Et du Chaos Naîtra la Création…

 

                                                                                                                                  Quatorzième Partie

 

                                                                                                                                       Par SoFrost

 

 

Chapitre 78 : Catherine

 

Ça fait donc un peu plus de trois semaines depuis que Travis est parti et Sara m’a appelé au moins une fois par jour depuis. Je suis contente vraiment, parce que j’ai la sensation qu’on va de l’avant, enfin.  Mon humeur s’est améliorée et je fais doucement mon retour vers le bonheur. Je suis un peu inquiète cela dit, parce que Sara se retient un peu, au regard de notre relation ou de ses sentiments. Bien entendu on parle à nouveau, mais je n’ai pas la sensation qu’elle veut qu’on soit amantes à nouveau et c’est ce qui me dérange un peu. J’essaie de me convaincre qu’elle a besoin de temps mais au fond de moi je sais que j’ai peur que le temps ne change rien.

 

On a eu un cas particulièrement affreux aujourd’hui. Une mère a tué ses trois enfants avant de se suicider. Je déteste ce genre de service, et aujourd’hui j’ai été d’humeur massacrante, j’ai envoyé paître  presque tout le monde dans le bâtiment. Je n’ai qu’une hâte c’est de rentrer chez moi et de retrouver Lindsey.

 

Mon téléphone sonne et je décroche immédiatement. « Willows, » mon ton est froid et ferme, qui que ce soit à l’autre bout du fil, ils n’ont pas intérêt à me mettre en rogne plus que je ne le suis déjà.

 

« On dirait que j’ai un mauvais timing aujourd’hui. Est-ce que tu veux que je rappelle plus tard ? » Sara me demande d’une voix douce.

 

« En fait, tu n’aurait pas pu avoir un meilleur timing que maintenant, » je réponds de manière plus détendue et d’une voix plus chaleureuse.

 

« Servie difficile ? »

 

« Tu ne peux pas imaginer. J’ai hâte d’en voir la fin, » je soupire.

 

« Tu veux en parler ? » elle demande avec inquiétude.

 

« J’ai eu un cas plutôt effroyable, crois moi tu ne veux pas savoir ce que c’était, » je secoue la tête pour ne pas que mon esprit vagabonde à nouveau sur cette horrible scène de crime. « Comment tu vas ? » je décide de changer de sujet.

 

« Je vais bien. J’ai réussi à dormir un peu et ma journée se passe calmement jusqu’ici. »

 

« Tu t’ennuis comme un rat mort, n’est ce pas ? »

 

«Oh bon sang, c’est l’enfer, les congés ça craint, »  elle soupire lourdement.

 

« Je t’envie. J’aimerai avoir ne serait-ce qu’une heure pour moi, maintenant. Il me reste trois heures de service et je n’arrive pas à penser à autre chose qu… »

 

« Un bain chaud, avec quelques bougies, de la music suave en fond, et un pot de ta glace favorite. »

 

« Tu les dans les pensées maintenant ? » je demande, sérieusement surprise qu’elle ait décrit exactement ce à quoi je pensais.

 

« Non, juste une intuition » elle répond.

 

« Ben c’est exactement ce à quoi je pensais, mais je suis coincée ici avec de la paperasse, pauvre de moi, » je geins.

 

« Tiens bon, c’est presque fini. »

 

« Ça ne me remonte pas vraiment le moral, » je boude.

 

« Tu veux entendre une bonne nouvelle ? »  bien que je ne la vois pas je sais qu’elle sourit radieusement.

 

« J’écoute. »

 

« Travis m’a appelé aujourd’hui et il était aussi heureux qu’un gamin de cinq ans à noël. »

 

« Oh ne dis rien, il a enfin retrouvé sa couleur naturelle de cheveux, » je plaisante.

 

« Non, pas encore. Mais il se pourrait qu’il soit encore papa, ce n’est pas encore sûr, mais il semblerait que Karen soit enceinte. »

 

« Hey, mais c’est une super nouvelle ! »

 

« Tu m’étonne. Il était tellement excité, t’aurais dû l’entendre. Oh et au fait, il espère que tu vas bien, et t’embrasse. Il a dit que tu pouvais l’appeler de temps en temps pour donner de tes nouvelles et il voulait savoir si Lindsey avait apprécié son livre. »

 

« Je l’appellerai plus tard, » je réponds. Je suis sur le point de dire quelque chose quand on frappe à ma porte. « Attends une seconde, »j’autorise l’entrée dans mon bureau et Nick apparaît avec Warrick sur le pas de ma porte. Le devoir m’appelle, je leur fais signe de m’accorder encore deux minutes supplémentaires et ils me demandent de passer le bonjour à Sara du bout des lèvres avant de refermer la porte.

 

« Warrick et Nick te saluent, » je dis à Sara.

 

« Ok, dis leur que je les appellerai plus tard. Je suppose que tu dois y aller, n’est ce pas ? »

 

« Oui, » je réponds avec dépit. « Je suis vraiment contente que tu ais appelé. »

 

« Ce n’est rien, j’avais envie de t’appeler. »

 

« Oui, ben ça me touche beaucoup. Tu n’as pas idée à quel point c’est bon de t’entendre. Ta voix me calme toujours et aujourd’hui ne fait pas exception. Alors je suis vraiment contente que tu ais appelé, j’avais vraiment besoin de ça, » je lui confesse.

 

Il y a un long silence. J’ai été très ouverte avec mes sentiments depuis qu’on a recommencé à se parler, alors que Sara est restée muette sur ce sujet, sans jamais me laisser savoir ce qu’elle pense. « Je t’en prie, » finit elle par répondre.

 

« Il faut vraiment que j’y aille, je suis désolée. »

 

« Ne t’en fais pas. Je t’appelle plus tard, bye. »

 

« Bye, » je réponds avant qu’elle ne raccroche.

 

xxxxx

 

« Entrer, » je crie à la porte. Il me reste encore deux heures à tirer avant que je ne puisse rentrer chez moi, et je suis plus qu’irritée. Je relève la tête et vois un coursier sur le pas de ma porte avec un bouquet de fleurs.

 

« Mademoiselle Willows ? » il demande et je me contente d’acquiescer. « Où dois je les mettre ? »

 

Je fais un peu d’espace sur mon bureau et lui fais signe de déposer le bouquet là. Je signe le reçu et il me salut avant de partir. Je tourne mon attention vers le bouquet et trouve une carte dessus. Je ne peux m’empêcher de sourire quand je reconnais l’écriture de Sara. ‘Plus que deux heures, tiens bon’ et elle a dessiné un smiley à côté.

 

Je me replonge dans le travail avec un sourire aux lèvres. Une demie heure plus tard le même coursier revient avec un nouveau bouquet. Je glousse légèrement, dites moi que c’est une blague. Je lis la carte et le message et à peu près le même. ‘Plus qu’une heure et demie, tiens bon,'  et le même smiley est à côté. Mon sourire s’élargit et je me retrouve à attendre la prochaine demie heure avec impatience. Et tout comme je l’avais prédis une demie heure plus tard j’ai un nouveau bouquet. Ensuite je reçois un nouveau bouquet tous les quarts d’heures qui précèdent la fin du service.

 

Je dois dire que j’ai passé les deux dernières heures à sourire, et à penser à Sara. Maintenant je rentre chez moi pour l’appeler et la remercier pour sa gentillesse. Je passe par le vestiaire pour récupérer  mes affaires puis me rends sur le parking, l’oxygène s’échappe de mes poumons à la vision qui m’attend près de ma voiture. Sara est debout appuyée contre sa voiture avec un sourire nerveux.

 

« Salut toi, » elle m’accueille avec un rictus. Ma voix s’est perdue quelque part entre ma gorge et mes lèvres, mon cœur bât fort et ma tête me tourne légèrement. Je m’approche d’elle, elle révèle une rose de son dos et me l’offre. Je ris doucement et la prends, j’ai envie de l’embrasser mais elle ne m’en laisse pas le temps alors qu’elle s’éloigne. « Je me demandais si ça te plairait qu’on petit déjeune ensemble avant de déposer Lindsey à l’école. »

 

« Avec plaisir, » j’arrive enfin à répondre.

 

Sara m’ouvre la porte côté passager une fois que je suis installée elle fait le tour et se met au volant et met le contact. Le trajet est fait sur un fond de radio, Sara nous conduit dans un petit restaurant et on passe un bon moment, à parler de tout et de rien autour d’un petit déjeuner. C’est bon de la voir. Ça fait des semaines qu’on ne se parle qu’au téléphone, donc la voir est un bon changement, et aussi un pas en avant…je pense.

 

« Quels sont tes plans aujourd’hui ? » je lui demande alors qu’on finit.

 

« Je vois Robin, il veut aller dans un musée. »

 

« On parle du même Robin ? »

 

« Oui, je sais ça peut sembler choquant, mais il ne faut pas croire, c’est un grand fan de culture. »

 

« On arrête pas les surprises, » je réplique. « C’est bon de te voir, » je lui confesse et elle me sourit. « Tu me manque, » je pose ma main sur la sienne mais elle retire la sienne comme si elle venait de se brûler. Elle détourne son regard et je fais de mon mieux pour ne pas pleurer ou montrer que son rejet vient de me blesser.

 

« On ferait mieux d’y aller, il est bientôt l’heure pour Lindsey, » elle dit hâtivement avant de se lever.

 

« Tu as raison, » j’arrive à répondre malgré la boule dans ma gorge. Elle place quelques billets sur la table. Et sur ce on rejoint la voiture. On arrive chez Nancy dix minutes plus tard et je ne peux en être plus reconnaissante car j’avais l’impression de m’étouffer dans la voiture.

 

« Hey soeurette ! » Nancy m’accueil. Son sourire s’élargit à la vision de Sara. « Sara, quelle surprise ! C’est bon de te voir. »

 

On entre et je me dirige directement vers les chambres pour trouver Lindsey. Je retourne vite dans le salon car elle n’est pas prête.

 

« …ça fait longtemps, » Nancy finit sa phrase. Sara se contente d’acquiescer et lui ouvre ses bras, Nancy s’y précipite et elles partagent une étreinte plutôt intime. « Bon sang, ce que ça m’a manqué. »

 

« Moi aussi, » Sara répond en la serrant contre elle.

 

Je crois que je vais être malade. Nancy a le droit à un câlin alors que je peux à peine toucher Sara. Je serre les dents pour ne pas laisser ma rage prendre le dessus. C’est comme recevoir une claque en pleine figure, c’est injuste, trop injuste. Je suis à nouveau jalouse, comme du temps où je les soupçonnais d’être amantes. Je tousse pour leur faire savoir que je suis là, Sara se retire légèrement et délivre un tendre baiser sur le front de Nancy. Elles portent le même petit sourire satisfait, alors que moi j’ai envie de pleurer.

 

Deux minutes plus tard Jeremy et Lindsey nous rejoignent dans le salon et on part les déposer. Après ça Sara me ramène chez moi. Il y a une légère tension entre nous depuis qu’on a quitté le restaurant, donc inutile de dire que j’ai hâte d’être à la maison.  Peut être qu’on n’est pas encore prêtes, ou du moins, qu’elle n’est pas prête pour nous. Ma peur qu’elle ne veuille plus de moi s’est ravivée dans mon estomac depuis sa rejection un peu plus tôt.

 

C’est dur pour moi d’attendre, mais en même temps je ne peux pas forcer les choses. Travis ne plaisantait pas quand il m’a dit que le chemin de retour vers son cœur serait long. Le pire dans tout ça c’est de voir Sara être si tactile et proche avec les autres, elle n’a pas rejeté Nancy ni même Lindsey.

 

« On est arrivé, » la voix de Sara me tire de mes pensées on se regarde en silence, il y a tellement de choses que j’aimerai lui dire, mais je m’abstiens, un rejet m’est amplement suffisant pour aujourd’hui.

 

« Merci, pour tout, » je lui dis. « Pour les fleurs et le petit déjeuner. »

 

« Je t’en pris. »

 

Je défais ma ceinture et sors du véhicule, je me retourne une dernière fois et la salue de la main. Elle attend que je sois devant ma porte avant de partir. Une fois à l’intérieur, je soupire et m’adosse à la porte. J’espère que je n’ai pas tout gâché. La patience n’a jamais été mon point fort et aujourd’hui est un rappel qu’il faut que je me cale sur le rythme de Sara, et que j’attende qu’elle fasse le premier pas.

 

Elle n’est pas prête pour me donner autant que je le souhaiterai, au moins elle veut me voir ce qui change du téléphone. J’aimerai que ce soit suffisant pour moi.

 

Patience Cath, patience.

 

Je donnerai n’importe quoi tout de suite, rien que pour avoir un câlin, ou lui tenir la main parce que j’ai besoin de son contact. Rien que de penser à Nancy dans ses bras, me donne envie de pleurer.

 

J’ai passé les trois dernières semaines à parler ouvertement de mes sentiments, à lui dire qu’elle me manque, que je veux qu’on se remette ensembles, et je pense que j’ai juste besoin qu’elle me montre la même chose. Si seulement elle pouvait me faire un infime signe qu’elle veut la même chose, que je lui manque, qu’elle a toujours des sentiments pour moi, n’importe quoi, si seulement elle me donnait ça alors je…

 

Un coup dans la porte me fait sursauter. J’ouvre et mes yeux s’ébahissent, mes prières n’ont jamais été exaucées si vites auparavant. « Sara ? » dis je. Elle a l’air perdu et se dandine nerveusement.

 

« Il y a des choses que j’ai oubliées de te dire, » elle annonce vaguement.

 

« Ok, entre, je t’en prie, » je lui ouvre la porte.

 

« Je ne peux pas »

 

« Ok, » je fronce les sourcils ne comprenant pas et sors sur le perron en laissant la porte légèrement ouverte derrière moi. Sara me regarde et semble être en pleine lutte interne.

 

« Tu es magnifique, » elle dit non sequitur. « Être loin de toi tend à me faire oublier à quelle point tu es belle. Je voulais te dire ça depuis que je t’ai vu sur le parking du labo mes les mots refusaient de sortir. Mon cerveau marche au ralenti en ce moment. Tu es magnifique Cath, » elle répète.

 

« Merci, » je réponds le souffle court, ses mots me secouent de l’intérieur, elle a toujours eu cette faculté de me toucher avec ses mots lorsque je m’y attends le moins.

 

« Ça m’a fait vraiment plaisir de te voir aujourd’hui, » elle ajoute avant de se tourner pour repartir, mais à la dernière seconde elle me refait face. Elle se penche et m’embrasse sur la joue, laissant ses lèvres s’attarder un peu sur ma peau. « Tu me manques aussi, » elle murmure à mon oreille. Elle se recule et me sourit timidement avant de retourner à sa voiture pour me quitter une seconde fois.

 

Mon cœur bât à toute allure dans ma poitrine et ma joue est en feu avec ce simple contact. Je ne sais pas vraiment ce qu’il vient de se passer. Je porte le bout de mes doigts sur ma joue et ferme les yeux, je peux encore sentir ses lèvres sur moi. Un sourire s'esquisse sur mes lèvres, je rentre chez moi avec la tête dans les nuages.

 

Ce n’était pas une si mauvaise matinée quand on y pense. Je voulais un signe et il m’a été donné instantanément, j’ai même eu un bisou en bonus. La prochaine fois, je souhaiterais qu’elle rentre à la maison, pas aujourd’hui cela dit, parce que je doute que je sois chanceuse deux fois.

 

 

Chapitre 79 : Sara

 

Je suis dans la zone ‘étrange’. Vous savez…la zone ‘étrange’. J’ai l’impression de vous avoir perdu…ok. Laissez moi m’expliquer clairement.

 

Comme je l’ai dit je suis dans la zone ‘étrange’. Tout le monde a une zone comme ça. C’est cet endroit où tout est confusion, tout est à l’envers et on est coincé dans le chaos jusqu’au genoux. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui ? Bien.

 

Donc je suis dans ma zone ‘étrange’ et je nage en pleine confusion parce que mon cœur et mon cerveau ne travaillent pas ensembles. La plupart des gens pensent que le cœur et le cerveau ne devraient jamais fonctionner ensembles et ils ont tort, complètement tort. Cœur et cerveau devraient toujours, toujours agir dans une parfaite osmose, parce que si ce n’est pas le cas on est cuit.

 

Tout est une question d’équilibre. On a besoin de l’équilibre entre ces deux là pour bien fonctionner. Ce qui est mon problème actuel. Je ne fonctionne pas proprement parce que mon cœur et mon cerveau ne communiquent pas des masses.  Alors je suis en pleine crise émotionnelle. Un moment je vais bien, le suivant, sans aucunes raisons apparentes je me retrouve à pleurer comme un bébé ou j’ai envie de frapper quelque chose de toute mes forces. Pour faire simple, je suis émotionnellement instable.

 

Prenez ce matin par exemple…j’ai pris le petit déjeuner avec Catherine. J’ai été la chercher au labo et quand je l’ai vu j’ai cru que j’allais mourir sur place tellement elle était belle. Alors mon cœur s’est mis à crier ‘Wow, elle est magnifique…dis lui qu’elle est magnifique…aller, dis lui tête de nouille…’ et ça a continué comme ça non stop, mais voilà vu qu’il n’y a pas de connexion efficace entre mon cœur et mon cerveau ben…je n’ai rien dit.

 

Puis je suis partie et c’est là que mon cerveau a enfin reçu le message, j’ai dû faire un demi tour et retourner chez Catherine pour lui dire qu’elle était magnifique. Ça m’a pris trois heures pour le faire…voyez ce que je veux dire par dysfonctionnement ?

 

Cath doit me prendre pour une dingue maintenant…

 

Je regarde ma montre et me lève du bord de la fenêtre pour prendre mon téléphone. J’aime le moment où j’entends la tonalité, mon corps se réveille en anticipation de ce qui va suivre, mon cœur s’agite et les papillons s’affolent dans mon estomac, comme d’habitude je retiens mon souffle en attendant une réponse.

 

« Willows » je soupire, un sourire niais aux lèvres.

 

« Salut. »

 

« Salut toi » elle me répond d’une voix chaleureuse.

 

« Comment ça va ? »

 

« Excessivement bien maintenant »

 

« Et avant ? » je la taquine.

 

« J’étais morte d’ennui avec toute cette paperasse en attendant que Doc me bip pour une autopsie, » elle soupire « Bien que je dois dire que j’avais des pensées plaisantes »

 

« Lesquelles ? »

 

« Toi. Je suis entourée de tes fleurs et c’est vraiment agréable »

 

« Contente de l’entendre, » je réponds en sentant le feu envahir mes joues.

 

« Merci encore pour les fleurs. Mais je dois te dire que je n’ai pas besoin de ça pour penser à toi, » elle dit avec affection.

 

Vous voyez, c’est un de ces moments où mon cœur veut dire beaucoup de choses mais mon cerveau étant paralysé, faute de mots Catherine n’a que du silence en retour. « Enfin…et toi, comment ça va ? » elle prend pitié de moi.

 

« Ça peut aller, merci. »

 

« T’es pas sensée te reposer comme la plupart des gens à cette heure là ? » elle me taquine.

 

« J’ai du mal avec le sommeil dernièrement, » j’admets dans un murmure. J’ai des cauchemars plutôt intenses et horribles.

 

« Tu ne m’entendras pas me plaindre, au moins ça me donne une chance de te parler, » je sais qu’elle a sentit le malaise et qu’elle a lu entre les lignes.

 

On parle de tout ce qui nous passe par la tête, c’est devenu un rituel maintenant. Je l’appel une fois quand elle est au boulot, elle m’appelle une fois rentrée chez elle, et je l’appelle à nouveau avant qu’elle ne reparte au boulot. On parle jusqu’à ce que Doc se manifeste, je lui dis au revoir avec la promesse qu’on se parlera plus tard, j’arbore un sourire contenté que j’appelle le ‘post Catherine’.

 

Ok, où j’en étais tout à l’heure ? Ah oui, notre petit déjeuner hier. Hier, c’était la première fois que je voyais Cath depuis 40 jours, 7 heurs et quelques minutes – mais qui garde les comptes vraiment ? – bon depuis que Travis est parti. Avant je ne me sentais pas prête pour la voir.

 

Le fait est que tout est différent maintenant, il faut qu’on apprenne à se connaître à nouveau, on doit reconstruire notre intimité. En fait c’est moi qui dois apprendre à l’avoir à mes côtés, à recevoir son affection et tout le reste. Et ensuite, il faut que j’apprenne à lui rendre tous ces sentiments, tout reste à faire.

 

C’est ce que je veux mais en même temps ça m’effraie. Maintenant je suis complètement à nue, et Cath peut me briser en un claquement de doigts. Je la connais et je sais qu’elle n’utiliserait jamais ce que je lui ai dit contre moi. Ou du moins la partie rationnelle de mon cerveau le sait, mais la part de moi la plus incertaine refuse de l’accepter. C’est une bonne chose de savoir que je ne cache plus de Catherine, mais être sans défenses n’est pas un bon sentiment. Maintenant je ressens tout à fleur de peau c’est…nouveau et effrayant car je sais qu’il en faudrait peu pour me réduire en miettes.

 

Alors je sais ce que vous allez me dire, je devrais lui faire confiance. Ben croyez moi quand je dis que je lui fais déjà confiance, si ce n’était pas le cas je ne me serais pas laisser tomber amoureuse d’elle et encore moins confesser mon passé. Si je ne lui faisais pas confiance, il y a longtemps que je lui aurais tourné le dos et serais allé de l’avant. Je lui fais confiance.

 

Mais voilà, la confiance ce n’est pas tout, c’est une question de se sentir en sécurité. Et à l’heure actuelle je ne me sens pas en sécurité près de Cath parce que je suis sans défense, et même si je sais qu’elle ne me fera aucun mal, ou du moins pas volontairement, mais le simple fait qu’il y ait une possibilité, m’empêche de me sentir complètement en sécurité pour le moment.

 

La preuve est que lorsque je me sens en sécurité je donne de l’affection et je l’accepte. J’ai fait un câlin à Nancy hier, parce que le sentiment de sécurité entre nous est resté intact, avec Cath, il faut que je m’adapte à un nouveau degré d’intimité.

 

Et puis il ne faut pas oublier le fait que je me sente sale. Faire remonter mon passé à la surface à entraîner tous ces sentiments vicieux, et de fait je me sens mal dans ma peau.  Alors être physiquement proche de quelqu’un de la façon que Catherine attend est quelque chose que je ne peux pas faire sauf avec Travis, car Travis et moi avons construit notre intimité en dépit de toutes ces choses que me hante. Cath et moi on en n’est pas encore là et c’est pour ça que j’ai paniqué hier quand elle m’a touchée, pour moi c’est une bataille constante pour moi en ce moment.

 

J’aurais dû l’expliquer à Catherine, après tout elle ne lit pas encore dans les pensées ou du moins pas à ce que je sache.  Je sais que mon rejet lui a fait du mal, je ne suis pas aveugle.

 

Il a fallu que je me fasse violence pour lui dire qu’elle me manquait encore plus pour l’embrasser. Non pas que je regrette, mais c’était un effort colossal.

 

Donc voilà où j’en suis.

 

Je passe une main dans mes cheveux et soupire. Je scanne mon salon et mon regard tombe sur le jeu de clefs que Cath m’a donné il y a longtemps, rien que de les regarder fait mon cœur battre à toute vitesse.

 

C’est drôle parce que je n’ai pas arrêté de regarder ces clefs pendant des heures, tous les jours de ce dernier mois, c’est comme si elles m’appelaient, me suppliaient de les utilisées.

 

J’ai peur, je suis pétrifiée même, utiliser ces clefs serait un immense pas en avant.  Et je sais que si je me décide à faire ce pas je ne reculerais plus quoi qu’il advienne. Jusqu’ici je ne me sentais pas prête, non pas que ça ait changé.

 

Le courage n’est pas l’absence de peur…

 

J’ai peur, c’est une certitude et ça m’empêche d’aller de l’avant, j’ai l’impression d’être en état de choc, complètement aveuglée par ma peur.

 

Le courage n’est pas l’absence de peur…

 

Ok, donc en gros, je serais toujours apeurée et ce jusqu’au jour de ma mort. Génial, c’est une superbe perspective. Bon sang, ça craint.

 

Il y a un immense arbre dans le jardin de la maison familiale en Californie. Je ne l’ai jamais mentionné mais mes frères et moi possédons toujours l’auberge que mes parents ont construite. Devon et son meilleur ami font tourner la boite aujourd’hui. Enfin, bref, il y a cet immense arbre dans notre jardin. Quand on était gosses, mes frères s’amusaient à monter dessus et ils me traitaient de poule mouillée parce que je ne le faisais pas, ils avaient raison, j’étais morte de trouille, par la hauteur et une éventuelle chute.

 

Ils ne me lâchaient pas et un beau jour ma fierté a pris le dessus et j’ai escaladé ce stupide arbre. A chaque nouvelle prise je me disais que j’allais mourir en me brisant le cou et que c’était stupide, il a fallu toute ma volonté pour ne pas pleurer, demander de l’aide ou ne pas mouiller mon pantalon. J’y suis arrivée, j’ai atteins la branche la plus haute, et j’ai regardé le soleil disparaître dans l’océan de là haut, c’était à en couper le souffle.

 

Le courage n’est pas l’absence de peur mais la réalisation qu’il y a des choses plus importantes que la peur.

 

A l’époque l’arbre était immense et j’étais minuscule. En grandissant j’ai monté cet arbre plus souvent que je ne pourrais me souvenir pour la poussé d’adrénaline que ça me donnait en affrontant ma peur et aussi parce que c’était un moyen de m’échapper de la maison. Maintenant en tant qu’adulte cet arbre n’est pas aussi immense qu’il paraissait que lorsque j’étais gamine.  Aujourd’hui j’ai le même sentiment. Je me sens minuscule en pensant à toutes ces choses qui attendent que je les accomplisse, pensant à tous les obstacles devant moi. Le problème est que c’est plus grand que de grimper à un arbre, c’est quelque chose de beaucoup plus important et intense, il s’agit d’être avec quelqu’un, de tout partager avec elle et m’abandonnée complètement à cette personne.

 

J’ai tenté le coup avec Travis, mais c’était différent…nan, en fait c’était aussi effrayant qu’aujourd’hui. Travis et moi avons réussi, alors je suis sure que je peux le refaire même si ça me terrifie.

 

C’est drôle comme les choses semblent cent fois plus grandes que nous même lorsqu’on est effrayé.

 

Le courage n’est pas l’absence de peur…

 

Vu que je serai toujours avec la trouille au ventre, donc autant me concentrer sur les choses que je peux changer et contrôler.  Je sais que je ne peux pas passer ma vie loin de Catherine, pas plus que je ne peux passer ma vie à ne lui parler qu’au téléphone.

 

J’ai peur de ne pas être en mesure de la rendre heureuse, j’ai peur de ne pas l’aimer assez. J’ai peur de la laisser être proche de moi, si profondément ancrée dans mon cœur et sous ma peau. J’ai peur de tout l’amour qu’elle m’offre mais en même temps j’ai besoin de tout ça, je n’ai jamais autant voulu quelque chose dans ma vie.

 

Je me lève du bord de la fenêtre et m’assois sur le canapé, je regarde les clefs comme si je pouvais les déplacer par le pouvoir de ma pensée.

 

J’inspire profondément et approche les clefs d’une main. Je les prends et referme mon poing dessus, elles sont froides contre ma paume mon cœur s’affole alors que je contemple à nouveau le jeu.

 

J’essaie de me concentrer sur ma respiration pour  calmer mon pouls mais ça ne marche pas.

 

Ces clefs ouvrent la porte de chez Catherine. Elles ont le pouvoir de me donner accès à tout ce que je désire corps et âme. Avec ces clefs, le monde m’appartient, parce que derrière la porte qu’elles ouvrent, il y a un monde d’amour et bien plus. Il y a Catherine et Cake, il y a mon futur ; il y a des rires, de l’affection, des disputent, de l’amour, de la passion, de la quiétude, du bonheur et plus que vous ne le saurez jamais. Et le plus important dans tout ça c’est que j’ai ma place dans ce monde. C’est mon Pays des Merveilles, mon Paradis. Bien sûr il n’est pas parfait et il y a beaucoup à faire pour y arriver, mais je suis prête à toute pour m’approcher de la perfection.

 

Ces clefs me rendent plus riche que n’importe quel humain.

 

C’est drôle comme de si petites choses peuvent avoir un si grand pouvoir, ces clefs ont le pouvoir de changer ma vie.

 

J’ai peur d’utiliser ces clefs, je me sens petite, je suis petite.

 

Le courage n’est pas l’absence de peur mais la réalisation qu’il y a des choses plus importantes que la peur.

 

C’est la que quelque chose me frappe comme une tonne de brique. J’ai un moment de clarté absolue. La signification de ces mots atteint finalement  mon cœur, mon âme et mon cerveau, tout mon être est empli d’une force inconnue plus puissante que tout, une fois encore je referme mon poing sur ces clefs et les serre fort.

 

J’ai une trouille monstrueuse, comme jamais auparavant, même quand on m’a tiré dessus je n’ai pas eu si peur, même quand j’avais le canon d’un flingue dans la bouche, je n’avais pas aussi peur. J’ai peur donc je suis petite, mais cela dit, je suis courageuse.

 

Le courage n’est pas l’absence de peur mais la réalisation qu’il y a des choses plus importantes que la peur. Maintenant je comprends.

 

Alors je suis peut être minuscule mais je suis courageuse, oui, je suis petite mais courageuse.

 

 

Chapitre 80 : Catherine

 

Bon sang, quelle nuit ! Je suis tellement contente que le service soit fini, enfin. Ça fait des semaines qu’on travaille sur ce cas et ce soir on a pu trouver une conclusion à ce qui c’était passé. Ça fait du bien quand notre job porte ses fruits, quand on arrive à donner des réponses aux victimes et à rendre justice dans ce monde triste et cruel, les jours comme aujourd’hui j’adore mon job.

 

Je vais dans le vestiaire pour me changer avant de rentrer chez moi.  Pour une fois on quitte tous à l’heure, les garçons sont en train de chahuter gentiment à propos de leurs plans pour la matinée.

 

« Hey Cath, on pensait prendre un verre autour d’un petit déjeuner, ça te tente ? » Warrick me demande.

 

« Je ne sais pas, je suis vraiment fatiguée, » je réponds honnêtement.

 

« Aller, ça fait super longtemps qu’on n’a pas fait quelque chose ensembles, » Greg me supplie.

 

Je pondère leur offre mais avant que je ne puisse répondre je baille, signe qu’il est temps pour moi d’aller me reposer. « Désolée, je suis vraiment épuisée. Mais je propose de se faire une sortie vendredi, si vous n’avez pas d’autres projets. »

 

« Je suis partant, » répond Nick

 

« Dito, » dit Warrick

 

« Ok, mais je vous préviens, le vendredi c’est mon jour de folie », Greg déclare sérieusement et on ricane. Tous les vendredis Greg plane naturellement, il est comme une boule d’énergie et je pense que même Lindsey aurait du mal à le suivre.  Vendredi, c’est ‘la pleine lune’ pour Greg.

 

« Encore mieux. Bon, on est d’accord, » je me change et c’est là que je réalise quelque chose, je me tourne vers Greg. « Attends un peu, tu n’étais pas sensé petit déjeuner avec Sara ? »

 

« Si, mais elle m’a appelé et a dit qu’elle avait quelque chose de très important à faire, » il répond avec une teinte de tristesse, et je sais qu’il est déçu de ne pas la voir. Ils ont toujours été proches l’un de l’autre mais depuis que Greg est sur le terrain et avec tous ce qu’ils ont vécu ces derniers mois, ils sont encore plus proches que les deux doigts de la main.

 

Je prends note de demander à Sara ce qu’il y avait de si important quand je l’appellerai tout à l’heure. Mon coup de fil à Sara est devenu le moment que j’attends le plus après celui où je vois Lindsey, bien entendu. Rien que de penser à sa voix me fait sourire.

 

« On devrait l’inviter pour vendredi, j’aimerai bien la voir un peu, » propose Warrick et tout le monde acquiesce.

 

« Ok, vous êtes prêts, » Nick leur demande. Dès qu’ils acquiescent il ajoute. « Bon, on est parti dans ce cas. »

 

Ils forment une ligne pour me faire la bise les uns après les autres. « Amusés vous bien les garçons, et soyez sages, » je fais semblant de les materner.

 

« Oui, m’man, » ils répondent à l’unisson avec un rire léger avant de sortir du vestiaire.

 

Je me rends sur le parking et m’installe au volant de ma voiture, avant de mettre le contact je prends mon téléphone.

 

« Résidence Flynn. »

 

« Hey soeurette comment ça va ? » je demande chaleureusement à Nancy.

 

« Bien, je suis de bonne humeur aujourd’hui, et toi ? »

 

« Fatiguée, mais aussi de bonne humeur. »

 

« T’es pile à l’heure, ne quitte pas, » elle change de sujet et j’entends qu’on lui parle. « Ok, je te la passe, je t’appelle plus tard, repose toi bien, je t’aime. »

 

« Oui, je t’aime aussi, » je réponds avant qu’elle ne passe le téléphone.

 

« Maman ? »

 

« Salut mon p’tit cœur. Comment ça va ? Est-ce que ta nuit a été bonne ? »

 

« Je vais bien et oui la nuit a été bonne, » elle ricane. « Et toi ? »

 

« La nuit a été longue et tu me manque énormément. J’aurais aimer pouvoir être là avant que tu ne partes »

 

« Ce n’est pas grave, ne t’inquiète pas. T’as l’air fatigué. »

 

« Je le suis mon cœur. »

 

« J’aurais aimer pouvoir te faire un gros câlin pour te réconforter, » elle dit avec enthousiasme.

 

« Garde le pour tout à l’heure quand je viendrais te chercher, ok ? »

 

« Ok, » je sais qu’elle sourit radieusement même si je ne peux pas la voir. Depuis quelque temps elle est plus attentionnée et réclame plus d’affection comme lorsqu’elle était plus jeune, elle me fait des câlin, joue avec moi et a hâte de passer du temps à mes côtés. Et je suis loin de m’en plaindre.

 

« Tu es prête pour ton contrôle aujourd’hui ? »

 

« Oui, j’ai bossé, ne t’en fait pas. Attends, » j’entends des voix étouffées  puis Lindsey me parle à nouveau. « Tante Nancy dit qu’il faut qu’on y aille. »

 

« D’accord, bonne chance pour ton exam et passe une bonne journée. »

 

« Merci m’man, je t’aime. »

 

« Je t’aime aussi, »  je réplique avant d’entendre la tonalité. Je déteste les jours où je ne peux pas emmener ma fille à l’école. Malheureusement je n’ai pas le don d’ubiquité et je ne pense pas que de me tuer en voiture aiderait, alors je me contente d’un coup de fil en attendant le moment où je la récupèrerai à l’école.

 

Je mets le contact et trente minutes plus tard je me retrouve chez moi. La fatigue me gagne vite et j’ai hâte de prendre une douche et d’aller m’allonger dans le chaleureux cocon qu’est mon lit. Je vais appeler Sara avant de dormir, comme ça je rêverai peut être d’elle, cette pensée me fait ricaner.

 

Je mets ma clef dans la première serrure puis celle du milieu et je suis surprise de la trouvée déjà débloquée, j’aurais pu jurée que j’avais fermer toutes les serrures en partant hier. Bon sang, je suis tellement fatiguée que j’ai dû oublier sans m’en rendre compte. Je ne m’attarde pas dessus et une fois à l’intérieur je m’assure de tout fermer.

 

Mon estomac grogne alors que l’arôme délicat du café et de nourriture envahie mes narines. Qu’est ce que… ?

 

Je tourne la tête vers la cuisine et mon cœur s’arrête complètement de battre. « Bon sang, Cath, t’es tellement fatiguée que t’imagines des choses, » je me réprimande.

 

Là dans ma cuisine, se tient Sara, et elle me regarde plutôt nerveusement. Je dois être morte et être montée au paradis. Je secoue la tête, certaine que ma vision disparaîtra. Mais elle est toujours là quand j’ouvre les yeux.

 

Oh. Mon. Dieu.

 

Je rêve, je rêve…

 

« Ok, du calme Cath, ferme les yeux et compte à rebours depuis cinq…tout va bien, » je me parler à moi-même, je ferme les yeux et commence. « Cinq…quatre…trois…deux…un… » j’ouvre les yeux et Sara est toujours là devant moi et elle me regarde avec une expression amusée.

 

L’oxygène revient dans mes poumons et pourtant j’ai l’impression de m’étouffer. Sara est là, dans ma cuisine, dans ma maison. Sara est là.

 

Oh. Mon. Dieu.

 

Je pense que mon cerveau ne fonctionne plus, parce que je suis en train d’envoyer un message mais ça ne marche pas. Après ce qui semble être une éternité je m’extrais de ma torpeur et m’avance doucement vers Sara. Elle ne bouge pas et se contente de me sourire. Je peux voir la lueur de doute dans ses yeux, elle se demande si elle a été trop loin ou pas.

 

Mon cœur est sur le point de s’évader de ma cage thoracique. J’avance une main lentement pour lui toucher la joue pour m’assurer que je ne suis pas en train de rêver. J’ai envie d’hurler d’euphorie, mais ma joie disparaît aussitôt qu’elle se recule pour éviter le contact. Tout comme, à notre petit déjeuner son rejet me brûle à vif comme un fer chaud sur mon cœur.  La peine est réelle, donc oui, elle est vraiment là. Elle ferme les yeux et respire profondément. Quand elle les ouvre à nouveau, elle me regarde avec détermination, elle tend la main et prend la mienne, sa main est tremblante et incertaine.

 

Wow, je peux sentir ça, c’est réel. Elle est vraiment là.

 

Une fois qu’elle tient ma main fermement, elle soupire et un sourire fébrile se peint sur ses lèvres. Elle regarde nos mains comme si elles étaient la septième merveille du monde. Puis elle semble se souvenir que je suis là et me regarde intensément. Oh bon sang, ces yeux n’ont jamais été aussi beaux que maintenant.

 

« Je suis…rentrée, » elle dit après un moment. Mon souffle se coupe. Trois mots, les meilleurs mots qu’il soit.  Quand mon cerveau cogite enfin, un million d’émotions m’envahissent en même temps. Je me concentre sur le sentiment de plénitude, il n’y a aucune drogue telle que Sara.

 

« Je t’ai préparé un petit déjeuner, » elle dit timidement, je ris doucement et ma fatigue est oubliée, et puis il faut toujours que je me persuade que ce n’est pas un rêve.

 

Elle me lâche la main et j’ai l’impression de perdre un membre. Elle tire ma chaise pour que je m’asseye, une fois que je suis installée, elle me sert une assiette de fruit, toast, pancake, mug de chocolat chaud et un verre de jus d’orange frais.

 

Je ne peux empêcher le sourire stupide que j’arbore, mais je me fiche d’avoir l’air stupide. « Merci. »

 

« Je t’en prie, » elle rougis.

 

On parle de tout et de rien comme si tout était normal. Pour être franche, j’apprécie énormément sa présence et le fait qu’elle soit de retour à la maison, mais maintenant je n’arrive pas à canaliser le flot de questions qui tourbillonnent dans mon esprit. Est elle de retour pour de bon ou est ce que c’est temporaire ? Pourquoi est ce qu’elle me rejette constamment ? Et bien plus encore. J’ai besoin de réponses mais d’un autre côté je ne veux pas ruiner ce qu’on partage ou lui donner des raisons fuir.

 

« Il faut qu’on parle, » dit elle d’une voix peu assurée. « Non, en fait, il faut que je te parle. »

 

« Ok, » j’acquiesce, je donne l’impression d’être calme mais la vérité c’est que je sui complètement paniquée.

 

Elle regarde le plafond un instant puis me regarde. « Je suis désolée de te faire du mal comme je le fais, » dit elle. Je fronce les sourcils ne comprenant pas vraiment. « Je sais que lorsque je te rejette je te fais du mal. J’en suis désolée. C’est difficile pour moi de recevoir ton affection comme ça. »

 

« Je le vois bien, je ne veux pas avoir l’air pétulante mais ça n’avait pas l’air de te déranger quand c’était Nancy. Et entre nous c’est ce qui me fait le plus mal, » je dis un peu amère.

 

« Je sais, » elle répond nerveusement. « Le fait est que j’ai du mal avec ton affection. »

 

Moi ? Je suis le problème ? Bon sang ça fait mal, je crois que je vais être malade.

 

« Je t’ai dite toutes ces choses sur moi….sur mon passée et maintenant je me sens très exposée, sans défense, vulnérable. Et mes doutes et peurs ont redoublés et je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi tu voudrais me donner cette affection, je ne la mérite pas…je ne devrais pas remettre en questions tout ça et je le sais. Mais dernièrement  je ressens tout au centuple et c’est assez perturbant. »

 

Je pense que je comprends son point de vu, mais ça n’empêche que ça fait mal. C’est drôle mais je repense à ce qu’Adam disait à propos de tout recommencer à zéro, je suppose que Sara est à nouveau à la case départ. Je ne peux pas lui en vouloir, et maintenant que je mets mon cœur battu de côté, je comprends ses rejets.

 

« Ça me prendra peut être longtemps pour être à l’aise avec les contacts physiques. Parler de mon passé a déchaîné des sentiments que j’essaie de combattre. J’ai ouvert la boite de Pandore et quand c’est comme ça j’ai du mal à être entourée de personne, et je n’aime pas qu’on me touche…j’ai la sensation que c’est mal, » elle me regarde nerveusement. « Je veux être physiquement proche de toi mais il faut que tu me donnes du temps. Je sais que j’en demande beaucoup, que tu es très tactile et si tu penses que… »

 

« Sara, tu as raison, je suis très tactile, mais je ne te demanderai jamais de me donner plus que ce que tu ne le veux ou te sente prête à me donner. On ira à ton rythme, ça ne me dérange pas, » je la rassure. C’est vrai ça ne me dérange pas du moment qu’elle est là.

 

Je reconnais vraiment son effort pour me parler de tout ça, il y a  des mois de ça elle se serait tout simplement murer dans son silence et serait aller de l’avant. Maintenant je sais ce que ça lui coûte et le simple fait qu’elle m’explique ce qui ne va pas est un grand pas pour nous. J’ai besoins d’apprendre beaucoup de chose maintenant, pour faire en sorte que cette relation fonctionne. Il faut surtout que j’attende d’être patiente.

 

« Tu es sure ? Je veux dire, on ne partagera pas le même lit pendant un certain temps, » dit elle.

 

Je la regarde et je n’ai pas d’hésitation, ça fait des mois que j’agonise parce qu’on est séparées, alors ce serait complètement stupide, sans mentionné contradictoire, si je la rejetait seulement parce qu’on ne pas être physiquement proche. J’ai besoin d’elle dans ma vie, je veux qu’elle soit à la maison. Et si il faut que je me restreigne pour que ça marche, et bien c’est ce que je vais faire.

 

« Je suis sure. Je t’aime Sara et je ferai ce qu’il faut pour que ça marche, » je lui dis fermement.

 

« Je veux que ça marche aussi. »

 

« Tu es de retour à la maison et ce simple fait me rend heureuse, alors ne t’en fais pas, d’accord ? » je lui dis avec un sourire.

 

Elle sourit de soulagement une fois encore je la vois lutter avec elle-même avant qu’elle ne pose la main sur la mienne. Ça va être dure, mais ce qui en vaut la peine n’est jamais facile.

 

xxxxx

 

Après mon petit déjeuner avec Sara, elle m’a fait coulé un bain et s’est occupée de tout pour que je puisse me détendre. Je suis allée me coucher et j’ai dormi profondément. En me réveillant j’ai eu peur que tout ne soit qu’un rêve mais Sara est bien de retour, elle était là en train de lire sur le canapé. Je ne peux pas expliquer à quel point sa présence m’apaise. C’est un étrange sentiment que je ne peux décrire, même en silence elle ajoute quelque chose de plus qui manquait auparavant.

 

« Tu as bien dormi ? » elle demande en déposant son livre. Je ricane doucement, j’avais oublié son sixième sens.

 

« Oui merci. »

 

« Je vais te préparer quelque chose à manger et un peu de café, » dit elle avant d’aller dans la cuisine, je me contente de sourire et me perche sur le comptoir et l’observe.

 

Elle semble à l’aise et maladroite à la fois. Après tout le temps qu’elle a passé loin d’ici elle se souvient plutôt bien de tout. Je dois lutter contre le désire de la prendre dans mes bras et de lui embrasser le cou dans un geste affectueux qui transmet de l’amour sans un mot.

 

« Tu me mets mal à l’aise, » elle dit gentiment. « En me fixant comme tu le fais. »

 

« Désolé, » je ris doucement. « Je dois encore me convaincre que tu es bien là, à la maison. »

 

Elle s’arrête mais ne se retourne pas. « Je sais ce que tu veux dire. »

 

« Je pense que je vais aller prendre une douche et me préparer. »

 

Sous le jet d’eau je repense à tout ce qui vient de se passer. Me restreindre physiquement c’est comme être obligée de rester assise quand on a un surplus d’énergie à dépenser. Mais je ne vais pas tout gâcher à cause de mes besoins et désire, une relation c’est faire des compromis, et je suis partante pour m’adapter au rythme de Sara.

 

Quand je suis prête et que je reviens dans la cuisine, une assiette pleine m’attend pendant que Sara est en train de faire la vaisselle.

 

Une fois nourrit, Sara et moi nous installons sur le canapé pour parler un peu plus. C’est drôle parce qu’après tout ce temps on pourrait croire qu’on a plus rien à se dire, mais bien au contraire. L’heure d’aller chercher Lindsey arrive assez vite.

 

« Il faut que j’y aille. Tu veux m’accompagner ? »

 

« Je ne peux pas, Robin et moi avons des plans, » elle répond timidement.

 

« Vous êtes devenu proches tous les deux. »

 

« Oui. »

 

« Ok, dans ce cas, j’y vais. »

 

Je suis sur le point de quitter la maison quand elle m’appelle à nouveau. « Cath ? »

 

« Oui ? »

 

Sans un mot elle me prend la main et m’embrasse la joue.

 

« A plus tard, » elle sourit.

 

Je lui sourit en retour et m’en vais. Le seul avantage à me restreindre c’est que le peu que j’obtiens me mets dans une super bonne humeur.

 

Vingt minutes plus tard je suis devant l’école de Lindsey et j’attends patiemment qu’elle sorte. Quand elle me voit elle sourit jusqu’aux oreilles et salut ses amies avant de me rejoindre.

 

« Salut m’man ! » elle m’étreint fort et m’embrasse. Etre mère déchire ! Il n’y a rien de comparable aux sentiments d’amour et de contentement qu’un enfant peut vous donner.

 

« Hey mon cœur, tu m’as manquée, » je lui embrasse le front. « Alors, comment était ta journée ? »

 

« Très bien, et avant que tu ne demandes, mon examen s’est bien passé, » elle ricane. Elle me raconte sa journée en détail puis s’arrête soudain.

 

« Qu’est ce qu’il se passe ? » je lui demande en fronçant les sourcils, elle me regarde bizarrement. « Mon cœur ? »

 

« C’est à moi de te demander ça non ? »

 

« Comment ça ? »

 

« T’as l’air différente. »

 

« Différente comment ? »

 

« Je ne sais pas, mais t’as l’air différente. Qu’est ce qu’il se passe ? »

 

« Ben….tu peux rester à la maison ce soir… »

 

« T’es en congé ? » elle demande avec excitation.

 

« En fait, non, » je prends une grande inspiration. « Sara est de retour à la maison. »

 

« Vraiment ? » elle n’est pas aussi enthousiaste que je l’aurais imaginé. « Ok, » elle se contente de répondre.

 

Je sais qu’elle est en colère contre Sara pour m’avoir fait du mal. Pendant notre séparation j’étais déprimée et Lindsey a du supporter mes pleurs et ma mélancolie. Et bien qu’elle et Sara aient recommencé à parler depuis son accident à l’école, je sais qu’elle lui en veut toujours pour m’avoir brisé le cœur, je suppose que je n’avais pas réalisé à quel point avant maintenant.

 

« Si ça ne te dérange pas je vais rester chez tante Nancy, parce que Jeremy et moi sommes en train de lire un livre ensemble et j’aimerai qu’on le finisse, » elle répond après un moment.

 

« Pas de problème mon cœur. »

 

« Alors, vous êtes à nouveau ensembles ? » elle demande.

 

Wow. C’est une question piège. Sara est de retour, d’accord, mais est ce qu’on est à nouveau ensemble ? Je suppose que oui, si on reste théorique, mais en pratique, c’est une autre question. Et pour être honnête je ne suis pas vraiment prête à faire face à Sara sur ce sujet. J’aime me persuader qu’elle a besoin de temps pour remettre de l’ordre dans ses sentiments.

 

J’ai vraiment peur que pour elle on ne soit qu’amies….je devrais arrêté de penser comme ça, c’est déprimant.

 

Je me tourne vers Lindsey et réalise qu’elle attend une réponse. « Oui…je suppose, » je réponds évasivement. Elle m’observe longuement mais décide de ne pas pousser le sujet.

 

« Je suis contente de l’entendre. C’est une bonne nouvelle. »

 

Le reste du trajet est silencieux et on partage un peu de temps ensemble avant que je n’aie à repartir au boulot.

 

Sa question a eu l’effet d’une bombe, et maintenant tous mes doutes font à nouvelle rage, et je panique plus que jamais.

 

Sara est rentrée à la maison, mais est ce que ça veut dire qu’on est ensembles ?

 

Je l’ignore !...

 

Partie XV

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