E P I S O D E : 6
Il était presque cinq heures du matin à Las Vegas quand Scully et Reyes se retrouvèrent dans la chambre de la rousse au douzième étage du Tangier : un des plus gros hotel-casino de la ville. La vaste pièce disposait d’une large fenêtre qui donnait sur le quadrillage des rues dessinées par les néons, et plus loin, sur le désert. Il faisait encore nuit mais, si on observait bien l’est, les premiers signes de l’aube commençaient à apparaître derrière la sombre silhouette distante des montagnes.
Monica s’était installée sur le lit, elle s’était même à moitié allongée laissant ses pieds sur le sol et regardait le plafond en finissant une des barres de chocolat acheté au supermarché. Elle ne pensait à rien de particulier, profitait juste de ce moment d’intimité. Les deux agents avaient depuis longtemps pris l’habitude de se retrouver ainsi dans la chambre d’une des deux en fin de journée. Dana qui avait enlevé sa veste, relevé ses manches et passé un bandeau dans ses cheveux, se démaquillait dans la salle de bain dont elle avait laissé la porte ouverte. Soudain la question qu’elle s’était posée au supermarché ressurgit dans son esprit.
- Hey Monica, cria Scully depuis l’autre pièce, je voudrais ton avis d’experte… Non je plaisante… Je me demandais… Qu’est ce que tu crois qu’il se passe entre Sara et Catherine ?
- Experte ? Qu’est-ce que tu entends par là ? Répondit Monica qui se redressa,
feignant l’innocence.
- Je plai-san-tais ! Insista Scully qui sortit de la salle de bain en se passant
maintenant de la crème sur les mains.
- Hum… Je ne sais pas si je peux te répondre…
Monica, maintenant assise, n’avait plus l’air de plaisanter. Elle plia soigneusement le papier de la barre qu’elle venait de terminer avant de s’en débarrasser dans le sac en papier brun qui contenait le reste des courses. Elle n’avait visiblement pas envie d’aborder le sujet.
- Hey… Mais… Je t’ai réellement vexée ou quoi ? S’inquiéta Scully.
- Non… Répondit immédiatement Monica en regardant sa partenaire. Non, non Dana,
ce n’est pas ça. Attends… Il m’en faut plus que ça ! Non, mais, en fait, je ne
sais pas s’il serait correcte de te répéter ce que m’a confié Sara.
- Ho… Je vois… Tu sais je ne suis pas aveugle. Il n’est pas très difficile de voir que Sara… Enfin tu vois quoi…
Scully tourna le dos et s’occupa de mettre sa veste sur un cintre avant de la suspendre à la porte de l’armoire.
- Non… Quoi ?
- Oh laisse moi tranquille Monica ! Gronda Scully en se retournant.
- Je t’ai vexée ? Demanda Monica qui sourit largement.
Scully posa ses deux mains sur ses hanches puis sourit à son tour en comprenant
que Monica n’était pas sérieuse.
- D’ailleurs… Il m’a bien semblé, ajouta Scully en s’approchant, que Catherine
n’était pas la seule à lui faire de l’effet, non ? Oh tu aurais vu la tête de
Catherine quand elle vous a aperçu Sara et toi près de la voiture…
- Près de la voiture ? Qu’est-ce qu’on faisait ?
- Tu étais presque collée à elle Monica !!!
- Mais pas du tout ! Oui enfin si peut-être un peu mais… Mince, Catherine nous a
vu ? Oh, après tout, ce n’est peut-être pas plus mal...
Scully s’assit au bout du lit et examina Monica qui croisa ses jambes en se
reculant imperceptiblement avant de répondre à son regard. Dana n’avait pas
vraiment l’air surprise, elle avait même plutôt l’air de très bien comprendre ce
qui se passait. Dana Scully savait toujours si bien donner l’impression qu’elle
en devinait toujours plus que ce qu’on voulait bien lui révéler.
- Et toi Monica ? Tu es… Intéressée par Sara ? demanda t-elle adoptant un ton
dégagé, comme s’il lui importait peu après tout d’obtenir une réponse.
- Non, répondit évasivement Monica aussi sûre d’elle qu’un invité poli qui
refuse une deuxième part de gâteau en attendant qu’on lui demande une seconde
fois.
En fait elle pensait à autre chose. Elle se revoyait en train d’embrasser la grande brune. Mais non, cela n’avait vraiment rien à voir, elle tenta donc de nier de nouveau, cette fois de façon plus convaincante.
- Non, non. Tu as vu juste Dana, je n’ai pas ma place entre elle et Catherine et
puis…
Monica ne termina pas sa phrase. « Non ! » avait clairement intimé une voix dans
son crâne alors que les mots « je suis toujours amoureuse de toi » étaient venus
flotter dans son esprit. Elle décida de faire marche arrière et de se taire.
Non, elle n’était pas prête à s’engager sur cette voie là maintenant, il fallait
de toute urgence qu’elle reprenne le contrôle de ses impulsions : « Dana n’a pas
besoin de ça maintenant ! » Cependant il paraissait déjà trop tard pour empêcher
sa main de faire un vague mouvement dans l’air entre elles deux alors que son
regard cherchait celui de Dana. Monica replia lentement sa main et la reposa sur
le matelas.
Le sourire de la petite rousse s’élargit et un de ses sourcils se releva, elle eut un petit rire et pencha la tête, ses yeux disparurent derrière les mèches de ses cheveux. Toutefois Monica avait eu le temps d’apercevoir cette fois de la tendresse dans le bleu pâle du regard de Dana et même un peu de rose sur ses joues. Peut-être que c’était vrai après tout, peut-être que l’agent Scully comprenait toujours tout sans qu’on ait besoin de lui expliquer.
- Bon, je heu… Vais te laisser dormir Dana, je suis épuisée… Et toi aussi. Bonne nuit...
Monica sentait qu’il était largement temps qu’elle aille de toute urgence
s’enfermer dans sa chambre avant de perdre définitivement le contrôle de son
système hormonal. Elle se leva et passa devant Dana qui leva les yeux et réussit
à attraper le bout de ses doigts au passage.
- Bonne nuit Monica, dit-elle doucement en souriant, avant de relâcher sa prise quand ses yeux croisèrent ceux de Monica.
Le cœur de Monica ne battait plus dans sa poitrine mais au fond de sa gorge. Impossible pour elle, dans ces conditions, de répondre quoi que ce soit. Elle se contenta d’essayer de sourire à son tour mais même cette opération se révéla difficile à accomplir. Elle tourna la tête et se fia à son pilote automatique pour rejoindre la porte de la chambre avant que son cœur ne remonte encore plus haut et ne menace de faire imploser son cerveau. Elle ne prit le risque de respirer à nouveau que lorsqu’elle eut atteint le couloir et refermé la porte de la chambre de Dana derrière elle.
***
Dans une autre partie de Las Vegas, au fond d’un dîner sorti intact des années cinquante et encore désert à cette heure matinale, les deux inspectrices de la police scientifique regardaient arriver leurs assiettes et sentaient bien qu’il était temps de parler d’autre chose que de la chaleur et de l’été qui s’annonçait.
Au laboratoire, tout s’était déroulé selon la routine qu’elles connaissaient bien. Elles avaient enregistré les preuves collectées par Sara, c'est-à-dire rempli un certain nombre de papiers pendant une demi-heure et avaient écouté pendant ce temps là Nick et Warrick leur raconter comment ils avaient vite compris que leur suicidé avait en fait été assassiné à coup de couteau en observant la forme, l’emplacement et la profondeur des blessures. Elles avaient ensuite pris chacune leur voiture pour se rendre au diner. Cela leur avait évité d’avoir à se parler et leur avait permis de se préparer, chacune de leur coté, à la conversation qu’elles attendaient toutes les deux.
Pourtant, Sara, qui avait commandé une omelette aux champignons et du coleslaw, ne se sentait pas prête du tout. Elle se retrouva incapable de faire autre chose qu’attendre que son aînée prenne la parole, après tout, c’était elle qui l’avait invitée. Elle n’était pas franchement à l’aise mais avait malgré tout décidé de ne surtout rien montrer. Sa tactique préférée. Elle se forçait à agir comme si rien dans cette situation où elles se retrouvaient ne sortait de l’ordinaire, se contentant d’entamer calmement son petit déjeuner.
Et Catherine elle, ne savait pas vraiment non plus par où commencer. Elle n’avait pas encore touché à son assiette et regardait Sara. Elle savait bien que c’était à elle de trouver le fil directeur qui permettrait à sa collègue de se confier, parfaitement consciente du fait que si elle ne le faisait pas, Sara continuerait sans doute à manger comme si elles n’étaient là que pour rassasier leur faim. Sara ne répondit pas à son regard, concentrée sur le découpage pourtant peu compliqué de son omelette. Enfin, légèrement agacée par la passivité de la grande brune, Catherine finit par choisir une approche qui n’était pas forcément la plus subtile mais avait l’avantage de lui paraître facile.
- Tu as négligé de révéler à Scully et Reyes que tu aurais peut-être du mal à convaincre un District Attorney de produire un mandat de perquisition avec ce que nous avons…
- Oui, en effet, j’ai choisi d’attendre. On verra bien. Cet homme est tout de
même recherché pour meurtre non ?
- Oui, mais… Tu n’avais pas le droit d’aller chercher ces empreintes sur un
terrain privé sans mandat. Tu aurais dû appeler le commissariat et attendre. Tu
ne nous as même pas demandé notre avis ! Et je ne parle même pas des risques que
tu as pris... Pourquoi est-ce que tu as fais ça ?
- Oh, oh, le temps des réprimandes est arrivé ? Demanda Sara en souriant,
presque par défit.
- Non… Non, je voudrais juste comprendre… Ce n’est pas la première fois que tu
agis comme ça, répondit Catherine décidée à rester calme mais qui regarda Sara
plus intensément.
- Je ne suis pas sûre… Je ne voulais pas le laisser filer, concéda Sara, je
voulais… Voir où ça nous mènerait. Je n’ai pas réfléchi en fait, je me suis
contentée de réagir… Monica et Dana ont besoin de nous et je pouvais faire
quelque chose... C'est tout.
Pas de justifications, Sara se contentait de répondre avec sincérité, calmement,
se dit Catherine légèrement surprise mais aussi rassurée de voir la conversation
aborder tranquillement une zone qu’elle voulait explorer. Elle tenta sans
attendre de faire un pas de plus.
- Et tu vas continuer longtemps à… « Réagir » comme ça ? À prendre des risques,
à te jeter la tête la première dans n’importe quelle aventure qui se présente à
toi, juste « pour voir » ? Sans jamais tenir compte des conséquences, juste
parce que tu en as ressentis le besoin ?
- Je crois que je n’y peux pas grand chose…
- Vraiment ? Demanda Catherine à qui cette réponse ne suffisait pas.
- Je… J’en ai besoin Catherine. J’ai l’impression que je supporte de moins en
moins de perdre du temps, de suivre la procédure. J’ai besoin d’agir autrement
que comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent. C’est tout. J’ai besoin de
vivre differement, plus… Je ne sais pas… Intensément… Sans me poser trop de
questions.
- Depuis… Catherine hésita un instant. Depuis l’explosion du labo ?
- Entre autre…
Mais des autres raisons, Sara ne voulait pas parler. Elle continua sur le terrain professionnel même si la limite était floue dans son esprit.
- J’ai l’impression d’avoir atteint une impasse. D’une façon plus générale, je crois que je cherche à… C’est difficile à expliquer… Que je cherche à « sentir » les choses et plus seulement à les analyser... De... D'ouvrir mon esprit à d'autres possibilités. J’aime la science, la recherche, mais parfois ça ne me suffit plus, je me sens… Frustrée. L’explosion a dû me rappeler que la vie est trop courte…
Sara s’arrêta et but une gorgée de café mais Catherine sentait qu’elle n’avait pas fini et la laissa continuer. Sara reposa sa tasse et parut avoir retrouvé le fil de ses idées.
- Tu vois, Grissom passe son temps à nous dire qu’il n’y a que les indices qui comptent, la recherche des preuves scientifiques mais regarde-le !!! Tu m’accorderas qu’il n’est plus vraiment capable de voir qu’il y a aussi des gens qui vivent dans le monde autour de lui ! Parfois, je me dis que Gil a réussi à ne plus rien ressentir du tout, et, je ne veux pas finir comme lui ! Non, ça c'est sur ! J’ai bien essayé de suivre sa route, de ne pas m’impliquer émotionnellement mais maintenant, j’ai peur : peur de ne plus voir le monde qu’à travers mon microscope, peur de ne bientôt plus être capable de rien ressentir, si je continue comme ça. Non, je ne veux plus ressembler à Grissom. C’était... Tentant… Rassurant même pour quelqu'un comme moi… Mais… Si je suis sincère avec moi-même pour une fois, il faut bien que je l’admette… ça n'a pas vraiment marché… Je me suis tellement trompée...
Sara était elle-même étonnée de parler finalement aussi ouvertement à Catherine, de lui confier ces choses qu’elle ne s’était peut-être même pas encore dites clairement à elle-même. Elle retrouvait une faculté qui lui avait toujours plu chez la blonde : cette capacité à la regarder parfois comme si elle n’était plus qu’un livre ouvert, comme si ce n’était plus la peine de faire semblant. C’était à la fois déstabilisant et en même temps étrangement réconfortant. Catherine pouvait la convaincre qu’elle la voyait telle qu’elle était et, même si cela faisait peur à Sara, même si son instinct lui commandait la plupart du temps de fuir, elle savait bien que, profondément, c’était ce qu’elle désirait plus que tout : ne plus rien avoir à cacher à Catherine, pouvoir s’expliquer. Mais était-elle sûre de vouloir prendre ce risque ?
Personne ne pouvait longtemps songer à cacher la vérité à Catherine Willows. Sara ne le savait que trop bien : cela faisait plusieurs années qu’elle essayait. Pourtant quelque part, une partie d’elle-même savait bien, avait toujours su, que Catherine n’était jamais tout à fait dupe. La blonde pouvait le lui faire comprendre en un regard. Peut-être que cela n'avait jamais été explicité, peut-être que Catherine n'en était pas vraiment consciente et pourtant cela restait là, dans un regard qui s'attardait, dans une phrase qui prennait soudain un double sens, dans une conversation qui s'arrêtait et un sourire qui échappait à l'une d'entre elle. Or, cette part d’elle-même qui se savait découverte était à chaque fois rassurée d’avoir enfin trouvé quelqu'un à qui elle ne pouvait pas mentir même si, la plupart du temps, Sara demeurait avant tout terrifiée par cette perspective. Comme tous les gens qui passent leur vie à se cacher, ce que Sara désirait vraiment, c’était que quelqu'un vienne la convaincre que ce n’était plus la peine, qu’elle pouvait enfin faire confiance, mais était-elle prête à faire confiance à Catherine ?
- Peut-être que je comprends en partie ce que tu veux dire, essaya Catherine, mais pourquoi prendre des risques ? Surtout de ce genre là ! Il y a de grande chance que tu n’arrives qu’à te fourvoyer, qu’à faire échouer des enquêtes, qu’à perdre la confiance des gens qui travaillent avec toi, ou même ton travail. Pourquoi te mettre en danger ? Parce que tu sais très bien que ce que tu as fait ce soir était dangereux !
Catherine fit une pause et bu à son tour une gorgée de café mais voyant que Sara
ne répondait pas elle continua.
- Bon ok… Tu veux sortir de la routine du labo, vivre plus intensément. Tu as toujours eu besoin de te sentir fortement impliquée dans certaines enquêtes, je sais, mais il y a peut-être… D’autres solutions non ? Tu crois vraiment que la réponse c'est finalement de t'impliquer encore plus dans ces enquêtes en allant jusqu'à risquer ta vie ? Oui Sara, il est peut-être temps de sortir du labo : d'en sortir vraiment ! Est-ce qu'il n'y a pas d'autres changements que tu pourrais envisager dans ta vie si tu veux vraiment ouvrir le champ des possibilités...
Catherine s’arrêta, elle savait qu’elle entrait en terrain miné, elle se retint d’ajouter : « tu n’as pas connu assez d’échecs cette année ? Tu ne vois pas que ton instinct t’entraîne toujours dans la mauvaise direction ? Pourquoi refuses-tu d’en prendre conscience ? De prendre les décisions qui s’imposent ? » Car elle savait bien qu’il serait sans doute dangereux de se lancer dans ce que Sara ne pourrait considérer que comme des accusations.
Catherine commençait également à mieux entrevoir autre chose qu’elle désirait faire entendre à la brune. En parlant de « changements » elle avait voulu traduire un pressentiment. Rien de précis mais tout se passait comme si elle ressentait le besoin de faire comprendre à Sara qu’elle se trompait peut-être de route, qu’il y avait dans sa vie des choses bien plus dangereuses qu’elle devait apprendre à affronter. Mais de cela, Catherine n’était pas certaine d’avoir envie de discuter. C’était aussi pour cette raison qu’elle s’était arrêtée de parler. « Et bien Catherine, est-ce que tu aurais peur toi aussi ? »
- C’est compliqué… Se contenta de constater Sara.
- Explique moi, demanda tout de même Catherine après une seconde de réflexion.
Elle était trop consciente du fait que l’occasion ne se représenterait peut-être
pas de si tôt et elle ne voulait pas admettre qu’elle pouvait avoir peur de ce
que Sara pourrait dire.
- Je ne sais pas Catherine… C’est dur à concevoir même pour moi. Je ne décide
pas vraiment consciemment d’accumuler les erreurs de jugements et de foutre en
l’air ma vie à chaque fois ! Je ne le fais pas exprès bon sang ! Le seul choix
que j’ai fait, c’est… D’essayer d’autres choses, et ne me dit pas que je ne suis
pas aller voir ce qui se passe dehors, j'ai essayer de laisser parler mon
instinct pour changer. Mais… Regarde où cela m'a mené avec Hank... Avec... Ce
n’est pas si simple que ça apparemment ! Je manque désespérément d’expérience
et… Je ne dois pas être très douée ! Je… Il faut croire que je ne suis pas
vraiment prête encore… Oui… Ça c’est sûr... Et tu ne peux pas savoir à quel
point c’est frustrant… Au moins lorsqu'il s'agit de criminologie je sais comment
faire. Peut-être que je ne suis pas prête pour le reste.
Sara s’arrêta un instant devant cette constatation. Non, elle n’était pas prête. Elle n’arrivait pas à se libérer de Catherine, de ce qu’elle ressentait pour Catherine, elle n’arrivait pas à tourner la page, et en même temps elle ne pouvait pas non plus trouver le courage d’admettre ses sentiments, d’agir en conséquence. Elle était bloquée, coincée, piégée, elle ne pouvait ni admettre ce qu’elle ressentait, ni arrêter de le ressentir. Et Catherine ne pouvait pas comprendre.
Elle ne trouvait pas la force de faire face et c’était sans doute en partie
cette situation qui la poussait à faire n’importe quoi pour oublier sa lâcheté.
Elle savait qu’elle gardait le secret espoir que l’action, les risques lui
permettraient enfin de se libérer de Catherine, d’oublier sa frustration. Une
petite voix lui rappelait aussi qu’elle était en colère contre elle-même,
qu’elle cherchait également à se punir de sa lâcheté mais elle ne voulait pas
écouter cette voix là. Le gouffre qu’elle révélait était trop vertigineux. Elle
savait qu’elle n’avait pas choisi la bonne bataille mais avait-elle réellement
le choix ? Était-ce vraiment ce que Catherine avait voulu suggérer en parlant
d’autres solutions, de changements ? Sara choisit de botter en touche.
- Je… Je ne sais pas où je vais Catherine… Je te le concède. J’ai accumulé les mauvais choix cette année je le sais bien, et j’en ai assez ! Alors autant, je ne sais pas, m’amuser un peu ! Profiter de la vie ! De toute façon ça ne peut pas être pire, hein ? J’ai le droit de me laisser aller de temps en temps moi aussi, non ? Et n’essaye pas de me faire croire que toi, tu respectes toujours la légalité ! Que tu obéis toujours au protocole. Tu es la première à tout envoyer balader quand tu le juges nécessaire, quand tu décides que tu veux agir autrement… Tu penses aux risques que tu fais courir au labo dans ces cas là ?
Sara s’arrêta un instant et fixa Catherine mais cette dernière ne répondit pas. La brune continua confirmant l'avantage qu'elle venait de prendre.
- Non, je crois que ce qui te déconcerte le plus dans tout ça finalement Catherine, c’est que je ne suis plus l’ancienne Sara. Studieuse et prévisible, qui s’impliquait trop parfois mais se contentait de compenser en passant la nuit devant son ordinateur sans embêter personne, qui s'engueulait avec toi mais finissait toujours pas te donner raison et qui revenait bien sagement en souriant le jour d'après. Tu ne me comprends plus. Je ne rentre plus dans la case que tu m’avais désignée, n’est ce pas ?
La colère. La colère était une échappatoire facile, celle qui avait toujours marché avec Catherine.
- Peut-être oui… Tu as sans doute en partie raison je m'étais habituée à cette Sara mais… Tu penses vraiment que c’est en faisant… N’importe quoi… Ce qui te passe par la tête, que tu vas… Te libérer ? Demanda Catherine en plantant son regard dans celui de Sara.
- Combien de fois devrais-je te le répéter ? Je ne sais pas ! S’emporta Sara sans détourner les yeux.
- Autant de fois que tu le souhaites ! Du moment que tu continues à parler
après… Je pense que tu te comprends bien mieux que tu n’essayes de me le faire
croire… Rétorqua Catherine immédiatement.
Les deux femmes continuaient de se fixer du regard, leur dialogue était maintenant plus tendu. Cependant Catherine avait continué à parler très calmement et attendait maintenant qu'elle réponde. La partie s’annonçait décidément plus compliquée à jouer que d’habitude pour Sara, pas d'engueulade, pas de porte à claquer cette fois. Pour une fois Catherine avait bel et bien décidé d'écouter. Sara se força à se calmer elle aussi et essaya de répondre plus sincèrement.
- Je sais une chose : je ne veux plus être l’ancienne Sara qui peut passer 48h devant un ordinateur ou un microscope et qui se satisfait de voir que finalement cela suffit à remplir sa vie. Je ne me fais plus d’illusions à ce sujet : cela ne me suffit pas ! Et j'en ai assez d'attendre...
- Ok, mais… Excuse moi de te dire ça, et ne le prends pas mal… Je crois que je
vois ce que tu veux dire… Vraiment… Mais, il y a un point dans tout ça que je
continue à trouver stupide… Je veux dire, c’est un peu simpliste non, de croire
qu’en prenant des risques, qu’en te jetant la tête la première dans des voies
sans issues, pour te prouver je ne sais pas quoi, qu’en refusant le dialogue et
en t’enfermant dans ta mauvaise humeur, tu vas te sentir plus vivante… Tu ne
communiques plus avec personne ! Excuse moi Sara mais se sont les ados qui
réagissent comme ça : le monde entier est contre eux, ils n’y ont pas leur place
alors ils cherchent la confrontation… Après on grandit ! On sort de sa bulle, on
apprend le compromis, on devient plus lucide sur ce qu’on attend vraiment, ses
priorités, et… On fait des choix. On arrête peu à peu de se cacher derrière de
fausses excuses bon sang, juste parce qu'on a peur de montrer aux autres… Qui…
On est vraiment… Ce qu'on veut... Parce qu’on a peur, je ne sais pas… D’être
jugé, d’avoir à… Assumer ses choix… Arrête un peu d'essayer de me faire croire
que tu ne sais pas qui tu es et ce que tu veux ! Qu'est-ce qui te retient à la
fin !
Petit à petit, sans s’en rendre vraiment compte Catherine avait haussé le ton.
A vingt ans, elle avait choisi de montrer son corps dans les bars de Vegas pour sortir de sa campagne puis elle s’était servie de cet argent pour reprendre ses études. Plus tard elle s’en était sortie, avait arrêté la drogue, avait commencé à travailler pour la police en sachant qu’elle ne pourrait pas cacher son passé, en choisissant de l’assumer. Puis elle avait épousé Eddy et donné naissance à Lindsay. Quelques années après, elle était sortie de ce mariage bancal même si cela voulait dire élever son enfant toute seule, malgré ses longues heures de travail. Jamais elle n’avait regretté, elle était toujours allée de l’avant, elle avait toujours pris les décisions qui s’imposaient. Non, Elle n’était pas sûre de pouvoir comprendre Sara.
Elle n’était soudain plus très sûre non plus de là où l’avaient amenée ses réflexions se dit-elle en jetant un coup d’œil vers l’extérieur, vers les premières lueures de l'aube, le jour qui se levait. Elle avait en fait surtout pensé à elle, à sa propre vie, ses propres choix. Ceux d’une femme qui avait toujours voulu rester libre, qui avait toujours voulu choisir la maturité plutôt que la facilité et ce, sans tenir compte des conséquences. Assumer, affirmer ce qu'elle était avait toujours été pour elle la seule voie à suivre.
Mais elle se rendit soudain compte qu’elle avait tout naturellement considéré que Sara avait quelque chose à assumer, un secret à dévoiler pour se libérer enfin et arrêter de faire semblant. Elle regarda de nouveau la grande brune qui fixait son assiette, immobile, elle contempla son visage mélancolique. Sara restait visiblement plongée dans un flot de pensées que Catherine ne pouvait qu'essayer d'imaginer.
Quand donc avait-elle décidé d’admettre que Sara était bien attirée par les femmes ? A quel moment cette intuition était-elle passée dans son esprit du statut de non-dit à celui de fait établi ? Oui, elle avait remarqué certains regards, noté certains indices, accumulé les doutes mais elle n’avait jamais tiré les conclusions qui s’imposaient, elle avait toujours arrêté son raisonnement juste avant, comme s'il lui fallait à tout prix éviter ce territoire. Pourquoi ?
Bien sur la vie privée de Sara ne la regardait pas, si Sara n'en parlait pas elle n'avait pas à présumer quoi que ce soit. Et pourtant... Est-ce qu'elle n'avait vraiment rien à voir la dedans ? Soudain, son point de vue était en train de changer radicalement comme si elle avait d’un seul coup constaté que un plus un était égal à deux. Un instant abasourdie par cette révolution, Catherine ne trouvait plus rien à ajouter mais Sara, visiblement de nouveau énervée par ce qui avait du agiter ses pensées, avait déjà commencé à lui répondre, d’abord sans relever la tête.
- Ok bon… Si je résume je suis stupide, immature, simpliste, lâche... d’accord… Difficile de le prendre bien, tu ne crois pas ? Dit-elle en cherchant soudain le regard de la blonde. Oui, je te l’ai dit, je sais que je manque d’expérience, peut-être que je suis un peu perdue, que je ne choisis pas les bonnes solutions. Peut-être que je suis totalement immature. Peut-être même que je suis lâche. D’accord, d'accord, encore une fois, je veux bien l’admettre, je suis peut-être même celle qui en est le plus convaincue mais… Avec tous ces « on » que tu emploies, tes périphrases et ta tendance à généraliser d’un seul coup, je ne suis pas certaine de bien comprendre où tu veux en venir Catherine ? De quoi est-ce que tu es en train de me parler exactement ? « Assumer ses choix… », Qu’est-ce que tu entends par-là précisément ? J'aimerais bien te l'entendre dire puisque tu parais avoir la solution à tout mes problèmes !
Sara qui était cette fois véritablement en colère s’était légèrement avancée au dessus de son assiette et regardait fixement Catherine. Stupéfaite, celle-ci ne paraissait pas vouloir répondre à ses questions et finit par baisser les yeux. Sara essaya de se calmer, se rassit en arrière en soupirant bruyamment et redemanda du café. Si Catherine voulait parler de ce que Sara lui cachait qu’elle le dise franchement, bon sang, plutôt que de lui faire la morale, de lui parler comme à une gamine de vingt ans ! Comme si elle avait tout mieux compris qu'elle…
Bien sûr que Sara n’était pas prête à en parler mais Catherine non plus visiblement ! Les choses n’étaient pas si simples que ça, Catherine devait bien sans rendre compte maintenant non ? Probablement, car la blonde n'ajouta rien. Les non-dits s’accumulaient un à un à côté d’elles sur la table et il devenait de plus en plus difficile de les ignorer mais aucune des deux ne voulait leur jeter un coup d’œil pour le moment.
Dans la tête de Sara une voix criait : « Mais vas-y c’est le moment ! Dis lui, enfin ! Combien de fois est-ce que tu as eu une occasion pareille ? » Mais une autre voix hurlait en même temps et celle-ci, paniquée, lui ordonnait : « Arrête ça ! Change de sujet de conversation ! Parle d’autre chose, offre lui une porte de sortie ! Vite ! » Si bien que Sara ne savait plus laquelle elle avait envie d’écouter. Elle resta silencieuse, sidérée d’en être arrivée là. Jamais, jamais elle n’avait été aussi proche de tout lâcher à Catherine. Et elle ne savait même plus comment cela était arrivé. Sa colère avait disparu, elle était allé trop loin maintenant, elle se retrouvait au bord de la falaise.
Les deux femmes prirent une pause nécessaire pour réfléchir en mangeant,
incertaines encore du tour que prendrait leur conversation quand elles
recommenceraient à parler. Catherine termina ses œufs au bacon et entama ses
pancakes. Elle n'avait plus vraiment faim mais il lui fallait encore gagner un
peu de temps. Enfin, elle se décida à saisir un des dossiers « non-dits », sans
vraiment se demander pourquoi celui là. Par association d’idées peut-être, pour
ne pas encore saisir le taureau par les cornes aussi, sans doute.
- Est-ce que Monica te comprend mieux ?
- Pardon ? Demanda Sara qui avait du mal à suivre la logique de Catherine ou
plutôt voulait encore faire semblant de ne pas la comprendre.
- Non rien, excuse-moi. Ok. Ma question était maladroite… Voyons… Ce que je
voulais plutôt te demander c’est : pourquoi est-ce que nous n’arrivons pas à
nous parler nous, Sara ? Regarde nous ! Cela fait presque trois ans maintenant
et… On est encore en train de se crier dessus ! Pourquoi ?
Bien. Il ne fallait peut-être pas chercher à comprendre l’enchaînement. Sara pensa « parce que je ne veux pas te dire la vérité, parce que tu ne veux pas l’entendre… » Mais s’entendit encore une fois répondre à la place.
- C’est difficile à dire…
Ce n’était pas suffisant. Catherine avait enfin de nouveau fixé son regard dans le sien et attendait visiblement autre chose. Il était trop tard maintenant pour faire marche arrière. Sara décida de faire un effort. Elle repensait à ce que lui avait dit Monica, si elle voulait que les choses changent alors peut-être qu’elle devait enfin apprendre à faire confiance à Catherine, à écouter la voix qui lui disait de se confier. Elle se racla la gorge et reprit la parole, sa voix avait baissé d’un ton, les mots avaient du mal à sortir cette fois.
- Il y a des choses que… J’ai du mal à te dire. Je crois que ça vient de moi. J’ai du mal à parler… à te parler. Il y trop de choses qu’apparemment je ne comprends pas bien, que j’ai des difficultés à exprimer. Trop de silences qui se sont installés au fil des ans entre nous... Ou peut-être que je manque juste de courage. Je ne sais pas... Je n’ai pas ta force Catherine… Ta volonté… Je n’y arrive pas ! Ça ne passe pas ! J’ai du mal à… J’ai du mal à… Te faire confiance, finit par conclure Sara au prix d’un effort qui lui semblait surhumain.
- Et j’imagine que c’est plus facile de parler avec Monica que tu connais depuis
moins d’une journée !
La tension était soudain aisément perceptible dans le ton de Catherine même si elle avait parlé très lentement, froidement, articulant chaque mot. Elle se comportait pourtant maintenant étrangement comme si elle était passionnée par la structure de son pancake.
Sara était décidément surprise par la tournure de cette conversation. Elle ne s’était pas attendue à cette réaction. Qu’avait-elle dit ? Pourquoi cette soudaine animosité, cette étrange preuve d’insécurité de la part de Catherine ? A quoi s’était-elle attendue au juste ? Bien sûr que Sara avait du mal à lui faire confiance ! Est-ce que Catherine ne se doutait pas qu’elle l’avait déjà réduite en petits morceaux plusieurs fois ? Envoyée ballader à de multiple reprise ? Tenue à distance pendant des mois entiers ? Et… Qu’est-ce que Monica venait faire là dedans ? Désarçonnée, Sara choisit la première réponse qui lui passait par la tête. L’heure n’était vraiment plus aux détours et aux circonvolutions.
- Monica et moi comprenons des choses l’une sur l’autre sans avoir besoin de se les expliquer. Cela va… De soit… C'est tout. Je n'ai rien à lui cacher parce qu'elle sait déjà.
- Et moi bien sûr, ce n’est même pas la peine d’essayer de me parler, de
m’expliquer. Je ne suis pas digne de confiance n’est ce pas ? Ou peut-être que
je suis trop bête, que je… Ne fais pas partie du club hein ? S’emporta
Catherine, légèrement hystérique, accompagnant sa phrase d’un mouvement de la
main vers l’extérieur qui rata de peu la bouteille de ketchup.
- Ma parole mais… Mais Catherine… Mais…
« Mais je rêve ou quoi ? J’hallucine ! » Eut le temps de penser Sara.
- Oui Sara ?
- Mais… Tu es jalouse ?!? Continua Sara qui n’en revenait pas en posant brusquement ses couverts et en examinant sa collègue.
Catherine inspectait de nouveau ses pancakes en les triturant avec le bout de sa fourchette sans manger. Elle resta une seconde silencieuse, calmée. D’où cela était-il venu ? Qu'est-ce qui lui prennait ? Elle hésita avant de répondre. Elle revit Monica dans l’appartement de Sara, sur le parking…
- Peut-être oui… Finit-elle par admettre.
Une respiration plus tard, Catherine releva enfin les yeux et fixa Sara qui accusait le choc. La brune ne s’était pas attendue à une réponse d’une telle franchise. Sara s’immobilisa, elle n’avait pas voulu croire qu’elle pouvait avoir raison. Elle ouvrit la bouche mais n’arrivait pas à parler. La sueur envahit son front et elle se sentit obligée de poser ses deux mains à plat sur la table devant elle comme pour retrouver son équilibre. La pièce tournait très lentement sur elle-même. Soudain Sara n’avait plus faim et son estomac menaçait de se retourner.
- Mais… Fut le seule mot qu’elle se découvrit capable d’émettre.
- Je viens te parler ce matin et elle est déjà là, chez toi ! S’emporta Catherine comme pour rapidement cacher sa gêne. Elle te vole des indices et je la retrouve sur ton canapé ! Tu la connais depuis quelques heures et déjà elle est plus proche de toi que nous ne l’avons jamais été… Vous… Vous… Elle...
- Mais… Répéta Sara incapable de faire franchir une autre étape à son cerveau.
- Elle se comporte comme si elle te connaissait parfaitement. Comme si vous partagiez je ne sais pas quel type de connexion ! Et… Et apparemment tu lui fais confiance à elle… C’est assez évident. Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait pour que tu ne me fasses pas confiance Sara ? J’ai toujours respecté ta façon d’être, je suis peut-être la seule qui n’ait jamais porté de jugement sur ta façon de travailler, ta façon de mener ta vie, jusque là. Tu sais que je te respecte non ? Est-ce que je n'ai pas immédiatement accepté de te suivre sur cette affaire ? Mais à quoi est-ce que j’ai le droit en retour ? Des réponses évasives, des fins de non-recevoir, toujours la même distance, ta mauvaise humeur, tes secrets… Ok, je ne suis pas toujours facile moi non plus mais est-ce que tu te rends compte que dans les labos il t'arrive de te comporter comme si je n'étais pas là ? D'accord on a eu nos différents dans le passé mais qu'est-ce que je dois faire pour me faire pardonner ? Je ne suis pas ton ennemi tout de même ! Qu’est-ce que je t’ai fait de si terrible bon sang pour… Pour que tu me traites comme ça. Je ne comprends plus. Si tu... Non, je ne comprends plus...
- Catherine ! La coupa Sara qui n’en croyait pas ses oreilles et ne comprenait
elle non plus, plus du tout ce qui était en train d’arriver. Je… Non. Arrête !
Arrête ! Je sais… Tu… Je... Ce n’est pas de ta faute. Non, c’est moi et… Et… Je…
Enfin…
- Quoi ?! Eclata Catherine. Parle à la fin !
- Tu n’as aucune raison d’être jalouse de Monica… Répondit Sara dont la voix se
mit à trembler. Catherine je…
Sara ferma les yeux et baissa la tête. Puis elle prit une inspiration et fixa son assiette pour essayer de trouver le courage de parler.
- Ce qu’il y a entre nous est différent. Je… Je... Non, tu n'es pas mon ennemie. Je... Bon sang Catherine, je ne peux pas ! Je n'y arrive pas...
Sara sentit soudain que sa main gauche s’était mise à trembler violement, elle la fit brusquement disparaître sous la table en attrapant son bras avec sa main droite. Elle avait de plus en plus de mal à respirer et ses pensées n’avaient plus aucun sens, elle ne voyait plus clair et n’arrivait plus à parler. Elle choisit de se taire et de fixer son regard sur le mur à sa gauche en ignorant les larmes qui menaçait de couler.
Elle n’y arrivait pas, elle n’y arriverait jamais. Cette conversation était
allée beaucoup trop loin, beaucoup trop vite. Sara était physiquement terrifiée
et elle sentait que quelque chose en elle était sur le point de s’effondrer,
quelque chose d’important, quelque chose sans lequel peut-être elle n’arriverait
plus ne serait-ce qu’à respirer et qu'elle ne voulait pas abandonner, elle ne
réussissait pas à lâcher prise. Sara cherchait une dernière fois à se raccrocher
à quelque chose, n’importe quoi mais... Il n’y avait plus rien. Il ne restait
que le vide de ce qu'elle n'arrivait pas à dire, son silence, ses terreurs. Elle
n’était plus là, elle ne voulait plus être là, elle n’était plus là…
- Wow… Finit par dire Catherine en soufflant et en reposant à son tour ses couverts.
La blonde se recula dans la banquette, abasourdie. Elle avait évidement remarqué l’état de Sara et elle avait brusquement envie de remonter dans le temps, d’effacer ce qui venait d’arriver. Elle se passa une main dans les cheveux et ramena son regard sur la grande brune en face d’elle qui était sur le point de s’éparpiller. Sara se tenait presque pliée en deux, les bras croisé devant son ventre. « Mais qu’est-ce qui me prend ? Qu’est-ce que j’ai fais ! » Se demanda Catherine. « Est-ce que je ne comprends plus rien à rien ? » La grande question n’était évidemment pas de savoir si Sara préférait les femmes… Bien sûr que non. « Je suis stupide ! Qu'est-ce que j'ai fais ? » Soudain elle entendit la voix monocorde de Sara qui murmurait.
- Est-ce qu’au moins tu as une petite idée de ce que cela me coûte de te parler… ? Tu ne te rends pas compte Catherine… Tu ne te rends pas compte de ce que tu me demande... Tu ne t'en es jamais rendu compte...
- Je ne savais pas... Je ne pensais pas qu’on en arriverait là… Se contenta de répondre Catherine, pourtant consciente du peu de réconfort que cela apporterait à Sara.
Non, elle n’aurait pas pu l’imaginer et pourtant… Et pourtant plusieurs indices auraient dû lui signaler qu’elle tenait bien plus à Sara qu’elle ne voulait l’admettre. Et pourtant elle aurait dû s’attendre à ce que cette confrontation pousse la brune au-delà des limites qu’elle était capable d’atteindre. Et pourtant… Elle aurait pu accepter de comprendre il y a bien longtemps que Sara était amoureuse d’elle. Mais elle n’avait rien voulu voir.
Finalement, Sara avait peut-être raison de ne pas lui faire confiance...
Jusque là, Catherine ne comprenait pas bien cet instinct qui la poussait toujours à vouloir forcer Sara à lui en montrer plus, à se dévoiler. Comme… Les mots vinrent lentement à son esprit… Comme pour s’assurer qu’elle ne lui échappait pas. Plus Sara se cachait, tentait d'éviter les pièges qu'elle lui tendait et plus elle la provoquait, les choses s’étaient toujours passées de cette façon. Mais il y avait aussi autre chose. Il y avait aussi que cette part secrète de Sara, elle voulait la découvrir, mais pas seulement pour l'exposer au grand jour, elle voulait la rencontrer faire sa connaissance. Depuis le premier jour elle avait voulu lui être présentée. Seulement elle n'avait pas voulu reconnaître ce qui se cachait derrière cette envie. Elle n'avait pas voulu admettre qu'il s'agissait aussi de désir.
Et, c’était uniquement maintenant, devant le regard affolé de la grande brune, devant le léger tremblement de ses épaules affaissées, que Catherine devenait enfin capable de comprendre que ce désir avait des conséquences. Elle avait bien senti quelques instants auparavant qu’elle n’était peut-être pas prête elle non plus à ce que Sara termine sa phrase. Lui dise qu’elle était amoureuse d’elle. Une part d'elle-même s'était retrouvée saisie d'effroi.
Et pourtant, si elle voulait que Sara se dévoile, sans doute faudrait-il qu’elle se prépare à assumer ce qu’elle apprendrait, non ? Et ce n’était pas la peine de se voiler la face, elle savait maintenant qu'elle avait depuis longtemps les moyens de savoir ce dont il s’agissait. Oui, elle avait joué avec Sara. Oui, elle avait cherché à garder le contrôle sans jamais se mettre en danger. Oui, elle avait toujours eu conscience du pouvoir qu'elle avait sur sa collègue. Mais elle n'avait jamais eu l'honnêteté d'admettre que si elle se comportait ainsi c'était avant tout parce qu'elle la désirait.
La vraie question n’était plus de savoir ce que Sara ressentait mais plutôt de savoir si elle, Catherine, était désormais capable d’assumer ce qu’elle éprouvait pour Sara. Parce que si tel n’était pas le cas, si elle voulait continuer à se cacher ses propres sentiments alors, elle n’avait effectivement aucun droit de torturer la jeune femme de cette façon. Elle ne pouvait pas exiger de Sara qu’elle se mette à nue sans se préparer à faire la même chose. Et maintenant, le mal était fait et Sara avait besoin d’elle et… Elle n’avait plus envie de résister… Elle ne voulait plus se battre. Non, elle avait maintenant envie de prendre Sara dans ses bras, de réparer ce qu'elle avait cassé. Comment avait-elle pu rester aveugle aussi longtemps ?
- Sara. Hey, Sara. Pardon. Moi non plus, je ne sais pas bien où j'en suis apparemment … Dit-elle d’une voix adoucie, presque tendre, en cherchant les yeux bruns de la femme assise en face d’elle. Je ne sais pas où j’en suis ni où je vais, je suis désolée… Il se passe trop de choses dans ma vie en ce moment. Beaucoup de ce que je croyais acquis ne l’est plus… En fait, c’est vrai, je suis mal placée pour te donner des leçons, excuse moi… Moi aussi j’ai perdu mes points de repère je crois. Oui... Cette fois je crois que je les ai définitivement perdu...
Catherine fit une pause et sourit. Sara lui jeta un coup d'oeil, l'examina un instant et fixa à nouveau le mur.
- Pardonne moi Sara, continua Catherine, non je ne suis pas ton ennemie. Je… Je voudrais apprendre à gagner ta confiance… Je ne voulais pas, enfin, je ne sais pas ce que je voulais à vrai dire… J’ai eu peur sans doute. Peur de te laisser t’éloigner, peur de ne jamais arriver à t'approcher vraiment... Et peut-être que je ne comprenais pas encore bien pourquoi. Peut-être surtout que je ne voulais pas comprendre. Mais... je sais Sara… Je sais. Je sais ce que je t'ai fais subir... Je sais que je me suis trompée moi-même... Tu n’as plus besoin de m’expliquer. Enfin si peut-être mais… Prenons notre temps… D’accord ? Une chose après l'autre... Hey… Ce n’est pas si grave après tout ! Regarde nous ! On a enfin réussi à se parler !
Catherine fit une pause et sourit.
Elle n’était pas encore prête à expliquer à Sara tout ce qui lui était arrivé cette année là : la mort du père de sa fille, la découverte de l’identité de son propre père biologique, sa responsabilité dans l’explosion du labo. Sa vie qui était chamboulée et Sara qui venait maintenant amplifier ce chaos. Elle ne pouvait pas encore savoir quelle place prendrait la brune dans la confusion actuelle de son existence. Elle ne savait pas bien encore ce qu'elle pouvait lui offrir. Pour une fois, Catherine se sentait dépassée. Elle luttait. Elle luttait pour comprendre mais il y avait encore trop de choses qui la dépassaient. Cependant, se dit-elle, peut-être qu’il suffisait de laisser les choses se faire d’elles-mêmes.
Catherine observait Sara qui semblait s’être légèrement détendue mais dont le regard restait fixé sur le mur, ses paupières qui battaient un peu trop fréquemment. Tout avait changé. De nouvelles questions se bousculaient dans son esprit. Comment est-ce arrivé ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ?
- Le plus étrange dans tout ça finalement Sara, reprit Catherine d’une voix presque mélancolique, c’est que tu ne me connais pas vraiment… Il y a tellement de choses que tu ne sais pas sur moi… Nous sommes tellement différentes l’une de l’autre. Il y a mon passé... L'age... Tu... Enfin regarde moi... Je... J’ai du mal à y croire… Nous n’avons jamais vraiment pris le temps de nous connaître, nous sommes à des années lumières l'une de l'autre... Et pourtant…
Sara trouva le courage de regarder Catherine...
Une part de son angoisse s’était apaisée même si sa main tremblait toujours sous la table. Il ne restait maintenant plus grand chose des barrières qu’elle avait installées au fil des ans. Elle n’avait plus beaucoup de moyens à sa disposition pour cacher l’amour que lui inspirait la femme assise en face d’elle. Elle se retrouvait nue mais en même temps, quelque chose s’était débloqué. Elle commençait à voir au-delà de la simple peur que son secret soit dévoilé et mit en pièce. Elle commençait à apercevoir ce qu'elle voulait révéler à Catherine, ce qu'elle voulait partager avec elle, ce qu'elle voulait essayer de construire. Les mots de Catherine pénétraient peu à peu dans son esprit et elle commençait à enregistrer ce qu’ils voulaient peut-être dire. Peu importait les différences, elle voulait faire la connaissance de Catherine, elle l’avait voulu depuis le jour où elle l’avait rencontrée et le voulait encore. Et maintenant elle voulait le lui faire comprendre, lui montrer ce qu’elle voyait en elle, lui parler aussi peut-être de ce qu’elle espérait. Et si... Et si Catherine doutait alors il faudrait qu'elle trouve le moyen de la rassurer parce que cette Catherine perdue face à son désaroi l'émouvait plus encore qu'elle n'aurait jamais pu l'imaginer.
- Je sais Catherine… Et pourtant… Je n'ai jamais rien pu faire contre ce que je ressens...
Catherine aperçut la tendresse tranquille qui se tenait là, lovée dans les chatoiements dorés de ces yeux la, au coin de cette bouche la qui souriait timidement et qui pourtant semblait également vouloir lui montrer que malgré tous ses doutes, pour une fois, Sara savait où elle allait. Elle ne comprenait pas bien comment mais Catherine sentait maintenant qu’elle pourrait peut-être apprendre à s’installer en sécurité dans cette tendresse, sans se sentir jugée, sans avoir à expliquer, à prouver quoi que ce soit. Quelque chose en elle se détendit. Elle sentit enfin la pression qui faisait battre le sang derrière ses tempes et avait engourdi ses épaules se relâcher. Peut-être qu’il était désormais temps d’arrêter de se battre, temps de se laisser aller.
Sara n’était plus vraiment consciente de ce qui se passait. Catherine lui souriait, la tête légèrement penchée, la bouche fermée formant presque une moue, les yeux imperceptiblement plissés, légèrement brillants. C’était la façon qu’avait Catherine d’exprimer que rien n’était jamais aussi grave qu’on pouvait le penser, que tout allait bien se passer et Sara avait tellement envie d’y croire, de croire aussi que, peut-être, il y avait d’autre promesses derrière ce sourire.
Catherine pensa au chemin parcouru...
Elle avait toujours aimé chez Sara, cette vulnérabilité à fleur de peau que la grande brune cachait derrière une volonté de fer mais qu’elle aimait essayer de déceler, qu’elle aimait observer. Il lui avait fallu du temps pour comprendre. Au départ, les efforts de Sara pour prouver à tout le monde qu’elle était forte et prête à relever tous les défis l’avaient profondément agacée. Mais il y avait toujours eu, dès le tout début, quelque chose qui l’avait intriguée, séduite, ce mélange d’assurance frisant l’arrogance et en même temps de fragilité qui se dévoilait dès que Sara se retrouvait démunie, confrontée à une situation qui la dépassait. Sara ne savait que garder le contrôle; quand elle ne l’avait plus, elle était perdue. Catherine s’avoua enfin qu’elle trouvait cela attendrissant mais aussi, incroyablement séduisant. Catherine s'avoua enfin qu'elle avait toujours désiré être celle qui ferait définitivement perdre tout contrôle à l'innacessible Sara. Elle s'était juste égarée en chemin.
- Mais… Catherine… Je ne sais pas bien par où commencer… Ajouta Sara.
Catherine sourit, définitivement désarmée, charmée, envoûtée par la candeur d’un sourire.
- Par le commencement peut-être… Tu pourrais… Me parler de toi. Je pourrais… Te parler de moi. Puis nous pourrions… Décider de nous revoir en dehors du travail. Tu as le droit d’improviser aussi…
Sara se demanda un instant si les champignons de son omelette n’étaient pas hallucinogènes car elle avait l’étrange impression de flotter mais non, tout cela était en train de lui arriver et elle était toujours assise en face de Catherine. Elle desserra son poing et sa main arrêta de trembler. Elle fit rapidement disparaître une larme qui menaçait de couler.
- L’improvisation, je crois que ce sera la partie la plus facile… Commença Sara en souriant. Alors, je vais commencer par la partie la plus difficile : parler de moi… Partons du début : à huit ans, j’ai décidé de devenir scientifique parce que j’avais peur du noir et que je ne pouvais pas supporter l’idée que cette peur soit plus forte que moi…
***
Scully marchait au milieu d’une forêt qu’elle ne connaissait pas, il faisait chaud et la fraîcheur de l’herbe qu’elle sentait sous ses pieds nus était réconfortante. Quelqu'un lui tenait la main mais elle n’arrivait pas à voir de qui il s’agissait, elle ne pouvait pas tourner la tête. Pourtant elle voulait absolument vérifier l’identité de la personne qui l’accompagnait parce qu’il lui semblait que c’était peut-être Monica mais elle n’en était pas certaine et il fallait absolument qu’elle sache. Il lui semblait qu’elle redoublait ses efforts mais elle se rendit compte en même temps qu’elle était en train de rêver, elle ne pouvait pas décider, c’était le rêve qui décidait pour elle, mais d’un seul coup elle n’était plus sûre de rêver, et il fallait qu’elle se réveille, elle ne savait pas pourquoi mais il fallait qu’elle fasse l’effort de se réveiller maintenant… Quelqu'un était en train de frapper à sa porte…
Très difficilement, Dana s’assit dans son lit. Elle se passa les deux mains sur
le visage. Le soleil était levé. Elle se mit debout puis tenta de trouver son
équilibre avant de se diriger vers la porte.
- Qui… Qui est-ce ?
- C’est moi Scully.
Cette fois Dana était réveillée, son pouls s’accéléra brutalement, sa gorge se serra, elle ne savait pas si l’émotion qui l’envahissait était de la peur ou de la joie. La main tremblante elle tourna la poignée.
- Mulder ?
E P I S O D E : 7
Alors que Mulder avançait vers elle en entrant dans la chambre, Scully recula d’un pas. Tout en repoussant la porte, il commença à lui ouvrir ses bras en souriant. Scully le regardait : il n’avait pas changé, les années ne semblaient pas avoir de prise sur lui, toujours le même sourire, toujours le même regard. Elle le serra contre elle et posa sa tête contre sa poitrine, son odeur n’avait pas changé non plus, elle la replongea dans ses souvenirs. Dana ferma les yeux et s’imagina un instant que les années n’avaient pas passé, que rien de ce qui les avait séparés au fur et à mesure n’était arrivé.
Puis elle sentit Mulder se pencher pour lui dire quelque chose.
- Est-ce que… Nous pouvons parler ?
Il s’était légèrement éloigné d’elle et regardait autour d’eux. Scully fut brusquement rappelée à la réalité. Non, il n’avait pas changé !
- Oui, oui… J’ai branché mon tueur de micros… Aucun risque de ce côté là.
Mulder se dirigea vers le lit. Scully resta un instant immobile en le regardant s’éloigner puis attrapa un peignoir dans la salle de bain qu’elle passa par-dessus son pyjama en soie vert avant de le suivre. Elle avait d’un seul coup légèrement froid et elle savait que ce n’était pas dû à la température de la pièce. Cependant, se dit-elle, résignée, qu’aurait-elle pu attendre d’autre de la part de Mulder ?
- Comment… Comment est-ce que tu nous as trouvées, Mulder ?
- Shannon… Shannon Mac-Mahon vient de me dire que vous étiez en ville et, comme
tu t’es enregistrée sous le nom que nous avions convenu…
- Oui je savais que tu serais là : ton email… Shannon ? Tu l’as contactée ?
- Elle plutôt, tout à l’heure, chez New Millenium… C’est moi qui ai déclenché
l’alarme, elle m’a reconnu… Elle avait compris que vous logiez sur le Strip de
Las Vegas au dessus d’un casino... Et me voilà ! Je voulais te voir Scully, j’ai
beaucoup de choses à te dire.
Scully s’était assise à côté de lui sur le bord du lit, il lui prit la main et la regarda. Elle frémit légèrement en retrouvant toute la tendresse qu’elle éprouvait pour cet homme et pourtant, une brève impression traversa son esprit : ce n’était pas de cette main là dont elle avait rêvé, elle en était sûre maintenant et, elle ne savait pas bien pourquoi encore mais cela avait son importance.
- Scully… J’ai découvert beaucoup plus de choses que je ne le croyais ici dans le Nevada…
- Des bars de strip-tease ouverts 24 heures sur 24 ? Ne put s’empêcher de
demander Scully en plaisantant, incapable cependant de dissimuler un
imperceptible agacement.
Cela était-il tellement difficile pour lui de commencer par « comment vas-tu ? » ou « tu m’as manqué », de l’embrasser ? Mulder avait toujours été comme ça, focalisé sur la quête qui occupait son esprit à ce moment là, aveugle aux autres attentes que pouvaient avoir ses interlocuteurs. Rien de nouveau à cela. Seulement, Scully elle, avait changé.
- Non, non, continua Mulder, imagine : je n’ai même pas eu le temps d’aller dans un seul d’entre eux… Scully, Je crois que j’ai trouvé … Un moyen de continuer la résistance. J’ai compris. C’est ici que tout a commencé et c’est ici que tout doit recommencer !
- Ha…
- Scully… Scully et son regard impénétrable toujours prêt à me rappeler que je
ne suis pas loin de franchir les limites du raisonnable… Scully que rien
n’étonne jamais et qui me demandera toujours de mieux m’expliquer. Ca m’a manqué
!
Mulder sourit et ramena une mèche de cheveux roux derrière l’oreille de sa compagne. Dana sourit également mais, légèrement gênée par quelque chose qu’elle ne parvint pas tout de suite à identifier, baissa les yeux. « Si seulement tu avais su comprendre plus tôt ce que je te demandais vraiment Mulder… Si seulement tu avais pu apprendre à lire mon regard… C’est peut-être ce regard qui te manque mais tu n’as jamais su voir ce qu’il cachait… Mais, peut-être que tu ne pouvais pas comprendre, et peut-être qu’après tout c’était moi l’aveugle » se disait-elle à elle-même en observant la moquette bleu marine.
- Explique moi Mulder. Qu’est ce que tu veux dire par là ? Par « organiser la résistance » je veux dire…
- Commençons par un petit cours de rattrapage. Las Vegas n’est pas seulement le
royaume des strip-teaseuses et des tables de black jack. Au Nord de la ville se
situe une des bases de l’armée de l’air les plus importante de ce pays : la base
de Nellis. Mais tu n’en as peut-être jamais entendu parler. Celle dont tu as
sans aucun doute déjà entendu parler par contre, se situe à une centaine de
kilomètres d’ici en plein désert : Groom Lake, mieux connue sous le nom de Area
51… Groom Lake est le terrain d’essai, Nellis la base de recherche. C’est ici
que les avions espions fantômes sont élaborés, toute la série des X, les F-117,
les avions stratosphériques… C’est ici que la technologie extra-terrestre est
incorporée à la nôtre.
- Ok… Je me demandais aussi quand les petits hommes verts allaient venir faire
un tour…
- Scully je croyais…
- Rassure-toi Mulder, ce n’est plus le scepticisme qui me fait dire ce genre de
choses, juste l’habitude… Continue…
Mulder se demanda un bref instant quand Scully était devenue aussi désabusée. Son ancienne collègue semblait se contenter d’attendre passivement qu’il s’explique, la légère étincelle qui avait toujours allumé son regard quand il se lançait dans une de ses théories avait disparu. Pour la première fois, il remarqua la fatigue sur le visage de la petite rousse. Il fallait qu’il continue son histoire, à un moment ou à un autre il allait réussir à réveiller son intérêt.
- Je m’attendais plutôt à ce que tu me dises qu’on sait depuis longtemps que toutes ces histoires d’extra terrestres autour de l’area 51 ne sont qu'un écran de fumée destiné à couvrir l’étendue de l’avancée technologique des américains. Si un fanatique raconte qu’il a vu une soucoupe volante arrêter le temps, personne ne croira que c’est réellement ce qu’il a vu, qu’un vaisseau américain peut réellement le faire. On le prend pour un rigolo. Ça a marché, les gens ont oublié, j’ai oublié de prendre les faits pour ce qu’ils sont : des faits. Oui, l’armée américaine dispose d’exemplaires de technologies extraterrestres sur les bases de Nellis et Groom Lake ; oui, cette technologie a été utilisée pour construire des avions depuis plus de quarante ans. Tout le monde le sait, on a juste oublié d'y croire. Le seul enjeu qui ait vraiment jamais été important, c’est de savoir qui contrôle cette technologie, qui sait où en est réellement la recherche, qui reconnaît la vérité pour ce qu'elle est. Mais laisse moi d’abord t’expliquer comment j’ai été amené à apprendre tout ça, sinon tu ne vas jamais me croire…
Scully n’osa pas l’interrompre, elle n’osa pas non plus lui dire qu’elle était prête à tout croire désormais, qu’elle ne chercherait pas à le contredire parce que en fin de compte, peu lui importait. Les enjeux de cette quête de la vérité lui avaient échappé depuis longtemps. De toute façon, les véritables luttes se déroulaient ailleurs, sans eux, sans qu’ils puissent intervenir autrement qu’en étant manipulés.
- L’autre soir, lorsque Shannon MacMahon s’est fait attaquer, j’ai entendu les coups de feu alors que je sortais de son immeuble. J'ai attendu dans ma voiture. Je ne pensais pas qu’elle risquait quoi que ce soit et il valait mieux que je m’intéresse à un agresseur potentiel. Quand j’ai vu sortir l’homme, j’ai décidé de le suivre. Shannon ne répondait pas à son portable et je ne sais pas pourquoi mais j’étais quasiment certain que c’était elle qui avait été attaquée. Ce n'était pas la première fois qu'on s'en prennait à elle, cela paraissait logique. L’homme m’a conduit à New Millennium. Cependant, le jour allait se lever, des employés commençaient à arriver et il fallait bien que je sache tout de même si c’était réellement Shannon qui avait eu affaire à lui. Quand j’ai vu la police devant son appartement, j’ai eu ma réponse et je suis repartis. J’ai décidé de retourner chez New Millennium de nuit. Shannon et moi avions décidé que si quoi que se soit lui arrivait, je devais attendre 24h avant d’essayer de la recontacter. Shannon ne craint pas grand-chose pour sa vie. Au pire, 24h est le temps qu’il lui suffirait pour… Se régénérer… Bref, la nuit venue, je me suis aperçu qu’il n’était pas si difficile d’aller traîner dans leurs locaux. C’est comme ça que vous m’avez aperçu tout à l’heure : j’ai déclenché une alarme en accédant à un de leur ordinateur. J’ai juste eu le temps de comprendre que ces gens là s’intéressent de très près aux bases de Nellis et Groom Lake. D’après ce que j’ai vu, tout le dernier étage de leur immeuble semble leur être consacré : système de vidéo surveillance, d’écoute, paperasse, photos accrochées aux murs, du désert, des contours de la base, d’objet volants; et rien de tout cela ne semblait porter le sceau de l’armée. Tout ce que j’ai observé à cet étage semble concerner Nellis et Groom Lake. Ces gars ont plus de posters de l’area 51 que moi ! Mais apparemment ils sont en train de déménager car il y avait également beaucoup de pièces vides...
- Ils doivent savoir que nous sommes sur leurs traces, ils ne s’attendaient
peut-être pas à ce que Shannon se relève cette fois, ils espéraient sans doute
s'en débarrasser une fois pour toute et ils ont oublié que Las Vegas possède le
meilleur labo criminel du pays mais… Es-tu en train de me dire que c’est à New
Millenium que s’organise la résistance contre l’invasion extra-terrestre ?
Qu'ils seraient en guerre contre les militaires ? Parce que de notre côté nous…
- C’est ce que j’ai d’abord imaginé moi aussi Scully, dit Mulder sans lui
laisser terminer sa phrase. Comment imaginer que des gens qui surveillent
l’armée américaine puissent ne pas être dans notre camp n’est ce pas ? Il
devraient forcément être du bon coté ! Mais attends, Shannon m’a expliqué tout à
l’heure une toute autre version des faits. Une autre vision des luttes en cours
sur notre territoire depuis la fin de la seconde guerre mondiale... L’armée
n’est peut-être pas notre ennemi, en tout cas, pas dans sa totalité, pas à Las
Vegas… Shannon…
- Oui effectivement, intervint Scully en élevant légèrement la voix car elle
n’était pas prête à se laisser couper la parole aussi facilement, reste le
problème de Shannon... Si un groupe de… Résistants… Etait à New Millennium, il
faudrait expliquer pourquoi ils ont tiré sur Shannon qui travaille avec toi pour
récupérer les information stockées sur le disque dur. Et aussi pourquoi nous
avons aperçu des agents du FBI qui travaillent avec eux... Tu es en train de me
dire que la résistance s'organise dans une fraction amie de l'armée ? Et que
Shannon travaille avec eux ? Un super soldat ?
Mulder acquiesça d’un signe de tête.
- Et tu lui fais vraiment confiance, Mulder ? Qu'est-ce qui te dit que cette histoire n'est pas encore un de leur tour de passe passe ?
- Disons que je travaille avec elle depuis plus d'un an maintenant, cela veut
déjà dire quelque chose. Mais oui… Je crois que c’est plus que ça, je lui fais
confiance, surtout maintenant... Je te rappelle que nous ne savons rien sur la
création des supers soldats, Shannon est en guerre contre ceux qui l'ont créée.
Et puis, l’explication qu’elle m’a effectivement apportée est plus que
convaincante, je t’assure, un peu de patience, laisse moi te raconter Scully :
ça va devenir encore plus intéressant…
Mulder prit un instant pour rassembler ses idées. Il fallait qu’il soit aussi convainquant que Shannon l’avait été quelques heures auparavant avec lui mais Scully avait toujours été difficile à convaincre. La rousse ne lui avait jamais fait de cadeau mais cette fois il était primordial qu’il réussisse à la persuader. Il se concentra et décida de commencer par le commencement.
- Je vais te résumer ce que m’a raconté Shannon tout à l’heure… Dès le crash de Roswell au Texas, il y a cinquante ans, deux groupes se sont toujours opposés au sein de l’armée américaine. Un premier groupe voulait rendre cette découverte publique. Ils ont commencé à parler pour que le monde se prépare à l’arrivée des extra terrestres. Des fuites d'informations ont été organisée. Mais un deuxième groupe préférait conduire les recherches en secret afin de s’approprier le pouvoir qu'elles apporteraient et se donner les moyens de négocier clandestinement une alliance avec les aliens dans le but de dominer le monde avec eux, quitte à sacrifier la vie de millions de civils. Ce deuxième groupe l’a emporté, ils ont fait taire les autres avec l’aide de leurs alliés dans les agences fédérales, la CIA, puis le FBI, la NSA... Le premier groupe, vite devenu minoritaire, a donc décidé de se réfugier à son tour dans le secret, par nécessité. Le dévoilement de la vérité devrait attendre qu’ils aient les moyens d’être véritablement entendus. Longtemps silencieux, protégeant désormais soigneusement certaines de leurs découvertes ici, à Las Vegas, ils attendaient de pouvoir les exploiter en sécurité. S’ils avaient parlé trop tôt les autres les auraient définitivement fait disparaître, tout aurait été définitivement perdu.
Mulder se leva et regarda un instant par la fenêtre, vers le nord où résidait désormais son nouvel espoir. Puis il se tourna de nouveau vers Scully et continua.
- Ils avaient donc compris que le temps de se dévoiler n’était pas venu… Cependant ils essayaient toujours tant bien que mal de désamorcer les manigances du second groupe quand ils en avaient l’occasion. Il était essentiel de ne pas les laisser prendre trop de pouvoir sans, pour autant, révéler leur existence. C’est là que nous sommes intervenus. Gorge profonde était un de leur chef, il avait pour mission de nous mettre sur la voie, mais ce n’est pas la seule fois qu’ils ont tenté de nous aider… Ils ont infiltré plusieurs organisations mais leur petit nombre, leur manque de moyens, la puissance de ce qui était devenu le conglomérat - les amis de l’homme à la cigarette - les ont contraints à agir dans l’ombre pendant des années, à protéger leurs secrets en inventant des canulars, en avançant puis en racculant pour brouiller les pistes. Dès que quelqu’un commençait à comprendre qu’ils possédaient peut-être eux-aussi des exemplaires de technologie extra terrestre, cette source était discréditée. Nous avons nous-même été les victimes de cette tactique de protection. C'était malheureusement inévitable. Il ne fallait pas que toi et moi ayons l’air d’être trop bien informés, il fallait que nous aussi nous tombions de temps en temps dans leurs pièges...
Mulder s’était rapproché du lit, il s’assit à nouveau aux côtés de Scully. Il savait que c’était la partie de son récit sans doute la plus difficile à admettre pour eux deux. Il avait décidé d’accepter mais il savait que cela serait plus difficile pour sa partenaire.
- Il demeurait avant tout absolument nécessaire qu’ils restent invisibles aux yeux du conglomérat bien trop puissant pour être directement affronté. Mais leur but à eux n’a jamais été de se cacher pour acquérir un pouvoir qu’ils ne voulaient pas partager. Ils agissent avant tout pour protéger notre planète. Certes, leur invisibilité leur a permis de commencer leurs recherches mais ils cherchaient avant tout à contrebalancer le conglomérat, à déjouer leurs plans de collaboration avec les extra-terrestres, à préparer la race humaine à l’invasion. Et finalement, ils ont bien réussi à poser les bases de la résistance. C’est eux qui ont agis sur le conditionnement de Shannon pour en faire un de leurs plus puissants atouts. Et sans le savoir, nous les avons bien aidés ces dix dernières années. En déstabilisant peu à peu le conglomérat, en exposant la présence des super soldats et le projet d’invasion de 2012, en mettant fin à l’existence de l’homme à la cigarette, en « déprogrammant » William… Nous leur avons enfin permis de gagner en puissance, Scully. Ils contrôlent aujourd’hui totalement les bases de Las Vegas… Ils ont désormais des avions capables de rivaliser avec les soucoupes, ils ont Shannon et les éléments que nous avons rassemblés elle et moi pour comprendre comment lutter contre les super soldats ! Ils auront le matériel et les hommes, une fois la conspiration mise à jour, ils auront vraiment les moyens d’agir cette fois ! Pour la première fois depuis cinquante ans ! Shannon savait tout ça mais jusqu’à maintenant, elle avait ordre de ne rien me révéler, elle devait juste me protéger. Il leur fallait être sûr que ni mes liens ambigus avec l’homme à la cigarette, ni la naissance de William n’avaient compromis mon intégrité, notre intégrité et puis il leur fallait attendre que la NSA nous ait un peu oubliés…
Mulder était visiblement excité par ce qu’il avait appris, ses yeux brillaient et ses mains s’agitaient. Il plongeait régulièrement son regard dans celui de Scully comme pour lui demander de se laisser gagner par son enthousiasme.
Mais pour Scully, tout cela n’était qu’une explication de plus, une nouvelle théorie qui encore une fois remettait tout en question mais qui, pour elle, ne faisait que s’ajouter à une longue liste d’autres théories. Pourquoi croire à celle là plus qu’aux autres après tout ? Pourquoi même s’y intéresser si ce n’était que pour subir ensuite les affres de la désillusion à nouveau ?
Combien de fois leur avait-on présenté une explication de leur réalité qui paraissait enfin tout expliquer et leur offrir un nouvel espoir ? Et à chaque fois, on leur avait menti, on les avait manipulés. On ne les avait jamais utilisés que pour servir des intérêts qui les dépassaient et qu’ils ne comprenaient que par la suite, une fois rejetés sur le bord de la route, seuls à nouveau, ne pouvant plus se raccrocher qu’à leur foi qu’un jour peut-être ils arriveraient à contrôler le jeu. Et ils avaient continué mais toute foi a ses limites, celle de Scully en tout cas en avait.
Elle n’était même pas choquée d’apprendre que l’armée admettait qu'elle et Mulder n’avaient été que des pions. Elle le savait depuis longtemps. Seulement elle ne pourrait plus jamais espérer que cela pourrait un jour changer. Elle ne retrouverait probablement jamais l’envie de se battre. Pour elle, désormais, les réponses étaient ailleurs, en elle et non entre les mains de ceux qui n’avaient jamais eu d’autres buts que de la transformer en victime. Elle n’était pas comme Mulder, elle ne s’était jamais prise pour un martyre de la cause.
Scully soupira et se passa les mains dans les cheveux, elle se sentait épuisée. Longtemps elle s’était dit que le fait même qu’elle ait subi tout cela justifiait qu’elle continue, qu’il fallait au moins que toutes ces souffrances aient une raison, aient servi à quelque chose mais c’était fini. Elle savait désormais qu’elle s’était trompée de combat. Elle ne voulait plus subir, elle ne voulait plus souffrir, elle voulait décider seule de ce qui donnerait un sens à sa vie, découvrir sa propre voie.
Ses souffrances passées ne justifieraient plus qu’elle accepte de souffrir à nouveau juste parce que cela semblait être la logique même de son existence. Elle était désormais prête à accepter que certains de ses sacrifices aient été faits en vains, n’aient servi à rien et ne trouvent jamais de justification. Il n’était pas pour autant nécessaire qu’ils continuent à déterminer le cours de sa vie, elle pouvait prendre un nouveau départ. Et tant pis si elle avait fait fausse route, si elle s’était trompée. Il était encore temps de changer. Peut-être même était-elle enfin prête à accepter que Mulder et elle ne soient finalement pas destinés à finir ensemble si lui devait choisir de continuer…
- Pourquoi maintenant Mulder ? Pourquoi eux ? Tu sais bien qu’ils ne te disent probablement pas toute la vérité. Quelles garanties t’a offertes Shannon ? Quelles preuves as-tu qu’elle ne te ment pas depuis le début ? Pourquoi replonger à nouveau ? Tu n’as pas été suffisamment manipulé ? Pourquoi continuer…
Mulder parut réfléchir un instant. Scully avait l’air de plus en plus épuisée. Il savait qu’elle avait plus ou moins abandonné la lutte laissant cette tâche à Dogget et Reyes mais il ne s’était pas attendu à la voir dans cet état. Il n’avait pas compris qu’elle avait à ce point perdu l’envie de se battre. Il se pencha vers Scully et lui prit la main. Elle le regarda, il avait à nouveau son sourire enfantin, celui qu’il avait quand il voulait désespérément croire qu’un de ses rêves était en train de devenir réalité, qu’il allait s’approcher de la vérité.
- Ils m’ont proposé de les rejoindre Scully, c’est pour cette raison que Shannon m’a tout raconté.
- Pourquoi est-ce qu’elle ne se décide à parler que maintenant Mulder ? Ca ne te
parait pas étrange ?
- Ils sont inquiets de l’efficacité de la nouvelle technologie testée sur
Shannon. Le fait que leurs activités aient probablement été découvertes les
oblige à franchir une nouvelle étape. Ils ont désormais peur pour ma sécurité,
Shannon ne pourra peut-être bientôt plus me protéger et… Je crois que j’en ai
assez de courir… Quand j’avais les x-files, ils pouvaient m’arriver n’importe
quoi, j’avais au moins ce point d’attache, je n’ai plus ça… Et puis, je t’avais
toi… J’avais espéré que… Peut-être… Tu viendrais avec moi… Voilà ce qu’ils nous
proposent : l’équivalent d’un programme de protection des témoins Scully, une
disparition complète, une nouvelle identité, la sécurité et une implication dans
leurs opérations… Ils nous proposent de rejoindre la résistance et tous les
moyens qui sont à sa disposition, Scully. Tout est déjà prêt. Ils me téléphonent
dans quelques heures, nous prenons ta voiture, nous avons un accident en tentant
de pénétrer sur la base de Groom Lake en plein désert. L’armée fait disparaître
nos corps, rend le conglomérat responsable en exposant les activitées de New
Millenium et notre nouvelle vie commence… Ensemble…
Mulder n’était plus très sûr de lui, il savait, il avait pressenti qu’il avait de bonnes raisons de craindre que Scully ne partage pas son enthousiasme. Son pressentiment se confirma quand il aperçut l’air effaré de la rousse.
- Une nouvelle identité… Une disparition ? Demanda Scully qui accusait effectivement le choc devant l’ampleur de ce que lui demandait cette fois Mulder. Mais… Et Monica ? Et Dogget ?
- Nous avons besoin d’eux au FBI. Pour que notre disparition soit crédible, pour
protéger autant que possible les activités de Las Vegas. Ils doivent absolument
croire que le conglomérat est responsable de notre mort. L'enquête que vous avez
commencée avec le CSI devrait nous aider à mettre cela en scène. Nous ne pouvons
rien leur dire, il est encore trop tôt Scully, les enjeux sont trop importants…
Personne ne doit comprendre que toi et moi avons rejoint la résistance. Je sais
trop de choses, j'ai trop de contact et toi... Tu es la mère de William,
l'enfant miraculeux... Et pour que la NSA croie que nous avons réellement
disparu, il faut que Dogget et Reyes y croient aussi, c'est essentiel, tu sais
que le FBI est infiltré. Eux seuls peuvent nous permettre de protéger le secret
de façon crédible. Ils comprendrons plus tard. Mais imagine… Recommencer une
nouvelle vie loin du FBI. Ne plus avoir à regarder sans cesse derrière ton
épaule… Ne plus avoir peur des super soldats, de la NSA… Ils nous offrent une
porte de sortie…
Scully sentit que se consolidait ce malaise qui flottait autour d’elle depuis un certain temps, pas seulement depuis que Mulder était entré en coup de vent sans même prendre conscience de ce qu’elle attendait de lui, mais depuis bien plus longtemps. Le malaise ne flottait plus, il venait de se concentrer et pesait de tout son poids sur sa poitrine qui lui parut s’effondrer sous l’impact, désespérément vide. Cette fois il lui en demandait trop. Elle non plus ne pouvait pas, ne pouvait plus, ne voulait plus lui offrir ce qu’il attendait et elle allait maintenant être obligée de le lui faire comprendre. Elle soupira bruyamment pour tenter de retrouver sa respiration et combattre la légère nausée qui l’envahissait.
- Je… Ne sais pas Mulder… Je…
- Quoi ?
- Il y a trop d’incertitudes dans ce que tu me racontes… Je ne veux pas prendre
ce risque. Et surtout… Je ne sais pas si je veux disparaître, j’ai… Une vie… Je
ne sais pas si je veux te suivre… Je ne peux pas… Non… Je ne peux pas…
- Scully tu ne peux pas abandonner maintenant, pas si près du but, pas après
tout ce que nous avons traversé… Je sais que tu as perdue l'espoir mais...
« Abandonner ? » Le mot résonnait dans son crâne. Comment osait-il ? Comment
osait-il prononcer ce mot comme si le fait même qu’elle émette un doute, une
volonté, était déjà une trahison ? « Abandonner… » Le reproche sonnait encore et
encore, produisant un étrange bourdonnement dans ses oreilles et Scully
n’écoutait plus ce que Mulder était en train de dire. Elle ne voulait pas
l’entendre, elle ne voulait pas le regarder et risquer à nouveau de se laisser
faire, de se laisser convaincre de tout laisser tomber pour lui. Juste parce
qu’elle voudrait encore une fois espérer que les choses aient changé, que cette
fois il lui apporterait enfin ce qu’elle attendait.
« Abandonner… » Elle n’abandonnait pas, elle voulait se libérer. C’est lui qui voulait qu’elle abandonne : sa vie, ces nouvelles aspirations qu’elle était en train de découvrir, ces nouveaux désirs qui se réveillaient enfin… Tout en elle, tout son être refusait de le suivre sur cette vielle route qu’elle connaissait pourtant si bien. Une force nouvelle lui commandait de ne pas se laisser faire, de refuser et elle avait l’étrange impression que, si elle passait cette épreuve, elle n’allait pas tarder à comprendre pourquoi cela lui semblait soudain aussi primordial. Elle ne devait pas laisser tomber… Ne pas abandonner…
- Non Mulder, non ! Tu ne peux pas encore une fois débarquer comme ça dans ma vie et attendre de moi que je sois celle qui « abandonne » tout le reste pour te suivre toi, sans même réfléchir une seconde. Non, je ne peux pas passer ma vie à t’attendre, passer ma vie à te suivre, passer ma vie à… Ne pas vivre... Tu n’as pas le droit de me reprocher d’abandonner parce que, tu ne t’en rends peut-être même pas compte, mais c’est exactement ce que tu es en train de me demander. Tu viens de débarquer et déjà tu es en train d’exiger que j'abandonner tout ce que j’ai essayé de construire sans toi... Et je ne peux pas, je ne veux pas…
Mulder avait l’air de ne pas comprendre. Il plaidait l’innocence pour qu’elle
lui pardonne, elle le savait. Il n’allait rien ajouter, il allait attendre
qu’elle ne sache plus quoi lui dire et qu’elle finisse par céder. Cela avait
marché tant de fois, il la laissait détruire elle-même sa propre logique. Il
savait que la voix de l’habitude était forte. Sa culpabilité, son envie de
suivre cet homme, de retrouver l'amour qu'elle avait un jour espéré, de croire
surtout qu’il avait besoin d’elle quitte à s’oublier elle-même dans le
processus, la conduirait toujours à lui accorder le bénéfice du doute et à tout
quitter pour lui. Mais non ! Cette fois elle ne céderait pas, et tant pis si
pour le lui faire comprendre elle devait le faire souffrir. Elle savait qu’elle
devait être forte.
- Non, Mulder, les choses ont changé ! Nous ne sommes plus amants, tu le sais bien, arrêtons d'abord de nous mentir à ce sujet. Je t’aime, nous nous aimons, il en sera toujours ainsi mais nous savons très bien tous les deux quelles sont les limites de cet amour. Quand tu es revenu l’année dernière, je n’ai pas réfléchis un instant, j’ai tout laissé tomber, tout… Tout abandonné… Sans même jeter un seul regard en arrière, pour toi, parce que je t’aimais parce que je croyais que cet amour exigeait de moi ce sacrifice... Notre amour, Mulder ! Et pas la quête de la vérité… Tu comprends la différence ? Mais aujourd’hui, je n’en suis plus capable. Je ne peux plus me mentir. Où est-ce que cela m’a amenée ? Dix jours plus tard, j’étais de nouveau seule, tu étais reparti : pour la vérité. Encore une fois tout était à recommencer, encore une fois tu avais tout balayé, tout détruit sur ton passage et tu m'avais laissée seule. Et comprends moi bien, je ne te fais pas de reproches, ce n'est pas ça. Je suis tout aussi coupable de m'être bercée d'illusions. Seulement maintenant, j’ai enfin compris que tu n’avais pas les mêmes priorités que moi, ta quête passera toujours avant moi. Pour toi la vérité sera toujours plus importante que notre amour. Tu attendais de moi que je pense de la même façon et je me suis laissée faire... Il est temps que les choses changent. Je ne peux pas… Je ne VEUX pas… Pas encore une fois… Ce qu’il y a entre nous ce n’est pas ce qu’il y a entre deux personnes qui veulent construire leur vie ensemble. Pense-y Mulder, nous étions seuls, nous avions besoin l'un de l'autre mais en fin de compte, nous cherchons des choses différentes. Tu voudrais que je sois différente, je voudrais que tu sois différent... On ne peut pas continuer…
- Je sais... Se contenta d’admettre Mulder qui ne trouvait rien à ajouter.
Il lui fallait être sincère, il savait déjà que Scully avait raison. Leur relation exigeait au moins qu'il n'essaye pas de lui mentir. Il aurait voulu lui affirmer qu'elle avait tord, qu'il pouvait changer pour elle, mais ce n'était pas vrai. Tôt ou tard ils en reviendraient toujours là, et non, il n'y avait rien à ajouter...
Toutefois Scully continua, il lui fallait maintenant aller jusqu’au bout, quelque chose en elle réclamait qu’elle s’explique, au moins à elle-même, ce qui était en train d’arriver.
- Cela fait un an que j’essaye de vivre sans toi, de retrouver qui je suis, ce que je cherche mais tu as tellement fait le vide que je n’y arrive pas vraiment. Tu n’as rien à me reprocher Mulder : j’ai résisté à mon enlèvement, à la stérilité, au cancer, à la mort de ma sœur, d’Emily, à ton enlèvement, à ta mort et à ta résurrection, à ton départ, au départ de William… La liste est incroyablement, désespérément longue… Et j’ai continué, continué à t’aimer, continué à te suivre, continué à essayer de trouver cette force mais je crois que j’ai gagné le droit de dire qu’aujourd’hui je ne veux plus, pas comme ça… J’ai enfin compris que l’amour, celui que je cherche, ce n’est pas seulement ça, que cela peut-être autre chose que ce que nous partageons tout les deux. Tout cela ne me suffit plus. Je voudrais réapprendre à vivre à m'écouter moi-même. Je voudrais croire que peut-être, j’y ai encore droit. Je voudrais trouver un amour qui me permet d’y croire, de croire en moi. De croire que je peux aimer et... être aimer… Non, je ne veux pas tout abandonner encore une fois. Je… Ne veux pas abandonner…
Scully s’arrêta de parler. Ses derniers mots lui avaient brusquement permis de prendre conscience de quelque chose. Ce fut comme une illumination qui embrasa soudain toutes les zones d’ombre de son esprit. Tout semblait d’un seul coup beaucoup plus clair. La nature de cette force qui l’avait poussée à résister à Mulder se découvrait désormais limpide et simple.
Elle avait baissé la voix comme si sa phrase était terminée mais elle savait très bien que ce n’était pas le cas. Ce qu’elle avait réellement eu l’intention de proclamer, la phrase qui avait traversé son esprit avec l’éclat étincellant d’une vérité trop longtemps cachée était : « Je ne veux pas abandonner Monica une seconde fois. »
Et elle vit soudain à quel point la situation présente répétait celle de l’année précédente. Mulder... Monica... Le choix qu'il lui revenait de faire... Mais au même moment, Scully sentit s’alléger le poids qui l’oppressait depuis l’arrivée de Mulder mais aussi, peut-être, depuis bien plus longtemps. Non ! L’histoire ne se répéterait pas. Mulder ne viendrait pas tout gâcher encore une fois… Elle comprennait maintenant pourquoi elle ne voulait pas le suivre et elle savait qu’elle avait raison, qu’elle trouverait la force de lui résister cette fois. Ce qu’elle ressentait prenait enfin sens, sa mémoire se réveillait et ses souvenirs venaient lui rappeler une autre histoire. Non plus seulement l’histoire de sa relation avec Mulder mais aussi celle qu’elle avait vécu, qu’elle était en train de vivre avec Monica. Monica était la clef de tout ce qu’elle était en train de ressentir.
Scully se souvenait maintenant précisément de l’année précédente, de la
déclaration de Monica au téléphone qu’elle avait attendue, fébrile, mais à
laquelle elle n’avait pas su répondre. L’amour que lui avait offert Monica,
simple, dépourvu d’arrières pensées, pur don de soi-même à une autre personne,
l’avait prise au dépourvu, comme si elle n'y avait pas droit. Jamais quelqu’un
ne s’était aussi complètement livré à elle et Monica n’avait rien exigé en
retour, pourtant Scully avait pris peur. Etait-elle digne d’un tel cadeau ?
Saurait-elle être à la hauteur ? Elle ne savait pas encore si elle serait
capable à son tour de s’ouvrir à quelqu'un d’autre de cette façon. Personne ne
lui avait encore jamais montré que l'amour cela pouvait aussi être ça : un don
total. Elle n’avait pas encore suffisamment confiance en elle pour s'en croire
capable et elle ne voulait pas que Monica puisse en souffrir. Scully n'avait pas
voulu risqué de décevoir Monica, de la tromper sur ce qu'elle était prête à
donner, et cette dernière avait semblé tout comprendre : ses hésitations, ses
peurs. Elle avait écouté, n'avait pas cherché à faire pression sur elle. La
brune n’avait pas changé son comportement après ça. Monica ne lui avait pas dit
qu’elle l’aimait pour obtenir quelque chose que Dana n'était pas prête à donner,
elle le lui avait juste dit parce que c’était ce qu’elle ressentait et avait
accepté la réponse de Scully même si elle avait peut-être secrètement espéré
autre chose.
Scully se rappelait cependant de l’effet que cette déclaration avait peu à peu eu sur elle. Elle se souvenait à quel point il était devenu difficile de se tenir dans la même pièce que Monica sans souhaiter secrètement que la brune franchisse les barrières qu’elle même lui avait imposées, balaye d’un geste leurs derniers doutes. Ce n’était qu’une question de temps se disait-elle alors, elle allait trouver la force d’accepter l’amour de Monica, elle allait trouver le courage d'aller jusqu'au bout de son désir, mais du temps, elles n’en avaient pas eu et Mulder était revenu pour tout bouleverser.
Elle avait quitté Monica, précipitamment, sur une route, en plein désert,
n’importe comment, lâchement, et elle n’avait même pas été capable de soutenir
le regard de celle qu’elle abandonnait ainsi. Elle avait juste eu le temps de
deviner le désespoir que ce regard recélait. Un désespoir contre lequel, durant
cette dernière seconde, Monica n’avait plus pu lutter et qui pourtant,
s’accompagnait encore une fois d’une part de compréhension, d’acceptation de ce
que Scully avait choisi. L’amour de Monica lui avait permis de risquer sa
carrière, sa vie, pour sauver Mulder, parce que Scully en avait besoin. Et, en
les regardant s'éloigner, Monica avait dû se dire que son amour ne lui laissait
plus d’autre choix que de laisser maintenant partir la femme qu’elle aimait avec
l’homme qu’elle avait choisi. Scully avait même cru comprendre que ce dernier
regard lui répétait que Monica l’aimait, l’aimerait toujours malgré tout, sans
espoir, juste parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Et Scully avait
tourné la tête, elle avait fui vers l’inconnu, elle avait couru pour rejoindre
la voiture sans plus oser regarder en arrière, n'importe comment, lâchement.
Cependant, elle n’avait pas oublié ce dernier regard, ce désespoir, cette
dernière preuve d'amour, car Scully savait qu’il y avait là quelque chose de
profondément injuste. Elle savait qu’elle n’avait pas été loin de céder à
Monica, qu’elle avait juste manqué de temps, de courage. Elle savait qu’elle
n’avait pas su résister à Mulder, qu’elle avait préféré se réfugier dans le
mensonge sans réfléchir, par lâcheté; et Monica n’avait rien pu faire. Scully ne
lui en avait pas laissé l'occasion.
Quand elle était revenue, vide, bien trop consciente du fait qu’elle n’avait fait que courir après un mirage, elle avait eu honte. Elle avait senti qu’elle avait trahi quelque chose, brisé ce lien, cette confiance qui s’était construite peu à peu entre elle et Monica. Elle n’avait pas été sincère avec elle-même, elle s’était cachée la vérité et cela avait eu pour conséquence de faire souffrir d’autres personnes : Mulder peut-être d’une certaine façon, à qui elle en avait peut-être demandé trop, et Monica. Oui, elle avait eu raison de ne pas se faire confiance, oui elle n'avait pas été à la hauteur, mais elle avait aussi laissé passer sa chance. Monica avait voulu voir autre chose en elle, lui montrer un autre chemin et elle avait refusé de la laisser lui montrer ce que c'était que la confiance.
Cette dernière n’avait rien laissé paraître, comme d’habitude elle s’était contentée d’être là, de revenir vers elle sans aucun commentaire, sans jugement, fidèle à sa promesse secrète d’aimer toujours Scully malgré tout, même dans la trahison et le mensonge. Mais Scully savait que Monica restait plus silencieuse désormais, qu’elle lui cachait des choses, se protégeait. Elle observait son regard mélancolique quand il se perdait dans un coin de la pièce, se fixait dans le vide comme à la recherche de quelque chose qui ne cessait de lui manquer. Scully remarquait désormais impuissante la tristesse de sa collègue.
Scully avait compris que si Monica ne lui demandait plus rien, ce n’était plus seulement parce que son amour était avant tout un besoin de donner mais aussi parce qu’elle avait perdu l’espoir que Scully puisse accepter ce don un jour. Scully avait bien vu que Monica semblait de moins en moins capable d’oublier sa frustration, d’empêcher que le doute ne ronge peu à peu sa confiance en elle. Monica n'était plus la même, elle qui n’avait jamais eu peur d’elle, n’osait plus soutenir son regard. Jour après jour, Scully avait vu Monica oublier de sourire, s’enfermer de plus en plus profondément à l’intérieur d’elle-même, s’obliger même à cacher ses élans d’affection autrefois si naturels, si réconfortant. Et l'ancienne Monica lui manquait. Elle voulait retrouver ce regard qui avant ne la quittait jamais, l'assurance qu'elle y retrouvait. Elle voulait retrouver la pudeur qui soudain empourprait les joues de la brune quand elle lui souriait. Elle voulait retrouvé les moments volés, la complicité, les éclat de rire... Scully revit Monica qui s’enfuyait de sa chambre la veille parce qu’elle ne pouvait plus s’autoriser à croire qu’elle puisse avoir un geste tendre à son égard, parce qu’elle ne pouvait même plus supporter d'espérer… Scully avait tout gaché...
Et maintenant, Mulder était à nouveau là, lui demandant de la trahir une nouvelle fois, alors même que Scully venait d’accepter de se dire qu’elle ne voulait plus être le témoin de cette tristesse que ses mensonges avaient fait naître dans les yeux de Monica. Alors même qu’elle s’autorisait enfin à reconnaître de nouveau tout ce que la brune lui apportait, à s’avouer à quel point elle tenait toujours à elle, oubliant pour une fois sa culpabilité et sa peur de ne pas être à la hauteur.
La vérité… Sa vérité à elle c’était qu’elle voulait regagner la confiance de Monica. Elle voulait lui prouver qu’elle pourrait sortir du mensonge et s’abandonner enfin à la puissance de ce qu’elle ressentait. Et peut-être… Peut-être que si elle était assez forte, peut-être que si elle trouvait le courage de ne pas abandonner, elle réussirait à rallumer l’ancienne flamme qui faisait autrefois briller le regard de Monica.
Bien sûr elle savait que c’était-elle qui était venue chercher Mulder à Las Vegas mais elle comprenait mieux pourquoi maintenant : elle avait eu besoin de tourner la page, de rompre cette dernière amarre qui l’empêchait encore de rejoindre la femme qui partageait sa nouvelle vie. Avant de recommencer à vivre il lui avait fallu dire au revoir au passé.
Le silence, pesant, se prolongeait dans la chambre d’hôtel entre les deux anciens partenaires. Et ils se rendaient bien compte tous les deux que ce silence restait bien plus parlant que toutes les explications qu’ils n’osaient même plus se fournir. Ils n’avaient plus rien à partager sur ce qui venait d’être constaté. Leurs chemins s’étaient séparés.
Ils l’avaient déjà pressentis tous les deux, sans jamais oser concrétiser cette pensée. Cette nouvelle année passée loin l’un de l’autre n’avait fait que reculer l’échéance mais aucun des deux ne pouvait réellement continuer à se mentir. Leur amour n’était pas ce qu’ils avaient cru qu’il était. Il les avait soutenu un temps mais il était désormais temps de passer à autre chose.
- Dis-moi au moins que ce que je fais à un sens Dana.
- Bien sûr que ça a un sens Fox, si c’est le chemin que ton être te désigne. Il
se trouve juste que moi, je dois suivre une autre route maintenant. Cela ne veut
pas dire que nous ne nous croiserons pas de temps en temps, nous sommes amis, et
nos destins seront toujours liés.
Scully passa son bras derrière le dos de Mulder et posa sa tête sur son épaule. Après quelques minutes, il se coucha sur le lit, les genoux repliés et elle se glissa derrière lui, l’entourant de ses bras, plongeant une dernière fois son nez dans ses cheveux. Ils restèrent ainsi, silencieux, lovés l’un contre l’autre un certain temps, profitant de cette tendresse qui, elle, ne cesserait jamais d’exister entre eux. Puis, ils finirent par s’endormir.