3. Le principe d’action et de réaction

 

« A toute action, il y a toujours une réaction égale qui lui est opposée. »

Isaac Newton

Quand elle essaya vaguement d’entrouvrir les yeux, Sara s’aperçut péniblement que le jour était déjà levé. Elle les referma et enfouit à nouveau son visage dans son oreiller. Elle avait la bouche sèche et la réalité semblait encore loin, très loin. Pourtant, son cerveau s’alarma quand il finit par enregistrer l'arôme de café qui flottait dans l’air et les bruits métalliques qui s’échappaient de la cuisine.

 

L’adrénaline essayait de forcer son corps à réagir et à faire le nécessaire pour s’enquérir immédiatement de la source de ces informations sensorielles.

Seulement, elle ne voulait pas réveiller la douleur dans sa jambe et puis elle se sentait lourde, très lourde, de plus une petite voix semblait vouloir la convaincre que la réalité pouvait attendre. Mais ses neurones refusaient de la laisser en paix. Qui pouvait bien se trouver dans sa cuisine ? Debra ?

 

Oui, bien sûr, ce ne pouvait être que Debra en mission petit-déjeuner. Debra avait toujours eu un amour particulier pour le premier repas de la journée qui se trouvait souvent être le dernier de Sara. Pourtant, Debra cuisinait toujours chez elle. Oui, mais on pouvait dire que les circonstances étaient extraordinaires. Le cerveau de l’enquêtrice se calma et elle décida de se rendormir tant qu’elle le pouvait encore. Juste pour quelques minutes supplémentaires.

 

Seulement, une odeur d’œuf cuit vint titiller ses narines et la brune s’aperçut enfin, discernant une crampe dans son estomac, qu’elle mourrait de faim. Sara grogna et chercha instinctivement Newton, en tâtonnant : il n’était pas encore temps d’affronter la lumière. Évidemment le chat avait disparu. L’instinct du ventre demeurait quasiment toujours le plus puissant chez les félidés. Sara s’allongea sur le dos puis ouvrit enfin les yeux, fixant le plafond.

 

- Est-ce que quelqu’un qui a échappé à la mort au milieu du désert ne dispose pas d’un droit légitime à une grasse matinée !!! Cria-t-elle à travers l’appartement sans bouger.

 

Les bruits de cuillère et de casserole s’arrêtèrent immédiatement de l’autre côté de la pièce, bientôt remplacés par une voix qui répondit sur le même ton.

 

- Il est plus de neuf heures et quand quelqu’un vous offre un petit-déjeuner au lit on évite de commencer par se plaindre, mademoiselle Sidle !

 

D’un seul coup parfaitement réveillée, Sara s’assit avant même d’avoir tenté de reprendre sa respiration. Il ne s’agissait pas de la voix de Debra. Il ne s’agissait pas du tout de la voix de Debra. Elle avait entendu la voix de… Catherine se tenait de l’autre côté du comptoir, vêtue d’une chemise blanche, souriante, un rayon de soleil illuminant la blondeur de ses cheveux.

Sara ferma presque instantanément les yeux pour faire disparaître ce qui ne pouvait être que le fruit de son imagination et les rouvrit lentement, terrifiée par ce qu’elle allait découvrir. Catherine s’était avancée et avait posé une main sur le comptoir, levant l’autre comme pour faire taire Sara qui pourtant, ne savait plus elle, si elle disposait de la capacité de parler. La brune se rappela brusquement qu'il était urgent qu'elle se souvienne de quelque chose... Catherine... L'email de Lucy...

 

- Non, attends. Commença la blonde, soudain sérieuse, en contournant le comptoir pour rejoindre le salon. Si je me suis permise d’entrer chez toi, grâce aux clefs de Debra qui, d’ailleurs me demande de te préciser que je l’ai quasiment forcée à accepter…

 

Catherine se racla nerveusement la gorge et essaya un sourire timide qui resta sans réponse avant de continuer.

 

- C’est que je pensais… J’ai noté hier que ton frigo était vide et j’étais persuadée que tu ne me laisserais jamais te préparer à manger. Or, je n’ai pas fait toutes ces courses pour rien, n'est ce pas ! Et puis, tu avais l’air profondément endormie alors... j'ai commencée... Heu... Tu as sûrement faim, non ?

 

Comprenant que Sara stupéfaite ne lui répondrait pas, Catherine s’arrêta et croisa les bras. Son regard se perdit un instant sur sa droite puis elle regarda à nouveau la jeune femme qui n’avait pas bougé. Elle reprit son monologue mais sa voix avait baissé d’un ton. Son assurance semblait avoir complètement disparu cette fois.

 

- J’ai pensé que... Si je te préparais un petit-déjeuner, tu ne pourrais pas refuser de discuter avec moi, au moins jusqu’à ce que nous ayons fini nos assiettes, n’est-ce pas ? Des toasts, des œufs, une salade avocat tomate et du fromage contre une discussion. Ça marche ?

 

- Comme tu voudras… Réussit enfin à émettre la locataire de l'appartement.

 

Sara savait bien que sa réponse n’était pas très engageante : c’était comme ça. Elle ne pouvait pas trouver mieux pour le moment mais elle fit cependant un effort pour sourire et Catherine s’en contenta, repartant rapidement vers la cuisine.

 

Sa collègue l’observa un instant alors qu’elle lui tournait le dos et semblait couper des tomates. " Au moins le menu est appétissant " se dit Sara… " Et je parle de la nourriture ! " Se sentit-elle obligée de se préciser alors qu’elle se parlait à elle-même.

 

Elle jugea qu’il était temps de disparaître quelques minutes dans sa salle de bain pour éliminer l’eau qu’elle avait bu et se laver les dents.

 

- Tu peux le faire ! Se dit-elle à elle-même pour finir de se convaincre en observant ses traits fatigués dans le miroir de sa salle de bain.

 

***

 

Lorsqu’elle revint, Sara s’aperçut que Newton l’attendait, assis à côté du canapé. Elle s’installa et tapota le coussin à côté d’elle. Le chat bondit pour la rejoindre, commençant à ronronner.

 

- J’ai rarement vu un chat aussi facile à apprivoiser, lança Catherine qui arrivait avec deux assiettes.

 

Sara se contenta de lever un sourcil, lançant un regard de travers à son animal de compagnie qui faisait décidément un bien piètre gardien. Le chat l’ignora et se blottit contre sa cuisse. Cela faisait longtemps qu’il avait compris que les repas végétariens de sa maîtresse ne présentaient aucun intérêt.

 

- C’est fou, il ne m’a pas quittée d’une semelle hier pendant que je… Continuait Catherine qui soudain s’arrêta et baissa les yeux.

 

Elle tendit son assiette à Sara sans la regarder, posa la sienne sur la table basse et repartit chercher deux tasses de café.

De retour, Catherine s’assit dans le fauteuil club en cuir brun situé à la droite du canapé au bout de la table rectangulaire en chêne. Légèrement désorientée, elle chercha un objet sur lequel poser son regard en attendant de retrouver ses esprits mais trop de questions se bousculaient dans son crâne.

 

Deux heures auparavant, quand, achevant de remplir un dossier dans les laboratoires, elle avait enfin pris sa décision, ce plan paraissait pourtant si simple à mettre en œuvre… Elle avait demandé à partir plus tôt, était rapidement passé chez elle pour se changer avant de se rendre au supermarché, puis avait rejoint l'immeuble de Sara.

 

Cependant, elle se rendait désormais compte qu'elle avait soigneusement évité pendant tout ce temps, de se demander ce qui arriverait ensuite...

 

- On peut en parler, Catherine. Déclara Sara en commençant à manger, très calme. Ce n’est pas un problème.

 

Récupérant étonnement vite de sa première surprise, la brune semblait maintenant vouloir traiter cette intrusion matinale de sa collègue comme un évènement parfaitement naturel, comme si rien de ce dont elles avaient à parler ne la perturbait plus. Cela demeurait après tout la meilleure défense à sa disposition. En vérité, Sara se sentait évidement anxieuse d'apprendre où en était Catherine et pourquoi elle avait décidé de venir chez elle, mais elles avaient le temps. Et puis, la brune ne se sentait pas encore vraiment réveillée, n'avait pas encore envie de se réveiller complètement, elle voulait profiter encore un peu de la simple présence de Catherine...

 

- Pourtant hier soir au téléphone, fit remarquer la blonde, j’ai eu comme le sentiment que tu préférais plutôt qu’on fasse comme si de rien n’était à ce sujet et… C’est ce que tu veux ?

Sara réfléchit un instant.

 

- C'est que je n’avais pas encore allumé mon ordinateur, je ne voyais juste vraiment pas ce qu’il y avait à dire à propos d’un malheureux email de réservation… Je sais bien qu'il n'y a pas grand chose à découvrir chez moi... Enfin... C'est ce que je croyais... Ha… Et j’avais oublié ce fichu mot de passe…

 

Catherine ne pus s’empêcher de sourire, elle attrapa sa tasse et but une gorgée de café espérant dissimuler un éventuel rougissement malencontreux.

 

- Oui, bon, oublions ce détail s’il te plait, déclara Sara en souriant à son tour jugeant préférable de ne pas essayer de fournir une quelconque explication.

 

La brune termina ses œufs et un toast puis posa son assiette sur la table. Elle jugea que pour le moment elle ne se débrouillait pas trop mal : Catherine avait sourit... Oui, mais Catherine ne disait rien...

 

- Tu ne manges pas ? Commenta-t-elle en scrutant rapidement la silhouette immobile de son aînée. A vrai dire, pour répondre à ta question, je crois que je ne sais pas vraiment ce que je veux… Ca dépend en fait... Peut-être que si tu n’étais pas venue j’aurais préféré que tout cela s’évapore dans l'oublie c'est sûr mais… Tu es là… Et sans doute qu’il vaut mieux qu’on s'explique maintenant… Mais ça dépend un peu de ce dont tu veux parler exactement... Ça va être froid, tu sais…

 

La blonde qui n’avait effectivement pas encore touché à son assiette l’attrapa et entama la salade et le fromage. Elle n’avait pas vraiment faim mais elle ne savait pas non plus comment commencer cette conversation sans risquer de braquer Sara. Même si la brune semblait plus détendue, après ce qui s'était passé la veille à l'hôpital, Catherine restait sur ses gardes. Sara bu une longue gorgée de café pour se donner le temps de réfléchir.

 

- Bon. Inutile de tourner autour du pot. Tu as lu l’email de Lucy, n’est-ce pas ? Finit par demander la brune en reposant sa tasse.

 

- Oui. Répondit Catherine en scrutant ses œufs brouillés. Je ne voulais pas mais...

 

- Je comprends Catherine, ce qui est fait est fait... Je suis désolée… Je… C'est une piètre explication mais je n'allais pas très bien... Tu as dû t'en apercevoir... Ne t’en fais pas, je t’assure que je peux faire en sorte que nos relation redeviennent… Hum… Disons… « Normales », désormais… Je… Heu... Je disais que j’allais essayer de t’oublier : je crois que je suis sur la bonne voie… Voilà... Tu vois, je suis partie dans le désert pour prendre une sorte de « nouveau départ », comme on dit. Alors...

 

Sara attrapa sa tasse et but une nouvelle gorgée de café pour se redonner du courage avant de continuer.

 

- Catherine, est-ce qu’on pourrait laisser le contenu de cet email derrière nous après cette discussion ? A moins que tu ais des questions mais bon... Je ne vois plus trop ce qu'il y a à en dire maintenant. Je pense que je suis prête à essayer de passer à autre chose. Je crois que j’ai réussi à commencer à changer. Je veux changer…

 

Catherine reposa à son tour son assiette puis releva la tête pour scruter attentivement le visage de sa partenaire. Sara avait l'air étrangement calme mais la blonde savait désormais qu'il lui fallait chercher au-delà des apparences. Elle observa un instant les mains de Sara qui paraissaient ne pas pouvoir rester immobiles, tapotant le bord de la tasse de café, arrangeant un pli du pantalon de survêtement, puis elle se recula dans son fauteuil et croisa les jambes.

 

- Vraiment ? Demanda-t-elle en fixant la jeune femme assise en face d'elle.

 

Sara interrogea à son tour Catherine du regard : qu’est ce qu’elle attendait de plus ? La blonde la fixait toujours. Sara ne lisait aucune trace de suspicion ou de défit dans son regard, plutôt presque du… désappointement ?

 

- Non, bien sûr… Pas la peine de te mentir. Ce n’est pas si simple que ça, évidemment ! Toutefois, je suppose que je pourrais commencer par faire comme si… Faire un effort... Et, avec le temps… Il paraît qu’on peut tout oublier, non ? Est-ce que ça pourrait être suffisant pour toi ?

 

Sara leva à nouveau son regard vers Catherine qui ne semblait pas vouloir répondre, perdue apparemment dans ses pensées.

 

- Si tu as besoin d’autre chose je t’écoute. Continua la brune qui se pencha en avant posant ses coudes sur ses cuisses, s’agrippant à sa tasse de café. Je veux vraiment essayer. J’ai l’impression qu’on peut encore travailler ensemble tu sais, mieux qu’avant peut-être maintenant que les choses sont plus claires, mais si tu as besoin que je demande mon transfert pour l’équipe de jour : tu n’as qu’à demander… Je suis également prête à partir Catherine, si tu penses que c'est préférable... Je sais que je suis allée trop loin alors si tu crois qu'on ne peut pas oublier et recommencer à zéro...

 

Sara fit une pause, elle ne voulait pas faiblir, pas maintenant, elle voulait convaincre Catherine, lui prouver, se prouver, qu'elle avait changé et que la vie pouvait reprendre son cours comme si rien de tout ça n’était arrivé. Comme s'il ne s'agissait que d'un malencontreux incident de parcours. Elle avait sentis sa gorge se serrer en prononçant ses derniers mots mais s'il fallait en arriver là, oui, elle pourrait partir. Elle n'en avait pas envie mais peut-être qu'après tout cela vaudrait mieux...

 

- Parle moi Catherine, j’ai l’impression que pour une fois, il n’y a que moi qui m’exprime aujourd’hui…

 

Catherine finit son café et se passa nerveusement une main dans les cheveux. Elle avait du mal à croire ce qu'elle entendait. Plus que ça, elle restait sidérée, rendue muette par ce qu'elle découvrait. Est-ce que Sara en était vraiment arrivé là ? A cause d'elle ? Qu'est-ce que Sara imaginait d'elle au juste ? Qu'elle allait refuser de continuer à voir Sara juste parce qu'elle avait appris... Parce qu'elle avait eu la confirmation que la brune était amoureuse d'elle ?

 

Catherine reposa sa tasse et, penchée en avant, posa à son tour ses coudes sur ses genoux. Il était grand temps pour elle de réagir maintenant. Elle examina un instant ses mains jointes devant elle, cherchant ses mots. Le problème c'est qu'elle n'arrivait plus bien à comprendre où elle en était, où en était Sara. Au milieu de tout ces jeux, de tout ces mensonges où trouver la vérité ? Sara était-elle sincère ? Fallait-il croire qu'elle voulait vraiment l'oublier ? Etait-il effectivement trop tard ?

 

Enfin, Catherine releva ses yeux pâles, indécis, vers Sara. Elle cherchait quelque chose qu’elle ne trouvait pas dans le brun des iris de la femme assise en face d’elle et hésitait encore, mais elle finit par commencer à parler avant d’avoir réellement pris une décision, il valait peut-être mieux ne pas trop réfléchir, rester sincère. Au point où elles en étaient Sara avait plus besoin d'un électrochoc que d'une quelconque porte de sortie ! Et elle avait le droit, pour une fois, de savoir.

 

- Et si moi je te disais que je n’ai pas envie que tu oublies Sara… Que je n'ai pas envie de recommencer à zéro...?

 

Sara sentit soudain très distinctement tous les muscles de son organisme qui se tétanisaient. En même temps, la température extérieure sembla s’abaisser de plusieurs degrés mais son front paraissait brûlant. Une sueur froide recouvrit son corps. Elle cligna des yeux mais ne pus faire disparaître les larmes qui les envahissaient. Faute de mieux, elle tourna la tête.

 

- Sara je… Commença Catherine. Je n'ai pas envie de tourner la page. Je...

 

Il était trop tard pour faire marche arrière désormais même si la panique qui s'était emparée de Sara était visible. Catherine sentit que le temps s'était accéléré. Une sorte de compte à rebours avait commencé, il ne fallait pas qu'elle laisse Sara s'enfuir vers des régions d'où elle ne pourrait plus communiquer.

 

- Je... Je ne comprends pas... Balbutia la brune sans la laisser continuer.

 

- Je sais Sara, je sais qu'il y a beaucoup de choses dont nous n'avons jamais parlé... Mais hier j'ai compris que... Laisse moi t'expli...

 

- Je vais chercher du café, réussit à articuler Sara, la voix rauque, pour l’interrompre.

 

Sara ne se sentait pas prête, elle n'avait pas prévu ce qui était en train d'arriver, ce n'était tout simplement pas possible. Elle essaya de se lever mais elle avait oublié sa cheville foulée et son mouvement fut moins adroit qu’elle ne l’aurait souhaité. Déséquilibrée, elle s’appuya sur l’accoudoir du canapé.

 

- Sara… Supplia Catherine qui se levait déjà pour l’empêcher de tomber.

 

 Alors que la blonde posait sa main droite sur son épaule et tendait le bras gauche pour lui offrir un appui, Sara réussit à attraper le dossier du canapé et, se redressant, ignora le bras de Catherine parvenant à se dégager seule vers le mur, s’éloignant en tournant délibérément le dos.

 

- Sara, écoute moi s'il te plait, on ne va recommencer ! Je suis là Sara ! Je suis là pour parler avec toi et je ne vais pas te laisser fuir cette fois ! Ecoute... Je ne sais pas pourquoi on s’est caché la vérité si longtemps… Je ne sais vraiment plus mais...Il y a une chose que je sais maintenant : je sais que je n’ai pas découvert hier ce dont tu parlais dans cet email. Plus j’y pense et plus je comprends que je savais déjà… Depuis longtemps… Seulement… Je… C'était compliqué. Mais maintenant...

 

Catherine avait contourné Sara maintenant à moitié assise sur le dossier du canapé, à la recherche de son regard, et posa à nouveau sa main sur l’épaule de la brune qui cachait son visage derrière ses cheveux mais ne réagit pas. Catherine savait qu’elle devait convaincre Sara qu'elle ne jouait pas avec elle.

 

- Il est trop tard… Réussit à balbutier la brune.

 

Catherine glissa sa main dans les cheveux châtains et sentit sa gorge se serrer en apercevant une larme qui s’était échappée. Elle passa délicatement son pouce sur la joue humide et se rapprocha encore d'un pas. Elle sentait maintenant le parfum de la brune, entendait sa respiration qui s'accélérait. Cette fois Sara ne s’éloigna pas. Elle ne bougeait plus.

- Cette phrase ne veut rien dire… Murmura Catherine.

 

Franchissant l’espace qui les séparait encore, la blonde approcha sa bouche de celle de Sara et ferma les yeux en effleurant ses lèvres. Sa main tenait toujours la joue de la brune qui restait parfaitement immobile. Catherine recula lentement son visage et rouvrit les yeux.

 

- Sara, s’il te plaît…

 

- Non…

 

- Si…

 

Le regard de la brune contredisait l’apparente impassibilité de son corps et l’unique mot qu’elle avait murmuré. Il la fixait avec une violence que Catherine n’avait jamais aperçue auparavant chez sa collègue. Il n’y avait cette fois plus aucune trace de timidité dans son brun profond presque noir. Cependant Catherine ne pouvait plus douter un instant du fait qu’à l’origine de cette violence ne se trouvait que du désir. Elle découvrit toute la férocité qui se cache derrière l’expression dévorer du regard.

 

Après un instant de vertige, Catherine sentit les mains de Sara qui agrippaient brusquement sa taille et la repoussaient contre le mur juste derrière elle sans lui laisser de choix. Le dos de la blonde heurta les briques alors que son assaillante prennait appui sur la paroi au dessus de ses épaules et il n’y eu bientôt plus dans leur conscience que les sensations de deux bouches qui se découvrent fiévreusement.

 

Le corps de Catherine se retrouva bloqué contre le mur par celui de sa partenaire et la blonde sentait une main qui explorait son buste avec avidité, commençait déjà à ouvrir les boutons de sa chemise. Alors qu’un gémissement lui échappait, elle réussit à se demander si c’était cette passion là précisément qui l’avait toujours irrésistiblement attirée vers Sara. Elle n’était pas vraiment certaine d’avoir imaginé que leur premier baiser se passerait de cette façon, brutale et quasi désespérée, mais elle ne savait plus bien ce qu’elle désirait. En tout cas, si Sara croyait pouvoir l’effrayer, il faudrait qu’elle apprenne de quelle matière était constituée Catherine Willows.

 

Abandonnant tout souvenir de pudeur, la blonde agrippa les hanches de Sara, collant son bassin contre le sien et rejeta sa tête en arrière, gémissant à nouveau alors que la bouche de la brune descendait le long de son cou.

 

Soudain, le corps de Sara ne se trouvait plus contre elle. Sa bouche, ses mains même s’étaient comme évaporées. Catherine ouvrit les yeux : Sara la regardait effarée.

 

- Non… Balbutia Sara qui baissa la tête. Non…

 

La voix de la brune n’était plus qu’un murmure presque une supplication.

 

Va t’en. Je suis perdue.

 

- Qu’est-ce que… ?

 

Reviens. Je suis perdue.

 

Sara releva lentement la tête. Une lointaine douleur se lisait sur son visage mais, quand elle aperçut le regard désemparé de Catherine, l’effort malhabile qu’elle effectuait pour refermer sa chemise malgré le tremblement de ses mains, elle oublia en un souffle sa souffrance maladroite. Qu’est-ce qui s’était réveillé en elle ? Qu'est ce qui venait d'arriver ? Elle avait voulu repousser Catherine et elle l’avait embrassée, elle avait voulu embrasser Catherine et elle l’avait repoussée.

 

Sara tendit une main hésitante et caressa tendrement le visage de Catherine : la naissance de ses cheveux clairs, la douceur de sa tempe marquée par le temps, les courbes délicates de sa joue, l’arête ciselée de sa mâchoire, de son menton. Elle passa le bout de son pouce sur la lèvre inférieure de la blonde qui l’interrogeait du regard, déroutée.

 

- S’il te plaît, prononça la brune d’une voix grave mais soudain douce, presque rassurante. Aide moi à me rasseoir dans le canapé. Je crois que je ne peux plus marcher…

 

Catherine ne savait plus vraiment si elle avait envie de rire ou de pleurer. Elle passa son bras sous les épaules de sa partenaire qui la dépassait de quelques centimètres et la serrant contre elle, l’aida à se déplacer.

 

Quand Sara se fut assise à côté de Newton - qui dérangé dans son sommeil, se contenta d’enfouir son museau sous sa patte - Catherine hésita un instant. La brune attrapa le bout de ses doigts pour lui signaler qu’elle pouvait s’installer à côté d’elle sur le canapé. Cependant, Catherine prit soin de conserver une certaine distance entre elle et Sara qui serrait maintenant ses mains autour de ses genoux et se tenait légèrement penchée en avant, regardant droit devant elle vers la bibliothèque. La scientifique mordillait sa lèvre inférieure et Catherine observa sans s’en rendre compte le léger tremblement de son menton.

 

- Je ne peux pas, Catherine… Commença Sara sans la regarder. Je ne peux pas…

 

La brune passa ses deux mains sur son visage pour essayer d’arrêter le mouvement de la pièce autour d’elle et prit une longue inspiration en jetant un rapide coup d’œil à sa compagne. Elle ne voulait pas courir le risque de la fixer trop longtemps.

 

- Je ne comprends pas... Murmura Catherine.

 

- Tu ne peux pas comprendre... Tu ne sais pas encore tout sur moi Catherine… Quand... Quand je t'ai dit qu'il était trop tard j'avais de bonnes raisons pour ça... Tout a changé maintenant...

 

Sara hésita encore à raconter l'ensemble de son histoire mais un coup d'oeil à Catherine finit de la convaincre, cela ne servait plus à rien de faire semblant.

 

- Je garde encore un autre secret que je n’ai jamais révélé à personne. La vraie raison de mon petit voyage... Ce n’est pourtant pas si terrible que ça, c’est même trivial... Seulement, j’ai du mal à accepter ce que cela fait de moi… J’aurais préféré que personne, jamais, n’en sache rien… Que tu continues de l’ignorer. Je voulais tourner la page et que personne jamais ne l'apprenne. Le problème c’est que, maintenant que je m’en suis débarrassée... Que j’essaye de m’en débarrasser… C’est fini, je ne peux plus prendre de risques… Non… Je ne peux pas… Pas maintenant.

 

Catherine ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais hésita un instant.

 

- Non, laisse moi finir. Je sais, je tourne autour du pot mais si je m’arrête ça ne sortira pas... Voilà… Mon histoire est on ne peut plus classique… Ça a commencé par une bière, plusieurs bières, de temps en temps, de plus en plus souvent, tous les jours… C’était facile, je tenais bien l’alcool, je croyais que je maîtrisais ma consommation et puis j’arrivais enfin à dormir. Quand j’étais de mauvaise humeur, je pouvais accuser ma gueule de bois. Pratique. Je savais exactement pourquoi je ne me sentais pas bien, je pouvais déterminer la source des nausées qui m’envahissaient parfois. Une affaire un peu trop dure, une engueulade, une déception, Grissom… ou toi… ? J’avais trouvé le remède universel ! Facile, agréable, imparable… Et, c’est fou le nombre d’amis qu’on peut rencontrer, le nombre de choses qu’on peut s’autoriser à faire à Las Vegas quand on est trop ivre de toute façon pour se rappeler son adresse… Je me rendais bien compte qu’il y avait quelque chose de pathétique dans mon comportement mais justement, après le premier verre, cette impression disparaît assez vite et je me sentais enfin libre.

 

Le regard fixe de Sara ne regardait rien de précis, sa voix grave, monocorde semblait presque mécanique. Elle souhaitait juste arriver au bout de son histoire maintenant qu'elle était lancée.

 

- Il n’y a qu’une chose que je n’ai jamais oubliée : le moment où il fallait que je commence à boire du café et à gober mes pilules d’ibuprofène pour être à l’heure au travail. L’instinct qui me pousse à garder pour moi mes secrets, a toujours été le plus fort. C’était tellement facile de berner tout le monde…  

 

Sara laissa échapper un sourire désabusé avant de soupirer. Cependant un froncement de sourcil sur le visage de sa voisine ne lui échappa pas.

 

- Oui, je sais Catherine, jusqu'à un certain point... A la fin, je n'y arrivais plus vraiment... C'est que, quand j’ai décidé d’arrêter, une bouteille de whisky ne suffisait déjà plus depuis longtemps…

 

- Si seulement je... Murmura la blonde.

 

- Non Catherine, c'est moi, je sais que c'est moi qui ai fermé toutes les portes. Pourtant, il y a quelques semaines, j’ai compris que je ne serais bientôt plus capable de garder mon précieux secret très longtemps. J’ai failli ne pas y faire attention. Je commençais à boire alors que j’étais de garde. Je ne pouvais plus rester vingt-quatre heures sans alcool, sobre la réalité devenait de plus en plus insupportable. J’avais besoin de mon refuge embrumé. J'en avais physiquement besoin aussi.

 

Seulement un jour, on m’a rappelée alors que je venais de rentrer chez moi après un détour et je me suis retrouvée sur une scène de crime avec cinq ou six verres d’alcool dans le sang…

La brune passa ses mains dans ses cheveux. Elle luttait pour ne pas se souvenir trop précisément. Fini, tout cela était fini… Elle ne voulait plus être cette personne là dont elle parlait comme à la troisième personne.

 

- Je sais. C’est bêtement pathétique, banal. C'est mon histoire. Je n’ai rien trouvé d’autre. Tu… J’ai perdu toutes mes forces peu à peu… Je croyais que je n’avais pas d’autre solution et puis aussi… J’ai laissé... Mon amour malhabile faire de moi une ivrogne en quête d’oubli… Un oubli artificiel parce que, peut-être, je ne voulais pas complètement te laisser partir… Sans arriver à te parler... Je... C'est simple Catherine... Je n’ai jamais aimé personne comme…

 

Sara s’arrêta. Elle savait qu’elle ne pouvait pas repartir dans cette direction encore trop douloureuse, trop présente.

 

- Je suis désolée Catherine, je n’ai pas été capable de lutter contre ce que je ressentais pour toi au milieu de cette confusion. Je n'ai pas su t'expliquer, je n'ai pas su arrêter avant qu'il ne soit trop tard. Je ne pouvais pas gérer... Je ne dois pas être à la hauteur… Mais je croyais que j’avais enfin réussi à rassembler assez de forces pour changer… Je veux changer. Je ne peux pas recommencer… Pas maintenant alors que… Alors qu'il y a tant de problèmes que j'ai choisi d'ignorer et qu'il faut que j'apprenne à affronter. Je ne peux pas encore te laisser me… Il faut que je remette de l'ordre dans ma vie d'abord. Je ne suis pas prête... Tu es trop... Je ne sais pas si... Bon sang ! Je ne sais toujours pas m'expliquer !

 

Sara frustrée ne savait plus exactement ce qu’elle voulait dire et avait de plus en plus de mal à terminer ses phrases. Elle jeta un rapide coup d’œil à Catherine. Son visage fatigué restait neutre, Sara ne pus y lire aucune trace de jugement. La blonde semblait visiblement prête à la laisser finir, peut-être encore trop désorientée pour ajouter quoi que ce soit ou bien ébahie par les circonvolutions dont l'esprit de Sara se révélait capable ! La brune tenta de retrouver le fil de ses pensées.

 

- Il y a pourtant une chose qui est claire pour moi, je ne sais pas si tu peux comprendre mais le plus dur ce n’est pas d’arrêter, d’une certaine façon c’est même plus facile que je ne l’aurais cru. Surtout pour quelqu'un comme moi qui... Qui accepte mal de perdre le contrôle et qui aime tant le reprendre... Cela fait cinq jours maintenant que je suis sobre. J’avais choisi la date de mon anniversaire comme ultimatum. Je me suis débarrassée de toutes mes bouteilles, j’ai rangé mon appartement et je suis partie. J’avais prévu de passer la première nuit à l’hôtel, au cas ou, et la deuxième à la belle étoile loin de toute source d'alcool. Ce n’était pas si dur…

 

Sara ne parla pas des débuts d’hallucinations, des trois heures qu’elle avait passées à trembler, recroquevillée contre un arbre, malade, de la soif contre laquelle elle avait cru ne pas pouvoir lutter, de l'insomnie qui était revenue, de la peur. Elle espérait que le plus difficile restait désormais derrière elle, que bientôt elle pourrait oublier tout ça.

 

- Si je n’étais pas bêtement tombée, vous n’en auriez jamais rien su… Non, le plus dur, pour moi maintenant Catherine, c’est d’essayer d’arriver à croire que la prochaine fois que j’aurai une contrariété à faire disparaître, un chagrin d’amour à noyer, je ne choisirai pas de le faire dans le fond d’une bouteille d’alcool… Je ne peux pas me faire confiance… C’est cela qui me terrifie, Catherine, tu comprends… Il y a trop de choses que je veux accomplir, il faut que je reste forte. Je ne veux pas prendre de risques.

 

Déjà hier soir, j'ai bien failli courir à l'épicerie la plus proche juste pour trouver le courage de te téléphoner... Je ne peux pas garder le contrôle de mes actes quand il s'agit de toi... Je suis désolée... Je suis encore trop faible.

 

- Tu prends quelque chose ? Des médicaments ?

 

- Oui, j’ai demandé des anxiolytiques à l’hôpital… Je ne veux pas risquer une rechute… Répondit rapidement Sara agacée par cette question qu’elle trouvait étrange.

 

- Le manque, c’est un risque que tu ne pourras jamais complètement contrôler, Sara. Se décida à commenter Catherine sans regarder sa partenaire. Tu ne peux pas tout maîtriser. Tu ne peux qu’engager la bataille et puis, lutter jour après jour… Sans doute qu'il faudra que tu réapprennes peu à peu à te faire confiance. Mais ce sont chacune des batailles que tu remporteras qui te rendront plus forte. Une par une.

 

Catherine se perdit un instant dans ces pensées avant de reprendre.

 

- Tu n'es peut-être pas obligée de te battre seule... Si tu as besoin de temps, je pourrais le comprendre, mais ne commence pas à fuir... Il y a peut-être une part d'égoïsme là-dedans mais je ne veux pas que tu fuies, que tu me fuies. Tu as raison, je ne sais pas ce qu'il adviendra de notre relation mais je crois qu'il serait au moins préférable que nous parlions, vraiment pour une fois. Je pense que ce serait un premier pas dans la bonne direction. Non ?

 

Qu’est-ce que c’était ? Une réunion des alcooliques anonymes ? Non, Sara ne voulait pas de leçon, pas de conseil, pas de grandes discussions. Pourquoi est-ce qu’elle avait raconté tout ça à Catherine ? Quelques minutes auparavant, elle avait encore la possibilité de garder son secret et maintenant, elle n’était plus qu’une malade qui… Et Catherine bien sûr l'avait prise en pitié... Non ! Non ! Elle ne pouvait pas laisser Catherine s’approcher aussi près. Elle était libre, elle était autonome ! Si ! Elle pouvait se débrouiller toute seule, maîtriser son existence, agir, pas laisser revenir tous ces sentiments qu'elle voulait oublier désormais. Elle n’avait pas besoin que Catherine se croie autorisée à intervenir. Elle s’en sortirait seule. Elle n’avait pas besoin de Catherine.

 

Si Catherine la comprenait, qu’est-ce qui la retiendrait de plonger à nouveau, de tout sacrifier une nouvelle fois juste pour pouvoir garder l’espoir de bénéficier du confort de ses bras ? Si Catherine restait là, qu’est-ce qui l’empêcherait de vouloir la garder ? Et si après Catherine partait alors elle ne serait plus rien. Non, elle devait apprendre à exister seule maintenant, elle devait retrouver sa force. Ce n'était certainement pas le moment de céder !

 

- Qu’est-ce que tu en sais ? Qu'est ce que tu sais de moi ? Qu'est-ce que tu connais de l'alcoolisme toi ? Et si je n'ai pas envie de me confier ? Demanda Sara agressive, libérant sa peur grâce à un instinct qu’elle ne connaissait que trop bien.

 

Catherine soupira bruyamment et se tourna vers la brune, décidée à ne pas fléchir.

 

- Sara. Est-ce que te rends compte que c’est à moi que tu es en train de poser cette question ? Moi, Catherine Willows : six ans de boites de strip-tease, cinq ans de consommation de cocaïne et de l'alcool qui va avec… Tu crois sérieusement que je ne peux pas comprendre ce que c'est que la dépendance ?

 

- Je ne savais pas…

 

- Quoi ? Que j’avais été strip-teaseuse ? Sara, réveille toi !

 

- Non… Non, la cocaïne… Je croyais que c’était une fausse rumeur…

 

- Tu n’as jamais demandé… Crois-moi je sais ce que c'est que d'avoir envie de replonger ! Je sais ce que c'est que de vivre en sachant que c'est tellement facile, que la solution est à portée de main. La peur de céder, la peur de ne pas trouver la force et tout ces efforts qu'on fait pour se convaincre qu'on tiendra le coup. Comme si la volonté pouvait suffire... On finit par oublier qu'on a aussi le droit d'être faible parfois et que ça ne veut pas forcément dire qu'on va sombrer à nouveau... Je sais, je vis avec ça tous les jours. Mais qu’est-ce que tu sais de moi, Sara hein ? Tu ne m’as jamais rien demandé.

 

- Tu ne m’as jamais laissé…

 

- J’ai essayé de me rapprocher de toi, affirma Catherine en lui coupant la parole, plusieurs fois, Sara.

 

- J’avais peur…

 

- Bien sûr... De quoi ? Que je découvre que tu étais amoureuse de moi ? Non, je ne crois pas. Je le savais et je pense que tu savais que je savais…

 

- Tu ne m’as jamais rien dit… Dès que... Tu finissais toujours par recommencer à m'éviter...

 

- Qu'est-ce que tu attendais exactement? Que je tombe à genoux devant toi ? Je... J’avais peur moi aussi... Admit Catherine à voix basse après quelques secondes d'hésitation.

 

- De moi ? Demanda Sara sceptique sans vouloir croire à ce qu'elle entendait.

 

- Peut-être… Non ! Si… Je ne sais pas… Tu…

 

Catherine sentit soudain ses battements cardiaques s’accélérer et se retrouva terrifiée par ce qu’elle avait été sur le point d’avouer. Cependant c'est elle qui avait initié cette discussion, sans doute que Sara avait besoin d'entendre ce qu'elle avait à dire.


Elle avait connu le trac avant de monter sur le podium, à moitié nue, devant une cinquantaine de personnes plus ou moins ivres dont tous les yeux étaient rivés sur son anatomie. Elle avait gardé la tête haute, s’était lancée et avait dansé. Elle connaissait chaque jour la peur juste avant de pénétrer sur une scène de crime, l’angoisse de ne pas pouvoir supporter l’horreur de ce qui l’attendait. Elle prenait une inspiration, enfilait ses gants en latex et entrait. Elle avait affronté des peurs que la plupart des gens croyaient ne pas même pouvoir imaginer.

 

Et pourtant, ce matin là, assise à côté de Sara, elle comprit qu’elle était sur le point de prendre un risque qui reléguait tous les autres au rang de jeux d’enfants. Elle s’aperçut soudain que seule Sara Sidle pouvait à ce point remettre en cause tous ce derrière quoi elle avait pris l’habitude de se protéger. C'était sans doute en partie pour cette raison qu'elles étaient capables toutes les deux de se faire autant de mal. Sara restait... Comme hors de portée. Catherine releva la tête, prit une inspiration et commença à parler.

 

- Tu connais cette impression de ne pas te sentir à ta place quand tu te retrouves chez des gens, un peu trop riches, qui ont une maison un peu trop belle, des vies un peu trop réussies et que tu commences à te dire que tu n’es pas assez bien habillée ?

 

Tu regardes tes chaussures et tu hésites à marcher sur leur magnifique moquette beige. Tu écoutes leurs conversations et tu as peur de bafouiller si tu te mettais à parler. Je n’ai jamais vu qu’une seule issue à cette situation : avoir l’air un peu trop sûre de soi, parler un peu trop fort, garder les autres à distance, ne rien laisser deviner de ses doutes. Tu ne te convaincs jamais toi-même mais ce n’est pas grave, tu sauves les apparences…

 

Surprise, Sara fronça les sourcils et examina Catherine sans comprendre où elle voulait en venir.

 

- C’est ce que j’ai toujours senti face à toi Sara…

 

Catherine baissa la tête alors que Sara accusait le choc. Même si elle n'en avait pas vraiment envie, elle attendit quelques secondes et continua, sa voix d'abord à peine plus forte qu'un murmure.

 

- Tu me déstabilisais trop pour que je ne cherche pas à me défendre, Sara… Ton univers n’est pas le mien, tu es… Je ne sais pas comment expliquer ça clairement… Il y a tellement de choses que tu es plus que moi… Plus passionnée, sûre des valeurs que tu défends, implacable… Plus sensible, plus sincère, plus… Plus intelligente… Tu ne fais jamais aucune concession. Tu as été capable de sacrifier ta vie à ton travail, à la science… Tout cela m’a toujours impressionnée... Tu poses sur le monde ce regard impitoyable auquel j’ai toujours eu peur de me soumettre. Je n’ai pas envie de connaître le résultat de ton jugement Sara… J’aurai trop peur de partir en fumée si un jour… Si un jour tu voyais réellement qui je suis… Oui, je savais que tu étais amoureuse de moi Sara et tant qu'on en restait là je ne risquais rien mais si j'avais commencé à te répondre je perdais mon avantage. J'aurais commencée à me dissoudre et toi... Et toi tu t’es construite cette forteresse imprenable fondée sur tes certitudes, aucune faiblesse dans ta muraille, pas de faille dans tes défenses… Personne ne sait comment approcher… Je n'ai jamais su comment t'approcher...

 

- Ce n’est qu’un château de sable…

 

- Oui, peut-être, mais tu n’as jamais laissé personne s’en apercevoir. Regarde ton appartement. Tu ne peux pas ne pas savoir qu’il est quasi parfait mais je suis prête à parier qu’avant hier, on pouvait compter sur les doigts d’une main les gens qui l’ont visité… Comme si tu jugeais que personne n’était digne de cette faveur... Cela ne t’empêche pas de crypter ton journal et de protéger ton ordinateur remarque… Tu te défends même quand tu sais que tu ne risques rien… Considère ta bibliothèque par exemple, essaie de me prétendre que chacun de ces livres ne représente pas une réserve de munitions contre le monde extérieur… Comme si tu te préparais pour une guerre… A côté de toi, je ne suis… Je ne suis qu’un brouillon… Comment est-ce que tu voulais que je me rapproche de toi au juste ? Encore une fois qu'est-ce que je pouvais faire...? J'avais peur de ce que tu aurais fait de moi Sara...

 

- Je ne cherche qu’à me protéger…

 

- De quoi ? De qui ? Qu’est ce que nous avons… Qu’est-ce que j’ai d’aussi dangereux ? Si tu es incapable de me faire confiance, qu’est-ce que je suis sensée ressentir moi ? Qu’est-ce qui est sensé me retenir de garder mes distances ? Je n’ai rien… Regarde-moi... Regarde où j'en suis maintenant... Et tu continue de...

 

- J’aurais pu tout abandonner pour toi… Si seulement tu... Se contenta de dire Sara perdue dans ses pensées, incapable de répondre à la soudaine détresse de Catherine.

 

- Pour moi ou pour l’image que tu avais de moi ? Lança soudain Catherine en criant presque.

 

Sara la regarda enfin mais sans vraiment comprendre.

 

- Sur du papier glacé, derrière un téléobjectif, continua Catherine, tout va bien mais quand tu te retrouves devant la vraie personne… C’est une autre histoire, n’est-ce pas ? C’est facile de garder ma photo à l’abri dans ta chambre, au plus profond de ton château fort ! Mais là maintenant, c’est moi, juste moi qui suis là, devant toi… Est-ce que... Est-ce que je suis sensée oublier que tu viens de me rejeter comme… Comme une fille facile qui ne vaudrait pas la peine… C'est ça que tu penses de moi Sara ? Juste parce que j'ai enfin oser te montrer que je te désirais aussi ? Est-ce que je dois comprendre que c’était l’alcool qui… Maintenant que tu es sobre, tu préfères que je reste dans ton imagination… Bon sang, mais je suis sure que tu ne vois même pas à quel point j'ai raison... Ce n'est pas moi que tu veux. Maintenant que je me suis mise à nu devant toi tu ne peux même plus me regarder ! Mais c'est pas vrai ! Tu ne comprends même pas ce que ça me coûte de te dire tout ça ! Non... Non… Tu as probablement raison Sara, il est trop tard … Non, tu ne peux pas me... Tu n'as pas le droit... Pas maintenant ! Je me fiche de tes raisons ! Je me fiche de tes excuses ! Réponds-moi ou, au moins, regarde moi ! Regarde moi bon sang Sara !

 

Catherine détourna brusquement la tête désespérée alors que Sara restait prostrée, incapable de penser, de dire ou de faire quoi que ce soit.

 

- Je savais… Je savais ce que tu ferais de moi, Sara… Lâcha Catherine, un début de sanglot cassant sa voix.

 

Sara tentait de lutter contre sa paralysie. Son cerveau semblait comme pris en gelée. L’image la fit sourire intérieurement car c’était la seule parade qui lui restait. Elle ne pouvait plus parler car toute explication n’aurait été qu’une nouvelle défense contre ce qu’elle ne voulait plus essayer d’ignorer, une autre parade. Elle n’avait pas besoin de réfléchir, elle savait. Elle savait instinctivement que Catherine avait raison : oui, quelque chose ne tournait pas rond dans sa tête. L’excuse qu’elle s’était donnée pour s’éloigner de Catherine lui avait pourtant paru si limpide, tellement logique… Trop logique peut-être… Mais elle n’avait pas prévu que Catherine… Est-ce qu’elle avait seulement pensé à Catherine ? Comment est-ce qu’elle avait réussi, elle, Sara Sidle, à foutre à ce point le bordel dans sa propre tête !!! Comment... Comment pouvait-elle accepter de savoir que c'était elle qui était en train d'infliger cela à la femme qu'elle aimait. Et sa culpabilité même l'empêchait de réagir.

 

Et pourtant Catherine l’avait retrouvée, Catherine avait vaincu ses remparts, Catherine se trouvait là… Effondrée, défaite. A côté d’elle, à cause d’elle… Qui restait impuissante, incapable d’agir… Elle ne l’avait pas rejetée, elle n’avait pas voulu… Non... Elle ne voulait pas ça. Elle l'aimait, elle voulait rester convaincue qu'elle l'aimait.

 

Qui suis-je ?

 

Sara aperçut la main de Catherine à sa gauche. Ses doigts fins s’appuyaient sur sa cuisse comme pour garantir un équilibre instable, ses tendons creusant des sillons qui témoignaient de la tension qui s’était emparée d’elle. De légers tremblements les secouaient par intermittence.

 

Sara reporta son regard sur sa main gauche et la souleva légèrement, la dirigeant timidement vers celle de Catherine. Du bout des doigts elle remonta le long de ceux de son aînée. Lorsqu’elle caressa son dos, la main se détendit et Sara la serra contre sa paume. Elle ne voulait pas que Catherine abandonne.

 

- Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Parvint à demander Catherine après quelques minutes.

 

Alors qu’elle entendait les sanglots de sa partenaire qui s’amplifiaient devant son silence qu’elle n’arrivait pas à briser, alors qu’elle découvrait son visage couvert de larmes, Sara sentit tous ses brillants échafaudages qui finissaient de s’effondrer, tous ensemble, dans un silence assourdissant. Assommée elle n'arrivait même pas à pleurer. Soudain elle attrapa doucement les épaules de Catherine et l’attira contre elle, elle agrippa son corps et le serra contre le sien, elle embrassa ses cheveux et la laissa pleurer serrant plus fort encore. Elle la retenait, décidée à ne pas la lâcher. Une seule chose importait : s'agripper à Catherine.

 

Reste là. Ne pars pas. Je suis là, c’est moi. Oublie le reste. Essaye de me pardonner. Reste avec moi, ne m’abandonne pas. Je ne veux plus partir. Reste… Reste... Reste...

 

Les tremblements de Catherine s’apaisèrent peu à peu. Elles restèrent longtemps immobiles l'une contre l'autre. Puis la respiration de la blonde se fit plus lente et Sara se rendit compte que la femme qui gisait dans ses bras s’était endormie, épuisée. Elle ferma les yeux et sentit peu à peu le calme l’envahir, elle l’accueillit sans résister, sans chercher à comprendre.

 

Le temps ne ressemblait plus qu’à ce que l’esprit humain est capable d’imaginer du vide. Elles se retrouvaient en mouvement, météorites évadées de leurs trajectoires, ensemble. Chacune entraînait l’autre et pourtant ne savait déjà plus rien de sa propre destination. On ne pouvait pas s’arrêter à ce que chacune avait déclenché chez sa partenaire. Alors qu’elles s’étaient poussées mutuellement vers un chemin différent, elles avaient été le témoin de ce que cet acte même d’agir sur un être distinct avait éveillé en retour en chacune d’elles. On ne rencontrait quelqu’un que s’y on acceptait le risque de se découvrir soi-même et il demeurait difficile d’en sortir intacte.

 

Plus tard, alors qu’une heure, ou plus peut-être, s’était écoulée, Sara se dégagea pour laisser la blonde s’étendre et aller chercher une bouteille d’eau en rapportant leurs assiettes dans sa cuisine. Elle jeta un regard par la fenêtre et contemplant le ciel bleu, les toits, elle se surprit à penser que le monde ne paraissait plus tout à fait aussi insignifiant qu’avant. Il y avait là quelque chose de magique et en même temps de très simple : parler avait suffit à lui donner du sens, un début de sens au moins et cela suffirait peut-être.

 

Était-elle en train de remplacer l’alcool par une autre forme d’ivresse ? Sombrait-elle dans un sentiment qu'elle ne pouvait déjà plus contrôler ? Elle ne le savait pas mais est-ce que c’était ça la bonne question après tout ?

 

Quand elle revint dans le salon, elle posa ses yeux sur Catherine et décida de s’asseoir en face d’elle dans le deuxième fauteuil situé près de la bibliothèque. Elle observa le rythme de sa respiration, scruta longuement chaque détail de son corps : la manière dont ses jambes s’étaient repliées, un centimètre de peau blanche entre sa chemise et son pantalon en coton noir, son poing serré près de sa joue, son maquillage délavé, ses narines qui frémissaient à chaque respiration, ses cheveux en désordre.

 

Plus d’une heure passa encore et Sara ne pouvait détacher ses yeux de la femme dont elle apprenait à fixer la présence. Bien sûr, elle avait tenté de trouver un livre qui retiendrait son attention, elle était passée par la salle de bain. Pourtant, à chaque fois, elle ne pouvait que revenir à Catherine et à sa silhouette endormie. Chaque minute qui passait, chaque nouveau regard posé sur la femme qui rêvait en face d’elle l’assurait de la réalité du sentiment qui en elle s’épanouissait.

 

Avait-elle enfin trouvé quelque chose de réel dans la confusion du monde ? Catherine était amoureuse d'elle, pouvait-elle y croire ?

Soudain, elle finit par se rendre compte de ce qu’elle était en train de faire. De quelle réalité parlait-elle ? Catherine n’était pas là, elle était en train de dormir. Elle ne pouvait pas lui répondre, elle ne pouvait pas lui dire ce qu'elle ressentait, elles n’étaient pas en train de parler. Elle recommençait à oublier que Catherine restait une personne pas une image, pas ce que elle Sara voulait qu'elle soit…

 

Elle avait tout faux depuis le départ, ce n’était pas Catherine qu’elle avait à oublier, c’était elle-même. Ses habitudes, ses doutes, ses peurs, ses mensonges, cette pitoyable version d’elle-même, aveugle, égoïste, enfermée à l’intérieur d’elle-même et incapable d'en sortir, blessée mais immature. Il était temps de laisser ce double égaré dans le fond de whisky où elle s’était noyée. Il était temps d’accepter d’ouvrir les yeux, d’accepter de vivre en arrêtant de se cacher. Catherine avait parcouru une bonne partie du chemin, son tour était venu… Elle avait fait des erreurs, elle pouvait les réparer. Elle n'était pas parfaite, elle pouvait apprendre et accepter l'aide de quelqu'un d'autre.

 

Sara se leva et s’approcha lentement de Catherine. Chaque pas reconstruisait le monde autour d’elle.

 

« Changement de plan ! » Se dit-elle. Elle allait emmener Catherine dîner, comme pour un premier rendez-vous. Ha... Lindsey… Elles iraient chercher Lindsey et elles iraient dîner toutes les trois, après tout, elle et Catherine n’avaient pas vraiment besoin d’un premier rendez-vous… Cela ne l’empêcherait pas de flirter, n’est ce pas ? Elle savait ce qu’elle allait porter… Elle voulait tout connaître de la vie de Catherine. Elle avait tellement de questions à poser. Et puis, elle lui prouverait qu’elles pouvaient travailler ensemble à nouveau. Et puis, peut-être qu’après le travail elle demanderait à Catherine de la raccompagner. Parce que… Elle ne pouvait pas conduire bien sûr, et prendre un taxi… C’était plus pratique que Catherine la raccompagne. Elle…

 

Sara avait tant bien que mal réussi à s’agenouiller à côté de Catherine quand la blonde ouvrit un œil, interrompant les machiavéliques planifications de sa collègue.Sara approcha sa main d’une mèche de cheveux clairs.

 

- Oh… Je crois que je me suis endormie…

 

- Je crois oui… Il est presque quatorze heures…

 

Sara avait murmuré, sa voix tout à coup plus difficile à maîtriser qu’elle ne l’aurait cru. Quelque chose d’autre s’était réveillée en elle en même temps que Catherine. Par exemple, un irrésistible besoin de toucher la femme encore à moitié assoupie qui la regardait comme si elle cherchait à lire dans ses pensées. Sara pensa que ça ne devait pas être bien compliqué à ce moment précis… Effleurer le bout de son menton avec ses doigts n’était plus suffisant… Un lointain désir profondément enraciné dans son organisme réclamait autre chose. Elle cherchait un moyen de s’assurer de la présence de la blonde au regard encore trouble.

 

- A quoi penses-tu, Sara…

 

- Je… Je… Me disais qu’il était sans doute l’heure que tu ailles chercher ta fille et…

 

Catherine posa sa main sur celle de Sara et fronça très légèrement les sourcils.

 

- Lindsey a un cours de théâtre aujourd’hui… Jusqu’à dix-huit heures. Tu étais vraiment en train de penser à ma fille ?!

 

- C’est que… J’ai réfléchi pendant que tu dormais et… C'est simple : tu as raison… Je suis tellement désolée, Cath. Je ne sais pas encore trop quoi te dire d'autre, mais peut-être que je peux essayer d'agir... J’ai prévu… Je me suis dit qu’on pourrait peut-être aller dîner toutes les trois… Avec Lindsey... Non, non, écoute. Je sais que je me suis comportée comme une imbécile tout à l’heure. Je le regrette crois-moi. Les vieilles habitudes… Mais… Je sais que j’ai besoin de toi, Catherine… Toi… Pas la Catherine imaginaire que j’ai construite dans ma tête… Merci de ma l'avoir rappeler et... Et si tu peux me pardonner j'aimerais que... Que tu m'aide à changer mes habitudes… Je veux apprendre…

 

Catherine scruta le visage de la brune. Les ombres qui le hantaient précédemment semblaient comme évaporées. Elle retrouvait l’irrésistible sincérité de Sara, sa franchise, une forme d'innocence timide qui l'avait toujours bouleversée. Pourrait-elle recommencer à faire confiance à la jeune femme ?

 

- Je ne sais pas… Répondit Catherine qui comprenait déjà très bien que ses doutes s'effritaient un à un.

 

- S’il le faut, continua Sara en souriant largement, laissant apparaître ses deux incisives légèrement espacées, je te promets que dorénavant avec toi je serai maladroite, peu sûre de moi, bête même… Stupide si tu veux… A ta merci... Plus de Sara hautaine et sûre d’elle-même… Promis !

 

Catherine éclata de rire. Son regard s’attarda sur les lèvres de la brune puis s’accrocha à une étincelle qui brillait dans ses yeux.

 

- Je ne sais pas si ce serait terriblement sexy Sara...

 

- Oh... Je peux aussi essayer de devenir totalement extravertie ! D’ailleurs j’ai l’intention de ne plus arrêter de parler et…

 

Catherine se redressa et son visage se trouvait maintenant dangereusement près de celui de Sara qui s’arrêta immédiatement de discourir. Le regard bleu pale de la blonde prenait des teintes plus sombres, proches de celles d’un océan sur lequel le vent se lève.

 

- Je vois que tu as un plan… Combien de jours as-tu déjà programmés à l’avance ?

 

- Ah... Il faut que j’arrête ça aussi ? Oui, tu as raison… Tu as raison Catherine. Je… Je peux… Je peux être totalement spontanée… Je…

 

- Prouve le… Exigea soudain Catherine en un souffle qui caressa le visage de la brune.

 

Un changement de rythme se répercuta dans l’organisme de Sara. Son cœur, les battement de son sang, sa respiration, tout en elle semblait ligué pour inventer une nouvelle sorte de musique. Pourtant, elle gardait un souvenir lointain de ce que cette pulsation réclamait d’elle. Il suffisait de se lancer, de pencher la tête, de fermer les yeux...

 

Sara avança très lentement ses lèvres de celles de Catherine, elle les posa sur un souffle décidé à profiter de chaque seconde, de chaque millimètre. Elle attendit que Catherine la rejoigne profitant de son parfum, de la chaleur de son cou sous ses doigts, de la délicate texture de sa peau.

 

Quand elle découvrit la langue de sa partenaire, une nouvelle vague de sensations s’offrit à elle et elle comptait explorer chacune d’elle. Une par une, frisson après frisson.

 

Catherine n’était pas encore sûre de pouvoir se livrer. Elle laissa Sara découvrir son corps, effacer les blessures qu’elle avait laissées quelques heures plus tôt. Puis, toujours dans les bras l’une de l’autre, elle s’arrêtèrent quelques instant alors que Sara rejoignait Catherine sur le canapé.

 

- Tu es là seule qui aurait pu me trouver, Catherine… Tu es là seule que j'attendais.

 

Catherine passa sensuellement sa main sur le ventre de Sara et posa sa tête sur son épaule, attentive pourtant à chacun des mots de sa partenaire.

 

- Si personne n’est jamais venu dans cet appartement, c’est peut-être que je souhaitais que toi seule y aies un jour accès… Que tu en trouves le chemin. Malgré moi. Je n’avais peut-être pas peur, je ne me protégeais pas vraiment… Je t’attendais… Je gardais mes distances avec tout le monde mais peut-être parce qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule personne… Seulement il m’a fallu du temps pour te reconnaître et peut-être… Peut-être que je me suis cachée pour être sûre… Que tu étais bien là pour moi, que tu étais bien cette personne à qui je pouvais ouvrir la porte... On a joué à cache-cache… Avec des règles un peu plus compliquées… Je suis partie dans désert pour t’oublier et devenir quelqu’un d’autre et je ne me suis pas rendu compte que ce n’était qu’un nouveau moyen de t’appeler à venir enfin me rejoindre... Peut-être que j'étais enfin prête mais que je ne le savais pas encore... Je t'ai appelée plusieurs fois au milieu de mon délire dans le désert... Comment est-ce que j'aurais pu deviner que tu m'avais entendue ?

 

Sara resta silencieuse une seconde, pensive, avant de demander.

 

- Est-ce qu’on contrôle jamais quoi que ce soit Catherine ?

 

- Est-ce que tu as vraiment besoin d’une réponse ?

 

Catherine remonta sa main le long de la cuisse de Sara d’une façon qui ne laissait aucun doute sur ses intentions et s’empara de sa bouche.

 

Enfin...

Enfin...

  

Newton partit définitivement s’installer sur le lit, ces deux là s’avéraient décidément trop agitées à son goût. Il ne pouvait pas savoir que son nouvel havre de tranquillité n’allait pas tarder à se trouver envahi.

 

FIN

 

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