mais elle n’y crois pas une seconde.
« Je parle de ton comportement glacial envers Sara. »
« Oh ça…j’en sais rien. Elle s’en remettra tu sais » je rétorque.
« Primo arrête d’éviter la question. Secundo ce n’est pas une excuse », dit elle. Je sens qu’elle ne me lâchera pas de si tôt.
« Oh pitié, qu’est ce que ça peut te faire de toute façon ? »
« Tout d’abord c’est mon amie et ensuite tu aurais tout de même pu attendre un peu avant d’être à nouveau une garce avec elle » son ton est teinté de colère.
« Ouai c’est vrai, c’est ton amie, j’avais oublié, » je m’exclame « Tu la connais depuis quoi ? Trois jours et c’est déjà ta meilleure amie. Mais quelle blague, » j’ajoute, je ne sais pas si c’est ma jalousie ou ma fierté qui parle, peut être que c’est les deux.
« Oui c’est mon amie et je ne comprends pas pourquoi ça te dérange tellement. Mais là encore je ne pense pas que ce soit le sujet. »
« Je n’ai pas de compte à te rendre, » je réponds énervée.
« Tu es ridicule Cath. »
« Ne m’insulte pas ! » je n’aime vraiment pas la tournure que prend cette conversation.
« Tu aurais pu attendre ! »
« Cette conversation est terminée, » je dis avant de lui tourner le dos pour appuyer ma déclaration. Je commence à frotter mon mug avec violence.
« Comme tu voudras, » elle s’arrête puis soupire. « Non, tu sais quoi ? Je dois le dire. Tu réalises qu’elle a ramené Lindsey à la maison, n’est ce pas ? Que si elle n’avait pas été là Lindsey serait peut être encore dans la nature ? Je veux dire, sors la tête du sable tu veux. Comment as-tu pu être si ingrate ? Oui, tu as traversé l’enfer pendant trois jours et excuse moi de te le dire mais nous aussi. Elle a fait tout ce qu’elle a pu pour retrouver Lindsey. Elle a été là pour toi tout le temps et plus que tout elle a été là pour Lindsey. Tu ne l’as même pas remercié, pas une fois. Je ne dis pas qu’il faut que vous deveniez amies toutes les deux, juste qu’après tout ce qu’elle a fait pour toi ; la moindre des choses aurait été de lui laisser un moment de répit. Et ton comportement ce matin était déplacé, » elle souffle « Pas étonnant qu’elle sois sur la défensive avec toi, tu es belliqueuse sans raison, une bonne raison pour elle de te garder à distance. » Elle soupire « Je suis ta sœur et je peux encaisser tout ce que tu me balance à la figure même quand ça fait mal, et dieu seul sait que tu peux être sans merci parfois. Mais je m’en remettrai. Les gens ont des sentiments Catherine, tu ne peux pas les lyncher verbalement dès que tu te sens déstabilisée, » elle soupire à nouveau. « Je ne sais pas ce qui ne vas pas chez toi mais tu as intérêt à régler ton problème et vite car ça va finir par te jouer des tours. »
Je me retourne, je ne peux plus en entendre davantage, je suis en train de bouillonner, j’ai des larmes de rage qui me brûlent les yeux. « T’as fini ? »
« Oui » répond elle en soutenant mon regard.
« Dans ce cas je crois que tu devrais rentrer chez toi, il est tard. » Rares sont les fois où je chasse ma sœur de chez moi, mais rare sont les fois où elle me remet à ma place. Généralement on a une violente dispute où elle a raison et j’ai tort et puis on ne se parle pas pendant des jours – jusqu’à ce que je lui présente des excuses. Encore une fois elle a raison et je n’ai vraiment pas besoin de ça maintenant. Je n’avais pas besoin d’un procès de mes défauts.
« Comme tu voudras, » elle se tourne et s’en va, j’essaie de ne pas la transpercer de mon regard meurtrier. Je suis tellement en colère.
Elle revient avec les enfants à ses talons.
« Salut Lindsey, je te vois Lundi, » dit elle avant de sortir. Jérémy me fait la bise et va rejoindre sa mère dehors. Lindsey reste devant moi et me regarde avec inquiétude.
« Tout va bien ? » elle demande.
« Oui. »
« T’en es sûre ? »
« Oui, Lindsey, je suis sûre, » mon ton est un peu brusque et je vois que ça la blesse. Et merde.
« Je vais me coucher, bonne nuit, » elle dit avant de retourner dans sa chambre.
Beau travail Willows, vraiment beau travail.
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J’ai passé toute la nuit à tourner dans mon lit. La diatribe de Nancy m’a tenue éveillée.
Maintenant il est 5h du matin et je fixe mon plafond, j’attends que les réponses en tombe je suppose.
Nancy a raison, je le sais. Et c’est ce qui m’énerve. Je sais qu’elle a raison et que je lui dois des excuses, mais d’un autre côté pour faire ça il faut que je mette ma fierté de côté.
Et ça, ça va prendre du temps.
Je déteste quand elle fait ça. Quand elle agit comme si elle était la plus âgée, quand elle me gronde, c’est une pro lorsqu’il s’agit de mettre les points sur les i. Je déteste quand elle prouve qu’elle est la plus mature de nous deux. Je déteste ça ! Je déteste ça mais en même temps j’en ai besoin, ironique n’est ce pas ? Ouais, ne m’en parlez pas.
J’ai besoin de parler à Sara.
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Je me rends au labo pour la croiser. J’ai laissé Lindsey seule à la maison, je n’aime pas cette idée, mais elle m’a demandée de lui faire confiance et elle a dit qu’elle allait dormir encore un peu de toute façon.
Je me rends directement dans les vestiaires. Il est 7h, ça doit être la fin de son service maintenant. La voilà, elle est en train de se changer. Comment je le sais ? Parce que je suis en train de la regarder retirer sa chemise. Je suis en train de l’admirer, bon sang… Le pire est peut être que je prend mon pied. Je peux me sentir saliver d’anticipation. Qu’est ce que… ?
Mon observation clinique de son corps cesse quand je vois des bleus sur son dos et son bras, il y a aussi quelques griffures. Il me faut un peu de temps avant de réaliser d’où ces marques proviennent. C’est moi qui les lui ai faites. Je capture cette vision d’effroi mentalement et sors des vestiaires sans me faire remarquer. Je me précipite à ma voiture et rentre chez moi.
Une fois arrivée je jette un oeil sur Lindsey qui est toujours en train de dormir.
Je fais les cent pas dans mon salon. Qu’est ce que j’ai fait ? Quand je repense aux bleus de Sara je sens le dégoût me brûler les veines. Je n’avais pas réalisé que j’avais été si violente l’autre jour. Je savais que j’avais dépassé les limites mais l’idée ne m’a pas effleurée que j’avais peut être laissé des marques sur elle. Moi qui pensais que le seul dommage physique était celui qu’elle s’était infligée en frappant le mur. J’ai enfoncé mes ongles si fort dans sa peau que ça a saigné…et ces bleus….mais qui suis-je ?
Je me sens trembler, je suis toujours un monstre.
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Les semaines passent vite. Je n’ai pas reparlé à Nancy depuis notre dispute. Je me contente de déposer Lindsey devant sa maison mais je n’y rentre pas. Lorsqu’elle vient pour ramener Lindsey elle reste aussi dans sa voiture. On s’ignore mutuellement, bien entendu il ne tien qu’à moi pour que ça change, car c’est de ma faute après tout et on le sait toutes les deux. Nancy me connaît et elle ne m’en veut pas d’être immature, elle me laisse juste le temps de grandir.
Ma relation avec Lindsey continue de s’améliorer chaque jour. Mais il y a cet étrange sentiment qui sommeil en moi. J’ai peur de moi-même, peur de ce dont je suis capable. Tellement peur que je ne montre pas beaucoup d’affection à Lindsey. Toutes les marques d’affection viennent d’elle, moi, je n’initie jamais le contact. Je pourrai jurer que la marque de ma main est toujours visible sur sa joue, peut être que je suis la seule qui peu la voir mais c’est un fait, elle est là.
Je fais des cauchemars où je bats Lindsey à mort. Comme ces gens que je mets sous les verrous tous les jours. Ceux qui tuent sans raison ou pour des raisons triviales. Dans mes cauchemars je bats Lindsey sans raison et j’ai l’air de prendre mon pied en le faisant. Quand ce n’est pas Lindsey, c’est Sara. Ce qui m’effraie le plus dans tout ça c’est le fait que je suis capable de faire ces choses. Je les ai déjà agressées une fois, qu’est ce qui m’empêche de le refaire ? Après tout je suis humaine. Je peux très bien être révulsée à cette idée mais il n’y a vraiment quelque chose qui m’empêche de faire de telles choses.
J’ai franchit une grosse ligne, et il n’existe aucun moyen de faire marche arrière.
Je ne me fais plus confiance. Alors j’essaie de garder mes distances avec Lindsey. Je pense qu’elle sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas mais elle ne dit rien. J’ai si peur que mes cauchemars deviennent réalité. J’essaie de me contrôler et dès que je sens que je suis énervée je vais m’enfermer dans ma chambre, comme ça si j’explose personne ne sera blessé.
Je suis un monstre, une véritable bombe à retardement.
Chapitre 17 : Sara
« Sidle »
« Hey c’est moi. »
« Cake » je souris, cela fait longtemps que je n’avais pas entendu sa voix.
« Ecoute, j’ai demandé à tante Nancy si tu pouvais venir et elle en est ravie… »
« Wow, doucement. Où est ce que tu veux que j’aille ? » je dis en souriant.
« Tu peux venir chez Nancy. Comme ça on pourra se voir plus souvent. »
« Oh. C’est génial. »
« Tu n’as pas l’air contente de l’entendre. J’aurais cru que tu serais extatique comme moi. C’est une grande nouvelle ! »
« Je le suis….c’est juste que….laisse tomber. C’est génial » je dis avec un peu plus d’enthousiasme.
« Est-ce que ça va ? »
« Je pense que je suis un peu fatiguée »
« Oh c’est vrai, tu viens de finir le boulot…désolé. »
« Hey ne t’en fais pas, ça me fait très plaisir de t’entendre. »
« Oui moi aussi. Ben, je t’appellerai plus tard. »
« Ok »
« Oh et au fait Nancy te dis bonjour. »
« Dis lui bonjour de ma part. »
« Ok, à plus. »
« A plus, bye. »
C’est génial.
J’aimerai dire que je suis super heureuse d’apprendre cette nouvelle. Mais le fait est que je pense que ma relation avec Cake est un peu compromise en ce moment. En plus, se voir dans le dos de Catherine n’est pas une option. Je ne veux pas créer plus d’ennui alors je ne peux pas accepter de voir Lindsey, sans l’accord tacite de Catherine. Ce qui n’es pas prévu dans un futur proche. Alors il va falloir que j’explique tout ça à Cake. Elle ne va pas être contente mais je pense que c’est pour le mieux.
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« Sidle »
« Sara…salut » je pourrais reconnaître cette voix n’importe où. Elle fait battre mon cœur toujours plus vite. « C’est….Catherine. »
« Salut. »
« Il faut que je te parle. » sa voix est étrange.
« Est ce que tout va bien ? » je lui demande inquiète.
« Pas vraiment…c’est pour ça qu’il faut qu’on parle. » je ne sais pas si je devrais être effrayé ou quoi.
« Euh…ok »
« Est-ce que tu peux venir dès que possible ? »
« Je peux être là dans 30 minutes… c’est bon ? »
« Oui, à tout de suite. »
Je ne sais que penser. Mais une chose est sure j’ai le cerveau qui tourne à plein régime. J’ai l’impression de progresser dans le couloire de la mort. Je conduis lentement, essayant désespérément de gagner du temps et de me calmer. Je me gars dans son allée et attends quelques minutes avant d’aller à sa porte.
Je frappe doucement et elle ouvre la porte presque immédiatement. Elle m’invite à l’intérieur et me guide dans le salon où deux tasses de café fument sur la table basse.
Je m’assois sur le canapé et lui fais face, elle m’imite. Il semblerait que je ne sois pas la seule à être nerveuse. Elle ne semble pas non plus être sur le point de parler alors je prends les devants.
« Comment tu vas ? » je lui demande gentiment. Elle marmonne quelque chose mais ne me regarde pas, elle semble fascinée par ses mains. « Catherine ? »
« C’est sans importance » me rétorque elle.
Elle est perdue dans ses pensées, alors je ne la pousse pas. « Comment….Pourquoi n’as-tu rien dit ? » elle me demande non sequitur.
« A quel propos ? » je suis vraiment perdue là.
« Ton dos, » dit elle en regardant le tapis.
Il me faut quelques seconde avant de comprendre à quoi elle fait référence.
« Il n’y avait, il n’y a et il n’y aura jamais rien à dire à ce propos, » je lui réponds sans animosité. Je soupire et me lève. Je ne suis pas à l’aise avec ce sujet. « Si c’est ce qui te dérangeait, ne t’en souci plus. »
« Je ne peux pas faire ça. » elle murmure.
« Je suis désolée dans ce cas, car je ne peux rien faire pour toi. En ce qui me concerne, rien ne s’est passé, » sa tête se relève soudain et elle me regarde, ses yeux sont pleins d’incertitude et de peur.
« Comment tu peut être aussi coulante ? Je t’ai brutalisée…je t’ai frappée ce qui est mal en soi mais je t’ai frappée au point de te marquer…Comment est ce que tu peux t’inquiéter de moi après que je t’ai faite subir une telle choses ? Comment est ce que tu peux oublier une telle chose ? Moi, je ne peux pas, » elle cire à moitié.
Je soupire. « Écoute, les bleus disparaissent, je ne suis pas faite en sucre, je vais bien. Alors tout va bien. »
« Non ce n’est pas vrai ! Je t’ai frappée et j’ai frappé Lindsey. Je suis un monstre. Je l’ai fait une fois, qu’est qui m’empêche de recommencer ? » elle se lève à son tour et commence à faire les cent pas.
« Ça n’arrivera pas. Tu as commis une erreur, tous les êtres humains en font. Mais je sais que tu ne commettras pas la même erreur, » mon ton est calme.
« Je n’en suis pas aussi sure »
« Crois moi, ça n’arrivera pas, » je n'aurais jamais cru que Catherine serait aussi peu sure d’elle.
« Ah oui ? Et comment tu peux le savoir ? » sa voix est pleine de colère. Je ne la comprends pas.
« Je te connais, tu n’es pas comme ça ! » je sens la colère monter mais j’essaie de rester calme.
« Ouai, tu me connais » elle renifle avec dédain. « Tu ne sais rien de moi ! » elle explose. Elle me lance un regard meurtrier. Je ne sais pas comment on est arrivée sur notre vieux champ de bataille mais on n’y est jamais arrivée aussi vite auparavant.
« Très bien je ne te connais pas. Mais je sais qu’il y a une chose dont je n’ai jamais douté : tu aimes Lindsey. Tu l’aimes vraiment et c’est pourquoi ça ne se reproduira plus. » je lui dis calmement. Je ne veux pas me battre avec elle, mais je dois dire qu’elle rend les choses difficiles.
« Tu as raison je l’aime, mais ça ne m’a pas empêché de la gifler l’autre jour. Tu ne sais pas ce que c’est d’être une mère. Tu ne connais pas l’inquiétude, la colère que nous vivons. J’ai dépassé les bornes. Je lui ai donné la fessé lorsqu’elle était désobéissante ou qu’elle faisait des choses dangereuses. Mais je ne l’ai jamais frappé pour la faire taire, en tout cas pas jusqu’à il y a quelques jours. Et peu importe à quel point je l’aime je suis un danger potentiel pour elle. »
« Ce n’est pas vrai et tu le sais. Ce n’est pas toi. Je t’ai vue pendant ces trois jours, je t’ai vue être rongée par l’inquiétude, la peur et la culpabilité. Je t’ai vue mourir à petit feu à cause de ce que tu avais fait. Et tu sais que tu as appris ta leçon. Tu préfèrerais mourir plutôt que cela se reproduise et on le sait toutes les deux. Alors arrêts avec tes inepties, » je m’énerve. Je ne sais pas. L’écouter dire ces choses me donne envie de la secouer dans tous les sens pour qu’elle comprenne qu’elle n’est pas comme elle le décrit.
« Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Bon sang soit réaliste Sara, tous les jours des gens comme nous font bien pire. Il n’y a rien qui nous différencie. »
« Tu n’es pas comme ces gens Catherine. Tu n’es pas infaillible mais tu n’es pas comme ces gens ! Et ça me rend malade de t’entendre t’amoindrir comme ça. Tu l’as blessé physiquement et c’est naturel d’avoir peur de recommencer, mais si tu prenais le temps de t’interroger toi-même tu saurais que j’ai raison. Tu n’es pas comme ça ! » je hurle.
« Et comment peux tu en être si sure ? Hein ? Éclair moi puisque tu sembles avoir la connaissance ultime. » dite elle avec tellement de mépris que ça me fait presque mal physiquement.
Je soupire. « Tu sais quoi ? Je suis fatiguée. Fatiguée de ces….de ces petits jeux que tu joues. Je ne peux pas te forcer à voir la vérité si tu ne le veux pas. » je me tourne et commence à partir. Je sais où cette dispute nous emmène et je n’aime pas ça. Il faut que je parte et vite.
« Tu vois ! Même toi ne peux pas me prouver le contraire. Réveille toi Sara, tout le monde n’a pas eu la chance d’être élevé dans le concept de ‘paix et d’amour’ comme toi. »
Je vois que je n’ai pas d’autre choix que de faire face maintenant, elle vient de toucher à la boite de Pandore. Elle vient de déchaîner quelque chose en moi, un sentiment sauvage et viscéral. Un sentiment qui oscille entre la rage et la peine. Je me retourne et la regarde. Elle s’attend à ce que je joue le jeu. Mais je ne vais pas jouer, pas cette fois. Je vais déposer la vérité nue à ses pieds.
« Tu as raison tu sais, je ne peux pas te prouver que tu as tort. Il n’y a rien qui t’empêche de faire du mal à Lindsey » je m’arrête. Je peux voir que toute sa confiance en elle n’est qu’un écran de fumée. Ses yeux sont pleins de doute et de peur. « Non, en fait il y a une chose qu’on peut faire. Il y a une solution. On peut te prendre Lindsey, comme ça elle sera en sécurité loin de toi ! » je peux la voir fléchir rien qu’à cette pensée. Son corps commence à trembler mais je n’ai pas l’intention de m’arrêter là. Elle maintient son regard alors je peux voir la colère faire rage en elle, ses instincts maternels refont surface.
Bien.
« Mes parents m’aimaient moi et mes frères d’une façon très particulière. Ils nous aimaient avec leurs mots pleins de haine et de mépris ; avec leurs poings ; avec leurs ceintures ; et tout ce qu’ils pouvaient trouver et qui n’était pas près de leurs cœurs. Je peux te dire qu’ils nous aimaient si fort qu'ils le montraient tous les jours. Il n’y avait pas une semaine sans que leurs marques d’amour ne soient récompensées par un voyage à l’hôpital. Mes frères et moi, on pouvait te dire le nom de tous les hôpitaux de Californie à cette époque. » je ris sèchement. Je m’avance vers elle en parlant, elle ne bouge pas, et se contente juste de soutenir mon regard.
« Oh ils nous aimaient, avec toute la passion que seul l’amour peut faire naître. On était une famille heureuse entouré uniquement d’amour, d’amour pure. Mais cet amour avait ses limites. Un jour on en a été privé et à ma grande surprise, ça ne m’a pas manqué. » je m’arrête à quelques centimètre d’elle. Elle fuit mon regard, mais je n’ai pas encore fini. « Regarde moi Catherine ! » je le lui ordonne. « J’ai dit, regarde moi. » je répète. « Regarde Moi ! » je répète à nouveau la mâchoire serrée. Cette fois elle m’obéit et soutient mon regard avec beaucoup de difficulté.
« Là. Maintenant dis moi que c’est la façon dont tu aimes Lindsey. Dis moi que tu l’aimes de cette façon et tu peux parier tout ce que tu possèdes que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour la garder aussi loin de toi qu’il est humainement possible. » je lui dis lentement pour qu’elle comprenne tous mes mots sans équivoque. Je lui donne un peu de temps pour qu’elle me réponde. Elle ouvre la bouche, les lèvres tremblantes, ses yeux montrent un kaléidoscope d’émotions, mais elle n’arrive pas à dire un mot. Elle ferme les yeux, puis elle détourne son regard à nouveau.
« J’aime ma fille. » elle murmure en direction du sol avant de me regarder à nouveau avec détermination. « J’aime ma fille, je l’aime vraiment, mais je l’aime avec tout mon cœur » elle laisse ses larmes couler librement.
« Bien ! » je réponds entre mes dents. Je me tourne et parts, je la laisse analyser ce qu’il s’est passé. Je pense qu’elle est trop choquée pour réagir maintenant.
Je vais à la porte sans même la regarder une dernière fois et sors.
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Une fois dans ma voiture je prends mon téléphone et compose un numéro.
« Allô »
« Hey, c’est Sara…euh…est ce que je peux passer ? »
« Bien sûr. Tu n’as pas l’air bien. Est-ce que ça va ? » me demande une voix plein d’inquiétude. Pas d’hésitation, juste de l’inquiétude.
« Non, pas vraiment. » je réponds en toute franchise.
« D’accord, à tout de suite. »
Je raccroche et démarre.
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Je frappe doucement à la porte. On m’ouvre presque immédiatement. Nancy apparaît sur le pas avec un regard inquiet.
« Entre. » dit elle en souriant.
Je la suis à l’intérieur et nous allons dans la cuisine. Elle me fait asseoir mais elle reste debout.
Je suis confuse, je ne sais pas trop pourquoi je suis venue. Tout ce que je sais c’est que je ne voulais pas être toute seule. Pas après avoir déterré certains de mes plus noirs secrets. Si je reste seule la paranoïa prendra le dessus, et je sais que je revivrai toute ces choses dans mes cauchemar. Je ne peux pas affronter ça. Rien que d’y penser ça me glace le sang.
Nancy dépose un mug de café devant moi. Elle n’a pas dit un mot, elle se contente de me regarder avec affection.
« Je suis désolée. Je n’aurais pas dû venir te déranger. Je veux me lever pour partir mais elle pose sa main sur mon bras et me force à me rasseoir.
« Tu ne me dérange pas du tout. Ma maison t’est grande ouverte n’importe quand. Mi casa es su casa. » elle me sourit.
Je me perds dans mes pensées. Je commence à réaliser ce que j’ai fait. Je viens juste de m’exposer à Catherine, maintenant elle a plus de munitions pour me faire du mal. Bien joué Sidle, c’était une idée brillante , une idée de génie. Je crois que je vais vomir.
Nancy boit son café et attend que je parle. Mais je sais qu’elle ne dira rien parce qu’elle veut me faire savoir que je ne suis pas obligé de lui dire quoique ce soit. C’est pourquoi je l’aime tant, parce qu’elle sait toujours comment me rassurer, elle ne me force jamais la main.
« Je viens de me disputer avec Catherine... » dis je soudain. Je vois un flash de colère traverser ses yeux mais sa sollicitude revient immédiatement. « Ce n’es pas tellement la dispute qui me dérange, mais ce que j’ai dit. Ça a ramené beaucoup de souvenir à la surface. »
Elle me caresse le bras pour me calmer. Je ne sais pas pourquoi mais elle m’inspire confiance, c’est une des rares personne à qui j’ai envie de me confier.
Ironie du sort l’autre personne à qui j’aimerai me confier s’avère être la seule avec qui je ne communique qu’au travers de disputes. Oui vous avez deviné.
« Ces souvenirs je les avais enfouis profondément pour m’en débarrasser, parce qu’ils me font peur. » je la regarde, lui donnant implicitement la parole.
Elle m’observe pendant un moment. Quelque chose lui vient en tête, elle mord sa lèvre inférieure comme si elle n’était pas sure d’avoir le droit de dire ce qu’elle s’apprête à dire.
« Ce sont ces souvenirs qui alimentent tes cauchemars, n’est ce pas ? » me demande elle doucement.
Je suppose que j’ai fait bien plus que marmonner dans mon sommeil l’autre jour. Je la regarde et acquiesce de la tête. « Est ce que tu veux en parler ? » elle renouvelle son offre.
Je fais un signe de tête négatif. « Je ne peux pas….pas maintenant…je… » je n’ai même pas la force de finir ma phrase. Je suis trop vidée pour parler de ces choses encore une fois.
Elle me sourit affectueusement, se lève et m’entraîne avec elle. Elle m’enveloppe dans ses bras, dans un gros câlin. Je me laisse aller, contente du contact.
Je m'accroche à elle pour bloquer tout mes souvenir, pour ne pas m’éparpiller en morceaux.
Après un moment je desserre mon étreinte. Elle me regarde et demande « Comment te sens tu ? »
« Mieux, merci, » je lui souris timidement.
« Aller viens on va s’affaler sur le canapé. »
« Je ne voudrais pas m’imposer… tu n’es pas obligée …»
« Ne sois pas bête, viens, tu à l’air complètement crevé. » elle ne me laisse pas l’opportunité de refuser et pour être franche je n’en ai as la force.
On s’installe dans le canapé mais cette fois c’est moi qui suis sur elle, et c’est elle qui me tient dans ses bras.
«Essaye de te reposer ok ? » me dit elle. Elle me baise le front et commence à me caresser les cheveux pour me bercer dans le sommeil. Quelques secondes plus tard je suis endormie.
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Étonnement lorsque je me réveille, c’est le matin. J’ai réussi à dormir toute la nuit sans faire de cauchemars. Je lève la tête et vois Nancy qui m’observe.
« Comment ça va ? »
« Pas trop mal je suppose, j’ai réussi à dormir. » je la regarde de plus près et il semblerai qu’elle n’ait pas dormi des masses. « Tu n’as pas dormi n’est ce pas ? »
« Je vais bien, je m’inquiétais pour toi, » elle confesse.
« Je ne me souviens pas avoir fait de cauchemar. »
« Tu avais le sommeil agité cela dit. »
« Je suis dé… »
« Ne dis rien, tout va bien et tu ne m’a pas causé de problème. Je suis là pour toi tout comme tu es là pour moi Sara. »
« Merci » je réponds simplement.
« Ça va aller ? »
« Oui, je crois. »
« Café ? »
« Avec plaisir. »
On se lève et prend notre café, puis on commence à préparer le petit déjeuner des enfants. Ils n’ont pas école aujourd'hui alors Nancy leur fait un petit déjeuner copieux. On s’amuse bien pendant la préparation.
« Sara ! » je me tourne juste à temps pour intercepter la tornade connu sous le nom de Cake.
« Hey, » je lui ébouriffe les cheveux. « Comment vas-tu ? »
« Bien merci » elle me relâche et s’assoit « Qu’est ce que tu fais ici ? »
« Je passais dans le coin alors je suis venue faire un petit coucou. »
« Cool »
Son cousin se joint à nous et nous partageons un petit déjeuner agité – on rit beaucoup. Encore une fois j’ai l’impression que je fais partie d’une famille.
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« Alors tu vas venir plus souvent ? C’est génial ! »
Je me tourne et vois Cake en train de me sourire. « Pas vraiment, pas pour le moment en tout cas, » je lui réponds.
« « Pourquoi ? » elle s’assoit à côté de moi sur les marches du jardin.
« Eh bien, je pense qu’avec tout ce qu’il s’est passé on devrait arrêter de se voir pendant un moment. Juste le temps de laisser les chose revenir en place. »
« Quoi ?...Non ! »
« C’est juste pour quelques temps. On ne peut pas continuer à se voir dans le dos de ta mère. Alors je pense qu’il vaudrait mieux que… »
« Tu me laisses tomber. » elle dit incrédule.
« Non, je ne te laisse pas tomber. »
« Si, c’est ce que tu fais ! Tu m’as mentie ! » elle se lève et s’énerve.
« Jamais, je ne t’ai jamais mentie ! »
« Si tu l’as fait ! Tu disais que tu serais toujours là pour moi et là tu me rejette ! »
« Ce n’est pas ce que j’ai dit, je dis juste que… »
« J’ai entendu, je ne suis pas complètement débile ! Et ça signifie que tu me laisse tomber !... Tu ne peux pas me faire ça ! » elle commence à tourner comme un lion en cage. Elle ressemble beaucoup à sa mère quand elle s’énerve.
« Calme toi… écoute, ce qu’il s’est passé est en partie de ma faute et je ne peux pas courir le risque que quelque chose t’arrive à nouveau, je ne peux pas faire ça… »
« Mais de quoi tu parles ? » elle m’interrompt.
« Je sais que je suis la raison pour laquelle ta mère et toi vous êtes disputées l’autre jour…alors oui je suis responsable. »
« Non ! Ce n’était pas à cause de toi ! »
« Cake… »
« Non écoute moi ! Je suis partie à cause de ce que j’avais dit. Maman m’interdisait de te contacter et je me suis énervé. Je l’ai quasiment traiter de catin et…et je lui ai dit qu’elle était égoïste…et que je la détestait…et sur le moment je pensais toute ces choses, j’avais tellement honte de moi que je me suis enfuis car je ne pouvais pas lui faire face » sa respiration est irrégulière, je crois qu’elle fais de l’hyperventilation. « J’avais tellement honte que j’avais même peur de t’appeler » ses pas sont désordonnés et elle est agitée. Je peux la voir lutter pour remettre de l’ordre dans ses pensées. « Je sais que j’ai fait une erreur, mais je t’en prie pardonne moi. Ne me laisse pas tomber, » elle me supplie.
« Je ne te laisse pas tomber, ni maintenant ni jamais. Je pense seulement que Catherine n’est pas prête à me laisser t’approcher à nouveau. »
« Je lui ai dit la vérité et elle a promit de nous laisser tranquille. »
Wow, je dois dire que je suis impressionnée par toute l’énergie qu’elle déploie pour nous, et j’ai honte ne pas en faire de même.
« Ne me fais pas ça….ne me fais pas ça s’il te plait. » elle répète.
«Je ne le ferai pas, désolé, je ne pensais pas clairement. » je la prends dans mes bras pour la rassurer.
On se rassoit sur les marches et elle se calme peu à peu.
« C’est drôle tu sais » elle parle avec une voix posée «Ma mère peut te maltraiter et se battre avec toi et cependant tu lui pardonne en un clin d’œil. Je n’ai commis qu’une erreur et tu était prête à me laisser tomber » son constat me prend par surprise, la vérité de ses mots est un peu perturbante.
« Ta mère et moi… »
« Vous vous battez la plupart du temps. Ne me dis pas que tu pensais que je n’en savais rien. Les gens au labo prennent des paris pour savoir quand vous en viendrez aux mains. Je veux dire, vos disputes sont légendaires. » elle me coupe.
« Mais c’est différent, on est adultes. C’est ta mère et je suis ton amie. Je t’aime beaucoup, mais je refuse d’être un obstacle entre vous deux. » j’essaie de m’expliquer.
« Je t’ai dit qu’elle était d’accord pour nous. »
« Ce que je ne savais pas. C’est pour ça que je voulais mettre un stop. »
« Ok. »
Un ange passe.
« A quoi tu pensais pour avoir une idée si stupide ? » me demande elle et je ris.
« Je pensais que tu avais besoin de temps avec ta famille, voilà tout. »
Elle me regarde comme si j’étais demeurée « Tu as raison j’en ai besoin, mais que tu le veuilles ou non tu en fais partie »
« Ah bon ? »
Maintenant elle me regarde l’air de dire ‘évidemment, banane’.
« J’ai eu peur Cake, très peur. Promets moi de ne plus refaire une chose pareille. »
Elle m’accroche le petit doigt avec le sien. « Promets moi de ne jamais me laisser tomber. »
« Je promets» dit on en cœur.
Je lui embrasse le front et nous restons un peu dans le jardin. C’est la première fois qu’on se dispute et j’aime à croie que ce sera la dernière.
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« Je ferai mieux d’y aller, j’ai pas mal de choses à faire avant d’aller au boulot » je dis à Nancy qui est dans la cuisine en train de préparer le déjeuner.
« Ok, donne moi une minute. »
Elle me rejoint dans le salon, je suis en train de lacer mes chaussures. Elle m’accompagne à la porte. « Linds, Jérémy ! » elle appelle. Ils apparaissent tous les deux du jardin « Je sors pendant cinq minutes n’en profitez pas pour faire les fous, ok ? »
« Oui M’man » « Oui, tatie » ils répondent ensemble avant de repartir dans le jardin.
Nancy et moi sortons sur le perron.
« Merci pour hier soir »
« Je n’ai rien fait. »
« Bien sûr que si, plus que tu ne le crois. »
« Dans ce cas je t’en prie. » me répond elle en souriant.
Aucune de nous ne parle pendant un moment. Elle est adossée au mur près de sa porte.
« Comment tu vas ? » je lui demande.
« J’ai connu mieux, » je la regarde intriguée « Cath et moi nous sommes disputées. »
« Bienvenue au club » j’essaie de lui remonter le moral. Elle rit un peu.
On s’assoit sur le banc qui est sur son perron. Je passe un bras autour de ses épaules et elle pose sa tête contre mon épaule, sa main se pose sur mon genou de façon naturelle.
Elle reste silencieuse et puis soupire.
« On ne s’est pas adressées la parole depuis » elle me confesse, je peux dire à sa voix que la situation lui fait mal.
« Cela fait combien de temps ? »
« Presque deux semaines maintenant. » je lui prend gentiment la main qu’elle a posée sur mon genou et la caresse délicatement.
« Ouch, quelque chose de grave ? »
« Nan….divergence d’opinions. »
« Tu n’as pas essayé d’arranger les choses ? »
« Ce n’est pas à moi de le faire, elle m’a virée de chez elle l’autre jour. Je dois seulement attendre qu’elle règle ce qui la tracasse et qu’elle se calme. » elle soupire lourdement.
J’acquiesce avec compréhension. « J’espère que tout ira mieux. »
« Oui, moi aussi. »
On reste sans parler, appréciant la proximité et l’affection de nos gestes.
« Sara ? »
« Oui ? » elle se tourne vers moi avec une étincelle d’amusement dans les yeux.
« C’est vraiment dommage que tu ne sois pas un homme. » dit elle sérieusement. Je ris.
« T’es en train de me draguer là, n’est ce pas ? »
« Oh ça va ! » elle me donne un léger coup dans les côtes. « Mais pour être franche, je l’aurais fait si tu avais été un homme. »
« La vie est mal faite je suppose. » on rit encore puis je lui embrasse le front. Je ne cesserai jamais de m’émerveiller de la vitesse à laquelle nous sommes devenues proches.
Je soupire. « Je dois vraiment y aller. »
« Ok »
On se lève et je la prends dans mes bras pour un câlin. Je lui embrasse à nouveau le front puis me recule.
« Je suis sérieuse tu sais, mi casa es su casa. Et mon canapé sera toujours ravi de t’accueillir.»
Je ris. « Merci. » j’embrasse ma main et lui envois un baiser. « Bonne journée. »
« Merci, toi aussi, » elle répond après avoir attraper mon baiser.
Et sur ce je m’en vais.
Chapitre 18 : Catherine
Je suis en train de bouillonner. J’enrage. Non, non je n’enrage pas, c’est encore pire que ça. Mon cœur bat à tout rompre à tel point que s’en est assourdissant, mes mains sont si serrées sur le volant que j’en ai les articulations blanches, la rage et la jalousie me suintent par tous les pores.
Après le départ de Sara hier, je me suis effondrée sur mon canapé, complètement perdues et confuse. Il y avait vraiment trop de choses qui se bousculaient dans ma tête, aussi une fois le matin revenu j’ai décidé de me rendre chez Nancy.
Et me voilà à dix mètres de chez Nancy. Haletant comme un animal en furie.
Imaginez ma surprise. Cela fait dix minutes que j’attends, essayant de calmer mes nerfs pour aller frapper à la porte – décidée à agir comme l’adulte mature que je suis, lorsque Sara sort de la maison avec Nancy, avec les même vêtements de la veille. Et ensuite j’ai dû être témoin de leur démonstration d’affection. Traitez moi de parano mais je suis sure qu’elles sont amantes. Ça expliquerait la véhémence et l’agressivité de Nancy lors de notre dispute. Et vu qu’elle m’a caché que Sara et Lindsey se voyait, il serait logique qu’elle me cache sa relation avec Sara.
D’accord, peut être que je suis vraiment parano. Mais je sais ce que j’ai vu et les corps de mentent jamais lorsqu’ils s’exprime. Il y a quelque chose entre elles, une intimité certaine. Et d’après ce que je vois Sara à passer la nuit avec Nancy – ses vêtements la trahissent. J’aurais aimé avoir l’ouïe de superman au moins je pourrai entendre ce qu’elles se dise.
Sara s’en va et j’enrage. Je suis de nouveau énervé contre Nancy. Merci bien pour la maturité.
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Ma maison n’a jamais brillé autant, elle brille tellement que ça me picote les yeux. J’avais besoin d’évacuer alors j’ai nettoyer et re-nettoyer tous les moindres recoins. De sorte que je ne pensais pas aux questions telles que ‘pourquoi est ce que je réagis comme ça’ ou ‘pourquoi est ce que je ressens ça’ et toutes les autres qui avaient un lien proche ou lointain avec Sara.
J’entend une voiture dans l’allée, je suppose que Nancy ramène Lindsey pour l’après midi. Quelques secondes plus tard la porte s’ouvre et confirme mon intuition.
« Salut maman. » elle vient et m’embrasse.
« Salut ma chérie. »
Elle va dans la cuisine et se sert un verre de lait puis revient dans le salon et s’assoit à mes côté dans le canapé.
« Comment était ta journée chez ta tante ? » je lui demande. Je dois me convaincre que je ne lui ferai pas de mal en lui caressant les cheveux. ‘Tu préfèrerais mourir plutôt que de laisser ça se reproduire,’ les mots de Sara me reviennent en tête. Aller Cath, tu peux le faire. Le contact est timide, mais c’est déjà un grand pas en avant pour moi. Lindsey me regarde et sourit, cela faisait des semaines que je n’avais pas initier le contact.
« Agité » elle me répond enfin.
« Oh ? »
« Sara est passé, on s’est bien amusées au petit déjeuner mais après on s’est disputées. »
«Vraiment ? » je sens ma colère montée de nouveau.
« Oui. Tu es vraiment d’accord pour que je continue à la voir ? »
« Je te l’ai dis, vu que c’est ton amie je n’ai pas le droit d’intervenir. Pourquoi ? Qu’est ce qu’elle t’a dit ? »
« Rien. Mais elle était prête à tout arrêter si tu n’étais pas d’accord. Elle a dit qu’elle ne voulait pas être un obstacle entre toi et moi. »
Encore une fois j’ai cru que Sara m’avait donnée le mauvais rôle, mais encore une fois je l’ai jugée trop vite. Je réalise que je suis complètement à côté de la plaque en ce qui la concerne. Elle était prête à abandonner quelque chose de très important pour elle simplement pour mon confort. C’est un sacrifice.
« Elle se sentais coupable pour ce qu’il s’est passé, » dit Lindsey tout à coup. J’en conclu donc que ce n’est pas le cas, bien que en ce qui me concerne elle a quand même un rôle à jouer – aussi minime soit il.
« Ce n’est pas de sa faute, ni de la tienne maman »
« Bien sûr que c’est de ma faute, je t’ai giflée » dis je sentant le couteau se remuer gaiement dans ma plaie. Je retire ma main de ses cheveux.
« Mais je le méritais » je commence à protester mais Lindsey continue. « Maman nous n’avons jamais discuté de la raison pour laquelle je me suis enfuie. » elle marque une pause pour rassembler ses idées. « Je ne me suis pas enfuie à cause de la gifle, mais à cause de mes mots. Je ne pense pas toutes ces choses. Sur le moment je les ai pensées, mais je ne te déteste pas et je sais que tu n’es pas égoïste, quant à ce que j’ai dit sur tes petits amis je n’aurais pas dû….je suis désolée. » elle dit avant de pleurer.
« Shhh, tout va bien. » je la prends dans mes bras pour la consoler sans même hésiter.
« Je suis désolée maman de t’avoir dit toutes ces choses. »
« Je suis désolée de t’avoir giflée. Je n’ai pas d’excuse. »
« J’avais si honte de moi que je n’ai pas appelé ni toi ni Sara plus tôt, pardonne moi. »
« Je te pardonne, pardonne moi à ton tour. »
« Je te pardonne, je t’aime maman. »
« Je t’aime aussi chérie. » je la serre contre mon cœur. « Écoute il y aura d’autres disputes, parce qu’on a des opinions différentes, parce que tu grandis trop vite pour moi et parce que c’est ce que les mères et les filles font. Mais ça ne veut pas dire que je t’aime moins. Je veux que tu viennes me voir dès que tu as un souci, je veux qu’on communique. Je ne serai pas en colère et je t’écouterai. J’essaierai d’arranger les choses autant que faire se peut. Je suis de ton côté chérie, peut importe si je suis en colère ou de bonne humeur, je suis toujours de ton côté. Je veux que tu ne perdes pas ça de vue. »
« Oui maman. »
« Bien. » je suis contente qu’on se parle de nouveau. « Est-ce que ça va mieux avec Sara ? »
« Oui on a discuté et réglé le problème. Merci de t’en soucier.»
Je pense que je dois bien plus à Sara que je me pensais. J’ai vraiment besoin de lui parler. « Qu’est ce que tu dirais d’aller se manger une bonne glace. »
« Cool. »
On passe le reste de notre après midi au centre commercial à faire du lèche vitrine et à s’amuser. On finit par manger des glaces et ensuite pour conclure on mange une pizza devant un film.
Il est 20h et Nancy ne va pas tarder pour venir récupérer Lindsey.
Son timing est parfait comme toujours, j’entends une voiture puis un klaxon. Je dois aussi lui parler, mais chaque chose en son temps. Je dois avoir une longue discussion à cœur ouvert avec Sara – je sais que l’heure tourne et plus j’attends et moins j’aurais de chances pour arranger les choses. J’embrasse Lindsey et fait un signe de la main à Nancy, c’est le mieux que je puisse lui offrir pour le moment et elle semble s’en contenter, puisqu’elle me fait signe à son tour.
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Je vais au boulot avec une mission : parler à Sara.
Mais mon plan ne se déroule pas comme prévu, on a beaucoup de boulot et Sara est déjà sur le terrain quand j’arrive.
Je suis accueillie par Nick et Warrick avec des câlins monstrueux.
« Hey boss, c’est bon que tu sois de retour » me dit Nick avant de me prendre dans ses bras.
« C’est bon d’être de retour. »
« Je suis heureux que tout soit rentrer dans l’ordre Cath, » me dit il sérieusement.
« Moi aussi. »
« Aller pousse toi un peu et partage, tu veux, » dit Warrick en poussant Nick pour me prendre dans ses bras.
« Hey Rick. »
« Hey, » pas besoin de mots entre nous.
« Jeunes gens je vous en prie il est temps de prétendre travailler un minimum, vous n’êtes pas payés pour vous faire des câlins toute la nuit. »
Je me tourne et vois Ecklie qui nous regarde avec exaspération. Il me sourit –plus ou moins.
« C’est bon de vous revoir Catherine, » il dit sans émotion, venant de lui je ne peux pas m’attendre à mieux « Quand vous aurez le temps passez dans mon bureau. »
« C’est noté. » je lui réponds.
« Bien, maintenant au boulots, ces affaires ne vont pas se résoudre toutes seules. » il est rude comme toujours, mais je ne m’en souci pas pour le moment.
« Ok, c’est parti les garçons, » je dis en regardant Nick et Warrick.
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Dieu que la nuit a été longue. On a dû travailler en solo car il y avait trop d’affaires. Je viens juste de boucler une voie de fait, et là je dois me rendre à une autre scène, un vol qui a mal tourné apparemment.
Je vais dans les vestiaires pour me changer et prendre ma veste. Au moment au j’entre Sara est sur le départ. Nos yeux se croisent pendant un moment. Mon cœur bât si fort que je suis sure qu’elle peut l’entendre. Son expression est indéchiffrable. Je veux lui parler mais pour une raison quelconque ma tête refuse de fonctionner et semble vide.
« Hey » me dit elle avant de détourner les yeux, elle prend ses affaires et s’en va.
« Hey » je réponds enfin à la pièce vide. Je crois qu’un travail sur le timing s’impose.
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La nuit a été longue et je suis épuisée.
Je n’ai pas arrêté de penser à Sara toute la nuit. On doit vraiment parler. Et le plus tôt sera le mieux. Je pense que maintenant c’est le moment. Je pars à sa recherche mais ne la trouve nulle part, je lui concède ça, elle est douée pour jouer à cache-cache. Je décide de passer par le bureau de Grissom, il saura sûrement où elle se trouve.
« Grissom, » il est hypnotisé par une de ses tarentule. Qu’est ce qui le fascine avec ces odieuses choses, je n’en ai aucune idée.
« Catherine » il tourne son attention vers moi. « C’est bon te de voir. » dit il avec un sourire. Il se lève vient vers moi et me prend dans ses bras. Je dois dire que pour obtenir une telle réaction de lui cela veut dire qu’il était vraiment inquiet pour moi et ma fille.
« Merci »
« En quoi puis je t’être utile ? » il me demande.
« En fait, je cherche Sara, il faut que je lui parle. Tu ne saurais pas où elle se trouve par hasard ? » il me regarde comme si je venais de lui parler en chinois. « Grissom, j’ai besoin de lui parler. »
« Je les ai renvoyés chez eux un peu plus tôt, je suppose qu’elle est chez elle, » m’informe il « Ne me dis pas que vous vous êtes déjà disputées. »
Je roule mes yeux. D’accord, il est vrai que je suis connu pour sauté à la gorge de Sara la plus part du temps, mais il m’arrive d’être civil avec elle. Ok, peut être pas dernièrement, mais ça arrive.
« Non, j’ai seulement besoin de lui parler. »
« OK » il lève les mains.
Je vais jusqu’à ma voiture. Il me reste trois heures avant de devoir récupérer Lindsey, c’est parti...
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Je suis devant la porte de Sara. J’ai essayé de frapper plusieurs fois déjà avant de me défiler au dernier moment. Je prends une grande inspiration. Et c’est parti.
« J’arrive » je l'entends dire. Mon rythme cardiaque n’est pas sain, j’ai du mal à respirer. Qu’est ce qui se passe ? Ok Cath, tu peux encore partir. Non attends, tu viens de frapper elle va te prendre pour une abrutie si tu t’en vas maintenant. Respire, contente toi de continuer à respirer. Mon dieu, elle ouvre le porte.
Elle ne s’attendait pas à me voir, ça c’est sûr, son visage est parqué par la surprise. Mais elle s’en remet vite et me regarde avec…colère ? Suspicions ? Accroche toi Cath, tu dois le faire.
« Hey » je dis avec éloquence.
« Hey » me répond elle avec aussi peu d’émotion que dans les vestiaires.
« Euh….je peux enter ? » je lui demande. Elle ne bouge pas d’un iota et pendant un moment j’ai peur qu’elle me ferme la porte à la figure.
Elle ouvre la porte un peu plus et s’enfonce dans son appartement. Je referme la porte derrière moi et la suis à l’intérieur. C’est la première fois que j’entre dans son appartement. Même après l’épisode ‘Hank’ je m’étais contentée de la déposer en bas de chez elle.
Elle est devant moi et croise ses bras sur sa poitrine. Elle se contente de me regarder. Il est évident que si je ne dis rien elle gardera le silence. Je déglutis, ça va être long et douloureux. J’espère que ma voix ne me fera pas défaut. Je ne sais pas par où commencer, les mots volent dans tous les sens et rebondissent contre mon crâne. C’est le bordel là haut. Je ferme les yeux pour me calmer et inspire profondément. Pas de jeu, juste la vérité, la vérité nue. Je la regarde à nouveau. Son visage est stoïque, mais ses yeux en disent long, elle appréhende ce qui va suivre tout comme moi.
« A propose de ce que tu as dis l’autre soir… » un feu vif s’allume dans ses yeux lorsqu’elle m’interrompt.
« Je ne veux pas ni n’ai besoin de ta pitié Catherine » me dit elle avec un ton cassant. C’était à prévoir mais je tiens le cap.
« Je voulais te remercier » ce commentaire la prend par surprise. Elle me regarde avec étonnement « Je veux te remercier pour m’avoir fait reprendre mes esprits » elle ne dit rien alors je continue « Tu m’as ouvert les yeux, merci. »
Aller Catherine, tu peux le faire. Je ne peux plus reculer maintenant, il faut que j’aille jusqu’au bout.
« J’était violente quand j’étais avec Eddie. Je pensais que cette part de moi était morte et enterrée…je me suis toujours jurée de ne plus être cette personne…et ce qu’il s’est passé…m’a paniquée…mais tu m’as fais comprendre que mes peurs n’avaient pas le contrôle, que c’est moi qui suis aux commandes » je ne sais pas si je m’adresse à elle ou a moi, je détourne le regard pour reprendre mes esprits, on est loin de la fin.
« Je ne t’ai jamais remercier d’avoir ramené Lindsey à la maison. » cette fois c’est elle qui détourne le regard. Elle fait presque 1m80 et pourtant elle semble petite et fragile. « Merci. La ramener à moi m’a ramené à la vie et je te serai à jamais redevable pour ça… »
« Catherine… »
« Non, j’ai besoins de faire ça….s’il te plait ! »Je vois bien qu’elle est mal à l’aise et tendue « Lindsey t’aime beaucoup, vraiment beaucoup et je sais que c’est réciproque. J’ai été à côté de la plaque dernièrement. Je sais que tu était prête à tout arrêter à cause de moi. Ne le fais pas. Elle a besoin de toi et tu n’aideras personne comme ça » elle acquiesce de la tête.
On ne peut pas vraiment appeler ça une conversation vu que je suis la seule à parler, mais en cinq ans c’est la meilleure que nous ayons eu.
« Écoute, je ne me suis jamais excuser pour mes remarques désobligeantes ou mes mots. Je ne vais pas commencer aujourd’hui parce ce qu’être désolée ne changera rien. Mais je le regrette cela dit. Je t’ai vue sous ton vrai jour et j’aimerai vraiment apprendre à mieux te connaître. Je sais que je ne t’ai jamais donné de chances. Mais j’ai beaucoup réfléchit dernièrement et je veux que ça change, parce que je suis fatiguée de me battre avec toi. Je ne suis pas en train de dire qu’on ne se disputera plus.- nos personnalités ne nous le permettront pas… » elle rit un peu à ça. « Je dis juste que j’ai envie d’être ton amie, pour de vrai et pour de bon. Je ne propose pas une simple trêve mais la paix. Tu peux prendre ton temps pour te décider. Je suis patiente. Je voulais juste que tu le saches. » Mon cœur se gonfle, l’idée qu’elle puisse refuser ma proposition me fait plus de peine que je ne veux bien l'admettre. Je dois m’en aller, je me sens faible et vulnérable et je suis sur le point de craquer.
« Une dernière chose. Ce que tu m’as dit l’autre jour ne m’a pas fait ressentir de pitié pour toi » elle me regarde à nouveau avec défi, apparemment je ne suis pas la seule à me sentir vulnérable. « Je n’ai ressenti aucune pitié, je me suis sentie honorée. » l’incrédulité remplit ses yeux. « Je suis honorée de connaître une personne aussi forte, loyale, dévouée, généreuse et affectueuse que toi. Tu es devenue quelqu’un de bien et je ne dis pas ça pour ton ego. Ce que tu as enduré…ne t’en rends que plus exceptionnelle. »
Elle semble sur le point de pleurer. Pour la première fois je la vois la garde baissée. Pour la première fois la vrai Catherine rencontre la vrai Sara.
Je commence à partir parce qu’il y a trop d’émotions qui font rage en moi. Elle ne bouge pas de sa position. J’ai atteint la poignée lorsque sa voix résonne et m’arrête.
« Catherine... » je me retourne. Elle me regarde avec intensité. Ce qui déchaîne une nouvelle vague d’émotions. « Moi aussi » elle s’interrompt. « Moi aussi, je suis fatiguée de me battre. Moi aussi, je veux être ton amie pour de vrai et pour de bon » elle fait écho à mes mots. Son regard me dit qu’elle pense chacun de ces mots.
Je crois que ses mots ont fait cesser mon cœur de battre pendant un moment. Je lui souris à pleines dents, puis je m’en vais.
Je pense que je suis heureuse.
Ce n’était pas dur, c’était éprouvant. Mais ça en valait la peine. Ce qui ne me tue pas me rend plus forte, je me sens définitivement plus forte.
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Je frappe à la porte.
« Salut » je dis doucement.
« Salut » répète Nancy avant de me prendre dans ses bras...