Avant propos
Et nous voilà reparties pour une nouvelle FF… Avec nos deux héroïnes vedettes qui sont, je le rappelle, la propriété de CBS et Alliance Atlantique … Cette histoire parle de deux femmes qui s’aiment (bon je vous la refait pas, si vous êtes sur ce site c’est que vous avez compris, du moins je l’espère sinon c’est que quelque chose ne va pas ici :o)
Avant de vous souhaiter une bonne lecture je tiens à vous prévenir qu’il y a du vocabulaire médical (déformation professionnelle ;o) on se croirait dans un épisode d’Urgences ! Mais soyez sans crainte, il n’y a pas de grands mots barbares… enfin pas trop :o)
Sur ce, je vous laisse en compagnie de Catherine et Sara … (et juste pour info je ferai une mise à jour une fois par semaine pour cette ff ! )
Toutes vos remarques, critiques et que sais-je encore seront les bienvenues sur : alexielle7@hotmail.com
(Cette histoire ne peut être utiliser sans la permission de l'auteur ! )
Prologue
L’écho de voix lointaines circulait dans les couloirs aseptisés du laboratoire pendant que Sara Sidle se dirigeait vers le vestiaire.
S’appuyant contre son placard métallique, la grande brune retira ses sur-chausses bleues, puis se débarrassa de sa blouse. Le froid des dalles lui pénétra la plante des pieds et la fit frémir… Levant le bras, elle repoussa une mèche folle qui lui balayait le front et machinalement regarda sa montre. Elle n’aurait pas du… Il était presque trois heures du matin et elle était debout depuis plus de vingt longues heures.
Du bout des doigts, Sara se frotta les tempes d’un geste las. Puis elle libera ses cheveux de sa barrette, les laissant ainsi retomber sur ses épaules.
Dormir… Elle n’imaginait rien de plus voluptueux que de rentrer chez elle et s’écrouler dans son lit. Mais elle ne pouvait quitter le labo sans prendre une bonne douche avant, au risque de s’endormir au volant. Elle poussa un soupir. Elle avait encore vingt minutes de trajet et on l’attendait tout à l’heure à sept heures et demie au tribunal pour prendre son témoignage dans une affaire de meurtre.
"Remue toi ma vieille…" Marmonna t’elle
Avec un nouveau soupir, elle ôta son jean bleu et pénétra dans la cabine de douche.
L’eau chaude lui parut divine après cette journée ! Les yeux clos, elle demeura immobile, sans même ébaucher le geste de saisir le savon, heureuse de sentir cette cascade qui massait délicieusement son corps fourbu.
Tout en savourant ce moment de répit, elle pensa à l’autopsie à laquelle elle venait de participer. Cela avait été long et délicat mais il en était presque toujours ainsi lorsqu’on avait à faire à un homicide.
On commençait par effectuer les prélèvements, ensuite, on incisait le thorax, au milieu du sternum afin d’accéder à la cage thoracique. Chaque organe était ensuite pesé et mesuré.
En principe, Sara se passionnait pour le défi que représentait toujours une précision de ce genre, cependant celle-ci avait été particulièrement pénible. Ils avaient du faire une tonne de prélèvements, or elle avait déjà une dure journée de travail derrière elle.
Sans parler du fait qu’aujourd’hui, plus que d’habitude, Catherine avait été insupportable avec elle ! Et une fois encore, elle et la petite blonde s’étaient violemment disputées, comme à leur habitude ! Pourtant ces derniers mois Catherine avait été vraiment gentille et agréable avec elle, Sara avait même trouvé que c’était de plus en plus agréable de travailler avec la petite blonde ! Chaque jour, Catherine avait pris l’habitude de lui apporter une tasse de café de chez Starbuck, alors Sara avait décidé que quelques donuts à la vanille se marieraient à merveille avec leur café ! Et une nouvelle tradition était née entre les deux CSI ! Bien sûr, la hache de guerre n’était pas enterrée pour autant, mais les instants de complicité entre les deux femmes étaient plus fréquents, à présent elles arrivaient à avoir des discussions civilisées et à échanger leurs points de vue même lorsqu’elles n’étaient pas d’accord !
Mais quelques fois, comme aujourd’hui, l’affrontement était inévitable ! Sara savait que sa collègue avait de bonnes raisons d’être en colère aujourd’hui mais elle n’avait pas trouvé juste que Catherine passe ses nerfs sur elle !
Depuis que les choses se passaient bien entre elles, Sara avait trouvé de plus en plus difficile le fait de gérer leurs disputes ! Chaque fois qu’elle et Catherine se disputaient, cela lui faisait énormément de mal. Avant, cela la mettait simplement hors d’elle, aujourd’hui qu’elle connaissait la « vraie » Catherine cela la touchait vraiment… elle aimait beaucoup la petite blonde… vraiment beaucoup !...
Sara rouvrit les yeux et prit conscience qu’elle était encore sous la douche. Dieu qu’elle avait sommeil ! Comme un automate, elle prit le gant de toilette et commença à se savonner. Ce fut lorsqu’elle passa le gant sur son sein droit qu’elle le sentit soudain…
Un nodule ! (NDLA : c’est une production anormale de peau et graisse incluse sous la peau) Elle avait un nodule plus ou moins gros qui se trouvait là sur son côté.
Sara se dit alors que si elle n’avait pas été une scientifique, une telle découverte l’aurait sans doute effrayée. Une grosseur au sein pouvait signifier un cancer…
Mais elle appartenait au monde scientifique et avait déjà eu des problèmes de cet ordre, tout a fait anodins.
Traitant la petite "boule" avec mépris, comme elle le faisait pour tout ce qui concernait sa santé, elle entreprit de savonner de nouveau son sein. Mais brusquement, un signe d’alarme résonna dans son esprit…
Levant le bras, elle entreprit de s’examiner. Ses doigts qui palpaient son sein trouvèrent bientôt un autre nodule. Comment avait elle pu ne pas le remarquer jusqu’ici ? Étant donné sa taille il n’était pas apparu subitement aujourd’hui !
Poursuivant sa palpation d’un geste très professionnel, elle découvrit une troisième grosseur, moins perceptible que les deux autres. Indubitablement, ces nodules ne ressemblaient pas à ceux qu’elle avait déjà eu avant son arrivée à Vegas, sept ans plus tôt, et qui eux s’étaient résorbés naturellement.
Cependant, il était inutile de s’affoler. Elle n’avait jamais été malade de toute sa vie ! Sara continua à réfléchir avec une sorte de détachement clinique.
Oui, elle était sûre qu’il s’agissait de tumeurs bénignes, autrement dit rien de grave, c’étaient de simples amas graisseux ! Et avoir une tumeur ne signifie pas forcément avoir un cancer.
Sara se refusait à penser qu’elle présentait ce que certains chercheurs qualifiaient de prédisposition héréditaire. Le cancer avait en effet frappé plusieurs membres de sa famille.
Sa grand-mère était morte d’un cancer du sein après une longue et atroce agonie, alors que Sara était encore une enfant…
C’est sa grand-mère qui avait élevée Sara, après la mort de son père et l’emprisonnement de sa mère Laura, Grand-mère Jo avait pris l’éducation de sa petite fille en main ! Malheureusement le cancer les avait bien vite séparées…
La grande brune secoua la tête ; non, cela ne signifiait rien ! Rien du tout ! Elle prenait soin de son corps. Après tout, elle consultait régulièrement son gynécologue et subissait une mammographie annuelle. Et chaque année après l’examen, elle recevait le même compte rendu : "Chère Melle Sidle…Votre mammographie ne révèle aucun signe de lésion anormale…"
Elle était encore jeune, sportive, elle ne fumait pas, son alimentation était équilibrée. Et elle était en meilleure forme que la plupart des filles de vingt ans. Elle ne faisait définitivement pas partie des gens qui risquaient d’avoir un cancer.
Elle ! Une CSI… Passer sur le billard ? Ce serait comme se retrouver sur une table d’autopsie ! Un frisson la parcourut néanmoins, comme si elle était prisonnière d’un mauvais rêve. La peur la propulsa hors de la douche. Avait-elle vraiment une tumeur ? Ou bien était-ce simplement un nodule sans gravité…
Chapitre : 1
Catherine Willows claqua la porte d’entrée de sa maison lorsqu’un violent coup de tonnerre retentit. Baissant la tête pour se protéger de la pluie qui lui cinglait le visage, elle descendit en courant l’allée du jardin.
Elle n’aurait jamais du se fier au bulletin météo de la veille qui annonçait un soleil brillant dans un ciel sans nuage…
"Ça fait dix ans que ce maudit présentateur nous raconte des âneries, marmonna Catherine. Pour une fois, juste une fois, il aurait pu tomber juste !"
Pourquoi n’avait elle pas mis sa voiture dans le garage hier soir ? Certes, elle aurait pu rebrousser chemin pour aller prendre un parapluie, mais quand on s’appelait "Mme Ponctualité" on s’abstenait de faire demi tour car cela l’aurait retardée ! Or, elle n’était jamais en retard !
Les épaules rentrées, tenant au dessus de sa tête sa mallette renfermant les dossiers des affaires qu’elle avait étudiés la veille, elle se précipita vers sa voiture. Trempée jusqu’aux os, ses longs cheveux blonds collés en paquet sur le front, elle s’engouffra dans la voiture et balança sa mallette sur le siège du passager.
Des gouttes d’eau coulaient sur ses joues et ses lèvres, ce qui ajouta encore à son irritation. Catherine tourna la clé de contact et actionna les essuies glace. Elle se mis alors en route et révisa mentalement son emploi du temps de la nuit. Encore une nuit chargée en perspective…et pour arranger le tout Catherine était d’une humeur massacrante depuis quelques jours !
Depuis l’année dernière la vie de Catherine avait subit de grands changements et pour certains elle avait encore du mal à s’y habituer… Il y avait d’abord eu la mort de son père, Sam Braun… qui s’était fait tirer dessus en plein milieu de Vegas ! Catherine s’était alors vue recevoir une somme d’argent assez confortable pour qu’elle et sa fille, Lindsay puissent vivre à l’abri du besoin pour le reste de leurs vies ! Bien sûr Catherine était loin d’avoir hérité de tous les millions de Sam, mais ce vieux bandit ne l’avait pas laissée sans rien… mais la petite blonde était sûre que le reste de l’argent de Sam était enterré quelque part dans le désert de Vegas ! Tout ça n’avait pas été facile à gérer…
Et puis il y avait eu le départ de Lindsay pour une école des beaux arts à Boston ! Catherine avait été anéantie après le départ de sa fille et si cette semaine elle était de mauvaise humeur, c’était simplement parce que Lindsay devait rentrer à la maison pour quelques jours et qu’au dernier moment la jeune fille avait annulé ! Catherine se faisait une telle joie de revoir sa fille, que la nouvelle avait été plutôt dure à avaler ! La petite blonde se sourit à elle-même, elle ne pouvait pas en vouloir à Lindsay après tout combien de fois avait elle du annuler une sortie au zoo ou au cinéma à cause de son travail ! Catherine était fière de sa fille, tout marchait très bien là bas pour elle à Boston et ses professeurs ne tarissaient pas d’éloges sur elle ! A seulement 16 ans Lindsay avait déjà un brillant avenir qui se traçait devant elle !
A cette pensée, l’humeur de Catherine se radoucie un peu…
Elle consulta sa montre. Six heures… Il lui restait exactement trente minutes avant de prendre son poste au labo ! Elle devait se dépêcher si elle voulait avoir le temps de s’arrêter chez Starbuck pour prendre son café… et celui de Sara…
Sara…
Un jour ou l’autre, se dit-elle, elle jetterait l’éponge et elle arriverait vraiment en retard comme le faisaient tous ses collègues… sauf Sara…
Sara…
Mais qu’avait elle avec Sara ce matin ?! Pourquoi chacune de ses pensées la conduisait vers la grande brune… C’était sûrement à cause de l’autre jour… Catherine avait été injuste avec elle… La petite blonde venait juste de recevoir le coup de fil de Lindsay qui lui annonçait qu’elle ne rentrait pas cette semaine, et suite à ça Catherine avait été plus que désagréable avec sa collègue ! Et elle s’en voulait un peu… les choses se passaient bien avec Sara depuis plusieurs mois, et Catherine avait appris à connaître vraiment Melle Sidle…
Avec le temps Catherine s’était même rendue compte qu’elle aimait vraiment beaucoup passer du temps avec la grande brune… et il était vrai que depuis quelque mois elle ne voyait personne d’autre que ses collègues… surtout Sara !
Elle songea que les matins comme celui-ci avaient le don de la rendre mélancolique. Sans doute parce qu’elle n’avait pour ainsi dire plus de vie sociale ni privée…
La petite blonde aurait souhaité avoir quelqu’un à aimer et quelqu’un qui l’aime en retour. Elle vivait dans la solitude alors que la moitié des hommes célibataires de la ville lui couraient après… Exercer la profession de CSI et être de surcroît issue de la famille de Sam Braun lui conféraient apparemment un charme irrésistible…
A l’occasion elle acceptait les propositions malhonnêtes d’un de ces hommes, quoique, toujours de façon très discrète. Après tout, elle n’était qu’une femme… Une femme solitaire.
Catherine secoua la tête. Contrairement à ce que d’autres croyaient, l’argent ne faisait pas forcément le bonheur. En vérité, elle aurait préféré ne pas en avoir.
Ainsi, elle aurait pu se convaincre que les apollons qui passaient parfois dans sa vie s’intéressaient vraiment à elle plutôt qu’à sa récente fortune et sa position sociale à Vegas.
Il lui fallait rencontrer des hommes différents de ceux qu’elle fréquentait. Mais avec son emploi du temps surchargé, elle n’avait même pas le temps de voir ses amis. Quand elle sortait, ce qui se produisait rarement, c’était invariablement pour des raisons professionnelles. Elle sabrait toujours le champagne avec le gratin de tout Vegas, le maire, le shérif, et quand ce n’était pas avec eux c’était avec les grands pontes du laboratoire. Jamais elle n’aurait pensé que devenir superviseur l’obligerait à faire ce genre de choses ! Elle n’avait toujours pas trouvé comment Gil Grissom faisait pour échapper à ce genre de mondanités, et elle aurait bien voulu connaître son secret !
Le commun des mortels n’avait pas intérêt à fréquenter les agents de la police scientifique qui n’étaient faits ni pour l’amour ni pour l’amitié, songea Catherine. Combien de confrères avaient raté leur mariage ? Sans parler du sien ! Elle n’avait pas eu une seule aventure qui vaille le coup depuis des mois, mais elle savait que son emploi du temps ne lui laissait pas de place pour l’amour.
Catherine fronça les sourcils, se remémorant la seule et unique liaison sérieuse qu’elle avait vécue depuis Eddy, son ex mari… Elle pensait être aimée, elle-même était convaincue d’aimer pour toujours…
L’histoire avait tournée au désastre. Elle venait tout juste d’était promue superviseur… et quand elle avait décidé de rompre, elle avait sombré dans une terrible déprime. Le jour même de la rupture et les jours suivants elle était passée de bras en bras pour se consoler. Catherine se demandait s’il existait au monde quelqu’un capable d’accepter ses horaires impossibles, ses absences et tout ce qui impliquait sa carrière.
Après avoir traversé la septième avenue, et s’être arrêtée pour prendre le café, Catherine s’engagea dans le parking du labo situé en centre ville.
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La journée de Sara commença comme à l’accoutumée, avec le bourdonnement du réveil qui la fit sursauter. Et, comme tous les matins depuis quelques temps, elle se sentie terriblement fatiguée. Pestant entre ses dents, elle repoussa les couvertures d’un coup de pied. Puis asséna une tape vengeresse au réveil pour arrêter la sonnerie. Engourdie de sommeil, elle s’étira et pensa : médecin, cabinet médical…
Elle détestait ces endroits et la visite d’aujourd’hui serait la seconde en quinze jours ! Sara avait déjà consulté son gynécologue, et tandis qu’il palpait les grosseurs qu’elle lui avait signalées, elle avait surpris sur son visage une expression d’inquiétude. Il avait ensuite procédé à une biopsie sans formuler le moindre commentaire ! Puis il lui avait pris rendez vous avec une spécialiste. Sara avait accepté parce que la dite spécialiste n’exerçait pas dans le quartier où se trouvait le labo. Ce serait au moins une consolation, car si une opération était nécessaire, elle ne voulait pas qu’elle ait lieu près de l’établissement où elle était employée ! Tous ses collègues se précipiteraient à son chevet, et ça, il n’en était pas question ! Quelle que soit la réputation, excellente à ce qu’on racontait, de cette chirurgienne, elle n’aurait pas accepté de la voir si elle n’avait pas exercé à l’autre bout de la ville. Sara ne tenait pas à ce que tout le monde soit au courant de son état de santé. Vegas était une « petite » ville et les CSI travaillaient en étroite collaboration avec presque tous les hôpitaux de la ville ! Il était hors de question que tout le labo soit au courant de ça !
Elle secoua la tête et se leva. Dieu qu’elle détestait les médecins !... Pourquoi diable était-elle devenue CSI alors que cela l’obligeait à travaillait avec eux ? En fait, elle le savait très bien !
Elle était née dans une famille pauvre, dans un trou perdu ! Très souvent, l’hiver sa famille se demandait de quoi le prochain repas serait fait, sa vie n’avait rien de très réjouissant et son père la battait régulièrement ! A l’age de treize ans sa grand-mère l’avait prise chez elle, et Sara avait enfin cru que les choses allaient s’arranger… mais trois ans après avoir était recueillie par sa grand-mère Jo, Sara s’était retrouvée orpheline !
L’état de Californie, dans sa suprême générosité, l’avait entretenue durant le reste de son adolescence. Le seul bien de valeur qui lui appartenait, c’était sa cervelle…
Sara esquissa un sourire. Elle avait été misérable et orpheline, mais elle avait fait preuve de courage et de détermination pour en arriver là aujourd’hui.
Résolue à se construire une vie meilleure, elle avait bûché sans relâche et décroché son diplôme de lycée avec mention très bien. On lui avait ensuite proposé plusieurs bourses d’études… Dont Harvard qui avait été la seule université à lui offrir le gîte et le couvert. Comme elle n’avait pas d’argent… elle avait sauté sur cette occasion de fuir sa ville perdue de Californie.
Elle avait également fuit un garçon qui voulait l’épouser ! Rien que d’y penser, elle en frémissait encore… Le jour où un homme poserait la main sur elle était loin d’arriver…
Sara avait brillamment réussi ses études et était devenue quelqu’un de bien. Elle s’était spécialisée pour devenir CSI après avoir assisté à une conférence de Gil Grissom et quelques années plus tard, après avoir exercé dans l’un des meilleurs laboratoires de San Francisco, elle avait rejoint les rangs de l’équipe de Grissom !
Sara aimait son travail mais quelques fois les choses n’étaient pas simple ! Chaque jour elle côtoyait la souffrance, le désespoir et bien souvent pour ne pas dire toujours elle côtoyait la mort…
Avec un soupir, Sara, aperçut son reflet dans le miroir de la coiffeuse et se laissa retomber lourdement sur le lit.
Aller, réfléchis un peu ma vieille, se dit elle. Tu as deux solutions… Ou bien tu vas chez cette spécialiste pour savoir si ces tumeurs sont bénignes, ou alors tu n’y vas pas et tu ne sauras jamais si tu es condamnée ou si ce rendez vous n’était qu’une perte de temps. Tu parles d’un choix !
Elle secoua la tête. On était lundi, voilà qui expliquait tout !... Sara avait toujours détesté les lundis…
A l’aube, elle avait été réveillée par le bruit de la pluie qui fouettait les volets. Dehors, ce devait être un vrai déluge. La veille, il avait fait chaud et aujourd’hui comme on était lundi, il tombait des cordes. C’était naturel pour un début de semaine.De plus en plus sombre, Sara prit une douche rapide, enfila un jean délavé, un chemisier de mousseline blanche a manches longues et enfila ses chaussures de sport. Elle avala une tartine de beurre de cacahuète, but deux tasses de café, saisit son sac et son parapluie et se rua hors de son appartement.
Craignant d’être en retard, Sara dévala en hâte l’escalier puis traversa le parking au pas de course, pataugeant allègrement dans les flaques pour rejoindre sa voiture. Elle s’engouffra dans son véhicule et prit la direction de l’autoroute. Trente minutes plus tard elle se trouvait juste à côté de l’hôpital.
Sara se gara et attendit… elle ne pouvait pas ! Elle ne pouvait pas entrer là dedans ! C’était au dessus de ses forces ! Pourquoi les choses avaient elle toujours été ainsi ? Pourquoi avait elle toujours du se débrouiller seule ? Pourquoi personne n’était jamais là pour elle ! Dans une crise d’angoisse subite, Sara prit son portable et composa un numéro qu’elle connaissait bien…
"Willows… " Répondit la voix au bout du fil
"Cath c’est Sara… j’ai besoin de toi… "
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Il n’avait fallut que vingt minutes à Catherine pour rejoindre la grande brune sur le parking de l’hôpital !
Catherine n’avait même pas cherché à savoir ce que lui voulait Sara, elle avait simplement répondu présente ! Le jour où elle l’avait appelée à l’aube en pensant avoir été violée Sara était arrivée près d’elle en un temps record, sans poser de questions et ce jour là Catherine s’était promis que si un jour la grande brune avait besoin d’aide elle serait là ! Et il lui semblait que ce jour était arrivé…
Catherine s’avança vers la voiture de sa collègue et frappa sur la vitre…
"Sara, qu’est ce qui ne va pas ? " Lui demanda t’elle d’une voix posée
La grande brune ouvrit la vite de la voiture :"Je… je ne sais pas Cath ! Je suis désolée, je n’aurai pas du t’appeler, je crois que j’ai paniqué… tu peux rentrer, je vais me débrouiller toute seule… "Dit Sara le regard affolé
"Sara, j’ai traversé la moitié de la ville, je suis là alors je reste ! Tout à l’heure tu as dis que tu avais besoin de moi, alors dis moi ce que je peux faire pour t’aider ! " Murmura Catherine un sourire aux lèvres
"Je… j’ai besoin que tu m’aide à entrer dans ce bâtiment ! " Dit Sara en désignant l’hôpital d’un mouvement rapide du menton
"D’accord pas de souci…" Répondit simplement Catherine
Sara se glissa alors hors de la voiture et saisit la main de la petite blonde. Catherine fut d’abord surprise par cet élan, puis resserra sa prise sur la main de la grande brune quand elles rentrèrent dans le luxueux bâtiment.
Une fois à l’intérieur Sara appela un ascenseur et choisit le cinquième étage… Catherine se crispa légèrement lorsqu’elle lu la plaque : Cabinet médical / chirurgie et traitement du cancer
Cancer… Sara avait un cancer ?! Non ce n’était pas possible, elle était bien trop jeune, bien trop belle ! Un étrange sentiment s’emparât alors de Catherine…
La secousse de l’ascenseur la ramena à la réalité… les portes s’ouvrirent et Sara s’engagea dans le couloir, Catherine sur les talons… sa main toujours nichée au creux de la sienne.
A son arrivée la grande brune griffonna son nom sur la feuille de présence et dévisagea la réceptionniste qui chantonnait gaiement.
"Puis-je vous aider ?" Demanda la réceptionniste d’un ton joyeux, comme si c’était un bonheur sans pareil de venir consulter une spécialiste du cancer.
"Je suis Sara Sidle, j’ai rendez vous avec le Dr Alistair "
"Asseyez vous, répondit la jeune femme avec un sourire radieux. On vous appellera dans un instant"
"Je n’en doute pas" Marmonna Sara
Catherine n’avait pas dit un mot depuis qu’elle était entrée ici… cette situation lui semblait si étrange… cela ne pouvait pas vraiment être en train d’arriver, elle allait bientôt se réveiller !
Sara ne pouvait pas avoir un cancer…
"Cath… tu peux y aller tu sais… tu n’es pas obligée de rester avec moi " dit Sara d’une voix tout juste audible
"Tu veux que je te laisse ? "
" Non enfin je… " Bafouilla la grande brune
"Alors je reste ! Tu étais là quand j’en avais besoin, je te dois bien ça ! " La coupa Catherine
" Merci… " Répondit Sara dans un sourire timide
Cinq minutes s’étaient écoulées lorsqu’une infirmière apparut dans l’encadrement d’une porte et fit signe à Sara de la suivre.
"Bonjour ! Dit elle en consultant discrètement le dossier qu’elle tenait dans les mains. Comment allez vous Melle Sidle ? "
"A merveille ! Je suis en pleine forme, c’est bien pour ça qu’on m’a faite venir non ?!"
L’infirmière entraîna Sara dans un box et d’un geste l’invita à monter sur la balance.
"Vous êtes la première patiente du Dr Alistair aujourd’hui et vous avez de la chance, elle vient d’arriver "
"Oh, oui ! J’ai vraiment une veine extraordinaire !" Répliqua Sara sarcastique.
La balance afficha 57kg et 500g, ce que l’infirmière nota consciencieusement sur sa fiche.
"Maintenant voyons combien vous mesurez ?"
Sara faillit demander quel rapport sa taille pouvait avoir avec le problème qui l’amenait, mais elle tint sa langue. Puis l’infirmière lui prit sa tension.
"Hmm…8/6 ! Est-elle toujours aussi basse ?"
"Je vais rarement au delà de 10 !"
"Vous courez ?"
"Oui, et au triple galop pour fuir les médecins et toute leur clique !"
L’infirmière ne put s’empêcher de rire et malgré elle, Sara la suivie dans son éclat de rire.
Tous ceux qui se trouvaient dans la salle tournèrent alors la tête vers elles, y compris Catherine qui, à l’autre bout de la pièce, avait entendu un rire si cristallin qu’il avait attiré son attention. Sara… c’était le rire de Sara…
Catherine ne su pas vraiment expliquer pourquoi mais entendre rire Sara à un moment pareil la toucha en plein cœur ! A son tour Catherine gloussa… et ce fut à cet instant que Sara croisa son regard…
"Melle Sidle ? Appela l’infirmière, attirant son attention. Il me faut un échantillon d’urine et ensuite vous pourrez voir le médecin."
Sara eu le plus grand mal à détacher ses yeux de la petite blonde. Puis, avec une grimace, elle saisit du bout des doigts le flacon que lui tendait l’infirmière.
Quand elle ressortit des toilettes, on la conduisit dans la salle d’examen où elle se déshabilla et enfila une blouse en papier. Puis elle attendit nerveusement l’arrivée du Dr Alistair.
Pour s’occuper l’esprit, elle étudia le décor qui l’entourait, mais il n’y avait rien de bien intéressant à observer. Elle s’allongea sur la table d’examen au dessus de laquelle on avait placardé au plafond un poster de Garfield qui disait : "Difficile d’être pris au sérieux quand on est à poil ! " Sara ne se sentait pas à son aise simplement vêtue d’une blouse d’hôpital… mais le jeu de mot de Garfield lui arracha tout de même un petit sourire !
La porte s’ouvrit alors… et Sara se redressa violemment.
" Désolée… " Murmura Catherine en se glissant dans la pièce.
"Mais qu’est ce que tu fais là ?! " demanda Sara mi heureuse de voir un visage familier mi contrariée par son arrivée
"C’est l’infirmière de l’accueil qui m’envoie, elle dit que je rends tous les autres patients nerveux et elle avec ! " dit simplement Catherine dans un haussement d’épaule
"Alors elle t’a envoyée ici pour me rendre nerveuse moi ?! Comme si je ne l’étais pas assez comme ça ! " Gloussa fortement Sara
"Sara tu…" mais la petite blonde n’eu pas le loisir de finir sa phrase
"Excusez moi je suis un peu en retard !" Déclara une grande rousse en entrant rapidement dans la pièce.
Catherine et Sara avaient toutes deux sursauté !
La grande brune pivota alors pour faire face à la nouvelle venue qui devait sûrement être le Dr Alistair …
Il fallut quelques secondes à Sara pour se rendre compte que sa blouse, qui s’attachait sur le devant, ne dissimulait pas grand-chose de son anatomie, et elle en resserra fébrilement les pans, espérant que Catherine n’avait rien remarqué.
En tout cas, la petite blonde n’en laissa rien paraître…
"Je suis le Dr Mégan Alistair. J’aurai du frapper avant d’entrer, pardonnez moi ! "
"Vous êtes pardonnée, mais méfiez vous à l’avenir, vous pourriez faire mourir une de vos patientes d’une crise cardiaque !" Répliqua Catherine
"Avec une tension artérielle comme celle de Melle Sidle pas de risque qu’elle nous fasse un infarctus, Dieu merci !" dit le docteur en jetant un œil sur le dossier de Sara
"J’ignorais que les chirurgiens avaient le sens de l’humour" dit Catherine en haussant un sourcil.
"Et moi je ne m’attendais pas à trouver une note dans le dossier de Melle Sidle, précisant que l’amie qui l’accompagne est une enquiquineuse !"
Catherine la fixa :"L’infirmière n’a pas vraiment écrit ça ? "
"Non, admit Mégan dans un sourire. Mais je crois qu’en se moment même, vous devez sûrement être au centre de toutes les conversations."
Catherine repoussa alors une mèche qui lui tombait sur le front et Sara ne put s’empêcher de songer que cette petite blonde était très séduisante. Elle avait un merveilleux sourire, quoiqu’il fût un peu trop guindé et sexy à son goût, quelque fois …
Brusquement, une bouffée de chaleur submergea Sara. Sans doute la nervosité ou la température de la pièce. Elle était venue ici pour savoir si elle avait besoin d’une intervention chirurgicale et elle ne trouvait rien de mieux à faire que de s’extasier sur la plastique de Catherine, c’était tout elle ça !
Catherine, quant à elle, avait été légèrement troublée par la vue que lui avait « offert » Sara lorsqu’elle s’était tournée pour faire face au médecin. Quelque chose d’étrange et d’angoissant était en train de s’éveiller en elle… elle n’était pourtant pas censée éprouver quelque chose de personnel pour ses collègues, encore moins pour ses collègues féminines… cependant elle commençait déjà à bien aimer Sara. Et elle était sincèrement navrée qu’elle fût malade…
"Il est temps que je vous examine Melle Sidle" dit le docteur Alistair en tournant toute son attention sur la grande brune.
"Okay, Super Girl " Répondit Sara avant d’avoir pu s’en empêcher. Elle se sentit gênée, elle avait trop parlé, comme toujours quand elle était nerveuse. Or, il fallait l’avouer, elle était anxieuse. Elle se demanda pourquoi diable elle l’avait appelée Super Girl. Serait-ce parce qu’elle tentait tous les jours de son existence de sauver la vie des autres ?
"Personne ne m’avait encore comparée à une super héroïne, mais merci pour le compliment ! "
Le corps de Catherine se tendit quelque peu… serait elle jalouse ?! Jalouse de quoi ? Comment le Dr Alistair avait elle réussi ce tour de force… comment avait elle réussi à plaisanter avec Sara alors qu’à elle il lui avait fallut presque un an avant de lui parler et presque autant avant de la faire sourire pour la première fois!
La chirurgienne se détourna alors pour fixer les radios de Sara sur l’écran lumineux. Et soudain Catherine nota avec étonnement que le sourire du docteur Alistair avait perdu sa gaieté. Puis elle vit que la grande rousse suivait avec la pointe de son stylo le contour de deux taches qui apparaissaient sur les clichés… La peur lui noua le ventre et elle s’approcha plus près de Sara…
La grande brune pouvait sentir le souffle chaud de Catherine sur sa nuque, et ce contact, pourtant anodin, lui réchauffa le cœur quelques secondes… elle n’était pas seule…
Le Dr Alistair feuilleta une fois de plus le dossier avant d’approcher un tabouret de la table d’examen et de s’asseoir. Elle appuya les coudes sur ses genoux.
"Il y a eu des cas de cancer dans votre famille, des deux côtés. C’est bien exact ?"
"Oui " Murmura Sara.
"Je lis ici que deux de vos tantes, du coté maternel sont atteintes d’un cancer. L’une d’elles est en phase de rémission. Avez-vous d’autres parents, de la branche maternelle ou paternelle qui ont eu un cancer ?"
Sara ne voyait pas d’inconvénient à évoquer certains membres de sa famille, mais jamais elle ne parlerait de sa grand-mère. Elle prit une inspiration, poussa un soupir et mentit.
"Il ne s’agissait pas d’ascendants directs. Seulement des cousins du second degré. Si vous vous inquiétez pour ces nodules, je pense qu’il n’y a pas de quoi s’alarmer. J’en ai déjà eus, et ils étaient parfaitement bénins. Je suis ici uniquement pour savoir s’il est nécessaire de les enlever !"
"Ce que j’observe sur ces clichés n’est pas une simple prolifération fibreuse, dit la belle rousse avec certitude. Je crains qu’il ne suffise pas d’enlever ces nodules pour vous débarrasser du problème ! "
"C’est votre opinion ! Un autre médecin ne la partagerait pas forcement !"
"C’est vrai, et si vous souhaitez consulter un autre spécialiste, je vous y encourage vivement. Mais il se trouve que mon diagnostic est aussi celui de votre gynéco et du radiologue. Je vais vous examiner, ensuite je vous expliquerait la procédure pour…"
"Je vous rappelle que je travaille avec des médecins et je suis moi-même une scientifique !" Dit Sara emplie de colère.
"Et moi, je suis médecin ! Rétorqua Mégan tranquillement. Essayez de vous détendre. Comment vous sentez vous aujourd’hui ?"
"Plutôt bien, je suppose" Machinalement Sara crispa les doigts sur les côtés de sa blouse, tandis que le Dr Alistair en écartait les pans.
"Détends toi… tout va bien se passer…" murmura Catherine à l’oreille de la grande brune
"Alors fais le à ma place si c’est si facile ! " répliqua Sara d’un ton cinglant
Catherine ne répondit pas… et fixa son attention sur le mur du fond.
Le Dr Alistair entreprit alors de palper le sein de Sara d’un geste très professionnel.
"Je vous laisse vous rhabiller, je reviens dans un instant."
Sara enfila ses vêtements comme un automate se moquant bien de la présence de Catherine. Tout à coup, la colère la prit. Pourquoi avait elle appelé Catherine ? A présent la petite blonde connaissait l’un de ses plus lourds secrets ! Pourquoi avait elle eu si peur ? Elle était complètement idiote d’avoir réagi ainsi. Le cancer du sein était presque toujours asymptomatique, les tumeurs malignes étaient dures, elles ne roulaient pas ! Elle ne pouvait donc pas avoir de cancer ! Elle s’était affolée pour rien…
Peaufinant son diagnostic, elle pensa : le Dr Alistair va me prescrire 500 milligrammes d’antibiotique à prendre deux fois par jour et elle me demandera de revenir la voir dans un mois. Alors tu vois ma vieille, pas besoin de t’affoler. Si les CSI de niveau trois étaient autorisés à rédiger des ordonnances, tu n’aurais même pas eu besoin de consulter ce médecin.
Quand le Dr Alistair la rejoignit à son bureau. Jamais de toute sa vie, Sara n’avait éprouvé pareille terreur…
"Alors qu’avez-vous trouvé ?" Demanda t’elle dans un souffle
Catherine ne pouvait détacher son regard du mur… mais elle ne perdit pas une miette de ce que dit le Dr Alistair à Sara.
"Je vais être franche avec vous ! La mammographie révèle deux tumeurs, d’après la biopsie toutes deux sont malignes. L’ablation des tumeurs et des ganglions de l’aisselle s’impose. Je crains qu’une mastectomie (NDLA : mastectomie = ablation d’un, voire des deux, seins) ne soit nécessaire. Je vais faire en sorte qu’on vous opère le plus vite possible. Je suis désolée pour votre cancer Sara…"
Non… non ce n’était pas possible… Sara ne pouvait pas avoir un cancer, pas sa Sara… non ! Les yeux de Catherine s’embuèrent de larmes…
Chapitre : 2
"Certainement pas !" Sara se leva d’un bond et se mit à faire les cents pas, comme un animal enfermé dans une cage.
Catherine sursauta, stupéfaite par ce refus véhément. Elle se redressa à son tour et dévisagea Sara d’un air incrédule tandis que la grande brune se campait face à elle, les bras croisés sur sa poitrine.
"Tu ne parles pas sérieusement Sara?!"
La grande brune haussa les sourcils :"Tu veux parier ?"
Catherine savait, car c’était évident, que depuis le début Sara refusait d’envisager qu’elle avait un cancer. Mais Catherine ne parvenait pas à croire qu’elle pensait vraiment ce qu’elle venait de dire. Sara sous-estimait visiblement la gravité de son état.
La petite blonde eut soudain envie de boxer le mur. Catherine avait toujours été du côté de la vie et Sara était jeune… belle… et si désirable.
Scrutant les grands yeux noirs qui la fixaient, elle y vit passer la peur, puis la fierté. Et brusquement, Catherine comprit que si Sara Sidle l’avait appelée à l’aider c’est qu’elle devait vraiment être morte de trouille ! Mais de la à refuser l’opération que lui proposait le Dr Alisair il ne fallait pas pousser ! Catherine avait toujours cru que Sara pourrait se sortir de n’importe quelle situation mais visiblement elle avait eu tort de croire ça !
Après avoir annoncé son diagnostic à Sara le Dr Alistair était sortie de la pièce pour la laisser seule avec Catherine quelques minutes. Catherine avait vite compris que la grande rousse avait cru qu’elle et Sara étaient plus que des amies… et Catherine n’avait pas jugé bon de corriger la chose !
"Calme toi Sara… Tu es bouleversée c’est normal, mais il faut que tu écoutes le Dr Alistair… il faut que tu acceptes cette opération ! "
Sans même se rendre compte de ce qu’elle faisait, Catherine la prit par les épaules. Durant une fraction de seconde, elles se regardèrent au fond des yeux, et Sara parut sur le point de fondre en larmes. On eut dit que sa poitrine s’était rétrécie et qu’elle n’avait plus assez de souffle pour émettre le moindre son.
"Il est indispensable d’opérer le plus vite possible. Le Dr Alistair à dit que plus vite tu seras opérée, plus tu auras de chance de te remettre. Ensuite, ils devront avoir recours à la radiothérapie ou à la chimiothérapie, voire les deux… pour mettre toutes les chances de ton côté ! Tu es jeune Sara tu peux le faire… " Dit Catherine d’une voix qui se voulait rassurante
Catherine la relâcha de son emprise et Sara émit un petit rire amer…
"Et parce que je suis jeune, tu attends de moi que je réponde : Oui Dr Alistair allez y, découpez moi en morceaux, mutilez moi et remplissez moi les veines de poison"
Comme elle pivotait sur ses talons, manifestement décidée à s’enfuir, Catherine lui agrippa le bras avec force, comme si elle cherchait à briser la carapace dans laquelle Sara s’enfermait.
"Sara, tu n’as pas beaucoup de temps pour réfléchir. Un cancer c’est… Sara, plus longtemps tu attendras plus ce sera dangereux pour toi !"
Catherine avait raison, mais la grande brune refusait de l’écouter.
"Je ne subirais pas de chimiothérapie. C’est une horreur ! On devient chauve, on vomit et ensuite… ensuite on meurt ! Je le sais, je l’ai vu de mes yeux ! Je veux mourir dignement pas comme un animal ! "
"Oui, il est tout à fait possible que la chimio te rende terriblement malade. Mais quoi qu’il en soit ce traitement te donnera une chance de survivre. Tu as un cancer, d’accord, mais cela n’implique pas automatiquement que tu vas mourir. Beaucoup de gens s’en sortent, Dieu merci ! Mais en ce qui te concerne, si tu refuse l’opération et le traitement, tu mouras, le docteur Alistair a été claire là-dessus ! " Hurla presque Catherine, elle était tellement en colère après Sara qu’elle l’aurait volontiers giflée.
Sara se raidit :"Et bien je mourrai avec mes cheveux sur la tête et mes deux seins ! Je ne me traînerais pas comme tous ces morts vivants en attendant qu’on m’enterre ! "
Comme Catherine faisait un pas vers elle, elle leva une main pour l’empêcher d’avancer. Hérissée comme un chat affolé, muette, elle fixa sur la petite blonde un regard meurtrier. En venant ici ce matin, elle avait naturellement envisagé l’éventualité d’un diagnostic de ce genre. Pourtant elle n’avait pas cru un instant que cela lui arriverait réellement et que Catherine s’immiscerait ainsi dans sa vie !
Elle avait un cancer… Tout comme sa grand-mère. Sara avait l’impression d’être plongée dans un abominable cauchemar dont elle ne parvenait pas à se réveiller.
"Qu’as tu l’intention de faire au juste, si tu refuses le traitement ? Prier et espérer que ton cancer disparaisse ! " Demanda Catherine d’un ton sec.
Sara la toisa un long moment avant de lui répondre :"La prière et l’espoir sont réservés aux naïfs. Je suis bien placée pour le savoir…"
Jamais le spectacle de l’agonie de sa grand- mère ne s’effacerait de sa mémoire…
Catherine était abasourdie, complètement désemparée. Elle s’interrogeait… Qui Sara avait-elle vu mourir du cancer pour éprouver un pareil sentiment d’impuissance face à la maladie ? Elle devait se lancer et lui poser la question… mais elle était sûre que la grande brune ne lui répondrait pas…
"Que s’est-il passé dans ta vie pour que tu réagisse de cette manière ?"
"Ma vie privée ne te concerne pas Catherine!" Hurla Sara les joues rougies par la colère
La petite blonde ne broncha pas, comme pour lui signifier qu’elle exigeait malgré tout une explication. Puis, au prix d’un effort manifeste, Catherine s’inclina…
"Très bien, tu refuses la mastectomie et la chimio. Mais laisse au moins le Dr Alistair enlever ces tumeurs ? Et suit une radiothérapie"
Sara secoua la tète :" Tu ne m’écoute pas Cath ! Je ne ferai rien du tout…"
La grande brune était au bord de la crise de claustrophobie, elle manquait d’air… Elle avait envie de saisir son sac et de s’enfuir à toutes jambes. Toutefois, elle ne voulait pas paraître plus hystérique qu’elle ne l’était déjà. Car si elle suivait son instinct, dans moins d’une minute elle allait vraisemblablement éclater en sanglots.
Catherine tenta une fois de plus de la ramener à la raison… et Sara s’obligea à garder son calme.
"Je sais que tu penses bien faire Cath ! Mais tu es à côté de la plaque ! C’est à moi de décider si je souhaite vivre ou mourir… et de quelle façon ! Tu es capable de comprendre ça ? "
Catherine hésita avant d’acquiescer :"Est-ce que tu souffres ?" demanda t’elle sur un ton hésitant
"Non ! Je suis simplement très fatiguée, mais c’est mon métier qui m’épuise !" répliqua Sara dans un clin d’œil
"Je crains qu’il ne soit pas le seul responsable…"
"Non c’est vrai que ces derniers temps tu l’aide pas mal ! " gloussa Sara
D’un geste machinal, la petite blonde enroula autour de son doigt une des mèches de cheveux de Sara… La grande brune lut sur son visage une expression étrange qui la fit frissonner. Elle supposa que Catherine pensait à sa belle chevelure qu’elle perdrait si elle décidait de subir une chimiothérapie.
Tout à coup Catherine tressaillit, retira sa main et recula d’un pas. Elle observa Sara de nouveau… Elle s’apprêtait à ouvrir la bouche quand la grande brune la coupa dans son élan…
"Cath… je t’ai déjà donné mon point de vue ! On ne va pas revenir là-dessus, continuer à en parler ne servirait à rien ! Je ne souhaite pas suivre de traitement… du moins pas pour le moment. Si je change d’avis je… je te le dirais c’est promis ! "
Sara se dirigea vers la porte et l’ouvrit…
"Attends Sara…"
La main sur la poignée de la porte, elle se tourna à demi :"Oui ?"
Catherine s’approcha :"Tu n’as pas le droit de fuir ! Le cancer ne guérira pas tout seul ! Laisse le Dr Alistair t’aider… Laisse moi t’aider… "
"Le Dr Alistair ne peut rien pour moi… et toi non plus ! De quelle planète débarques tu? Tu crois que parce que je vais laisser cette chirurgienne me charcuter mon cancer va guérir de lui même"
"Je dis juste que tu devrais essayer ! Et si tu avais des pensées un peu plus positives le reste suivrait sûrement !"
"Oui bien sûr, pourquoi n’y ais-je pas pensé toute seule ! Sois heureuse et tous tes problèmes disparaîtront ! Allô ici on est sur la planète terre, alors n’attends pas de miracles ! Et si la réalité de la vie ne te convient pas, tu peux toujours remonter dans ta fusée et rentrer au pays des Bisounours !"
"Sara je…"
"Non… mais merci d’être venue Cath ! "
"Je sais que tu es terrifiée, mais tu dois surmonter ta peur !"
"Au revoir Catherine, on se voit plus tard au labo"
"Sara attends je…"
"Je ne t’ai rien demandé Catherine alors arrête ! Et puis qu’est ce que ça peut bien te faire de toute façon ?! Ce n’est pas comme si on était amies !"
"Tu m’as appelée à l’aide… et quoi que tu en penses je suis ton amie…"
"Je t’ai demandé de m’aider à entrer ici, rien d’autre ! Tu l’as fait, alors à présent rentre chez toi ! Cath, si tu es vraiment mon amie, comme tu le prétends, alors respecte mon choix !"
Quand Sara fut sortie du cabinet médical, Catherine fut prise d’un brusque accès de colère, comportement tout à fait inhabituel chez elle ! Elle bouscula un tabouret qui valsa à travers la pièce pour aller heurter le mur avec fracas…
L’infirmière du cabinet médical se précipita vers elle : "Que se passe t’il ? "
"Rien… Rien du tout" Marmonna t’elle
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Catherine s’était enfermée dans son bureau dès qu’elle était arrivée au labo pour consulter des dossiers et répondre au téléphone. Elle s’efforçait de recouvrer son calme et de se raisonner mais la partie était loin d’être gagnée. Catherine était folle de rage, elle avait besoin de ce défouler, pulvériser un pauvre tabouret ne lui avait pas suffit ! Elle avait besoin d’un café…
Elle se leva et se dirigea vers la salle de pause. Catherine prit alors une tasse et la cafetière entre ses mains… perdue dans ses pensées elle ne vit pas que sa tasse débordait et le café bouillant coula sur sa main ! Dans un nouvel excès de rage, Catherine jeta sa tasse sur le sol et partie en hurlant ! Nick et Warwick qui avaient assisté à la scène n’avaient pas osé prononcer un mot !
Catherine s’était de nouveau dirigée dans son bureau… après quelques minutes elle s’aperçut que Gil Grissom, qui était aussi son meilleur ami, l’observait depuis l’encadrement de la porte .
"Puis-je te demander quelle mouche te pique ?"
Comme Catherine ne répondait pas, Gil poursuivit :"Je t’accorde que nous vivons dans un pays libre et que tu n’es pas obligée de me fournir d’explication. Mais avant que tu décides de t’abriter derrière le cinquième amendement, je crois utile de te prévenir que le bruit court dans tout le labo que tu t’es défendue contre du café à grands coups de tasse !"
En d’autres circonstances, Catherine aurait probablement apprécié l’humour de son collègue mais là, elle ne daigna même pas esquisser un sourire.
"Bien, bien, bien ! J’ai compris"
Catherine observa son collègue, criminologue et entomologiste extraordinairement doué qui affichait une sévérité toute professionnelle que rien ne pouvait entamer lorsqu’il était au labo.
Cependant, il lui suffisait d’ôter sa tenue de travail pour devenir quelqu’un d’autre. Sa métamorphose était stupéfiante ; elle modifiait même l’expression de son visage et adoucissait ses traits. Ses yeux bleus aux paupières légèrement bridées ne perdaient toutefois pas leur intensité et même quand il fourrageait comme en cet instant dans sa chevelure couleur poivre et sel, ses mains fines paraissaient aussi agiles et expertes que lorsqu’il maniait un microscope.
"Tu sais, la façon dont tu changes de personnalité d’une seconde à l’autre m’étonnera toujours, marmonna Catherine. Tu es un vrai caméléon !"
"Tu ne serais pas en train de dévier la conversation, par hasard ?"
"Non, je me borne à constater un fait ! C’est ce que tu m’as enseigné ! "
" Catherine !... Pourquoi t’es tu attaquée à une pauvre tasse de café ? Cela ne te ressemble pas !"
"Elle est partie…" Dit simplement Catherine.
"Ah… Elle est partie !" Répéta Grissom
"Tu joues les perroquets maintenant ? Oui, elle a filé, déguerpi, envolée !"
"On dirait que tu as les nerfs en pelote aujourd’hui ! Est-ce que…" Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Catherine le coupa.
"Sara est intelligente pourtant elle ne veux rien entendre ! " marmonna la petite blonde
"Sara bien sûr… j’aurai du m’en douter ! Il n’y a qu’elle pour te mettre dans un état pareil, qu’est ce qu’elle a encore fait !"
"Rien justement ! Et elle ne fera rien !!!"
"De quoi es tu en train de parler Cath ? "
"De rien laisse tomber…"
"Tu as encore des soucis avec Sara ?!"
"Ce n’est rien Gris, je vais me débrouiller !" dit Catherine en lui souriant
Gil soupira :" Inutile de t’acharner… De toute façon tu n’arriveras à rien avec elle si elle n’en a pas envie ! Tu ne peux pas faire de miracles Catherine !"
"Oui, je sais…"
"Alors pourquoi te mets tu dans un état pareil ?"
"Je l’ignore… Peut-être qu’elle a touché une part de moi que je croyais perdue…"
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Un mois plus tard…
Après son départ précipité du cabinet médical, Sara s’était débrouillée pour éviter Catherine… Cette petite blonde hantait pourtant ses pensées et bien souvent depuis quelques jours Sara se disait que si elle n’avait pas été atteinte d’un cancer, elle l’aurait sans doute invitée à sortir un de ces soirs… Il était clair pour elle que le charme de Catherine Willows ne la laissait pas indifférente …
Sara avait prit sa journée aujourd’hui, depuis quelques temps elle se sentait frustrée, terrifiée et en colère. Passer quelques heures à l’école d’arts martiaux lui permettrait de se défouler, une bonne fatigue physique lui permettrait peut-être de dormir un peu mieux cette nuit, que toutes les précédentes.
Pendant des heures, elle travailla à fond et participa à plusieurs cours. Elle oublia alors son cancer, son refus de traitement, le Dr Alistair et… Catherine…
A 19h15, lorsqu’elle pénétra dans le parking de son immeuble, l’angoisse la tenaillait de nouveau. Elle monta l’escalier, ouvrit sa porte et entra dans le salon obscur qui donnait sur la rue en contrebas. Un parfum familier de rose l’enveloppa et elle le huma avec délice. Après avoir allumé le plafonnier, elle s’approcha de la table sur laquelle était posée une coupe de cristal contenant un pot pourri, elle y plongea une main pour remuer les pétales de fleurs séchées.
Fermant les yeux, il lui sembla reconnaître la fragrance si particulière du rosier qui poussait au coin de la veille maison décrépite où elle vivait autrefois avec sa grand-mère. Durant une fraction de seconde, elle recouvra presque l’heureuse insouciance de ses années passées auprès de sa grand-mère Jo.
Quand elle rouvrit les paupières, de grands murs bleu pâle lui firent face. Elle avait beau apprécié l’atmosphère apaisante de son appartement, depuis quelques temps elle était incapable de se détendre.
Ce dernier mois avait été très dur pour elle… Trop de pensées lui martelaient la tête, elle n’arrivait pas à les chasser et tout se bousculait dans son esprit. Elle se sentait si vulnérable… elle aurait aimé que quelqu’un la prenne dans ses bras et la serre très fort, en lui disant que tout se passerait bien…
Sara traversa le salon et se dirigea vers sa chambre. Elle s’allongea sur son lit jonché d’une courtepointe en patchwork dans différents tons de rouge et de brun. Brusquement, elle était exténuée, physiquement et moralement.
Elle s’assoupit à plusieurs reprises, mais chaque fois qu’elle sombrait dans le sommeil, Catherine surgissait devant elle… et la grande brune se réveillait en sursaut.
Au bout d’une heure de ce sommeil agité, Sara renonça à dormir et passa dans la salle de bains. Au diable Catherine Willows !
Il était temps pour elle de se ressaisir… Depuis sa visite chez le Dr Alistair, elle ne pensait plus qu’à son cancer ou à Catherine, parfois même aux deux ! Mais le plus souvent ses pensées étaient pour la belle petite blonde, cette femme avait quelque chose qui la désarçonnait, la troublait et la rendait furieuse...
Or Sara ne tenait pas à s’interroger sur les raisons de cette drôle de réaction. Pour s’empêcher de réfléchir, elle fit couler l’eau de la douche et se glissa dessous. Elle se savonna, se frictionna, se shampouina avec une ardeur vengeresse, crispant les mâchoires pour ne pas fondre en larmes…
Malgré tous ses efforts, elle ne réussit pas à effacer les paroles de Catherine qui retentissaient dans son esprit. Tu as un cancer Sara… Tu es jeune… laisse moi d’aider…
Elle avait un cancer… Voilà plus d’un mois qu’elle y pensait du matin au soir, pourtant elle n’avait rien dit à ses collèges, devant eux elle restait impassible, fière et solide. Le plus dur pour elle était d’éviter Catherine, mais par Dieu sait qu’elle miracle elle y parvenait pas trop mal ! Dès qu’elle voyait se profiler la silhouette de Catherine, la grande brune se précipitait dans la direction opposée ! Elle n’était pas encore prête à soutenir le regard de la petite blonde…
Sara ce sentit soudain bien seule… et comme personne ne risquait de l’entendre, elle laissa échapper un cri de colère, puis elle éclata en sanglots…
Elle n’avait pas peur de mourir, du moins le croyait elle. Ne rien faire, attendre la mort, attendre que le cancer la ronge… était-ce donc si absurde ? Mais subir une opération, une mutilation plutôt, et une chimio, tout cela pour obtenir un misérable sursis de quelques mois, vivre le calvaire que sa grand- mère avait enduré… n’était-ce pas tout aussi absurde ?
Sa grand-mère avait subit le martyre, simplement parce qu’elle ne voulait pas abandonner sa petite fille et la laisser seule au monde.
Sara sortit de la douche et se sécha rapidement. Elle enfila un vieux short, un T-shirt trois fois trop grand pour elle, et alla s’étendre de nouveau sur son lit.
En silence, elle s’interrogea : désirait elle vraiment mourir ? La réponse était claire, non elle ne voulait pas mourir, elle aimait la vie ! Mais la chimio… Elle avait beau tourner et retourner la question cent fois dans sa tête, elle en arrivait toujours à la même conclusion… En définitive, il s’agissait de décider si elle prolongerait ou non son agonie !
Sans doute la question se poserait-elle différemment si elle avait une famille, des enfants ou quelqu’un pour partager sa vie. Mais elle n’avait rien de tout cela… elle n'avait ni père, ni mère non plus .
Dans ce cas la situation serait différente ! Elle se battrait pour rester en vie ! Pour rester le plus longtemps possible auprès des êtres chers à son cœur. Mais en l’occurrence, elle n’avait personne.
Personne… Sara se blottit sous sa couverture, en position fœtale, puis regarda le plafond.
"Il était une fois une petite fille enfermée dans un orphelinat après la mort sa grand-mère, murmura t’elle. Je sais qu’à présent tu es dans un monde meilleur, où la souffrance n’existe pas mamy Jo. Tu as toujours veillé sur moi, tu m’as aidée, tu m’as donné la force de grandir, de faire des études, de me bâtir un avenir. Mamy Jo, aujourd’hui je suis perdue, j’ai besoin que tu m’aides encore une fois, j’ai besoin d’un signe…"
A cet instant, son portable sonna…
S’essuyant les yeux d’un revers de la main, elle hésita à décrocher le combiner. Était ce le labo ? Avait-on besoin d’elle pour une urgence ? Elle poussa un soupir et décrocha le téléphone…
"Sidle…"
"Est-ce que je te réveille ?"
"Qui est à l’appareil ?"
"Euh… C’est… Catherine"
Sara se crispa légèrement :"Pourquoi diable m’appelle tu ? "
"Je voulais te parle… et comme ça fait un mois que tu m’évites… je m’inquiétais voilà tout… "
"Nous ne sommes pas de vieilles amies Catherine, je ne vois pas pourquoi tu t’intéresse tant à moi ! "
"Écoute Sara, j’imagine que cet appel te parait un peu... bizarre… mais il m’a semblé important de discuter ensemble de ton état, il faut que tu en parle. Ceci étant, si je te dérange…"
Au ton de sa voix, Sara comprit que la petite blonde s’intéressait vraiment à elle… La sollicitude de Catherine la touchait à tel point qu’elle regretta de l’avoir rabrouée. Elle faillit presque s’excuser.
"Non, tu ne me déranges pas, simplement je suis encore un peu chamboulée par tout ça…"
"Comment te sens-tu physiquement ?"
"Plus ou moins bien…"
Pour une raison mystérieuse, Sara éprouvait brusquement le besoin de s’ouvrir, de se confier à quelqu’un qui ne l’écouterait pas par politesse ou par pitié. Et à cet instant précis, Catherine se trouvait être cette personne.
"As-tu appelé tes parents pour leur parler de tout ça ?! "Demanda Catherine avec douceur.
"Ils sont morts…"
Sara frissonna, elle n’était pas encore prête à lui raconter l’agonie de sa grand-mère, ni la lente autodestruction de son père miné par l’alcool, ni le fait que sa mère s’était suicidée en prison après avoir tué son mari. Elle n’avait pas envie que Catherine la prenne en pitié.
"Je suis désolée… comment sont ils morts ?"
Elle ne s’attendait pas à cette question et, pendant un instant, elle en voulu à Catherine de violer ainsi son intimité. Mais elle était trop épuisée pour se mettre en colère. Elle inspira, fixa le vide devant elle, elle devait le dire à Catherine, elle devait en parler à quelqu’un ! D’une voix atone Sara répondit…
"Mon père a été tué par ma mère alors que j’avais tout juste treize ans, il me battait et un jour, comme ça, sans prévenir, ma mère l’a poignardé ! Je n’ai presque aucun souvenir de lui, enfin je veux dire de bons souvenirs. Nous étions très pauvres, il n’y avait pas beaucoup de travail dans la petite ville de Californie où nous habitions. La plupart des hommes étaient fermiers ou mineurs. Mais mon père était toujours ivre alors personne ne voulait lui donner de travail … et un jour il est mort ! Ma mère s’est suicidée quelques mois après la mort de mon père, elle ne supportait pas la prison ! J’ai donc été élevée par ma grand-mère Jo…"
" Quel âge avais tu au moment du décès de ta grand-mère ?"
Mais comment Catherine avait elle su ? C’était un don, la petite blonde devinait souvent les choses…
"Seize ans… Écoute Catherine, je n’ai pas envie d’en parler. D’ailleurs, il me semble que tu as téléphoné pour discuter de ma santé, pas pour m’entendre raconter ma vie et jouer les assistantes sociales. "
"Je suis désolée… pour mon…"
"Ta quoi ? Ton indiscrétion ? "
"Oui…" murmura Catherine
"Ce n’est rien ! Je ne pensais pas être aussi bavarde ! "
Catherine s’éclaircit la gorge… il était 22 heures passées et voilà qu’elle dérangeait Sara chez elle ! Elle était tombée sur la tête !
"Cath ?! …"
La voix de Sara sonna comme un rappel à l’ordre
"Oui ?! "
"Si tu m’expliquais la vraie raison de ce coup de fil ! Je te signale qu’il est 10h du soir"
"Euh, et bien… C’est ton refus de te soigner et ton silence qui m’ont poussé à décrocher le téléphone…"
Bizarrement Sara se sentit déçue…
"Rappelle toi Cath, quand je suis partie je t’ai promis de te tenir au courant si je changeais d’avis"
"En effet… mais un mois sans avoir de tes nouvelles, sans te voir… je… j’ai… paniqué ! Il faut te faire soigner, laisse le Dr Alistair faire son travail, c’est le meilleur chirurgien de Vegas, Sara ! "
"Cath non… pas ce soir ! Je n’ai pas la force de me livrer à cet exercice"
"Je sais que tu ne veux pas de chimio et pas de mastectomie ! Mais je t’en prie Sara laisse Mégan Alistair enlever ces tumeurs. Je ne t’en demande pas davantage. Le Dr Alistair veux juste savoir s’il y a des métastases"
La grande brune soupira :"Quoi qu’elle trouve, je ne subirai pas de chimio ! Tu m’entends ?"
"Bien sur que je t’entends, je ne suis pas sourde !"
"Simplement têtue !" Assura Sara d’un ton moqueur
Catherine soupira… Elle avait le sentiment qu’avec cette femme, elle n’aurait jamais le dernier mot.
"Tu me permets de fixer une date pour l’opération avec le Dr Alistair ? Oui ou Non ?!"
"Si j’accepte, tu t’en tiendras là ? Tu me ficheras la paix après ça !"
"Ais-je le choix ?"
"Non ! Si le Dr Alistair fait plus que de retirer mes tumeurs, je lui intente un procès ! Et à toi aussi ! " Dit Sara en plaisantant à demi.
"Je suis donc forcée de m’incliner ! Je te préviendrai dès que je l’aurai appelée, pour prendre un rendez vous ! "
"Je suis une grande fille, je peux l’appeler toute seule tu sais…"
"Bien, c’est toi qui décide… mais laisse moi un message sur mon répondeur pour me dire quand l’opération aura lieu ! "
"Bien, Je t’appelle demain Cath ! Bonne nuit…"
"Bonne nuit…"
En raccrochant, Sara se dit qu’elle avait certainement besoin de faire examiner sa pauvre tête. Elle venait d’autoriser Catherine à prendre un rendez vous pour elle, avec un chirurgien qui l’ouvrirait comme un vulgaire poisson…
Catherine était soulagée… Peu lui importait que Sara s’obstine à refuser un traitement plus poussé. Le fait de retirer ces tumeurs leur ferait gagner un peu de temps. Le temps dont elle avait besoin pour convaincre Sara de suivre une chimiothérapie…
Chapitre : 3
Sara Sidle s’était, semblait-il, incrustée dans son esprit… Cette femme avait sans relâche hanté son sommeil. La mine sombre, Catherine traversa sa chambre pour ouvrir la porte-fenêtre. Elle demeura un long moment immobile dans la pâle lumière de l’aube, contemplant les arbres qui se découpaient dans le ciel et les gouttelettes d’eau qui s’accrochaient encore aux branches des chênes verts. La pluie avait cessé durant la nuit et le monde paraissait purifié. Catherine huma le doux parfum de la glycine dont les lianes s’entrelaçaient sur le mur blanc de sa maison. Elle aimait ces fleurs, elle les trouvait belles… tout comme Sara…
Sara… elle était d’une beauté sans nom ! Sans doute devait elle sa beauté au fait qu’elle ne ressemblait à personne. Elle vivait libre ! La plupart des femmes de son âge étaient mariées et avaient des enfants. Quand elles avaient le temps, elles faisaient un peu d’aérobic et elles passaient l’heure de cours à jalouser la silhouette et la tenue de leur copine de gym.
Alors que Sara, elle, pratiquait les arts martiaux… La grande brune lui avait parlé de sa passion, un jour lors de leur « traditionnel » café Starbuck. Plus le temps passait, plus Catherine trouvait que la grande brune était unique ! Était-ce sa maîtrise des arts martiaux qui lui donnait cette démarche féline, comme si elle était toujours sur le qui-vive, prête à bondir…
Catherine ne se souvenait pas d’avoir été un jour à ce point attirée par une femme. Elle avait déjà éprouvé pour les femmes qu’elle rencontrait de la sympathie, de la sollicitude, mais jamais elle n’était tombée sous le charme de l’une d’entre elles. C’était chose faite à présent ! Elle ressentait un besoin impérieux de protéger Sara… D’être son preux chevalier. Cette image la fit sourire, à l’évidence, Sara était farouchement indépendante et n’avait nullement besoin d’un preux chevalier ! Elle ne voulait pas de son aide et n’attendait rien de sa part.
Pourtant, hier elle avait fait un pas dans sa direction… Sara avait accepté que le Dr Alistair lui retire ses tumeurs. Catherine allait enfin savoir ce qui se tramait à l’intérieur de ce corps magnifique, le Dr Alistair serait en mesure de savoir combien de temps il lui restait à vivre avant que son cancer la dévore si elle refusait toujours de se soigner.
"Cathy !"
Catherine entendit des pas feutrés derrière elle et poussa un soupir. Sa gouvernante, Mme Warren, qui la connaissait bien, la laissait en principe tranquille car elle comprenait ses états d’âme. Elle s’occupait de la maison déjà bien avant la naissance de Catherine, et quand cette dernière en était devenue propriétaire à la mort de son père, Sam Braun, Miss Warren était resté à ses côtés, telle une amie fidèle. Le matin, elle entrait sans bruit et le soir venu, repartait sur la pointe des pieds.
Catherine pivota pour regarder la vieille dame qui lui toucha doucement le bras.
"Qu’est ce qui ne va pas mon petit? Je t’appelle depuis cinq minutes. Tu t’es couchée tard ?"
"Non ! J’ai des soucis avec une collègue voilà tout…"
La veille dame hocha la tête d’un air entendu.
"Ton petit déjeuner est prêt"
Chassant provisoirement Sara de ses pensées, Catherine suivit la gouvernante dans la cuisine. Réconfortée par l’odeur appétissante des œufs et du bacon, elle se hâta d’engloutir le tout avant que son assiette ne soit froide. Si elle ne se dépêchait pas, elle serait en retard pour la première fois de sa vie ! Elle ne pouvait pas se le permettre ! Encore moins ce matin, car entre autres choses elle devait téléphoner à l’hôpital pour prendre rendez vous avec le Dr Alistair ! Quelque chose au fond de son cœur, lui disait que Sara ne le ferait pas… la petite blonde avait donc décidé de s’en occuper pour elle !
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Catherine raccrocha son téléphone… L’opération aurait lieu jeudi matin à 10h. C’était dans quatre jours à peine… Catherine eut l’intuition que Sara ne serait pas vraiment ravie, elle était sûre d’être accablée de reproches en tout genre. Mais tant pis ! Le temps pressait…
Mentalement la petite blonde planifia sa journée. Elle allait d’abord mettre tous ses dossiers à jour, ensuite elle tenterait de joindre Sara pour lui dire qu’elle devait se rendre à l’hôpital le lendemain afin de subir des examens complémentaires.
Elle ne vit pas passer la matinée. Il était à présent midi, et tout le monde était parti déjeuner... N’y tenant plus, la petite blonde décrocha son téléphone et composa le numéro de Sara…
Deux minutes s’écoulèrent, une éternité pour Catherine… Enfin, elle entendit un déclic à l’autre bout du fil.
"Sidle…"
"Sara, c’est Catherine…"
Elle avait une voix si douce que la grande brune sentit un frisson courir le long de son dos, ce qui l’agaça prodigieusement.
"Je t’appelle juste pour te dire que le Dr Alistair t’opèrera ce jeudi, à 10h. J’ai jugé préférable de t’avertir tout de suite"
"Ben tu perds pas de temps dis donc ! Je t’avais dit que j’appellerai le Dr Alistair moi-même ! "
"Comme ça tu n’auras pas à le faire ! Tu n’as plus de temps à perdre, je pensais que tu l’avais compris… "
"Ô cancer, suspends ton vol et donne moi le temps de me faire charcuter"
"Il n’y a pas de quoi plaisanter Sara !"
"Que veux tu que je fasse ? Pleurer ? "
"Non, bien sûr que non ! J’aimerais seulement que tu prennes ta situation un peu plus au sérieux"
Catherine avait raison, elle se conduisait de façon puérile et n’en était pas fière. La petite blonde s’efforçait simplement de l’aider. Et malgré la maladie et la peur, elle commençait à éprouver une profonde affection pour Catherine…
"Excuse moi… Quand je me sens mal, j’ai tendance à devenir sarcastique. Un réflexe d’autodéfense en quelque sorte. Bon… Je suppose que je dois aller à l’hôpital demain pour des examens préliminaires ?"
Catherine perçut une telle vulnérabilité dans cette question qu’elle sentit son cœur se serrer. Malgré son ironie mordante, son indépendance et sa fouge, Sara avait éperdument besoin d’une épaule sur laquelle s’appuyer, même si elle n’en était pas encore vraiment consciente.
"Oui…"
"D’accord très bien. Merci d’avoir appelé, à bientôt…"
"Sara…"
"Oui ?"
"J’aimerais te voir…"
"Tu veux que je passe à ton bureau en arrivant au labo ?"
"Non, répondit elle embarrassée. Je… Je préférerais t’inviter à dîner… "
Sara resta un instant silencieuse, puis émit un petit rire…
"Tu plaisantes, je suppose ?"
"Non, pas du tout ! J’admets que ce n’est peut-être pas très orthodoxe, mais je serais ravie de dîner avec toi…"
Voilà, elle l’avait dit ! Et maintenant, comment réagirait elle si Sara refusait ?
"Tu as l’habitude de sortir avec tes collègues Cath ?" la taquina gentiment Sara
"Euh … non. Si ça peut te rassurer il ne s’agit pas vraiment d’un rendez vous galant. J’ai juste envie de passer un peu de temps avec toi… disons que j’échange notre café du matin contre un dîner… Cela fait un mois que nous n’avons pas pris de café ensemble… et je crois que ça me manque…"
Un long silence passa alors sur la ligne…
"Si j’accepte ton invitation, promets moi de ne pas me parler de ma santé ! " dit soudain Sara
"Si je réponds oui, je présume que je marque un point ?"
"Tu as tout compris…"
"Alors marché conclu ! Nous n’aborderons pas le sujet, sauf si tu en as envie…"
"Aucun risque là-dessus !"
"Tu veux que je vienne te chercher chez toi…" hasarda la petite blonde
"Je donne un cours à 18h à l’école d’arts martiaux. C’est tout près de la 15ème avenue. Tu peux m’y rejoindre vers 19h30. Ça me laissera le temps de me doucher et de me changer "
"C’est entendu ! A tout à l’heure Sara"
"Passe un bon après-midi, à ce soir…"
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Lorsque Catherine poussa la porte en verre de l’école d’arts martiaux, elle s’arrêta stupéfaite. Elle n’aurait su dire exactement à quoi elle s’attendait en entrant ici, mais certainement pas à ça !
La vaste salle rectangulaire dans laquelle elle se trouvait était bondée. Et pas un seul tailleur chic à l’horizon. Elle eut l’impression d’être un chien dans un jeu de quilles.
Sur sa gauche elle aperçut à travers une vitre un groupe d’élèves en plein travail. Peut-être la classe de Sara…
Sur les étagères qui couvraient le mur de droite s’entassaient des trophées, des coupes, des récompenses et des photos… Sur l’une d’elles, Catherine reconnut Sara, juchée sur la plus haute marche d’un podium. Elle exhibait fièrement la médaille d’or du Championnat national.
Catherine luttait contre l’envie folle de voler cette photo, quand elle se rendit compte que tous les regards étaient rivés sur elle. Nerveuse, elle s’éclaircit la gorge et faillit battre en retraite lorsqu’un vieil homme de type asiatique s’approcha. Il était vêtu d’un kimono blanc au col noir passablement défraîchi, retenu à la taille par une ceinture noire, nouée d’étrange façon et dont l’une des extrémités s’ornait de plusieurs galons blancs…
Le vieil homme était petit et menu, pourtant Catherine eut l’impression d’avoir à faire à un géant !
"Bonjour ! Je suis Maître Seo, je peux vous aider ? Vous voulez apprendre le taekwondo ?"
"N… Non je… j’ai rendez vous avec… avec une amie, Sara Sidle…" Bredouilla Catherine.
Le Coréen plissa les paupières et examina la nouvelle arrivante.
"Vous aimez Sara ?"
Catherine resta bouche bée…
"Euh, et bien, c'est-à-dire que… oui… enfin non… je dirais que je l’apprécie beaucoup ! " Avoua t’elle, telle une collégienne confrontée pour la première fois au père de sa petite amie.
Maître Seo lui planta un index dans le sternum :"Je n’y vois pas d’inconvénients ! Mais attention hein ?! Sara est une gentille fille, si vous lui faites du mal, je vous brise les deux jambes ! C’est clair ?!"
"Oui monsieur !" articula Catherine d’une voix blanche terrifiée, ce n’était pourtant pas le genre à perdre ses moyens, mais la question du vieil asiatique l’avait quelque peu déstabilisée…
"Bien. On s’est compris ! Voilà qui me plaît ! Sara ne va pas tarder à arriver, passez une bonne soirée !"
Le vieil homme pivota sur lui-même et disparut dans un petit bureau. Soulagée, Catherine inspira profondément et, les mains dans les poches, s’approcha de la vitre la séparant de la salle de classe. Ce qu’elle y découvrit l’émerveilla. Sara était là… dans un kimono blanc à col noir, pareil à celui de Maître Seo, face à une soixantaine d’élèves. Elle avait attaché ses longs cheveux noirs en queue de cheval et son visage enflammé par l’effort luisait de sueur…
Catherine écarquilla les yeux en la voyant lever son pied à hauteur de sa tête. Puis elle bondit comme un chat, décolla du sol et tourna sur elle-même.
"Elle est formidable vous ne trouvez pas ?" Demanda un colosse au sourire éblouissant, qui campait devant la vitre, admirant lui aussi le spectacle.
"Oui, elle formidable" et magnifiquement envoûtante… Ajouta Catherine mentalement. Elle entendit soudain crier Sara, tous ses élèves se mirent alors en rang et vinrent l’un après l’autre s’incliner devant leur professeur qui leur rendait aimablement leur salut. Puis la porte s’ouvrit… Ce fut à cet instant seulement que Sara remarqua la petite blonde.
Lorsque la grande brune s’avança vers elle, Catherine ne pu s’empêcher de la dévorer des yeux. Elle était encore plus belle que dans son souvenir, avec ses joues roses, les mèches folles qui s’échappaient de sa queue de cheval et dansaient sur ses épaules.
Quand elle lui sourit, Catherine crut que son cœur allait fondre dans sa poitrine comme neige au soleil…
"Que fais-tu ici de si bonne heure ?"
"Je… j’ai quitté le labo plus tôt que prévu. Alors, j’ai décidé de venir t’attendre ici !"
"Menteuse… rétorqua Sara avec malice. Avoues que tu voulais me voir à l’œuvre."
"C’est vrai je l’avoue, j’était curieuse de te voir en kimono"
"J’en étais sûre ! Bon je vais me doucher, j’en ai pour une minute"
Elle la regarda s’éloigner d’un pas léger et gracieux. Secouant la tête pour se ressaisir, elle s’assit sur un banc et croisa les jambes. Malgré les efforts surhumains qu’elle déployait pour paraître à son aise, Catherine avait l’impression que tout le monde percevait sa nervosité.
Quand Sara sortit du vestiaire, elle en eut le souffle coupé. Elle avait revêtu un tailleur de soie bleu cobalt, dont la jupe droite découvrait ses genoux lisses comme des galets. Sous sa veste elle portait un caraco en dentelle d’un blanc nacré qui laissait deviner un soutien-gorge noir…
"Ne me regarde pas comme ça, les gens vont jaser…"
"Tu es merveilleuse ! C’est vraiment toi ?!"
"Non, je suis mon sosie ! Tu ne pensais quand même pas que j’irais au restaurant en jean ?"
"Je ne sais plus ce que je pensais à dire vrai ! C’est la première fois que je ne te vois pas en pantalon… Tu es absolument… renversante !"
"L’habit fait le moine" Rétorqua Sara.
"Pas du tout !"
"Mais si !"
Cela m’étonnerait fort hélas, pensa Catherine. A te voir ainsi j’en avais presque oublié que tu es mourante et pourtant… Ce n’est pas ce superbe tailleur qui te sauvera la vie… se dit mentalement la petite blonde avec tristesse.
Chapitre : 4
Tandis que Catherine lui tenait galamment la portière, Sara monta dans la Denali et s’assit sur la mallette de la petite blonde. Impassible, elle se souleva pour saisir l’attaché-case et le lui tendit.
"Tiens, je crois que ce confortable coussin t’appartient ! "
Catherine saisit la mallette et la balança sur la banquette arrière.
"Décidément, je n’en rate pas une !"
Sara éclata de rire et Catherine se sentit rougir…
"Où est ta voiture ? Tu préfères peut-être me suivre ?"
"Je n’ai pas pris ma voiture ce soir ! Tu me ramèneras chez moi après la soirée…"
Catherine acquiesça et referma calmement la portière. Mais, en contournant sa Denali, elle ramena son poing sur elle en signe de victoire tout en murmurant : Génial, je la ramène…
Elle se rendit alors compte que c’était un signe de triomphe parfaitement ridicule… Elle était une adulte et de surcroît elle était une scientifique ! Elle ne pouvait pas se permettre d’agir comme une gamine de 15 ans ! Pourtant c’était plus fort qu’elle… Sara avait sur elle un effet dévastateur !...
"Où m’emmènes tu dîner ?" S’enquit Sara un moment plus tard, alors qu’elles se dirigeaient vers le périphérique.
"Chez Han’s, c’est un restaurant chic"
"Il y a des restaurants chics à Vegas ?! Première nouvelle ! "
Du coin de l’œil, Catherine vit que la grande brune avait croisé ses longues jambes fuselées. Sa jupe découvrait une cuisse ambrée et ce spectacle la troubla à tel point que son corps réagit de façon incongrue… Gênée, elle crispa ses mains sur le volant.
"Tu as faim ?"
"Oui ! Je mangerai un cheval à moi toute seule…"
Le reste du trajet se déroula en silence, ce dont Catherine fut ravie, elle était tellement troublée par la grande brune qu’elle préférait se taire plutôt que de gaffer à nouveau…
Il était près de 21 heures quand elles pénétrèrent dans la salle du restaurant. Sara constata que tous les hommes présents suivaient Catherine des yeux et elle du fournir un effort considérable pour ne pas se rengorger comme un paon… Ce soir, la petite blonde dînait avec elle !...
"Bonsoir Miss Willows, quel plaisir de vous revoir…" Dit le maître d’hôtel d’un ton cérémonieux, alors que les deux jeunes femmes prenaient place à une table un peu à l’écart.
"Bonsoir Thomas ! Apportez nous une bouteille de champagne je vous prie"
"Très bien mademoiselle !"
Sara ne disait rien… elle se contentait de fixer Catherine d’un regard pénétrant et intense. La petite blonde la dévisagea à son tour et sentit son cœur se serrer. Malgré la lumière tamisée, elle lisait la fatigue sur les traits de Sara. Elle avait le teint pâle, cireux… Dans son état, donner des cours de taekwondo équivalait à courir un marathon. Pourtant, elle se tenait très droite et il émanait de tout son être une volonté sans faille.
"J’avais promis de ne pas parler de ta santé, je sais… mais… je ne peux pas continuer ce petit jeu ! Tu as autorisée le Dr Alistair à t’enlever ces tumeurs, j’en suis heureuse, néanmoins, il faudrait aller plus loin… Accepter une radiothérapie, voire une chimio. Et commencer le traitement tout de suite !..."
Sara se raidit… Catherine ne vit pas un muscle de son visage tressaillir, mais une lueur de désespoir traversa ses yeux couleur chocolat qui reflétaient une intolérable résignation !
Le serveur leur apporta le champagne et remplit leurs coupes avant de s’éloigner. D’un geste machinal, Sara se massa les tempes. Catherine l’observait en silence. Elle aurait voulu la prendre dans ses bras, la bercer, Sara était si stupidement courageuse.
"Parle moi Sara ! Laisse moi t’aider. Tu souffres ?"
La grande brune lui lança un regard irrité…
"Quand tu me l’as demandé la première fois il y a un mois, je t’ai dis que je ne souffrais pas ! Je ne mentais pas, simplement… ce soir… je suis un peu lasse"
Catherine éprouvait un poignant sentiment de compassion pour cette femme qui avait su toucher son cœur comme personne ne l’avait fait depuis des années.
"Tu peux appeler le Dr Alistair, elle te prescrira quelque chose qui te soulagera"
"C’est gentil de penser à moi ! Mais je n’ai besoin de rien. Il m’arrive parfois d’être très fatiguée, d’avoir les jambes en coton. Ensuite, ça passe !"
Incapable de s’en empêcher plus longtemps, Catherine posa une main sur la sienne.
"Conviens au moins qu’il faut que tu commences la radiothérapie tout de suite après l’opération"
Sara eut l’impression de recevoir un coup de poing en plein dans l’estomac. Catherine avait raison bien sûr, inutile de le nier. Mais tout allait trop vite, la vérité était trop odieuse !
"Oui… Peut-être" Répondit elle d’une voix tremblante.
Elle ferma les paupières pour ne pas fondre en larmes. Quand elle les rouvrit, elle chercha le regard de Catherine. Ce qu’elle y vit la bouleversa… Pour une raison qui lui échappait encore elle vit que Catherine voulait sincèrement qu’elle vive !
"Je laisserais le Dr Alistair m’enlever ces tumeurs, je m’y suis engagée, et je… je subirai la radiothérapie, du moins pendant un certain temps ! Mais, quels que soient les argument du Dr Alistair ou les tiens… vous ne réussirez pas à m’imposer une mastectomie ou une chimiothérapie !!"
(NDLA : une radiothérapie est à base de rayons, une chimiothérapie à base d’injections. Cette dernière peut causer chute de cheveux, de dents, nausées, fatigue alors que les effets de la radiothérapie sont moindres).
Catherine faillit se mettre en colère. Le Dr Alistair lui avait expliqué, lors de leur conversation téléphonique, que beaucoup de femmes refusaient la mastectomie par crainte de ne plus plaire ou de ne plus supporter de se regarder dans un miroir ! Ce refus les avait menées au cimetière ! Sara ne mourrait pas… elle l’en empêcherait !
"Nous ne savons pas encore si ce sera nécessaire, le Dr Alistair t’en a simplement parlé parce qu’elle veut combattre ce cancer par tous les moyens ! Il serait sage d’attendre jeudi pour prendre une décision, tu ne penses pas ?"
"Absolument d’accord ! A chaque jour suffit sa peine, n’est-ce pas ?"
Sara sentit peser sur elle le regard de la petite blonde et, brusquement, elle eut envie de se cacher dans un trou, comme une bête blessée, pour attendre la fin… Jusqu’ici, elle avait toujours affronté les épreuves de la vie avec courage, sans se dérober, mais aujourd’hui… Aujourd’hui c’était trop dur ! Elle ne pouvait pas faire face…Sara releva la tête et adressa un sourire éblouissant à Catherine...
"Tu m’as bien amenée ici pour dîner, je ne me trompe pas ? J’ai une faim de loup ! Pas toi ?"
Catherine lui sourit à son tour, comprenant l’envie de Sara de changer de sujet :"Qu’aimerais tu manger ?"
"Euh… Voyons… Une entrecôte à point, sauce moutarde, avec des pommes de terre au four et une salade. Et toi ?"
"Je prendrai la même chose..."
Catherine fit un signe au serveur et passa la commande. Quelques minutes plus tard, on leur apporta leurs plats qu’elles dégustèrent en échangeant des propos banals, en parlant de la pluie et du beau temps, de Lindsay, de leur travail… et chacune évita soigneusement d’aborder les sujets touchant à la santé de Sara.
A la fin du repas quand Catherine eut payé l’addition, elle entraîna Sara vers sa voiture afin de la raccompagner chez elle… Durant le trajet, chacune se plongea dans ses pensées.
Sara s’interrogeait sur sa propre attitude. Quand on apprenait qu’on était atteint d’un cancer, on passait fatalement par une phase de panique. Alors pourquoi se renfermait elle dans sa coquille chaque fois que Catherine lui tendait la main pour essayer de l’aider ?
Elle ne semblait plus capable, comme elle en avait l’habitude, de contrôler ses émotions, de se comporter de façon rationnelle, de prendre des décisions et de s’y tenir. En réalité, cette femme l’obsédait. Malgré tous ses efforts, elle ne cessait de songer à la petite blonde… Bon sang ! Elle ne pouvait pas se permettre de tomber amoureuse maintenant ! Et surtout pas de Catherine Willows…
Quelques minutes plus tard, Catherine se garait dans le parking de l’immeuble de Sara..
La petite blonde l’escorta jusqu’à son appartement… Quand Sara eu ouvert la porte, elle se tourna vers Catherine...
"Tu veux entrer un moment ?" demanda la grande brune dans un sursaut de courage ou plutôt de stupidité se dit elle
"Volontiers ! Passe devant… je te suis" répondit la blonde dans un murmure
Catherine referma la porte puis suivit la grande brune dans le salon….
Sara traversa la pièce, consciente que son invitée ne la quittait pas des yeux… Elles se connaissaient depuis presque sept ans, et cela faisait tout juste quelques mois qu’elles s’appréciaient réellement, mais il s’était avéré que depuis qu’elles s’étaient montrées civilisées l’une envers l’autre, leur attachement avait été rapide… intense… presque fusionnel… mais la petite blonde ne pouvait pas être attirée par elle ! Non… bien sûr que non ! C’était stupide !... Son propre désir lui embrumait l’esprit ! Par ailleurs, elle était sa supérieure ! Et Sara avait découvert qu’elle avait un cancer…
Alors que pouvait il se passer entre elles ? Rien… Absolument rien !