Avant propos
Cette histoire se situe quelque part au milieu de la quatrième saison de CSI que vous n'êtes pas vraiment obligés d'avoir vu pour suivre. Comme d'habitude... Univers parallèle... Bla bla bla... Catherine et Sara... Bla bla bla... Pas d'enquête, en tout cas, pas au sens habituel du terme mais un mystère, oui, ça je l'espère... Si vous êtes assez âgés pour regarder CSI et vous coucher après minuit le samedi soir, vous êtes assez grands pour lire ce texte ! Un petit rappel : si vous ne m'écrivez pas, comment pourrais-je savoir que je ne suis pas seulement lue par les robots du net ? Je ne mens pas quand j'affirme que je ne peux continuer à écrire des fanfics que si je reçois de vos nouvelles, vous savez. Même deux trois lignes suffisent... Adresse : mlleparker@yahoo.fr
Et en avant pour le truc que personne ne lit jamais : Les personnages de CSI ont originalement été crées par des scénaristes sous contrat avec CBS et Alliance Atlantique. C'est à eux qu'appartiennent les copyrights mais c'est avec respect que je me base sur leurs trouvailles pour imaginer mes histoires et bien sûr cela ne me rapporte pas d'argent.
Sur ce bonne lecture…
(Cette histoire ne peut être utiliser sans la permission de l'auteur , qui est je le rappelle : Juliette ! D'avance merci :o)
Les lois de Newton
Par Juliette
1. Le principe d’inertie
« Tout corps persévère dans l'état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n'agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d'état. »
Isaac Newton
Catherine
rangea sa lime à ongle dans son sac à main puis jeta un coup d’œil à sa montre :
vingt trois heures trente. Sara aurait dû arriver depuis longtemps. L’enquêtrice
du CSI soupira et scruta les environs : personne...
La salle de repos où elle avait décidé de patienter restait vide et personne ne s’annonçait dans les couloirs. Les garçons étaient maintenant tous partis dans un club de bikers où une bagarre avait mal tourné. Grissom l’avait abandonnée avec l’ordre de se rendre sur les lieux d’un cambriolage dès que Sara la rejoindrait.
La blonde examina une dernière fois la courbe impeccable de ses ongles puis décida de se resservir un café : encore cinq minutes et elle appellerait Grissom. Tout le monde, ces derniers temps, essayait d’ignorer Sara, sa mauvaise humeur, ses impertinences, ses airs de spectre ambulant mais cela commençait à suffire, ne put s’empêcher de penser Catherine. De son point de vue la coupe était pleine, elle avait même débordé. Est-ce que Sara se croyait désormais tout permis ? Okay, elle avait des problèmes de communication avec Gil, elle n’était pas la seule, Nick en savait quelque chose. Okay, elle avait du mal à dormir mais combien de fois Catherine avait-elle dû enchaîner une nuit de travail, puis un aller-retour à l’école de Lindsey, puis une heure de ménage ou des courses au supermarché ?
Ce n’était pas parce que Sara venait de voir une promotion lui passer sous le nez qu’elle devait en vouloir à la terre entière !
« Il faut faire avec fillette, tu en verras d’autres ! », Marmonna Catherine qui résumait ainsi le fond de sa pensée. Elle ne voyait pas elle, comment elle pouvait ignorer Sara.
Catherine savait bien qu’elle aurait pu se contenter de passer un coup de fil à sa collègue. Elle avait déjà failli exécuter cette opération élémentaire et avait même ouvert son portable, allant jusqu’à chercher Sidle dans son répertoire. Seulement le souvenir de la conversation sur laquelle elles s’étaient séparées, deux jours auparavant, l’avait empêchée d’appuyer sur la touche d’appel. Encore un de leurs dialogues de sourds…
***
- Pourquoi ne m’as-tu pas appelée pour l’interrogatoire, Catherine ? Avait demandé Sara de but en blanc sans même la regarder alors qu’elles se croisaient dans les vestiaires.
- Ce n’était pas la peine… Quoi encore ?! Tu étais occupée avec les fibres ramassées sur la barre de fer. Ce n’était pas nécessaire de se déplacer à deux, la prison est à une heure de voiture d’ici en plein désert, tu devrais plutôt me remercier !
- J’avais terminé depuis longtemps avec les fibres…
Sara avait attrapé son sac à dos, avait refermé son casier puis, avait fait mine de partir sans même croiser son regard. Cependant, après quelques pas, elle s’était soudain immobilisée, avait marqué une courte pause, et avait tourné la tête vers sa collègue lui jetant un coup d’œil furtif.
- Catherine est-ce que… Est-ce que par hasard tu aurais cherché à éviter de te retrouver seule trop longtemps dans une voiture avec moi ? Avait demandé la brune mal à l’aise, le regard fuyant, parlant lentement, comme si elle cherchait après chaque mot à trouver le courage d’aller jusqu’au bout de sa question.
- Hein ?! Bien sûr que non ! Mais enfin, qu’est-ce que tu essayes de suggérer ?
- Rien. Laisse tomber… Oublies. Au revoir, Catherine.
La grande brune s’était retournée vers la porte, avait jeté son sac à dos par-dessus son épaule en baissant la tête et s’était éloignée.
- Hey Sara ! N’avait pu s’empêcher de lancer Catherine, sidérée par ce comportement. La Terre ne tourne pas autour de Sara Sidle, tu sais !
- Oui, je sais… Avait marmonné cette dernière croyant que sa collègue ne pouvait plus l’entendre. Elle tourne autour de toi, je sais…
Cette fois, Catherine avait préféré laisser le dernier mot à la jeune femme. C’était le meilleur moyen après tout, de la voir disparaître au plus vite. Elle était fatiguée de leurs constantes empoignades.
***
Catherine sortit de sa rêverie en secouant la tête. Les gestes soudain un peu plus brusques, elle posa sa tasse de café et attrapa de nouveau son portable. Elle enfonça nerveusement les deux touches nécessaires.
- Grissom ? Sara n’est toujours pas là !
- Ha… Bizarre... Elle ne m’a rien dit hier.
- Gil, bon sang ! Tu ne l’as vue ni hier, ni avant-hier !
- Oh oui, c’est vrai. Elle a pris un jour, en plus de son jour de repos. Son anniversaire... Je crois…
Catherine leva les yeux aux ciel : Gil et son rapport intermittent au monde...
- Elle ne t’en aurait pas demandé un troisième que tu aurais également oublié en cours de route par hasard ?
- Non. Trois jours de repos ? Sara ? Non, ça je m’en souviendrais.
- Je n’en suis pas si sûre… Bon, c’est toi le chef Gil. Tu l’appelles et tu lui dis de me rejoindre sur place. Immédiatement ! Je ne vais pas l'attendre toute la nuit !
- Oui mais…
- Quoi ?
- Tu ne veux pas l’appeler Cath ? J’ai… J’ai oublié son anniversaire et… Enfin...
La blonde soupira bruyamment. Ces deux là commençaient vraiment à l’agacer.
- Okay, d’accord, mais je te préviens, quelle que soit son excuse, je pars. J'en
ai plus qu'assez de...
- Bien Catherine… Merci. La coupa Grissom avant de raccrocher.
Quelques minutes plus tard, Catherine avait définitivement épuisé les réserves déjà peu importante de sang froid que son corps pouvait lui fournir. Elle avait déjà maudit plusieurs fois Sara Sidle entre l’appel sur son portable et celui à son pager, puis de nouveau alors qu’elle essayait son téléphone fixe dont elle avait trouvé le numéro dans le bureau de Grissom. La brune ne décrocha même pas lorsque Catherine, frisant la paranoïa, avait recommencé sa série d’appels depuis un téléphone du labo craignant que Sara ait soudain décidé de ne plus lui parler.
Elle aurait pu se contenter de laisser un message et oublier Sidle en se réjouissant de ne pas avoir à la supporter ce soir là, réserver à Grissom le soin de régler ce problème plus tard, mais… Il y avait un mais… Elle ne comprenait pas exactement pourquoi mais Catherine ne pouvait tout simplement pas laisser Sara s’en tirer comme ça. Oui, Catherine ressentait de la colère mais ce n'était pas non plus la seule explication. Non. Même dans une salle d’interrogatoire, elle ne l’aurait certainement pas admis mais Catherine ne pouvait également s’empêcher de s’inquiéter, vaguement. Très vaguement, prit-elle la peine de se préciser à elle-même. Sara avait bien des défauts mais arriver en retard... Cela ne lui ressemblait pas. Pourtant la blonde mit rapidement son inquiétude sur le compte d’un instinct maternel mal placé et attrapa ses affaires avant de se diriger vers le parking.
En écrasant un peu brutalement l’accélérateur, Catherine décida de chasser pour l’instant le regard sombre et fuyant de la grande brune de son esprit.
***
Trois heures plus tard, Catherine fulminait toujours. Trois heures ! Pour un cambriolage cela frisait le ridicule mais elle ne pouvait pas faire autrement. Il fallait prendre les photos, dessiner les schémas, relever les empreintes et si on avait fait venir la police scientifique, c’était évidement parce que le quartier était riche et par conséquent, la maison immense. Pour couronner le tout, le cambrioleur s’était amusé à tirer un coup de revolver dans le plafond pour faire son intéressant. Résultat, Catherine se trouvait maintenant sur un escabeau à deux mètres cinquante du sol en train de tenter de déloger la balle de son trou et d’éviter la poussière de plâtre qui lui tombait dans les yeux. Elle n’avait pas jugé bon d’emmener son bleu de travail et maintenant, son ensemble framboise était bon pour un voyage chez le teinturier.
Sara n’avait pas donné de nouvelles...
- Madame Willows, on a trouvé des gants en latex dans une poubelle. Qu’est ce qu’on doit faire ?
Catherine avait sursauté en entendant la voix masculine et elle ferma les yeux une fraction de seconde tâchant de se concentrer pour éviter de s’en prendre au jeune policier blond, costaud, qui la regardait avec les yeux implorant du chien de chasse qui vient de repérer un gibier et attend l’ordre d’attaquer.
- Rien, vous ne faites rien ! J’arrive.
Catherine tira un peu plus violemment sur la balle logée entre les mâchoires de sa pince crocodile. Cette dernière s’extirpa alors de son logement mais un bout de plâtre la suivit et rebondit sur le front de Catherine.
- Put… Explosa la blonde qui fit rapidement disparaître la fin du juron dans un
grognement.
Elle ferma les yeux et prit une longue inspiration. Ce n'était vraiment pas sa soirée.
***
Quelques minutes plus tard, alors que la balle se trouvait désormais enfermée
dans un sachet en plastique étiqueté et que Catherine se dirigeait vers la
poubelle en traversant la pelouse et un groupe de badauds en robe de chambre,
elle sentit son téléphone portable vibrer sur la gauche de sa hanche.
- Oui Grissom ! Quoi ?
- Heu… Excuse moi de te déranger Catherine mais… Je me demandais... Est-ce que Sara est arrivée ?
- Non ! Elle est injoignable et je te préviens qu’elle va en entendre parler !
- Cath… Ce... Ce n’est pas normal.
- Tu l’as dit ! Éclata Catherine en envoyant balader d'un geste rapide avec le dos de sa main un éclat de plâtre qu’elle avait repéré sur sa manche.
- Non, je veux dire, même si elle avait décidé de ne pas venir, même avec 42 de fièvre, Sara aurait prévenu quelqu’un, non ? Elle n'a jamais fait ça...
Catherine soupira bruyamment avec une exagération presque théâtrale, elle ne voulait tout simplement pas envisager cette ligne de questionnement.
- Qu’est-ce que tu veux que je te dise, Gil ? Ta parfaite petite Sara a finalement décidé de passer les bornes. C'est tout ! Peut-être que tu aurais pu prévoir que cela finirait par arriver, non ?
Ce fût au tour de Grissom de soupirer.
- Tu en as encore pour longtemps, Catherine ?
- Non, je suis déjà là depuis suffisamment longtemps ! Mon abruti de cambrioleur ne m’a laissé aucune empreinte dans la maison mais il m’a apparemment fait cadeau de ses gants en latex, on ne lui a pas appris que cela pouvait nous suffire. J’ai aussi une balle 9 mm qui n’a pas trop souffert d’une rencontre avec une dalle de plâtre. Elle est quasiment intacte. Je crois que je vais considérer que j’ai tout ce dont j’ai besoin. Je n'ai pas l'intention de faire des heures supplémentaires parce que mademoiselle Sidle n'a pas daigné venir m'aider !
- Catherine. Est-ce que…
Grissom se tus quelques secondes, hésitant. Même après toutes ces années, Catherine réussissait encore parfois à l’intimider. Surtout lorsqu'elle se trouvait dans cet état.
- Quoi, Gil ? Aboya la blonde.
- Ecoute. Nous sommes tous bloqués ici au moins jusqu’à la fin de la nuit. Est-ce que tu ne voudrais pas ... Hum... Passer chez Sara ?
- Tu plaisantes j'espère ! Commença par lancer Catherine. Pourtant, sans comprendre pourquoi, elle se ravisa et inspira profondément avant d'ajouter sèchement. Donne moi son adresse…
Mais après ça, je te préviens Gil, tu règles définitivement tes problèmes avec elle, quels qu'ils soient. C’est la dernière fois que j’interviens !
- Merci Cath, je te revaudrai ça promis. Pour l’adresse, il faudra que tu téléphones au bureau... Et… Tu sais, le stress n’est pas excellent pour ta santé, tu devrais faire quelque chose à ce sujet…
- Au revoir, Gil !
Non, elle n’était pas inquiète ! Sara pouvait bien… Elle ne savait pas… Avoir été enlevée par des extra terrestres, avoir disparu de la surface de la terre ou… S’être noyée dans une, ou même deux bouteilles de whisky par exemple, ou de vodka ! Elle n’en avait rien à faire ! Ce n’était pas son problème ! Pourquoi cette dernière image lui était-elle venue à l’esprit ? Ce n’était pas son problème. Non. Elle se demanda vaguement de qui Sara pouvait bien être le problème mais abandonna vite. Sara n’avait probablement personne dans sa vie... Forcément…
Bon d’accord, elle irait voir de toute façon. C'était décidé. Catherine balaya cette sensation désagréable, quelle qu’elle soit, qui s’épanouissait maintenant dans un recoin de son cerveau et se concentra sur les gants qui l’attendaient au milieu des ordures.
***
Il était presque cinq heures du matin lorsque Catherine décida d’effectuer un second tour du pâté de maison où se trouvait le bâtiment de Sara à la recherche de la SUV noire de sa collègue. La jeune femme habitait dans une de ces voies désertes parallèles aux artères principales du centre de Vegas. L’arrière du décor, là où on ne trouvait que des accès odorants aux cuisines des grands hôtels et ces ruelles glauques où les strip-clubs se débarrassent de leur faux Elvis ivres morts. Aucun signe d’une Chrisler Tahoe noire.
Sara résidait dans un ancien hangar en brique dans lequel on avait dû aménager des lofts. Enfin, aménager restait un bien grand mot, se corrigea Catherine quand elle se décida à pénétrer dans un hall d’entrée où la peinture jaunie s’écaillait et tombait peu à peu sur un sol carrelé poussiéreux. Les boîtes aux lettres lui apprirent que sa collègue habitait au premier.
Au bout d’un couloir aux murs couverts de briques, deux portes en bois vert sapin se faisaient face. La blonde se passa la main dans les cheveux, prit une inspiration et sonna à celle de droite qui indiquait « S. Sidle ».
Quand au bout de trois emplois légèrement excessifs de la sonnette Catherine se rendit compte que ses efforts restaient vains, elle essaya en désespoir de cause une autre méthode.
- Sara c’est moi, si tu es là, réponds bon sang !
Elle accompagna sa menace de deux coups de paume frustrés sur la porte.
- Elle n’est pas là. Annonça une voix rauque mais féminine derrière elle.
Catherine sursauta et se retourna prestement. Dans l’entrebâillement de la
seconde porte, derrière elle, une femme en peignoir bleu clair qui devait
approcher de la soixantaine et dont le visage n’était pas flatté par l’heure
matinale et le fait qu’elle venait probablement de se réveiller, l’observait
très attentivement. Elle avait des cheveux noirs, courts et permanentés,
vraisemblablement teints, et avait négligé de se démaquiller la veille, remarqua
Catherine. Pourtant, son regard brun imperturbable ne semblait pas vouloir faire
de concession et elle croisa ses bras autour de sa généreuse poitrine attendant
visiblement une explication au vacarme qui avait précédé.
- Excusez-moi Madame, commença Catherine en retrouvant son meilleur faux sourire, je suis une collègue de travail de mademoiselle Sidle et… Elle n’est pas venue travailler aujourd’hui… Alors…
- Une collègue de travail ? Vous êtes... Catherine ?
La voisine sembla soudain la jauger plus précisément, plissant insensiblement les yeux. Catherine, d’abord déstabilisée, se ressaisit rapidement.
- Catherine Willows oui…, répondit-elle en laissant entendre qu’elle n’était pas exactement prête pour les familiarités.
- Deborah Hadkins, vous pouvez m’appeler Debra. Continua la voisine que le ton de Catherine ne sembla pas ébranler le moins du monde. Sara devait rentrer hier, en fin d’après-midi. Quand je me suis aperçue qu’elle n’avait pas donné signe de vie à l’heure du dîner, je suis allée vérifier. Personne. Newton mourrait de faim.
- Newton ?
- Oui, son chat ! J’ai un double des clefs. Je devais m’occuper de lui pendant ces deux jours… Bizarre qu’elle ne m’ait pas prévenue qu'elle rentrait plus tard quand même… Je me suis dis qu'elle était allée travailler directement...
- Sara a un chat ? Intervint Catherine étrangement intéressée par ce détail.
- Bien sûr… Oui ! Elle l’a toujours eu ! Enfin au moins depuis qu'elle vit à Las Vegas.
Debra pencha la tête, l’air de plus en plus suspicieuse. Comme si Catherine était supposée connaître ce genre de détails de la vie de sa collègue. La blonde essaya de ne pas se préoccuper des implications de ce regard et retrouva son esprit analytique et la raison de sa présence dans ce couloir sombre.
- Où Sara est-elle allée ?
- Aucune idée, Sara ne parle que quand elle en a envie et elle semblait pas vouloir parler de ce voyage. Je la connais suffisamment maintenant pour ne pas poser de questions quand ce n’est pas la peine.
- Oui, elle n’est pas très communicative, n'est-ce pas !
Catherine s’était soudain dit qu’elle pouvait tout aussi bien tenter d’établir une forme de complicité avec Debra après tout. Le ton presque maternel avec lequel celle-ci avait parlé de Sara lui laissait espérer qu’elle pourrait en apprendre plus sur sa ténébreuse collègue. Elle se rendit rapidement compte qu’elle avait commis une erreur en apercevant les sourcils de la femme qui lui faisait face qui se fronçaient et son regard qui s’assombrissait.
- Vous ne la connaissez décidément vraiment pas si vous croyez encore ça… Il y a des gens qui ont juste besoin qu’on les écoute d'abord pour parler…
- Heu… Peut-être…
Dans quelle dimension Catherine se trouvait-elle ? Était-elle réellement en train de se pencher sur la psychologie de Sara Sidle avec une voisine de palier qui croyait que son âge et ses airs d’ancienne serveuse de bar louche l’autorisaient à lui donner des leçons ?
- Oui, je sais, je sais… Enchaîna Debra. Ce n’est qu’une collègue de travail pour vous et ce n’est pas mes affaires… Écoutez, avec ce que Sara travaille, j’ai jugé qu’il était bien temps qu’elle prenne un jour ou deux de vacances pour se reposer. C’est tout. Maintenant, si elle n’a pas été travailler, je pense qu’il y a de quoi s’inquiéter sérieusement, surtout si elle a laissé Newton.
- Je la connais malgré tout suffisamment pour savoir que vous avez raison, admit enfin Catherine.
La blonde se retourna et contempla sans la voir la porte qui demeurait fermée de l’autre côté du couloir. Sara était du genre à larguer les amarres sur un coup de tête, elle avait déjà failli franchir le pas une fois, mais certainement pas sans laisser de traces. Elle devait être parfaitement consciente des conséquences que cela aurait et ce n’était, malgré tout, pas son style de chercher à attirer bêtement l’attention sur elle. Si Sara avait voulu disparaître, elle aurait donné sa démission, vendu son appartement, déménagé la totalité de ses affaires et aurait fait en sorte que personne ne se pose de questions, inventant probablement une offre d’emploi ailleurs qu’elle n’avait pas pu refuser. Et jamais personne à Las Vegas n’aurait plus entendu parler d’elle…
Catherine sentait brusquement une irrésistible envie de pénétrer chez Sara et de fouiller la totalité de son appartement de fond en comble. D’ailleurs elle se crut sur le point d’exiger que Debra lui confie les clefs quand la voix de la raison lui ordonna de se ressaisir. Comment Sara s'était-elle débrouillée pour avoir un tel effet sur elle ?
- Excusez-moi Debra, déclara soudain Catherine en saisissant son portable, je dois passer un coup de téléphone.
- Je vous en prie. Écoutez, si ça ne vous dérange pas je vais me préparer une tasse de café. Je laisse ma porte ouverte. Quand vous aurez fini, vous pouvez vous joindre à moi si vous le désirez…
- Merci, répondit vaguement Catherine qui rappelait déjà le numéro de Grissom.
Évidemment, Catherine se vit obligée d’expliquer à Grissom qu’il était désormais
sans doute nécessaire de songer à contacter la famille de Sara. Il n’avait lui
non plus aucune idée de l’endroit où elle avait pu se rendre. La vie de Sara
hors des labos avait toujours été et restait un mystère. Aucun des deux ne
savait réellement quoi faire. Seulement Catherine avait des indices dans sa
voiture et une affaire à boucler. Ils décidèrent donc d’attendre encore un peu,
de se retrouver au laboratoire et de voir si la voisine recevait des nouvelles
après le lever du jour.
Catherine retourna rapidement saluer Debra pour lui laisser ses coordonnées sans accepter la tasse de café qu’elle lui proposait. Celle-ci promit d’appeler immédiatement si Sara la contactait.
***
Catherine qui ne dormait que depuis trois heures à peine, emmitouflée dans sa volumineuse couette jaune clair en duvet de canard, la tête enfoncée au milieu de trois oreillers moelleux, fut violemment réveillée par la sonnerie tonitruante de son portable. Elle faillit attendre qu’on la rappelle mais une sorte d’urgence qui ne l’avait pas abandonnée depuis qu’elle avait quitté l’immeuble de Sara l’en empêcha.
Elle extirpa un bras nu de la masse plumeuse où il se trouvait coincé et, s’y reprenant à deux fois, réussit à attraper l’objet qui signalait bruyamment qu’il avait reçu le signal d’une communication.
- Oui, Gil ? Réussit-elle à prononcer en s'éclaircissant la gorge.
- Oh, excuse-moi tu dormais ?
- A ton avis !
- Écoute. Madame Hadkins vient de téléphoner au labo, je leur avais demandé de me prévenir immédiatement… Elle n’a toujours pas de nouvelles de Sara et elle s'inquiète. Moi aussi... Je n’arrive pas à dormir, est-ce qu’on ne pourrait pas faire quelque chose ? Tu m’as dit que la voisine avait les clefs, non ?
- C’est toi qui m’as expliqué qu’on ne pouvait pas la considérer comme portée disparue avant 24h, Gil… C'est à dire ce soir.
- Je sais mais écoute… Tu as entendu ses parents, ils n'avaient vraiment pas l'air concernés, ils ne vont rien faire même s’ils n’ont aucune idée de l’endroit où elle pourrait être. Nous sommes quand même ce que Sara a qui s’apparente le plus à des amis non ? Malgré tout... Nous savons que ce comportement ne lui ressemble pas. Est-ce que nous ne sommes pas sensés… Je ne sais pas… Agir ?
- Parle pour toi, Gil ! Grogna Catherine.
- Je sais que tu ne penses pas ce que tu dis Cath, arrête un peu cinq minutes ! Ca commence à bien faire !
Catherine se redressa dans son lit et tenta sans succès de dompter ses mèches de cheveux rebelles qui semblaient toutes vouloir se rassembler devant ses yeux. Pour que Grissom hausse ainsi le ton, il fallait qu’il soit au bord de la crise de panique ou en plein dedans. A la fois surprise et ramenée à la raison par ce rappel à l'ordre elle se contraignit à faire un effort.
- Tu crois vraiment qu’il lui est arrivé quelque chose ? Demanda Catherine soudain plus grave.
- Pas toi ?
Le ton de Grissom indiquait clairement qu’il pensait qu’il était temps de se faire réellement du souci et malgré tout, Catherine savait très bien qu'il avait raison.
- D’accord. Admit la blonde. Oui, je pense qu’il faut s’inquiéter maintenant. Va voir si tu trouves quelque chose dans son appartement, elle habite dans…
- Catherine… Interrompit Grissom. Crois-tu que Sara souhaiterait vraiment que, moi, je fouille dans ses affaires ?
- Non, tu as probablement raison. Nick alors ? Il est proche de Sara, non ?
- Tu voudrais qu’un des garçons inspecte ta chambre à coucher, toi ? Et tu connais Sara… Ça ne peut être qu’un de nous deux, nous sommes ses supérieurs, et donc…
- Tu penses vraiment que Sara Sidle désirerait que je sois au courant des secrets de son appartement, Gil ? Je ne crois pas ! Je suis sa bête noire, son ennemi imaginaire… Nous…
- Tu te trompes Catherine. Complètement ! Elle te respecte, énormément, répondit Grissom très sérieux, c'est étrange que tu ne t'en sois pas encore aperçu... Si j’étais elle, je te ferais entièrement confiance.
- Vous n’êtes pas encore la même personne mais soit, admettons que je me fie à ton jugement…
- Bon, tiens moi au courant alors. Bye.
Gil, le fourbe, avait rapidement raccroché avant qu’elle ne puisse changer d’avis. Catherine resta quelques minutes à fixer rêveusement son téléphone puis essaya de trouver la force de se lever.
***
Vers onze heures du matin, douchée, les cheveux attachés, simplement vêtus d’un jean délavé et d’une chemise bleu très clair, Catherine retira ses lunettes de soleil alors qu’elle pénétrait pour la seconde fois de la journée dans le bâtiment de Sara. Ce n’était que le début du printemps mais les températures approchaient déjà régulièrement les trente degrés dans le Nevada. La douceur relative à l’intérieur du large édifice aux murs épais lui paru réconfortante.
Au premier, Debra ne mit pas longtemps à venir lui ouvrir. Elle portait cette fois une blouse de labo recouverte de taches de peinture, une blouse du CSI d’ailleurs, trop longue pour elle mais à peine assez large étant donné sa corpulence. Elle n’avait pas lésiné sur le maquillage et avait noué un foulard dans ses cheveux mais avait plus l’air cette fois, d’une excentrique que réellement d’une retraitée de la folle vie de Vegas. C’était la fatigue qui avait trompé Catherine, le regard et les gestes de Debra ne semblaient pas désabusés, ils reflétaient plutôt une forme de sérénité, de douceur tranquille. Apparemment soulagée de revoir Catherine, Debra l’a fit immédiatement pénétrer dans son appartement.
Le matin, Catherine n'avait pas pris le temps d'observer la pièce plongée dans l'obscurité, elle songeait surtout à aller ce coucher. Cette fois elle s'arrêta un instant pour contempler ce qui l'entourait. Il s’agissait d’un grand loft qui s'étendait de part et d'autre de la porte d'entrée. Toute la partie gauche était occupée par des chevalets, des toiles accumulées contre les murs, des tables recouvertes de palettes et de pots de peinture. Manifestement, Debra était peintre. Catherine resta un instant fasciné par une immense toile presque entièrement recouverte de larges traînées de pinceaux noirs qui pourtant construisaient une forme de relief. La blonde se mit à chercher les traces des coups de pinceau pour comprendre la construction de la toile, d’autres dimensions commençaient à apparaître devant ses yeux.
- Ce n’est pas du tout ce que je voulais faire, déclara Debra qui se tenait juste derrière elle, mais je n’ai pas pu m’arrêter à temps. Pourtant je l’aime bien…
- C’est fascinant, se contenta de dire Catherine qui n’osa néanmoins pas essayer d’expliquer ce qu’elle ressentait.
Catherine avait toujours été captivée par la peinture mais elle n’y connaissait
rien, elle se savait inculte, elle n’osait même pas aller seule dans un musée,
trop intimidée par les lieux de culture et personne n’avait jamais offert de l’y
emmener. Elle ne savait réagir qu’émotionnellement et elle préférait que
personne ne s’en doute de peur qu’on ne détecte la faiblesse de ses
connaissances. Un jour peut-être, elle prendrait le temps de lire les livres
qu’il fallait. Elle sourit, gênée, à Debra qui l’observait et elle changea de
sujet.
- Jolie blouse !
- Oh oui… Un cadeau de Sara…
- Je vois… Debra. Gil Grissom, mon superviseur, et moi-même avons pensé que je pourrais peut-être aller dans l’appartement de Sara pour voir s’il n’y aurait pas un moyen de savoir où elle est partie et si on ne peut pas la joindre. C'est notre métier après tout et...
- Vous commencez l’enquête de police ?
- Pas encore, elle n’a pas disparu depuis assez longtemps et ses parents n'avaient pas l'air... De vraiment considérer cette option. Mais… Sara est une des nôtres…
Catherine n’avait pas vraiment réfléchi en prononçant ces mots mais elle sentit soudain une émotion inattendue. Oui, quels que soient ses rapports avec elle, Sara faisait partie de l’équipe. Même si elle ne le savait peut-être pas.
- D’accord Catherine, parce que c’est vous… Concéda immédiatement Debra en
accentuant la dernière partie de sa phrase. J’espère que Sara me pardonnera...
Mais tant pis, elle n’avait qu’à ne pas disparaître comme ça ! Mais vous devez
me promettre une chose…
La blonde se demanda d’abord ce qui lui avait valu cette confiance étrange et immédiate puis, entendant arriver la condition, interrogea Debra du regard.
- Promettez-moi que vous n’utiliserez jamais ce que vous pourrez découvrir sur Sara contre elle. Quoi qu’il arrive entre vous par la suite… Même sans le vouloir… J'ai besoin de savoir que vous ferez cet effort Catherine...
- Mais... Mais bien sûr ! Je…
Catherine s’arrêta. De quoi se mêlait Debra ? Elle n’avait pas à se justifier. Et pourtant, d’une certaine façon, elle croyait pressentir d’où provenait cette mise à l’épreuve qui malgré cela restait pour elle rationnellement incompréhensible. Est-ce qu’elle pourrait faire du mal à Sara ? Son regard tomba sur le tableau noir, les différentes couches de peinture.
Pourquoi voulait-elle soudain se rendre au plus vite chez la grande brune désormais ? Était-ce juste pour la retrouver ? C’était étrange, quelque chose de plus sombre semblait nourrir son agacement devant la disparition de sa collègue depuis le début. Comme si… Comme si Sara n’avait tout simplement pas le droit de lui faire ça… A elle... Comme si Sara avait trahi quelque chose et que cela réveillait en Catherine une profonde colère dont elle ne voulait pas comprendre l'origine...
- Catherine ?
- Oui je… Excusez-moi… Bredouilla Catherine en reprenant ses esprits. Pourquoi chercherai-je à faire du mal à Sara ? J’essaierai de respecter son intimité, mais nous ne pouvons pas continuer à ne rien faire. Je ne peux pas...
- Je comprends.
- Et... Je crois que depuis hier soir une voix en moi me dit que quelque chose ne va pas...
Comme un nuage obscur changea soudain les traits du visage de l’artiste alors qu'elle écoutait la dernière phrase de Catherine, elle se retourna brusquement et fouilla sur une table remplie de magazines pour trouver le trousseau de clef.
- Debra ? Demanda Catherine sur le ton de quelqu’un qui vient de comprendre quelque chose. Comment est-ce que vous connaissiez mon prénom ?
- Sara et moi avons parfois… de grandes discussions… quand elle en a besoin... lorsqu’elle n’arrive pas à dormir et que moi, je n’arrive pas à peindre… Je lui fais des pancakes et, dès fois, nous papotons… de tout... Sara n'aime certainement pas parler pour ne rien dire, mais cela ne signifie pas qu'elle n'aime pas discuter...
Catherine resta un instant en suspens, la bouche ouverte, attendant une fin de phrase qui ne venait pas. Elle commença par se dire que cela ne répondait pas à sa question puis comprit que Sara avait déjà du parler d'elle. Elle attrapa les clefs et se dirigea vers l’appartement de Sara sans rien ajouter. Debra affectionnait visiblement les sous-entendus lourds de sens et Catherine n’était pas certaine de vouloir se soumettre à sa clairvoyance pour le moment.
***
L’appartement de Sara étonna Catherine. Il ne ressemblait ni à une cellule vide et aseptisée, ni à une antre de célibataire aménagée rapidement avec des meubles disparates et sans véritable soin. Loin de là. Deux hautes fenêtres donnaient sur un autre bâtiment en brique et, en hauteur, sur le ciel mais, obstruées par des stores en bois brun, elles ne laissaient passer qu’une lumière tamisée. Des tissus Navajo sur le mur en brique et sur le canapé, des photos en noir et blanc du début du siècle précédent, encadrées, deux immenses tapis anciens dans des tons roux qui contrastaient avec un plancher presque noir, créaient une atmosphère sombre mais confortable, chaleureuse.
La longue pièce regroupait la cuisine, près de l'entrée, séparée du reste par un comptoir en bois, puis un coin bureau, à droite, où une longue table sur deux tréteaux massifs supportait un ordinateur, un microscope et un scanner de la police et enfin un coin salon où une petite télé et une chaîne stéréo tentaient de défendre leur place au milieu de larges étagères noires remplies de livres de toutes les tailles qui débordaient parfois sur une table, une chaise ou même par terre.
Alors que Catherine se perdait dans l’observation de multiples petits détails, une lampe ancienne, une sculpture en bois, la forme simple d’un fauteuil en cuir foncé et vieilli, elle sentit un frottement contre sa jambe et aperçut en baissant les yeux un magnifique chat gris à poils longs. L’animal était grand et musclé sans être gros et s’assit en la fixant de ses yeux jaunes, attendant manifestement quelque chose. Catherine se baissa pour lui caresser la tête et remarqua que son cou était décoré d’une petite touffe de poils blancs qui achevait de lui donner un air assurément distingué.
- Newton, je suppose ?
Le félin lui fit savoir qu’il était ravi d’avoir de la compagnie en commençant à
ronronner et, après avoir reniflé le bout de ses doigts, frotta ses babines
contre sa main.
- Tu ne saurais pas où est partie ta maîtresse par hasard ?
Newton miaula et fit mine de se diriger vers la cuisine, se retournant après
quelques pas pour vérifier si la nouvelle venue le suivait.
- Non, je ne crois pas qu’elle soit là-bas, gros malin, mais c’était bien essayé…
Catherine soupira en regardant autour d’elle. Par où commencer ? Le problème auquel elle se trouvait confrontée restait de prendre en considération le respect de la vie privée de Sara, de ne chercher que là où cela s’avérait nécessaire. Elle ignora le répondeur qui clignotait et décida de faire finalement confiance à Newton en commençant par jeter un œil dans la cuisine. Le félin la devança en courant.
Sur le réfrigérateur, elle remarqua une liste de courses retenue par un aimant en forme de guitare : boissons énergétiques, barres de céréales, fruits secs, noix, galettes au soja, riz, bananes.
- Hum, mélange appétissant et définitivement énergétique, lança Catherine ironique. Les végétariens ne sont-ils pas sensés manger des légumes aussi ?
Newton miaula. Il semblait partager le ton moqueur de Catherine à l’égard du régime alimentaire de Sara. La blonde ouvrit le réfrigérateur et découvrit qu’il était quasiment vide à l’exception d’une plaquette de beurre, d’une boîte de café et d’un pot de moutarde.
- A mon avis Sara, ta liste de courses devrait être un peu plus longue, commenta Catherine en refermant le frigo.
Le reste de la cuisine semblait impeccablement propre, rien ne traînait. Newton avait sauté sur le plan de travail et semblait maintenant hystérique devant un certain placard. Catherine amusée l’ouvrit et découvrit, à côté de la réserve de boites et de croquettes pour chat, une impressionnante collection de céréales : couscous, boulgour, pâtes en tout genre, riz complet, blé, épeautre, avoine, seigle, quinoa… Pas de trace des barres de céréales ou des fruits secs, ni des bananes ou des boissons d'ailleurs. Catherine attrapa les croquettes et en versa dans la gamelle vide de Newton qui plongea immédiatement, le museau en avant. Elle changea également son eau.
- Je ne sais pas si tu as le droit de manger à cette heure mais elle t’a
abandonné, tu mérites bien une consolation !
Catherine retourna dans le salon et se dirigea vers le bureau : il semblait
temps qu’elle trouve une vraie piste maintenant. Elle eut un espoir en
apercevant ce qui ressemblait à la couverture en cuir d’un agenda mais ne
découvrit à l’intérieur qu’un charabia incompréhensible, probablement une
modification de l’écriture sténographique.
On pouvait compter sur Sara pour avoir inventé un système indéchiffrable. Catherine nota cependant que les pages qui suivaient la date de son départ restaient vides. Peut-être s’agissait-il d’une sorte de journal… Catherine referma le carnet.
Ayant parcouru rapidement les piles de journaux scientifiques et de compte rendus de conférences soulignés au stabilo et couverts d’annotations de l’écriture serrée et anguleuse de Sara, Catherine décida de continuer sa visite de l’appartement.
La bibliothèque demeurait pour la blonde la partie la plus intimidante et en même temps la plus fascinante de la pièce. Où Sara avait-elle trouvé le temps de lire tous ces livres ? L’insomnie n’expliquait pas tout. Mais seulement, quand on ne sortait jamais et qu’on vivait seule, sans doute qu’on trouvait le temps et puis Sara avait fait ses études à Harvard elle, pas dans l’université d’état du Nevada en travaillant en même temps.
Catherine avait bien sûr toujours senti que la tête de Sara était remplie du souvenir des nombreux livres qu’elle avait parcouru mais se retrouver devant la preuve concrète de l’étendue de son savoir était une autre affaire. Elle passa rêveusement sa main sur la tranche des livres qui se trouvaient devant elle reconnaissant tout de même certains d'entre eux. Elle finit par remarquer que leur chaos était organisé. Physique, entomologie, balistique, biologie, psychologie –Catherine se permit de sourire- et enfin une impressionnante collection de romans policiers rangés chronologiquement par décennies puis par ordre alphabétique.
Catherine commença à lire des titres, passa devant la totalité des Cornwell qui avait leur propre étagère et arriva juste après devant une série d’auteurs, uniquement des femmes, dont elle n’avait jamais entendu parler et qui semblaient avoir eux aussi leur étagère à eux : Duffy, King -mais pas Stephen, Laurie- Novan, Scoppettone… Si, Scoppettone, cela lui disait peut-être quelque chose : ce n’était pas elle qui avait créer une détective lesbienne New-yorkaise ? Catherine attrapa un autre volume dont le titre lui plaisait et tomba sur la phrase, « un thriller lesbien dont vous vous souviendrez ! » Cette accroche la fit sourire et un de ses sourcils effilés se releva sans qu’elle en ait conscience. Elle reposa le livre, pensive.
Newton choisit ce moment pour venir se frotter à nouveau à ses jambes, apparemment rassasié et conquis par cette généreuse inconnue qui manoeuvrait calmement dans l’appartement de sa maîtresse. Catherine jeta un œil à sa montre, il était presque midi et elle n’avait toujours rien trouvé. Elle se décida à aller visiter la chambre de sa collègue dont la porte s’ouvrait sur sa gauche près de la fenêtre.
La pièce était nettement plus petite et se trouvait principalement occupée par un futon posé sur une plateforme en bois et recouvert de draps vert sombre. A droite, une porte donnait sur une salle de bain immaculée, blanche, presque aussi grande que la chambre. En face, de l’autre côté du lit, une fenêtre donnait sur la rue par laquelle on entrait dans le bâtiment. Catherine se repéra, la salle de bain devait se trouver au-dessus du hall d'entrée, l'appartement de Debra au fond du bâtiment et celui de Sara sur son coté droit. On distinguait au bout de la perspective les néons de Vegas. En cherchant à se frayer un chemin vers la fenêtre, Catherine avait remarqué par terre un impressionnant tas de magazines qui pour une fois n’avait rien à voir avec le métier de Sara. Il s’agissait apparemment surtout de revues de Hicking et d’escalade. Elle aperçut aussi un ancien numéro du « National Geographic » sur le Nevada et un livre sur les parcs Nationaux qui trônait sur la table de nuit à côté du radio réveil.
Elle s’assit sur le lit, immédiatement rejointe par son nouvel ami félin, et ramassa les magazines en quête d’une indication. Sara était-elle partie en week-end dans la nature ? Cela semblait plausible. Soudain Catherine remarqua au milieu des journaux deux numéros de « The Advocate » et juste en dessous « Girlfriend magazine », deux revues notoirement gays. " Le coming-out, formalité ou rite de passage ? " Lut-elle rapidement sur une couverture.
- Par tous les saints, Sara…
Catherine n’avait pas l’habitude de s’en remettre ainsi à la religion mais là, l’effet de surprise l’avait momentanément déboussolée. Heureusement qu’elle était assise ! Catherine se mit soudain à rire nerveusement et Newton voulant partager ce qu’il prenait pour de la bonne humeur débarqua sur ses genoux.
- Newton, Sara est gay ! Non ! Pas possible... Oh mais tu dois déjà le savoir toi, oui bien sûr… Oh mon dieu… Mais pourquoi est-ce que je trouve cela si drôle ? S’exclama la blonde en riant à nouveau. Je n'arrive pas à y croire. Dis moi Newt, je peux t’appeler Newt ? Ta maîtresse me réserve-t-elle d’autres surprises de ce genre ?
Catherine se rendit soudain compte qu’elle parlait à un chat et se calma. Elle arrêta brusquement de rire. Non, mais Sara était amoureuse de Grissom, elle ne pouvait pas être gay enfin ! Elle avait peut-être un frère homo, ou bien il s’agissait encore de documentation. Oui ça devait être ça. Connaissant Sara c’était bien possible. Elle s'était documentée pour une affaire. Catherine se rappela les livres dans la bibliothèque. Non, cela ne voulait probablement rien dire du tout, se répéta-t-elle, choisissant d’ignorer le fait qu’elle n’arrivait pas vraiment à se convaincre elle-même.
Bon, il valait mieux revenir sur la piste du hicking plutôt que de spéculer ainsi hasardeusement sur la vie secrète de Sara Sidle mais les magazines ne lui apportèrent aucune aide. Ils étaient techniques et apparemment remplis de conseils utiles mais n’indiquaient pas où Sara avait pu se rendre. Il y avait après tout plusieurs parcs nationaux dans le Nevada. Son regard se promena dans la chambre plus dénudée que le salon et s’arrêta sur une console en bois noire surplombée d’un vieux miroir dans le cadre duquel se trouvaient coincées quelques photos.
Catherine poussa le coussin ronronnant à poils gris, lové sur ses genoux, qui tenta de résister mais échoua, et se leva. Elle n’aperçut d’abord que des clichés de l’équipe, Nick et Warrick, tout sourire, qui se tenaient par les épaules derrière elle, une photo prise par Greg il y a quelques mois dont Catherine possédait également un double. Les six CSI et un technicien du labo lors du pot de départ de ce dernier, une carte postale de San Francisco aussi, et… De l’autre coté du miroir, un agrandissement d’une photo de Catherine… Elle se tenait seule, debout, de profil, ses deux poings serrés sur le col de son coupe vent bleu sombre du CSI, dehors dans un jardin. La blonde s’approcha et distingua la silhouette floue d’un policier près de sa voiture de service dans le fond. La photo avait-elle été prise sur une scène de crime ? Sara était souvent chargée de prendre les photos de l’extérieur ces derniers temps. Mais… Pourquoi Sara avait-elle une photo de Catherine accrochée à son miroir ?
Fixée à une poupée vaudou et plantée d’épingles, Catherine aurait pu comprendre mais là… De plus, la blonde se sentait bien obligée d’admettre que la photo lui plaisait, beaucoup. Catherine se demanda pourquoi. D’habitude elle ne savait pas poser, elle se reconnaissait rarement figée sur du papier, le sourire crispé en un masque artificiel. Mais la personne qui avait volé cette image là avait dû le faire sans qu’elle s’en aperçoive et avait su capturer quelque chose. L’auteur s’était apparemment servit d’un zoom car seule la silhouette de la blonde se détachait nettement sur le décor flou, accentuant une vague impression de solitude. Catherine avait l’air soucieux et pourtant clairement déterminé, ses cheveux balayés en arrière par le vent, le regard perdu quelque part loin devant elle et cependant, comme rassemblant toutes ses forces en réajustant sa veste un peu trop grande autour de ses épaules, se préparant pour ce qui l’attendait. Elle semblait un peu perdue dans un cadrage un peu trop large, comme hésitant encore à se rendre, malgré le vent qui soufflait, là où son regard était déjà fixé et pourtant on ne pouvait pas douter de sa résolution. Quelque chose se passait sur son visage, dans l’impalpable contradiction qu’on pouvait entrapercevoir entre l’ombre d’une moue désabusée sur sa bouche et l’implacable résolution de son regard. Quels que soient les démons qui à ce moment précis paraissaient être en train de tenter de prendre possession de sa volonté, il était déjà clair que dans l’instant qui suivrait, elle les aurait balayés et serait déjà en route.
Catherine se sentit malgré elle comme hypnotisée par la photo, par les questions qu’elle posait, touchée aussi par ce qui transparaissait. A quoi était-elle en train de penser ? Quelle bataille faisait rage en elle ? Qu’est-ce qu’avait perçu la personne qui avait choisi d’appuyer sur le déclencheur ? Sa faiblesse ? Sa force ? Ou justement, leur coexistence ? Quelqu'un avait su attendre et saisir précisément ce moment d’équilibre instable. Quelqu'un qui s’était approché de l’essence de ce qu’était Catherine, non seulement ce jour là, dans ce jardin là, mais aussi peut-être, d’une façon plus générale… Oui c’était bien cela qui avait arrêté son regard sur cette image d’elle : quelqu’un l’avait vu… Et ce quelqu’un était probablement Sara…
Catherine perçut une sensation étrange qui gonflait dans sa poitrine. Comment avait-elle pu ignorer qu’elle connaissait aussi peu une personne qu’elle côtoyait tous les jours depuis presque quatre ans ? Les derniers mots qu’elles avaient échangées dans les vestiaires lui revinrent soudain en mémoire : « La terre ne tourne pas autour de Sara Sidle, tu sais… », « Oui, je sais… Elle tourne autour de toi, je sais… » Catherine se rendit compte qu’elle ne savait pas, pas du tout, qui était Sara Sidle et ce qui se jouait derrière son regard sombre. Et il avait fallu que cette dernière disparaisse pour qu’elle s’en aperçoive. Avait-elle jamais vu, vraiment vu Sara ? La photo en tout cas, lui démontrait maintenant singulièrement que la brune elle, avait su la regarder, avait su saisir cet instant où Catherine reconnaissait une part d’elle-même qu’elle ne croyait pas perceptible, qu’elle croyait réussir à cacher. Catherine se sentait dénudée et en même temps, presque rassurée.
Sara la connaissait. Elle ne savait peut-être pas ce qu’elle mangeait au petit-déjeuner, ou quel genre de musique elle écoutait mais elle avait su apercevoir en elle quelque chose d’extrêmement intime. Catherine ne comprenait pas exactement ce qui lui donnait cette impression mais c’était exactement cela qui se dégageait du cliché. Une intimité dévoilée en un geste, un instant.
Inconsciemment, Catherine avait laissé ses pas la ramener dans le salon. Elle ne se sentait pas encore prête à faire face à ce que lui apprenait la photo. Au bout de la pièce, un rayon de soleil traversait les stores et éclairait le bureau de Sara. La blonde sentit une profonde fatigue et une irrépressible envie de s’affaler sur le confortable canapé en cuir noir l’envahir mais elle résista et fit un effort pour tenter de reprendre ses esprits afin de réfléchir. Comment allait-elle retrouver Sara ?
- Bon… Je suis Sara, c’est mon anniversaire, je veux m’offrir un week-end loin de tout le monde, de Grissom, et de Catherine qui ne pense qu’à me crier dessus dans les vestiaires. Je choisis certainement un endroit isolé de tout, je veux rester seule, quitter Vegas quelques jours, marcher, peut-être dans un parc national… Je me documente, j’achète des magazines, je prévois d’acheter de la nourriture énergétique facile à transporter, je…
Le regard de l’inspectrice tomba sur l’écran noir de l’ordinateur.
- Je vais sur Internet pour trouver des informations… Trouver un hôtel peut-être…
Catherine soudain réveillée rejoignit le bureau et alluma la machine. Seulement, quand Windows eut commencé à se charger, l’écran lui demanda un mot de passe.
- Flûte !
Catherine ne renonça pas et se mit à essayer tout ce qui lui passait par la tête : sara, aras, sidle, csi, newton, copernick, galilé, vegas… Elle rit et tenta : grissom et gil sans succès. Elle regarda autour d’elle et expérimenta toutes sortes de lexiques : balistique, entomologie, la date d’anniversaire de Sara aussi, son année de naissance, plusieurs combinaisons des propositions précédentes et enfin, commença à se décourager.
- Newt ! Viens m’aider, cria-t-elle frustrée à travers la pièce sans recevoir de réponse.
Laissant son esprit flotter un instant, elle pensa à Lindsey qui s’était amusée à mettre un mot de passe sur leur ordinateur un jour. Il n’avait pas été difficile de le retrouver, la petite fille avait choisi : catherine ! La blonde hésita un instant puis commença à heurter les touches du clavier c-a-t-h-e-r-i-n-e…
Le bureau de Windows apparu.
- Oh Sara…
Catherine ne savait pas quoi en penser pourtant, un sourire se dessina sur ses lèvres et elle sentit ses joues qui se réchauffaient légèrement. Est-ce qu’elle était flattée ? Est-ce que ce n’était que ça ? Est-ce que Sara, la Sara Sidle qu’elle fréquentait tous les jours, pouvait sérieusement être aussi fleur bleue ?
Absolument incapable de trouver une réponse à ces questions, elle ouvrit Internet Explorer et afficha l’historique : il était vide.
- Sara, ta paranoïa devient agaçante ! Bon…
Catherine réfléchit à nouveau puis aperçut une icône qui clignotait dans la barre des tâches : Sara avait du courrier. Et si elle avait réservé par Internet ? On lui avait sans doute envoyé un mail. La blonde hésita, consciente de franchir un pallier mais finit par ouvrir Outlook.
Avant qu’elle ait eu le temps d’inspecter les anciens courriers, le nouvel email s’ouvrit et Catherine ne pus s’empêcher de lire :
« Joyeux anniversaire ma Sara, tu sais que je t’aimerai toujours.
Je t’en supplie, fais un effort et appelle moi vite, je n’arrive pas à te joindre. Tu m’inquiètes ma grande et je n’ai pas envie de continuer à parler de ça par email.
Lucy. »
En dessous le mail de Sara était inclus, précédé du traditionnel trait noir. Catherine faillit fermer la fenêtre mais les premières lignes avaient déjà accroché son regard.
« Lucy,
Je ne sais pas si je devrais te parler de tout ça mais tu vois, l’oublier n’est pas aussi simple que ça. Je sais bien que c’est la seule chose qu’il me reste à faire, ce n’est pas la peine de me l’expliquer encore une fois, mais que veux tu, je suis faible, ou désespérée.
Comment m’expliquer mieux ? Parfois, j’ai cette persistante impression que je suis en train de disparaître, peut-être même que j’ai déjà disparu derrière tous mes mensonges, je ne suis plus qu’un mirage et ce n’est pas Gil Grissom qui me prouvera le contraire. Ce n’est pas moi qui vis cette pseudo existence. Je ne sais plus qui je suis aujourd’hui et c’est d’abord de cela dont je dois m’occuper.
Elle était mon seul point d’ancrage. Quand elle entrait dans une pièce, quand je me retrouvais sur une enquête avec elle, quelque chose en moi revenait à la vie, aussi inappropriés qu’aient toujours été nos rapports, même au milieu de la pire de nos engueulades. Elle rappelait en moi des sentiments, peu m’importait lesquels. Cette dépendance, ce besoin de sentir l’effet qu’elle avait sur moi, m’a détruite peu à peu, je le sais, mais je me suis soumise. Autour d’elle je ne savais finalement faire que ça… Seulement, sans doute qu’elle a souhaité que je disparaisse enfin complètement et que j’ai obéi.
Tu as raison, je dois trouver l’oubli. Vraiment cette fois. Je dois dire adieu à tous ces misérables stratagèmes que j’ai déjà expérimentés. Je ne veux plus me contenter de survivre. Et tu vois, je parle déjà d’elle au passé comme pour finir de me convaincre.
Je vais essayer. Sara »
Un frisson parcourut le corps de Catherine. Elle restait douloureusement figée. Il ne pouvait pas s’agir d’elle, ce n’était pas possible. Non. Ce n'était pas possible... Vraiment ?
Inutile de mentir, ce n’était pas les questions qui se bousculaient dans sa tête qui troublèrent le plus Catherine, c’était celles qu’elle ne se posaient déjà plus. C’était d'accepter de reconnaître enfin l’étendue de tout ce qu’elle savait déjà, tout ce qu’elle avait déjà compris depuis longtemps mais qu’elle refusait d'admettre. Les mots de Sara venaient de découvrir en elle une perspective qui avait toujours existé mais qu’elle avait jusque là soigneusement négligé de contempler. Le monde changeait.
Une seule question finit cependant par nager avec insistance au-dessus des autres : qu’est-ce que Sara avait décidé d’essayer ?
Un miaulement la sortit des méandres de son angoisse grandissante.
- Oui Newton je sais. Ce n’est pas le moment. Je m’interrogerai sur les
étrangetés de ma personnalité plus tard. Oui, je sais, les humains aiment se
compliquer la vie… Je sais...
Le félin prit ce début de dialogue pour une invitation et sauta sur la table
avant de venir s’asseoir précautionneusement à côté du moniteur. Catherine
enfonça distraitement ses doigts dans la fourrure de son cou.
Enfin, l’attention de la blonde se reporta sur l’écran et elle cliqua sur l’inbox, laissant le mail de Lucy en arrière plan. Elle ouvrit immédiatement un mail intitulé « confirmation de réservation ». Seulement, la joie provoquée par cette découverte demeurait noyée dans son appréhension croissante. Pourquoi Sara était elle partie ?
La brune avait réservé pour une nuit dans un hôtel proche du parc national de la vallée de la mort. Il y avait un numéro de téléphone qu’elle était déjà en train de composer. Elle ne voulait plus perdre une seule seconde.
On lui apprit que mademoiselle Sidle avait bien passé une nuit à l’hôtel l’avant-veille mais qu’elle était repartie le lendemain matin. Catherine demanda sans attendre le numéro des rangers qui surveillaient le parc.
Quelques minutes plus tard, elle signalait la disparition de Sara. On lui demanda la plaque d’immatriculation de sa voiture qu’elle connaissait puisque c’était une voiture de fonction du csi, puis après avoir pris ses coordonnées, on l’informa que tous les parkings du parc seraient fouillés et qu’on la rappellerait si la SUV était identifiée.
Catherine raccrocha, le regard fixe, et laissa tomber son portable sur le bureau. Sa tête plongea dans ses mains et elle resta ainsi quelques instants sans penser à rien. Elle se sentait heureuse, elle se sentait triste. Elle comprenait tout et elle ne comprenait plus rien. Elle était épuisée et ne réagit même pas quand Newton vint frotter son front contre ses cheveux.
Soudain elle pensa à Grissom ; elle passa ses mains sur son visage et fit un effort pour reprendre son téléphone.
- Gil, Sara est partie faire du hicking dans la vallée de la mort. Seulement, elle n’avait prévu de passer qu’une nuit à l’hôtel et on ne l’a pas revue depuis… J’ai prévenu les rangers.
- Oh, bon, elle a dû être retenue par quelque chose alors, ils vont la retrouver, Sara n’est pas imprudente.
- Non…
- Qu’est-ce qu’il y a, Catherine ?
- Rien je suis fatiguée, Gil.
- Je vois. Heu… Je suis désolée de t’avoir demandé de faire tout ça, Catherine. Seulement je ne voulais pas… Compliquer encore les choses… Entre Sara et moi, je veux dire…
- Je sais… Gil ?
- Oui ?
- S’il te plaît, fais un effort pour me répondre. Qu’est-ce qu’il y a entre Sara et toi ?
- Je… Je ne sais pas Catherine. Je sais de moins en moins en fait. Tu comprends bien que ces choses là me dépassent et… Si tu as trouvé quelque chose dans son appartement, je crois que je préférerais ne pas en entendre parler...
- Je n’ai rien trouvé sur toi Gil.
- Oh…
- Sara est tellement difficile à cerner…
- Oui. Je n’ai jamais essayé de la cerner… Elle… On va la retrouver Cath, les rangers connaissent leur parc. Tu devrais retourner dormir. Écoute, donne-moi le numéro des rangers, je vais les appeler et prendre les choses en main. Je vais aussi prévenir ses parents. Je m’occupe de tout et je te contacterai dès que j’aurai du nouveau, les recherches peuvent prendre quelques heures. Rentre chez toi.
Catherine accepta automatiquement, donnant le numéro puis raccrochant après avoir remercié Grissom. Elle ne se sentait plus la force de passer des coups de téléphone ou de réfléchir à ce qu'il fallait faire. Son regard croisa celui de Newton qui arrêta un instant de se laver derrière les oreilles avec sa patte et sembla l’interroger du regard.
- On va la retrouver Newt et… Si elle revient… Non, quand elle reviendra, je te promets que j’arrêterai de lui faire du mal... Tu crois que je peux y arriver ?
La blonde passa délicatement ses bras autour du chat et enfonça son nez dans ses longs poils gris en fermant les yeux. Le félin parut d’abord ne pas trouver ce comportement très convenable mais se laissa faire, résigné, conscient de la mission dont sa race était investie, celle de consoler les âmes perdues.
Épuisée, Catherine n’avait pas envie de penser, elle voulait dormir. A ce point qu’elle ne trouvait pas le courage de prendre la décision de rentrer chez elle. Elle pensa au lit de Sara et déjà se dirigeait vers la chambre. Elle jeta un furtif coup d’œil à sa photo puis détourna le regard à nouveau saisit par une vague de tristesse. Enlevant ses chaussures, elle plongea sur le futon. Elle dégagea un oreiller puis enfonça son visage dedans. Reconnaissant l’odeur de Sara et sans réfléchir, elle en inhala profondément le parfum, les yeux clos, le sommeil s’emparant déjà d’elle. Alors qu’elle sentait une boule de poils ronronnante qui se blottissait contre son ventre, elle se laissa bercer…
***