Et du Chaos Naîtra la Création…

 

                                                                                                                                     Septième Partie

 

                                                                                                                                       Par SoFrost

Chapitre 55 : Sara

 

Je suis morte il y a trois jours.

 

Comment se fait il que je sois toujours là ? Dans cas vous n’avez qu’à me mettre dans la catégorie des ‘mort-vivants’. Mort-vivante, oui, je pense que ça me décrit le mieux. Je suis un corps sans âme ni cœur, pourri de l’intérieur. La raison ? Simple, Cath vient de rompre avec moi. Bon d’accord, elle n’a pas dit ça. Officiellement elle a juste tiré la carte ‘temps mort’, mais le résultat est le même : ça m’a tué.

 

Depuis, je vis au labo. Je travaille, je me douche là bas, je me change et éventuellement fais une sieste dans un labo reclus avant de recommencer un nouveau cycle.

 

J’aurai continué longtemps comme ça si je n’avais pas épuisé ma réserve de vêtements de rechange. Alors je suis retournée à mon appart.

 

Ça ne fait que trois jours et j’ai déjà l’impression que je viens de vivre toute une vie d’agonie. Je n’ai vraiment réalisé ce qu’il se passait que lorsque je suis allée récupérer Cake à l’école. Je l’ai fait par pure habitude et une fois sur place j’ai réalisé que ce n’étais peut être plus ma place. Heureusement pour moi que je n’ai pas croisé Catherine, je ne pense pas qu’elle aurait apprécié de me voir.

 

Cake…je n’ai même pas eu le courage de lui dire la vérité. C’est drôle, quand on est dans une relation on ne voit pas vraiment toutes les personnes impliquées avec nous, les personnes qui seront prises entre les feux et qui supporteront les conséquences de cette relation avec nous, et qui souffriront des dommages collatéraux.

 

C’était déprimant et vraiment dur de ne pas craquer en présence de Cake.

 

Je l’ai déposée chez Nancy il y a une heure, puis je suis retournée à mon appartement et depuis je suis en train d’avoir un peu de temps en exclusivité avec un vieil ami. Je l’aime bien parce qu’il est doué en ce qui concerne d’anesthésier la douleur.

 

Ma porte d’entrée est ouverte et refermée. Je peux sentir mon visiteur s’approcher de moi  avant de s’arrêter net. C’est parti, juste ce dont j’ai besoin.

 

« Je vois que tu as de la compagnie, » dit une voix froide et accusatrice. Mon visiteur s’assoit près de moi et jette un regard sur mon vieil ami. « Salut Jack, » ajoute-t-il sarcastiquement, mentionnant la bouteille de Jack Daniels sur la table basse.

 

« Salut Travis, » je réponds pour la bouteille comme la grande maligne que je suis, avec un sourire narquois. Je n’obtiens rien en retour sauf du silence. « Ne me fais pas la morale, » je dis après un moment avec un ton terne.

 

« Ce n’est pas mon job, » Travis répond sévèrement.

 

« Vraiment ? Des fois je me le demande, » je renifle avec dédain.

 

Il se tourne vers moi et m’épingle du regard. Ce n’est pas un regard plein de colère ou de dégoût c’est juste un regard, vide, dépourvu de tout intérêt – ce qui pour moi est bien pire surtout venant de lui.

 

« Je vois que ça fait un petit moment que vous vous amusez, » il constate avant de se lever de prendre la bouteille avec lui.

 

« Repose cette bouteille, » j’ordonne entre mes dents.

 

Mais il fait comme si de rien n’était et continue vers sa destination, la cuisine.

 

« Travis, repose cette bouteille où tu l’as trouvé, » je lui crie presque dessus avec colère.

 

Cette fois il se tourne vers moi et me regarde intensément. « Sinon quoi ? » il demande avec défi.

 

Il sait très bien que ce n’est pas le moment de pousser mes boutons, il le sait très bien et pourtant il le fait.

 

« Travis… » je le mets en garde.

 

Il ouvre la bouteille et la vide dans l’évier tout en me regardant. Il n’aurait pas dû. Je lui balance mon verre encore plein à la figure, il l’évite de justesse. Le verre heurte le placard violemment et se brise en morceaux envoyant du liquide brun de tout côté.

 

« Pour qui est ce que tu prends putain ?!! » je lui hurle.

 

Il me regarde avec violence et je le regarde de la même façon avant que je ne réalise ce que je viens de faire.

 

Il marche vers moi me défiant silencieusement de détourner le regard. « Pour quelqu’un qui t’aime assurément, » répond-t-il d’une voix grave et sévère.  Il repose la bouteille sur la table basse avec force et manque de la briser. « Tiens. »

 

On continu à se fixer du regard, je renâcle et détourne les yeux. « Pile ce dont j’avais besoin, » je dis avec dédain.

 

Je m’éloigne de lui, prends ma veste, mes clefs et quitte l’appartement sans un mot.

 

Je ne suis pas d’humeur à traiter avec lui.

 

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Allé ouvres toi…allé soit une gentille porte et ouvre toi…merde !! Pourquoi est ce que ces fichues clefs ne fonctionnent pas ?!

 

Oh…je sais… c’est peut être parce que  j’utilise mes clefs de voiture pour ouvrir la porte de mon appartement. Ok, même joueur essaie encore.

 

Youpi ! Je suis à l’intérieur, une petite tape dans le dos pour avoir réussi un tel exploit dans mon état actuel, après seulement… 7 minutes, pas un si mauvais temps je dois dire. Sara est dans la place et la porte est verrouillée. Bonne fille. Maintenant étape numéro 2 : me nourrir. Je ‘marche’ tant bien que mal les quelques mètres qui me sépare de la cuisine, mètres qui semblent s’être transformés en kilomètres. Je dois dire qu’atteindre mon but serait tellement plus facile si la pièce voulait bien ne pas jouer les connasses et arrêter de tourner et de tanguer dans toutes les fichues directions.

 

J’arrive à atteindre le comptoir mais je juge mal la distance alors que j’essaie de m’appuyer dessus. Je trébuche, essayant de retrouver l’équilibre mais échoue lamentablement et atterris douloureusement sur mon postérieur. Ouch, ça fait mal. Bon sang, quand la terre est elle devenue aussi basse ? J’essaye de me relever mais je retombe. Et merde, je vais rester là après tout.

 

Des mains se posent sur mon visage mais j’échappe à leur emprise et les repousse.

 

« Qu’est tu t’es fait Sunshine ? »

 

Merde. Travis. J’avais espéré qu’il ne serait plus là. Ouais, ben le connaissant je parie qu’il m’attendait. Je suis sure qu’il m’a regardé mon entrée pathétique et ma chute encore plus minable avant de venir à moi, histoire de voir jusqu’où je pouvais aller par mes propres moyens.

 

Je le regarde et le me fixe. J’éclate de rire. « T’es pas heureux là ? Tout s’est passé comme tu l’avais prédit… » je baragouine. Une fois encore je le repousse alors qu’il essaie de m’atteindre. « Allez, dis le…t’en meurs d’envie… »je le mets au défi.

 

« Quoi ? » demande-t-il sans la moindre émotion.

 

« Je te l’avais bien dit, » je réplique avec une voix déplaisante et nasillarde. Il se contente de me regarder. « Elle me veux hors de sa vie…elle ne supporte plus mon mutisme… » je dis en rigolant amèrement en répétant chacun des mots qui n’ont pas arrêté de me détruire de l’intérieur durant les trois derniers jours. « Je n’ai que ce que je mérite n’est ce pas ? » je demande avec un horrible sourire en coin.

 

Travis ne répond rien, il se contente de tendre les bras vers moi pour m’élever du sol mais je continue à le repousser.

 

« Ça  suffit, » dit il en attrapant un de mes poignets fermement, mais je continue à me débattre. Cette fois il attrape mes deux poignets et resserre sa prise assez fort pour que ce soit douloureux. Je le regarde avec défi un sourire puérile sur les lèvres. « J’ai dit, ça suffit, » il répète d’un ton menaçant.

 

Je soutiens son regard mais je comprends bien que c’est fini, je ne gagnerai pas cette manche. Je n’aime pas ce regard, je ne l’ai jamais aimé. C’est un regard dur et violent, montrant sa  déception teintée de colère. Et pourtant, malgré tout l’émotion la plus forte qui se lit dans ses yeux verts c’est l’inquiétude.

 

Alors je laisse tomber, j’arrête de lutter. Il me prend dans ses bras comme une enfant et m’emmène jusque dans la salle de bain. Là il me douche et je n’offre aucune résistance ou protestation. C’est comme si j’étais un pantin inanimé. Une fois qu’il a fini il m’habille d’un large t-shirt et d’un boxer. Puis il me reprend dans ses bras avant de me porter jusqu’à mon lit où il me dépose délicatement et me borde. Il dépose un tendre baiser sur mon front avant de quitter la pièce. En quelques minutes je sombre dans le sommeil.

 

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Je me réveille en me sentant vraiment au plus bas. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur le sentiment alors que je me précipite dans la salle de bain pour honorer le dieu de porcelaine jusqu’à ce que mes tripes me brûlent. Je prends une longue douche et me rafraîchis. Avant de quitter la salle de bain je me confronte à ma réflexion dans le miroir. Je vous le dis, c’est une chose de sentir pitoyable, c’en est une autre d’en être témoin.

 

Je vais dans le salon. Travis est assis au comptoir, il y a une assiette avec un petit déjeuner qui m’attend, j’ignore le tout et me contente d’attraper le verre remplie de ‘Nectar de fluides de cadavre en décomposition’ frais. Je le bois d’une traite avant de prendre une bouteille d’eau dans le réfrigérateur, c’est là que je vois les débris de verres par terre. Ce qui me ramène aux évènements de la veille. Je pense que c’est pour cette raison que Travis les a laissé là. Pour que je n’oublie pas ce qu’il s’est passé d’une part et d’autre pour que je prenne mes responsabilités et nettoie mon foutoir. Ouais, ben pas aujourd’hui.

 

Travis ne me parle pas, en fait il m’ignore. Je déteste ça. Je ne supporte pas d’être rejeté par lui. Mais je ne peux pas non plus lui faire face alors je l’ignore en retour, me brosse les dents et me prépare pour le boulot pendant qu’il continue à travailler sur son ordinateur en silence.

 

Je quitte mon appart avec un sac plein de vêtements propres pour ne pas avoir à revenir ici de si tôt.

 

 

Chapitre 56 : Catherine 

 

Les jours passent et se ressemblent. Chaque nouveau jour je sens un couteau être plongé dans ma poitrine et tourné dans tous les sens jusqu’à ce que je ne puisse plus sentir quoique ce soit. Et tout ça avant que je n’ouvre les yeux.

 

Je suis en pilote automatique. Je me réveille, je vais au boulot – où je me débrouille pour être sur le terrain pendant de longues heures ou reste cloîtrée dans mon bureau à faire de la paperasse, puis je rentre chez moi, et là je me sens tellement perdue que généralement je me mets à pleurer jusqu’à ce que je m’endorme.  Puis je vais chercher Linds à l’école tout en prétendant que tout va bien. Ensuite elle va chez Nancy tandis que moi je pleure encore avant de retourner au boulot.

 

Je suis dans mon enfer personnel.

 

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Je suis dans la cuisine en train de travailler sur un dossier. J’ai une règle d’or, ne jamais ramener du travail à la maison. Cependant je suis en train de violer cette règle parce que le boulot est une des rares choses qui me permet de garder ma tête et mon cœur déconnectés…déconnectés de Sara.

 

Lindsey entre dans la pièce et se sert un verre d’eau avant de prendre place à côté de moi. Je m’arrête et lui donne mon attention la plus complète. Elle semble préoccupée alors je ne la pousse pas. Je peux dire qu’elle est en train de débattre intérieurement, essayant de décider si oui ou non elle devrait donner voix à ses pensées.

 

« Est-ce que je peux te poser une question ? » dit elle finalement.

 

« Tout ce que tu veux ma chérie. »

 

« Mais avant tu dois me promettre de ne pas te mettre en colère. »

 

« Je te le promets, » je réponds après une courte pause.

 

« Vous avez rompues Sara et toi, n’est ce pas ? » demande-t-elle soudain.

 

L’oxygène quitte mes poumons comme si elle venait de me donner un coup, je peux sentir la nausée monter et les larmes prêtes à couler.

 

« Maman ? » la voix de Lindsey atteint mes oreilles à nouveau.

 

Je déglutis avec peine mais la balle de golf logée dans ma gorge ne semble pas vouloir disparaître. « Ben…non…pas vraiment… » j’essaye de trouver une pensée cohérente dans les méandres chaotique de mon cerveau, mais c’est peine perdue. Mon cœur saigne de l’intérieur, je peux sentir mon corps trembler alors que je crie de douleur intérieurement. « On est…on fait une sorte de…temps mort pour le moment, » j’arrive à dire en dépit de la peine vive que j’éprouve.

 

Lindsey ne dit rien pendant un moment, elle se contente de me regarder intensément. « Donc, vous avez rompu, » elle pointe sans émotions avant de tourner son attention sur son verre d’eau.

 

« Non ce n’est pas comme ça…on est… » j’essaie encore.

 

« ….en train de faire une sorte de temps mort, je t’ai entendu, » elle m’interrompt.

 

« Linds, c’est…compliqué, » je réponds d’une voix étranglée.    

 

Elle me regarde sérieusement avant de reprendre la parole. « Non, ça ne l’est pas. Maman, peut importe l’étiquette que tu mets dessus, le résultat est toujours le même. Elle ne reviendra pas à la maison de si tôt, n’est ce pas ? » dit elle avec véhémence, je pense qu’elle est énervée.

 

« Non, » je réponds dans un murmure.

 

« Pourquoi ne m’avoir rien dit ? » demande-t-elle agitée.

 

« Je…j’attendais le bon moment je suppose. »

 

« Ah vraiment ? Et quand est ce que ça aurait été le bon moment ? Dans deux mois ou l’an prochain ? » dit elle sèchement.

 

Son agressivité me fait mal. J’ai l’impression qu’on vient de faire un pas en arrière.

 

« Désolée maman, je ne devrais pas être énervée, » elle reprend d’une voix plus douce. « C’est juste que…je me sens mise à l’écart, » elle confesse. « On n’est sensé ne pas avoir de secrets l’une pour l’autre, c’est la nouvelle règle…en tout cas en ce qui concerne les affaires de famille et je pense que ce qui se passe est une affaire de famille…je n’aurais pas dû t’agresser… »

 

« Ce n’est pas grave, j’aurais dû te dire ce qui se passait, » je la rassure en lui caressant les cheveux.

 

« Tu pensais que je ne m’en apercevrai pas ? » sa question est timide.

 

Je ne sais pas quoi répondre alors je reste silencieuse. Elle continue « Tu sais pendant ces deux dernières semaines, les seules fois où je l’ai vu c’est quand elle venait me chercher à l’école, où la dernière fois quand elle est venu chez tante Nancy mais à part ça… » elle soupire. « Elle ne dit rien , tu ne dis rien…vous vous contentez d’agir comme si tout était normal quand ce n’est pas le cas et j’ai l’impression que personne n’est honnête avec moi et quelque part c’est le cas. »

 

Maintenant je me sens misérable.

 

« Tu aurais pu me le dire, j’aurais compris tu sais. »

 

« Je n’ai aucune excuses pour mon comportement, je te demande pardon, » je lui réponds après un moment. 

 

« Pourquoi n’avoir rien dit ? » elle demande à nouveau.

 

« Je pense qu’une part de moi voulait croire que ce n’était pas réel…c’est compliqué. »

 

« Je ne suis pas sure de comprendre, » dit elle confuse.

 

« Ben…comment t’expliquer…parfois les choses sont si douloureuses que tant que tu prétend que tu n’en parles pas, une partie de toi peut toujours prétendre que ce n’est pas en train d’arriver. Mais de dire ces choses à haute voix les rend encore plus  douloureuse… »

 

« Je comprends, » réplique-t-elle perdue dans ses pensées. « Quand papa est mort, j’ai passé des jours à me dire que ce n’était pas réel, que l’accident n’était pas arrivé…que papa était en vie, » elle marque une pause et respire un grand coup. « Puis le week-end  où il avait promis de m’emmener au planétarium est arrivé. J’ai attendu toute la journée pour qu’il vienne ou qu’il appelle pour dire qu’il avait un empêchement, mais rien ne s’est passé, » sa lèvre inférieure tremble légèrement « Ensuite je suis venu te voir et je t’ai dit qu’il était mort et j’avais l’impression de ne plus pouvoir respirer. Après j’ai pleuré très fort parce que je me suis rendu compte que je ne le verrai plus jamais, que tout ça était bien réel. »

 

Je continue de caresser ses cheveux. Elle ne pleure pas mais je peux voir sa tristesse . Je me souviens de ce jour clairement, c’était une semaine après l’enterrement d’Eddie. Elle n’avait parlé à personne pendant toute la semaine et ce fut les premiers mots qu’elle m’a adressés. C’est une chose horrible que de voir son enfant souffrir et d’être impuissant pour le calmer ou apaiser sa douleur.

 

Elle me regarde avec inquiétude.

 

« Comment tu te sens ? » demande-t-elle. Je suis tentée de lui dire que je vais bien mais elle me prend de court. « Honnêtement. »

 

Je déglutis « Honnêtement ? Je suis…triste…très triste, » et sur ces mots je craque, elle me prend dans ses bras et me berce gentiment.

 

« Ça va aller maman. Je suis là pour toi, » elle susurre en me consolant. Mes pleurs redouble et je m’accroche à elle comme si ma vie en dépendait, reconnaissante qu’elle soit là.

 

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Un autre jour, une nouvelle couche de peine. Aujourd’hui j’ai vu Sara pour la première fois depuis notre dernière conversation et j’ai senti le couteau dans mon cœur remuer.

 

Je ne pleure plus, je ne le peux plus. Mais le vide dans mon cœur ne cesse de grandir tous les jours et ce vide est sur le point de m’engloutir.

 

Je rentre chez moi et commence à nettoyer la maison de fond en comble pour me distraire. Je pense que le pire c’est quand je suis seule à la maison parce que là, je n’ai pratiquement rien sur quoi me concentrer, absolument rien qui m’empêche de penser à Sara.

 

A la maison, je m’attends à entendre sa voix, je m’attends à ce qu’elle vienne derrière moi pour déposer un doux baiser dans le creux de mon cou, je m’attends à l’entendre chanter sans qu’elle s’en rende compte alors qu’elle est en train de faire autre chose, je m’attends à ce qu’elle vienne vers mois et m’enlace en étant derrière moi, juste pour être proche… je l’attends tout simplement.

 

Là je conduis dans les rues de Vegas parce que je suis bouleversée et que je me sens trahie.

 

J’étais en chemin pour voir Nancy et quand je suis arrivée, c’est là que je l’ai vue. J’ai vu Sara en train d’étreindre ma sœur, je les ai vu se réconforter mutuellement. Alors j’ai fais le chose la plus mature qu’il y avait à faire, je me suis enfuie. La radio en train de jouer si fort que je ne peux penser à rien.

 

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« Brown » une voix grave répond après deux sonneries.

 

« Rick… »

 

« Cath ? »

 

« Ouais…c’est moi, » je soupire. « Ecoute, je crois que je suis au dessus de la limite, est ce que tu peux venir me chercher s’il te plait. »

 

« Dis moi où tu te trouves, » il répond immédiatement.

 

Une des raisons pour lesquelles j’aime Warrick est qu’il est toujours là pour moi et ne me juge jamais même quand je fais des erreurs et que j’agis comme une débile, comme maintenant.

 

Vingt minutes plus tard Warrick entre dans le bar où je me trouve, il s’approche de moi et me prend la main. « Allez vient, je te ramène chez toi, » je résiste alors qu’il m’attire vers la sortie. « Cath ? » il me questionne.

 

« Par pitié, ne m’emmènes pas là bas. Emmènes moi partout sauf là bas, » je le supplie.

 

Il me scrute pendant un moment, je pense qu’il se demande ce qu’il se passe, mais il décide de garder ses questions pour lui. « Ok. »

 

Dans la voiture je regarde le paysage de Vegas défiler, ça me berce doucement avant que je ne ferme les yeux pour me reposer.

 

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Un frisson me parcours le corps lorsqu’on ouvre la portière. J’essaie de bouger et de défaire ma ceinture mais je suis tellement déphasée que mes mouvements manquent de coordination.

 

« Hey, ne t’en fais pas je m’occupe de tout la belle, » j’entends la voix de Warrick, étrangement elle me semble lointaine.

 

Il me prend dans ses bras, referme la portière et commence à marcher. Je l’entends frapper doucement à une porte, cette dernière s’ouvre après seulement quelques secondes, puis la voix de ma sœur  pénètre mes oreilles.

 

« Hey, Rick, » elle murmure.

 

« Hey Nance, » il répond sur le même ton. « Désolé pour l’appel tardif. »

 

« T’en fais pas. »

 

Je sens Warrick s’avancer doucement et prudemment comme pour éviter de me réveiller. « Sa chambre est prête ? » il demande.

 

« Oui, vient, » Nancy répond puis on se remet en mouvement.

 

Après un moment je sens qu’on me pose délicatement sur un lit.

 

« Qu’est ce qu’il s’est passé ? » Nancy demande doucement.

 

« Je ne sais pas, elle n’était pas très bavarde. Elle a seulement dit qu’elle ne voulait pas rentrer chez elle. Après deux minutes dans la voiture elle s’en est allée au pays des rêves. »

 

L’un d’entre eux soupir mais j’ignore lequel.

 

« Merci d’être là, » Nancy dit après un long silence.

 

«  Pas de problème, » Warrick répond et je peux peindre le doux sourire qui orne ses lèvres. « Est-ce que je peux utiliser ton téléphone pour appeler un taxi ? J’ai laissé ma voiture au bar. »

 

« Bien sûr, je vais faire du café en attendant. »

 

Je sens une dépression sur le lit, une main affectueuse me caresse les cheveux puis un tendre baiser est déposé sur mon front. « Dors bien, la belle, » la voix rauque de Warrick résonne avant qu’il ne quitte la pièce.

 

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Je me réveille après un sommeil lourd et sans rêves avec un mal de crâne plutôt puissant. Bon sang, ça fait mal. Je vais dans la salle de bain et prend une longue douche. Je me débarrasse de la sueur mais je me sens toujours aussi minable. Je m’habille et décide d’aller à la recherche de nourriture.

 

Je vais dans la cuisine et la lumière m’agresse, à tel point que ma tête se met à tourner. Je m’assois sur la chaise la plus proche et enfoui mon visage dans mes mains afin de bloquer les rayons de lumière.

 

« Tiens, » Nancy dit doucement.

 

Je lève la tête et trouve une assiette pleine et un mug de café chaud devant moi. Merci mon dieu pour ma merveilleuse sœur. Je me suis négligé dernièrement. Par exemple je suis sur le point de manger mon premier vrai repas depuis que ma vie est partie du mauvais côté.

 

« Tu m’a fait des œuf brouillés avec ma spéciale ? » je dis avec émerveillement.

 

« Mmhmm. » elle fredonne en réponse.

 

« Je t’aime, » qu’il y a-t-il d’autre à dire ?

 

« Moi aussi je t’aime soeurette, » dit elle, et bien qu’elle me tourne le dos je peux dire qu’elle est en train de sourire. Ma sœur a toujours été du genre silencieuse. Elle a cette force tranquille qui vous apaise à chaque fois que vous être à ses côtés. Elle sait toujours ce qui vous fera vous sentir mieux. « Oh et avant que j’oublie, Linds t’a laissé ça, » elle me tend une feuille de papier pliée en deux.

 

Je la prends en silence. « Elle est allé t’embrasser avant de partir à l’école, elle a dit que tu dormais si profondément que tu n’as même pas bougé, » Nancy ajoute.

 

Je me contente d’acquiescer. « Dommage que je l’ai manquée, » je dis avec une pointe de regrets. Je prends la première bouchée de mon petit déjeuner et ferme les yeux, c’est un vrai délice. « Tu n’es pas sensé être au boulot ? » je demande soudain, intriguée par le fait qu’elle soit là.

 

« Mon patron m’a donné ma journée…tu te souviens, je t’ai parlé des jours de récupération que j’avais à prendre…mon séminaire. »

 

« Ah oui, c’est vrai…je m’en souviens. »

 

« Et puis j’ai pensé que tu avais besoin d’un peu de compagnie, » elle ajoute doucement.

 

Je ne réponds pas et déplie la feuille que Linds m’a laissé. Je ne peux m’empêcher de sourire quand j’en découvre le contenu. Elle a dessiné un soleil me faisant un clin d’œil avec écrit ‘bonne journée, je t’aime maman’, juste en dessous.  J’aime ma fille et encore plus pour ce genre de petites attentions. Immédiatement je me sens mieux.

 

Nancy me laisse profiter de mon petit déjeuner en paix et j’en suis ravie. Je sais bien qu’elle meurt d’envie de savoir ce qui ne va pas dernièrement. Une fois que mon assiette est vide, Nancy s’assoit près de moi avec son mug de café. Elle remet une de mes mèches en place derrière mon oreille d’un geste tendre et affectueux.

 

« Je suis désolée pour hier soir. Je ne voulais pas te déranger, » je m’excuse timidement.

 

« Mais non, tu sais bien que tu ne me dérange jamais. Et puis j’aime bien être utile de temps en temps, » elle répond d’un ton léger.

 

« Nance, » je ricane doucement.

 

« Quoi ? C’est vrai ! » elle proteste. «En plus je me suis sentie un peu délaissée dernièrement, » elle boude.

 

« Ah oui ? Et pourquoi ça ? »

 

« C’est juste que…écoute je sais que Sara et toi êtes dans une phase difficile… » elle commence mais je rigole amèrement.

 

« C’est ce qu’elle t’a dit hier ? Est-ce que c’est l’excuse qu’elle t’a donné pour avoir un câlin ? » je lui demande sévèrement. 

 

« Non…comment sait tu…peu importe…elle n’a pas parlé hier. En fait c’est même la première fois que je l’ai vu depuis des semaines. Je l’ai appelé parce que j’ai eu une journée horrible pour ne dire que ça, il y avait une fuite sous l’évier, ma voiture m’a lâché et le boulot a été infernal. J’étais à bout de nerfs et j’ai craqué. Alors oui, elle a pris soin de moi. Pourquoi est ce que je me justifie d’abord ? » elle radote.

 

Elle secoue la tête et prend une grande inspiration. « Ecoute, dernièrement tu me parles à peine et je vois bien que tu es déprimée. Sara est aussi mal en point que toi si ce n’est plus. Et puis, il y a Linds, elle est à nouveau énervée contre la terre entière, elle a l’air triste et je m’inquiète vraiment pour toi. Alors, oui, il ne faut pas être un génie pour comprendre que les choses ne sont pas au mieux. »

 

Tu parles d’un euphémisme. Je ne sais pas si je dois pleurer ou rire, je choisis de rire.

 

« Cath ? » Nancy m’appelle, assurément déstabilisée par ma réaction.

 

« Les choses ne sont pas au mieux elles sont fantastiques, » je dis sarcastique. « Sara et moi avons rompu…non attend, j’ai rompu avec Sara et depuis il ne se passe pas un jour sans que je ne sente les restes de mon cœur brisé me tuer de douleur. Je ne lui ai pas parlé depuis ce qui me semble être une vie entière et les deux fois où je l’ai vu, comme hier…j’ai eu l’impression de prendre une balle dans la poitrine, en plein cœur, ou du moins ce qu’il en reste. » je ricane amèrement. « Mais voyons le bon côté des choses, maintenant au moins je sais où j’en suis. Je n’ai pas l’impression de vivre avec une étrangère, tout est clair et en ordre. Alors tu sais, la vie est juste magnifique, » je dis d’un ton léger.

 

Nancy est abasourdie. Elle prend le temps de digérer toutes les informations, il lui faut bien quelques minutes puis elle ouvre la bouche pour dire quelque chose mais se ravise. A la place elle vient à moi et me prend dans ses bras, dans une étreinte réconfortante et pleine d’affection et d’amour. Je ne me laisse pas aller au début car son geste me prend de court. Mais soudain je me retrouve à pleurer comme un bébé. Nancy m’étreint silencieusement. Elle ne me dit pas que tout va bien, ou que tout va s’arranger, ou encore que j’irai mieux bientôt, et je l’en remercie parce que je n’ai vraiment pas besoin de ces conneries pour le moment.

 

« Regarde moi…je suis misérable… » je dis à travers mes sanglots. « Ça fait si mal. »

 

 

Chapitre 57 : Sara

 

« Sara, il faut que je te parle, » Grissom m’appelle.

 

Je le suis dans son bureau. Je ferme la porter derrière moi alors qu’il m’invite à m’assoire. Je m’exécute et attend qu’il me dise ce qu’il a en tête.

 

«Quand as-tu mangé quelque chose pour la dernière fois ? » il me demande.

 

« Hein ? » je réplique avec éloquence.

 

« Quand as-tu mangé quelque chose pour la dernière fois ? » il répète, un peu plus lentement cette fois. Génial, maintenant il pense que je suis débile.

 

« Je ne sais pas…je ne fais pas vraiment attention à ce genre de choses. »

 

« Quand as-tu dormi pour la dernière fois ? » il continue.

 

« Grissom, je ne suis pas sure de comprendre le but de cette conversation. »

 

« 36 heures, » dit il. 

 

« Quoi ? » je m’exclame. « Ok, tu m’as perdu depuis la première question. De quoi s’agit il ? »

 

« 36 heures, ça fait 36 heures que tu travailles sans interruption, » il regarde sa montre. « Non en fait ça en fait 37 et 80 minutes. La dernière fois que tu as mangé quelque chose de plus consistant que du café remonte à 30 heures, et il me semble que c’était seulement la moitié d’un sandwich. »

 

« Est-ce que tu épies tout mes faits et gestes ? »

 

« Non, en tant que superviseur je garde un œil sur tous les membres de mon équipe car l’efficacité d’un équipe dépend de l’état d’esprit de ses membres. »

 

Je procède chaque information, toujours sans bien comprendre où ça nous mène. « Est-ce que c’est à propos d’heures supplémentaires ? Est-ce que c’est ta nouvelle façon d’aborder le sujet ? »

 

« D’un certain point de vue oui, » il retire ses lunettes et les nettoie consciencieusement, c’est sa manière personnelle de remettre de l’ordre dans ses pensées. Chaque fois qu’il fait ça, c’est qu’on est parti pour un long speech.

 

C’est parti.

 

« Sara, quelque soit la phase que tu es en train de traverser, cela pourrait bientôt devenir un problème, » déclare-t-il.

 

Ma colère monte en un instant. « Grissom, je suis professionnelle, je ne laisserai jamais ma vie personnelle interférer avec mon boulot ! » je réplique sèchement.

 

« J’ai dit que ça pourrait devenir un problème, » il soupire. « Sara, tu es humaine et donc par nature faillible. Après 28 heures de veille ta concentration a disparu alors tout ce que tu fais est condamné à être contreproductif. Bien sûr, tu es l’une des plus méticuleuse et vigilante, ce sont ces qualités qui font de toi l’une des meilleure CSI. Cependant quand tu travailles 36h d’affilés tu agis comme une débutante. »

 

« Est-ce que tu sous entends que je suis incompétente ? » je lui demande énervée.

 

« Non, pas incompétente, négligente. Imagine toi la scène, je t’envois sur le terrain et les choses prennent une mauvaise tournure mais comme tu n’es pas au top de ta forme tu ne peux pas gérer la situation proprement. Ou tu manipules des preuves mais la fatigue te fait faire les mauvais tests et détruire des pièces à conviction. En prenant ce risque tu es négligente. Et je refuse de laisser une de ces situation se produire. »

 

« Grissom, tu me connais.. ; » je commence à plaider ma cause mais il m’interrompt. 

 

« Oui, et si tu arrives à berner tout le monde en faisant croire que tu rentres chez toi entre deux services, ça ne prend pas avec moi. Je sais que ton casier contient beaucoup plus de vêtements de rechange que nécessaire, je sais que tu te douches ici et que tu fais des siestes dans les labos les plus reclus du deuxième étage. »

 

Super, je suis grillée.

 

« D’habitude je te laisse à toi-même, sachant qu’éventuellement tu reprendras tes esprits, que la situation ne durera pas, » il marque une pause pour l’effet dramatique. « Cette fois, ça fais deux semaines et demi que cette petite danse se perpétue. Alors je dresse le drapeau rouge, » il soupire. « Je ne devrais pas avoir à te dire ces choses là, mais tu n’a pas l’air de réaliser beaucoup de choses dernièrement. Quand tu dépasses tes propres limites il y a beaucoup d’intérêts en jeu pour que je reste passif. Avant toute chose, ta santé et ton équilibre physique et émotionnel ; la vie de tes partenaires lorsque tu es sur le terrain ; il y a les indices lorsque tu es au labo ; et de manière générale il y a les affaires sur lesquels tu travailles, et enfin ta carrière. »

 

Il semble attendre une réaction de ma part mais au lieu de ça je concentre mon regard sur l’araignée sur son bureau. Je sais que si j’ouvre la bouche maintenant, rien de bon n’en sortira.

 

« Je ne suis pas contre toi Sara, je suis de ton côté. »

 

« Et tu fais ça pour mon bien, » j’ajoute sur un ton puérile.

 

« Oui, même si ça n’en a pas l’air, » il soupire. « Rentre chez toi Sara. »

 

Chez moi ? Et c’est où ça ? Je rigole jaune intérieurement.  « Très bien, je rentrerai, » je réponds résignée, il n’y a aucun intérêt d’argumenter, c’est une bataille perdue d’avance.

 

« Je veux dire, maintenant Sara. »

 

« Quoi ? T’es pas sérieux, là, il reste au moins cinq heures avant la fin du service… »

 

« Rentre chez toi Sara, et demain profite de ta nuit de congé. Je ne veux pas te voir dans les parages avant un jour et demi. Suis-je clair ? » dit il calmement mais il y a un subtile sous entendu dans sa voix qui me fais savoir que plus qu’une demande, c’est un ordre.

 

« Génial, » je me lève avec hâte et me dirige vers la porte.

 

« Sara., » il me rappelle.

 

Il me faut beaucoup de maîtrise pour ne pas lui aboyer dessus. Je me tourne et lui fais face de nouveau. Cette fois il me regarde avec inquiétude. « Laisse moi deviner. Si j’ai besoin de quoique ce soit, t’es là pour moi ? » je dis brutalement. Il a l’air blessé par mon attitude mais acquiesce malgré tout. Je soupire. « Désolée. Ecoute Griss, je sais…seulement…ne t’en fait pas ok ? »

 

xxxxx

 

J’arrive à rentrer sans me prendre de prunes pour excès de vitesse. Je ne devrais pas conduire quand je suis énervée. Dès que je suis dans mon appart, je me dirige directement vers le frigo. A ma grande surprise ce que je cherche n’est pas là. Je regarde dans tous les placards et tiroir, à chaque fois j’en arrive au même constat : vide.

 

C’est une putain de blague !!

 

Je pousse un cri de frustration. Va te faire foutre Travis Carter !

 

Il a vidé mon appart de toutes bouteilles et cigarettes. Il a de la chance de ne pas être dans les parages parce que je sens des pulsions meurtrières faire surface. Je n’arrive pas à croire qu’il ait fait ça. Comment a-t-il osé ?! J’aurais dû me douter qu’il ferait un truc dans le genre.

 

C’est génial, non seulement je suis hors de moi mais en plus je n’ai aucune addiction pour me détendre. Putain, ça me fout les nerfs !

 

Je fais les cent pas comme une lionne en cage pour me calmer.

 

Bon peut être que c’est une bonne chose de n’avoir ni alcool, ni cigarette, après tout je dois aller récupérer Linds aujourd’hui, donc autant rester clean.

 

D’un autre côté il faut que je me change les idées, il faut que je trouve quelque chose à faire. Je vais lire un peu tiens et je sais pile le livre qu’il me faut.

 

xxxxx

 

Je me réveille et constate que je suis allongée sur mon canapé avec mon bouquin dur l’estomac. Heureusement que ce truc est confortable. Il est midi, j’étais fatiguée après tout. Je décide de me lever et d’aller prendre une douche. C’est là que je vois Travis assis sur le fauteuil près de mon canapé, en train de lire un livre ou du moins de prétendre lire. Je sais que c’est sa manière de veiller sur moi. Mais bon on joue toujours à qui ignorera l’autre le plus longtemps. Ça fais trois semaine qu’on n’a pas échangé un seul mot, le pire dans tout ça c’est que je m’en fiche un peu.

 

Après ma douche je reviens dans le salon où une assiette pleine m’attend. Une fois encore je l’ignore et me contente de prendre une bouteille d’eau.  J’ai encore deux heures à perdre avant d’aller récupérer Cake, alors je décide de finir mon bouquin.

 

Travis se déplace dans l’appart comme si je n’étais pas là – il regarde les infos, travaille sur son portable, et tout le long j’ai l’impression de faire partie du décor, mais je ne dis rien. Mais le silence entre nous me dérange alors je décide de partir plus tôt.

 

Après m’être arrêtée au parc près de l’école de Cake, je me suis dit qu’il était temps de l’attendre à la sortie. Dernièrement j’ai attendu les jours où je dois la récupérer avec impatience. C’est probablement l’une des rares bonnes choses qu’il me reste.

 

Après quinze minutes d’attentes les enfants commencent à sortir. Je ne m’en suis jamais rendu compte avant mais j’aime ça, attendre que Cake quitte les cours et qu’elle me raconte sa journée. J’ai l’impression d’avoir ma place parmi les autres parents.

 

Cake me vois mais contrairement aux autres jours elle ne me sourit pas. Ce n’est pas un bon signe, même quand elle a une mauvaise journée, Cake me sourit lorsqu’elle me voit.

 

« Hey Cake. » je l’accueille avec un léger sourire.

 

Elle ne réponds pas et se contente de monter dans la voiture.  Bon…je prends ma place derrière le volant et attends qu’elle me parle. Quelque chose me dit que ça n’arrivera pas de si tôt, vu qu’elle regarde dans le vague.

 

« Alors…comment était ta journée ? » j’essaye avec enthousiasme. Je crois que j’ai rencontré des murs plus expressifs et communicatifs que ne l’est Cake Un mauvais sentiment me ronge, vous savez, ce sentiment qui vous dit que tout va aller très mal. Je lui accorde une minute entière mais elle reste muette. « Cake ? »

 

Trente secondes passent mais elle m’ignore toujours. Je décide d’essayer à nouveau. « J’ai pensé à toi aujourd’hui, j’ai relu Frankenstein et… »

 

« J’en ai rien à faire, » dit elle brutalement.

 

Je suis prise de court pour ne dire que ça. Au moins j’ai une réaction de sa part. je suis sur le point  de parler mais elle me coupe.

 

« Je ne vaux plus te parler. »

 

« Est-ce que je peux savoir pourquoi ? » je demande après avoir accusé le coup.

 

« Si t’as besoin que je t’explique pourquoi, alors t’es encore plus stupide que je le pensais. »

 

Je vais supposer qu’elle a appris la nouvelle à propos de Catherine et moi. Bon, au moins je peux justifier sa colère.

 

« Cake… » quoique j’avais l’intention de dire meurt sur mes lèvres.

 

« Je t’interdis de m’appeler comme ça ! »

 

J’acquiesce silencieusement et recommence. « Ecoute… »

 

« Quoi ? T’es désolée ? C’est ça ? Ou laisse moi deviner, c’est trop compliqué ? Je m’en fiche ! Je ne veux pas entendre tes excuses minables ! » Elle se tourne vers moi pour le première fois et pour la première fois elle me regarde avec colère. « Elle pleure à cause de toi. Tu la rends malheureuse. Elle pleurait quand tu étais là et maintenant elle pleure parce que tu n’es pas là. Je t’ai dit qu’aussi longtemps que tu la rendrais heureuse, ça m’allait. Mais tu la rends malheureuse et je te déteste pour ça ! »

 

C’est comme de prendre un coup de poing en pleines tripes. Mais d’un autre côté je l’ai mérité.

 

Elle se tourne vers la fenêtre. « T’étais sensée la rendre heureuse… » elle murmure.

 

Je suis figée, il y a tellement de choses que j’aimerais lui dire mais tout à coup c’est comme si ma tête était vide. On reste là en silence mais sa voix hargneuse résonne encore une fois. Qu’est ce que t’attends ? Des cochons volants ? 

 

Il me faut une seconde pour sortir de ma stupeur et mettre le contact. C’est un trajet de 15 minutes pour aller chez Nancy, pourtant aujourd’hui j’ai l’impression qu’il dure 15 heures.

 

Je l’ai mérité. Je ne suis pas une mauvaise personne. J’ai tout foiré, oui mais je ne suis pas méchante. J’essaie de penser à une façon de lui faire comprendre la situation pendant que je conduis mais rien ne me vient. On arrive chez Nancy mais avant qu’elle ne descende de la voiture je tente encore ma chance. « Cake… »

 

« Je t’ai dit de ne plus m’appeler comme ça ! »

 

Je reprends une grande inspiration et continue. « Est-ce que tu te souviens des discussions qu’on avait à propos de ton père ? » j’attends un signe de sa part, un signe qui me montre qu’elle m’écoute.

 

« Oui et alors ? » elle crache.

 

« Tu souviens, une fois tu m’as dit qu’il t’arrivait de te sentir si perdue que tu faisais ou disais des choses qui font du mal aux personnes que tu aimes ? » elle hoche la tête après quelques secondes. « Ben, c’est exactement ce que je ressens maintenant. Perdue et confuse…Je…il y a certains problèmes que j’ai évité jusqu’ici et maintenant je dois tout régler en même temps et c’est la confusion, ma vie en est toute chamboulé, » je prends mon temps pour trouver les mots justes. « J’ai dit et fait les mauvaises choses et j’ai fait beaucoup de mal à ta mère. Alors tu as le droit d’être en colère contre moi et de me détester. Je ne t’en veux pas. Pour être honnête je me déteste moi-même. Je ne recherche pas ton pardon, parce qu’il n’y a pas d’excuses pour ce que j’ai fait, mais je veux que tu comprennes. »

 

Je considère le fait qu’elle soit toujours dans la voiture comme un bon signe, même si elle n’a rien dit.

 

« Je comprends, » elle dit finalement. Elle commence à sortir de la voiture mais s’arrête. « Une grande part de moi est en colère après toi pour ce que tu fais subir à maman, » elle soupire et me regarde avec tristesse. « Mais il y a une part de moi qui espère…une minuscule part de moi espère que tu retrouvera ton chemin vers la maison…éventuellement, » elle laisse ses mots en suspens puis sors. Elle se tourne vers moi avant de refermer la portière. « Ne te donne plus la peine de venir me chercher maintenant, » annonce-t-elle fermement.

 

« Ça  ne me dérange pas du tout, » je réponds en essayant de cacher ma peine et mon désespoir face à son rejet.

 

« Je ne veux plus que tu viennes me chercher, » elle dit de manière plus explicite et moins diplomate. Je peux voir que cette décision lui fait de la peine à elle aussi.

 

« Oh, ok, » je réponds en déglutissant avec effort. Et sur ce, elle s’en va.

 

Partie VIII

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