Salut tout le monde, j’espère que la rentrée n’a pas été trop dure, et que cette année vous avez des profs sympas ou un nouveau patron pas trop con ! Si ce n’est pas le cas, pas grave, le site d’Alex est là pour nous remonter le moral ! C’est toujours génial de retrouver Catherine et Sara après une dure journée !!!

Voici donc ma nouvelle FF, j’espère qu’elle vous plaira, comme toujours Catherine Willows et Sara Sidle ne m’appartient pas (j’ai pourtant bossé tout l’été pour ça…mais mon pauvre PEL n’a pas suffit !) aucun profit n’a été tiré de cette histoire !

Merci à Alexielle pour son temps, ses idées... et ses conseils :o)

Vos commentaires sont les bienvenus sur : caracsi@hotmail.fr  

 

 

Le secret de Sara…

 

Par Cara

 

 

San Francisco 1993

 

Allongée à plat ventre dans l’herbe, le menton calé dans ses paumes Sara scrutait la ligne d’horizon… Regardant passer les avions dans le superbe ciel bleu que lui offrait l’été…

 

Plus tard, oui plus tard, moi aussi je partirai… Songea-t-elle.

 

« Ca t’arrive de penser à retourner chez toi ? »  La question de Jullian la fit sursauter. La solitude était devenue à tel point une habitude chez Sara, qu’elle avait oublié la présence du jeune mexicain à ses côtés.

 

« Retourner là d’où je viens ?  Jamais ! » rétorqua-t-elle presque sauvagement.

 

Consciente de la haine qui transparaissait dans sa voix, Sara se mordit la lèvre. Exprimer sa hargne, son dégout, c’était sortir de son personnage, laisser tomber le masque impassible qu’elle portait comme une seconde peau depuis si longtemps. Or, si à seize ans, elle survivait dans la rue depuis presque un an, il n’y avait pas de mystère : elle avait appris à ne jamais rien montrer d’elle-même ! Ni peur, ni désespoir, ni joie, ni colère. Rien !

 

Personne ne connaissait la véritable Sara Sidle et c’était très bien comme ça !

 

« Sérieux ? Tu n’y penses jamais ? » insista Jullian.

 

Sérieux, Jullian l’était lui. Un peu trop même ! Sara lui jeta un regard en coin. Avec ses épaules déjà larges et sa voix grave, il devait être plus âgé qu’elle. Au moins dix neuf ans, estima t’elle. Elle aurait pu lui poser la question directement mais les adolescents qui vivaient dans la rue ne disaient jamais leur âge, ou s’ils le donnaient ils mentaient pour la gloire !  Ca marchait comme ça dans les rues de San Francisco et Sara le savait très bien, puisque lorsqu’on l’interrogeait sur le sien, l’ado répondait qu’elle avait vingt ans ! Personne ne la croyait naturellement, de toute façon personne ne croyait personne dans la rue, une règle majeure que les nouveaux venus intégraient généralement à leurs dépens, souvent en se faisant dépouiller.

 

Mais Jullian n’était pas comme ça, il n’était pas comme les autres. Il n’avait pas le réflexe de se protéger. La preuve, c’est qu’il essayait toujours de nouer de vrais dialogues avec Sara, et ça depuis des jours !

 

« Tu ne te dis jamais que si tu retournais chez toi ce serait peut être différent de l’idée que tu t’en fais ? Si ça se trouve, ils seraient tellement heureux de te revoir, de te prendre dans leurs bras que… »

 

« NON ! » Roulant sur le côté Sara le fusilla du regard. « Arrête de rêver à Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! Arrête avec ça, ces conneries, Rio, tu as compris ? Tous ces contes de fées bidons ne sont faits que pour les filles à papa ! »

 

Sara avait une théorie au sujet de Jullian, qui depuis un mois, dormait dans le parc à quelques mètres de son endroit favori. Elle était prête à parier qu’il ne tiendrait pas le coup dans la rue tout seul, sauf s’il s’endurcissait rapidement, bien sûr. Mais tel qu’il était maintenant, elle ne lui donnait pas la moindre chance de survie. Pas si elle n’était pas là pour l’aider…

 

Ice… froide et distante comme la glace, Ice…tel était le surnom que ceux de la rue avaient attribué à Sara, et elle n’en aurait pas voulu d’un autre ! Tout le monde ici la connaissait sous ce nom là : Ice ! Sara Sidle n’existait pas, elle était morte !

 

Jullian regardait toujours Sara du coin de l’œil : « Je suis sûr que d’avoir une maison ce n’est pas si affreux ! »

 

« Non, d’ailleurs quand j’y repense Rio, je me dis que ce n’est pas aussi affreux que dans mon souvenir » marmonna Sara en fronçant les sourcils.

 

« Ah tu vois ! »

 

« Pas aussi affreux non…C’est pire… pire que ça ! »

 

Jullian rabattit ses genoux sous sa poitrine et garda le silence.

 

Sara admira du coin de l’œil les muscles fins de son avant bras. Si elle avait été du genre à rêver, elle aurait fait le vœu de prendre un peu de forme… à seize ans elle était aussi plate qu’une planche à pain ! Elle aurait bien voulu dire deux mots à tous les adultes qui lui avaient prédit qu’elle allait bientôt se former. Rien ne semblait indiquer pour le moment que son corps allait se transformer… et dans dix ans, elle en serait sans doute encore au même point ! Autrement dire qu’il était inutile d’espérer qu’un garçon comme Jullian s’intéresse un jour à elle.

 

En règle générale Sara ne se plaignait pourtant pas de ses problèmes d’apparence, bien au contraire, depuis son arrivée à San Francisco, elle avait compris que c’était un plus pour elle. Car dans la rue les filles pas trop jolies s’en sortaient plutôt mieux que les autres. Sara en avait connu certaines qui avaient fini dans des réseaux de prostitution ou pire, violées et laissées pour mortes dans le fond d’une ruelle. A ce moment là Sara s’était trouvée plutôt chanceuse d’avoir encore un corps de petite fille qui n’attirait pas l’attention.  

 

Du moins jusqu’à sa récente rencontre avec Jullian, alias Rio…

 

Roulant de nouveau sur le ventre, Sara recommença à observer le paysage. De l’autre côté de la rue la porte d’une belle maison s’ouvrit et une fille sortit sur le perron : la vingtaine, blonde, élancée ; une vraie princesse.

 

Sara prit soin de garder une expression impassible, même ses paupières demeuraient immobiles. Inutile d’attirer l’attention de Jullian sur son intérêt morbide pour les allées et venues des gens « normaux ». La fille blonde dévala les marches du perron et se dirigea vers l’angle de la rue, les épaules rejetées en arrière, ses longs cheveux flottant au vent. Son jean était aussi délavé que celui de Sara, mais elle avait dû le payer soixante dix dollars dans un magasin de marque, avec la carte de crédit de papa. Alors que Sara avait dégoté le sien pour un dollar dans un dépôt de l’armée du salut.

 

Sara haïssait la fille aux cheveux d’or. Elle ne la connaissait pas, elle ne connaissait ni son nom, ni son prénom, ni son âge, mais tout son être la haïssait ! « Et toi Rio ? » demanda t’elle pour oublier qu’il existait des gens au monde à qui la vie ne refusait rien. « Tu as envie de rentrer des fois ? »

 

« Rentrer où ? Je n’ai plus d’endroit où aller »

 

« Tu as perdu toute ta famille ? »

 

Jullian se mit à jouer avec les lacets effilochés des ses vieilles baskets. « Ce n’est pas ça …il y a eu un incendie… »

 

« Ta maison a pris feu ? Ils sont tous mort, toute ta famille ? » demanda Sara en se redressant.

 

« Non, personne n’est mort… »

 

« Alors s’ils sont vivants ils doivent bien habiter quelque part ? Rien ne t’empêche d’aller les rejoindre, je t’aiderai à les retrouver si tu veux ! »

 

« Non, non Ice… » Jullian garda le silence un long moment.

 

« Alors Rio tu as perdu ta langue ou quoi ? Pourquoi ne rentres tu pas chez toi ? »

 

« Ils…ils pensent que c’est moi qui est attiré le feu, parce que…parce que je suis gay ! Ils pensent que le diable m’habite…» dit il en faisant la moue.

 

Sara hocha la tête, elle connaissait bien ce phénomène. Etre celui ou celle que l’on montre systématiquement du doigt dès que les choses tournent mal. Elle avait eu le même problème toute sa vie, surtout le jour où sa mère avait fini en prison laissant mari et enfants derrière elle.

 

La grande brune maigrichonne ne pu s’empêcher de sourire, formée ou non, finalement, ça n’aurait pas changé le regard de Jullian sur elle.

 

« Est-ce que c’est vrai cette histoire ? Pas que tu sois possédé, je veux dire ! C’est toi… C’est toi qui a mis le feu» lui demanda Sara après quelques minutes de silence.

 

Jullian la fixa un moment et lui sourit : « Raconte moi encore comment c’est là d’où tu viens » lui demanda alors Jullian sans se prononcer sur sa culpabilité dans l’incendie.

 

« Oh non, tu ne vas pas recommencer avec ça ! » soupira Sara. Elle détestait ces évocations de l’univers de son enfance et se demandait quel plaisir Jullian pouvait en retirer. Tout cela était si fade, si triste, si loin…

 

« S’il te plait Ice, juste une fois encore ! »

 

« Mais tu connais déjà tout ça par cœur »

 

« Ca ne fait rien je trouve ça excitant moi ! » s’exclama Jullian un sourire peint sur le visage.

 

Excitant ? Sara se mit à rire pour dissimuler le trouble que ce mot éveillait en elle.

 

« T’es trop toi ! » gloussa t’elle

 

« J’ai un cadeau pour toi, je te le donnerai si tu me parles encore une fois de la petite ville de Clarkson »

 

Le cœur de Sara fit un bond dans sa poitrine et elle se traita intérieurement de tous les noms.

 

« Un cadeau ? » demanda t’elle soupçonneuse.

 

Il tira de sa poche un objet enveloppé de papier aluminium.

 

« C’est quoi ce truc là ? »

 

« Ouvre tu verras bien… » lui dit Jullian

 

Sara ouvrit le petit paquet et y découvrit un pendentif vert en forme de cœur avec l’initiale C  peinte en couleur or.

 

« Ou as tu trouvé ça ? »  l’interrogea Sara en laissant ses doigts glisser sur le pendentif.

 

« Devant la maison là bas ! » lui indiqua Jullian en pointant la maison de la princesse. « Je suis désolé je n’ai pas trouvé de chaîne pour aller avec »  

 

« Ce n’est pas grave… » dit elle en farfouillant dans sa poche. Après quelques secondes elle en sortie une vieille cordellette usée, elle glissa le pendentif dessus et passa le tout à son coup. « Merci… » murmura Sara émue aux larmes. Jamais personne ne lui avait fait de cadeau, c’était la première fois ! Même si la solitude était devenue pour elle comme une seconde nature, elle ressentait parfois le besoin d’être aimée comme tout le monde. C’était une faiblesse ridicule mais elle ne pouvait rien y faire !  

 

« Amis ? » lui demanda Jullian.

 

La gorge nouée Sara se hâta de changer de sujet, avoir trouvé un ami comme Jullian la bouleversait. « Clarkson est un trou perdu, le désert ! Il ne s’y passe jamais rien. Si tu veux un hamburger, tu as une demi-heure de route à faire en voiture ! Tu as une espèce de café restaurant qui s’appelle ‘Chez Hank’ mais si tu veux rester en vie il vaut mieux éviter d’y aller ! Il a un tout petit salon de coiffure où toutes les commères de la ville se retrouvent ! Le seul endroit vraiment sympa c’était la bibliothèque du coin… »

 

Le cœur tenaillé par une pointe de nostalgie inattendue, Sara cueillit un brin d’herbe qu’elle glissa dans sa bouche.

 

« C’est un coin tellement isolé que tu ne peux y accéder que par une seule route, surplombée d’un pont, mais depuis le temps il a sûrement du s’écrouler. Si ça se trouve ces balourds sont coupés du monde depuis des mois, et ils sont retournés à l’état sauvage, remarque ça les changera pas beaucoup ! C’est le genre de petite ville où les gens se connaissent tous entre eux, se marient entre eux. On t’appelle toujours par ton prénom, et les vieux du coin se souviennent de tes grands parents et même de ton arrière petit cousin Billy que tu n’as jamais connu ! »  elle marqua une pause Julian toujours pendu à ses lèvres.

 

« Le grand rassemblement à Clarckson a lieu le dimanche après l’église. Là ils parlent de toi, de ta famille, tout se sait, tout le monde sait ce qui se passe mais personne ne fait rien, parce qu’à Clarkson les affaires de famille se règlent en famille…Tu es juste bon à alimenter les ragots rien de plus ! »

 

C’était ce qu’elle avait détesté le plus dans cette ville : le fait que tout le monde connaissait chaque détail de son existence, qu’il n’y avait pas moyen de faire un pas sans que la communauté entière soit au courant. Elle avait eu le sentiment d’étouffer, d’être prise dans les mâchoires d’un piège à loup qui la broyait encore et encore.

 

« Tu n’as vraiment pas l’intention de retourner là bas ? »

 

« Tu es sourd ou quoi ? Jamais ! »  Même si sa conviction était totale, Sara savait pourtant que son passé n’était pas tout à fait mort. Il existait encore un chaînon qui la retenait à Clarkson. Mais ce lien avec la ville de son enfance, elle préférait ne pas s’attarder dessus, pour le moment.  Cela ne servirait qu’à la ramener à sa propre impuissance. Et elle avait une priorité : Survivre et s’en sortir ! Ensuite peut être que…

 

D’un air rêveur Sara passa ses doigts sur son nouveau pendentif, elle tourna la tête et scruta de nouveau la maison en face d’elle, attendant le retour de sa princesse blonde à la vie si parfaite !

 

 

 

Près de San Francisco de nos jours…

 

Escalader une haute clôture de bois, posait moins de problèmes à seize ans qu’à trente deux, découvrit Sara en s’efforçant de retrouver les automatismes de son enfance. Parvenue au sommet, elle passa une jambe de l’autre côté et s’immobilisa un instant à cheval sur l’enceinte pour observer l’ancienne bibliothèque qui avait alimenté tous ses rêves de voyage. La vie était surprenante au fond. Dans son enfance, lorsqu’elle s’introduisait en douce ici elle pensait que ses conditions d’existence pouvaient difficilement devenir plus dures qu’elles ne l’étaient déjà. Mais la suite des événements lui avait donné tort. Les épreuves n’avaient fait que commencer au contraire : sa fugue, la rue, Harvard, Vegas… à cette pensée son cœur se serra.

 

En redécouvrant les lieux, Sara se sentit soudain aussi euphorique que lorsqu’elle entrait ici en fraude quinze ans plus tôt. Le plaisir était inattendu mais indéniable. Son cœur battait fort et ses joues brûlaient d’excitation. La jambe gauche suivit la droite et une fois de plus, elle se retrouva perchée au sommet du monde.

 

De retour… cette pensée contre-nature provoqua chez Sara une brève bouffée d’amertume. Réprimant un frisson Sara sauta dans le tapis d’herbes folles au pied de la clôture. Elle retrouva ses vieux reflexes et ses genoux ployèrent pour amortir le choc. Comme s’il y avait quinze minutes et non quinze ans qu’elle s’était faufilée pour la dernière fois ici dans la vieille bibliothèque de Clarkson Ville.

 

Pendant le long trajet de Vegas à Clarkson, Sara avait eu l’impression de vivre un drôle de rêve, comme si elle roulait en direction d’un but purement imaginaire qui n’existait plus que dans son souvenir. Comment admettre que Clarkson n’était plus qu’à quelques kilomètres. Elle avait toutes les peines du monde à croire que la petite ville allait vraiment apparaître au détour de la route lorsqu’elle aurait passé le pont au dessus de la rivière.

 

Pendant toutes ces années dans la rue, et même plus tard lorsqu’elle s’était échinée à terminer ses études à Harvard. Sara n’avait pas envisagé un seul instant qu’elle finirait par retourner dans sa ville natale… encore moins en compagnie de Catherine Willows.

 

Sara eu une pensée rapide pour sa passagère endormie, qu’elle avait laissé dans la voiture non loin de là… mais comment diable la petite blonde s’était retrouvée mêlée à tout ça ?  

 

 

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Quelque jours plus tôt à Vegas :

 

Il faisait chaud et lourd ce soir à Vegas, comme toujours pensa Sara en ouvrant une canette de Pepsi dans l’espoir de se rafraîchir un peu.

 

Nick, Warrick  et Catherine étaient assis sur le divan en face d’elle.

 

Sara les écoutait parler de leur week-end, racontant des anecdotes sur leur famille, leur enfant, ou leur chien. Face à cet univers si radicalement étranger au sien, Sara n’avait pu que se tenir à l’écart. Elle ne se serait pas sentie plus dépaysée si ses équipiers avaient vécu sur une autre planète. Car la cuirasse qu’elle s’était fabriquée au cours de ces années dans la rue n’était pas tombée comme par miracle lors de son entrée ici à Vegas. Toujours tendue, distante, sur le qui-vive, Sara avait gardé ses vieux réflexes d’autodéfense. Pas une seule fois en six ans à Vegas, elle n’avait autorisé quelqu’un, homme ou femme, à entrer dans son intimité.

 

Sara s’était contentée d’écouter, d’enregistrer et de sourire de temps en temps mais personne ne s’approchait vraiment d’elle ; Sara n’aspirait qu’à une chose poursuivre son existence solitaire et sans histoire.

 

« Et toi Sara, comment s’est passé ton week-end ? » lui demanda soudain Catherine dans un sourire.

 

La grande brune se pétrifia sur place… elle était toujours perdue, apeurée quand Catherine posait ses yeux bleus sur elle.

 

Elle aimait cette femme, du moins elle se sentait attirée par elle, Sara n’aurait pas juré que c’était de l’amour, puisqu’elle n’avait pas vraiment connu toutes ces choses. Mais elle aimait sentir Catherine près d’elle. Pourtant chaque fois que Catherine faisait un pas vers la jeune CSI, les vieux réflexes de Sara prenaient le dessus. Elle aurait voulu être plus proche de Catherine mais elle ne savait vraiment pas comment s’y prendre. Elle n’avait jamais eu d’amis, à part Jullian, mais avec lui tout était simple, alors qu’avec Catherine...

 

« Bien… j’ai passé un bon week-end rien de spécial ! » lui répondit la grande brune en s’agitant nerveusement sur sa chaise. Sara nota le regard troublé de Catherine et comprit qu’elle avait échoué une fois de plus à se comporter comme un être humain ordinaire.

 

« Bon ce n’est pas tout ça mais il serait temps de se mettre au travail ! » dit Nick en se levant, avant de s’étirer le haut du corps.

 

« Nick, Warrick un casse dans le centre ville pour vous » leur dit Catherine en leur tendant le dossier qu’elle avait sur les genoux. « Sara, labo ADN, j’ai besoin que tu fasses des prélèvements et que tu compares les ADN dans trois cas différents, Greg a déjà commencé ! »

 

« Je conduis… » hurla alors Warrick

 

« C’est pas juste, tu as déjà conduit la dernière fois, c’est mon tour… » se plaignit Nick.

 

« Hey c’est toi qui a eu le numéro de la serveuse la semaine dernière ! »

 

Nick et Warrick s’éloignèrent dans le couloir, en se chamaillant.

 

Sara n’avait toujours pas bougé, le regard posé sur Catherine.

 

« Quelque chose ne va pas ? » lui demanda la petite blonde en surprenant son regard sur elle.

 

« Non… non tout va très bien… » avait marmonné la jeune CSI.

 

« Parfait ! On se voit plus tard alors »  et sur ces mots Catherine avait quitté la pièce.

 

Sara soupira : «  Je suis vraiment une incurable asociale… » La grande brune pouvait déambuler, seule, la nuit dans les quartiers les plus malfamés de Vegas, sans éprouver l’ombre d’une crainte. Mais le simple fait de voir Catherine, ou de lui parler de choses un peu personnelles la terrifiait !

 

Elle finit rapidement sa canette avant de la jeter dans la corbeille. « Tu es un cas désespéré ma pauvre Sara… » marmonna t elle en se dirigeant vers le labo ADN.

 

 

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Cela faisait déjà plus de deux heures que Sara avait le nez collé au microscope, lorsqu‘une voix dans le haut parleur la demanda à l’accueil.  

 

« Vas-y, je vais finir ! » lui dit Greg en s’asseyant devant le microscope.

 

« Merci, tu es le meilleur Grego ! » lui lança t’elle dans un sourire.

 

« Ouais, ouais, c’est ça ! L’oublie surtout pas le jour où tu voudras te caser pour de bon »

 

Sara se contenta de lui adresser un clin d’œil entendu. La grande brune avait tout de suite accroché avec Greg, dès son arrivée à Vegas. Il lui rappelait un peu les gosses perdus des rues de San Francisco, Sara avait du tout de suite su comment le prendre, et lui parler.

 

Cela avait été un peu plus compliqué avec Nick et Warrick mais elle avait fini par nouer une relation franche et ouverte avec eux, basée sur la confiance et le respect de leur travail mutuel.   

 

Dès qu’elle avait franchi la porte du labo, elle avait retrouvé ses vieux mécanismes de défense. L’œil fixe, vigilant, elle s’était mise à classer les gens du labo par catégories : Dangereux – pas dangereux. Naïf – ou inaccessible. A éviter ou abordable. C’était son ancien mode d’emploi, celui de la rue, celui qui lui avait permis de rester en vie et de protéger son cœur.   

 

Et lorsqu’elle avait rencontré Catherine, tout son corps s’était crispé ! Une alarme s’était déclenchée en elle, rangeant la petite blonde dans la catégorie : Nocif à éviter à tout prix !

 

Pourtant malgré ses efforts Sara se sentait attirée par la CSI plus âgée, quelque chose de fascinant émaner de Catherine, quelque chose que Sara rêvait de posséder !

 

La grande brune était perdue dans ses pensées, et en arrivant à l’accueil elle ne reconnu pas immédiatement son visiteur.

 

Grand, brun, vêtu d’un riche costume trois pièces, le jeune homme lui souriait.

 

Sara marqua un arrêt avant de se précipiter dans ses bras : « Jullian ! Jullian c’est bien toi ? »

 

« Hey hey content de te voir aussi, mais lâche moi veux-tu tout le monde nous regarde, et tu vas froisser mon costume ! » dit il en refermant ses bras sur Sara.   

 

Jullian, tout comme Sara avait réussi dans la vie, il s’en était sorti grâce à Sara. Elle l’avait pris sous son aile durant l’année qu’il avait passé dans la rue, elle lui avait tout enseigné, comment se nourrir, comment trouver des vêtements, comment se procurer de l’argent ! S’il était encore en vie aujourd’hui c’était grâce à sa meilleure amie.

 

Lorsque Sara s’était décidée à reprendre l’école elle avait encouragé Jullian à faire de même, Sara avait fait Harvard, une bourse en poche, et Jullian était allé à la fac du coin, en cours du soir, il avait passé son examen du barreau et était devenu avocat.

 

Aujourd’hui il avait ouvert son propre cabinet à San Francisco. La ville à qui il devait tout, la ville à qui il devait Sara !

 

« Mais qu’est ce que tu fais là ? Je suis si heureuse de te voir, tu es magnifique ! Comment va Eric ? »

 

« Eric va bien, une vraie jeune mariée avant sa nuit de noce ! »

 

« Encore six mois et c’est le grand saut, pas trop nerveux ? Tu n’as pas le droit de te dégonfler, j’ai promis à Eric que tu ferais de lui un homme honnête, c’est mon rôle en tant que témoin ! »

 

« Je n’ai pas l’intention de me dégonfler, mais ce n’est pas ce qui m’amène, je suis ici pour affaire… je viens pour Harley… »

 

Le sourire que lui offrait Sara disparut immédiatement.

 

« Pas ici Rio ! »

 

« C’est important j’ai fait tout ce voyage pour ça ! Il faut que je t’en parle et tout de suite ! Tu n’as pas un bureau où nous pourrions être tranquilles »

 

Le bureau de Catherine… Sara était passée devant quelques secondes plus tôt, il était vide. Elle saisit Jullian par la manche et le tira jusqu’au grand bureau.

 

« Est-ce que… elle va bien ? » demanda Sara en refermant la porte derrière elle.

 

« Oui elle va bien »

 

Sara soupira …

 

« Mais son père est mort Sara, elle est seule au monde, elle n’a plus que toi ! »

 

« Ce vieux fils de pute de Del est mort, comment ? »

 

« Crise cardiaque »

 

Sara garda le silence un long moment.

 

« Mon cabinet a été désigné pour s’occuper de sa succession, il te laisse quelques dettes mais il ne parle pas de la petite. Tu vas avoir besoin d’un avocat c’est pour ça que je suis là… »

 

Sara demeura encore sans réaction, c’était comme si le ciel lui tombait sur la tête.

 

« Ice, elle a besoin de toi… »

 

« Ne m’appelle pas comme ça ! Ici, je suis Sara… Sara Sidle ! »

 

Jullian la dévisagea : « Sara, Ice ou qui que tu sois, cette gamine est seule au monde, merde, bouge toi, une fois dans ta vie prends tes responsabilités ! »

 

Sara le foudroya du regard : «  Tu n’as pas de leçon à me donner, Mr j’ai quitté ma famille parce que je suis gay ! J’ai toujours fais face, moi, toujours ! »  

 

« Alors va la chercher bordel, elle a 15 ans et pas de famille, tu es sa mère Sara, pour une fois agis comme tel ! »

 

« Je… je ne peux pas retourner là bas… » dit elle d’une voix étranglée.

 

«  Arrête de penser à toi, toute cette histoire date d’il y a seize ans, va à Clarkson et ramène là ici à Vegas ! »

 

Un bruit sous le bureau attira soudain l’attention de Sara, elle fit le tour et découvrit Catherine à genoux sur le sol. Elle sentit la colère monter en elle.

 

« A quoi tu joues ? Qu’est ce que tu fiches ici ? Ca t’amuse d’espionner les gens » hurla Sara.

 

« Je ne joue pas, je ramassais mon stylo, et puis je suis dans MON bureau je n’ai pas de compte à te rendre, c’est plutôt à moi de te demander ce que tu fiches ici ! »

 

« Je suis désolé c’est ma faute… » intervint Jullian.

 

Catherine posa un regard froid sur le nouvel arrivant, le grand brun se figea sur place, il aurait reconnu ce regard entre mille La princesse de San Francisco songea t-il. La princesse de l’été 93… Jamais il n’avait pu oublier le regard de la jeune fille à qui il avait dérobé le fameux pendentif vert que Sara chérissait tant, quinze ans plus tôt.

 

« Vous êtes… »

 

« Catherine Willows, la supérieure de Sara » lui dit elle sans bouger de place.

 

« Jullian Ramirez, un ami de Ic… un ami de Sara » reprit il.

 

« Enchantée… je vais vous laisse finir votre conversation, mais il ne va pas falloir que ça devienne une habitude, c’est un bureau ici, mon bureau, pas un confessionnal ! »

 

« Attends Cath… qu’as-tu… qu’as-tu entendu de notre conversation ? » lui demanda Sara espérant peut être que la petite blonde n’avait pas saisi le sens de leur discussion.

 

« Tout… » avoua Catherine « Et je suis d’accord avec ton ami Jullian, tu devrais aller chercher ta fille, si c’était Lindsay je n’hésiterai pas une seule seconde ! Cette petite a le droit d’avoir une famille, une vraie famille ! »

 

Catherine et Sara se fixèrent un instant, refusant l’une comme l’autre de détourner les yeux. Jullian était fasciné par cet échange silencieux. Il se demandait si Sara avait reconnu en Catherine, la jeune fille de San Francisco qu’elle n’avait jamais revue après ce fameux été passé dans le parc.  

 

Sara brisa le silence la première : « Si je décide d’y aller, je dis bien si… est-ce que tu viendrais avec moi Cath ? Je crois que j’aurai besoin des conseils d’une vraie maman. »

 

Voilà elle l’avait dit, en six ans pas une seule fois Sara n’avait abordé un seul sujet personnel, et là en moins de quinze minutes, Catherine avait appris qu’elle avait une fille, qu’elle était une mère pitoyable, et cerise sur le gâteau, à présent elle lui demandait son aide.

 

Elle venait de se jeter elle-même dans la gueule du loup, elle venait tout simplement d’offrir le pouvoir à Catherine, à compter de ce jour elle serait à sa merci…

 

La CSI plus âgée la fixa un moment comme si elle essayait de prendre la bonne décision…

 

« Si tu décides d’aller la chercher, j’irais avec toi ! » murmura Catherine avant de quitter son bureau.

 

D’un seul coup tout était devenu limpide aux yeux de Sara, elle avait une mission, une tache à accomplir… les souvenirs de la petite Harley étaient remontés en vrac à la surface. L’émotion l’avait faite trembler lorsqu’elle s’était rappelée la fillette de dix huit mois qui ne s’endormait jamais avant que sa maman lui ait chanté une chanson. Laisser cette enfant, son enfant derrière elle avait été un crève-cœur pour Sara, mais à présent la vie lui offrait une seconde chance. Et elle comptait bien la saisir.

 

Pourquoi Del, lui avait laissé ses dettes après toutes ces années, Sara n’aurait pas su le dire. Mais peu lui importait les motivations de cette vieille brute. Elle devait tout simplement se mettre en route pour aller chercher sa fille.

 

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Voilà comment Catherine s’était retrouvée mêlée à toute cette histoire. Pensa Sara. Tout ça à cause d'un stylo sous un bureau...

 

Elle qui avait prit la décision récemment d’être moins fermée aux autres, elle avait l’occasion parfaite pour s’entraîner, elle allait devoir affronter une jeune fille de 15 ans qu’elle connaissait à peine, et une Catherine Willows, qu’elle ne connaissait pas d’avantage…

 

Après une longue route, elles étaient enfin arrivées, Sara sortit de la voiture et un frisson la parcourut ! Depuis vingt minutes qu’elle était là, elle se sentait coupable et perdue, plus proche de la fille démunie de seize ans qu'elle était, que de l’adulte endurcie qu’elle croyait être devenue.

 

C’était le retour en force de toutes ses peurs oubliées qui avaient poussé Sara à fuir cet endroit en pleine nuit.

 

« Je me demande vraiment ce que je suis venue fabriquer ici » murmura t’elle. Personne assurément ne risquait de lui répondre. Mais elle savait bien au fond pour quelle raison elle effectuait ce ‘pèlerinage’, pour se donner du courage comme avant, lorsque cet endroit constituait son unique refuge. C’était le seul endroit où elle avait toujours trouvé à se distraire de sa tristesse lorsque la situation à la maison devenait intenable. Quand elle avait le cœur trop gros, Sara se glissait dehors par la porte donnant sur l’arrière, filait à travers bois, traversait la rivière et escaladait la clôture. Une fois dans la  vieille bibliothèque municipal, elle se pelotonnait dans l’obscurité et feuilletait des centaines de livres par nuit.

 

Rien n’avait changé ici, c’était comme si le temps s’était fixé. Un sentiment de peur envahit Sara, elle devait se calmer, dieu sait pourtant qu’il n’y avait plus personne à Clarkson dont elle ait à craindre les coups et les réprimandes. Qui se souviendrait encore d’elle ici ? Personne ! Harley encore moins que quiconque ! Elle n’était âgée que de dix huit mois quand Sara avait quitté la maison. La grande brune avait sûrement perdu toute réalité aux yeux de sa fille.  

 

Agée de tout juste quinze ans Harley vivait dans une famille d’accueil, avec d’autres enfants. Cette pensée avait le don de mettre Sara mal à l’aise. Trouverait-elle un moyen pour réparer les injustices infligées à cette enfant ? Saurait-elle procurer à Harley l’environnement familial stable dont elle avait toujours été privée ? Sara n’avait aucune certitude  à ce sujet. Elle savait qu’elle devait essayer, mais il lui arrivait de penser qu’il était sans doute déjà trop tard !

 

« Sara, Sara où es-tu ? »  La voix de Catherine la fit sursauter.

 

Rapidement la jeune femme escalada la palissade et se retrouva au pied de sa collègue.

 

« Je vois que tu t’amuses… » murmura la petite blonde en lui tendant la main pour l’aider à se relever. 

 

« On peut dire ça comme ça… » répliqua Sara en secouant son pantalon plein de poussière.

 

« Alors par quoi on commence ? »

 

« Je… je ne sais pas trop… »

 

« Je vois, et si tu me montrais la maison dans laquelle tu as grandi, ça serait un bon début ça »

 

« Si tu veux… » Sara n’était pas vraiment enthousiaste à l’idée mais elle ne voulait pas faire de vagues, sa mission était claire, raser les murs de cette ville, prendre sa fille et rentrer à Vegas !  Catherine savait qu’elle avait une fille et c’était bien suffisant, elle n’avait pas besoin d’apprendre le reste !

 

Les deux CSI remontèrent en voiture, et après quelques minutes Sara s’arrêta de nouveau.

 

« C’est ici… » La bicoque où elle avait grandi n’était presque plus qu’un souvenir désormais. Sara ne s’attendait pas à la trouver en bon état, mais elle avait sous estimé l’ampleur des dégâts. Les fondations et les murs étaient encore debout, mais les fenêtres avaient disparu et certains endroits de la maison étaient couverts de moisissure.

 

Catherine descendit de voiture, et la grande brune la suivit.

 

« C’est un coin tranquille… » dit Catherine en regardant autour d’elle.

 

« Un coin perdu tu veux dire ! Nos plus proches voisins étaient à quinze minutes de marche »

 

« C’est certain que ce n’est pas le tapage nocturne qui devait t’empêcher de dormir »

 

« Non c’est vrai, et puis de toute façon, le tapage provenait toujours de chez nous ! » lança Sara amère. C’était au sein de cette famille tapageuse, à peine tolérée par le voisinage que Sara avait vu le jour…

 

La petite blonde sentit alors un malaise s’emparer de Sara. Il était évident pour elle que sa jeune collègue n’avait pas de bons souvenirs ici.

 

« Si on allait voir à l’adresse que nous a donné Jullian avant notre départ… »

 

Catherine n’avait pas prononcé le nom de Harley, mais Sara avait tout de suite compris où voulait aller la CSI… La famille d’accueil de sa fille.  

 

Sara n’avait pas bougé d’un centimètre terrifiée à l’idée de revoir Harley après toutes ces années.

 

La petite blonde s’était approchée d’elle, et lui avait pris les clefs de la voiture des mains : « Tout va bien se passer… »

 

La jeune CSI avait posée sur elle un regard perdu, elle avait l’air aussi égarée qu’une biche prise en pleins phares.

 

« Ca va aller ma belle, tu peux me croire ! C’est la mère qui te parle, tout va bien se passer je te le promets »

 

Sara gloussa nerveusement : « Je crois que je viens de trouver notre premier point commun depuis six ans »

 

« Quoi ? » l’interrogea son ainée.

 

« Nous sommes deux mères, terrifiées à l’idée que nos filles nous rejettent »

 

Catherine lui sourit doucement, elle n’avait jamais caché ses problèmes avec Lindsay et elle comprenait très bien ce que voulait dire Sara.  

 

 

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Catherine et Sara se rendirent à l’adresse que leur avait indiqué Jullian. Catherine se gara dans une petite rue un peu plus loin de la maison où vivait Harley.

 

Elle attendit que Sara fasse un geste, quitte la voiture mais la grande brune ne bougea pas. Elle sortie alors la première de la voiture, et alla ouvrir la portière de Sara.

 

« Viens… »

 

La grande brune ne protesta pas et suivit sa collègue. Catherine l’a conduisit jusqu'à l’angle de la rue, elle avait bien compris que Sara n’était pas encore prête à parler à sa fille, mais que l’envie de la voir était présente.

 

Tout était calme dans la petite rue… Le premier signe de vie prit la forme d’une grosse Lexus qui recula dans l’allée, puis des enfants suivirent… le cœur de Sara fit un bond dans sa poitrine lorsque la première fillette dévala l’escalier du perron. Mais cette fillette blonde n’était pas celle qu’elle attendait...

 

« Elle va arriver… » Murmura Catherine navrée de n’avoir rien de plus réconfortant à dire à la grande brune près d’elle.

 

Deux autres déceptions suivirent pour Sara, puis elle plaqua la main sur sa bouche pour étouffer un cri de stupéfaction. Elle était là…Sans doute trop grande pour son âge, trop mince aussi, et pas encore formée comme l’avait été Sara à son âge ! Brune, les cheveux longs, le regard sombre et perdu, elle se tenait très droite et marchait comme une adulte, le dos raide, l’air sévère, elle donnait la main à un petit garçon d’environ six ans.

 

Sara aurait reconnu sa fille n’ importe où, Catherine ne s’y était pas trompée non plus, elle n’avait eu aucun mal à retrouver les traits de Sara, sur le visage de l’adolescente. Pour elle c’était comme regarder dans un miroir quinze ans plus tôt.  

 

« Harley… » Chuchota la jeune CSI étonnée de sentir les larmes jaillir sous ses paupières. Malgré les années, tout l’amour qu’avait ressenti Sara pour le bébé qu’elle avait bercé dans ses bras, était remonté en elle.  La grande brune resta là immobile regardant les enfants disparaître à l’angle de la rue.

 

Sara était sous le choc et Catherine pouvait très bien le comprendre. Le silence s’installa entre elles, la petite blonde ne bougea pas et n’adressa pas le moindre coup d’œil à sa collègue.

 

« Cath, je veux que tu t’en ailles d’ici… » Murmura alors Sara.

 

« Ok très bien,  comme tu voudras, je vais t’attendre dans la voiture ! »

 

« Non, ce n’est pas ce que je veux dire ! J’aimerais que tu partes de Clarkson, que tu quittes cette ville. »

 

« Sara, tu délires ou quoi ? Je suis venue ici avec toi, je n’ai pas de voiture pour rentrer et puis même si j’en avais eu il est hors de question que je te laisse seule ici ! »

 

« Je n’ai pas besoin de toi Catherine, c’était une erreur de te demander de venir ! » La férocité dans sa voix parut la surprendre autant que la petite blonde qui recula d’un pas. La mâchoire crispée, les poings fermés, elle prit une profonde inspiration, comme si elle luttait contre une violente crise de panique. « Tu…tu ne peux pas rester ici ! Tu ne vois pas que c’est impossible ! »

 

Catherine se rembrunit à son tour : « Non je ne vois pas que c’est impossible. Tout ce que je vois c’est que tu es morte de trouille d’affronter cette gamine ! Ce n’est pas en me chassant que ça changera les choses ! » Sa propre détermination à rester était au moins aussi farouche, que la volonté de Sara de la voir partir.

  

« Comment je vais faire Catherine, je … je ne peux pas c’est au dessus de mes forces ! Je ne peux pas lui offrir un foyer, pas moi, la fugueuse, la renégate, l’exilée qui l’ai abandonnée ! »

 

Si la petite blonde n’avait pas perçu la peur qui sous-tendait son attitude agressive, Catherine aurait piqué une belle colère. Mais elle la comprenait du moins jusqu’à un certain degré. Elle aussi avait connu ses moments de doute et d’appréhension après la naissance de Lindsay.

 

« Je… je ne peux pas faire ça Cath… »

 

« Tu peux et tu vas le faire Sidle ! Tu n’as pas le choix, elle a besoin d’une famille ! Elle a besoin de toi ! »

 

Sara fixa alors Catherine dans les yeux, l’air déterminé et sûr d’elle, qu’elle déchiffra dans son regard lui donna le courage d’y croire elle aussi. Elle ignorait encore comment elle allait s’y prendre pour se transformer en ‘vraie famille’ pour Harley, elle qui n’avait jamais connu que les coups durs et la débrouille. Mais si Catherine croyait en elle, elle trouverait un moyen.

 

« Si on essayait de se trouver un hôtel ? » lui murmura Catherine en retournent vers la voiture.

 

 

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Catherine et Sara avaient réussi à trouver un hôtel hors de la ville, rien de luxueux, mais la chambre qu’elles avaient prise avait au moins le mérite d’être propre et d’avoir deux lits.

 

Le voyage avait épuisé Sara, qui s’écroula sur son lit et s’endormit tout de suite.

 

Catherine resta un moment seule dans la chambre, puis décida d’aller faire un tour dans le centre ville, qui se trouvait à tout juste quinze minutes de marche.   

 

 

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Lorsque Sara s’éveilla elle chercha Catherine du regard… personne, la petite blonde n’était nulle part.

 

Peut être a t’elle décidé de rentrer finalement ? Pensa la CSI jusqu'à ce que son regard tombe sur le mot que Catherine lui avait laissé : « Partie faire un tour, te retrouve plus tard  Cath »

 

Sara soupira… puis elle jeta un rapide coup d’œil sur le réveil, il était presque 15 h…

 

La sortie des classes… une envie irrésistible poussa soudain Sara, il n’y avait qu’une seule école à Clarkson, Harley serait forment là bas !

 

Elle prit sa veste, les clefs de sa voiture et elle se mit en route.

 

Puisque Catherine n’était pas là autant mettre ce temps à profit ! 

 

 

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Sara gara la voiture et descendit…

 

Bien entendu, elle n’alla pas se planter directement devant l’école, mais un poste d’observation parfait s’offrait à elle de l’autre côté du jardin public.

 

La grande brune prit appui contre un tronc d’arbre et attendit…

 

La sonnerie retentit enfin, prise au dépourvu Sara sentit la tension nouer sa poitrine. Elle avait tellement peur de manquer Harley, qu’elle dû faire un effort surhumain pour ne pas s’avancer plus près de l’école.

 

Elle la distingua enfin parmi les grands, tenant deux jeunes enfants par la main. Elle ne riait pas, n’échangeait pas de plaisanteries avec ses camarades de classe. Sa frange était toujours en place et pas une mèche ne s’échappait de sa queue de cheval qui maintenait ses cheveux bruns soigneusement tirés en arrière. Comme si elle avait passé la journée entière sagement assise dans un coin. Sara avait le cœur brisé, de voir sa fille ainsi. Elle était passée par là, toujours seule, sans le moindre ami, un livre toujours à la main.

 

Sara était prête à intervenir quand une voix derrière son épaule la fit sursauter.

 

« Elle est vraiment très jolie, pas sûre d’elle, sérieuse et maladroite, elle te ressemble beaucoup au fond »

 

La grande brune n’eut pas besoin de se retourner pour savoir que Catherine se trouvait derrière elle, elle avait reconnu son parfum…

 

Elle sourit tristement en sentant ce doux parfum d’épice qui lui avait toujours fait tourner la tête ! Catherine l’avait toujours attirée, elle avait toujours hanté ses pensées… Plus d’une fois Sara avait cru perdre la raison obsédée par l’image de cette belle blonde.  

 

Oui Catherine l’obsédait, nuit et jour ! Et voilà que sa deuxième plus grosse obsession remontait à la surface au même moment… Sa fille Harley !

 

Elle ne pourrait jamais gérer tout ça en même temps ! Alors Sara avait décidé de donner priorité à sa fille ! 

 

Elle pensait qu’elle se sentirait plus optimiste et en confiance après avoir vu Harley mais elle avait le cœur encore lourd. Comment ne pas s’interroger sur le passé de sa fille ? Découvrirait elle un jour ce qui était arrivé dans la vie de Harley pour qu’elle soit devenue cette grande fille sage et grave, qui à quinze ans à peine semblait déjà irrémédiablement sortie de l’enfance ?

 

Si Sara était restée, Harley ne se serait peut être pas transformée en adulte avant l’âge. Elle aurait pu protéger sa fille, lui autoriser l’insouciance, les jeux, les rêveries qui font les enfances heureuses. A l’époque, lorsque Sara avait quitté la ville, elle avait cru que sa fuite était inévitable. Mais maintenant…

 

Stop !!! Ses regrets venaient trop tard, elle ne pouvait pas changer le passé. Tout ce qui comptait maintenant, c’était qu’elle soit de retour ! Avec un long retard peut être, mais elle était là, prête à reprendre le flambeau pour assurer l’éducation de sa fille. Pour commencer elle devait renoncer à son incognito. Le cœur de Sara se mit à battre la chamade lorsqu’elle songea à la dose de courage dont elle aurait besoin pour se présenter à Harley.

 

Elle essaya d’imaginer la scène, d’anticiper sa propre réaction au cas où Harley l’accueillerait sans enthousiasme ; ou avec hostilité qui sait ?

 

« Salut c’est moi… » dit-elle tout haut oubliant jusqu'à la présence de Catherine « Quoi ? Tu ne me reconnais pas ? Mais je suis Sara ! Tu sais bien… la mère qui t’a laissée en plan avec ton vaurien de père alors que tu étais encore trop petite pour te défendre ! »  Elle serra les poings sur son jean « Je parie que tu es drôlement ravie de me revoir hein chérie ? »

 

La main de Catherine sur son épaule la fit sursauter : « Arrête de te torturer en faisant ce genre de choses Sara…» lui dit elle d’une voix douce.

 

« Il faut que je lui parle Cath, il le faut mais… » La grande brune était au bord de l’hyperventilation.

 

« Zut, là doucement calme toi, respire à fond ! » lui dit Catherine en posant sa deuxième mains sur son épaule.

 

Sara respira doucement, et expira, cinq fois de suite.

 

« Ca va mieux ? »

 

Sara hocha la tête.

 

« Bien ! Tu sais, moi aussi j’ai eu du mal à parler à Lindsay après la mort de son père, mais un jour je me suis sentie prête et tout est tombé sous le sens ! Tu seras bientôt prête, crois moi, laisse toi encore un peu de temps… laisse lui encore un peu de temps ! » dit elle en fixant Harley qui remontait rapidement la rue, tenant toujours les deux petits par la main. « Allez viens on rentre à l’hôtel, tout ira mieux demain… » dit Catherine en glissant son bras autour des épaules de Sara.

 

 

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Auto-promue dès son arrivée ici à toujours seconder sa « mère » d’accueil avec les plus jeunes, Harley était un peu perdue ce soir. Thomas le plus jeune des enfants, allait déjà sur ses sept ans, et ils commençaient tous à être assez grands pour se prendre eux-mêmes en charge. Harley les avait bien éduqués. Ils pouvaient à présent tous porter leur cartable, revenir à pied de l’école sans être portés, et se brosser les dents sans qu’elle ait besoin de les houspiller pendant des heures. Autrement dit Harley était menacée de perdre toute utilité au sein de sa famille d’accueil.

 

Les White étaient une gentille famille, Alice et Tom s’occupaient bien des enfants qu’ils hébergeaient. Mais les places étaient limitées, Alice attend un heureux évènement pour dans quelques jours. Et Harley savait que le bébé aurait besoin d’une chambre…

 

« Harley je suis vraiment obligée de faire ma prière ce soir ? » la voix de Jenny la sortit de sa rêverie.

 

« Oui, Jen, et puis si ma mémoire est bonne tu as une dent qui bouge, alors c’est le moment de lui demander qu’il te la fasse tomber, pour avoir une jolie pièce ! »

 

Jenny hésita un moment songeuse : « Je pourrais pas plutôt lui demander un billet ? »

 

« Essaie toujours » lui dit Harley dans un haussement d’épaules.

 

« Bon d’accord » dit la fillette en tombant à genoux « Tu ne pries pas ce soir ? »

 

« Non…Pas ce soir… » 

 

Pour Harley, il était parfois difficile d’accepter sans jalousie que tous les souhaits de Jenny aient été exaucés jusqu’au dernier. Alors que les siens… Il fallait dire que les White avaient adopté Jenny de façon tout à fait officielle, de même qu’ils avaient entamé des démarches récemment pour que Thomas leur soit confié de façon définitive.

 

Harley n’en était pas revenue ! Pourquoi Thomas, le calamiteux, Thomas, le rebelle, qui commettait au moins une bêtise monumentale par jour, pourquoi l’avaient-ils choisi ?

 

Pour Jenny, elle pouvait très bien comprendre, la fillette était mignonne, une vraie poupée, avec de belles boucles blondes brillantes. La petite fille dont rêvent toutes les mères.

 

Mais lorsque les White avaient décidé d’adopter un vaurien comme Thomas, plutôt que de fixer leur choix sur elle ; Harley avait dû se rendre à l’évidence : personne ne l’avait jamais aimée et personne ne l’aimerait jamais !

 

Voilà pourquoi elle avait renoncé à prier le soir. Même Dieu s’était lassé d’entendre les plaintes de Harley Sidle.

 

Sidle…Sidle était un nom maudit dans la région, c’était d’ailleurs sûrement pour ça que les White ne voulaient pas d’elle dans leur famille, parce qu’elle avait le sang des Sidle dans les veines.

 

Son grand père avait été assassiné, par sa femme Laura. Sa grand-mère Laura était en prison, son oncle Jason était mort dans des conditions plus qu’étranges, et sa mère Sara, s’était enfuie en pleine nuit pour ne jamais revenir. Quant à son père, Del, il était mort voilà plusieurs semaines de cela.

 

Le cœur lourd, elle se glissa tristement dans son lit. Qu’adviendrait-il d’elle lorsque le bébé d’Alice et Tom serait là, que lui arriverait-il à elle la « Non adoptée »…

 

Harley ne trouvait aucune réponse… Sans famille, sans amis, elle n’avait de secours à attendre de personne… sauf peut être de la rue…

 

Partie II

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