E P I S O D E : 4 bis
Elles entrèrent dans le premier établissement à peu près respectable qu’elles trouvèrent : Sara ne connaissait pas bien les bars. L’endroit n’était pas trop grand, pas trop touristique, la décoration se voulait proche de celle d’un ranch : des murs recouverts de bois, des brides d'équitation accrochées au mur, de la country qui s'échappait des haut-parleurs. Le tout n’était pas trop mal réussi. Les deux femmes s’assirent à une table située à l’écart le long d’un mur et commandèrent des bières.
Sara ne tarda pas à rouvrir la conversation entamée dans la voiture. Elle se
sentait de plus en plus curieuse. Quelque chose, dans l’attitude de Monica, dans
sa façon de chercher son regard, lui disait qu’elle pouvait parler de tout avec
elle et que peut-être surtout, l’agent du FBI avait besoin de raconter son
histoire. Il était de toute façon temps que s'éclaircisse un peu le mystère qui
entourait les agents Reyes et Scully. Peut-être que dans un bar Monica pourrait
lui en apprendre plus. Et puis, après tout, Sara et Monica venaient de se
découvrir un point commun, de comprendre ce qui peut-être les avait incitées à
se rapprocher l’une de l’autre aussi rapidement. Sara avait envie d’en savoir
plus sur les flous du regard brun parfois doré de Monica.
- Depuis combien de temps connais-tu Dana ? Commença Sara qui ne savait
décidément poser que des questions directes.
- Oh, un peu plus de deux ans et demi maintenant... Au début je ne travaillais
pas avec elle. Je connaissais John Dogget, un agent qui l’a aidé à rechercher
Mulder, la première fois qu’il a disparu. Nous nous sommes mieux connues quand
Mulder est reparti dans la clandestinité, de son plein gré cette fois, il y a
deux ans et qu’elle est partie donner des cours à Quantico. John m’a alors
demandé de venir l’aider aux affaires non classées. Lui et moi avons en quelque
sorte remplacé Dana et Mulder mais nous l’appelions souvent pour qu’elle nous
donne un coup de main. Elle était... Notre expert. J'ai peu à peu commencé à
comprendre... Qui elle était vraiment...
La voix de Monica traîna quelques secondes, son regard se perdit sur la gauche.
- Et… Commença Sara. Excuse moi de te demander ça… Tu ne me réponds pas si tu
veux… Mais, quand as-tu su que tu étais amoureuse ?
- Presque la première fois que je l’ai vue. Répondit Monica en fixant à nouveau
Sara. J’ai même tout de suite commencé à... Essayer de la séduire ! Elle avait…
Je ne sais pas… Quelque chose… J’ai immédiatement ressentit le besoin de
l’impressionner… Elle avait l’air si forte, si sure d’elle et de ce en quoi elle
croyait et moi… Moi je me sentais comme une lycéenne qui passe un examen… Tu
sais, cette impression de ne plus pouvoir faire un seul geste naturellement
quand elle entrait dans mon champ de vision…
- Oui… Je crois que je vois… Et ?
- On a retrouvé Mulder mort un jour après, dit froidement Monica en baissant les
yeux.
- Mort... Mais…
- Oui, on le croyait mort. En fait on lui avait inoculé un virus qui l’avait mis
comme en hibernation. Ils n’ont découvert que trois mois plus tard qu’il avait
été enterré vivant... Oui... Ils l’ont réanimé, elle a trouvé le moyen de le
ramener à la vie. C’est à ce moment que les autres ont commencé à le
pourchasser, il leur avait encore une fois échappé... Moi, j’étais déjà repartie
depuis longtemps à la Nouvelle-Orléans.
- Wow… Emit Sara qui avait envie d’en savoir plus sur les aventures de Mulder
mais se dit que ce n’était pas le moment d’intervenir, qu’il valait mieux
laisser Monica continuer son histoire.
Un serveur leur apporta leurs boissons. Sara bu une gorgée et attendit.
- Ensuite je l’ai aidée à accoucher ! Annonça Monica qui cette fois souriait.
- Hein ? Qui ?
- Dana. Elle s’est aperçue qu’elle était enceinte le jour où Mulder a disparu,
la première fois, sans savoir ni pourquoi, ni comment. Probablement le résultat
d’une de leur expérience. Oui… Si tu savais tout ce qu’ils lui ont fait subir…
Enfin, bref, elle a dû accoucher en plein milieu d’un vieux village de campagne
abandonné car nous étions en fuite à ce moment là. Les super soldats nous
avaient retrouvés et ils avaient commencé à infiltrer le FBI. John a fait appel
à moi pour que je l’aide à échapper au premier d'entre eux que nous ayons
rencontré, nous avions des raisons de penser qu’il en voulait à Mulder mais
aussi au bébé de Dana... Il existe un lien entre les expériences menées sur
Dana, son bébé et le programme des super soldats. Quoi qu'il en soit, ça a été
un des plus beaux moments de ma vie… Nous étions toutes les deux pourchassées,
isolées, perdues au milieu de nul part et je l'ai aidé à donner la vie à
William, son fils...
Monica se plongea un instant dans ses souvenirs. Elle se rappelait la peur, l’excitation, le courage auquel elle avait dû faire appel, qu’elle avait du aller puiser au plus profond d’elle même parce que Dana avait désespérément besoin d’elle, besoin qu’elle reste forte. Elle se souvenait de ce moment où elle avait compris qu’elle n’était plus seulement amoureuse mais qu’elle aimait véritablement et profondément Dana. Ces quelques instants d'intense souffrance partagée, de désespoir puis de bonheur absolu s'étaient à tout jamais gravés dans son esprit. Ce qu’elle avait partagé cette nuit là avec Dana semblait au-delà des mots, au-delà même de ce qu’elle était capable de comprendre. Elle avait plongé son regard dans celui de la rousse qui serrait son enfant contre elle et, au milieu des larmes, elle l’avait regardée. Et si ce qu’on pourrait appeler « âme » existait, elle était certaine qu’elle avait aperçu celle de Dana au moment même où la rousse découvrait la sienne.
Sara ne savait vraiment pas quoi dire. Elle avait compris que Scully avait été
témoin d’événements extraordinaires mais là, cela dépassait un peu les limites.
Cependant elle essaya de ne rien laisser paraître de ses doutes.
- Mais Mulder était revenu, continua Monica en changeant de ton baissant à
nouveau les yeux. Scully le considérait désormais comme le père, au moins
spirituel, de son enfant. Un enfant qui, craignaient-ils, était probablement
issu lui aussi du programme des super soldats… Après huit années passées à
travailler côte à côte, ils ont finalement… Consommé leur union… Et 24h après,
Mulder était de nouveau sur les routes. Il avait compris que sa présence mettait
en danger non seulement Dana mais aussi le bébé, que l’époque où les membres de
la conspiration le laissaient tranquille parce qu’il leur était, d’une certaine
façon utile, était révolue. Ce fut le début pour lui d’une longue cavale qui
dure encore aujourd'hui. Dana elle, restait seule avec son bébé et ses
questions. C’est à ce moment là que j'ai pris la décision de rester à
Washington… Les choses sont devenues... Plus sérieuses entre nous parce que…
Plus le temps passait et moins j’arrivais à cacher ce que je ressentais pour
elle. Je ne pouvais pas oublier ce qui s’était passé, ce que j'avais compris la
nuit de la venue au monde de William, ce que j'avais aperçu dans son regard qui
avait cherché le mien. Je voulais continuer à m’occuper d’elle, l’aider à aller
mieux, à affronter sa solitude. Je voulais lui offrir autre chose alors que le
destin s’acharnait sur elle et son fils… Je voulais la protéger, être là pour
eux, lui servir d'appui et lui redonner un peu de cette force qui m’avait
fascinée la première fois que je l’avais aperçue mais... J’avais aussi de plus
en plus de mal à ignorer que j’étais éperdument amoureuse d’elle.
- Mais… Tu ne lui as jamais rien dit ?
- Bien sur que si !
- Oh…
- Tu sais. Je ne peux jamais cacher mes sentiments très longtemps Sara, ce n’est
pas vraiment... Dans ma nature.
- Raconte…
Monica bu une longue gorgée de bière avant de recommencer à parler. Elle ne regardait pas Sara mais ses souvenirs et un demi-sourire se dessina sur son visage.
- Un soir, elle m’a téléphoné. Il était tard, j’étais déjà couchée et elle aussi. La conversation me semblait bizarre, plus ambiguë que d’habitude, je ne pouvais en déduire qu’une chose : elle flirtait délibérément. Nous parlions de numérologie à cause d’une enquête que nous venions de conclure, elle me demandait qu’elle était son numéro puis si nos numéros étaient compatibles. Ses silences semblaient trop chargés de sous-entendus et j’ai vite compris que cette fois, elle voulait savoir, aller jusqu’au bout de cette conversation que nous avions plusieurs fois commencée mais jamais terminée. J’ai résisté à deux, trois questions et puis j’ai tout lâché. Je lui ai dit que j’étais amoureuse d’elle depuis plusieurs mois…
Monica se souvenait très précisément de cet instant :
« - Tu parles de complicité entre nos deux numéros mais de quelle genre de
complicité s’agit-il au juste Monica ?
- Une complicité qui ne serait pas de l’amitié...
- Tu veux dire que nous ne pouvons pas devenir amies ? Nos numéros ne sont donc
pas compatibles ?
- Oublie les numéros Dana. Je suis amoureuse de toi... Depuis plusieurs mois… »
Elle se souvenait de son cœur qui menaçait de s’échapper de sa cage thoracique et du silence qui s'installait à l’autre bout de la ligne… Encore un de ses souvenirs qui éblouissaient sa mémoire, résonnait comme le souvenir d’un long coucher de soleil ou d’un interminable après-midi d’été ensoleillé. Monica jeta un coup d’œil à Sara et recommença à parler.
- Même si elle s’y attendait certainement, elle paraissait surprise. Je pense que maintenant qu’elle savait, elle ne voyait plus quoi faire. C’est une chose de se poser une question, une autre de savoir comment on va y répondre… Elle a essayé d’être honnête, m’a expliquée qu’elle sentait effectivement quelque chose de fort entre nous mais que sa vie était trop compliquée pour le moment : il y avait son fils qui comptait plus que tout, il y avait Mulder… Elle ne voulait pas me faire de mal… C’est pour ça qu’elle avait décidé de me faire parler : elle s’était rendu compte que la situation me faisait souffrir… Elle ne voulait pas qu’encore une autre personne dans sa vie souffre à cause d’elle… Moi par contre, je n’étais pas surprise, je pense que je m’étais attendue à ce genre de réaction. En fait, je ne souffrais pas vraiment, je crois que j’avais déjà compris ce contre quoi elle luttait, tout ce qui l'empêchait d'aller de l'avant : ce n'était pas vraiment moi, c'était les évènements. Peut-être que j'arrivais trop tard dans sa vie : il n'y avait plus de place pour moi... C’est pour cette raison que je n’avais pas parlé avant, même si j’avais bien senti que je n’étais pas la seule qui se retrouvait soudain étrangement troublé par nos échanges de regards. Je savais que tout était trop compliqué… Je le lui ai expliqué, je l’ai rassurée et nous sommes restées à parler ensemble au téléphone une bonne partie de la nuit, de tout et de rien, de la vie et du destin, jusqu’à ce que nous soyons toutes les deux sûres que la situation ne serait pas trop inconfortable quand nous nous reverrions… Et tout s’est bien passé, nous étions même plus à l’aise l’une avec l’autre, plus proches, mais elle n’est jamais revenue vers moi de cette façon. Nous n’en avons jamais vraiment reparlé. Elle ne fait pas non plus comme s’il ne s’était rien passé, les choses sont juste restées… Comme ça…
Le regard de Monica se fixa un instant, elle chercha ses mots quelques secondes : quelque chose lui échapperait toujours, ne pouvait pas être raconté ou même partagé. Une vibration secrète dissimulée dans les repli de son être resterait à tout jamais intraduisible. Alors elle se raccrocha à la simple chronologie des évènements.
- Deux semaines après, Dana était obligée de se séparer de William, son fils, pour le protéger. Elle l’a fait adopter anonymement… William vit quelque part, une nouvelle vie, avec de nouveaux parents… Un mois après, Mulder était arrêté sur une base militaire secrète où il cherchait des informations et elle partait avec lui après que nous l’ayons aidé à s’enfuir de sa prison… Deux semaines plus tard, elle était de retour à Washington, seule, et depuis elle ne l’a pas revu. Cela fait un an que je l’observe peu à peu sombrer dans une dépression de plus en plus profonde et je ne peux rien faire d’autre qu’être là pour elle quand elle a besoin de moi. Peu m’importe désormais qu’elle ne puisse pas vraiment tomber amoureuse de moi, pourtant, j’ai de plus en plus de mal à supporter mon impuissance. Je ne peux que la regarder souffrir alors que je voudrais la rendre heureuse… Mais au moins je sais que je peux l’aider à retrouver Mulder, à lutter contre la conspiration, à comprendre, à revoir William un jour. J’ai un but. Je sais que je ne veux pas voir s’éteindre cette flamme qui animait Dana. Elle a tout sacrifié et ils n’avaient pas le droit de lui faire ça. Si seulement je pouvais l’aider à trouver un sens à ce qui lui est arrivé… C’est un peu difficile de définir notre relation mais je ne me pose plus de questions à ce sujet : nous sommes liées, et je ne peux pas me défaire de ce lien. Elle a le droit à autre chose !
- Après tout ce que vous avez vécu… Tout cela parait tellement injuste… Je crois
que je vois ce que tu veux dire…
Sara observa Monica, silencieuse. Elle commençait à la comprendre plus complètement. Il se dégageait d’elle, malgré l’intensité dramatique de ce qu’elle racontait, une sorte de force, l’aura de quelqu'un qui sait où il en est, qui connaît sa place. Si on la regardait suffisamment longtemps, on pouvait s’apercevoir qu’elle n’avait en fait l’air ni triste ni même vraiment mélancolique, elle était guidée par autre chose : elle avait accepté son destin, mieux, elle l’avait choisi. Elle paraissait comme pénétrée par le rôle qu’elle avait à jouer.
Pas un instant Sara ne douta du fait que Monica savait pourquoi elle restait aux côtés de Scully. Son amour pour la rousse aux yeux bleus n’avait pas besoin d’obtenir quelque chose, il lui suffisait de savoir que Scully avait besoin d’elle. Il y avait définitivement quelque chose de magnifique dans la personnalité de Monica pensa Sara. Une capacité d’abandon, mais pas, comme on aurait pu le croire au premier regard, cette forme d’abandon qui ressemble trop à l’amour éperdu, intense mais irréfléchis, d’un chien pour son maître, non, il s’agissait d’un abandon consciemment décidé devant un autre être humain qui avait su mériter ce sacrifice, gagner ce privilège.
Sara resta pensive, touchée plus qu’elle ne voulait le laisser paraître, pendant
que Monica buvait sa bière. Puis l’agent du FBI décida qu’elle avait
suffisamment parlé d’elle. Elle était toujours aussi curieuse au sujet de Sara
et la grande brune, même si elle donnait l’impression de réellement comprendre
ce qu’elle lui avait raconté, ne communiquait pas beaucoup.
- Et toi alors, Sara. Commença-t-elle. Comme ça, tu n’es pas amoureuse ?
Monica souriait en penchant la tête. Il semblait impossible de songer à lui mentir surtout après ce qu’elle venait elle-même de confier. Sara y renonça, pourtant les mots avaient du mal à venir. Même dans sa tête, elle n’arrivait pas vraiment à former des phrases. Elle n’avait jamais raconté son histoire, elle ne se l’était peut-être même jamais vraiment racontée à elle-même, se contentant de laisser flotter les souvenirs sans jamais tenter de leur donner une logique. Elle avait des difficultés à remettre les événements dans le bon ordre, à se dire par exemple, que déjà presque trois années s’étaient écoulées. Trois ans…
Sara fit cependant un effort pour faire revenir ces souvenirs que sa mémoire
avait si longtemps tenté d’ignorer, même si elle ne les comprenait plus
vraiment, même si emmêlés comme ils étaient, ils ne semblaient pas avoir de
sens. Elle tenta de reconstituer la chronologie de son histoire avec Catherine,
étonnée elle-même par le résultat, comme si tout cela était arrivé à quelqu'un
d’autre, et pourtant, surprise de ressentir à nouveau certaines émotions comme
pour la première fois. Elle avait décidément bien réussi à enfouir tout ça dans
les méandres de son cerveau mais le regard de Monica agissait comme un sérum de
vérité. Soudain, risquer d’admettre que tout cela lui était bel et bien arrivé
ne semblait plus aussi dangereux. De quoi exactement avait-elle eu peur pendant
tout ce temps ? Elle commença, se disant qu’une phrase en entraînerait une autre
et qu’on verrait bien…
- Plus exactement : je ne suis plus amoureuse, commença Sara en insistant sur le « plus ». J’ai craqué sur… Sur Catherine, la première fois que je l’ai rencontrée moi aussi. Il y a bientôt trois ans. Je suis tombée amoureuse, d'une blonde plus agée que moi qui a priori n'aurait pas dû me plaire et qui passait son temps à m’envoyer balader ! Catherine est… Difficile à approcher… Mais... Je ne sais pas, peut-être que c’était comme un challenge pour moi au début... Je me disais que je devais arriver à détendre l’atmosphère entre nous : j’étais « la nouvelle », je débarquais de San Francisco parachutée par Grissom au milieu de leur petite équipe déjà bien soudée. Je savais que j’avais des efforts à faire. Les premiers mois ont été bien plus durs que je ne l’avais d’abord cru. D'abord parce que Catherine ne semblait absolument pas vouloir que nos relations soient autre chose que professionnelles. Bon, j’ai fini par prendre mes distances, je me suis fait une raison. Je me concentrais sur mon travail. Peut-être que si je résolvais un nombre suffisant d’affaires, si j’étais suffisamment efficace, je serais mieux intégrée dans l’équipe, les choses deviendraient plus facile. Il fallait que je sois parfaite, que je fasse mes preuves… Et que j’attende que la glace fonde… Il me semblait que le challenge était à ma hauteur que je devais me prouver à moi même que j'étais capable d'y arriver... Etrange... Cela ne m’empêchait pas, en attendant, de continuer à souffrir à chaque fois qu’elle refusait de se rapprocher de moi, de partager ne serait-ce qu’un déjeuner ou qu’elle me gratifiait d’une de ses nombreuses remarques cinglantes. Je me disais que le meilleur moyen d’oublier ce que je ne prenais que pour une passade sans vrais lendemains était justement de mieux la connaître, d’avoir des rapports normaux avec elle. Je ne pouvais pas sérieusement être amoureuse, ce n'était pas possible. Si j'apprenais à mieux la connaître tout cela disparaîtrait. Seulement plus je tentais de me rapprocher, plus elle prenait ses distances. J’essayais de ne pas trop me dire que c’était justement parce qu’elle avait compris que j’étais attirée par elle mais une partie de moi voulait savoir. En s'éloignant de moi, elle m'attirait vers elle : j'étais prise au jeu sans rien pouvoir y faire. Et puis, j’ai fini par laisser tomber. Enfin... C'est ce que je me disais à l'époque... Je suis quelqu'un de solitaire, je gardais tout ça pour moi, je n'envisageais même pas d'essayer de parler avec elle… Vraiment, je pensais que ça allait passer. Je me cachais la tête dans le sable. La plupart du temps, j’évitais de me confronter à elle et tout allait bien… Heureusement pour moi, j’adore mon travail et, à l’époque, j’étais extrêmement fière de travailler pour Grissom... J'essayais de plutôt miser sur la complicité que j'avais avec lui...
Sara s'arrêta un instant pour boire une large gorgée de sa bière. Elle avait
commencé, il fallait continuer mais il était difficile de ne pas laisser les
émotions revenir avec les souvenirs. Elle reposa son verre, pris une longue
inspiration et recommença à parler.
- C’est un an et demi après que cette situation est devenue insupportable,
l'année dernière. Elle a commencé à me montrer qu’elle me respectait, que
j’avais enfin su gagner sa confiance, nous avons travaillé plusieurs fois
ensemble et appris à nous connaître. Nous avons découvert que nous fonctionnons
bien toutes les deux, je ne sais pas, comme si elle était la seule devant qui je
n'ai jamais besoin de m'expliquer : elle sait. Paradoxalement, ce dont nous
n'avons jamais parlé a fini par créer une forme de complicité entre nous,
ambigüe, source de conflit, mais qui reste là. A la place des regards égarés de
Gil, j'avais parfois le droit à un sourire. Rien de terrible à cela me diras-tu,
mais le problème, c’est que contrairement à ce que j’avais d’abord cru, cela n’a
pas du tout résolu mon problème. Je suis peu à peu retombée folle amoureuse sans
rien pouvoir y faire, sans vraie raison non plus car elle ne m’a jamais rien
laissé espérer, je crois... Je ne peux tout simplement pas m’empêcher d’être
attirée par ce qu’elle est, par toute sa personne, sa vie, ses façons de réagir,
ses défauts même, son sale caractère... Elle est tellement différente de moi et
pourtant… J’ai parfois l’impression de si bien la comprendre… Il suffit parfois
d’un regard, d’un sourire… Ce n'est pas que nous nous soyons fait des
confidences mais... Je ne sais pas... C'est Catherine...
Les mots venaient soudain plus facilement. Sara se rendit compte du plaisir qu’elle éprouvait à parler de Catherine : elle s’arrêta. Où en était-elle aujourd’hui ? Que ressentait-elle ? Elle refusa de s’aventurer dans cette direction et retourna à ses souvenirs faisant un effort pour poser sa voix.
- Pourtant nos rapports restaient étranges, toujours… Profondément déstabilisants. Parfois, je sentais cette connexion, cette complicité naissante et puis le lendemain, plus rien, Catherine était repartie ailleurs. Un jour elle plaisantait avec moi et le jour suivant, elle ne m’adressait pas la parole… Alors, je savais de moins en moins quoi faire de mes sentiments. Très vite, je n’ai plus pu le supporter ! J'étais perdue, je voulais continuer d'espérer, je m'en voulais, j'avais honte, je lui en voulais, je souhaitais qu'elle disparaisse de ma vie... Je l’aimais toujours autant mais j’avais l’impression qu’elle jouait avec moi, qu’elle me manipulait et ça, je ne pouvais pas l’accepter. J’avais les nerfs à fleur de peau et j’ai même failli quitter Las Vegas à cette époque… Finalement, j’ai décidé d’oublier enfin, une fois pour toutes, mes sentiments pour elle… Pour reprendre le contrôle. Penser à tout sauf à elle, me défaire de cette emprise qu’elle avait sur moi, prendre mes distances… Peut-être qu’elle avait compris ce pouvoir qu’elle détenait, je ne sais pas… Peut-être que ce n’était pas consciemment qu’elle avait décidé d’en profiter… En tout cas moi, ce n’était pas ce que je voulais. J’étais… Terrifiée, terrifiée au point de vouloir tout effacer, tout oublier, recommencer à zéro, au point même d’oublier… Qui j’étais… Je commençais à sortir plus, à voir d’autres gens pour la chasser de mon esprit, faire table rase. Je me suis même trouvé un petit ami cette année. Un gentil crétin qui m’évitait de me poser trop de questions mais qui, je ne l’ai appris que plus tard, avait déjà une autre femme dans sa vie… Je l’avais bien cherché… Bref, une histoire sans intérêt mais… je ne peux pas me permettre d’être amoureuse de Catherine… Je ne peux pas la laisser avoir autant de pouvoir sur moi…
La voix de Sara se cassa presque imperceptiblement, elle prit une profonde inspiration et se racla la gorge avant de continuer.
- Ce n’est pas possible ! J’aime trop mon travail pour laisser mes sentiments tout remettre en cause. Mon existence c’est la science, pas les émotions, c’est comme ça, ça doit être dans ma nature, je ne sais pas gérer… Et puis franchement ça me servirait à quoi de m’accrocher à des rêveries sans lendemain possible de toute façon ? Qu’est-ce que ça voudrait dire ? Je n'ai plus vingt ans. Catherine ne ressentira jamais rien de ce que je voudrais, pour moi. Je ne l’intéresse pas de cette façon, elle vit sur une autre planète. Je ne suis qu’une collègue, un peu immature, certes, qui a des sautes d’humeur, bon, mais avec qui elle a appris à vivre... Si elle sentait à nouveau ce que j’éprouve pour elle, elle ne ferait que l’utiliser pour mieux me manipuler. Je ne peux pas prendre ce risque et de toute façon, elle ne me laissera pas le prendre. Tu sais, c'est facile de voir de quoi il est question, c’est ce genre de femme qui ne supporte pas qu’on s’éloigne d’elle mais qui s’enfuit dès qu’on se rapproche trop, qui te glace d’un regard quand tu crois avoir obtenu le droit à un début de familiarité avec elle. Elle veut juste te garder à porter de main mais ne surtout pas sentir que tu pourrais commencer à exiger quelque chose en retour... Non, il faut que je continue à avancer, comme je le fais depuis un an… Sans me retourner... Même si ça fait mal parfois… Même s’il y a des jours où je me dis que c’est trop lourd à porter. Un beau matin, je me réveillerai et ce sera fini… Un jour je ne me demanderai plus ce qu’elle pense de moi et j’arrêterai de réagir au quart de tour à la moindre de ses phrases, au moindre de ses gestes… Je ne veux pas être amoureuse d’elle. Tu sais, je ne veux même plus y penser d’ailleurs… J'ai trop parlé...
- Sara…
Monica avait perçu tout le désarroi de la grande brune, sa voix rauque, cassée, son regard fuyant, son visage tendu, ses doigts qui tremblaient légèrement. Elle avait observé ses efforts pour ne surtout pas laisser couler les larmes qui soudain avaient fini par remplir ses yeux. Sara devait en avoir des secrets, se dit-elle. Il était possible de sentir presque physiquement le poids de tout ce que la scientifique avait pris sur elle, de tout ce qu’elle avait essayé de cacher, d’oublier, tout ce qu’elle avait fait taire pour pouvoir continuer.
Sara était une passionnée, c’était une évidence, trop passionnée peut-être, mais elle ne voulait surtout pas que les autres le devinent, elle tentait de le dissimuler derrière une nature enjouée, son attachement méticuleux à la science et aux méthodes préétablies qu’elle propose, sa rigueur, ses certitudes. Monica pensa brièvement que c’était là un point qu’elle avait en commun avec Dana.
La brune était plus que touchante perdue entre sa maladresse et la violence de
ses sentiments. Un émouvant mélange de fragilité et de volonté. Monica ne pus
s’empêcher de faire un geste vers la femme assise en face d’elle qui visiblement
souffrait encore beaucoup. Elle avança sa main et prit celle de Sara dans la
sienne. Elle voulait lui faire sentir qu’elle était là, qu’elle n’était
finalement peut-être pas aussi perdue qu’elle semblait le croire.
Sara releva brusquement la tête et plongea son regard brillant devenu intensément noir dans celui de Monica. Elles restèrent immobiles un moment, perdues dans l’instant et Monica su que quelque chose avait soudain changé.
Elle sentit les doigts hésitant de Sara qui remontaient le long de son poignet,
le pouce de la grande brune qui caressait sa paume, d’abord délicatement puis
avec plus de conviction. Le regard noir l’implorait maintenant de lui accorder
ce qu’il désirait. Monica sentit son ventre s’affoler : un brusque désir qui
surgit sans avoir été annoncé, violent parce qu’inattendu. Cependant, ailleurs,
dans une autre partie de sa conscience, elle savait que ce n’était pas ce qui
devait arriver. Elle comprenait le désespoir de Sara, elle l’avait ressentit
mais elle ne pouvait pas lui céder. Monica tenta fébrilement de rassembler ses
esprits, de convaincre sa volonté de ne pas céder à ses instincts.
Sans quitter la brune des yeux, avec sa deuxième main, elle saisit délicatement celle de Sara et la força doucement à s’immobiliser serrant ses doigts. Elle sourit et essaya de faire comprendre à la grande brune ce qu’elle ressentait. Sara qui ne paru d’abord pas comprendre, baissa les yeux. Monica eut le temps d’apercevoir que la lèvre inférieure de Sara tremblait presque imperceptiblement mais plusieurs mèches brunes vinrent dissimuler son visage.
- Sara écoute moi, dit Monica doucement, ce n’est pas que je n’en ai pas terriblement envie, au contraire… Tu es irrésistible à ta façon. Mais… Je crois que je ne suis pas encore tout à fait prête à tourner la page. Je ne peux pas… Et puis surtout, je crois que toi, malgré ce que tu crois, tu as quelqu'un d’autre qui t’attend…
- Qui ça ? Demanda Sara en relevant la tête, l’air légèrement égarée. Une larme
solitaire ayant fini par couler sur sa joue.
- Catherine évidement, lui répondit Monica en souriant.
- Non…
- Si Sara. Regarde la. Regarde la te regarder. Aie un peu confiance en toi. Elle
est peut-être un peu perdue elle aussi, elle a peut-être fait des erreurs dans
le passé mais je ne crois pas qu’elle te veuille autant de mal que tu sembles le
croire. Elle est sans doute dépassée par les événements, elle est maladroite
mais il y a aussi autre chose dans ses regards, tu ne l’as pas sentit ?
- Je ne peux pas, je ne peux pas recommencer, je… Il est trop tard.
- Essaye de lui faire confiance Sara, laisse la au moins revenir vers toi si
elle se sent prête… Je n’ai pas senti que de la manipulation de sa part.
Peut-être que les choses ont changées, peut-être qu'elle avait besoin de
temps... Je ne te dis pas que tout va être facile mais... Peut-être que tu
pourrais envisager qu'elle est juste aussi perdue que toi...
- Tu… Tu crois… ? Dis Sara dont les yeux s’éclairèrent une fraction de seconde
avant de s’éteindre à nouveau. Tu ne la connais pas…
- Ne me dis pas que tu ne t’es pas aperçu qu’elle ne te quittait pas des yeux !
Essaye juste de lui accorder une dernière fois le bénéfice du doute, écoute ce
qu'elle a à te dire, regarde ce qu'elle a à te montrer. Je crois que ça en vaut
la peine… Parce que… Il est temps que tu arrêtes d’essayer de me faire croire
que tu n’es plus amoureuse… Que tu as réussi à te détacher d'elle. Excuse-moi de
te dire ça, mais ton grand plan pour changer de vie n’a pas l’air de fonctionner
si bien que ça Sara…
- Je ne sais pas… Je ne sais vraiment pas, répéta pensivement la scientifique.
Si elle savait, pensa-t-elle, elle savait que le travail, la science, ne suffisaient plus mais il n’y avait rien d’autre dans sa vie. Elle s’était perdue et elle avait cru qu’il suffisait de continuer à marcher tout droit mais la forêt n’avait fait que continuer à s’épaissir autour d’elle.
***
Dans une autre partie de Las Vegas, Dana, Catherine et Shannon attendaient, chacune à sa façon, les résultats des demandes qu’elles avaient envoyées dans les fichiers nationaux. La femme super soldat avait décidé de faire de l’exercice et en était, si son compte était exact, à sa 557ème pompe. Catherine, allongée sur un canapé, la tête sur un coussin et les jambes croisées sur un accoudoir, lisait des magasines féminins qu’elle avait trouvés dans la salle d’attente. Scully, assise sur une chaise, penchée en avant, les avant-bras posés sur les cuisses, les mains jointes, semblait plongée dans une intense méditation. Derrière elle, sur les écrans des ordinateurs, les fiches défilaient à toute vitesse.
Un télépathe présent dans la pièce aurait entendu « 558, 559, 560… », « Je me demande si ce genre de coupe pourrait m’aller… Peut-être… Il faudrait que j’aille faire du shopping… », « Qu’est-ce que je cherche ? Est-ce que ça sera fini un jour ? Qu’est-ce que je veux ? »
- Pourquoi est-ce que vous faites des pompes Shannon puisque votre corps est de
toute façon toujours au maximum de ses capacités ? Demanda Dana parce que la
question lui passa soudain par la tête.
- Peux pas faire autrement… C’est un besoin… Je dois dépenser mon énergie… J’ai
toujours passé le temps de cette façon… Répondit Shannon sans s’arrêter.
Catherine leva un instant un œil de son magasine pour regarder les deux autres femmes puis retourna à sa lecture. Scully observa Shannon quelques temps, ses pompes étaient régulières, la grande brune ne montrait aucun signe de fatigue. L’agent du FBI se sentit soudain encore plus fatiguée rien qu’en la regardant. Le silence retomba dans la pièce.
- La mode est de plus en plus absurde ! Emit soudain Catherine sans quitter son journal des yeux. Vous ne trouvez pas Scully ?
- Heu… Je ne sais pas trop… Je ne suis pas vraiment au courant… Répondit la
rousse.
- Je suis tout à fait d’accord. Dit Shannon qui effectuait maintenant des
tractions abdominales.
Scully et Catherine se tournèrent en même temps vers elle, visiblement surprises.
- Quoi ! Protesta la femme super soldat. Je n’ai pas le droit de m’intéresser à la mode ?
Soudain, derrière Scully, une image s’immobilisa sur un des écrans. Shannon fit signe à Dana de se retourner et se leva pour aller la rejoindre. Catherine tourna la tête et se leva à son tour jetant son magasine sur une table basse. L’ADN avait été identifié.
Son propriétaire s’appelait Douglas Austin, il avait 39 ans, avait appartenu au corps des marines pendant dix ans ce qui expliquait que son ADN soit dans les fichiers. Il s’était retrouvé suspecté de meurtre trois fois depuis mais avait été relâché à chaque fois faute de preuves suffisantes. Il était noté qu’il avait été agent de sécurité à Los Angeles deux ans auparavant dans un laboratoire de recherche mais qu’il avait disparu depuis. Il était à nouveau recherché pour meurtre. Sur la photo il était à moitié chauve, le visage marqué, et avait positivement l’air d’une brute. Shannon reconnut son assaillant. Scully demanda des tirages de la fiche et de la photo.
Alors que les trois femmes se demandaient ce qu’elles allaient faire de ces nouveaux renseignements, un deuxième écran afficha des résultats, ou plutôt l’absence de résultats pour l’identification de l’arme. Il s’agissait d’un Sig Sauer P 226, une arme de haute précision souvent utilisée par les forces de l’ordre, précisa Scully qui avait toujours utilisé des Sig Sauer, mais l’arme ne semblait pas avoir été enregistrée dans un fichier quelconque.
Scully décida d’appeler Reyes pour demander aux deux autres femmes de venir les rejoindre. Elle n’avait pas envie de bouger. Monica l’informa qu’elle et Sara avaient du nouveau, évoqua New Millennium et lui dit qu’elles arrivaient.
***
Monica raccrocha et jeta un coup d’œil à Sara. Cette dernière regardait attentivement le pouce de sa main gauche qu’elle était en train de torturer avec sa main droite. Depuis quelques minutes la grande brune était perdue dans ses pensées. Monica avait essayé de détendre l’atmosphère mais Sara la regardait rapidement, par en dessous, le regard à moitié caché par ses mèches de cheveux et ne tentait que des demi-sourires maladroits. La grande brune avait apparemment épuisée toutes les forces qui lui avait auparavant permit de parler et ne répondait plus que par mono syllabes si bien que Monica avait cessé d’insister.
Monica était malgré tout sous le charme. Ce n’était pas exactement du désir, juste une envie de passer sa main dans ses mèches de cheveux. Elle aurait voulu faire comprendre à Sara qu’elle était adorable, qu’elle n’avait aucune raison de douter d’elle, la rassurer et lui dire que ses désirs trouveraient un jour un moyen de s’exprimer. Elle aurait voulu être sure que Sara comprenait bien que, si elle avait arrêté sa main, c’était uniquement parce qu’elle avait voulu lui montrer que son histoire pouvait encore s’écrire autrement. Un peu d’assurance et c’est Catherine qui se retrouverait à ses pieds.
Sara releva la tête, comprit qu’il était temps de partir, de retrouver Catherine, et une boule se forma dans sa gorge. Elle aurait tant voulu que ce ne soit pas le cas. Pourquoi Monica l’avait-elle replongée au cœur de cette sensation là, dans ces régions qu’elle voulait à tout prix éviter ? Sara ne se sentait pas de taille à participer de nouveau à cette guerre là.
Sa première réaction avait été de demander de l’aide à Monica pour oublier de nouveau mais sans doute avait-elle été maladroite, encore une fois, peut-être avait-elle fini par complètement oublier comment il fallait faire… Est-ce qu’elle avait jamais su ? « Pire qu’une collégienne, tu es parfois pathétique Sara ! » Se disait-elle à elle-même. Elle suivit malgré tout l’agent du FBI, peu attentive à ce qui se passait autour d’elle, inconsciente du fait que Monica ne la quittait pas des yeux.
***
Elles se retrouvèrent dehors, dans un parking désert coincé entre deux immeubles. Sara prit deux longues inspirations tout en se rapprochant de la Ford bleu marine, il faisait chaud même la nuit au milieu du désert. Alors qu’elle se retournait pour chercher Monica du regard, Sara s’aperçut soudain que cette dernière se trouvait juste derrière elle et ne comprit pas pourquoi.
Enregistrant que Sara l’avait aperçue, Monica fit encore un pas et s’arrêta à quelques centimètres de la grande brune. Elle leva légèrement les yeux pour croiser son regard et elle lui sourit. Sara sentit la température de son corps qui s’élevait mais elle ne saisissait pourtant toujours pas ce qui était en train de se passer. Elle restait immobile, plongée dans le brun doré des yeux de la femme en face d’elle qui se tenait maintenant si près qu’elle pouvait sentir son parfum.
Monica leva ses deux mains, attrapa doucement le visage de Sara puis la força à baisser la tête jusqu’à ce que leurs lèvres se touchent. Sara cessa de résister et Monica l’embrassa d’abord doucement puis très vite bien plus passionnément. Sara gémit faiblement, entièrement perdue dans ses sensations, incapable de réagir pendant un certain temps puis ses deux mains se perdirent dans les cheveux de Monica, elle se rapprocha d’elle et répondit enfin à son ardeur. Monica perdit alors à son tour le contrôle de ce qui arrivait et dut reculer une jambe pour éviter de tomber. Les deux femmes s’égarèrent dans les jeux de leur bouche, les sensations de leur corps, les sons de leurs émotions.
Puis Sara sentit que Monica se détachait d’elle. Elle l’embrassa une dernière fois et la laissa partir. Elles étaient toutes les deux essoufflées. Monica, qui avait laissé une de ses mains sur la joue de Sara souriait toujours, la grande brune lui sourit à son tour en hochant la tête. Son regard légèrement troublé demandait une explication.
- Voilà ce à quoi tu as droit Sara. N’en accepte jamais moins… Demande en bien plus… Dit alors Monica en chuchotant.
Le sourire de Sara s’élargit.
- Bientôt c’est Catherine que tu embrasseras. Je ne vois pas comment elle pourrait résister à une fille sexy comme toi Sara, continua Monica. Personne ne pourrait te résister, tu devrais en être consciente !
- Cela faisait longtemps que…
- Tu n’as pas oublié.
- Je croyais… Que j’avais oublié.
- Je sais… J’ai deviné… Quelle idée !
- Merci.
- Tout le plaisir était pour moi… Je t’assure…
- Heu… Non, je ne crois pas…
Monica rit et glissa amicalement sa main autour de la taille de Sara pour l’emmener vers la voiture. Sara passa furtivement sa langue sur ses lèvres pour retrouver un instant le goût de Monica puis baissa la tête et pénétra dans le véhicule. Il lui semblait désormais qu’aucune montagne ne pourrait être suffisamment grande pour l’empêcher d’essayer de la déplacer.
E P I S O D E : 5
Sara et Monica se retrouvèrent à nouveau seules dans la Ford de location mais l’ambiance était cette fois nettement plus détendue. L’agent du FBI avait révélé transporter avec elle ses CD et Sara avait débusqué un enregistrement de chants de baleines. Srprise, elle l’avait immédiatement glissé dans le lecteur et s’était un peu moquée de Monica avant de divulguer qu’elle-même avait été élevée par des hippies à San Fransisco et que petite, elle adorait écouter les enregistrements du chant des grands mammifères marins que possédaient ses parents. Monica concéda qu’elle avait un petit côté new age, Sara avoua qu’elle était végétarienne après tout, et que, finalement, elle avait conservé bien plus de choses de son éducation qu’elle ne voulait généralement l’admettre.
Les deux femmes se rendaient bien compte qu’une nouvelle complicité les liait désormais mais surtout, elles comprenaient de mieux en mieux ce qui les avait si vite conduit l’une vers l’autre. Cependant, aucune des deux ne fit plus allusion à la discussion qui avait précédée ni à ce qui avait suivis. Sans doute valait-il mieux laisser les choses reposer un peu. L’enquête les attendait de toute façon, ainsi que Dana et Catherine...
Alors qu’elles se rapprochaient du périmètre du laboratoire privé où ces dernières se trouvaient, le téléphone portable de Monica sonna : c’était Dana.
- Où êtes-vous ? Demanda-t-elle.
- On approche. Répondit Monica.
- N’entrez pas dans le bâtiment. Notre infiltration du réseau informatique vient d’être découverte. Il est probable qu’on nous ait tracées jusqu’ici. Nous retournons dans la voiture. Nous sommes garées un peu plus loin dans la rue en face du numéro 450. Rejoignez-nous là.
- On vous retrouve dehors, répéta Monica pour Sara. Très bien, on arrive dans…
Cinq minutes.
- Qu’est ce que j’entends derrière toi Monica ?
- Le chant des baleines…
- Ha oui ! C’est vrai. Les baleines… Tiens…
- Quoi ? Ce n’est pas moi qui ai choisi…
- Rien, rien… A tout de suite.
Monica raccrocha, étonnée par le ton presque sarcastique qu’avait adopté Dana lors de ce dernier échange, puis elle secoua la tête : Dana et ses sous-entendus…
- Scully a quelque chose contre les baleines ? Demanda Sara.
- Non, c’est une vielle histoire… La première fois que je me suis rendue
ridicule devant Dana… J’avais tout arrangé pour son accouchement et je ne sais
pas ce qui m’est passé par la tête, je trouvais qu’il nous manquait un disque du
chant des baleines, pour l’ambiance… Comme Dana ne voyait pas de quoi est-ce que
je pouvais bien parler je me suis mise à lui faire une imitation… Un beau fiasco
mais je l’ai fait rire… Depuis elle prétend que c’est ma méthode de séduction…
Mais tu es d’accord, c’est toi qui a choisi ?
- Je suis tout à fait d’accord ! L’agent spécial Scully s’imagine de drôles de
choses… Confirma Sara.
Elles se regardèrent en souriant. Puis Monica expliqua à Sara pourquoi elles les retrouveraient dehors.Quelques instants plus tard, elles arrivèrent dans la rue qui ne devait abriter que des immeubles de bureaux car elle semblait étrangement sombre et déserte après les lumières du centre ville qu’elles venaient de traverser. Elles aperçurent la Tahoe et trouvèrent une place pour se garer au même niveau sur le trottoir d’en face dans le sens inverse, ce qui leur permettait d’avoir une vue directe sur l’entrée de l’immeuble où se trouvait le laboratoire. Monica coupa le contact et le chant des baleines par la même occasion.
Cette fois c’est le téléphone de Sara qui sonna. Elle vit s’afficher « Cath » sur l’écran à cristaux liquides et son rythme cardiaque s’accéléra. Elle décrocha et ses yeux cherchèrent instinctivement le visage familier du côté de la Tahoe plongée dans l’obscurité. Catherine, assise derrière le volant, évidemment, lui souriait.
- Hello Sara ! Ça va ?
- Ça va. Qu’est-ce qu’on fait ?
- On attend pour voir si quelqu'un va venir.
- Ok... Heu… Vous vous êtes bien amusées ?
« Amusée ? » Répéta intérieurement Sara, « elle ne revient pas d’une soirée au casino ! Qu’est ce que tu es douée pour les conversations ! »
- Oui. J’adore attendre des résultats coincée derrière un écran d’ordinateur… Sûr…
- Je suis surprise que tu sois encore là !
- Il y avait des magazines… Et toi ? Tu t’es bien… Amusée ?
- Moi ? Je… Heu… Oui, enfin… C’était intéressant… Je… Heu… Je te raconterai. On
a une adresse… D’autres bureaux au sud… Du coté d’Henderson…
Sara jeta un rapide coup d’oeil à Monica qui esquissa un sourire.
- Oui Scully me l’a dit. Ok, bon, on s’appelle s’il y a du nouveau.
- Bien, à…
Catherine avait déjà raccroché. Sara continuait, elle, à fixer son téléphone. « Aller Sara, tu as essayé, hey ! C’était mieux que d’habitude aller… Un bon point pour avoir essayé ! »
- C’était… « Intéressant »…? Commenta Monica imitant le ton dégagé de Sara en relevant un sourcil.
- Très drôle ! Et si je me remets à bafouiller à chaque fois qu’elle me parle,
ce sera de ta faute ! Merci !
- Encore une fois : de rien Sara… Tout le plaisir ét…
- Ça va… ! L’arrêta Sara.
La scientifique exécuta son meilleur faux sourire. Monica rit puis ajouta.
- En tout cas, une chose est sûre, il me semble que nos deux collègues nous surveillent de très près. Tu crois qu’on leur a manqué ?
- C’est certain. Nous leur avons donné de bien mauvaises habitudes…
Les deux femmes rirent à nouveau. Monica vit briller comme une étincelle dans les yeux de Sara, une lueur qui lui rappela brièvement le regard de la jeune femme juste avant qu’elle ne l’embrasse mais la grande brune détourna son regard. Peu à peu le silence se fit dans la voiture et les deux enquêtrices se mirent à attendre en observant la nuit.
***
Quelques temps plus tard, une Lexus bleu nuit arriva et se gara en double fil devant l’immeuble. Sara reconnut un des agents du FBI qu’elle avait croisé plus tôt au labo alors qu’il passait devant une borne d’éclairage. Il était accompagné de trois autres hommes de même carrure, deux avait un costume sombre, le troisième un bombers kaki.
Dès qu’ils eurent disparu dans l’immeuble, le téléphone de Monica s’éveilla à la vie en poussant son cri électronique distinctif. C’était de nouveau Dana.
- C’est lui ! Shannon l’a reconnu. C’est l’homme qui lui a tiré dessus, celui qui avait le bombers. Les trois autres sont probablement…
- Des agents du FBI. Sara les a également reconnus.
- Bien...
- Qu’est-ce qu’on fait Dana ?
Le silence de l’autre côté de la ligne rappela à Monica que Scully ne répondait
plus à ce genre de questions. Cependant elle entendit que le sujet était débattu
dans l’autre voiture.
- Heu… Catherine propose que nous les suivions lorsqu’ils ressortiront…
- Pourquoi pas, répondit Monica, à deux voitures nous pourrions sans doute
éviter de nous faire repérer. Nous commencerons la filature, nous avons la
voiture la plus anonyme…
- Monica…
- Oui ?
- Tu as conscience du fait que nous venons de hacker un ordinateur du bureau et
que ces hommes sont malgré tout des agents fédéraux ?
- Oui.
- Tu es encore en train de risquer ta place Monica.
- Ce ne sera pas la première fois…
- Je sais… Je voulais te dire que… Je voulais juste te dire ça… Je sais…
Monica ne savait pas, elle, ce qu’elle pouvait répondre mais elle fut soudainement tirée de sa réflexion par le retour des quatre hommes. Elle raccrocha sans rien ajouter et plongea dans son fauteuil. Ils inspectèrent rapidement les environs mais la rue était heureusement trop peu éclairée pour qu’ils puissent les apercevoir à l’intérieur de leur véhicule. Après les avoir laissé regagner leur Lexus puis prendre une rue à gauche, Monica démarra pour les suivre. Derrière, la Tahoe fit de même.
***
Les deux voitures avaient déjà échangé leur place plusieurs fois derrière la Lexus quand Sara commença à avoir une idée de l’endroit où elle se rendait.
- Reliance avenue, dit-elle.
- New Millenium, répondit Monica.
- Bonne pioche, notre tableau de famille commence à se compléter.
Les bâtiments de New Millenium s’élevaient un peu en retrait derrière une pelouse légèrement surélevée par rapport à la route. Il s’agissait d’un petit immeuble de deux étages entièrement vitrés, d’apparence moderne, derrière lequel on pouvait apercevoir une série d’autres bâtisses plus petites toutes en briques et apparemment sans fenêtres. Cela ressemblait bien à une entreprise high-tech entourée d’ateliers d’assemblage.
Une petite route goudronnée serpentait dans le lotissement mais au lieu de tourner à gauche pour l’emprunter, la Lexus poursuivit sa route jusqu’au coin de rue suivant. Cette fois elle vira à gauche. Monica fit un appel de phare pour indiquer à Catherine qu’elles avaient quelque chose à lui dire.
Monica commença à la doubler et vint se ranger aux côtés de la Tahoe en faisant signe à sa conductrice de s’arrêter. Sara baissa sa fenêtre et Catherine l’imita.
- Nous pensons savoir où ils vont, commença Sara dont la voix trahissait une certaine excitation, inutile de les suivre tout de suite. Nous sommes devant New Millennium, comme par hasard l’entreprise où nous a conduit notre piste de ce soir. Il y a de grandes chances pour qu’ils aient fait le tour afin d’entrer par l’arrière. On leur laisse cinq minutes et on va vérifier. On passe en premier, ok ?
- Bien… On vous suit, fit Catherine.
Un instant elle eut envie d’ajouter quelque chose mais elle se retint. Des conseils de prudence deux fois dans la même soirée cela risquait de faire un peu trop pour Sara Sidle. Et puis, elle n’était pas sa mère bon sang ! Ni vraiment sa supérieure hiérarchique d’ailleurs. Pourtant elle avait un mauvais pressentiment. Quelque chose l’inquiétait dans l'enthousiasme qu’elle avait décelé dans la voix de sa collègue. Mais pourquoi donc se préoccupait-elle tant de la façon dont se comportait Sara ces derniers temps ? D’où venait ce constant besoin de lui dire de regarder où elle mettait les pieds ? Catherine sentait une sensation bizarre au creux de son estomac, comme si elle avait quelque chose à dire mais avait oublié de quoi il s’agissait, mais elle décida de l’ignorer et de penser à autre chose. Au coin de la rue la Ford de Monica venait de disparaître à son tour, elle démarra pour la suivre.
Après avoir tourné une seconde fois à gauche, Sara et Monica aperçurent bien la Lexus garée près d’une des bâtisses en brique. A quelques mètres du véhicule, on pouvait apercevoir une porte en acier surmontée d’une ampoule verte qui diffusait une lumière étrange. Le reste des bâtiments était plongé dans une semi obscurité et ne recevaient de la lumière que du bâtiment principal en verre. La Lexus semblait vide et le reste de l’espèce de parking, désert mais Monica préféra tout de même se garer dans la rue à une quinzaine de mètres.
- Il y a de grandes chances pour qu’ils soient entrés par cette porte sous l’ampoule verte, constata Sara qui avait visiblement une idée derrière la tête.
Elle se pencha vers le siège arrière où elle avait laissé sa mallette et attrapa un pot de poudre, un pinceau et quelques étiquettes autocollantes pour empreintes.
- Est-ce bien le moment de te refaire une beauté ? Tenta Monica.
- Très drôle. S’ils sont passés par là, ils ont laissé des empreintes.
- Mais tu ne vas quand même pas…
Sara était déjà partie. Monica la regarda s’éloigner vers la porte sur laquelle on pouvait apercevoir une longue barre en fer qui servait de poignée. Elle devait effectivement être couverte d’empreintes, se dit Monica. Légèrement nerveuse, elle regarda Sara s’agenouiller et commencer sa collecte.
***
« Mince, je n’aurais peut-être pas dû la laisser partir. Dépêche toi Sara, reviens maintenant ! » Ne pouvait-elle cependant pas s’empêcher de se dire dix minutes plus tard. « Hey ! Mais qu’est ce qu’elle fait ? Oh non Sara… »
S’apercevant sans doute que la porte était ouverte, Sara venait d’entrer dans le bâtiment. Alors que Monica se demandait quoi faire, à peine dix secondes après que Sara ait disparu, la portière de la Ford s’ouvrit et Catherine se glissa brusquement sur le siège passager en commençant immédiatement à crier.
- Mais bon sang qu’est-ce qu’elle fait ? Pourquoi est-ce que vous l’avez laissée
partir, Monica ? Elle va se faire prendre sur une propriété privée, c’est tout
ce qu’elle va réussir ! On sera bien avancées après ça ! Cet homme est
dangereux… Elle est incontrôlable bon sang !
- Et c’est ce qui fait tout son charme non ? Se contenta de répondre Monica qui
avait décidé de garder son calme malgré la tempête.
Il s’avéra qu’elle avait intuitivement choisi la meilleure tactique pour
désarmer Catherine Willows qui s’arrêta net et resta un instant interloquée, la
bouche ouverte, le regard fixé sur Monica qui souriait avec le coin gauche de sa
bouche en penchant la tête vers Catherine. La blonde paraissait avoir besoin de
temps pour comprendre le sens de la question de Monica et surtout, peut-être,
pour trouver ce qu’elle pouvait bien répondre à ça.
Finalement Catherine renonça à trouver sa réponse, son esprit demeurant soudain vide. Elle ferma d’abord la bouche, consciente du fait qu’elle devait avoir l’air un peu stupide, puis afficha un sourire mêlé d’une moue qui laissait entendre qu’effectivement, on n’y pouvait pas grand-chose. Sara était Sara et… oui… Sara était charmante.
A ce moment là, une sirène se mit à hurler et deux gros projecteurs s’allumèrent illuminant la cour. Catherine et Monica sursautèrent et se mirent à scruter l’espace entre leur voiture et les bâtiments en brique. Soudain, elles virent émerger du halo des projecteurs la silhouette allongée de Sara qui courait vers elles. Monica démarra la voiture. Sara arriva devant la Ford, aperçut Catherine, et s’engouffra sur le siège arrière.
- Ce n’est pas moi ! Déclara-t-elle immédiatement. Ce n’est pas moi qui aie déclenché tout ça ! Je n’ai rien touché. En sortant j’ai aperçu une silhouette qui sortait de l’immeuble en verre poursuivie par quelqu'un d’autre. Je pense que c’était un homme mais il était loin… Il est partit de l’autre coté. Heu… Nous ferions mieux de partir… Et ne me regarde pas comme ça Catherine ! J’ai au moins six ou sept empreintes claires et il n’y avait qu’un couloir derrière cette porte je…
- Je n’ai rien dit… Se contenta de remarquer Catherine très calmement.
Catherine avait tourné la tête et paraissait se livrer à une inspection approfondie des nuances de brun des yeux de sa collègue. Elle souriait largement et il y avait comme une lueur nouvelle au fond de son regard. Sara, un instant éblouie, sentit ses battements cardiaques ralentir. Il lui semblait soudain qu’en une fraction de seconde son esprit pouvait se laisser aller à libérer tous les fantasmes qu’il était capable d’imaginer. Le temps se dissolvait. Elle pouvait compter chaque battement de son cœur et sentir chaque pulsation battre dans sa carotide, le sang qui affluait à son visage, la chaleur qui envahissait ses joues et ses oreilles. Puis, le temps reprit sa vitesse normale donnant à Sara l’impression d’une brutale accélération. Elle avala sa salive et mordit sa lèvre inférieure pour tenter de retrouver ses esprits. Avant qu’elle ait bien compris ce qui lui était arrivé, Catherine s’était retournée vers l’avant. Sara cligna des yeux et prit une profonde inspiration.
- Mais tu aurais pu demander à l’une d’entre nous de te couvrir… Ajouta tout de même la blonde.
Elles passèrent devant la Tahoe. Scully se tenait debout devant la portière
ouverte du côté conducteur. Monica s’arrêta devant elle et ouvrit sa fenêtre.
- Qu’est ce qui se passe Dana ?
- Je ne sais pas, Shannon est partie brusquement vers l’immeuble sans rien dire,
et elle n’est pas revenue.
Les quatre femmes regardèrent en même temps vers la vaste cour ou trois hommes
en uniforme tenant des chiens en laisse venaient d’apparaître.
- Il est temps que nous y allions, décida Monica, il y avait d’autres intrus ici
ce soir… Je pense que Shannon saura se débrouiller toute seule… On bouge !
- Bien, dit Scully, et elle rentra dans son véhicule avant de démarrer pour
suivre les trois autres.
***
Elles s’arrêtèrent un peu plus loin sur le parking d’un supermarché ouvert toute la nuit. Comme il faisait toujours aussi chaud, elles décidèrent d’aller s’acheter à boire avant de discuter de ce qui s’était passé. A la caisse, Monica et Sara rirent en voyant arriver leur collègue avec chacune un coca light. Elles avaient quant à elle, toutes les deux choisit un coca normal. Catherine ne voyait pas bien ce qu’il y avait là de si amusant mais elle n’essaya pas de comprendre. Scully se contenta de lever les yeux au ciel.
Finalement, elle retournèrent sur le parking et c’est Scully qui se décida la première à demander des comptes à Sara à propos de ce qui s’était passé à New Millennium.
- Mais qu’est-ce qui vous a pris Sara ? Dit-elle froidement, le regard sombre. Pourquoi voulez vous leurs empreintes ? Nous les avons déjà, je vous rappelle que nous venons de passer deux heures devant un ordinateur pour obtenir celle de l'homme au bombers !
Sara était nonchalamment assise sur le capot de la Ford, une jambe repliée, le pied sur le pare-chocs. Elle regardait la canette de soda qu’elle tenait en main. Quand Scully eut terminé, elle esquissa d’abord un sourire puis jeta un œil à la petite rousse sans complètement relever la tête. Après avoir marqué une pause, elle commença à s’expliquer, calmement, d’une voix grave et assurée. Sara avait repris le contrôle de la situation et elle était indiscutablement sexy dans cette position.
- Et pouvons désormais lier cet l’homme non seulement à la scène du crime, mais aussi aux bâtiments de New Millenium, si j’ai réussi à récupérer une de ses empreintes. Cela pourrait bien s’avérer suffisant pour obtenir un mandat de perquisition pour un pistolet 9mm ou… Un disque dur par exemple… Peut-être travaille-t-il là-bas… Peut-être a-t-il un casier personnel ou même un bureau…
Scully et Monica avaient attentivement suivis le raisonnement. Catherine souriait, elle semblait avoir su dès le départ où Sara voulait en venir, elle la couvait presque affectueusement du regard, presque, car encore une fois il y avait autre chose dans son regard, une sensation plus intense, nouvelle, qui assombrissait le bleu habituellement pâle de ses yeux. Sara qui évitait pour le moment de croiser à nouveau ce regard ne s’en aperçut pas.
- La nuit aura finalement été fructueuse, finit par dire Catherine après avoir bu une gorgée de soda pour s’éclaircir les idées et chasser la sécheresse qui avait envahie sa bouche.
- Très bien, dit Scully qui ne semblait plus avoir quoi que ce soit à ajouter.
D’accord.
- Et comment était cet homme que tu as vu là-bas ? Demanda Monica qui détourna
son regard de Dana et se tourna vers Sara un très léger sourire aux lèvres.
- Je ne sais pas, il était en contre jour, je ne suis même pas sûre que c’était un homme. C’était quelqu'un de grand, répondit Sara en se tournant vers elle.
- Mais c’était peut-être Shannon alors, remarqua Monica.
- Non, s’empressa de répondre Scully, Shannon est partie alors que Sara revenait
déjà. Peut-être a-t-elle aperçu la même personne… Peut-être qu’elle le
connaissait ?
- L’homme au bombers ? Proposa Catherine.
- Non. Non je ne pense pas, lui répondit Sara qui ne put s’empêcher de changer
nerveusement de position quand elle croisa son regard, posant son pied par
terre.
Personne n’osa prononcer le nom de Mulder et les quatre femmes restèrent silencieuses, occupées à vider leur canette.
- J’ai envie d’une cigarette, dit soudain Monica.
Sara releva brusquement la tête et croisa le regard de Scully qui était exactement le même que si Monica avait soudainement annoncé qu’elle allait sniffer une ligne de cocaïne dans les toilettes.
- Aller Dana ! Se plaignit l’agent spécial, je n’en ai pas encore fumée une seule aujourd’hui !
Scully se tourna immédiatement vers Sara. Son regard exigeait une réponse immédiate.
- C’est vrai, s’empressa de confirmer la scientifique. Pas une cigarette.
- Ha ! Tu vois ! Triompha Monica.
Scully laissa échapper un bruyant soupir en levant les yeux au ciel. Elle
abandonnait la partie. Monica essaya de lui sourire mais la rousse ne se décida
à quitter son air consterné que lorsque Monica réussit une magnifique imitation
du regard du labrador fou d’amour. Scully finit par éclater de rire.
- Ok, ok vas-y… Si tu ne peux pas faire autrement…
- Heu… Je suis consciente du fait que ceci va probablement invalider mon
précédent témoignage, qui était pourtant tout à fait véridique, mais… Puis-je
t’en prendre une, Monica ? Demanda Sara.
Monica croisa son regard, sourit, et lui tendit son paquet de Morley. Sara qui avait déjà sorti le zippo qui ne quittait jamais sa poche, alluma la cigarette de Monica puis la sienne sur laquelle elle tira longuement avant de relâcher la fumée vers le ciel en rejetant la tête en arrière.
- Venez Catherine, laissons les droguées faire leurs intéressantes et allons nous acheter du chocolat ! Se contenta d’ajouter Scully.
Sans le savoir, elle sauva ainsi Catherine d’un intense débat qui faisait rage dans sa tête. Elle avait elle aussi intensément envie d’une cigarette, surtout après avoir très précisément observé Sara inhaler sa première bouffée. Mais elle ne voulait pas céder, elle ne voulait pas voir sa volonté faiblir et son corps retomber dans le cercle vicieux de la dépendance. Elle s’empressa de suivre Scully dans le supermarché.
Sara et Monica les regardèrent s’éloigner et échangèrent des regards entendus.
- Nous voilà avec un nouveau point commun, dit Monica en souriant.
- Décidément ! Pauvres de nous, nous allons vraiment finir en enfer !
- Très certainement…
- Dis Monica, Dana te surveille décidément de très très près !
- Tu as vu ça ! Que veux-tu, je suis à ses ordres ! En fait, c’est un peu un jeu
entre nous depuis que nous nous connaissons. Le jour où nous nous sommes
rencontrées, j’étais en train de fumer tranquillement dans un champ quand je
l'ai vu arriver … Je ne sais pas pourquoi, j’ai immédiatement écrasé ma
cigarette…
***
Dans le supermarché, Catherine et surtout Scully étaient en train d’opérer une razzia sur les barres chocolatées. Catherine observait, amusée, la rousse hésiter à chaque fois quelques secondes puis céder à ses pulsions et accumuler une à une les barres dans son panier.
- Après tout, nous sommes leur aînée, disait Scully, nous devons bien essayer de les… Contrôler un petit peu, non ?
Il était assez évident qu’elle ne croyait pas sérieusement aux justifications qu’elle essayait de fournir plus pour essayer de se convaincre elle-même.
- On peut voir ça comme ça oui, répondit Catherine pensive, mais vôtre collègue a tout de même l’air plus facile à… Contrôler que la mienne…
Scully sourit et parut à son tour réfléchir plus sérieusement à la question.
- Peut-être… Et pourtant… Dit-elle en cherchant le regard de Catherine, J’ai la vague impression que votre opinion compte bien plus que vous ne le croyez pour Sara…
- Vraiment ?
Catherine avait presque l’air choqué. Scully avait le même air que Monica dans la voiture une demi-heure auparavant, comme si elles essayaient toutes les deux de lui faire comprendre quelque chose qu’elle aurait dû voir toute seule. C’était une conspiration ? Quoi ! Oui, Sara était charmante, oui, elles se respectaient mutuellement, et alors ? Quel était le message au juste ? Scully, elle, semblait être passée à autre chose, elle regardait vers le fond du magasin.
- Je vais me reprendre à boire, avec toutes ces sucreries ce serait plus prudent, vous voulez quelque chose Catherine ?
- Non merci, je vous attends à la caisse.
Alors qu’elle retournait vers l’avant du magasin, se demandant vaguement ce qui lui arrivait, Catherine chercha inconsciemment sa collègue du regard. Elle était toujours assise sur la voiture et Monica semblait s’être rapprochée d’elle. Elles riaient maintenant et Catherine observa Sara qui se pliait en deux sous l’effet d’un fou rire.
***
- Tu lui as vraiment répondu « vous devriez essayer de garder l’esprit ouvert vous aussi » ! Disait Sara en essayant de reprendre son souffle.
- Mais oui ! Je te jure qu’elle me cherchait ! J’ai cru qu’elle allait
m’embrasser rien que pour me faire taire !
- Wow… Si seulement je pouvais en arriver là avec Catherine, au moins pouvoir
plaisanter normalement avec elle…
Une légère ombre passa dans le regard de Sara, un brin de mélancolie. Monica lui sourit et posa sa main sur son bras en la fixant.
- Tu y arriveras Sara, ne t’en fait pas, ça viendra tout seul. Tu avais peut-être juste besoin d’un peu plus de temps… Mais, fais-moi confiance, ça viendra… Peut-être plus vite que tu ne le crois d'ailleurs…
***
Dans le supermarché, Catherine observait toujours la scène de loin. Lorsqu’elle vit la main de Monica se poser sur le bras de Sara, un léger pincement se fit sentir dans le creux de son estomac. Elle s’était bien rendue compte que la complicité entre Sara et Monica n’avait cessé de grandir pendant cette journée mais elle ne comprenait vraiment pas pourquoi est-ce que cela la dérangeait autant. Pourquoi ce léger malaise ? De la jalousie ? Après tout, elle-même n’avait jamais vraiment fait d’efforts pour se rapprocher de Sara. Bien au contraire... Seulement, encore une fois, elle se demandait pourquoi, car elle découvrait peu à peu qu’elle en avait envie et qu’elle en avait même envie depuis un certain temps... Qu’est ce qui l’avait retenue si longtemps ?
Soudain, elle s’autorisa à penser qu’elle avait envie d’être à la place de Monica, qu’elle voulait rire comme ça avec Sara, être proche d’elle… Mais elle n’avait jamais su trouver le moyen d’y arriver, elle n’avait pas de repères avec Sara. Quelque chose, elle ne savait pas bien quoi, lui faisait… Peur. Peur ? Le mot qui lui était automatiquement venu à l’esprit la surprit elle-même. Elle, Catherine Willows ? Comment pouvait-elle admettre cela ! Avoir peur de quelqu’un n’était pas précisément dans ses habitudes ! Et le pire dans tout ça, c’était que Monica avait débarqué précisément le jour où elle avait enfin décidé de faire quelque chose, de faire enfin un vrai pas vers sa collègue…
Scully arriva derrière Catherine et après avoir enregistré son air soucieux, suivit la direction de son regard. Elle sourit. Même si elle se rendait bien compte qu’elle n’était pas si à l’aise que ça avec l’idée que Monica se rapproche de Sara, qui était-elle pour l’empêcher d’aller voir ailleurs…
- Elles se sont vite trouvées hein ? Dit-elle.
Catherine sursauta.
- Oui… Elles ont l’air… De bien s’entendre, répondit la blonde légèrement gênée en tendant les deux barres de céréales qu’elle avait choisi au caissier.
Scully, surprise par le ton agacé de Catherine, se demanda si elle devait continuer sur le sujet puis décida qu’il valait peut-être mieux en rester là. Les choses n’avaient décidément pas l’air très claires entre les deux CSI. Elle essaierait d’interroger Monica plus tard pour en savoir plus.
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Les quatre femmes se trouvèrent de nouveau rassemblées près des voitures. Catherine tendit la seconde barre de céréales à Sara qui lui sourit en la remerciant. C’était une habitude qu’elles avaient prise un an auparavant de toujours s’offrir des barres de céréales quand l’une d’entre elle trouvait l’occasion d’en acheter au cours d’une enquête. Une habitude agréable quand on travaille des nuits entières et un de leur rare moyen de communication. Elles se regardèrent réconfortées toutes les deux par ce simple rappel de leur quotidien.
Catherine et Sara devaient encore se rendre aux labos pour enregistrer les éléments ramassés par Sara au cours de la nuit. C’était le seul moyen d’obtenir un mandat plus tard, il fallait tenter le coup et espérer que rien ne disparaîtrait. De toute façon il y avait de grandes chances pour qu’elles aient pris les autres agents du FBI de cours et surtout pour qu’ils n’imaginent même pas qu’elles étaient déjà remontées jusqu’à l’entrepôt et New Milennium.
Scully et Monica décidèrent de rentrer dormir à leur hôtel, il était tard. Elles se séparèrent donc et se donnèrent rendez-vous le lendemain en début d’après-midi dans les locaux du CSI. Il était désormais inutile pour Scully et Reyes de continuer à se cacher.
Assise dans la Tahoe, Sara leva la main pour saluer Scully et Monica qu’elles étaient en train de dépasser, elle aperçut distinctement Monica qui lui faisait un clin d’œil. Elle fut soudain très consciente du fait qu’elle se retrouvait seule avec Catherine. Elle tenta de fixer la route devant elle.
- Tu es toujours ok pour qu’on prenne un petit-déjeuner ensemble après ? Dit la voix de Catherine qui la tira de ses pensées.
- Oui Catherine, bien sûr. Je… Je crois qu’on en a bien besoin après cette
journée !
Catherine qui conduisait, détourna une seconde son regard de la route et lui sourit brièvement. « C’est le moins qu’on puisse dire ! » commenta-t-elle intérieurement