E P I S O D E : 3

 

 

- Je me bats désormais aux cotés de l’agent Mulder.


La voix de Shannon McMahon transmettait à la fois sa détermination et une forme de sensualité. Toute sa personne, son regard, dégageaient un charisme contre lequel ni Sara Sidle, ni Monica Reyes, n’arrivaient apparemment à lutter. Sara était partie se percher sur un des deux tabourets qui se trouvaient devant le comptoir séparant le salon du coin cuisine, après avoir silencieusement fourni une chaise à la grande brune au regard bleu. Monica se tenait immobile, les yeux dans le vague, assise sur le canapé à coté de Catherine. Aucune des deux autres ne semblait visiblement vouloir contester ce qu’expliquait Shannon, pensa cette dernière qui jugea donc qu’il était temps qu’elle intervienne.


- Vous étiez donc dans l’appartement avec Mulder ? Demanda Catherine.

- Oui, c’est ce que je vous ai dit, lui répondit Shannon.

- Si c’est bien le cas, qu’est-ce qui nous dit que ce n’est pas Mulder lui-même qui vous a tiré dessus afin de pouvoir s’échapper ?

- Votre enquête a dû vous révéler que c’est moi qui louais cet appartement sous le nom de Jeri Ryan. Pourquoi…


Les trois femmes entendirent alors Sara pouffer de rire et se tournèrent vers elle interloquées.


- Bien trouvé Shannon ! Oh heu… Excuse-moi Catherine… C’est exact, c’était bien ce nom là, j’ai de bonnes raisons de m’en souvenir. Continue, continue…Pardon.


Shannon sourit à Sara visiblement fière que quelqu'un ait saisi l’allusion à Star Trek Voyager et à l’actrice qui y jouait un organisme bio-mécanique borg. Sara avait du mal à retrouver son sérieux, une image de Shannon proclamant « I’m Borg » du haut de ses 1 m 80, flottait avec persistance dans son esprit. Catherine choisit de l’ignorer et fixa de nouveau Shannon pour l’inciter à continuer. Cette dernière effaça en un éclair le sourire de son visage, se pencha en avant et reprit son explication.


- Pourquoi Mulder serait-il venu dans mon appartement sachant qui j’étais et les risques que cela comportait, s’il ne me faisait pas confiance ?

- Pour voler votre disque dur bien sûr ! Vous croyez qu'on ne s'est pas aperçu de sa disparition ?


Shannon, silencieuse, se redressa, examina Catherine et la fixa sans rien ajouter. Elles restèrent toutes les deux immobiles un certain temps, les yeux dans les yeux. Sara et Monica assistèrent fascinées à cette pure démonstration de résistance mentale. « Houlà ! » se dit Sara sentant monter la tension, observant la main de Catherine qui se refermait sur l’arme qu’elle tenait posée sur sa cuisse.


Heureusement Shannon choisit de baisser les yeux avant que la situation ne dégénère.


- Ce n’est pas ce qui s’est passé. Comme je vous l'ai déjà dit, Mulder et moi étions dans mon appartement, il m’apportait des informations sur mon codage génétique que j’ai entré dans mon ordinateur, puis il est reparti. Quelques instants plus tard un homme que je n’avais pas entendu entrer m’a tiré une première balle dans le dos puis quatre autres alors que j’avançais vers lui. Il devait savoir exactement où tirer puisque j’ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillée, la police était là, et oui ! Mon disque dur avait disparu, il fallait que je m’enfuie. Je n’ai pas revu Mulder depuis. Il était nécessaire que je retrouve l’homme qui m’a tiré dessus et surtout mon disque dur, c'est pour ça que je suis là. Je me suis infiltrée dans vos bureaux, j’ai trouvé l’adresse de la personne chargée de l'enquête et découvert par hasard que les agents Reyes et Scully travaillaient avec elle. Et me voilà, je n’ai rien à vous cacher.


- S’il y avait une troisième personne dans cet appartement, il a probablement laissé des traces derrière lui, conclut Catherine.


Elle était presque convaincue maintenant en l’écoutant parler, de la sincérité de Shannon. Elle ne cherchait pas à se justifier, c'était toujours un bon signe.


- Nous verrons bien si notre enquête confirme votre histoire. Ajouta-t-elle.


Monica avait délibérément décidé de laisser les enquêtrices du CSI se faire d’abord elles-mêmes une idée de la situation, jugeant qu’il était certainement plus approprié de laisser Catherine prendre les choses en main. Monica préférait observer et réfléchir plutôt que de prendre des décisions ou de se confronter aux gens. Cependant il lui fallait maintenant savoir une chose.


- Shannon, est-ce que vous savez où est Mulder, comment le contacter ?

- Non, c‘est lui qui me contacte à chaque fois. Je pense qu’il est resté à Las Vegas. J’ai comme l’impression qu’il savait que l’agent Scully allait venir et qu’il l’attendait mais il est fort possible qu’il ait vu ou entendu ce qui s’est passé dans mon appartement et ait choisi de disparaître. Je ne sais absolument pas où il se cache. Il est tellement facile de passer inaperçu à Las Vegas qu’il peut être n’importe où.


Monica soupira. Sara la regarda comprenant ce que cela voulait dire pour elle : elle ne serait pas capable d’apporter à Scully la seule nouvelle qu’elle voulait entendre. Sara éprouva le besoin de la réconforter et essaya de le faire en affirmant :


- Si cet homme est passé par cet appartement, nous découvrirons un moyen de le retrouver ou au moins nous en apprendrons plus sur lui. Il nous a déjà laissé une balle que j’ai retrouvé fichée dans un mur, il me reste à l’analyser. Si nous le retrouvons, Mulder sera un peu plus en sécurité.

- Oui, tu as raison Sara, il faut retrouver cet homme, dit Reyes résolue, le regard soudain plus sombre.

 
La sonnette de la porte résonna dans l’appartement où le silence s’était installé. En un instant, Catherine était debout, l’arme à la main mais Reyes posa une main sur son bras.


- Cela doit être Dana.

- Oh, émit Sara en regardant sa montre.


Elles allaient être en retard… Sara sauta de son tabouret et se dirigea vers l’entrée.

 L’agent spécial Dana Scully avait l’air en bien meilleure forme que le matin, visiblement reposée, son regard pourtant trahissait les soucis qui l’occupaient. Elle salua rapidement Sara et entra, marquant un temps d’arrêt quand elle aperçut Shannon. Scully resta un instant immobile, la bouche ouverte puis demanda d’une voix sombre.


- Que faites-vous ici ?


Monica qui s’était levée, se dirigea vers sa collègue. Le sourire qui s’était inconsciemment dessiné sur son visage quand elle avait aperçu la petite rousse avait disparu.


- Dana, il faut que je te parle, dit-elle en l’entraînant à nouveau dans le couloir de l’immeuble.

Quand Sara se retourna pour rejoindre son salon, Catherine la regardait. « Mais… Est-ce qu’elle passe son temps à m’observer ? » Remarqua soudain Sara. Cela faisait déjà trois ou quatre fois que Sara ne tournait la tête que pour trouver Catherine en train de l’examiner. Rien de désagréable à cela mais tout de même, ces regards commençaient à devenir un peu trop insistants au goût de Sara. Que fallait-il au juste qu’elle en pense ? Est-ce qu’elle vient de découvrir que je suis un être humain et pas le robot avec qui elle croyait travailler? Est-ce qu’elle fait une enquête sur les mœurs des scientifiques dans leur habitat naturel, ou bien est-ce qu’elle trouve juste que mon jean me va très bien ? Sara se dirigea vers la table basse pour ramasser les tasses de café.


- Il va falloir que nous pensions à y aller si nous ne voulons pas être en retard, dit elle en se dirigeant vers sa cuisine.

- Oui… Shannon ? Vous restez avec les agents Reyes et Scully ? Demanda Catherine.

- Et bien je pense que cela va dépendre de l’agent Scully…

- Oui… Bien sûr…

***

 

De l’autre côté du mur de l’appartement, Monica finissait de résumer à Scully ce que leur avait appris Shannon. Même si elle-même n’était pas prête à faire entièrement confiance au super soldat, elle essayait de le cacher, le temps de convaincre Scully de travailler avec elle. Scully n’avait en effet jamais fait confiance à Shannon mais Monica jugeait qu’elle ne présentait pour l’instant aucun risque et qu’elle leur fournissait au moins un début de piste et peut-être le moyen de joindre Mulder.


- Laissons Sara et Catherine s’occuper des indices de l’appartement, proposa Monica qui voyait que Dana n’arrivait pas à prendre une décision. Ne lui révélons pas tout de suite ce que nous trouverons. Nous verrons bien si son histoire se confirme.

- Oui… Tu penses qu’elle se trouvait véritablement en contact avec Mulder ?

- Je ne sais pas Dana, je ne sais pas. Peut-être que Sara et Catherine nous donnerons une réponse tout à l’heure. Elle… Elle nous a dit que Mulder avait l’air de savoir que tu viendrais à Las Vegas…

- Oui… C’est possible… En effet…


Dana fixait un point sur le mur, son visage était fermé, son regard presque vide, elle n’ajouta rien. De plus en plus souvent maintenant, Monica la voyait réagir ainsi. Elle attendait que Scully prenne une décision, lui fasse part de son point de vue, termine une phrase, mais la rousse restait sans réaction comme si elle ne savait plus où aller, quoi faire, comment dire ce qu’elle ressentait. Elle se perdait dans des pensées qui restaient inaccessibles à Monica.

Dans ces moments là, Monica sentait le besoin de la prendre dans ses bras, de lui dire qu’elle était là pour elle, qu’elle pouvait lui parler, qu’elle ferait tout pour que son calvaire s’arrête enfin un jour mais elle se retenait, trop respectueuse de l’intimité de Scully, incapable de briser le silence dans lequel se réfugiait sa collègue.

Monica se contenta de chercher le regard de la petite rousse et d’essayer de lui faire comprendre ce qu’elle ressentait avec ses yeux. Scully releva la tête et la fixa, peut-être un peu plus longtemps que d’habitude, puis elle sourit, peut-être un peu plus largement que d’habitude. Monica surprise, pencha la tête sur le côté et répondit à son sourire.

 
Leur tête à tête fut interrompu par le bruit de la porte de l’appartement de Sara. Cette dernière ne tarda pas à apparaître et signala clairement sa présence en s’éclaircissant la gorge.


- Nous allons y aller…

- Oui, oui bien sûr, dit Monica en se retournant. Nous emmenons Shannon avec nous. Nous vous laissons vous occuper seules des indices ramassés sur votre scène de crime.

- Ok, répondit Sara.

 Elle attendit que Monica ait récupéré les affaires qu'elle avait laissé dans son appartement puis que tout le monde soit sorti avant de fermer sa porte à clef.

 
Les regards de la femme super-soldat et de Scully se croisèrent à nouveau, étrangement, Shannon semblait intimidée mais Monica se souvint qu’il en était de même la première fois qu’elles s’étaient vues dans l’appartement de Dogget il y a deux ans. Catherine elle, sembla ignorer tout le monde et se dirigea vers l’escalier, Sara n’habitait qu’au premier étage.


- Heu… Dis Monica en regardant Sara qui venait de la rejoindre. Vous nous tiendrez au courant ?

- Bien sur Monica ! Je t’appelle dès que nous avons du nouveau. Promis ! Répondit Sara en posant sa main sur le bras de Reyes.

 
Elles se dirigèrent toutes vers l’escalier. Cependant, Scully, dont le regard allait de Monica à Sara puis de Sara à Monica resta un peu en retrait. On pouvait lire comme un léger étonnement dans ses yeux, elle sourit presque imperceptiblement, puis les suivit.


Dans l’escalier Monica se rapprocha de Sara et lui dit presque en chuchotant :


- Catherine est fâchée ?

- Hein ?

- Tu as vu comme elle est partie !

- Oh… Ca ! Non ce n’est rien, c’est juste Catherine !

- Ha…

- Elle n’aime pas se déplacer lentement ! Je me suis habituée… Expliqua Sara en souriant.

Les cinq femmes se séparèrent sur le trottoir. Catherine et Sara retournaient dans leur labo, les trois autres avaient décidé d’aller dîner pour laisser à Shannon l’occasion de leur expliquer les recherches qu’elle était en train de mener sur ses origines génétiques.

 Catherine qui les avait tout de même attendues au bas de l’immeuble, partit dans la même direction que Sara. Elles marchèrent côte à côte quelques instants en silence puis Catherine prit la parole.


- Sara. Je voulais te parler.

- Ha ?

- Oui. C’est pour ça que je suis venue tout à l’heure. Je voudrais qu’on prenne le temps de discuter un peu toutes les deux.

- Oh.

- On travaille ensemble depuis trois ans maintenant et on en est encore à jouer au chat et à la souris : soit on s’ignore, soit on se crie dessus comme ce matin. On pourrait peut-être aussi essayer de se parler un peu tu ne crois pas ?

- Ok.

- Tu ne voudrais pas arrêter d’imiter Grissom un instant !

- Pardon !?!


Hey ! Sara voulait bien jouer le jeu mais si ça commençait comme ça… Mais pour une fois Catherine avait décidé de jouer la scène autrement. Elle s’était arrêtée devant Sara, les bras croisés, lui bloquant le passage, et souriait largement.

- « Ha… Oh… Ok… » Sara ! J’essaye de faire un pas vers toi. Tu es sensée au moins m’encourager et me dire quelque chose comme « je serais ravie d’aller prendre un verre avec toi Catherine… »

- Je serai ravie d’aller prendre un verre avec toi Catherine… Répéta obligeamment Sara mais après un coup d’œil à l’air effondré de Catherine, elle se ravisa et reprit. Ou… Peut-être un petit déjeuner à la fin de notre service… Après tout cela ne fait que trois ans que j’attends que tu me le demandes !

Elle n’avait pas pu s’empêcher d’ajouter cette dernière remarque. Si la reine de la terre croyait que cela allait être aussi simple que cela, elle se mettait le doigt dans l’œil !


Mais Catherine n’était décidément pas prête à laisser Sara s’en tirer aussi facilement. Cette fois, elle sourit plus largement encore, plissant légèrement ses yeux dont le bleu pâle commença à briller et dont le charme était accentué par les quelques rides qui apparaissaient sur ses tempes. Sara avait devant elle le parfait exemple de Catherine Willows en pleine possession de tous ses pouvoirs de séduction. Elle sentit qu’elle allait capituler, comme tout ceux qui affrontaient un jour ce regard là.

- Hey ! Tu ne comptes pas les cinq whiskies après que tu aies quitté Hank ? Ajouta Catherine qui se souvenait d’une Sara plus que légèrement éméchée lui racontant combien l’ambulancier avait peu d’importance à ses yeux et s’était en plus révélé être un mauvais coup.

- Hum… Pas vraiment, après les deux premiers je ne me souviens même plus de ce que j’ai raconté. Répondit Sara qui mentait délibérément.

- Ok, on oublie tout et on recommence alors…

- Ok. Heu… Dit Sara en cherchant ce qu’elle allait ajouter. Avec plaisir Catherine. Hum… Il faut qu’on y aille parce que…

- Oui, oui, Sara Sidle n’est jamais en retard. Je sais…

« Et parce que si tu continues à me regarder comme ça je vais finir par me liquéfier ici-même sur ce trottoir » se dit intérieurement Sara.

 Elles se séparèrent, chacune prenant sa Chrysler Tahoe noire. Sara démarra et appuya sur le bouton « play » de son lecteur de CD. Elle choisit la chanson et s’engagea dans la rue. Elle était dans une période Garbage.

 

”Watch my temper I go mental
I’ll try to be gentle
When I’ll grow up I’ll be stable
When I’ll grow up I’ll turn the table
When I’ll grow up
When I’ll grow up”

  

Sara chantonnait. Pour elle, la journée était sensée tout juste commencer, même s’il était déjà presque six heures, et déjà elle était bien trop remplie d’événements en tout genre que Sara n’était pas bien sûre de pouvoir interpréter. Cela lui posait un problème. Sara n’aimait pas, n’aimait pas du tout, perdre le contrôle de ce qui lui arrivait. Sara ne savait même plus si elle était de mauvaise humeur ou pas. Monica, Catherine, les supers robots, la conspiration, Catherine, Monica … Cela faisait beaucoup !


Cependant, même si cet excès d’informations l’inquiétait légèrement, Sara se dit que pour une fois elle s’amusait. Et c’était une bonne chose ! Et puis elle y avait gagné un petit déjeuner avec Catherine Willows ! Hum…

 

« When I’ll grow up… » Reprit Sara à tue tête en battant le rythme sur son volant.

 

***

 

Depuis le couloir qui la menait à la salle de repos, Sara entendit les cris de Warrick et Nick qui apparemment jouaient mais elle se demandait bien à quoi.


- Mais saute ! Saute ! Bon sang. Hurlait Nick.

- Laisse faire le maître et regarde ça un peu… Youp ! Bien joué ma fille !


Sara pressa le pas, interloquée. Ils étaient tous les deux devant la télévision en train de jouer à la Playstation, Warrick assis par terre, Nick debout derrière lui. Sara se rapprocha de l’écran et posa sa main sur l’épaule de Nick. Elle reconnut immédiatement l’héroïne à la queue de cheval qui marchait sur le bord d’un toit.

- Lara Croft ! C’est le dernier ?

- Hello Sara, répondit Nick. Oui, Warrick vient de l’acheter !

- Wow, cool ! Salut Warrick !

- Salut Sara. Pas mal hein… Ho ho…

Après avoir poussé un cri déchirant, Lara Croft venait de tomber du toit et de s’écrouler par terre. Grissom, suivi de près par Catherine fit alors son entrée dans la pièce.


- La récréation est finie les enfants ! Il est l’heure de se mettre au travail !

Sara resta derrière Nick et évita de croiser le regard de son superviseur. Pour la dix millième fois elle se posa la même question : « mais qu’est-ce que j’avais absorbé le jour où je l’ai invité à dîner ? » Grissom l’avait regardée comme si elle avait définitivement perdu la raison et l’avait envoyée balader sans vraiment lui fournir d’explication. Depuis, elle se demandait ce qui lui était passé par la tête ce jour là. Sans doute était-elle encore sous le choc de l’explosion dans le labo, ou désespérément seule. Quoi qu’il en soit, il était parfois difficile depuis, de se tenir dans la même pièce que lui, même s’ils étaient très forts tous les deux lorsqu’il s’agissait de jouer à « ignorons l’éléphant qui se trouve de l’autre côté de la pièce ! »

- Catherine et Sara : votre victime disparue. Warrick et Nick, vous avez un suicide suspect dans un hôtel, appelez-moi si vous avez un problème mais vous devriez pouvoir vous en tirer !

- Merci de votre confiance chef ! Dit Nick sarcastique.

- De rien. Ha ! Nous risquons d’avoir la visite du FBI aujourd’hui, ils ont déjà pris contact avec l’équipe de jour et s’intéressent à l’enquête de Sara et Catherine. Les garçons, vous ne savez rien, ce n’est pas votre enquête, motus et bouche cousue.

- Compris patron. Assura Warrick qui se tourna vers Sara et ajouta. Décidément tu attires les féds !

- Il faut croire que oui. Répondit Sara en souriant.

Son regard se perdit quelques instant dans un reflet sur une vitre. Puis, alors que les garçons s’en allaient, elle se tourna vers Catherine qui… Etait en train de la regarder !  
 

- Je vais voir si Greg a les résultats des recherches d’ADN sur les échantillons que j’ai prélevé sur l’écran de l’ordinateur. Je n’ai pas trouvé grand-chose dans l’appartement. Il nous reste une balle que j’ai apportée au labo de balistique.

- Bien. Dit Catherine. Je m’en charge.

- Qu’est ce qu’on fait pour les fédéraux, tu as parlé à Grissom ?

- Oui, je lui ai tout expliqué. C’était très curieux, rien n’avait l’air de le surprendre, je ne crois pas que cette affaire l’intéresse beaucoup. Il a dit qu’il se chargerait d’eux et les retarderait le plus longtemps possible. Je parie qu’il va faire ça très bien.

- Oui effectivement ça ne m’étonnerait pas du tout, confirma Sara en sortant de la pièce.

 

***

 

Ce jour là, Greg avait décidé d’avoir les cheveux roux. Sara se demanda ce qui lui était passé par la tête, mais tout et n’importe quoi pouvait passer par la tête de Greg Sanders ! Et le plus souvent il était recommandé de ne pas lui demander d’explication.

- Hello Greggo, qu’est ce que tu as de beau pour moi aujourd’hui ?

- Ha… Sara. J’en ai bien plus à t’offrir qu’à ces costumes cravates qui sont passés me voir il y a une heure !

- Le FBI ? Que leur as-tu dis ?

- Ils étaient beaucoup moins sympathiques que tes amies de ce matin dont ils ne m’ont d’ailleurs pas parlé. J’ai trouvé ça louche et tu m’avais dit de ne rien lâcher alors je leur ai dit que j’avais arrêté de travailler sur cette affaire dès que j’avais vu l’avertissement sur CODIS. Ai-je eu tort ?

- Bravo Greg. Je t’embrasserais bien mais je voudrais mes résultats d’abord.

- Je vois : boulot, boulot… Et bien… Commença-t-il en attrapant une feuille. Nous n’avons pas un, pas deux, mais trois gagnants ! Bonne idée d’avoir scruté l’écran : le verre est notre ami et les gens ne se rendent jamais compte de tout ce qu’ils peuvent postillonner ! Je n’ai identifié qu’un donneur : notre victime à l’ADN mutant, les deux autres sont de sexe masculin. Ton affaire se complique…

- Parfait ! Je voudrais que tu les compares avec l’ADN dont les marqueurs sont listés sur cette feuille. Dit Sara en lui tendant le document que lui avait remis Reyes concernant l’agent Mulder.

- Facile… Attends que je retrouve la feuille où j’ai révélé les marqueurs… Ha ! La voilà ! Alors… Premier donneur…

Greg superposa les deux feuilles en plastique transparent sur lesquelles apparaissaient une série de traits noirs plus ou moins épais disposés en plusieurs colonnes.

- Superposition parfaite, ton donneur est le même que le mien ! Qu’est ce que je fais pour l’autre ?

- Oublie les fichiers nationaux pour l’instant. Cette enquête doit rester interne au CSI.

- Je vois, je vois… On veut garder ses secrets hein ? Bon, bon…

- Merci Greg, merci beaucoup, jubila Sara.

- A tes ordres Sara et… Mon bisou ?

Sara se pencha et embrassa le jeune laborantin sur le front puis, emportant ses résultats, elle se dirigea vers la sortie, se retournant juste avant de franchir la porte.

- Au fait… Jolie couleur Greg ! Ajouta-t-elle avant de se diriger vers le labo de balistique.

 

***

 

Une fois dans le couloir, elle se précipita sur son téléphone portable et décida d’appeler Monica, elle voulait lui offrir le plaisir d’annoncer la nouvelle à Scully.

- Monica ?

- Oui. Répondit la voix douce de l’agent Reyes.

- J’ai les résultats d’ADN.

- Ha ! Et ?

- Mulder était bien dans l’appartement, avec Shannon et un autre homme. Je n’ai pas lancé de demande d’identification.

- Oh, bien, d’accord, tu as bien fait. Merci de m’avoir appelée, il faut que…

- Tu annonces la bonne nouvelle à Scully…

- Oui…

- Je comprends, je te rappelle si nous en apprenons plus sur ce troisième homme.

- Ok, à plus tard.

- A plus tard Monica.

 

***

 

Dans le laboratoire de balistique, Catherine avait déjà obtenu ses résultats. La balle était une 9 mm dite « tueuse de flic » car la pointe, au lieu de s’écraser, s’éclatait en micro lames capables de déchiqueter un gilet par balles en continuant de tourner sur elle-même. L’arme qui avait gravé sa signature unique sur le projectile alors qu’il traversait son canon, n’était pas identifiable sans accéder aux fichiers nationaux. Cependant il était indubitable que la balle avait été fabriquée à la main à l’aide d’un alliage métallique tout à fait particulier.


Catherine se rendait dans un autre labo avec la balle pour faire identifier les composants de l’alliage quand elle croisa Sara. Elles échangèrent leurs informations en parcourant les couloirs du CSI.

- Nous avons de l’ADN, nous avons une signature d’arme et une balle clairement identifiable mais cela ne nous avance pas à grand-chose finalement si nous n’avons pas de suspect et ne pouvons pas accéder aux fichiers informatiques ! Conclut Sara.

- Exact, répondit Catherine. Nous avons une longueur d’avance tant que personne ne sait que nos labos accumulent des éléments incriminants mais si personne n’accède aux fichiers, cela nous fait une belle jambe !

- La balle est dans le camp de Scully et Reyes maintenant ! Tu es toujours d’accord pour leur communiquer ce que nous avons trouvé et attendre leur feu vert ? ?

 
A ce moment précis, elles aperçurent trois hommes en costumes noirs qui sortaient du bureau de Grissom et se dirigeaient vers le labo de Greg sans même leur jeter un regard. Elles allèrent rejoindre leur superviseur qui était en train de nourrir sa tarentule. Sara resta sur le pas de la porte.

 
- Ils n’ont pas apprécié que je leur montre mon amie ici présente. Ces hommes sont extrêmement stressés ! Leur dit-il en les apercevant.

- Gil, est-ce que nous continuons à leur cacher ce que nous sommes en train de faire ? Demanda Catherine.

- Plus que jamais ! Répondit Grissom. Encore une fois Catherine, je fais entièrement confiance à l’agent Scully. Ca avance ? Ajouta-t-il visiblement plus par habitude que par réel intérêt.

- Pas tant que nous n’aurons pas accès aux fichiers.

- Je pense que l’agent Scully trouvera un moyen d’arranger ça… Dit Grissom qui déjà n’écoutait plus vraiment sa collègue.

- C’est ce que nous pensons également, à plus tard Gil…

 
Catherine sortit du bureau sans attendre sa réponse et Sara lui emboîta le pas.


Grissom fixa quelques instant le couloir désormais vide puis dirigea de nouveau toute son attention vers sa tarentule. Toutes ces histoires avec le FBI l’ennuyaient, il ne voulait rien avoir à faire avec les fédéraux, leurs complots, leurs jeux politiques. Tout cela ne le concernait pas et il était bien content d’avoir refilé le bébé à deux de ses CSI qui étaient plus que compétentes et en plus, avaient l’air de s’intéresser à toutes ces histoires, elles.

Il avait tout de suite su que Sara se jetterait les yeux fermés sur cette affaire mais il était tout de même rassuré que Catherine lui ait emboîté le pas. Il se demandait un peu pourquoi elle avait pris cette initiative, Catherine ne travaillait pas souvent avec Sara. Mais il se dit que la blonde avait peut-être elle aussi senti que Sara était devenue légèrement incontrôlable ces derniers temps. C’était une bonne chose, lui n’arrivait plus bien à suivre Sara.


Grissom soupira. Il avait encore deux procès à préparer et l’idée d’avoir à affronter toute cette paperasse ne le réjouissait pas. Si seulement sa tâche pouvait s’arrêter à la résolution des énigmes, rêva-t-il. Encore une fois, il pensa qu’il pourrait tout arrêter et se consacrer à l’écriture de romans policiers. Des descriptions de cadavres rongés par différents insectes dont il expliquerait les habitudes alimentaires et le mode de reproduction envahirent son esprit…

 

***

  

Une heure plus tard, ayant obtenu la composition précise de l’alliage de la balle, Sara et Catherine contactèrent Scully et Reyes. Alors que la nuit était tombée sur Las Vegas, elles se rendirent au rendez-vous qui leur avait été donné dans un restaurant.

 

 

 

E P I S O D E : 4

 

Quand les deux CSI arrivèrent au restaurant, Scully et MacMahon parlaient génétique et Monica ne suivait plus les détails de la conversation depuis un certain temps. Elle n’avait retenu que l’essentiel : la femme super soldat recherchait un moyen de se déprogrammer, d’effacer les transformations qu’on lui avait fait subir. Elle et Mulder étaient sur les traces d’un groupe qui effectuait des expériences sur les nanotechnologies, des micros robots capables d’opérer les procédures nécessaires à une thérapie génique extrêmement sophistiquées.

Ils avaient donc cherché à en savoir plus sur les modifications génétiques effectuées sur les supers soldats. Le problème demeurant que « le groupe » paraissait divisé en plusieurs branches, chacune ayant pris la responsabilité d’une unique transformation, d’un seul gène. Le génome entier des supers soldats n’était disponible nulle part, il fallait reconstituer le puzzle. C’est ce que Mulder et elle essayaient de faire depuis un an, traçant les laboratoires un par un pour leur dérober des informations.

Scully écoutait attentivement. Elle ne pouvait s’empêcher de penser que tout cela la rapprochait du jour où elle serait enfin capable de comprendre ce qui était arrivé à William, son fils. Monica, qui ne comprennait pas tous les aspects scientifiques de la conversation, en avait cependant saisi les enjeux pour Scully. Elle ne put néanmoins s’empêcher de noter que Dana ne parlait pas de Mulder. Elle n’avait pas paru surprise ou vraiment émue par la confirmation de sa présence à Las Vegas. Elle ne posait pas de questions sur cette seconde année qu’il avait passé loin d'elle. Etait-ce encore un exemple du détachement de plus en plus profond de Dana face à tout ce qui lui arrivait ? Monica était en train d’essayer d’imaginer ce que signifierait le retour de Fox Mulder quand elle aperçut le sourire d’une grande brune au regard noir derrière la chevelure blonde de sa collègue.

 Sara et Catherine vinrent s’asseoir à côté des agents du FBI et, après avoir commandé du café et une assiette de frites, commencèrent à énumérer les indices qu’elles avaient rassemblés, avant d’expliquer leur besoin d’accéder maintenant d’une façon ou d’une autre aux fichiers nationaux d’identification.

Le problème fut rapidement résolu. Reyes et Scully y avait déjà pensé. Après une conversation téléphonique, Monica avait convaincu son partenaire John Dogget, toujours à Washington, de leur trouver quelqu'un susceptible de leur ouvrir une « back door » anonyme dans le réseau informatique du FBI. Shannon, elle, connaissait un laboratoire privé à Las Vegas qu’elle avait déjà utilisé et qui disposait du matériel nécessaire pour opérer une recherche à partir d’un spécimen d’ADN. Pour l’arme, un scanner et la photo prise au microscope électronique de l’empreinte qu’avait laissé le canon du revolver sur la balle suffirait.

Cependant, Shannon semblait bien plus intéressée par la feuille d’analyse de composition de la balle que lui avait montré Sara.

- La composition de cette balle est très proche de celle des nano robots que j’ai déjà eu l’occasion d’étudier, déclara-t-elle.


- Vous pensez, demanda Scully pensive, que cela a un lien avec le fait que ces munitions aient été capables de vous faire sombrer dans l’inconscience ?


- Peut-être, répondit Shannon. Il y avait ici, à Las Vegas, une société qui officiellement effectuait des recherches sur de nouveaux composants informatiques pour cartes mères, des composants utilisant cet alliage justement. Quand je me suis aperçue que cet alliage unique était très proche de celui utilisé pour les nano robots, j’ai commencé à enquêter sur eux.


- Pourquoi ne pas nous avoir dit ça plus tôt ? Demanda immédiatement Scully.


- Parce que j’ai beaucoup d’informations à partager avec vous agent Scully, répondit Shannon. Et parce que de toute façon, quand je suis passée devant leur usine ce matin, elle était déserte. Il n’y a plus personne là-bas.


- Il faut aller sur place. Intervint alors Sara. On trouvera peut-être quelque chose qui vous a échappé, un moyen de continuer à suivre cette piste. Vous savez, les gens laissent toujours quelque chose derrière eux. Même s’ils s’évaporent dans la nature, ce n’est jamais totalement le cas des traces qu’ils ont laissées, il suffit de savoir regarder…


- Je pense également que ce ne serait pas une mauvaise idée d’y retourner, ajouta Monica convaincue.


- Vous avez probablement raison, conclut Shannon, le fait qu’ils travaillent avec cet alliage ne peut pas être anodin et sa réaparition dans une balle qui a réussi à m'incapacité en est la confirmation. Inutile de toute façon que nous allions toutes consulter les fichiers…

 Les cinq femmes décidèrent alors de se séparer à nouveau. Shannon, Scully qui ne voulait pas quitter McMahon et Catherine qui ne voulait pas quitter les résultats d’analyse du CSI, iraient au laboratoire privé. Monica et Sara se rendraient à l’usine. Tout le monde semblait avoir envie de faire avancer cette enquête et Sara eut à peine le temps de finir les frites.

 

***

  

Alors que Sara récupérait sa mallette contenant les poudres destinées à la prise d’empreintes, les différents produits révélateurs et tout ce dont elle pouvait avoir besoin sur une scène de crime dans le coffre de la Tahoe avant d’aller rejoindre Monica, elle sentit Catherine s’approcher derrière elle.

 - Sara, lui dit son aînée, sois prudente…

 La grande brune entendit immédiatement résonner dans sa tête les mots « je ne suis pas une enfant ! » Mais elle ne les prononça pas à voix haute. En effet, elle s’aperçut que Catherine avait l’air sincèrement concernée et elle savait bien ce qui lui valait ce conseil.

Plusieurs fois depuis l’explosion dans les labos du CSI qui avait failli lui coûter la vie, Sara avait été rappelée à l’ordre après des prises de risques inconsidérées. Récemment, elle avait même appréhendé un suspect l’arme à la main alors que ce n’était certainement pas le rôle d’une scientifique du CSI. Sara avait une facheuse tendance à fleurter avec le danger ces derniers temps.

Elle avait lu des articles sur « le syndrome de choc post-traumatique» depuis. Elle savait qu’elle était probablement plus marquée par l’accident qu’elle ne souhaitait l’admettre mais elle ne voulait certainement pas mettre les pieds chez un psy. Tout n’était peut-être pas mauvais dans ces changements qu’elle sentait s’opérer en elle. Il y avait aussi du bon dans cette nouvelle impulsivité dont elle se sentait capable, comme si elle commençait enfin à comprendre peu à peu ce que cela voulait dire de profiter de la vie. Quant aux mauvais côtés et bien, comme d’habitude, elle ferait avec. Il suffisait de continuer à travailler et de ne pas trop y penser.

Pour une fois, Sara prit le temps d’aller au-delà de sa première réaction instinctive et elle se sentit étrangement presque rassurée que Catherine ait pris le temps de venir la mettre en garde contre elle-même, de chercher son regard. Elle lui sourit.

 - D’accord Catherine, je ne jouerai pas au cow-boy cette fois, promis.

 Catherine lui posa brièvement une main sur l’épaule puis partit rejoindre les autres. Sara referma le coffre et se dirigea vers la Ford que Monica et Scully avaient louée. Son sourire ne s’effaça pas tout de suite de son visage.

***

  

Un peu après 23h, Sara et Monica arrivèrent devant ce qui n’était en fait qu’un petit entrepôt d’un seul étage et d’environ 150 m². Après avoir ouvert la porte située sur le côté gauche avec son passe-partout, Sara suivit Monica et pénétra dans un petit bureau où ne restait que les meubles. Sara était surprise de la facilité avec laquelle elle avait soudain oublié la légalité, les règles de perquisition, de respect de la vie privée. Sans doute attendait elle depuis longtemps l’occasion de poursuivre ainsi une enquête sans se préoccuper de toute cette paperasse et puis après tout, elle obéissait à un agent du FBI…

Derrière le bureau, elles visitèrent rapidement, afin de s’assurer qu’elles étaient bien seules, deux laboratoires tout en longueur, séparés par ce qui avait du être une petite pièce de stockage et des sanitaires. Il n’y avait plus d’électricité et elles durent se contenter de la lueur de leurs deux lampes torche. L’entrepôt était désert et à moitié vide. Il ne restait que quelques instruments sur les paillasses recouvertes de carreaux blancs, des papiers éparpillés sur le sol et une dizaine de cartons où s’entassait du matériel informatique disparate. Pas un ordinateur, pas un cd ou une disquette, apparemment pas la moindre trace non plus d’un objet un tant soit peu personnel ayant appartenu aux gens qui avaient travaillé là.

Sara aimait ce moment : l’arrivée sur une scène. Elle essayait de bouger le moins possible et attendait que la pièce, les meubles, les objets commencent à lui parler. Elle laissait son cerveau s’imprégner peu à peu des indices qu’il remarquait, attentive à l’ambiance, aux odeurs, à ce qui semblait à sa place et à ce qui ne l’était pas.

Peu à peu, tout cela prenait un sens : les objets avaient été bougés, des gens avaient vécu dans cet espace, laissé des signes. Alors elle commençait à reconstituer le passé et le voyage commençait : la chronologie se mettait en place, les causes et les effets s’ordonnaient.

 A ce moment là, elle devenait capable de suivre les pistes une par une, de comprendre les multiples histoires que lui racontait la scène. Alors commençait le travail de ramassage des preuves physiques : celles qui permettraient de raconter l’histoire à d’autres personnes, qui témoigneraient de ce qu’elle avait aperçu, celles qui l’aideraient à comprendre ce qu’elle ne voyait pas encore grâce à ce qu’elle apprendrait plus tard dans son laboratoire et enfin celles qui l’emmènerait vers d’autres lieux, d’autres histoires.

Sara commença à avancer lentement dans la pièce, notant les signes d’un déménagement précipité, puis elle fit abstraction de ces signes et s’attacha à remonter plus loin dans le temps. Elle entreprit la reconstitution de l’époque où des gens travaillaient sur ces lieux, se concentrant non plus sur le désordre mais sur les traces d’un ordre ancien. Elle ramassa méticuleusement le moindre objet potentiellement intéressant que rencontrait le faisceau de sa lampe de poche. Elle mit sous plastique un vieux chewing-gum qu’elle avait déniché sous un appui de fenêtre, une enveloppe froissée qui avait glissé sous un bureau et qui était recouverte de poussière, deux crayons dont le bout était mâchouillé. Ce qui n’était pour d’autres que de vulgaires détritus se transformait devant ses yeux en piège à ADN.


Elle commença ensuite à prendre des empreintes sur le carrelage des paillasses à chaque fois qu’elle décelait les signes de ce qui avait dû être un poste de travail : les traces laissées sur le sol par les roulettes d’un siège, la marque d’attache d’une lampe, une concentration de ronds bruns délavés déposés par des tasses de café. En même temps, elle essayait de comprendre comment avaient travaillé les employés de cette entreprise, quelles tâches les avaient occupés. Etant donné l’état du labo, bien loin de l’ambiance quasi stérile de son propre laboratoire, Sara supposa que l’essentiel du travail qui avait lieu ici était intellectuel. Si cet endroit avait une quelconque importance, il ne pouvait être qu’un élément dans une filière plus vaste, un maillon dans une chaîne qu’elle chercha à recomposer mentalement.

Monica était impressionnée par l’assurance des gestes de la scientifique, sa concentration et sa patience méthodique. Sara paraissait entièrement plongée dans son enquête. Pour ne pas avoir l’air de rester à ne rien faire, l'agent du FBI essaya de lire des papiers ramassés au hasard mais ne trouva rien d’intéressant. Elle commença à les classer par catégorie mais, au milieu du silence et de la pénombre du hangar, ses pensées se mirent à dériver.

Comme elle ne voulait pas penser à Dana de nouveau, Monica choisit de s’intéresser à Catherine et Sara. Il était assez amusant de voir combien la relation entre les deux femmes paraissait à la fois teintée de complicité et d’antagonisme. Elles semblaient bien se connaître et pourtant elles n’arrivaient pas tout à fait à fonctionner ensemble, quelque chose grippait la machine.

A chaque fois que la blonde était arrivée dans une pièce, le matin au CSI, puis l’après-midi chez Sara, Monica avait senti à quel point sa collègue se révélait soudain tendue. L’air se chargeait d’électricité et Sara ne savait sans doute pas que tous ses gestes trahissaient sa nervosité. Elle paraissait alors comme perdue au milieu d’un flot de pensées, son visage se refermait, sa façon de parler devenait plus brusque, son regard se fixait plus souvent sur ses mains. Sara se mettait dans un tel état que c’était presque déjà comme si elle s’attendait à la confrontation. Il ne s’agissait plus du tout de la Sara calme et sûre de ses gestes qu’elle était maintenant en train d’observer travailler.

Monica pensa qu’elle savait peut-être de quoi il s’agissait : elle avait surpris quelque chose dans les regards que Sara posait sur elle, dans sa façon de lui parler comme si certaines explications n'avaient pas besoin d'être fournies. Par exemple, Monica avait instinctivement su que Sara avait compris ce qui se passait entre elle et Dana.

Monica se demanda si Catherine, qu’elle avait vue plusieurs fois observer longuement sa collègue quand celle-ci ne la regardait pas, savait également de quoi il était question. Les sourires que se lançaient parfois les deux femmes s'averaient assez révélateurs, lui semblait-il. Monica avait l’habitude de se fier à ses sensations et il y avait assurément quelque chose qui se cachait derrière ce mélange d’attirance et d’agacement qui semblait être l’essence même des rapports entre les deux enquêtrices. Elle repensa à l’arrivée de Catherine chez Sara : était-ce une pointe de jalousie qu’elle avait perçu ? Monica décida qu’elle essayerait d’en apprendre plus sur Sara assez rapidement car ses pressentiments la trompaient rarement et elle était intriguée.


L’agent du FBI se surprit à admirer la silhouette élancée, les jambes interminables de la scientifique qui se tenait courbée sur une planche à dessin à quelques mètres de là. Alors qu’elle suivait un bras que Sara avait replié pour tenir son menton, Monica s’aperçut soudain que la grande brune était elle aussi en train de l’observer. Oups ! Sara souriait, visiblement amusée et Monica, légèrement gênée, sourit à son tour avant de se replonger dans le classement de ses papiers. Elle n’avait décelé aucune surprise dans le regard de la grande brune…

 

***

 

Une demi-heure plus tard, Sara appela Monica pour lui montrer quelque chose. Elle tenait une carte mère d’ordinateur dans les mains, une pièce en plastique jaune presque de la taille d’une feuille de papier standard, sur lequel était assemblés des composants électroniques et le futur emplacement du processeur. Une douzaine d’autres pièces semblables était posée devant elle sur une table.

- Je les ai trouvées un peu partout dans les ateliers, expliqua Sara. Elles sont toutes semblables et c’est le seul morceau d’électronique présent ici en plusieurs exemplaires. Shannon nous a dit que cette usine fournissait des composants pour carte mère non ? Je me dis que les fabricants de cette carte devaient être leur principal client…


- Je ne vois pas de nom de marque.


- Non, pas à l’œil nu, mais regarde ce minuscule motif, on dirait que ça ressemble à quelque chose… Attends, j’ai vu un microscope dans l’autre pièce.

 Elles se rendirent dans le second atelier où se trouvait effectivement un microscope qui avait échappé au déménagement. Monica éclaira Sara qui aperçut un microscopique logo noir : un rond, peut-être la terre avec un continent, entouré d’un second cercle et deux lettres N.M. Monica se pencha à son tour pour l’observer.

 

- J’ai déjà vu ce dessin quelque part, s’écria-t-elle. Dans les papiers que je triais tout à l’heure.


Les deux femmes retournèrent dans la première pièce et après avoir fouillé quelques instants, Monica brandit une feuille sur laquelle on pouvait voir le même logo et juste en dessous, une adresse.


- Voilà ! « New Millennium corporation », 296, Reliance avenue, Las Vegas ! Annonça-t-elle.


- Jackpot ! Conclut Sara.

 Sara et Monica se sourirent, fières de leur résultat. Elles avaient toutes les deux bien travaillé. Monica regarda sa montre.

- Il est un peu plus d’une heure du matin. Je ne pense pas que les autres ont déjà fini : consulter les fichiers prend du temps. Et, en ce qui concerne New Millennium, il me semble nécessaire d’attendre les horaires normaux de travail pour passer les voir. Tu as autre chose à faire ici ? Demanda-t-elle.


- Non. Répondit Sara. Je ne sais même pas si ce que j’ai récolté servira un jour à quelque chose alors, je pense que cela va suffire… Nous avons une piste pour continuer, c’est ce que nous cherchions, non ? Cet endroit n’était certainement pas d’une grande importance.


- Oui, tu as sûrement raison. Bon, ce n’est sans doute pas le bon moment pour aller traîner au CSI… Tu veux aller boire un verre en attendant les autres ?


- Heu… Oui. Oui pourquoi pas. De toute façon Grissom peut me joindre sur mon beeper s’il a besoin de moi. En route !

 
Jamais auparavant Sara Sidle n’aurait pu avoir l’idée d’aller boire un verre en plein service mais cette journée n’était pas comme les autres. Les anciennes règles n’étaient plus valides, elles ne s’appliquaient pas à la situation. Sara avait envie et besoin de se sentir libre, de ne plus se demander ce que Grissom ou même Catherine penseraient d’elle.

Quelques semaines auparavant, Sara avait failli mourir. Aujourd’hui, on lui proposait de changer ses habitudes et elle avait bien l’intention d’en profiter. Il était bien temps qu’elle commence à vivre et s’amuser un peu. Il n’était plus question de continuer à attendre, de ne penser qu’au boulot. Et puis, elle avait de plus en plus envie de mieux connaître Monica, de savoir ce que voulait dire ce regard qu’elle avait surpris auparavant dans le laboratoire, d'explorer cette complicité qu'elle sentait naître. Monica était-elle réellement en train de la détailler des pieds à la tête ? Etait-elle "intéressée" ? Ça en avait tout l’air en tout cas… Suffisamment pour éveiller la curiosité de Sara.

 

***

  

Dans la voiture que Monica conduisait, Sara soudain un peu gênée par le silence, zappa sur la radio à la recherche de musique. Après une trentaine d’essais, elle reconnu une chanson de Garbage et s’arrêta instinctivement. C’était la BO de “Romeo et Juliette”.

 

…I will cry for you
I will cry for you
I will wash away your pain with all my tears
And drown your fear…

 

« Oh, oh » se dit Sara « une chanson d’amour… J’aurais peut-être mieux fait d’y réfléchir à deux fois… » La musique était sombre et quelques peu désespérée. L’écho des paroles se prolongeait dans le silence nocturne entre les deux femmes soudain immergées dans leurs pensées.


Sara risqua un regard vers Monica qui avait les sourcils froncés et regardait droit devant elle. Elle n’osa pas changer de chanson, il lui semblait qu’il était désormais trop tard. Elle tourna la tête et regarda défiler les alignements de maisons de cette banlieue de Las Vegas plongée dans l’obscurité, leurs pelouses bien entretenues.

 

I will pray for you
I will pray for you
I will sell my soul for something pure and true
Someone like you…

 

Sara qui ne put s’empêcher de jeter à nouveau un œil à la conductrice crut s’apercevoir que ses yeux brillaient légèrement mais elle n’osa pas vérifier. L’image du regard désespéré de Monica quand elle lui avait expliqué sa peur que sa présence ne soit pas suffisante pour aider Scully lui revint en mémoire. Elle n'était probablement pas la seule à lutter contre des souvenirs qu'elle aurait préféré effacer.

Sans qu’elle y prenne garde ses propres souvenirs s'imposèrent soudain dans son esprit. Elle se revit deux mois auparavant, dans un laboratoire du CSI, en train d’essayer de faire comprendre à Catherine qu’elle n’avait pas eut le choix. Elle avait du arrêter son enquête concernant le meurtre de l’ex mari de Catherine sans avoir obtenu de résultats convaincants. Elle n'avait rien pu faire de plus pour l’aider à en finir avec cette histoire toutes les pistes s'étaient refermées et Catherine lui en avait voulu. La blonde n'avait fait que laisser parler ses angoisses qui avaient besoin d'un exutoire. Elle ne s'en était pris à Sara que parce qu'elle avait désespérément besoin d'un coupable. Sara le savait mais cela n'avait pas apaisé sa souffrance. Elle se souvint de sa frustration, de ce que cela avait réveillé en elle.

 

See your face every place that I walk in
Hear your voice every time that I'm talkin'
You will believe in me
And I will never be ignored

 

Cette fois, c’est Sara qui commença à sentir venir la déprime et elle chercha à chasser rapidement le visage de Catherine de son esprit.

- Tu veux que je change de station ? Demanda-t-elle timidement.


- Non. Pourquoi ? Répondit Monica brusquement.


- Pour rien, excuse moi.


- Non, excuse moi, Sara, s’empressa d’ajouter l’agent fédéral en s’apercevant qu’elle n’était pas la seule affectée par la musique. Certaines chansons ont un pouvoir assez négatif hein ? Difficile de les empêcher de ramener certains souvenirs parfois… Tu as le même problème ?


Sara ne savait pas bien quoi répondre. Elle ressentait fortement le besoin de nier mais en même temps, elle ne voulait pas laisser passer sa chance d'entamer une conversation plus intime avec Monica.

 

…I will lie for you
Beg and steal for you
I will crawl on hands and knees until you see
You're just like me…

 

Cela suffisait ! Monica tendit la main et éteignit brusquement la radio. Les deux femmes restèrent quelques instant silencieuses. 

- A qui pensais-tu ? Demanda toujours timidement Sara.


- Et toi ? Répondit Monica en lui jetant un coup d’œil.


- Je n’ai pas demandé en premier ?


- Si mais je crois que tu as deviné à qui je pensais. Non ?



Sara regarda attentivement Monica qui souriait légèrement tout en continuant de fixer la route.



- Oui, je crois, finit par répondre Sara. Une femme n’est-ce pas ?



Monica acquiesça d'un hochement de tête.



- Rousse ? Continua Sara.


- Evidement. Répondit Monica en lui souriant cette fois largement.

L’agent du FBI était à nouveau ouverte, prête à se confier, à écouter et à parler sans se cacher. Son intuition ne l'avait pas trompée. L’air s’éclaircit dans le véhicule. La mélancolie de Monica sembla laisser la place à sa curiosité. Sans doute ne s’était-elle pas vraiment attendue à ce que Sara engage aussi facilement la conversation à ce sujet. La scientifique semblait plus à l’aise qu’elle ne l’aurait imaginé mais après tout, se dit Monica, ce n’était peut-être pas si étonnant que ça. Même si elle ne parlait pas beaucoup, Sara était plutôt du genre directe. Elle continua donc.

- Et toi ? Ajouta-t-elle, se rappelant que Sara avait éludé sa question. Une femme aussi non ?


- Il se trouve... Que oui, mais… Commença à dire Sara, en changeant nerveusement de place dans son siège, visiblement moins à l’aise lorsqu’il s’agissait de parler d’elle.


- Mais ? Insista Monica.


- Je ne suis pas amoureuse...


- Han, han…

Sara jeta un coup d’oeil à la conductrice mais son expression restait neutre. Monica considérait les capacités de déduction de Sara. Non seulement elle ne lui avait pas demandé à quoi elle pensait mais à qui... Mais en plus, elle sous entendait maintenant que, elle, était amoureuse. Inutile de démentir mais Monica se demanda tout de même si elle était vraiment à ce point incapable de dissimuler ses sentiments. Il était décidément temps qu’elles discutent, surtout que Sara paraissait beaucoup moins perspicace lorsqu’il s’agissait d’analyser ses propres sentiments… Le ton de sa réponse n'avait assurément rien de convainquant. Elle aurait tout aussi bien pu se contenter d'avouer le contraire !


Elles s’aperçurent qu’elles étaient déjà de retour au centre de Vegas et Sara donna des instructions à Monica pour qu’elle se gare.

Suite Partie III

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