'Il parait que je suis une petite joueuse....il parait...' ;)

Bonne lecture et merci pour les retours vous êtes géniales :)

So

 

Et du Chaos Naîtra la Création…

 

                                                                                                                                     Hutième Partie

 

                                                                                                                                       Par SoFrost

 

Chapitre 58 : Catherine

 

Linds est de mauvaise humeur aujourd’hui. Elle n’a rien dit depuis que je l’ai ramené de chez Nancy. J’ai décidé de lui faire plaisir en lui préparant son goûter favori : du lait froid avec des tranches de pommes légèrement frites. Elle est assise dans la cuisine et son visage s’illumine légèrement à la vue de ce que je lui ai préparé. Elle mange avec enthousiasme et je suis soulagée d’avoir réussi à l’égayer un peu.

 

« Alors, comment était ta journée ? » je lui demande gentiment.

 

« Ça  allait, » elle répond sans entrain, ce qui me fait savoir qu’elle n’a pas envie d’en discuter plus que ça. Je décide de changer mon approche.

 

« Il parait qu’il y a un grand jour qui arrive, » j’annonce.

 

« Un grand jour hein ? »

 

« Mmhmm, un très grand jour. Est-ce que tu sais quel jour c’est ? »

 

« Je ne sais pas, » répond-t-elle avec un sourire malicieux.

 

C’est un jeu depuis qu’elle à 7 ans. Elle a trois chances pour essayer de me faire rire et si elle réussi elle aura un cadeau hallucinant.

 

« Oh, ne me dis rien ! C’est le jour où je pourrai enfin conduire une voiture ! »

 

« Non, pas de si tôt, » je réplique avec sérieux.

 

« Est-ce que c’est le jour où je pourrai me faire un tatouage ? »

 

Je me demande si elle se souvient des règles parce que jusqu’ici je ne vois aucune raison de rire.

 

« Dans tes rêves ma chérie ! »

 

« Est-ce que c’est le jour où…je dois me déguiser en lapin crétin ? » elle demande avec un visage sérieux. En ce qui me concerne j’éclate de rire à son ton, ok, elle devient bonne à ce jeu. « Wouhou, je suis douée, je suis douée, » elle s’exclame avec joie.

 

Je prends une minute pour me calmer un peu. « Ok, qu’est ce que tu veux ? »

 

« Je ne sais pas encore, mais je vais y penser cela dit, » elle sourit.

 

« Dis moi, est ce que tu veux une fêtes pour ton anniversaire ? »

 

Elle réfléchit quelques secondes. « Non, ça va, » elle rejette l’idée.

 

J’ai de la peine, elle adore les fêtes, mais depuis la mort d’Eddie, elle n’en a plus faite aucune.

 

« Pourquoi est ce qu’on sortirait pas, rien que toi et moi ? »

 

« Bien sûr, » je réponds avec un sourire radieux.

 

« Tu veux que certains de tes amis se joignent à nous ? »

 

« Non, rien que toi et moi. »

 

« Cool. »

 

On passe le reste de l’après midi à parler dans la cuisine, et je suis contente que la communication soit restaurée.

 

« Maman, il faut que je te dies un truc... »

 

« Je suis tout ouïe. »

 

« Mais avant il faut que tu promettes que tu ne te mettra pas en colère. »

 

« Je promets que je vais essayer, » je dis prudemment en sentant sa culpabilité, elle me regarde avec attente. « C’est le mieux que tu obtiendras. »

 

« Très bien, » elle prend une grande inspiration. « Il faut qu’on réajuste le planning pour me récupérer à l’école. »

 

« Pourquoi ? »

 

« Parce que Sara ne viendra plus me chercher ? » elle essaye timidement.

 

« Quoi ? Pourquoi ? » je demande doucement.

 

Que Sara me brise le cœur est une chose, mais si elle a brisé le cœur de mon bébé, l’enfer va se déchaîner. Comment a-t-elle pu ? Je n’aurais jamais cru qu’elle ferait une chose dans ce genre.

 

J’avais décidé de ne pas interférer, parce que je savais à quel point c’était important pour Linds et pour Sara, ou du moins, je pensais que c’était aussi important pour Sara. Comment peut elle être aussi insensible ? 

 

Bon sang, je suis énervée, et je vais lui faire entendre parler du pays.

 

« Je le lui ai demandé, » La voix de Linds résonne à nouveau.

 

« Hein ? »

 

« Je lui ai demandé de ne plus venir me chercher, » elle élabore.

 

Maintenant, je suis surprise. « Pourquoi ? » je demande, Linds me regarde et je comprends immédiatement. Je soupire. « Mon cœur, quoi qu’il se passe entre Sara et moi ça ne devrait pas être une raison pour que tu cesse ta relation avec elle. Ça ne me dérange pas, je sais qu’elle est ton amie et je ne te demanderai jamais d’arrêter de la voir à cause de moi.»

 

« Je sais, c’est juste que…je lui en veux et donc je n’ai pas envie de lui parler ou de la voir pendant un moment. »

 

« Si c’est ce que tu veux, ça me convient, » je réponds. Une part de moi ne peut s’empêcher de penser à Sara, si c’était la décision de Linds alors ça a dû être dur pour elle.

 

xxxxx

 

Pour son anniversaire, Lindsey m’a emmené à ‘Adventure Dome’ et elle a même réussi à me faire faire quelques grand huit. Après une longue journée on a décidé de faire une pause et de se prendre une glace.

 

Je décide que c’est le bon moment pour lui dévoiler son cadeau, alors je prends l’enveloppe qui se trouve dans mon sac et la lui tends. « Joyeux anniversaire ma chérie. »

 

Elle prend l’enveloppe et l’ouvre avec un peu d’appréhension. Je pense qu’elle lit le contenu deux fois pour être sure qu’il n’y a pas d’erreur, puis ses yeux s’arrondissent comme deux assiettes. « Du saut à l’élastique ? Je vais faire du saut à l’élastique ? » j’acquiesce d’un signe de tête pour confirmer. « Ce n’est pas une blague, n’est ce pas ? » elle demande.

 

« Non. Bon ce n’est que 30 mètres, mais ils on dit que la sensation de rush était la même. »

 

« Oh mon dieu !! » dit elle avant d’émettre un drôle de son d’excitation. Elle saute partout. Et s’accroche à mon cou assez fort pour me couper la respiration – non pas que ça me dérange. « Merci maman, merci, merci, merci !! C’est trop cool ! »

 

« Contente que tu aimes. »

 

Bon je dois admettre que je n’étais pas trop chaude pour cette idée, mais depuis qu’un de ses camarades a fait du saut à l’élastique, Linds n’a pas arrêter d’en parler ou essayer de me convaincre de la laisser essayer, parce que c’était cool et tout le toutim. Alors j’ai fait une concession et honnêtement quand je vois son expression maintenant je ne regrette pas mon choix.

 

xxxxx

 

Dernièrement, j’ai passé le plus clair de mon temps chez Nancy – vu que je ne supporte pas d’être seule chez moi. On ne parle pas nécessairement, j’apprécie simplement le fait de ne pas être seule chez moi à me morfondre.  Là par exemple je suis en train lire, allongée sur le canapé pendant que Nancy fait un peu de ménage, me donnant ainsi un peu d’espace et d’intimité.

 

Quand elle a fini elle s’assoit prés de moi avec son livre. Je décide de poser ma tête sur ses genoux. Instinctivement une de ses mains trouve mes cheveux et elle commence à y errer gentiment. Bientôt je m’endors avec un sentiment de calme et quiétude.

 

Je m’éveille dans un sursaut. Je ne peux pas me souvenir de ce dont je rêvais mais ça m’a fait paniquer.  Nancy recommence à me masser la tête et en quelques secondes je suis détendue.

 

« Ca va mieux ? » elle demande gentiment. Je fais signe que oui. « Un cauchemar ? »

 

« Je suppose, je ne peux pas m’en souvenir. »

 

On reste là en silence pendant de longues minutes. « Comment vas-tu dernièrement ? »

 

« Pas trop bien. Je me sens triste et incomplète, » je réponds dans un soupir. « Je ne pleur plus ce qui est déjà un progrès mais je me sens comme une coquille vide. Sara me manque terriblement, » je confesse avec honnêteté.

 

« Est-ce que tu le lui as dit ? »

 

« Ça  impliquerait qu’elle et moi parlions, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. Je l’ai évitée jusqu’ici je ne supporte pas de la voir tous les jours et de ne pas être avec elle. »

 

« Qu’est ce que tu veux ? » Nancy demande après une longue pause.

 

« Je veux qu’elle revienne dans ma vie. Je ne peux pas y arriver sans elle, il n’y a rien qui semble juste, tout est vide et sans goût. Je l’aime et je ne veux personne d’autre qu’elle. D’un autre côté je ne peux pas la laisser me traiter comme ça. Je veux dire, je ne peux pas être mis au ban de sa vie. Je ne le supporte pas. Et si elle ne veux pas changer ou arrêter de se cacher de moi…eh bien…je ne veux même pas penser à ce que ma vie sera dans ce cas, » je dis en sanglotant un peu.

 

« Vous avez besoin de parler toutes les deux. »

 

« Sans blague. Toutes les minutes je me demande si elle va bien, je me demande ce qu’elle pense, je me demande si j’ai pris la bonne décision, » je sens un pincement au cœur. La vérité c’est que je me sens comme une junky en manque pour son fixe. J’ai besoin de Sara comme j’ai besoin d’oxygène.

 

« Appelle la, » Nancy dit simplement.

 

« Qu’est ce que je lui dis ? »

 

« N’importe quoi. Dis lui simplement que tu aimerai lui parler, que la rupture te tue, dis lui…je ne sais pas, donne lui tes conditions. »

 

« Je ne sais pas… »

 

« Dis lui juste bonjour, ce sera un bon début, » elle attrape le téléphone sans fil et me le tend. « Au pire des cas tu raccroches. »

 

« Je prends une grande inspiration. « D’accord, » je prends le téléphone et compose le numéro de Sara, les doigts tremblants, mon cœur est remonté dans ma gorge et j’ai du mal à respirer, à part ça tout va bien.

 

Trois sonneries et toujours rien. je suis sur le point de raccrocher quand on décroche à l’autre bout.

 

« Allô ? » une voix masculine répond.

 

Mon souffle se coupe et tout s’arrête en un instant. Toute ma douleur revient à pleine force comme si je venais d’être poignardée. Travis. Je l’avais complètement oublié.

 

« Allô ? » sa voix me rappelle à la réalité.

 

Nancy prend le téléphone et raccroche. « Cath ? Qu’est ce qu’il y a ? » elle demande, lorsqu’elle n’obtient aucune réaction de ma part elle reprend la parole. « Cath, tu me fait peur là. »

 

Peu importe tous mes efforts, l’oxygène refuse simplement de remplir mes poumons. Je peux sentir des larmes chaudes couler sur mon visage. « Je l’avais oublié…lui… » je m’entends dire.

 

« Qui ? »

 

« Travis. »

 

Quand j’y pense, il semble que tout est allé de travers au moment où il est entré dans l’équation.

 

 

Chapitre 59 : Sara

 

Je suis sur le perron de Nancy, devant sa porte. Ça ne m’a jamais paru aussi difficile d’y frapper qu’aujourd’hui. Je sais ce qu’il va se passer. Je vais entrer, elle va me répéter à quelle point j’ai mal traité Catherine, à quel point elle me déteste, et qu’elle ne veux plus que je fasse partie de sa vie. Nancy était la seule à manquer à la liste pour faire un score parfait. Catherine, Cake et maintenant elle….bon sang la facture est lourde.

 

Je respire un grand coup avant de faire face aux conséquences de mes actes. Nancy ouvre la porte, et un seul regard suffit pour confirmer ma prédilection.

 

« Hey, » je dis platement.

 

« Hey. »

 

On va dans son salon mais reste de bout. Je soupire. « Aller, finissons en, » je supplie, elle fronce les sourcils. « Je t’en prie, quelque part je doute que tu m’aies fait venir pour un câlin comme ton message l’a suggéré. »

 

« Heureuse de savoir que t’es encore assez maligne pour réaliser ça de part toi-même.  Je devrais me sentir coupable de t’avoir berné comme ça mais je savais que c’était le seul moyen de te faire franchir le pas de ma porte, » dit elle avec un brin de mépris. Elle ricane amèrement. « Je suis très en colère, » dit elle avant de se mettre à faire les cent pas. J’attends patiemment le coup de grâce.

 

« Je suis plus qu’énervée contre toi. Je ne devrais pas me sentir blessée, mais je le suis, je ne devrais pas me sentir trahie mais je le suis, quand bien même ce n’est pas moi qui ai un cœur brisée, » elle parle de manière agitée. « Je me demandais pourquoi tu ne venais plus me voir lorsque tu déposais Lindsey, et quelle surprise ce fut d’apprendre que tu avais fait du mal à ma sœur. Je n’arrive pas à croire que t’as même pas eu le courage de me faire face. »

 

« Je ne voulais pas te mentir, » je réponds sincèrement.

 

« Oh et donc tu as pris le chemin de la lâcheté, très mature de ta part, » elle crache. Je suppose que je mérite cette pique. Elle s’arrête devant moi comme si elle attendait quelque chose de ma part. « Je vais te poser une question, et je ne la poserai qu’une seule fois, mais je veux une réponse honnête, » elle déclare.

 

« J’écoute. »

 

« Est-ce que tu trompes ma sœur ? Est ce que tu l’as trompée ? » elle demande d’une voix ferme.

 

« Je l’ai dit à Catherine et je le répèterai autant de fois que nécessaire : je suis quelqu’un de fidèle. Je ne trompe pas les gens et non je n’ai pas trompé Catherine, je ne la trompe pas et ne la tromperai pas. »

 

Nancy me scrute pour voir si je dis la vérité. « Bien. Mais ça n’empêche que je suis toujours méga énervée contre toi »

 

« Laisse moi deviner, tu ne veux plus me revoir ? Ou peut être que tu veux mon arme de service, dans ce cas laisse moi au moins une avance de deux minutes, » je dis en plaisantant légèrement, si je ne ris pas, je pleure et je ne peux pas me permettre une quelconque indulgence, je l’ai bien mérité.

 

Nancy sourit imperceptiblement. Puis elle regarde ailleurs. « Tentant, mais je ne te ferai pas cet honneur. Je ne vais pas te rendre les choses faciles, » elle marque une pause. « Je suis méga énervée contre toi. »

 

« Je pense que j’ai compris cette partie. »

 

« En tant que sœur, j’ai envie de te botter le cul jusqu’à ce que tu ne puisse plus t’asseoir et de te hurler que je te déteste, » elle dit colérique avant de soupire. « En tant qu’amie… » elle me prend dans ses bras et me serre fort.

 

Je suis tenté de me laisser aller mais je ne le fais pas, je ne mérite aucun réconfort alors je la repousse gentiment. « Je ne le mérite pas. »

 

« Non, c’est vrai, mais je sais aussi que tu en as besoin. »

 

« Merci,» je murmure au bord des larmes. Elle resserre son étreinte avant de  me laisser. « Je me déteste, » je confesse.

 

Elle me regarde et pose une main délicate sur ma joue. « T’es quelqu’un de bien, malheureusement tu te conduit comme une conne de première classe. Cath et toi allez bien ensembles, vous êtes bonnes l’une pour l’autre. »

 

« Je sais. »

 

« Je suis là si t’as besoin de moi. »

 

« Il faut que je règle tout ça seule. »

 

« Ne laisse pas tomber Sara, accroches toi et soit forte. »

 

« Ça  ne dépend pas de moi. »

 

« Est-ce que tu penses que ça en vaut la peine ? »

 

« Oui, bien sûr. C’est comme si j’étais morte sans elle, » je réponds avec vivacité.

 

« Alors fais ce que tu as à faire. Et si elle ne veut pas te donner une autre chance alors montre lui qu’elle a tort mais ne reste pas plantée là en disant que tu ne peux rien faire. Ça dépend aussi de toi, » Nancy répond agitée.

 

J’acquiesce silencieusement. « Il faut que j’y ailles. »

 

« D’accord, » répond elle avant de me faire un autre câlin, après quoi je la quitte. 

 

 

xxxxx

 

Je déteste mes jours de congés. Non seulement il faut que je reste chez moi, mais en plus Travis prend un malin plaisir à jouer avec mes nerfs constamment. Comme maintenant par exemple, je suis déprimée, pas de bonne humeur, et la seule musique qu’il a trouvé à mettre est l’hymne à la Joie de Beethoven. Ce garçon n’a-t-il pas un magnifique sens de l’humour, je vous le demande ? Bon sang ce que je le déteste quand il est comme ça.

 

Je décide que j’en ai assez et éteins la musique.

 

« Hey, j’étais en train d’écouter ça, » il proteste.

 

« Ouais, ben ce n’étais pas bon pour mes nerfs, » je m’assois près de lui sur le canapé, et on boude chacun dans son coin. Je soupire, les choses ont besoin de changer entre nous  alors j’offre de faire une trêve. « Ça  suffit, je ne supporte pas quand tu m’ignores et tu le sais. Je sais que j’ai vraiment merdé  mais maintenant j’ai besoin de mon meilleur ami. J’ai besoin de te parler Travis. »

 

« Ben, en ce qui me concerne, je préfère Beethoven à tes gémissements, » il répond froidement.

 

« Je suis désolée pour mon attitude, maintenant je t’en prie, est ce que tu peux être là pour moi comme mon ami. J’ai le cœur brisé, je suis souffre là, » je confesse.

 

« Je ne vois pas pourquoi honnêtement. »

 

« Ben je ne sais pas moi, laisse moi voir c’est probablement parce que la femme que j’aime m’a jeté hors de sa vie, » je réponds au quart de tour. Qu’est ce qu’il lui prend ?

 

« Ça  ne devrait pas t’affecter autant quand tu considère qu’elle ne t’a jamais vraiment aimé en premier lieu. »

 

« Catherine m’aime ! » je dit avec rage.

 

« Non, elle ne t’aime pas, elle ne t’a jamais aimé, » il répète. Où est ce que je suis bordel ? Est-ce que c’est la quatrième dimension ou quoi ? Et où est passé mon meilleur ami ?

 

« T’as aucun droit de dire ça, Catherine m’aime, elle… »

 

« Non, non, non, Sunshine, elle ne t’aime pas ! » il crie pour couvrir mes protestation. « Elle ne t’a jamais aimé, pour la simple et bonne raison qu’elle ne te connaît pas ! Ce qu’elle aime pour le moment, c’est une image de toi. Le rôle que tu t’es fait sur mesure pour lui faire plaisir et faire plaisir au reste du monde. Malheureusement ce n’est pas vraiment toi. »

 

« La ferme, la ferme ! Tu ne sais rien bordel ! »

 

« Je sais qu’elle ne te connaît pas, pas la vraie toi. »

 

« Catherine me connaît ! »

 

« Juste parce qu’elle connaît tes points sensibles pour te chatouiller, ton plat favori, et ta couleur préférée, ça ne veut pas dire qu’elle te connaît, » il déclare acerbe. Je n’ai pas envie d’avoir cette conversation, je n’ai vraiment pas besoin d’entendre ça.

 

« La ferme, tu ne sais pas de quoi tu parles ! » je dis en secouant la tête.

 

« Vraiment ? Dis moi, est ce qu’elle sait pour ton enfance ou tes parents ? Est ce qu’elle sait ce qu’il s’est passé après la mort de ton père ? Elle ce qu’elle sait pour les drogues et tout le reste ? Est-ce qu’elle sait tout à propos de nous ? Est-ce qu’elle sait d’où viennent les cicatrices sur tes poignets ? Est-ce qu’elle sait ce qui hante tes cauchemars ?  Est-ce qu’elle sait pourquoi parfois tu ne supporte pas d’être touchée ou proche de qui que ce soit ? » il demande avec véhémence.

 

Chacune de ses questions me fait l’effet d’une balle en pleine poitrine. Il attend que je lui réponde mais il sait que je ne le ferai pas parce qu’il connaît déjà les réponses à ses question d’une part et d’autre parce que je suis à peine capable de soutenir son regard. Je suis à sa merci, un fait dont il est très conscient.

 

« Dis moi, Sunshine, est ce qu’elle sait une seule de ces choses ? » il répète avec un sourire narquois. « C’est ce que je pensais. Tu vois, jusqu’à ce qu’elle connaisse ces choses elle ne t’aimera jamais. Elle aime une image, un mensonge, une imposture mais certainement pas toi. Alors ne vient pas te morfondre, quand tu as fait le choix de ne pas être honnête, récolte ce que t’as semé en silence. Je suis désolé de te le dire mais tu l’as bien mérité. »

 

Ok, cette pilule est bien trop difficile à avaler. Mais je refuse de m’écraser alors qu’il me passe un savon sans la moindre considération. Je vais me battre, il veut une dispute ? Une dispute il aura.

 

Je ricane amèrement. « Je t’ai tout dit, et c’est sûr que ça a eu du bon vu que tu t’es barré, » je dis avec venin.

 

Il secoue la tête d’un air grave. « Je n’arrive pas à croire que t’ais dit ça. Dis moi que tu ne viens pas de réduire notre relation à une aventure superficielle. Dis moi que tu ne viens pas de m’insulter moi et mes sentiments, » il dit d’une voix pleine de colère latente et d’incrédulité.

 

« C’est un fait Travis. Tu es le seul de mes amants à connaître toutes ces choses et tu es parti. »

 

« Ok, d’abord je te rappelle que notre rupture s’est faite d’un commun accord. Ensuite, six ans ! SIX ANS ! SIX PUTAINS D’ANNEES DE MA VIE !! Comment oses tu m’insulter comme ça et suggérer que tout ça n’était qu’une blague ! COMMENT OSES TU ?! » il s’époumone et commence à faire les cent pas. « Je n’arrive pas à y croire. »

 

Travis perd très rarement son sang froid, mais quand ça arrive c’est assez effrayant. Son visage est rouge, il tremble, ses poings sont serrés, et il fait les cent pas comme un fou en pleine crise.

 

« Alors, pourquoi Travis ? Pourquoi me quitter si ce n’était pas à cause de ça ? »

 

« Parce que mes sentiments avaient changés bon sang de bonsoir ! » il s’écrie incrédule. Il reprend son souffle avant de parler d’une voix plus posée. « Les sentiments changent Sunshine, ils naissent, ils grandissent, ils deviennent plus forts, ils évoluent, et parfois ils meurent. Mes sentiments pour toi ont grandis, c’est vrai, et ils grandissent encore, parce que je t’aime un peu plus chaque jour mais cet amour n’est pas celui que deux amant partagent. Ça n’a rien avoir avec l’amour que tu porte à Catherine ou celui que je porte à Karen, » dit il.

 

Pendant un long moment ses mots restent en suspens dans l’air. Il me regarde avec un regard inquisiteur, comme si j’étais sensée savoir ces choses. La vérité c’est que nous n’avons jamais parlé de notre rupture. C’était une erreur parce que quelque part on n’a jamais vraiment clôt ce chapitre de nos vies.

                         

« On aurait pu rester ensemble mais à un moment ou à un autre ça aurait été comme si quelque chose manquait. Et j’ai refusé de laisser ça arriver, parce que tu méritais mieux, parce que je méritais mieux. On a tout donné dans cette relation. Quand on a rompu mon amour pour toi était semblable à celui que j’éprouve aujourd’hui, c’est tout, » il soupire et secoue la tête. « Je n’arrive pas à croire que pendant tout ce temps tu a cru que c’était à cause de tout le reste. »

 

« Quoi d’autre ? J’étais déglinguée, et peu solide, je le suis toujours ! J’ai cru que t’en avais eu marre que tout ça continue à interférer entre nous de manière constante. »

 

« Je pensais que t’avais compris depuis le temps que j’étais amoureux de toi, de tout ce qui te compose, ton passé inclus. Premièrement parce que ton passé a fait de toi la personne que tu es aujourd’hui et ensuite parce qu’il m’a permis de t’aimer plus, » mes yeux s’écarquillent à ses mots. Il rigole légèrement. « Tu n’as jamais compris. Ça m’a donné envie de te montrer ce que c’était l’amour véritable ; de te montrer qu’il y avait des gens qui étaient dignes de ta confiance ;  te montrer qu’ouvrir ton cœur ne signifiait pas nécessairement souffrir ; te montrer qu’il y avaient des choses magnifiques qui valaient la peine d’être vécues et qui valaient qu’on se battent pour elles ; te montrer qu’il y avait quelque chose de bon après l’enfer que tu avais traversé, » il ricane doucement. « Je voulais être ton chevalier en armure étincelante. »

 

« Tu étais mon chevalier en armure étincelant, » je murmure toujours perdue dans sa confession.

 

« Je ne regrette rien. et pour être honnête si on me donnait la chance de tout refaire, je ne changerai rien. Même pas les longs silences ; ni les nuits d’insomnies à veiller sur toi et m’assurer que tes cauchemars restent au loin ; ni les jours où tu ne supportait pas ma proximité ou mon contact ; ni nos disputes ; ni même les épreuves auxquelles on a dû faire face ; pas aucun détail ; rien du tout, » il confesse solennellement.

 

Je n’arrive pas à croire ce que j’entends. Je ne sais que dire.

 

« J’ai été honoré que tu me laisse te connaître. Et connaître ton passé m’a servi à t'aimer mieux et plus ; parce que je comprenait tes silences, tes insomnies ; tes cauchemars ; ta vision de toi-même ; ta distance. Tu n’étais plus une énigme pour moi. Et c’est pour ça que ça a si bien marché entre nous.

 

« Et si elle ne le prend pas comme tu l’as fait ? Et si elle ne le supporte pas ? » je demande soudainement.

 

« C’est un risque à prendre. »

 

Pas vraiment ce que j’avais besoin d’entendre.

 

xxxxx

 

Un autre. Un autre ‘ange déchu’. Rebecca Spencer, même MO, même scène encore une fois. Greg et moi sommes en chemin pour la morgue, pour l’autopsie préliminaire.

 

« Hey Doc, » j’annonce notre arrivée.

 

« Sara, Greg, » il nous accueille morose et soupire. « Il y a des jours où je déteste mon métier.»

 

« Ne m’en parlez pas, » je dis avec compréhension. « Bon faisons les bases. Elle a trois tatouages : des ailes, fun, et un ange en train de pleurer. Elle montre des signe d’abus antérieures ; les mots ‘forgive me’ sont gravés un peu partout ; elle a le mot ‘sinner’ poignardé dans son estomac ; des possibles signes de mutilations, pas de blessures défensives, et très probablement des drogues dans le sang. C’est là que vous complétez les blancs, » je dit platement.

 

« Il y a des signes d’activité sexuelle récente, pas un viol, quelque chose de consensuel. J’ai envoyé un échantillon de sperme au labo, » dit il avec une voix neutre.

 

« On a peut être notre première piste sérieuse. Quoi d’autre Doc ? »

 

Il soupire. « Vous connaissez l’expression : faire d’une pierre deux coups ? »

 

Je suis confuse. « Oui, mais qu’est ce que ça a à voir avec… » je ne finis pas ma question quand la réalisation me frappe. Putain de merde !

 

« Je…ne comprends pas bien, » dit Greg avec hésitation.

 

« Elle était enceinte, » je réponds simplement. « De combien ? »

 

« Cinq mois,  » Doc répond sans émotions.

 

« Comment se fait il que ça ne se voit pas plus que ça ? » je demande sans cacher ma surprise.

 

« Parfois le corps ne donne aucun signe de grossesse ; et dans ce cas le fœtus trouve le moindre espace qu’il peut utiliser pour se développer. »

 

« Autre chose ? »

 

« Rien que vous ne sachiez pas déjà. »

 

A ce constat je sors de la morgue en trombe remplie de plus de rage et colère qu’auparavant.

 

xxxxx

 

 

« Comment ?! Greg, dis moi comment c’est arrivé ? » je lui hurle dessus.

 

A cet instant précis, il ne me regarde pas. Ça  fait dix minutes que je lui hurle dessus et il ne m’a même pas regarder une seule fois. Ses yeux sont fixés sur le mur devant lui, il semble m’ignorer ce qui a le don de m’énerver encore plus.

 

« Regarde moi quand je te parle Greg ! »

 

Il me lance un regard noir « Qu’est ce que tu veux que je te dise ? » il me demande sur un ton sec.

 

« Je veux que tu me dises comment tu as pu manquer cette preuve ! » je lui crie.

 

« Ben peut être que si tu m’avais laissé dormir plus de deux heures par jour j’aurais fait mon boulot proprement. Va savoir, » dit il avec venin.

 

« Bienvenu dans la court des grands. Greg c’est du sérieux, est ce que tu réalises, les conséquences de ça ?! »

 

« Non, je ne le réalise pas, je suis débile, tu te souviens ? » Dit il avec défi. Il me provoque maintenant, et je déteste ça.

 

« T’as presque foutu une affaire en l’air, je pense qu’il est temps d’arrêter de faire le bouffon et commencer à travailler parce que… » je le réprimande.

 

« Va te faire foutre Sara ! » dit il en me regardant avec colère. Ces mots me coupent dans mon élan, je n’arrive pas à croire que lui, de toutes les personnes possibles et imaginable, m’ait dit ça.

 

« Répète un peu ? » je demande sur les nerf et incrédule.

 

« J’ai dit : va te faire foutre. Quoi ? Faut que je te l’épelle ? V-a espace, t-e espace, f-a-i-r-e espace, f-o-u-t-r-e, va te faire foutre ! » il répète encore plus fermement.

 

Je n’ai jamais vu Greg comme ça, et il ne m’a certainement jamais parlé de la sorte.

 

« Est-ce que tu pètes un plomb ? »

 

« Moi ? » il rit amèrement. « Oh putain, elle est bonne celle là ! »

 

« Greg… »

 

« Ferme la putain ! Laisse moi te dire une chose, je ne suis pas un robot comme toi Sara. J’ai actuellement besoin de faire des pauses, de nourriture et surtout de sommeil pour fonctionner normalement. Oui, il semblerai que je sois humain, moi. Et ensuite t’as le culot d’être présomptueuse, de venir là me passer un savon à propos d’une preuve que j’ai loupée, c’est trop facile bordel. HELLO ! Tu étais sur cette scène de crime aussi, ce qui signifie que toi, la plus expérimentée de nous deux et supposément l’une des meilleure CSI de ce labo, toi aussi tu l’a loupé. Tu veux me blâmer, vas-y, mais au moins ais la décence de te blâmer aussi, Mademoiselle Perfection. »

 

Ok, maintenant je suis vraiment hors de moi. Je prends une des photos des ‘anges déchus’  et la lui colle à la figure.

 

« Regarde ça ! Regarde les ! » je fulmine et attends qu’il s’exécute. « Il ne s’agit pas de ta fatigue ou de ta faim ! A l’heure actuelle, il s’agit d’arrêter tout ça ! A l’heure actuelle il s’agit de trouver la personne responsable pour tout ça ! A l’heure actuelle il s’agit pour nous d’apporter un peu de justice à ces filles et à leur familles ! »

 

« Tu penses que je ne sais pas tout ça peut être ?! » il hurle en retour.

 

« Alors arrêtes de te plaindre parce que tu t’épuises sur cette affaire, parce qu’elle ne méritent pas moins de ta part. Et si tu n’arrives pas à suivre le rythme alors va trouver Grissom et demande lui de d’échanger ta place avec Sofia, parce que je n’ai certainement pas besoin de me traîner un boulet ! »

 

On devrait arrêter. Je sais que je ne devrais pas lui parler comme ça. Cette conversation est en train de déraper, les mots sont comme des flèches une fois lancés ont ne peux plus les récupérer. Et je sais très bien que je dis des choses que je vais regretter, et que je suis sûrement en train de détruire mon amitié avec Greg par la même occasion. Je suis à bout de nerfs et je l’ai poussé à bout lui aussi.

 

« Je t’emmerde d’accord ?!! » il s’écrie. « Va au diable putain !! » il respire bruyamment et la rage lui brûle les yeux. « Tu  crois que ça ne me rend pas aussi dingue que toi d’être impuissant pour arrêter tout ça ?! Tu penses que ça ne me met pas hors de moi de voir ces filles, toutes ces vies gâchées ?! » il  soupire. « Mais pour qui est ce que tu te prends putain ?! »

 

« Il semblerait que pour le moment je sois la seule à m’en soucier assez pour me suer sang et eau sur cette affaire ! »

 

« Aaargh !!! » il s’exclame avec frustration. « J’emmerde tout ça !!! J’me tire !! » dit il avant de partir furibond vers la porte mais il s’arrête aussi sec alors qu’un Grissom très énervé nous observe depuis le pas de la porte, il a le regard le plus dur que je ne lui ai jamais vu.

 

« Je  veux vous voir tous les deux dans mon bureau, immédiatement ! » il nous ordonne. Greg et moi commençons à ouvrir la bouche mais il lève un doigt en l’air pour nous faire taire. « Pas un mot. Maintenant lisez sur mes lèvres : IMMEDIATEMENT ! » et avec ça il sort avec la violence d’un ouragan et nous à sa suite.

 

Greg et moi entrons dans le bureau de Grissom, lorsque Grissom entre enfin il claque la porte si brutalement que le panneau de verre en tremble.

 

« Où est ce que vous vous croyez bon sang ?! » il commence à hurler, mais il nous fait savoir que la question est purement rhétorique en enchaînant « Ce n’est pas un comportement que j’accepterai dans ce labo et encore moins dans mon équipe ! Vous êtes des adultes alors comportez vous comme tels ! Vous êtes sensés travailler ensemble ! Je me contrefous de savoir quel est votre problème, mais vous ne vous beuglez certainement pas des insanités pour le régler ! Je ne veux pas de ça dans mon équipe. Je me suis bien fait comprendre ? » il nous fixe en attendant une réponse mais rien de vient.  « Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? » il répète doucement avec une voix menaçante.

 

Wow. Je n’ai jamais vu Grissom comme ça. Il peut être très intimidant quand il est énervé.

 

« Oui monsieur, » Greg et moi répondons en même temps. On n’est toujours en pétard l’un contre l’autre mais vu que Grissom est plus énervé que nous deux réunis on n’émet aucune objection ou protestation.

 

« Greg, tu es excusé, » Grissom annonce après un moment.

 

Greg commence à partir et je me lève à mon tour, pas du tout d’humeur pour un savon. « Est-ce que tu es confuse au point de ne pas te souvenir de ton propre prénom Sara ? » il me demande sèchement, mais ne me laisse pas de chance de répondre. « Repose ton cul sur cette chaise, » il m’ordonne et je m’exécute sans argument.

 

Il soupire et passe une main sur son visage. « J’ai essayé Sara. J’ai essayé d’être compréhensif et conciliant mais ça ne marche pas. C’est la deuxième fois déjà que je dresse le drapeau rouge avec toi. Et ce sera la dernière. Alors voilà ce que je vais faire. Je vais sortir de ce bureau, et me prendre un mug de café, en suite sur le chemin du retour je vérifierai tous les labo pour voir où tout le monde en est. D’ici à ce que j’aie fini, ce qui devrait me prendre cinq bonnes minutes, si tu es toujours dans l’enceinte de ce bâtiment, non seulement je te retire de l’affaire des ‘anges déchus’, mais en plus je t’impose trois semaines de congé. »

 

Mes yeux s’écarquillent à ses mots. Il plaisante là, j’espère. Il ne me laisse pas le temps de répondre. « Vas y et testes mon sérieux Sara, » il me menace. « Je te l’ai dit, c’est le dernier avertissement que je te donne, » il se lève. « Je vais me prendre un café maintenant et je te laisse réfléchir à ce qu’il y a de mieux à faire, » et sur ce il quitte son bureau.

 

Génial, c’est tout simplement génial !...

 

 Partie IX

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