Pour les avertissements voir les autres chapitres.

Bon, c’est la fin de cette magnifique fic. La fin d’une belle aventure. Je suis contente d’avoir pu la traduire pour les lecteurs et je remercies ceux qui ont pris le temps de m’écrire un petit message, c’était grandement apprécier. C’est donc aujourd’hui que ce finit cette petite épopée qu’était de traduire ma première fic, j’espères que vous vous êtes autant plu à la lire que moi à la traduire. Je vous dis alors à la prochaine dans une nouvelle aventure.

Maude .

Note du Webmaster : Merci Mali pour cette superbe traduction !!! Pour un premier essai c'était plus que concluent ! Je pense que tout le monde sera d'accord avec moi pour dire que tu as réalisée un travail de tians, d'autant qu'en plus je ne t'ai pas souvent ménager, ne serai ce qu'a commencer par le choix de la FF , elle n'était pas évidente à traduire mais tu as tenue le cap et tu as réussit à menait Cath et Sara à bon port ! Alors pour tout ça milles merci !!! Ce fut un réel plaisir de travaillai avec toi , et je n'ai plus qu'une hâte, recommencer.... :o)

 

 

Loin de toi…

Par  Sydneysmoms  / Traduite par Malicia

Partie 5

 

Sara n’était pas sûre de savoir comment elle avait pu passer au travers de ses heures de travail. Cela avait été une longue nuit. L’idée de devoir faire face à son frère l’avait distraite à un tel point qu’elle n’avait pas arrêté de faire des erreurs de manipulation ou à l’ordinateur pour avoir ses résultats d’analyse, elle avait du passer plusieurs heures à tout vérifier deux ou trois fois. Elle était heureuse que ce Lundi ait été une nuit tranquille, sans autre enquête. Elle ne pensait pas qu’elle aurait pu y mettre la concentration suffisante pour aller sur le terrain et récolter les preuves correctement. 

Elle ferait bientôt face à toutes les peurs qui la transperçaient, incarnées sous la forme de son frère. Il était tout ce qu’elle craignait devenir. Violente. Criminelle. Sans âme. Même si elle voulait croire qu’il allait honorer sa promesse et se confesser, d’une certaine façon, elle savait, au fond d’elle, que ce ne serait pas la seule chose dont ils parleraient. Son appréhension fut remplacé par l’exaltation de ce que Catherine et elle avaient échangé. Sara sentait qu’elle était sur le point de connaître la relation la plus prometteuse depuis celle qu’elle avait vécu avec Jo. La dichotomie de ce qu’elle ressentait était inhabituelle et effrayante. En ouvrant la nouvelle porte de son appartement, elle remarqua, sans vraiment y porter attention, qu’elle était beaucoup plus lourde que la dernière.

“Hey.”

Sara releva la tête et vit Jo assit sur le divan, la regardant. “Hey.” Sara laissa tomber ses clés et son téléphone sur le bureau et s’effondra sur le divan au côté de son amie. “Belle porte ”

“Et bien, la nouvelle que le gardien avait posée était pareil à l’ancienne, que l’on sait très facile à défoncer,” Dit Jo avec un sourire, se massant l’épaule. Alors, je suis allée en acheter une plus résistante. Est-ce que tu savais que le Home Depot est ouvert 24 heure sur 24 ?”

“Tout ici est ouvert 24h/24,” Dit Sara en riant.

“Je vais aussi aller voir pour un système de sécurité pour ton appartement.”

“Non.”

“Sara…”

“Non, Jo. Tu peux bien aimer vivre dans un coffre-fort, mais ce n’est pas pour moi,” Dit Sara, en se frictionnant les yeux péniblement.

“Je ne… d’accord.”

Elles restèrent assises en silence pendant un moment avant que Jo ne dise, “Tu as parlé à Catherine...”

“Ouais,” Dit Sara en souriant.

Jo haussa un sourcil. “Tu le prends bien. Je ne peux pas dire que je m’attendais à ce que tu le prennes en souriant.”

“Hein ?” Sara regarda son amie confuse avant de réaliser ce que Jo voulait dire. “Oh ! Enfin.... Ce n’est pas…hum.. ce dont nous avons parlé,” Finit Sara en se faisant vague pendant que ses joues rosissaient.

Un sourire prit place lentement sur le visage de Jo, observant son amie.“Oh, vraiment ?”

“Ouais,”Dit Sara, le rose de ses joues tournant au rouge.

Jo mit un bras autour de Sara et la rapprocha d’elle. “Je suis contente pour toi, Sara. Je ne suis pas sûre qu’elle te mérite, mais si elle te rend heureuse, je ne suis pas contre. Bien sûr, si elle te blesse, je vais devoir la tuer.”

“J’espère qu’on ne va pas en arriver là, mais merci.” Sara se relaxa dans les bras de sa plus vieille amie. Elle se noya dans le sentiment de sécurité que Jo lui apporta pendant quelques minutes avant de dire, “Je vais le voir ce soir.”

“C’est bien ce que je pensais. Tu es sûre ?”

“Aussi sûre que je puisses l’être.” Sara regarda son amie, rencontrant des yeux fatigués et un regard hanté.“Qu’est-ce qui c’est passé là-bas ?”

Jo soupira et détourna les yeux. “J’ai été très proche d’avoir ma cellule à moi à côté de la sienne...”

“Et ça veut dire ?”

“Je l’ai laissé jouer avec moi,” Dit Jo, en secouant la tête. “Il a dit des choses, Sara.”

“À propos de moi.”

“Non. À propos de nous.”

“Nous ? De quoi est-ce que tu parles ? Comment a-t-il pu...?”

“Il sait que nous étions ensemble. Il sait où nous vivions. Il sait même que nous avions une vue sur Charles River.”

“Comment peut-il savoir tout ça ?”

“Chérie, je pense qu’il t’a surveillé pendant toutes ces années.”

“Ça n’a aucun sens. Pourquoi aurait-il fait ça ?”

“Je ne sais pas, mais c’est la seule explication. Probablement pas tout le temps, mais il était définitivement à Boston. Il t’a sûrement observé pendant un bon moment quand tu étais à San Francisco. Et il t’observait à Vegas aussi. Il est en ville depuis un moment, il n’a sûrement pas été capable de résister.”

“Super,” Dit Sara en laissant tomber sa tête vers l’arrière. “Je ne peux pas croire ce qui est en train d’arriver. Je ne voulais plus me sentir comme ça.”

“Te sentir comme ça ? Parles-moi.”

“Il devait toujours être le dominant, tu sais. Il a toujours eu tout le pouvoir. J’avais toujours l’impression qu’il savait ce que je ne savais pas. Il était toujours...” Sara ferma les yeux, “...plus grand et plus fort. ” Sara réprima un frisson pendant que les mauvais souvenirs refaisaient surface.

Jo serra son amie encore plus près d’elle et déposa un baiser dans ses cheveux.

“Est-ce qu’il a dit pourquoi ?”

Jo s’attendait à la question, elle avait réfléchi sur la façon de répondre pendant des heures, mais elle ne savait toujours pas quoi dire à Sara. “Crois-moi, Sara, quelqu’un comme lui n’a pas besoin de raison,” Répondit-elle évasivement.

Sara s’éloigna de Jo et la regarda dans les yeux. “Mais il a dit quelque chose.” Sara pencha sa tête sur le côté et étudia la grande rousse.

Jo fut momentanément figée. Éric Sidle avait fait exactement la même chose dans la salle d’interrogation avant de lui demander pour Boston. Les similarité que Jo pouvait voir entre Sara et son frère étaient troublantes. Durant toutes ces années, Jo avait appris que la différence entre un dangereux criminel et des citoyens respectueux de la loi n’est pas aussi noire et blanche que le pensent beaucoup de personnes. Parfois, un seul incident ou une série de petits incidents était tout ce qui était nécessaire pour tourner une personne normal en un criminel. Qu’est-ce qui se serait passé si Sara avait été l’aînée et Éric le plus jeune ? Est-ce qu’elle serait assise ici avec Éric alors que Sara serait dans une cellule ?  Ou qu’est-ce qui se serait passé si un seul adulte dans la vie de Sara, un professeur ou un conducteur d’autobus, avait remarqué les contusions sur le jeune corps de Sara et avait fait un rapport ? De quel façon cela aurait changé la vie de son amie ?

“Dans sa tête,” Dit Jo lentement, “il te punissait.”

“Quoi ?” Murmura Sara.

“Sara, quand il est parti de la maison, il s’attendait à ce que tu restes seule avec tes parents pour encore neuf ans. Comme lui avant que tu sois née.”

“Mais ce n’est pas ce qui est arrivé,” Dit Sara dûment, en réalisant ce que disait Jo.

“Non, ce n’est pas ce qui est arrivé...”

“Et donc il a...Oh mon Dieu.” Sara se leva comme une balle et se dirigea vers la fenêtre. Elle sentit un lourd poids s’installer sur sa poitrine et sa respiration devint dure. “Oh mon Dieu.”

“Sara ?” Jo se précipita à ses côtés pendant que Sara s’était recroquevillée, les mains sur les genoux, essayant de reprendre son souffle. “Sara, mon coeur, tu dois te calmer.”

Sara s’étrangla en essayant de parler et elle commença à se sentir étourdie. “Je ne... Je ne peux pas respirer...”

“Tu es en train d’hyperventiler, Sara. Tu dois te calmer.” Jo attrapa Sara quand ses jambes ne la supportèrent plus et elles glissèrent toutes les deux sur le sol. “Doucement, doucement. Calmes-toi. Respires Sara. Lentement, ma belle. Inspires et expires.” Jo continua de parler doucement pendant que Sara recommençait à respirer normalement. “C’est ça. Tu en es capable. Doucement et lentement.”

Quand Sara eut repris le contrôle de sa respiration, elle s’assit maladroitement, Jo la tenant encore. “C’est ma faute. Tout ça, c’est ma faute.”

“Sara, arrêtes. Ce n’est pas ta faute. La seule personne responsable pour ça, c’est Éric. C’est lui qui a fait toutes ces choses, pas toi.”

“Mais s’il...”

“Il a choisi la première chose qui lui est venue pour expliquer ce qu’il a fait. Ça n’a aucun rapport avec toi. Pas vraiment. Il aurait trouvé une autre raison au hasard s’il ne t’avait pas choisi. Ce n’est pas ta faute.”

“Comment peux-tu dire ça ?”

“Je le dis parce que c’est la vérité. Tu n’as rien fait de mal. Tu t’es sorti de cet enfer, Sara. Tu l’as fait par toi-même. Il aurait pu faire la même chose. Mais il ne l’a pas fait. Les choix qu’il a fait sont les siens. Ses motifs sont sa seule création de malade. Tout ça, c’est sa responsabilité. Seulement la sienne. ”

“Je ne sais pas si je peux le faire,” Dit Sara en se battant pour se redresser.

“Tu n’as pas à faire ce que tu ne veux pas faire. Mais rappelles-toi une chose, Sara. Il y a beaucoup de personnes qui te soutienne.”

“J’ai peur.”

“Je sais,”Dit Jo en serrant Sara contre elle.

“Tu vas être là ?”

“Toujours.”


 

Catherine entra dans la sale de repos avec l’intention de se servir une tasse de café. Elle n’avait pas vraiment besoin de caféine. Elle cherchait simplement quelque chose pour l’occuper. Éric Sidle serait dans le bâtiment  d’ici quelques minutes et, quelques minutes plus tard, Sara serait seule dans la petite pièce avec lui. Quand elle attrapa la poignée du pot de café, elle vit qu’il était toujours en train de se remplir.

“Merde !”

“Je sais. Moi aussi, j’attends.”

Catherine se tourna en direction de la voix et vit Jo assit sur le divan, un tasse vide à la main.

“Hey. Où est Sara ?”

“Dans le labo Audio/Vidéo.”

“Dans le labo Audio/Vidéo ? Qu’est-ce qu’elle fait ?”

Jo secoua la tête et soupira. “Elle se torture.”

Cela avait été une longue journée pour Jo et Sara. Après l’avoir finalement convaincue de dormir un peu, Sara avait été secouer par les pires cauchemars auxquels Jo avait pu assister. Sara se réveillait en sueur froide, criant, incapable de se débarrasser complètement de l’univers horrible de son cauchemar. Tout ce que Jo avait pu faire s’était la tenir dans ses bras et essayer de la rassurer et de la ramener à un certain niveau de confort et de sécurité, aussi inutile que cela avait été.

“Qu’est-ce vous voulez dire?” Demanda une Catherine alarmée.

“Elle voulait les voir.”

Le front de Catherine se plissa en pleine confusion jusqu’à ce qu’elle réalise ce que voulait dire Jo. “Les photos ?”

“Ouais.”

“Pourquoi ?”

“Elle m’a demandé s’il avait dit pourquoi il avait fait ça.”

“Et vous lui avez dit ?” Demanda Catherine, incrédule.

“Je ne voulais pas lui cacher la vérité. Elle avait besoin de savoir tout ce qu’il y a à savoir avant de le voir,” Répliqua Jo, échauffée.

“Bon dieu, Jo.”

“Quoi ? Vous vouliez que ce soit lui qui lui dise?”

“Bien sûr que non. J’ai...”

“Bien, ça ne sonne pas comme un bonne coopération inter agence à mes oreilles.”

Catherine et Jo se tournèrent vers le nouvel arrivant.

 Jo se leva en douceur et se dirigea vers la machine à café, qui avait maintenant finit de remplir le pot. “Seulement un désaccord amical, Monsieur Ecklie, mais merci d’y porter attention.”

“Si Mademoiselle Willows n’est pas coopérative, je peux lui retirer l’affaire,” Dit Ecklie en regardant Catherine.

Quand Catherine ouvrit la bouche pour sortir une réponse sans aucun doute acerbe et près de l’insubordination, Jo dit, “Ce ne sera pas nécessaire. Le travail de Catherine et de son équipe a été exemplaire et inestimable. Le LVPD peut s’attendre à une lettre formel de remerciement et de reconnaissance du Bureau.”

“J’aimerais connaître les développements de l’enquête,”Dit Ecklie avec un sourire hypocrite.

“Les choses avancent bien. En fait, nous allons commencer un autre interrogatoire dans quelques minutes, alors si vous voulez bien nous excuser…”

“Je voudrais y assister.”

Jo observa Ecklie un moment avant de dire. “J’ai bien peur que ce ne soit pas possible. La politique du Bureau est très clair par rapport à la présence du personnel non-nécessaire pendant les questionnements,” Dit-elle en souriant.

“Je m’occupe de ce labo, Agent Foster. Il serait difficile dire que je suis non-nécessaire,” Répondit Ecklie.

“Et je m’occupe de cette enquête, Monsieur Ecklie. Alors autant que j’apprécies votre préoccupation et admires votre enthousiasme, je pense que nous sommes capable de nous débrouiller sans vous.”

Ecklie regarda Jo avec mépris et sortit de la salle.

“Trouduc’”

Catherine ne put empêcher un petit rire de s’échapper. “Vous savez, avec cet accent du Sud, un ‘Va te faire foutre’ sonne presque poli.”

 


 

Sara s’assit dans le labo avec la porte close. Sur le large écran en face d’elle, il y avait des images de petites filles de 14 ans. Elles souriaient toutes à la caméra, les photos avaient été prises à un moment où leur enfance était encore heureuse et insouciante. Un moment avant qu’Éric les ait choisi pour mettre en œuvre sa vengeance. En regardant les photos de ses filles qui avaient été les victimes de son frère, Sara fut secouée par la ressemblance qu’elles avaient avec les photographies qu’elle avait encore d’elle plus jeune. Une autre vague de culpabilité la frappa. Même si, logiquement, elle savait que ce que Jo avait dit plus tôt était vrai—qu’elle n’avait aucun contrôle sur ce qui était arrivé—son sens des responsabilité la rendait coupable instinctivement.

Sara était tellement concentrée sur les visages innocents sur l’écran qu’elle n’entendit pas la porte s’ouvrir derrière elle. Quand des bras vinrent entourés son cou dans un molle étreinte, Sara sursauta, et elle bougea pour se dégager, jusqu’au moment où elle reconnut l’odeur de Catherine. Elle se détendit automatiquement sur sa chaise.

 “Qu’est-ce que tu fais ici, Sara ?”

Les yeux de Sara n’avait pas encore quitté l’écran quand elle répondit avec un rire noire. “Je regarde ma vie passée devant mes yeux.”

Catherine était silencieuse en regardant les photos des victimes d’Éric Sidle. Maintenant qu’elle savait pourquoi ces filles avaient été choisies, il était facile de voir Sara dans chaque photo. Elle se retrouva encore en train de se demander à quoi ressemblait Sara quand elle était jeune. Tristement, elle réalisa que Sara ne devait que rarement sourire comparé à ces filles. Elle avait du être trop préoccupé, trop désabusé pour avoir cet aura si enfantin qu’elles exhibaient.

“Elles ne sont pas toi, Sara !”

“Elles le sont maintenant... Elles ne seront plus jamais les mêmes. Elles ne seront plus jamais aussi heureuses, aussi innocentes.”

Catherine était perturbée par le ton distant dans la voix de Sara.  “Elles peuvent être heureuse, Sara. Cela va prendre plus de temps, plus de soin, mais elles peuvent être heureuses. Elles le méritent.” ‘Tu le mérites,’ ajouta t-elle silencieusement.

Sara se levant sans prendre en compte ce que Catherine avait dit. “Est-ce que c’est l’heure ?”

Catherine observa Sara soigneusement en disant, “Brass va arrivé ici avec lui bientôt.”

“Alors nous devrions y aller.”

“Sara, attends.” Catherine attrapa la main de Sara quand elle s’apprêtait à sortir de la salle. “J’ai besoin de savoir comment tu vas avec tout ce qui se passe.”  Catherine tenait encore la main froide de Sara dans la sienne.

“Je vais bien.”

“Je pense que tu es très loin d’être bien.”

Catherine regarda Sara qui restait silencieuse, fixant le plancher. “Le Sphinx,” Dit la rousse avec un petit sourire en traçant les veines visibles sur les mains de Sara.

“Quoi ?”

“Il y a quelques jours, pendant que je parlais à Grissom,” Dit Catherine toujours en regardant Sara. “Il a dit que si je voulais savoir quoi que ce soit à propos de toi, de ton passé, que je devrais te le demander. Je lui ai dit que tu étais comme le Sphinx.”

Catherine vit Sara se concentrer sur un détail. Une ombre était apparue dans son visage quand elle se défit de l’emprise de la main de Catherine et traversa la salle pour aller à son opposé. “Je vois.”

Catherine fut confuse quand elle vit Sara se refermer sur elle-même, comme si elle voulait se protéger. “Qu’est-ce que tu vois ?”

“Je vois ce que tu veux dire.” Sara leva des yeux insondablement tristes sur Catherine. “À propos du Sphinx.”

“Attends un instant. Qu’est-ce qui vient de se passer ?” Dit Catherine en se rapprochant de Sara. Elle essaya de prendre la main de Sara encore une fois, mais celle-ci s’éloigna. “Qu’est-ce que je voulais dire d’après toi ?”

Sara prit soin d’éviter le regard de Catherine en répondant, “Le Sphinx. Je veux dire, c’est le symbole grec pour la mort, la destruction et la malchance, non ? Alors, tu sais… je peux voir ce que tu veux dire par là...”

Les yeux de Catherine s’agrandirent en état de choc en entendant sa réponse. “Sara…”

“Non. C’est okay. Je comprends. Vraiment. Ça ne me dérange pas,” Marmonna Sara en faisant son chemin vers la porte.

“ARRÊTE !”

Sara se figea sur place, incapable de désobéir à l’ordre.

“Regardes-moi.”

Comme Sara ne répondait en aucune sorte, Catherine répéta sa demande avec plus de force. “Regardes-moi, Sara.” Quand les yeux  plein de peur de Sara rencontrèrent les siens, Catherine s’approcha de la jeune femme et prit son visage entre ses doigts. “Je t’ai comparé au Sphinx parce que tu es belle et mystérieuse. Tu te tiens là, attendant silencieusement que quelqu’un est le courage de regarder plus loin que la surface et découvre toutes ces choses fascinantes qui te rendent unique. Tu irradies une force qui a protégé ton cœur des choses indisables et inimaginables qui te sont arrivées. Tu as survécu. Tu es forte et brave.” Catherine s’arrêta. “Et je t’aime...”

“Tu quoi ?”

“Je t’aime, Sara.” Catherine retint fermement le visage de Sara quand elle commença à trembler et que sa tête commença à faire un mouvement de gauche à droite. “Oui ! Je t’aime. Et rien de ça,” Dit Catherine en faisant un geste vers les photos à l’écran, “ou rien de ce qui va se passer avec ton frère dans cette salle, ne va changer le fait que je t’aime !”

Sara regarda Catherine, les larmes aux yeux et demanda, “Pourquoi ?”

Catherine amena le visage de Sara près du sien et l’embrassa, espérant lui communiquer tout l’amour qu’elle ressentait. Quand le baiser prit fin, Catherine resta front à front avec Sara et dit, “C’est comme ça. Tu vas devoir t’y faire.”

Même si Sara avait eu l’intention de répliquer, elle aurait été interrompu par quelqu’un qui frappait légèrement à la porte. Elles se retournèrent toutes les deux pour voir Jo se tenant dans le cadre de la porte.“C’est l’heure...”

 


 

Sara regardait de la salle d’observation son frère se faire mener dans la salle d’interrogatoire puis se faire menotter à la chaise et à la table. Ses pensées se tournaient vers le passé. Des souvenirs de son enfance, avant et après qu’Éric ait quitté la maison familiale, tourbillonnaient dans sa tête pendant qu’elle essayait de se préparer à la confrontation qui l’attendait. Elle avait du mal à se concentrer sur autre chose que son estomac qui se retournait. Elle baissa les yeux vers ses mains, souhaitant qu’elles arrêtent de trembler, quand une main chaleureuse vint lui en prendre une entre les siennes, lui apportant un confort et une chaleur qu’elle n’était pas capable de se procurer. Quasiment au même moment, un bras entoura sa taille, la stabilisant pour ce qui allait venir.

“Tu peux toujours changer d’idée.”

Sara se tourna pour regarder Catherine, “Non, je ne peux pas.”

“Tu vas t’en sortir, Sara. Tu peux le faire.”

 Sara ferma les yeux quand la voix de Jo atteint ses oreilles. Entourée par les deux seules femmes qu’elle avait jamais aimé, Sara sentit toute la vérité des dires de Jo. Elle se laissa baigner dans la force de ses deux magnifiques personnes. Deux personnes qui serait là, la réconfortant et la supportant, longtemps après que le dernier membre de sa famille ne se soit évaporé. Après tant d’années à chercher quelque chose pour se définir, elle savait qu’à ce moment exact, ses recherches étaient terminées. Dans cette pièce, elle avait tout ce dont elle avait besoin.

Prenant une grande respiration, Sara ouvrit les yeux, voyant encore une fois le dos de la tête de son frère à travers le miroir . Il était seul maintenant. Le policier était parti et attendait de l’autre côté de la porte. Sara laissa ses pensées prendre toute sorte de chemins pour un moment, avant de sortir un rire noir et de dire, “Je suis dans tes souliers...”

Catherine regarda Sara ne comprenant pas ce que cela voulait dire, “Quoi ?”

“Pendant l’affaire Waters, tu as dit si j’étais dans tes souliers, je ferais la même chose. Je suppose que tu avais raison,” Dit Sara avec un petit sourire.

“Bien sûr que j’avais raison.” Catherine serra la main de Sara et lui retourna son sourire. “Tu es prête ?”

“Ouais.”

“Nous restons ici, Carré, d’accord ?”

Sara acquiesça. “Ça devrait aller.” Elle allait ouvrir la porte quand elle s’arrêta et se retourna. Elle marcha jusqu’à Catherine et l’embrassa. Amenant ses lèvres à son oreille, elle murmura, “Je t’aime moi aussi.”

Catherine put seulement sourire pendant que Sara se retournait et quittait la pièce. 

 


 

Éric Sidle leva le regard quand la porte s’ouvrit. Un sourire froid prit place sur son visage quand il vit Sara entrer. En regardant le miroir derrière lui, elle pouvait sentir la présence des deux femmes qui écouteraient et regarderaient ce qui se passerait dans la salle. Elle prit une grande respiration et regarda dans les yeux de son frère.

“Hey, Sara.”

“Éric.”

“Quoi ? Pas de sourire pour ton grand frère, Sara? Nous savons tous les deux que c’est la deuxième chose où tu excelles avec ta bouche.”

Les yeux de Sara lancèrent un regard furtif au miroir encore une fois, avant de dire, “C’est de ça qu’on va parler ?”

“Quoi ? Tu ne veux pas te rappeler du bon vieux temps? ”

“Ce n’était pas du bon temps.”

“Ce l’était pour moi.”

“Qu’est-ce que tu veux, Éric ?”

“Seulement une petite discussion avec la sœur que je viens de retrouver.”

“Pourquoi ?”

“ Vingt-cinq ans, c’est long. Quoi de neuf ?”

Sara le regardait en restant silencieuse.

“Pas envie de papoter ? En y repensant, tu as toujours été aussi silencieuse qu’une souris.” Sidle fit une pause pour l’effet, avant de se pencher vers elle avec un regard concupiscent et de dire, “Enfin, pas toujours.”

 “Qu’est-ce que tu veux ?”

“C’est plutôt à propos de ce que tu veux, toi, non ? Un rapport détaillé de mes nombreux et variés crimes.”

“Variés? J’ai plutôt eu l’impression que tu étais routinier.”

“Bien, on fait avec ce qu’on a.”

“Combien ?”

“Combien de fille ?”

“Oui.”

“C’est dure à dire. Je les confonds toutes avec le temps.”

“Je suppose que vingt-cinq ans à prendre en proie des enfants innocents, c’est dur sur la mémoire.”

“Vingt.”

“Quoi ?”

“Vingt ans. Pas vingt-cinq. J’ai commencé quand je suis revenu à San Francisco.”

“Où es-tu allé ?”

“Plusieurs endroits. Mexique. Texas. Floride.”

“Tu étais libre. Tu avais réussi à t’échapper. Pourquoi es-tu revenu ?”

“Je voulais voir comment tu te débrouillais sans moi. Mais quand je suis revenu, tu étais partie. Tout le monde était parti. Même la maison n’était plus là. Ils étaient en train de construire quelque chose d’autre. Tu étais sensée être encore là, Sara.”

“Alors, qu’est-ce que tu as fait ?”

“J’ai posé des questions. Découvert ce qui c’était passé. J’ai commencé à te chercher. Je n’ai pas pu te trouver.”

“Pourquoi me chercher ?”

“Parce que je voulais savoir.”

“Savoir quoi ?”

“Allez, Sara. Tu étais là. Tu dois me dire ce qui est arrivé. N’omets aucun détail.”

“Non.”

“Dis moi ce qui est arrivé cette nuit là...”

“Non.”

“Oui. C’était quelque chose dont nous avions parlé. Rêvé. Nous avions même fait des plans pour le faire nous-même, si je me souviens bien. Et tu étais assise au premier rang. Tu as tout vu.”

“Je ne vais pas en parler.”

“Tu me le dois bien.”

“Je ne te dois foutument rien !”


 

Catherine regardait la scène avec un nœud à l’estomac. Quand elle entendit un soupir venant de la femme à ses côtés, elle se tourna vers elle et demanda, “De quoi parlent-ils ?”

Jo étudia Catherine quelques secondes avant de secouer la tête et de retourner son attention vers la fenêtre.

Catherine n’était pas sûre de si cela voulait dire qu’elle ne savait pas, ou qu’elle n’allait pas le lui dire. D’une manière ou d’une autre, elle savait qu’elle n’aurait pas la réponse.

 


 

“Tu me dois neuf ans. Tu étais sensée être encore là, Sara,” Répéta Sidle. “Où étais-tu ?”

“J’étais dans le système. Je me suis beaucoup promené. Quelques mois ici, quelques mois là-bas. Personne ne pouvait vraiment me supporter longtemps. J’étais trop dérangée.”

Sidle acquiesça. “Est-ce que les choses étaient meilleures ?”

Sara haussa les épaules. “Je suppose. Ils ont tous essayé, mais je ne pouvais pas supporter que quelqu’un me touche, ou même me frôle. Entre ça et les cauchemars, je causais trop de problèmes. ”

“Je te cherchais depuis six mois, quand je t’ai vu. Tu t’amusais toute seule dans un de ces carrousel. Tu avais l’air si heureuse. J’étais en colère. Tu n’avais aucun droit d’être heureuse. Alors j’ai attendu. J’ai observé. Et aussitôt que la femme qui te surveillait a été distraite, je t’ai prise et je t’ai amené à la voiture. Tu étais si effrayé que tu ne pouvais pas bouger.” Sidle ferma les yeux et sourit au souvenir.“Tu étais comme je m’en rappelais. Même mieux. Tu étais toujours douce où il fallait, mais tu commençais à devenir femme, à avoir plus à donner. J’étais sur le point d’en finir, je me suis penché pour murmurer à ton oreille et j’ai réalisé que tu ne sentais pas pareil. Tu as toujours senti bon, Sara—tu sentais le savon fruité que Laura te faisait utilisé. Cette fille sentait la sueur et la peur. C’est à ce moment que j’ai compris que ce n’était pas toi.  Alors, j’ai pensé à la tuer. J’ai essayé, mais je n’ai pas pu le faire. J’avais mes mains autour de son petit cou et j’ai commencé à serrer. Mais, quand je l’ai regardé, je pouvais encore te voir et je n’ai pas pu le faire. Je l’ai amené à la maison, ou plutôt où la maison était avant, et je l’ai laissé là. J’ai pensé que les hommes de construction la trouveraient quand ils arriveraient pour travailler.”

Sara s’étrangla en voulait faire fonctionner ses cordes vocales. “C’était la première...”

“Ouais. J’ai quitté la ville après ça. Mais n’importe la distance, tu étais toujours là. Sur un terrain de jeu, plus heureuse que ça, tu meurs. J’ai toujours pensé, ‘Cette fois, je vais effacer ce petit sourire de son visage et faire justice’. Mais tu ne sentais jamais bon.” Il rit et dit, “Tu sais, je suis même aller à ces endroit pour filles—Victoria’s Secret, Crabtree et Evelyn—pour trouver ce savon, pour les faire sentir bon. Mais je ne me suis jamais rappelé comment il s’appelait. Les vendeuses pensaient que j’étais attentionné. Essayant si fort de trouver la bonne chose pour ma petite amie. Elles ont toutes dit à quel point tu étais chanceuse, de m’avoir.”

“Combien de filles, Éric ?”

“Je ne sais pas. Quarante ? En incluant celle que tu connais déjà. Tu aurais du rester où j’aurais pu te trouver, Sara.”

“Tu m’as trouvé. Tu étais à Boston, non ?”

Sidle acquiesça.“Tu avais l’air si différente. Tu avais l’air forte, toute en chair et en os, pas aussi douce que je me le rappelais. Mais je t’ai quand même observé. Toi et cette pute. Je t’ai même suivi quand elle t’a ramené à la maison pour rencontrer Maman et Papa. J’étais sur le point d’aller te chercher, mais elle ne te laissait jamais seule. Je suppose qu’elle voulait être sûre que tu ne te donnes pas à quelqu’un d’autre. Je me suis fatigué d’attendre, alors je suis parti. Je savais que j’allais te trouver dans la prochaine ville, de toute façon.”

“Laura et Matt seraient fiers.”

“Je me fous de ce qu’ils auraient pensé.”

“Tu n’as jamais dit que des mensonges. Tout ce dont tu parlais, c’était de foutre le camp de là-bas et de faire quelque chose de ta vie. Tu te rappelles ? Tu allais devenir policier ou pompier. Maintenant, qu’est-ce que tu fais ? Tu voyages à travers le pays en laissant des victimes sur ton passage. Blessant des enfants.”

“Quelqu’un devait reprendre la tradition familiale.”

“Celle où il faut mourir avant l’âge ou celle où tu passes par la case prison ?”

 “Sainte Combattante des Petits et Grands Crimes. Aidant le pauvre et l’innocent. Est-ce que cela te fait sentir mieux par rapport à ce que tu es ? Cachée derrière tes tubes à essais, espérant que personne ne va vraiment te regarder et remarquer que tu ne vaux rien. Toi, petite pute pleine de principes. Tu es assise là en pensant que tu es mieux que moi. Mieux qu’eux. Mais, encore une fois, ça a toujours été comme ça, n’est-ce pas ? Tu as toujours cru que tu étais meilleure que les autres, quand tu ne l’étais pas. Bien sûr, avant tu te cachais derrière tes foutus bouquins. Comme s’ils allaient t’aider.”

“Ils m’ont aidé.”

“Ouais, ils t’ont aidé à te faire mettre la fessée. Chaque fois qu’ils avaient le dos tourné, tu lisais ces merdes, quand tu savais parfaitement ce qu’ils allaient faire. Tu aurais pu tout faire arrêter. Tu ne voulais pas.”

“Ils n’auraient jamais arrêté. Pourquoi m’en serais-je privée ? J’aurais pu brûler toutes les feuilles de papier que j’avais, il n’y aurait pas eu la moindre différence. Ils auraient trouvé quelque chose d’autre, comme ils ont fait avec toi. Ils ne voulaient pas que tu joues de la musique, alors tu as abandonné. Mais ils trouvaient toujours quelque chose d’autre.”

“Au moins, j’ai toujours accepté ce que je méritais. Mais toi, tu essayais toujours de sauver ta peau. Qu’est-ce que tu as fait quand je suis parti ? Quand tu n’as plus eu personne à accuser ? Je m’attendais à ce que tu te sentes comme je me suis senti, pour aussi longtemps que moi. Mais tu t’es même sorti de ça.”

“J’en ai bavé. Spécialement quand tu es parti. La différence c’est que je ne me suis pas mise à leur ressembler.”

“Je n’avais pas le choix. Pas plus que toi. De l’instant où nous sommes nés, nous n’avons pas eu le choix. Leurs sangs coulent à travers nos veines. Tu ne l’as simplement pas encore accepté !”  

 


 

Dans la salle d’observation, les deux femmes étaient concentrées sur la scène qui se déroulait devant leurs yeux.

Catherine pouvait sentir son estomac se retourner en écoutant cet homme essayé de détruire Sara. Ses références claires à des actes sexuels du passé faisaient que Catherine voulait entrer dans la pièce, prendre Éric Sidle par la gorge et la serrer pour lui enlever la vie à mains nues, comme il avait essayé de faire à cette fille.

Jo observa Éric pendant qu’il mettait le doigt sur toutes les insécurités que Sara avait. Aussi forte que Sara prétendait être, c’était une âme fragile. Jo était inquiète du chemin que la conversation prenait et elle espérait que son amie pourrait y survivre.

Chacune de leur côté, les deux femmes pensaient la même chose.

‘Ne l’écoute pas Sara.’


 

“Je lui ressembles.”

“Je sais.”

“Et tu lui ressembles à elle.”

Sara ne répondit pas. Elle regardait son reflet sur le miroir pardessus son épaule. Éric Sidle tourna sa chaise, autant que ses menottes lui permettaient, pour partager le miroir avec sa sœur.

“Nous sommes comme eux.”

“Non,”Dit Sara en secouant la tête et détournant les yeux du miroir.

“Oui. Tu le ressens parfois. Je sais que c’est vrai. Je peux le voir dans tes yeux. C’est toujours là. Ce réservoir de colère au fond de ton estomac. Tu essaies autant que possible qu’il ne déborde pas, que toute ta rage reste où elle est, mais elle continue à grossir et s’étendre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place où aller autre que la sortie. Alors tu la laisses aller, parce que si tu ne le fais pas, tu vas t’y noyer, et que Dieu vienne en aide à celui qui sera dans les parages, parce qu’il pourrait ne pas y survivre. C’est ce monstre dont tu ne peux pas te débarrasser. Il est là, il devient plus fort, attendant le bon moment pour sortir de nouveau.”

 Pendant que Sara écoutait, elle pensait au nombre de fois dans sa vie où elle avait perdu le contrôle. Ce n’était pas physique habituellement, mais ses tirades étaient légendaires. Elle pensait à toutes ces engueulades avec Catherine quand c’était tout ce qu’elle pouvait faire pour se contrôler.

“Nous ne sommes pas normaux, Sara. Nous ne devons pas nous tenir près des gens. Ce n’est pas sécuritaire. Nous allons toujours finir par les blesser, d’une façon ou d’une autre.”

“Comme tu as blessé ces filles...”

“Oui. Parce qu’au moment où tu lui donnes un peu de liberté—à cette bête—la sensation est incroyable. Comme si c’était la façon dont les choses devraient être. Tout va bien. Quand j’avais ces filles dans la voiture et que je regardais dans leurs yeux, je ne voyais pas mon reflet. Je voyais le sien. Je voyais l’homme qui a fait ce que je suis. Ils nous ont fait, Sara. Tu sais ça. À chaque fois où tu te regardes dans un miroir, tu le sais. Tout comme moi.”

“Non. Je ne l’accepte pas. Je suis ce que j’ai fait de moi.”

“Tu peux te mentir autant que tu veux Sara, mais pas à moi. Je suis le seul qui puisse comprendre. J’étais là. Je sais tout de ce qui est arrivé. Même les choses dont tu n’as parlé à personne. Même pas à cette rousse sexy. Elle pense probablement que tu lui as tout dit, mais nous savons tous les deux que tu ne l’as pas fait. Le plus humiliant, tu l’as gardé pour toi. Comme je l’ai fait ! ”

Sara jeta un regard coupable vers le miroir, admettant la justesse des mots de son frère.

“Je suis la seule personne qui peut comprendre, parce qu’au plus profond de toi, tu es comme moi. Nous n’avons que l’un et l’autre maintenant.”

“Je ne suis pas comme toi. Quand je suis partie de là-bas, j’ai décidé de faire quelque chose de ma vie. J’ai des personnes qui se soucient de moi.”

“Tu penses qu’aller à Harvard et que te faire cette pute te fait différente de moi. Tu penses que parce qu’ils t’ont laissé entrer dans leur maison veut dire que tu étais plus qu’une poupée gonflable pour elle ? Je vois que tu n’es plus sur cette balançoire sur le porche, alors elle s’est visiblement désintéressé de ton petit derrière et t’a retourné d’où tu venais. Jamais une personne comme elle ne va rester avec toi, Sara.”

“Ce n’était pas comme ça.”

“Bien sûr que ça l’était. Et c’est toujours comme ça que cela va se passer ! Combien de temps, penses-tu, avant que celle-là aussi fasse la même chose ? Spécialement maintenant qu’elle sait, je veux dire, qu’elle sait vraiment, qu’après tout, tu n’es pas si jeune et innocente que cela. Quel est son nom déjà ? Catherine ?”

“Ne parle pas d’elle !”

Sidle rit. “Elle agissait comme Maman Ours hier. C’était presque touchant. ‘Je vais m’assurer que tu ne t’approches plus jamais d’elle’ ou une merde de ce genre. Et tout de même, nous voilà. Elle ne peut pas te protéger de toi-même. Et elle ne pourra pas se protéger de toi !...”

“Ferme-la.”

“Mais, tu sais, je dois dire, et je parles en tant que grand frère maintenant, je pense qu’elle est un peu trop vieille pour toi ! Mais c'est vrai que tu as toujours eu un petit quelque chose pour les femmes plus vieilles. Cela n’avait pas l’air de trop te déranger quand Laura invitait des amies à la maison , pour qu’elle puisse regarder...”

Sara se poussa loin de la table et marcha jusqu’à l’autre bout de la pièce. “Ferme ta FOUTU gueule !”

“Est-ce que tu penses qu’elle va être capable de te toucher maintenant, sans penser à moi, à cette rousse et toutes celles qui sont passées par là avant elle ? Que crois-tu qu’elle pense maintenant ? Derrière ce miroir ! Peut-être qu’elle n’y est même plus ? Elle doit être en train de se faire un plan de fuite. Pour partir aussi loin que possible de ta petite tête de dérangé.”       

“On a terminé,” Dit Sara, n’ayant besoin de rien d’autre que de sortir de cette pièce.

“Quel est le problème Sara ? La vérité te blesse?”

“Tu ne sais rien de moi,” Dit Sara en faisant son chemin vers la porte.

“Elle est jolie, tu sais !”

Sara s’arrêta en face du miroir et ferma les yeux. Même si elle ne pourrait pas supporter d’entendre un autre mot à propos de Catherine, elle ne put s’empêcher de demander : “Qui ?”

 “Ta jeune amie. Lindsey. C’est bien son nom ? Elle est belle. J’ai l’impression qu’elle aime beaucoup ce planétarium. Je l’apprécies, moi aussi. Je veux dire, il fait si noir là-bas, tout peut arriver. Bien sûr, elle n’est pas à mon goût, mais je connais quelques personnes qui l’adoreraient...”

Sara ouvrit les yeux et regarda au travers du miroir, sachant que Catherine était de l’autre côté.

“Tu étais là,” Dit Sara sans se retourner.

“Tu es gentille avec elle. Les films. Ce petit Café. Elle a l’air d’une bonne petite fille. Ce serait une honte que quelque chose lui arrive...”

Sara sentit quelque chose au fond de ses tripes. Imaginant qu’elle pouvait voir les deux femmes de l’autre côté du miroir, elle leva sa main et la posa sur la glace en leur envoyant un sourire, s’excusant en silence. Elle prit une grande respiration et laissa tomber sa main sur la chaise la plus proche. Délibérément, elle amena la chaise à la porte et l’y plaça de façon à ce que la porte ne s’ouvre pas. Alors, elle se tourna lentement pour faire face à son frère. 

 


 

Catherine était prête à arrêter l’échange d’elle-même. Elle avait besoin d’aller chercher Sara pour la rassurer, de n’importe quelle façon qui lui montrerait que son frère avait tort—le passé de Sara ne changeait rien entre elles deux. Au grand soulagement de Catherine, Sara s’apprêtait à quitter la salle d’interrogation. Son soulagement fut de courte durée lorsqu’elle entendit le nom de sa fille.

Catherine s’arrêta et écouta les menaces que Éric Sidle proférait.  “Ce fils de pute,” Dit Catherine en se dirigeant vers la porte.

“Catherine, attendez !”

“Foutez-moi la paix, Jo. Ce tas de merde est en train de menacer ma fille.”

Le mouvement de la main de Sara ramena leur attention à la fenêtre. Au même instant, Catherine et Jo furent saisies par le regard de Sara à travers la vitre. L’expression affichée sur le visage de Sara était aussi indéfinissable que troublante. Un petit sourire ornait son visage avant qu’elle ne se tourne. Elles regardèrent Sara tirée une chaise et bloquée la seule entrée possible.

Quand Sara se tourna pour faire face à son frère, Jo murmura, “Sara, qu’est-ce que tu es en train de faire ?”

 


 

Sara commença calmement, et presque dépourvue d’émotions, à parler. “C’était un lundi.” Sara rit avant de continuer, “Je m’en rappelles parce que j’essayais le plus possible de ne pas faire de gaffes. Tu vois, j’espérais que, si j’étais assez gentille, ils me laisseraient me coucher un peu plus tard pour que je puisses regardai Magnum, Détective Privé. J’adorais cette série.”Sara rit encore et passa une main sur son front. “Je pense que c’était parce que tout paraissait si beau là-bas. À Hawaii. L’eau, la végétation. Et en plus, c’était toujours les gentils qui l’emportaient.

Nous étions en train de manger. J’étais attachée à ma chaise, comme ils le faisaient quand tu étais là, tu sais. Il lui a parlé de cette femme au boulot. Il voulait l’amener à la maison la soirée suivante. Laura lui a dit que je ne sortais pas de l’école avant 16h00 et que je ne serais pas prête pour les ‘invités’ avant 17h00. Mais ce n’était pas ce qu’il voulait cette fois-là. Il ne voulait pas de maman ni de moi dans la maison, il voulait se la faire seule. Mais, comme tu le sais, ce n’est pas comme ça que cela marchait entre eux. Soit ils couchaient avec quelqu’un d’autre ensemble ou ils regardaient quelqu’un me toucher et, parfois, ils participaient. Mais ils n’ont jamais ramené une personne pour être seul avec elle.”

Sara marcha et accota une hanche sur le coin de la table. “Elle était furieuse. Elle a dit que ce serait de la triche et que s’il allait la tromper, ce ne serait pas dans sa maison—dans son lit. Il lui a dit que c’était SA maison et qu’il pourrait se faire qui il voudrait, quand il le voudrait. Elle l’a frappé. Il a perdu le contrôle. Il l’a prit par les bras, l’a poussé sur la table et il se l’aie faite. Tout le temps que ça a duré, il a répété, ‘C’est ma maison, putin. Je peux faire tout ce que je veux’ et elle est restée là à me fixer comme si je devais faire quelque chose. Qu’est-ce que j’étais sensé faire ? Quand il en a fini, il lui a dit d’aller se nettoyer et, après, il m’a détaché et m’a amené dans leur chambre.”

Sara ferma les yeux en y repensant et dit,“ Il était par dessus moi depuis un bon moment, quand, tout d’un coup, il a arrêté de bouger.” Ouvrant les yeux, Sara continua, “Je l’ai regardé  et ses yeux étaient grand ouverts. Il avait l’air… je ne sais pas, confus, je crois. Et puis, j’ai vu le bout d’un couteau qui transperçait sa gorge. Il avait du endommager sa moelle épinière parce qu’il n’a même pas bougé. J’ai essayé de me dégager, mais il était trop lourd, je n’y arrivais pas. Elle a continué de le poignarder encore et encore aussi fort qu’elle le pouvait. J’en ai perdu le compte. Elle le poignardait si fort que la lame passait au travers de son corps.”

Sara se redressa et leva son chandail un peu pour révéler un petit cicatrice de 2 pouce de long sur son ventre. Elle la traça avec le bout de ses doigts et dit, “C’est comme ça que je me suis fait ça. Et puis elle l’a poussé, il n’était plus sur moi—plus à l’intérieur de moi..., elle lui a coupé les testicules et les a mit sur la table de chevet. Il y avait du sang partout. Sur les murs. Sur le lit. Partout sur elle. Partout sur moi. Elle est partie et je me suis recroquevillée dans un coin. Quand elle est revenu, elle avait une éponge et une bouteille d’eau de Javel. Elle m’a dit de nettoyer le bordel et elle est allée prendre une douche.”

Sara glissa sa main dans la poche de son pantalon, marcha et resta debout à côté de lui. Elle tourna légèrement la chaise d’Éric pour qu’il lui fasse face. En sortant un objet de sa poche qu’elle avait toujours avec elle, Sara se pencha, fixant son frère dans les yeux, et exposa la lame de son couteau de poche. “Il était beaucoup plus gros que celui-là. Elle l’avait pris dans la cuisine.” Sara passa lentement la lame émoussée sur la joue de son frère jusqu’à son cou. “J’ai pris l’éponge et l’eau de Javel et j’ai commencé à nettoyer le sang. Je n’avais pas de gants, alors l’eau de Javel brûlait mes mains, mais je continuais quand même de nettoyer. Je voulais finir avant qu’elle ne sorte de la douche, mais j’ai entendu quelqu’un forcé la porte d’entrée et la police était là. Une voisine avait entendu quelqu’un crier et avait appelé la centrale de police. Plus tard, j’ai présumé que c’était moi qu’elle avait entendu, bien que je ne me rappelles pas avoir fait un son.” 

Éric Sidle soutint le regard de sa sœur pendant que la lame descendait le long de son uniforme et vint reposer entre ses jambes.

“Tu as raison, Éric. Tu es comme lui.”

Des coups à la porte éloignèrent l’attention de Sara de son frère. Levant les yeux, elle vit le visage de Catherine et de Jo à la fenêtre. Jo la regardait avec des yeux tristes et secouait la tête. Catherine avait l’air beaucoup plus paniqué. Elle essayait d’ouvrir la porte, mais la chaise tenait bon. Sara regarda Catherine pendant qu’elle appuyait ses deux mains sur la vitre et que sa bouche formait un silencieux ‘Non, Sara.’ Le soucis et l’amour que Sara vit dans les yeux de Catherine étaient trop durs à supporter, alors elle ferma les yeux et laissa les larmes coulées.

Les quatre restèrent ainsi pendant quelques minutes, jusqu’à ce que Sara ouvre les yeux et se retourne vers son frère. Avec le couteau toujours pressé sur son entrejambe, elle regarda à l’intérieur de ses yeux terrifiés. Ce n’était plus les yeux qu’elle voyait dans ses cauchemars, mais ceux d’un petit garçon effrayé. Elle se rappelaient avoir vu ce regard trente ans plus tôt, avant que leurs parents ne les aient monté l’un contre l’autre, quand, pendant que les autres avaient tout ce qu’ils voulaient, eux, essayaient de survivre à cet ouragan de violence et de cruauté qui les entourait. Finalement, voyant le frère qu’elle avait aimé et non craint, Sara amoindrit la pression du couteau et, à travers ses larmes, elle dit, “Mais je ne suis pas comme elle...”

Envahie par une soudaine vague de fatigue, ses bras tombèrent le long de son corps. Le couteau tomba sur le plancher et elle se laissa tomber sur le plancher, adossée au mur. Elle ramena ses genoux contre elle, y déposa sa tête et pleura. Elle pleura pour elle, pour son frère et pour toutes ces filles qui avaient été entraîné dans les vingt années de rage d’Éric. Entendant un autre bruit dans la pièce, elle releva la tête et vit que des larmes coulaient aussi sur les joues d’Éric.

Quand sa respiration revint à la normale, elle se releva lentement et marcha vers la porte. Aussitôt qu’elle eût bouger la chaise et ouvert la porte, elle fut entourée par des bras. Les trois femmes restèrent dans une étreinte désespérée pendant plusieurs minutes avant que Sara ne retrouve sa voix et dise, “Je veux retourner chez moi.”

Les femmes mirent fin à l’étreinte et Jo dit, “Vous deux, allez-y. Je vais m’occuper du reste.” Après avoir reçu une réponse positive des deux femmes, elle tourna son attention vers Éric Sidle.

Catherine posa sa main sur la joue de Sara, essuya les larmes qui étaient tombées et dit, “Allez, sortons d’ici.”

Sara acquiesça, Catherine passa un bras autour de la taille de Sara et la guida hors du labo.

 


 

Le voyage jusqu’à l’appartement de Sara fut silencieux, chacune perdue dans leurs pensées. Quand Catherine se stationna devant le bon appartement, elle prit la main de Sara.

“Sara ? Nous sommes arrivées, chérie.”

Sara tourna la tête, regarda Catherine avec des yeux vitreux et distants et dit, “Okay. Merci.”

Catherine observa la main tremblante de Sara essayer d’ouvrir la portière avant de dire, “Calmes-toi, Sara. Je m’en occupes.” Elle sortit en vitesse pour faire le tour du véhicule et ouvrir la portière. Elle libéra Sara de sa ceinture de sécurité et aida la jeune femme à sortir de la voiture, troublée par le frisson qu’elle sentit sur la peau de Sara. Durant les derniers jours, Catherine avait appris que la température du corps de la brunette était plutôt basse, mais maintenant Sara était aussi froide que de la glace. Sa température combinée à son tremblement constant donnèrent des raisons à Catherine pour se soucier de sa santé. “Sara, nous devons monté les escaliers. Je pense que tu es en état de choc. Il faut que tu te réchauffes et que tu te mettes au lit,” Dit Catherine doucement en guidant Sara dans le bloc d'appartement.

En utilisant les clés de Sara pour ouvrir la porte, Catherine dit en la taquinant, “Belle porte.”

Sara regarda Catherine et la porte un instant avant que le brouillard où elle se baignait se dissipe un peu et qu’elle dise. “Jo.”

 Catherine acquiesça avec un sourire, heureuse que Sara ait, au moins, répondu cohéremment à sa remarque. Elle amena Sara à sa chambre et l’assit sur son lit. Elle fouilla dans les tiroirs de la jeune femme, cherchant quelque chose de chaud et confortable. Elle trouva un sweat-shirt et un pantalon de jogging qu’elle tendit à Sara. “Voilà.” Quand Sara ne fit aucun geste pour prendre le vêtement, Catherine plaça ses mains doucement au bas du chandail que Sara portait. En observant soigneusement Sara, elle commença à lui enlever.

Sara recouvrit sans conviction les mains de Catherine et secoua la tête.

Catherine plaça une de ses mains sur la joue de Sara. “Tout va bien, ma belle. Il faut que tu te changes pour dormir. Laisses-moi t’aider.”

Sara acquiesça pour accepter et Catherine l’aida à enlever son chandail et son pantalon. Pendant qu’elle déshabillait Sara, Catherine remarqua, avec une tristesse grandissante, qu’il n’y avait pas seulement la cicatrice venant du meurtre de son père, mais aussi presque une douzaine de cicatrices qui ressemblait à des brûlures couvrant son ventre. Ne voulant pas s’attarder sur la façon dont les marques étaient apparues, Catherine ferma les yeux, prit une grande respiration et couvrit le corps de Sara avec les habits qu’elle avait choisi.

Quelques parties du cerveau de Sara observait la réaction de Catherine en voyant ses cicatrices. Quand Catherine ferma les yeux, Sara ferma les siens aussi, sautant à la conclusion que les marques étaient trop horribles pour que Catherine les regarde. Quand Catherine se mit à défaire le lit pour que Sara puisse s’y coucher, elle entendit la voix triste de Sara.

“Tu n’as pas à faire ça. Rester, je veux dire. Je vais bien. Je vais aller mieux.”

Catherine observa Sara qui avait le regard rivé vers le plancher et qui massait inconsciemment son estomac. Couvrant la main de Sara avec la sienne, elle dit,“Je sais que je n’ai pas à le faire, Sara. Je te l’ai dit, je reste à tes côtés. Tu es prise avec moi, Et, bien sûr, cela veut dire que tu es aussi prise avec ma fille. Nous allons prendre soin de toi, que tu le veuilles ou non. Alors couches-toi et reposes-toi. Je vais être là quand tu vas te réveiller.”

Sara acquiesça mollement, se coucha et ferma les yeux. Elle tomba endormie avec la sensation d’une main qui caressait doucement ses cheveux.  

 


 

Le bruit de la porte d’entrée s’ouvrant sortit Catherine de sa somnolence. Un regard vers l’horloge lui dit qu’elle était là depuis quelques heures. Elle s’assura que Sara dormait toujours, se leva doucement et se dirigea vers le salon. Ne voyant personne, elle alla voir à la cuisine et trouva Jo assise à la table, fixant une bouteille de scotch, Catherine ouvrit des armoires jusqu’à ce qu’elle trouve où Sara gardait ses verres. En prenant deux, elle s’assit en face de Jo, ouvrit la bouteille et les remplit d’une généreuse quantité de liquide.

Catherine prit une longue gorgée et grimaça à la brûlure que le liquide laissa sur son passage, pendant que Jo fixait simplement le verre en face d’elle. Quand elle leva la tête pour regarder Catherine, elle dit, “Il ne m’a pas donné de noms, surtout parce qu’il ne les connaissait pas. Il m’a donné les emplacements et une période de temps pour vingt-huit autres filles. J’ai donné la liste à des agents. Ils vont la comparer avec des enquêtes non-résolues.”

“Est-ce que vous l’avez récompensé ?”

“Je lui ai seulement donné la garantie qu’il serait en confinement. Il va toujours avoir à faire une heure d’exercice à faire dans la cour tous les jours. Je ne m’attends pas à ce qu’il vive longtemps. Comment va-t-elle ?”

“Elle s’est endormie. Elle était en état de choc, alors je l’ai habillée chaudement et mise au lit. Elle dort depuis quelques heures maintenant.”

“Des cauchemards?”

“Quelques-uns. Elle ne s’est jamais vraiment réveillée. J’ai réussi à la calmer, je crois qu’elle dort profondément.”

Jo acquiesça. “Elle aime quand on lui caresse les cheveux.”

“Ouais, j’avais deviné,” Dit Catherine en souriant, se rappelant des sons inintelligibles que Sara s’était mise à murmurer quand elle avait caressé ses cheveux.

Catherine observa la main de Jo se glisser dans sa poche et en sortir le canif de Sara. Elle le déposa sur la table entre elles deux. “Elle m’a fait peur aujourd’hui.”

“Moi aussi. Mais, à la fin, elle a fait le seul choix qu’elle pouvait vraiment faire.”

“J’ai réussi à me procurer l’enregistrement vidéo. Officiellement, c’est une preuve, mais…” Jo ne continua pas.

“Qui vous l’a donné ?”

“Grissom. Une personne intéressante, même s’il est un peu… bizarre.”

Catherine rit et dit, “Ouais, c’est le moins qu’on puisse dire.”

“Il est seulement excentrique.” La voix roque fit sursautée les deux femmes.

“Bon dieu, Sara. Je t’ai déjà dit de ne pas faire ça. Tu vas me faire tomber dans les pommes, comme Maman dirait.” Jo se tourna vers son amie et sourit.

Sara s’approcha de la table et s’assit. Elle regarda le verre en face de Jo pendant un moment et puis tourna son regard vers son amie. Jo n’arrêta pas de fixer la table. Sara prit naturellement le verre des doigts de Jo et en prit une gorgée, le replaçant hors de la portée de Jo.

Catherine observa l’échange silencieux avec curiosité, mais décida de ne pas poser de questions. “Comment vas-tu, Sara ?”

“Je ne sais pas.”

Les trois femmes restèrent assises silencieusement jusqu’à ce qu’une sonnerie résonne. Jo regarda immédiatement sa montre et arrêta l’alarme. “Merde ! Je dois me rendre à l’aéroport.”

“Tu t’en vas ?” Demanda Sara.

“Non, non. Je restes ici encore quelques jours. Je dois aller chercher quelqu’un.”

“Qui ?”

Jo regarda Sara avec un sourire. “C’est une surprise.”

Sara soupira et laissa tomber sa tête sur la table. “Oh, non.”

“Hey ! Tu vas l’aimer. Je te le promets.”

Sara répondit par un grognement.

“Est-ce que je t’ai déjà surpris avec quelque chose qui t’a déplu ?”

Catherine observa avec un sourire Sara qui releva la tête et leva un sourcil en direction de Jo. Elle était autant amusée par le soudain et profond rougissement qui prit place sur le visage de la rousse.

“D’accord… ouais. Pas obligée de répondre.”

Catherine et Jo furent grandement soulagées en entendant Sara rire.

Quand la couleur de son visage revint à la normale, Jo se dirigea vers la porte en disant, “De toute manière, je serai de retour bientôt.”

Sara tendit sa main à son amie. “D’accord.”

Jo prit la main de Sara dans les siennes et s’accroupit , pressant son front contre celui de Sara. “Je t’aime.”

Sara sourit et ferma les yeux. “Je sais.” Elle ouvrit les yeux et regarda son amie. “Tout va bien ?”

Avec un regard rapide vers la table, elle dit, “Oui, tout va bien.”

Sara tendit son petit doigt et dit, “Promets.”

“Promis,” Dit Jo en attrapant le petit doigt de Sara avec le sien.

 Jo se leva. “Je vous voies plus tard.”

Catherine regarda les gestes tendres avec un peu de stupéfaction. Seulement quelques jours plus tôt, elle se sentait menacée par la femme qui venait de quitter la pièce, mais, maintenant, elle ne pouvait que remercier l’influence que Joséphine Foster avait sur Sara. Elle se demandait ce que serait devenue Sara sans la dévotion de Joséphine, dans toutes ses formes, à travers les années.

 “Merci. D’être rester.”

La voix de Sara sortit Catherine de ses pensées. Elle regarda Sara, qui portait grande attention à ce qui restait du liquide doré dans le verre qui était maintenant le sien.

“Tu n’as pas à me remercier, Sara. Je suis restée parce que je le voulais.”

Sara haussa les épaules. “Enfin, merci quand même. Après ce qui c’est passé aujourd’hui, personne ne t’en voudrait si tu prenais tes jambes à ton cou.”

“Je ne sais pas pour ça. Je pense que Jo aurait une ou deux chose à me dire. Tout comme Lindsey, pour ce qu’il en est. Mais, le plus important, c’est que je ne veux pas m’enfuir.”

Les yeux résignés de Sara rencontrèrent ceux de Catherine. “Pourquoi ? Comment pourrais-tu... Ce que j’ai presque fait aujourd’hui…”

“Sara.” Catherine attrapa la main de Sara qui jouait avec son verre. “Premièrement. Ce que tu as fait aujourd’hui, le confronter après toutes ces années, était une des choses les plus courageuses qui m’eut été donnée de voir. Après tout ce que tu as vécu, le fait que tu es eu le courage d’entrer dans cette pièce m’en dit beaucoup à propos de toi- à propos de la personne que tu es. Deuxièmement, il t’a poussé à bout. Les choses horribles qu’il a dit à propos de toi, à propos de Jo et à propos de moi étaient assez pour envoyer n’importe qui au bord du précipice, mais tu as été forte. Tu as essayé de t’en aller. Ce n’est pas avant qu’il se mette à menacer Lindsey—mon bébé—que tu as perdu le contrôle. J’aurais fait la même chose. Ou n’importe le quel des gars l’auraient fait. J’étais sur le point d’intervenir, Sara. Tu le sais. Je l’ai déjà fait, mais, et c’est la partie la plus importante, tu as quand même eu la décence et l’humanité de reculer et de faire le bon choix.”

“C’est seulement parce que je t’ai vu à la porte...”

“Je ne crois pas, non. Je te connais depuis cinq ans. J’ai vu ta dévouement, ta compassion et ton empathie. J’ai travaillé avec toi et je me suis battue avec toi et je me suis soûlée avec toi. Et, si j’ai bien retenu une chose de tout cela, c’est que tu ne l’aurais jamais blessé. Même s’il ne s’en est pas privé. ”

“J’aimerais tellement te croire,” Dit Sara en tendant la main timidement vers le couteau qui était toujours posé sur la table.

Catherine couvrit la main de Sara avec la sienne. “Je peux y croire pour deux en attendant que tu le fasses.”

Sara soupira. “Je ne suis pas sûre que ce soit aussi simple, mais d’accord.”

Catherine regarda Sara pendant un instant avant de dire. “Va t’habiller.”

Sara fronça les sourcils, confuse. “On va quelque part ?”

 “Chez Nancy. J’ai besoin de serrer ma fille dans mes bras. Et je pense que toi aussi. Nous allons la chercher, retourner chez moi et regarder quelque chose à la télévision qui nous empêchera de penser.”

Sara acquiesça. C’est vrai qu’elle voulait voir Lindsey. Après les menaces de son frère, elle voulait la voir de ses propres yeux. Elle voulait être sûre qu’elle était en sécurité. “Je devrais appeler Jo pour lui dire où je vais être.”

“Je m’en charge pendant que tu t’habilles. Hop hop.”

Catherine regarda Sara disparaître dans sa chambre. Elle était heureuse que Sara soit d’accord avec son idée. Si elle restait enfermée dans cet appartement, Sara ne ferait rien d’autre que de revivre les dernières heures. Catherine espérait que passer du temps avec Lindsey aiderait Sara à se rappeler qu’il y avait du bon dans la vie. Sara avait besoin de normalité et Catherine était déterminée à lui en fournir.

 


 

“Où est Jo, Maman ?”

“Elle devait aller chercher quelqu’un à l’aéroport, ma chouette.”

“Qui, Sara?”

“J’ai un peu peur de le découvrir.”

“Pourquoi ?”

“Je plaisante, Linds. Elle a dit que c’était une surprise, alors je crois que nous allons le savoir assez tôt.”

“Lindsey, remercie ta Tante Nancy pour t’avoir surveillé ce soir.”

Lindsey courut dans les bras de sa tante et lui fit un câlin. “Merci Tante Nancy. On se voit demain.”

“Tu es la bienvenue, mon sucre. Et n’oublies pas, demain je vais avoir une toute nouvelle liste de corvées que tu vas devoir faire.”

Lindsey roula les yeux. “Je sais. Un marché, c’est un c'est marché, mais cela valait vraiment le coup. Sara a adoré son cadeau, n’est-ce pas Sara ?”

“Absolument. C’est le meilleur cadeau que je n’ai jamais eu.”

 “J’espère, vu ce qu’il a coûté. Je dois dire, Sara, que je n’étais jamais été dans une boutique de moto. C’était… intéressant. Surtout les employés.”

“Tante Nancy! Ils étaient trop super. Ils ressemblaient aux gars de American Chopper.”

“Qui ?” Demanda Catherine.

“Maman,” Dit Lindsey comme si elle expliquait que deux et deux font quatre. “Paul Senior, Paul Junior, Christian, Vinnie et Nick. Mais Mickey est mon préféré. Il est marrant.”

Cahterine et Nancy  regardèrent Sara se laisser tombé sur le divan en essayant de contrôler son rire. Elles se regardèrent et Lindsey avait la même expression confuse qu’eux deux.

“Et, encore une fois je dis, qui ?”

“C’est une émission au Discovery Channel,” Dit Sara du divan, en riant. “Ils personnalisent des motos.”

“Je le savais.”

“Moi aussi,” Rajouta Nancy. 


 

“C’était trop bien, Maman,” Dit Lindsey pendant que Catherine ouvrait la porte de la maison. “Elle ressemblait vraiment à une araignée. Le garde-boue avait plein de toiles d’araignée. C’était mignon.”

“D’accord, d’accord. Va dans ta chambre pour ranger tes affaires, s’il te plait.”

Sara regarda la jeune fille foncer vers les escaliers en souriant.

“Tout ça, c’est ta faute, tu sais,” Dit Catherine avec un regard moqueur.

“Ça ?”

“La toute nouvelle fascination de ma fille pour les dangereux véhicules à deux roues.”

“Enfin, une fille doit bien avoir un passe-temps. Pour tout dire, Grissom m’a presque obligé à en avoir un. Et je préfères avoir le contrôle de ce que je conduis que d’être à 100 mètres dans les airs dans des montagnes russes.”

“Je vois. Mais quand même, tu ne pouvais pas, je ne sais pas… tricoter ?”

“Tricoter ?”  

“Faire du macramé ou jouer au Scrabble. Quelque chose qui n’offre pas de grandes chances de te retrouver aux urgences.”

“J’ai une réputation à sauvegarder, Catherine. Je dois vivre dangereusement.”

“Je ne veux pas que tu vives dangereusement. Je te veux sur le divan. Où tu seras en sécurité.”

“Et qu’est-ce que tu fais de la femme qui est morte de combustion instantanée ? Elle est morte sur son propre divan.”

 “Malheureusement, tu ne l’as pas prouvé, n’est-ce pas?”

“Je dis quand même que c’était une théorie plausible.”

La conversation légère fut stoppée par Lindsey qui descendait les marches bruyamment.

“Alors, qu’est-ce qu’on fait ?”

“Je ne sais pas, Linds,” Dit Sara. “Qu’est-ce que tu veux faire ?”

“Je commence à avoir faim.”

Toutes planifications prirent fin avec un coup à la porte.

“Je ne sais pas ce qu’on a comme nourriture. Nous pourrions commander quelque chose,” Dit Catherine en répondant à la porte. “Qui est-ce?”

“Bonbons à Domicile.”

“Des bonbons?” Demanda Lindsey à Sara, toute joyeuse.

“Désolé, petite, mais ce n’est pas ça. C’est une vieille blague.”

“Oh.”

“Hey, tout le monde,” Dit Jo en passant à côté de Catherine et entrant dans la maison. “Hey. Sara. Je crois que j’ai quelqu’un avec moi qui veut te voir.”

Une voix derrière Jo retentit,“Où est ma petite chérie ?”

Sara resta figée, sous le choc, quand l’homme entra dans la pièce. “Papa ?”

“Viens me voir, ma petite fille,” Dit-il doucement en tendant les bras.

Sara marcha lentement vers le vieil homme et le laissa la prendre dans ses bras. Elle laissa toutes ses barrières tombées et ses émotions prendre le dessus pendant que l’homme la berçait dans ses bras et lui murmurait des mots pour la réconforter qu’elle seule pouvait entendre.

Ne sachant pas qui était l’homme qui tenait Sara, mais sachant qu’il était mieux de leur laisser de l’intimité, Catherine s’éloigna du duo pour rejoindre Jo et Lindsey.

Lindsey observait la scène, préoccupée. “Qui c’est ? Il fait pleurer Sara !”

Jo sourit au ton protecteur que Lindsey avait pris et dit, “Tout va bien, Lindsey. C’est mon père. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps. Elle pleure parce qu’elle est heureuse de le voir.”

“Oh, je crois que tout va bien, alors,” Répondit Lindsey, pleine de doute.

“Tu vois, Lindsey, Sara n’avait pas vraiment de famille avant que je la rencontres. Maman a décidé qu’elle avait besoin d’en avoir une, alors ma famille l’a adopté d’une certaine façon. Elle fait partie des nôtres depuis ce temps-là.”

Catherine regarda Jo et demanda, “Vous avez arrangé ça ?”

Jo haussa des épaules. “À vrai dire, c’était son idée. Il m’a appelé hier. Il s’inquiétait pour elle.”

“Il est arrivé au bon moment.”

“Je ne peux pas dire le contraire.”

“C’est de famille.”

“Elle avait besoin d’un rappel.”

“Un rappel ?”

“Qu’il n’y a pas que des pourritures dans ce monde.”

Pendant que Catherine et Jo les observait, Sara s’était dégagé de l’étreinte de son père de substitution et, en essuyant ses larmes, se tourna vers les autres personnes qui se trouvaient dans la pièce.

 Jo fit un pas vers l’avant pour faire les présentations. “Catherine, Lindsey, voici mon père, Joseph Foster.”

“C’est un plaisir de vous rencontrer, Catherine. Et toi aussi, Lindsey.”

 “Plaisir partagé, Mr. Foster,” Dit Catherine en lui serrant la main.

“Pas besoin d’être si formel, Catherine. Appelez-moi Joe,” Dit-il en serrant une Catherine surprise dans ses bras.

“D’accord, Joe,” Dit Catherine en riant.

“Ça ne va pas devenir confus ?” Demanda Lindsey.

“Qu’est-ce qui pourrait devenir confus, petite ?” Demanda Joe en mettant un genoux par terre pour être au niveau de Lindsey.

“Enfin, si vous êtes Joe et qu’elle est Jo,” Dit Lindsey en pointant la rousse, “Cela va prêter à confusion.”

“Enfin,” Dit Joe en prenant Lindsey dans ses bras et la plaçant sur sa hanche, “elle ne s’appelle pas Jo.”

“Pour de vrai ?” Demanda Lindsey en souriant.

“Le nom de ma fille est Joséphine,” Dit-il en lançant un regard appuyé à sa fille, qui avait l’air de vouloir se fondre au mur. “Qui est un fin et vieux nom du Sud qui se transmet de génération en génération et qui n’a aucun besoin de se faire raccourcir. N’est-ce pas, Joséphine ?”

Sara riait en faisant échouer les efforts de Joséphine pour se cacher derrière elle. Jo avait l’air d’un enfant qui venait de se faire réprimander. “Oui, m’sieur,” Dit-elle avant de donner un coup de coude dans les côtes à Sara et marmonner, “Tais-toi.”

“Alors, qu’est-ce que vous avez de prévu ce soir, jeunes dames ?” Dit Joe en déposant Lindsey par terre.

“Il faut que l’on commande à manger,” Chantonna Lindsey.

“C’est une bonne idée, Lindsey,” Dit Jo en regardant son père. “Que dirais-tu que ce soit toi, ta mère et moi qui aillent chercher quelque chose.”

“Et Sara ?”

“Sara et moi devons rattraper le temps perdu,” Dit Joe. “Nous allons pouvoir parler pendant que vous allez faire un tour.”

Voyant que le plus vieux des Foster voulait Sara pour lui pendant un moment, Catherine dit, “Va mettre tes chaussures, Linds.”

“On peut manger Chinois ?” Demanda Lindsey en se dirigeant vers sa chambre.

“Tout ce que tu veux, chérie,” Lui dit Jo.

Pendant qu’ils attendaient Lindsey, Catherine s’approcha de Sara. “Tu veux quelque chose en particulier ?”

Sara secoua la tête. “N’importe quoi. Je n’ai pas vraiment faim.”

“Est-ce que tu as mangé aujourd’hui ?” Dit Catherine, en lui prenant la main.

Sara haussa un sourcil en réfléchissant. “Hum…”

“Si tu dois y penser aussi longtemps, c’est que la réponse est non,” Dit Catherine en souriant. “Je vais aller te chercher quelque chose et tu vas le manger. Compris?”

Sara regarda Catherine les yeux grands ouverts et dit, “D’accord.”

“Je suis prête,” Cria Lindsey en sautant dans les escaliers.

“Allons-y alors,” Dit Jo en cherchant ses clés. “Allez, Catherine.”

Catherine relâcha la main de Sara avec réticence. “On revient bientôt.”

“Hey, Maman, Jo est—je veux dire, Joséphine est,” Corrigea Lindsey en riant, “cool. Je suis sûre qu’elle sait qui ils sont.”

“Qui sont qui ?” Demanda Jo en passant le pas de la porte.

“Les gars d’American Chopper.”

“Paul Senior, Paul Junior, Vinnie, Nick et Christian, mais j’aime bien Mikey. Il est mignon. Pourquoi?”

 


 

“Reste assises avec moi une minute,” Dit Jo en amenant Sara sur le divan. “Comment vas-tu, ma petite?”

Sara sortit un rire noir et dit, “Tu sais, c’est ce que me demande tout le monde depuis trois jours et je n’ai pas encore trouvé la bonne réponse. Il y a tellement de choses qui se sont passées.”

“Je l’imagines.”

“Jo—séphine en a dit beaucoup?”

“Assez pour savoir que tu avais besoin de voir des personnes que tu connais ce soir,” Dit Joe en approchant Sara de lui jusqu’à ce que sa tête repose sur son épaule.

“Je suis heureuse que tu sois là. Tu m’as manqué. Plus que je le pensais,” Dit Sara en fermant les yeux.

“Tu m’as aussi manqué. À tout le monde. Tu devrais venir à la maison pour nous rendre visite.”

“C’est la meilleure idée que j’ai entendu depuis longtemps.”

“Est-ce que tu peux me dire comment tu te sens ?”

Sara soupira. “Je ne sais pas comment je me sens.”

“Personne ne sait comment se sentir, Sara. Cela arrive sans avoir à y penser. Joséphine a dit que tu as parlé à ton frère.”

“Si on peut l’appeler comme ça. C’était… horrible. Il était horrible. Les choses qu’il a fait….”

“… sont de sa responsabilité, Sara. Il n’y a rien que tu aurais pu faire pour changer quoique ce soit.”

“Ce n’est pas ce qu’il pense.”

“Qu’est-ce qu’il a dit?”

“Il a dit que j’aurais du rester où il aurait pu me trouver. Que si je l’aurais fait, il n’aurait pas blesser toutes ces filles.”

“Est-ce que tu le crois ?”

“Oui. Non. Je ne sais pas.”

“Ce qui veut dire?”

“Une partie de moi le croit, je pense. Il a blessé ces filles parce qu’elles me ressemblaient, qu’elles agissaient comme moi. Comment est-ce que je dois vivre avec ça, Papa?”

“Je ne sais pas Sara, mais tu vas devoir trouver un moyen.”

“S’il m’avait trouvé avant de les trouver, peut-être que…” La voix de Sara s’éteignit.

“Il t’aurait blessé encore et encore, plutôt que les blesser elles.”

“Au moins il ne les aurait pas blessé. Elles n’avaient rien à faire avec ça. Elles n’ont jamais rien fait pour mériter ce qui leur aient arrivé.”

“Tout comme toi, Sara.”

Sara secoua la tête. “Elles n’auraient pas du avoir à payer pour mon erreur.”

“Quel erreur ?”

Sara resta silencieuse, les yeux fixés au sol.

“Sara, quel erreur as-tu faite?”

Ne relevant pas le regard, Sara murmura, “Je suis là.”

“Sara, tout ce que tu as fait, c’est survivre. Ce n’est pas une erreur. Que tu existes ne sera jamais une erreur.”

“J’ai toujours été une erreur.”

“Ce n’est pas parce que c’est ce qu'ils t'on dit que c’est vrai,” Dit Jo, en essayant de contenir la colère qu’il éprouvait pour les personnes qui lui avait servi de parents. “Survivre n’est pas une erreur Sara.”

“Pourquoi ? Pourquoi moi? Quels droits avais-je? Je n’étais rien.”

“Tu étais leur enfant. Un cadeau précieux. Quels droits avaient-ils, Sara ? Pour faire ce qu’ils ont fait ! Pour te blesser ! Pour laisser d’autres personnes te blesser ! Les parents sont sensés protéger leurs enfants. Pas les détruire. Même face à tout ça, tu as survécu. Tu es passée au travers. Tu es devenue quelqu’un dont Madeline et moi étions fière d’appeler notre fille.”

Sara regarda Joe, surprise.

“Quoi ? C’est ce que nous pensions. Tu es devenue une partie de notre famille, Sara. Tu l’es toujours. Quand Joséphine nous a dit que vous n’étiez plus ensemble, Madeline était furieuse, elle en aurait craché. Elle savait que Joséphine avait laissé passer quelqu’un de spécial.”

“Je ne suis pas spéciale.”

“Est-ce que tu dis que Maman avait tort ? Parce que, comme tu le sais, Maman a toujours raison.” Dit-il avec un sourire.

“Non,” Dit Sara en riant. “Je pense simplement que…”

“Tu es spéciale, Sara. Je sais que personne ne te l’a fait sentir pendant que tu grandissais, mais Madeline l’a vu immédiatement. Nous l’avons tous vu. Joséphine, les garçons et moi l’avons vu. Tu es gentille, loyale et précieuse. Nos vies ne seraient pas pareilles si tu n’avais pas été là.”

Sara et Joe restèrent assis en silence pendant un bon moment, le temps que Sara digère tout ce qu’elle venait d’entendre.

 


 

Pendant que Lindsey était à la salle de bain, Catherine se concentra sur Jo en attendant dans l’entrée du restaurant. “Vous l’aimez encore.”

“Qu’est-ce que vous voulez dire ?” Répondit Jo, lançant à Catherine un regard mesuré.

“Sara. Vous l’aimez encore,” Répondit Catherine, sans une once de jalousie. Son ton était curieux plus qu’autre chose.

“Bien sûr que je l’aime encore.”

“Est-ce que vous la voulez encore ?”

Jo soupira. “Catherine, où est-ce que tout ça va nous mener ?”

“Je ne sais pas, vraiment. Je pense que je veux simplement comprendre.”

“Tout ce que vous avez besoin de comprendre, c’est que Sara est ma meilleure amie et cela depuis dix-huit ans. Je ferais n’importe quoi pour elle, pareil de son côté. Vous ne devriez rien voir de plus dans notre amitié.”

“Vous avez été ensemble pendant quatre ans, Jo. De ce que je sais, vous étiez son premier amour. La première personne à l’accepter. La première personne à qui elle s’est donnée volontairement. La première personne à lui faire l’amour. Ce type de connexion ne disparaît pas tout simplement.”

“Non, vous avez raison. Mais ça ne veut pas dire que la relation ne peut pas évoluer en quelque chose d’autre. Elle s’est transformée et nous sommes ce que nous sommes maintenant. Pour plusieurs raisons.” 

 


 

“Je l’ai presque tué aujourd’hui.”

“Pourquoi ne l’as-tu pas fait ?”

“Je le voulais. J’avais le couteau dans ma main. Je le tenais sur sa gorge, mais je n’ai pas été capable de le faire.”

“Pourquoi ?”

“J’ai…j'ai  vu Catherine à la porte.”

“Alors, si Catherine n’avait pas été là, tu penses que tu l’aurais tué ?”

“Je ne sais pas. Peut-être.”

Joe acquiesça et pensa quelques instant avant de demander, “En quoi aurait-ce été un mal ?”

“Quoi ?”

“ En quoi aurait-ce été un mal ?” Répéta t-il calmement.

“De le tuer ?”

“Oui. Il a blessé beaucoup de personnes. Toi plus que les autres. Qu’est-ce qui aurait été mal en soit de le faire payer.”

“Ce n’est pas de mon ressort.”

Joe haussa les épaules. “Cela dépend du point de vu. Dans plusieurs cultures, se venger du mal qui lui a été fait n’est pas seulement du ressort de la victime, mais c’est aussi un honneur.”

“Il n’y aurait pas eu d’honneur dans ce que j’allais faire.”

“Pourquoi pas ?”

“Parce que je ne voulais pas le tuer pour ce qu’il m’a fait, ou même à ces filles.”

“Alors pourquoi allais-tu le faire ?”

“Il a menacé de blesser Lindsey...” 


 

“Qu’est-ce qui est arrivé ?”

“Quand ?”

“Après Harvard,” Clarifia patiemment Catherine.

“Je m’en allais à l’Académie et Sara… Sara et moi... Nous avons fini par avoir des besoins différents. Enfin, pas si différent que ça. Elle avait besoin de retourner à San Francisco. J’avais besoin de la laisser partir.”

“Pourquoi ?”

“Parce que c’était pour le mieux,” Répondit Jo durement.

“Ce n’est pas une réponse.”

“Pourquoi devriez-vous savoir ?”

“Parce que je ne sais pas si j’y serais arrivée... La laisser partir je veux dire...”

Jo resta silencieuse quelques moments avant de dire, “C’était une des choses les plus dures que j’ai eu à faire. Ma propre mère ne m’a pas parlé pendant deux semaines et je pensais que mes frères prévoyaient de me noyer dans le lac pour être si stupide. Papa était le seul qui a compris. Ils savaient tous que Sara était spéciale. Ils l’aimaient tous. Mais je savais que je faisais la bonne chose. Sara était passé de Matt et Laura à plus d’une douzaine de familles d’accueil à ma maison. Elle avait besoin de temps pour elle-même. Nous aurions pu être heureuses ensemble, je n’en ai aucun doute, mais son départ, son retour en Californie, c’était ce dont elle avait besoin. Cela n’avait pas d’importance je d'on moi j’avais besoin. J’espérais qu’elle y retournerait pour faire face à ses problèmes. Enterrer la hache de guerre. J’ai pensé que si elle pouvait le faire…” Jo s’arrêta.

“Vous avez pensé qu’elle reviendrait.”

Jo soupira et passa une main dans ses cheveux. “Oui, je le pensais. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Ce n’était pas comme ça que cela devait se passer. J’étais prédestinée à être son amie, dans cette vie... alors que vous... Vous êtes prédestinée à être son âme soeur ! ”

 


 

“Lindsey ?”

“Oui. Je ne pouvais pas supporter l’idée.”

“Parce que tu l’aimes.”

“Oui, je l’aime. Elle est si… innocente. Quand je la regardes. Je vois tout ce que je n’ai jamais eu. Une volonté de fer. Un parent aimant. Une lueur dans ses yeux. Elle a toute ces choses et j’ai besoin de m’assurer qu’elle les garde. Je l’ai déjà laissée tombé une fois. J’ai laissé le tueur de son père s’en sortir. Je ne veux pas qu’il lui arrive quoique ce soit à cause de moi.”

“Enfin, si tu l’avais tué, il n’aurait jamais été capable de la toucher.”

“Si je l’avais tué, je n’aurais jamais plus été capable de la regarder dans les yeux de nouveau...”

“Lindsey… ou Catherine ?”

“Les deux.”

“Elle t’aime.”

“Lindsey ou Catherine?”

“Les deux !”


 

“Je ne suis pas sûre que c’est ce qu’elle croit.”

“Cela arrivera bien assez vite.”

“Comment pouvez-vous le savoir ?”

“Je connais Sara. Elle vous veut depuis qu’elle est arrivée à Las Vegas. Vous êtes la raison pour laquelle elle est restée. Il y avait quelque chose de spécial, et à travers les enquêtes, les batailles, la mort d’Eddie—elle vous voulait encore. Vous avez simplement à lui faire comprendre que vous la voulez vous aussi. Ce que je vous ai dit quand nous étions chez vous l’autre soir est vrai. Soyez patiente. Sara a appris à faire attention à son cœur. Vous devez continuer à garder ses arrières. Vous allez devoir travailler fort, mais elle en vaut plus que la peine.”

“Pourquoi est-ce que vous m’aidez ?”

Après un moment, Jo dit,“Strictement parlant, c’est Sara que j’aide.”

Catherine acquiesça, acceptant la réponse. “D’accord, mais pourquoi ? Quand vous auriez encore la chance de la reconquérir.”

Jo regarda directement dans les yeux de Catherine et dit, “Je veux ce qu’il y a de meilleur pour Sara !”

“Et cela n’a pas d’importance si ce n'est pas le mieux pour vous,” Dit Catherine, faisant écho à ce que Jo avait dit plus tôt.

“Aucune importance.”

Les deux femmes restèrent assises en silence.

“Merci.”

“Pourquoi ? Mes conseils ?” Blagua Jo. “Ce n’est pas donné habituellement, considérez-vous privilégiée.”

“Ce n’est pas pour vous que je vous remercies, mais les conseils ne font pas de mal,” Dit Catherine en souriant.

“Alors pourquoi ?”

“Pour avoir pris soin d’elle pendant toutes ces années.”

“C’était un plaisir. Mais vous devez être prête, je vous passes le relais maintenant.”

“Elle doit le vouloir...”

“Elle va le vouloir....”   


 

“Elles t’aiment toutes les deux, Sara, mais tu dois leur laisser une chance.”

“Comment, Papa?”

“C’est la plus dure et la plus facile des choses que tu vas avoir à faire, ma petite.”

“Comment peux-tu être sûr que je ne vais pas… Il y a quelques heures, je tenais un couteau à la gorge de mon frère. Qu’importe ce qui est arrivé dans le passé, c’est mon frère. Qu’est-ce que ça fait de moi?

“Ça fait de toi une humaine, Sara. Ne penses pas un instant que cela te transforme en quoique ce soit d’autres. Je sais que Jo a voulu faire la même chose à plus d’une occasion. Elle m’a dit qu’elle est passée très près de l’étrangler la première fois qu’elle l’a interrogé. Cela ne fait pas d’elle un monstre. Cela fait d’elle une personne qui veut protéger une personne qu’elle aime, rien d’autre.”

“Elle n’aurait pas été capable de pousser son geste jusqu’au bout.”

“Pourquoi ?”

“Elle ne fait pas parti de cette catégorie de personnes. Elle n’a pas été capable de le faire.”

“Tout comme toi.” Lui rappela Joe.

Sara soupira et secoua la tête.

“Sara, je veux que tu fasses quelque chose pour moi. Je veux que tu me regardes dans les yeux et que tu me dises que tu aurais tué ton frère aujourd’hui dans cette salle.”

Sara releva la tête et regarda dans les yeux de l’homme qui lui avait appris ce qu’était un père. Elle ouvrit la bouche et essaya de faire ce qu’il avait demandé, mais découvrit qu’elle en était incapable. Elle ferma la bouche et baissa les yeux vers la table à café.

Joe passa un bras fort autour des épaules de Sara et la ramena près de lui. “C’est réglé, alors.”

 


 

“Quand avez-vous pris votre dernier verre ?”

Jo lança un regard furtif vers Catherine, puis dans le rétroviseur. Elle vit que l’attention de Lindsey était complètement tournée dans la musique qui sortait de ses écouteurs en mangeant un biscuit de la chance qu’elle avait piquer dans le sac de nourriture chinoise à côté d’elle. “Qu’est-ce qui vous fait croire que je ne bois pas?”

“S’il vous plait, Jo. Je suis une enquêtrice. Pas que je ne l’aurais pas remarqué sinon. Ce qui c’est passé avec le scotch tout à l’heure, ce n’était pas vraiment subtil.”

Jo sourit et secoua la tête. “Être entouré par des femmes brillantes et avec un sens développé de l’observation est une vrai malédiction. Le 4 octobre 1998.”

“Pourquoi avez-vous arrêté ?”

“J’avais toujours la gueule de bois ou sinon je pensais à mon prochain verre. J’étais distraite. Et avec les suspects que je rencontres, même un moment d’inadvertance peut amener une fête à laquelle personne ne voudrait être invité. J’ai merdé. Ça a été une longue et douloureuse leçon. C’est pourquoi j’ai arrêté.”

“Pourquoi avez-vous commencé ?”

“Ce n’est pas bien de poser des questions auxquelles on a déjà les réponses, Catherine...”

 


 

Quand Jo, Catherine et Lindsey arrivèrent à la maison, Sara riait pendant que Joe racontait une histoire de Jo se faisant jeter dans le lac par ses frères.

“Papa,” Dit Jo en roulant les yeux. “Est-ce que tu dois toujours amuser mes amis à mes dépens?”

“Oui, je crois que je le dois, Joséphine.”

“Hey, vous deux, vous avez faim ?” Dit Catherine en posant la nourriture sur la table.

“À vrai dire, je meurs de faim, ” Dit Sara avec un sourire gêné.

“Bien, parce que Lindsey nous a fait acheter assez de nourriture pour nourrir tout un régiment.”

“Arrête de m’agacer, Jo-sé-phine,” Dit Lindsey avec un sourire espiègle.

Jo se mit à courir après une Lindsey toute souriante. “Oh toi petit-”

“Joséphine!”

“-ange.” Finit innocemment Jo, arrêtant la poursuite immédiatement au son de la réprimande de son père. “J’allais dire petit ange.”

“Merci, Mr. Foster,” Dit Lindsey gentiment, faisant une grimace à Jo, qui lui rendit la pareil.

“Lindsey, qu’ai-je dit à propos des formalités avec moi ?”

“Maman a dit que je devais vous appeler Mr. Foster, parce que vous êtes un adulte et que c’est un signe de respect.”

“Alors, ça m’en dit beaucoup sur la façon dont tu es éduquée et j’apprécies le geste, mais que dirais-tu de m’appeler Papa J ?”

“Papa J ?”

“Ouais.” Il lui fit un clin d’oeil, se pencha vers elle et lui murmura à l’oreille, “C’est ce que font tous mes petits-enfants.”

 


 

Une heure plus tard, quand tout le monde eut été rassasié, Lindsey s’endormit dans les bras de Joe. Il était en train de passer doucement ses doigts dans les cheveux de la petite. “Joséphine, pourquoi Sara et toi n’iriez-vous pas portées Lindsey dans son lit ?”

“Je peux le faire, Joe,” Dit Catherine en se levant pour prendre sa fille.

“Oui, mais j’ai besoin de prendre une marche pour bien digérer et j’espérais que vous m’accompagneriez, Catherine.”

“Oh...” Dit Catherine, un peu surprise.

“Tout va bien Catherine. Je suis sûre que Carré et moi pouvons nous en occuper.”

“Joséphine.”

“Désolé, Papa. SARA et moi pouvons nous en occuper.”

“C’est mieux.”

“Tu sais, je n’ai jamais compris ton dédin pour les surnoms, Papa, surtout que tu laisses tout le monde t’appeller Joe. Tu me laisses même raccourcir Jasper en Jasp et Maxwell en Max.”

“C’est différent pour tes frères et moi. C’est une tradition du Sud de longue date, Joséphine. Tu vas devoir apprendre à t’y faire.” Dit Joe en se levant, un sourire mystérieux aux lèvres. “Maintenant, Catherine, me feriez-vous l’honneur ?”

Catherine glissa sa main autour du bras que Joe lui tendait. “Bien sûr.”

 


 

Dix minutes plus tard, avec Lindsey installée sécuritairement dans son lit, Jo et Sara étaient assises sur le divan avec une tasse de café chaud à la main. Sara était fortement concentrée sur le liquide brun qu’elle tenait en face d’elle.

“Qu’est-ce qu’il y a, Sara ?”

“Quoi ?”

“Tu fixes ton café comme si tu pouvais le tranformer en thé en y pensant assez fort.”

“Le scotch.”

“Ah.” Jo acquiesça lentement et sourit.

“Est-ce que tu vas bien ?”

“Oui.”

“Alors pourquoi l’as-tu acheté ?”

“Pour voir si j’en avais toujours envie. Je le fais de temps à temps. Le plus drôle, c’est que j’en ai toujours envie.”

“Pourquoi ?”

Jo haussa les épaules. “Quelques fois, c’est une enquête. D’autres fois, non. Quelques fois, je veux seulement le sentir. Quelques fois, je veux faire plus que le sentir.”

“Est-ce que tu avais envie de boire aujourd’hui ?”

“Oh que oui. J’ai toujours envie de boire, mais je ne le fais jamais. D’habitude, je ne l’ouvres même pas.”

“Mais tu as ouvert la bouteille aujourd’hui.”

“Techniquement, c’est Catherine qui l’a ouvert.”

“Est-ce que tu aurais bu ? Si je n'ai pas arrivée?”

“Je ne penses pas.”

“Bien.”

“Ne t’inquiètes pas Sara.”

“C’est que… je détesterais croire que par tout ce qui est arrivé… parce que tu t’inquiétais pour moi… que tu aurais…”

“Ce n’était pas ça.” Jo baissa la tête et étudia son café. “Enfin, pas complètement.”

“Alors quoi ?”

“Je ne..” Jo s’arrêta et soupira. “Les changements me mènent la vie dure parfois.”

“De quoi veux-tu parler ? Quels changements ?”

“Ça. Nous. Pendant longtemps, tu as toujours été là pour moi. J’ai toujours été là pour toi. Mais maintenant… ce n’est plus mon travail. J’essaies seulement de me faire à l’idée.”

“À cause de Catherine...”

“C’est celle qui est faite pour toi ! Je le sais. Elle sera là quand tu auras besoin d’elle. Pour te dire que tout ira bien. Et c’est comme ça que cela devrait être. Je supposes,” Jo fit une pause quand sa voix brisa.“Je ne suis pas sûre d'où est ma place.”

“Jo…”

“Tu sais quoi, oublies ça.” Di Jo en se levant et essuyant ses yeux plein de larmes. “Ce n’est pas ton problème. Je vais trouver une solution.”

“Attends!” Dit Sara en attrapant la main de Jo et la ramenant à elle. “Je ne sais pas exactement comment tout ça,” Sara agita les mains, désignant la maison de Catherine et tout ce qui s’y rapportait, “va changer ma vie, mais je sais que je vais toujours avoir besoin de toi. Nous… Il y a eu tellement de choses entre nous, tu sais. Durant toutes ces années, aucune de nous deux n’a vraiment eu quelqu’un d’autre... N’a jamais eu de Catherine... Je ne sais pas, je crois que j’ai toujours cru qu’un jour, peut-être, nous nous serions… ” Sara laissa sa phrase en suspens.

“Je sais,” Murmura Jo.

“Mais maintenant…”

“Je sais...” Dit-elle avec plus de confiance, accompagné d’un petit sourire. “Et je suis si heureuse pour toi, Sara. Tu as finalement ce que tu as toujours mérité.”

Les deux amies restèrent comme cela pendant un bon moment, chacune réalisant qu’elles entraient dans une nouvelle phase de leur amitié et qu’elles devraient toutes les deux s’y ajuster. Elles passeraient au travers comme pour toutes les autres épreuves qu’elles avaient traversées, avec le destin de leur côté.

“J’ai hâte qu’elles rencontrent le reste de la famille,” Dit Jo en riant, essayant d’alléger la conversation. “Lindsey va bien s’entendre avec les enfants, mais Catherine va devoir se préparer à un interrogatoire costaud de la part des garçons, tu sais. Jasp et Max sont presque aussi protecteurs que moi, envers toi !”

“Elle peut le faire !” Dit Sara en souriant.

“Sans aucun doute, mais je suis sûre que Papa ne les laisseront pas aller trop loin.”

Sara fronça les sourcils et dirigea son regard vers la porte d’entrée. “De quoi sont-ils en train de parler ?”

“Papa et Catherine ?”

“Oui,” Répondit Sara avec un regard confus.

Jo rit simplement et secoua la tête, “Sara, la première fois que je t’ai amené à la maison, Papa t’a amené faire une marche....”

“Oui,” Dit Sara lentement.

“De quoi t’a t-il parlé ?”

Les yeux de Sara s’ouvrirent à pleine grandeur quand elle comprit. “Oh mon Dieu.”

 


 

“Vous avez une fille magnifique, Catherine.”

“Merci. C’est une gentille petite fille. Nous avons eu des durs moments, mais Sara l’a beaucoup aidée.”

Joe ricana. “Même si Sara se plait à croire qu’elle a du mal avec les enfants, elle a tort. Elle est fantastique avec ses neveux et nièces.”

“Vous avez deux fils ?”

Joe acquiesça. “Jasper et Maxwell. Ils sont tous les deux mariés. Jasper et Angela ont un fils, Jonathan, qui a 8 ans, et une fille, Madeline, qui a 5 ans. Max et Caroline ont deux fils. Atticus a 11 ans et Peter 4 ans.”

“Madeline, c’était le nom de votre femme ?”

“Oui,” Répondit Joe, la voix imprégnée de tristesse. “La petite Madeline est née un an après le décès de sa grand-mère, alors ils ont choisi de la nommer en son honneur.”

“Je suis désolée.”

“Nous avons eu une longue vie ensemble. J’aurais seulement souhaité que Madeline et Peter puissent connaître leur Mamie.”

“Vous avez l’air d’avoir une merveilleuse petite famille. ”

“Vous n’avez pas tort. Elle n’est tout de même pas complète encore.” Joe s’arrêta avant de regarder Catherine. “Pendant des années, Madeline et moi avions pensé que Joséphine et Sara finiraient par se retrouver l’une l’autre.”

“Joe…”

“Laissez-moi finir, s’il vous plait,” Dit Joe doucement. “C’est clair pour moi maintenant que cela n’arrivera pas. Elle a encore peur, mais je sais que Sara a des sentiments forts à votre égard. Et celui de Lindsey. Elle semble plus posée qu’elle ne l’a été depuis longtemps, malgré ce qui est arrivé dans les derniers jours. Vous êtes bonnes l’une pour l’autre. Ce qui m’amène à la raison de cette petite marche.”

“Oui ?” Demanda Catherine nerveusement.

“Quand Joséphine a ramené Sara pour la première fois à la maison, toute la famille est tombée amoureuse d’elle. Pendant les années durant lesquelles elle et Joséphine étaient ensembles, Sara est devenue comme une autre fille pour nous. Cela n’a pas changé quand Joséphine l’a laissé partir. Elle a eu son lot d’épreuves, comme vous le savez maintenant. Elle mérite du bonheur, je veux savoir, Catherine, si vous êtes préparée à lui en donner.”

Catherine pensa à sa réponse quelques instants avant de dire, “Sara et moi avons une histoire, un passé assez compliqué. Je ne lui ai pas laissé de chance quand elle est arrivée à Las Vegas. Nous nous sommes chamaillées. Beaucoup. Mais, dans les derniers mois, à voir la façon dont elle agissait avec Lindsey, je me suis mise à la regarder sous un tout nouveau jour. Je vois maintenant à quel point elle est incroyable. Elle est gentille, loyale et magnifique. Généreuse et drôle. Je l’aime, Joe, et je veux la rendre heureuse !”

“Bien,” Dit Joe avec un sourire approuvant. “Maintenant, tout ce que nous avons à faire, c’est trouver quelqu’un pour Joséphine et tout sera pour le mieux dans le meilleur des deux mondes. Vous avez des idées ?”

“Pas maintenant,” Rit Catherine, “Mais je vais y penser.”

“J’apprécierais énormément.”


 

“Sara, si tu bois une autre tasse de café, tu ne serais pas capable de dormir pendant des jours. Mais encore, peut-être que ce n’est pas une mauvaise idée,” Finit Jo avec un sourire, bougeant ses sourcils de manière suggestive.

Sara rougit et baissa la tête. “Non, nous allons y aller doucement. J’ai encore besoin de temps avant de…” Sara laissa sa phrase en suspens.

“Hey. C’est normal. Je plaisantais. Tu devrais prendre tout le temps dont tu as besoin, ma chouette.”

Elles furent interrompues par le son de la porte d’entrée. Catherine et Joe entrèrent, portant tous les deux le même sourire. Quand leur regard se tourna vers Jo, elle commença à gigoter nerveusement.

“Quoi ?”

 “Rien,” Répondirent-ils en synchro.

Sara se leva et essuya ses mains sur son pantalon. Elle regarda nerveusement le duo et demanda, “Est-ce que vous avez eu une bonne… marche ?”

“Oui. Une très bonne marche, Sara,” Répondit Joe, reflétant l’opinion de Catherine.

“Hum… d’accord… bien.”

Catherine sourit devant le bégaiement de Sara, elle prit sa main et dit, “Ne t’inquiètes pas, Sara. Tout va bien.”

“D’accord,” Dit Sara avec un petit sourire, profitant du confort que la main de Catherine lui apportait.

Joe ramena son attention sur sa fille, qui regardait l’échange en souriant, ses yeux gardant quelques reflets de tristesse.“Joséphine. C’est l’heure que le vieil homme aille au lit. Tu me ramènes ?”

“Oui, m’sieur,” Répondit-elle en se levant sur divan.

“Où vas-tu dormir, Papa ?”

“Il doit bien y avoir une chambre d’hôtel libre quelque part dans ce grand pays des merveilles. Il ne me reste qu’à la trouver.”

“Pourquoi ne restes-tu pas à l’appartement ?”

“Je penses que nous serions trop coincés là-bas, vous deux et moi.”

“Sara peut rester ici,” Dit Catherine avant d’avoir vraiment pris le temps d’y penser. “Je veux dire, si tu le veux bien,” Finit-elle en regardant Sara.

Joe coupa la parole à Sara avant même qu’elle n’ouvre la bouche. “Ça me semble être une bonne idée. Nous pouvons tous nous retrouver demain pour déjeuner.”

Sara mit ses mains dans les poches arrières de son pantalon et gigota nerveusement, avant de dire, “Bien sûr.”

“Marché conclu, alors,” Dit Jo en souriant. “Nous vous voyons tous les deux demain matin. Je t’amènerai des vêtements de rechange.”

“Merci,” Dit Sara en entraînant son amie dans une étreinte, “pour tout.”

“Tout ce que tu as à faire, c’est appeler.”

“Pareil pour toi.”

“Catherine, c’était un plaisir de passer la soirée avec vous,” Dit Joe en la prenant dans ses bras. “Et toi, ma belle,” Dit-il en se tournant vers Sara, “On se voit demain matin.”

“Merci, Papa,” Dit Sara, en enlaçant l’homme dans ses bras.

“Tu as trouvé quelqu’un de bien, Sara. Ne la laisses pas partir, tu m’entends ?” Murmura-t-il dans son oreille.

“Je ne laisserai pas partir.”

“Bonne nuit, Catherine. Je vous vois demain matin,” Dit Jo en rassemblant ses affaires.

“À demain matin,” Dit Catherine avant de prendre la main de Jo et de la prendre timidement dans ses bras. “Merci.”

Jo retourna l’étreinte avec enthousiaste. “Prends soin d’elle... S’il te plait...”

“Ne t' inquiéte pas.”

“Jetons les voiles, Joséphine,” Dit Joe en se dirigeant vers la porte.

“Oui, m’sieur,” Dit Jo en le suivant. “Nous nous voyons demain. Amenez Lindsey, si vous pouvez.”

“Elle viendra,” Répliqua Catherine en souriant.

 


 

Le voyage jusqu’à l’appartement de Sara se fit silencieusement avant que Joe ne se décide à parler, “Et comment vas-tu, ma petite ?”

Jo lança un regard à son père avec un petit sourire, “Je vais bien , Papa.”

“En es-tu sûre ?”

“Oui, vraiment, je le suis,” Dit Jo en souriant. “Je veux dire, les choses vont être différente à partir de maintenant, mais je suis contente pour elles. C’est le vrai amour, tu sais. Comme celui que les garçons ont. Comme Maman et toi avez eu. Elles en ont une chance...une vrai chance !”

“Tu vas finir par trouver la personne qui te convient, ma chouette,” Dit Joe, déposant sa main sur l’épaule de sa fille.

“Je l’espère, Papa. Je l’espère.”

 


 

“Alors..” Dit Sara, laissant échapper une respiration nerveuse, les yeux au plancher. “Si tu m’apportes une couverture, je pourrais dormir sur le divan.”

“Sara, regardes-moi. S’il te plaît.” Catherine attendit que les yeux de Sara ait croisé les siens pour parler. “Beaucoup de choses se sont passé en une semaine. Je sais que tout a l’air d’aller vite, mais nous savons toutes les deux que ce qui se passe -toi et moi- ce n’est pas nouveau. Merde, je commence à croire qu’il y a quelque chose entre nous deux depuis cinq ans et que j’étais trop aveugle pour le voir. Je sais que tu as besoin de temps, avant que nous… n’allions plus loin. Tu peux dormir sur le divan si tu veux, mais j’aimerais que tu viennes avec moi. Pour dormir. Je veux dormir près de toi ce soir.”

Sara sourit en regardant dans les yeux  la personne dont elle rêvait depuis cinq ans. “C’est ce que je veux, moi aussi.”

“Allez, il faut te trouver quelque chose à mettre pour dormir.”

Sara hésita au pied des escaliers. “Catherine, est-ce que tu es sûre ? Je t’aime, mais je suis assez dérangée dans mon genre. Je ne sais pas quand je vais pouvoir… Je veux dire quand nous allons pouvoir… Je veux dire…”

“Sara,” Dit Catherine en arrêtant les bégaiements de Sara. “Premièrement, tu n’es PAS dérangée. Deuxièmement, nous ne faisons pas une course. Ce n’est pas une compétition. Est-ce que je te veux? Absolument, mais je ne ferais rien que tu ne veux pas que je fasses. Cela prendra aussi longtemps que cela devra prendre. Je te l’ai déjà dit, je ne m’enfuirai pas. Je t’aime et je serai là quand tu seras prête. ”

“Il y a un troisièmement ?” Demanda Sara en souriant.

“Et troisièmement…” Catherine s’arrêta pour embrasser Sara. Elles s’embrassèrent langoureusement, chaque effleurement de lèvres et chaque mouvement de langue renforçait la connexion qu’elles ne voulaient surtout pas briser. C’était une ambiance dans laquelle Sara voulait vivre. Elle se sentit en paix pour la première fois depuis trop longtemps.

Après avoir relâché une Sara légèrement bouleversée, Catherine sourit. “Et quatrièmement, je suis épuisée, alors tu viens ?”

Catherine lui prit la main et mena Sara jusqu’au deuxième étage...

 

 Fin

Retour au sommaire des FF