E P I S O D E : 8

 

- C’est quand même une drôle d’habitude !


- Je ne sais pas, je ne trouve pas…


- Tu te remplis la tête de crimes toute la journée et le soir tu branches ta cibi pour écouter les fréquences de la police, d’autres crimes… En lisant Patricia Cornwell je suppose ?


- Pas toujours… Je crois que les bruits du scanner… M’aide à conserver ma concentration, à garder à l’esprit la raison qui m’a fait choisir de consacrer ma vie à ce métier… Etrangement, ça calme mes insomnies. Et puis on entend aussi des choses amusantes de temps en temps... J’ai de vos nouvelles : « CSI sur place, attention à l’endroit où vous posez vos semelles ! ».


- N’empêche, Sara, c’est quand même une drôle d’habitude ! Mais en somme on en revient au début de ton histoire… Tu es toujours insomniaque, tu as toujours peur du noir…

 Sara resta songeuse un instant et sourit, elle savait que Catherine ne la jugeait pas cette fois. Cela faisait un certain temps que leurs assiettes avaient disparu de la table et la serveuse était déjà venue remplir leur tasse de café trois ou quatre fois. La conversation était amicale et elles avaient peu à peu oublié la façon dont elle avait commencé. Les deux femmes profitaient de ce moment de complicité qui leur prouvait que leur relation pouvait peut-être aussi se contenter de rester simple.

Toutefois la nuit avait été longue et Sara s’aperçut que Catherine qui s’était reculée contre la banquette et se massait le cou avec ses deux mains, commençait à ressentir les effets de la fatigue. Elle se dit qu’il était sans doute temps de considérer que le petit déjeuner était terminé, de se séparer et d’espérer que plus tard, quand elles se reverraient, rien n’aurait changé.

Sara se demanda un instant si une ambiguïté existait sur la façon dont devait s’achever cette matinée qui les avait vues se rapprocher si rapidement l’une de l’autre. Elle ne pouvait nier une certaine envie, lovée au creux de son ventre, de toucher la femme qui était en face d’elle, de la prendre contre elle et de lui murmurer, quelque chose, n’importe quoi, dans l’oreille. Mais non, elle ne croyait pas que c’était de cette façon que devaient se conclure ces deux heures de discussions. Même après trois ans, curieusement, elle avait envie que la suite des évènements se déroule lentement. Peut-être n’était-elle pas très honnête en justifiant ainsi le manque de courage qui l’avait envahie mais peu importait. Elle n’était pas encore tout à fait prête. Elle choisit donc prudemment ses mots.

- Peut-être est-il temps justement… D’aller dormir ? Demanda-t-elle.


- Peut-être… Oui… Répondit Catherine en souriant.

 Elle avait intentionnellement laissé traîner sa voix en prononçant les premiers mots de sa réponse. La blonde se redressa et son regard brillait légèrement. Elle posa ses coudes sur la table, puis son menton sur ses mains et fixa Sara. Elle pensait savoir très exactement ce qui se passait dans la tête de sa collègue. Elle ne pouvait pas le nier, en comprenant qu’il était effectivement temps de partir, son pouls s’était accéléré ; mais bizarrement cette situation l’amusait : « Alors Sara, où est passée ton impulsivité ? Ton envie de prendre des risques ? Mon dieu si j’avais su… Si j’avais vu plus tôt à quel point elle peut être désirable ! » Catherine sentit que cette situation réveillait ses envies de séduire. Elle voulait observer Sara alors qu’elle testait sa capacité à lui couper le souffle…

Sara tenta de soutenir le regard de Catherine mais se retrouva vite obligée de tourner la tête et de demander l’addition. La serveuse, sans doute soulagée de voir enfin leur table se libérer maintenant que le restaurant était plein, arriva sans tarder. Sara n’osait plus trop lever les yeux vers Catherine et tenta plutôt de se concentrer sur ses gestes afin de garder le contrôle de cette maladresse qui semblait soudain envahir tous ses mouvements. Elle fit tomber sa monnaie mais réussit à ne pas renverser le verre d’eau qu’elle bouscula ensuite avec sa tasse de café.


Catherine elle, se contenta de continuer à l’étudier en détail.

 

***

 

Enfin, elles se retrouvèrent dehors. Sara avait compris qu’elle n’arriverait pas à rassembler le courage nécessaire pour tenter quoi que ce soit d’autre ce matin là. Jamais elle n’aurait pu imaginer affronter si vite cette situation. Certes, elle avait mille fois rêvé que des circonstances extraordinaires la précipitaient dans les bras de Catherine mais cela se déroulait dans un autre monde, un autre univers régit par des lois différentes. Or, maintenant tout était bien réel et aucun de ses rêves ne l’avait préparée à cela.


Sara n’avait donc plus qu’une envie, ou plutôt qu’une envie qu’elle se sentait capable d’assumer : rester seule pour tenter, de rassembler ses esprits, de comprendre comment elle devait agir maintenant, de faire le point et retrouver un semblant de contrôle. Elle fixait le bout de ses chaussures de skate noires, consciente pourtant du grondement de la circulation autour d’elles, de la clarté limpide du matin, de la chaleur du soleil sur la peau de son visage.

Catherine n’avait pas cessé de l’épier, toujours amusée. Rien n’avait changé et tout avait changé. Sara restait Sara et pourtant le moindre de ses gestes revêtait désormais un charme nouveau. L’air matinal semblait rempli de promesses, pas un nuage dans le ciel, et malgré la légère fraîcheur, la journée s’annonçait chaude. Catherine ne savait pas encore très bien où tout cela les conduirait, elle ne voyait pas encore exactement ce que Sara allait signifier pour elle mais peu importait car, pour la première fois de sa vie, ce n’était pas vraiment elle qui menait la danse. Sara lui offrait la nouveauté, le mystère, les incertitudes d’une relation qui s’apprend en se construisant, mais aussi une forme d’assurance, l’assurance qu’elle n’avait pas besoin de prendre le pouvoir pour éviter d’être blessée ou manipulée. Elle pouvait laisser sa partenaire choisir les pas mais peut-être aussi, l’aider, juste un peu, à trouver le rythme.

Sara arriva devant sa voiture et s’arrêta, Catherine était garée un peu plus loin le long du trottoir. La brune se retourna et regarda enfin la femme qui la suivait, le sourire aux lèvres, la démarche décontractée, le regard assuré. Derrière la silhouette de Catherine, au dessus du toit d’un supermarché qui s’élevait de l’autre côté de la rue, le soleil commençait son ascension. Sara cligna des yeux. « Trouve quelque chose d’intelligent à dire Sara, vite ! Malin, charmant, ambiguë… Lance toi ! »

 - Heu…

 Charitable, Catherine se contenta de rire. Son sourire était mille fois plus éclatant que le soleil. Sara plaça sa main au-dessus de ses yeux pour se protéger de l’éblouissement. « Bon sang ! »

Catherine la regarda, attendit une fraction de seconde, puis leva son bras et caressa délicatement la joue de Sara du bout de ses doigts.

 - A plus tard… Dit-elle en chuchotant.

 Et sa main était déjà partie. Catherine dépassait Sara qui se retrouva seule, aveuglée, face au soleil. La grande brune, avec comme une ou deux secondes de décalage, se retourna, Catherine la regardait toujours par-dessus son épaule et lui fit un signe de la main. Sara se rendit vaguement compte qu’elle n’arrivait plus à respirer.

 - Fais de beaux rêves, Sara… Lança Catherine avant d’ouvrir sa portière.


- Toi aussi… Répondit Sara doucement, incapable de parler à voix haute.

 La grande brune resta immobile sur le trottoir jusqu’à ce que Catherine ait démarré son véhicule et se décida enfin à entrer dans le sien. « Rêver… Tu parles ! Oui, mais pour rêver il faudrait déjà peut-être que j’arrive à dormir ! Je ne peux pas aller dormir maintenant, oh non, pas possible. Catherine… » Sara laissa le film des évènements de la matinée se rejouer dans son esprit. « Et peut-être que je n’ai pas besoin de dormir pour rêver finalement. » Sara secoua la tête et rit « Cette fois ma grande, plus possible de faire marche arrière ! Aller ! Une douche –froide- à la maison et je vais au labo, pas d’autre solution pour moi aujourd’hui ! »

 Sara mit ses lunettes de soleil et engagea sa voiture dans la circulation en chantonnant :


« I’m in love, I’m in love, I‘m in love
Hey baby, you know I am!
I’m in love… »

 

***

 

“10 :00” indiquait la lumière bleuâtre des bâtonnets digitaux sur l’écran du réveil de l’agent Reyes quand elle fût arrachée au monde des rêves par la sonnerie électronique de son téléphone portable. Cette réalité là se manifestait d’une façon bien plus brutale que celle qu’elle venait de quitter. Elle s’efforça de réveiller les muscles de son bras droit et tenta de repérer à tâtons l’engin responsable de cette cacophonie qui dispersait désagréablement ses neurones encore endormis. Elle essaya de s’éclaircir la gorge avant de répondre.

 - Oui ?


- Oh… Je te réveille Monica ?


- Aucune importance Dana… Tu as bien dormi ?

 Monica se retourna et s’allongea sur le dos. Elle referma les yeux. La voix de Dana l’avait replongée dans un univers où il semblait plus facile de se réveiller. La respiration de la rousse contre son oreille suffisait à adoucir les angles de la réalité. Cependant, alors que le sommeil menaçait de s’emparer à nouveau d’elle, Monica finit par se rendre compte que Dana ne répondait pas.

 - Dana ?


- Il faut que je te parle Monica, pas au téléphone. Est-ce que tu pourrais venir me rejoindre dans ma chambre, dès que tu seras prête ?


- J’ai une demi heure pour prendre une douche ?


- Vingt minutes ?


- D’accord. A tout de suite Dana.

 Scully ne raccrocha pas immédiatement mais ne rajouta rien. Monica attendit silencieusement puis laissa retomber son bras sur le matelas lorsque la tonalité de son téléphone lui indiqua que la communication avait été coupée. Les yeux toujours fermés, elle prit une longue inspiration pour tenter de trouver la force de se lever. Qu’est-ce que Dana avait à lui dire ? Que s’était-il passé hier soir déjà… ? Elle ouvrit brusquement les yeux et fixa le plafond.

Non, non, pas la peine d’imaginer ce genre de choses... La voix de Dana lui avait paru emprunte d'un je ne sais quoi qu'elle ne réussissait pas à identifier... De la tendresse ? Non. Il s’agissait probablement juste de nouvelles informations au sujet de l’enquête. Sara était bien capable d’avoir passé le reste de la nuit dans son laboratoire pour échapper à Catherine. Monica sourit et se redressa en envoyant balader le drap qui seul recouvrait sa nudité. Elle frissonna : « fichue clim ! Nous sommes en plein désert bon sang ! » Une douche lui ferait du bien.

 

***

 

Alors qu’elle laissait couler l’eau pour finir de rincer les restes de shampoing, Monica repensa soudain aux rêves qu’elle avait faits. Sara était présente, Dana aussi, elle-même était sur une bicyclette qu’elle avait du mal à conduire. Elle était de nouveau au Mexique, le pays où elle avait grandi, dans la ruelle de San José qui menait à la plage. La plage était interdite au public. Et puis, elles s’étaient retrouvées dans un lit immense. Tout cela était fort confus. Oh ! Mais elle se rappelait maintenant parfaitement de ce qui avait suivi. Il n’y avait plus que Dana et elle dans le lit et l’image qui lui revint à l’esprit la fit rougir. « Oh non, comment est-ce que je peux faire des rêves aussi crus ? Saleté d’inconscient et comment est-ce que je suis sensée traverser ma journée normalement après ça ?! » Monica se passa les deux mains sur le visage et se contraignit à vider son esprit de toute pensée. Lorsqu’elle eut réussi, elle sortit de la douche. Elle était malgré tout de très bonne humeur.

 

***

 

Dix minutes plus tard, habillée d’un jean bleu foncé et d’un tee-shirt blanc, elle se tenait devant la porte de la chambre de Scully. Elle prit une longue inspiration avant de frapper. Pourquoi Dana ne lui avait-elle donné aucune indication au téléphone s’il y avait urgence ? Elle avait semblé préoccupée ou impatiente de la voir... Monica revit un instant le regard de la rousse la veille lorsqu’elles s’étaient quittées. Et si… Non ! Elle passa une main dans ses cheveux qu’elle n’avait pas prit le temps de sécher et frappa enfin.

 - Haa, Monica… Entre, dit Scully en la laissant passer.


- Bonjour Dana. Oh, tu n’as pas l’air d’avoir très bien dormi toi… Remarqua Monica en se tournant vers sa collègue l’air concerné.

 C’était un euphémisme. Dana avait les yeux légèrement rougis de quelqu'un qui vient de passer une nuit blanche et l’absence de maquillage accentuait le dessin des cernes sous ses yeux. Cependant, autre chose intriguait Monica : le regard de Scully était étrangement fixe, un peu trop sérieux pour un début de journée, comme si la rousse l’implorait de comprendre quelque chose qu’elle ne pouvait pas lui dire. Et… Si Monica n’avait pas mieux connu l’agent du FBI, elle aurait presque pu jurer que Scully détaillait son visage comme si elle était… A deux doigts de l’embrasser… Dana ne venait-elle pas de fixer sa bouche ? Monica passa inconsciemment sa langue sur sa lèvre inférieur et se ressaisit : son inconscient devait être en train de lui jouer des tours.


Scully ne s’était pas attendue à ce que la présence de Reyes après les événements de la nuit lui face cet effet là, mais elle se retrouvait incapable de penser à autre chose qu’au temps qu’elles avaient perdu toutes les deux. Elle était soudain fascinée par la forme du visage de la brune qui la dépassait de quinze bons centimètres, par ses hautes pommettes, la légère mollesse indolente de sa lèvre inférieure. Son regard s’attarda sur une goutte d’eau qui, échappée d’une mèche brune, hésitait à descendre le long du cou de Monica et s’attardait paresseusement juste en dessous de son oreille.


Ce qu’on ne pouvait appeler que du désir se révélait d’autant plus puissamment que le sentiment n’était pas nouveau. Dana ne faisait que retrouver le chemin d’explorations et de constats qui avait déjà eu lieu. Elle n’avait jamais cessé d’être irrésistiblement attirée par la femme qui se tenait devant elle. Seulement, pour reconnaître à nouveau l’évidence cru, la réalité, de ce désir, il avait fallu qu’elle s’autorise à nouveau à croire que quelque chose peut-être était possible, qu’elle admette qu’elle voulait, qu’elle pouvait, aller au bout de ses sensations.

Cependant il fallait qu’elle réagisse rapidement. Elles n’avaient pas le temps. Mulder était dans la chambre au bout du couloir et il fallait qu’elle fasse quelque chose, qu’elle prévienne Monica. Comment faire comprendre à la brune que tout avait changé mais pas comme elle ne manquerait pas de le croire… ? Comment l’empêcher d’imaginer le pire ? Comment la protéger ? Scully baissa un instant les yeux cherchant ses mots.

 - Non, effectivement, je n’ai quasiment pas dormi… Monica écoute…

 Scully releva son regard et posa sa main sur le bras de Reyes : soudain elle s’aperçut qu’il était trop tard. Monica avait fait un pas en avant et tourné la tête vers la chambre puis elle s’était brusquement immobilisée. Scully regarda dans la même direction qu’elle : Mulder, qui s’était levé, venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte au bout du couloir.

 - Monica ? Tenta désespérément Scully.

 Monica sentit très nettement son corps qui se métamorphosait en pierre. Quelqu'un avait agrippé son cœur dans sa poitrine et serrait impitoyablement. Quelque part, très très loin, elle enregistra la main de Dana posée sur son bras mais ce n’était plus vraiment son corps dont il s’agissait. Quelque part, dans une autre dimension éloignée, Dana avait prononcé son prénom mais ce mot n’avait pas de sens. Monica avait de seconde en seconde de plus en plus de mal à trouver une signification à quoi que ce soit. Son corps se durcissait, un souffle froid l’envahissait. « Qu’est-ce qui m’arrive ? » Réussit-elle à se demander paniquée.

 - Agent Reyes. Prononça Mulder qui souriait en lui tendant la main

 Tel un automate, toujours entourée d’une sorte de brume glacée, Monica se vit, comme de l’extérieur, comme si sa volonté avait soudain déserté son organisme, tendre la main et parler.

 - Fox Mulder ! Excusez ma surprise, j’ai à chaque fois l’impression d’apercevoir un fantôme lorsque nous vous retrouvons…

 Elle s’entendit rire. Elle entendit que son rire sonnait lamentablement faux. Elle baissa la tête et enregistra que Scully, derrière elle, s’était reculée contre le chambranle de la porte qui séparait le couloir de la chambre. Elle dépassa lentement Mulder pour entrer dans la pièce. Le lit était défait, les deux paires d’oreillers écrasées. « Arrête Monica ! » Une voix tentait de l’obliger à reprendre le contrôle de ses sentiments et de son corps. Elle l’avait déjà fait, elle pouvait continuer. Mais pourquoi avait-elle autant peur ?

 - Monica, se décida à expliquer Scully, Mulder a retrouvé Shannon quand nous étions derrière New Millenium. C’est lui que Sara a aperçu hier soir…

Monica se tourna légèrement pour exclure le lit de son champ de vision et chercha à fixer son regard quelque part entre Scully et le coin gauche de la pièce. Derrière elle Mulder s’assit au bord du lit qu’elle entendit grincer. La rousse continua à parler soucieuse d’aider au plus vite Monica qui, elle le voyait bien, avait de plus en plus de mal à dissimuler ce qu’elle ressentait. « Non Monica, fais moi confiance » se répétait-elle intérieurement en guise de prière.

 - Shannon savait apparemment beaucoup plus de choses qu’elle n’a bien voulu nous le dire. Elle travaillait bien avec Mulder mais aussi avec un groupe de militaires qui…


- Scully ! Intervint Mulder comme pour la rappeler à l’ordre.


- Laisse moi parler, Mulder ! Shannon travaille avec l’armée de l’air ici à Las Vegas. Apparemment une fraction de l’armée qui tenterait de lutter contre les autres supers soldats, le conglomérat et les extra terrestres qui veulent nous envahir… Contre New Millennium aussi donc… Elle aurait enfin décidé de tout révéler à Mulder car l'armée…


- Scully ! Reprit Mulder qui s’était levé. Tu ne peux pas tout lui révéler Scully ! Réfléchis ! S’il te plait…


- Je révèle ce que je veux à qui je veux Mulder ! Je croyais avoir été claire. Monica a le droit de savoir !


- Pense à ce que tu es en train de faire Scully, pense aux enjeux… Je t’en prie, réfléchis…


- Tu n’as décidément rien compris Mulder. Tu veux finir comme eux ? C’est toi qui décides qui a accès à la vérité maintenant c’est ça ?


- Mais enfin Scully ! Se contenta de répondre Mulder en désespoir de cause. Je croyais que...

 - Tu croyais quoi ?

 - Scully... Se contenta de plaider Mulder en s'approchant de la petite rousse comme pour l'emmener à l'écart.

Scully ne bougea pas d'un millimètre. Mulder essaya alors d'attraper son bras mais elle lui résista. Il se résigna en soupirant.

 - Scully, ajouta-t-il presque autoritairement, nous ne pouvons pas.

 

La petite rousse l'examina, se demandant un instant si c'était de la frayeur qu'elle venait d'apercevoir dans ses yeux.

 Monica, elle, se sentait comme de plus en plus absente de la discussion. Elle fixait toujours le mur et tournait maintenant le dos aux deux autres personnes présentes dans la pièce, ses oreilles bourdonnaient. Elle ne voulait pas entendre, elle ne voulait pas voir. Tout recommençait, elle était encore de trop, elle dérangeait, elle n’avait pas sa place dans cette dispute. Elle n'avait rien à faire ici. Le ton désespéré de Mulder, la colère de Scully, tout cela ne la concernait pas. Elle ne voulait pas... Elle ne pouvait pas... Incapable de raisonner elle se revoyait un an auparavant, deux ans auparavant… Tout recommençait, encore une fois, et elle se savait incapable de reconnaître ou de lutter contre l’angoisse qui l’envahissait. Elle avait tant de fois fait taire son insécurité, elle avait tant de fois sacrifié ses besoins, elle avait tant de fois réussi à faire face mais d’un seul coup, elle se rendit compte qu’aujourd’hui, elle n’en avait plus la force. Cette fois, elle ne se sentait pas de taille à recommencer. Non... Pas encore une fois... Autant en finir tout de suite. « Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! ».

 - Je ne peux pas… Finit-elle par murmurer en fermant les yeux.

 Elle se retourna brusquement et croisa brièvement le regard de Scully de nouveau implorant. « Je ne peux pas Dana » répondit-elle en silence.

 - Arrêtez, peu importe ! Ecoutez… Dit-elle en tentant désespérément de garder le contrôle de sa voix. Je n’ai rien à voir avec cette discussion… Je m'en vais. Ce n’est pas grave, cela n’a aucune importance. De toute façon je viens de me réveiller, j’ai besoin de café. Je vais vous laisser. Peu importe… Laissez tomber. Pardon Dana, je… A plus tard !

 Monica qui avait parlé à toute vitesse, le regard fuyant, était déjà dans l’entrée. En trois enjambées elle se tenait devant la porte qu’elle ouvrit et referma derrière elle un peu plus violemment qu’elle n’en avait eu l’intention.


« Laisse tomber Monica, laisse tomber… Qu’est ce que tu croyais de toute façon, tu savais que ce jour arriverait, tu savais qu’il reviendrait. Tu n'as qu'à t'en prendre à toi-même. Calme toi, va prendre l’air, respire. Ca va passer. Tu peux y arriver. Bon sang mais quelle cloche ! Je savais, je savais… C’est ce qu’elle voulait, c’est moi qui l’ai aidé à venir jusqu’ici. Souviens toi Monica c'est ce que tu voulais pour elle. Pourquoi est ce que je réagis comme ça ? Pourquoi est-ce que je tombe toujours dans le même piège bon sang ? Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi est-ce que je me sens si seule d'un seul coup ? Pourquoi est-ce que j'ai aussi peur ? Je ne veux pas… Je ne veux pas… » Elle se dirigea vers les ascenseurs et appuya plusieurs fois sur tous les boutons d’appel.

 
Dans la chambre, Scully, qui avait observé, abasourdie, sans rien trouver à faire, la sortie de Monica, réagit enfin et se retourna brusquement vers Mulder.

 - Bravo !


- Quoi ?


- Tu ne comprends décidément rien Mulder, tu ne comprends jamais rien à rien !

 Scully sortit brusquement de la chambre et claqua la porte derrière elle.

 - Quoi ? Demanda à nouveau Mulder à la porte qui venait de se refermer bruyamment devant lui.

 
Scully se mit à courir dans le couloir de l’hôtel. Instinctivement elle savait que Monica n’était pas retournée dans sa chambre. Elle arriva devant les ascenseurs au moment où Monica entrait dans l’un d’entre eux sans se retourner.

 - Monica, cria-t-elle.

 La brune se retourna et s’appuya contre le mur du fond. Elle croisa les bras et leva lentement les yeux vers Scully qui s’était arrêtée devant la porte. Son regard semblait presque vide, quelque chose dans la froide impassibilité de Monica empêcha la petite rousse de la rejoindre dans l’ascenseur. Dana resta immobile, sous le choc.

 - Monica reste, ne pars pas, s’il te plait ! Murmura-t-elle.

 Monica la fixait toujours. Son regard sombre, éteind, ne semblait plus rien attendre, elle ne bougeait pas. Les portes commencèrent à se refermer.

 - Pardon Dana... Je ne peux pas. Excuse moi… Prononca lentement Monica.


- Monica…

 Les portes s’étaient refermées sur le regard désespéré de Dana et l’ascenseur démarra. Monica fixa la paroi en alluminium sur sa gauche quelques secondes puis, brusquement, tapa de toutes ses forces contre la cloison avec le revers de son poing. Un geste qu’elle regretta immédiatement en sentant un élancement aigue dans sa main qu’elle observait maintenant sans bien comprendre ce qui venait de se passer. Etrangement, la violente souffrance calma instantanément sa rage et elle se mit à rire nerveusement en frottant son extrémité douloureuse. Des larmes menacèrent de remplir ses yeux mais elle les essuya immédiatement d'un geste rapide. « Bon sang, je suis pathétique ! »

 Ce sentiment ne fit que s’accentuer lorsqu’elle se retrouva en tee-shirt au beau milieu de la rue la plus touristique de Las Vegas, sans portefeuille, sans clefs de voiture ni téléphone portable. Elle avait laissé sa veste dans sa chambre.

 

***

 

Dans les locaux quasiment déserts de l’équipe de nuit du laboratoire criminel, Sara analysait les empreintes récupérées sur la porte du hangar de New Millenium. Elle était en train de travailler sur une empreinte partielle qui se révéla ne pas être suffisante pour l’ordinateur.


Cependant un détail attira son attention, un début de cicatrice microscopique de forme arrondie lui rappela une autre empreinte partielle relevée à l’intérieur du même hangar qu’elle avait analysé plus tôt dans la matinée. Elle retrouva le fichier et, grâce à l’ordinateur, fit correspondre les deux cicatrices en superposant les deux empreintes. Elles appartenaient manifestement à la même personne dont elle avait désormais une empreinte quasiment complète. Elle demanda à l’ordinateur de la comparer à l’empreinte récupérée par Catherine, Dana et Shannon dans les fichiers fédéraux. La machine lui confirma rapidement qu’elle tenait son suspect.

Sara téléphona au commissariat, heureusement Brass était de service. Elle lui expliqua que son meurtrier était recherché dans plusieurs états et qu’elle avait retrouvé ses empreintes dans une cour « ouverte au public » à l’entrée d’un bâtiment qu’elle avait besoin de fouiller. Il accepta d’essayer de lui procurer un mandat de perquisition.

 Sara décida de s’accorder une pause. Elle commençait à ressentir la fatigue qui engourdissait les muscles de son cou et de ses épaules mais elle avait l’habitude de ne pas tenir compte de ce genre de détail. De plus, l’excitation qui ne l’avait pas quittée depuis le début de la matinée la maintenait éveillée sans qu’elle ait besoin de fournir le moindre effort.


L’avantage de la solution qu’elle avait choisi était qu’elle avait été capable de penser à autre chose qu’à Catherine. Elle avait avec succès réussi à se concentrer sur les empreintes qu’elle avait une à une minutieusement observées. Le travail était toujours sa planche de secours. Elle sentait qu’il était temps toutefois d’accorder un peu de liberté à ses pensées si elle voulait éviter de transformer sa nervosité en bombe à retardement.


Sara se dirigea vers la salle de repos où elle se servit une tasse de café avant de s’installer dans le canapé. Elle aimait se retrouver seule dans les labos, au calme dans cet univers étrange, entièrement dédié à la science. Elle ferma les yeux, se détendit et autorisa l’image d’une blonde aux yeux bleu clair à venir flotter dans son esprit.


Sara se rappela le léger embarras de Catherine quand elle avait pudiquement évoqué ses « années de galère ». La blonde avait cherché à dissimiler cette gêne derrière une pointe d’arrogance allant jusqu’à évoquer sa passagère dépendance à la cocaïne comme si elle avait voulu tester Sara. La brune n’y avait vu qu’un besoin d’être rassurée. Sans doute Catherine cherchait-elle à établir jusqu’où pourrait aller la compréhension de Sara.

Bien sûr, Sara n’avait jamais pensé à utiliser la moindre drogue illégale mais contrairement à ce que semblait parfois penser ses collègues, elle ne jugeait jamais. Elle se contentait juste d’admettre sa parfaite ignorance de ces pulsions de la nature humaine. Ce n’était pas du mépris, juste un manque d’expérience. Il y avait beaucoup de choses que Sara ne connaissait pas : la drogue, les boîtes de nuit, le sport, le cinéma même… La liste était longue. Elle avait passé sa jeunesse dans les bibliothèques d’Harvard, incapable d’aller voir se qui se passait dehors, refusant résolument de suivre la voie de ses parents hippis. La compréhension théorique lui avait jusque là toujours semblé préférable à l’expérimentation directe.


Elle savait bien que c’était un peu étrange mais peut-être que Catherine pourrait un jour lui montrer cette partie de l’univers qu’elle n’avait jamais osé approcher… L’histoire de Catherine l’avait toujours fascinée. Et lorsque Sara avait essayé de le lui faire comprendre, pour une fois, Catherine avait enfin accepté de voir qu’il ne s’agissait pas de la curiosité malsaine de quelqu'un qui, du haut de ses valeurs morales, jette un coup d’œil en bas. Non, Sara voulait juste savoir ce que cela pouvait être : la vie, pour quelqu'un qui en avait embrassé les tourments. Sa curiosité restait celle de l’innocence.

En s'arrêtant un instant de parler pour l'examiner, Catherine avait souris comme si elle venait de découvrir quelque chose qu’elle n’avait encore jamais aperçu derrière les iris noirs de Sara… Comme si elle venait de comprendre qu'elle s'était souvent trompée en interprétant les silences et les longs regards de sa collègue...

 

***

 

Sara avait dû s’assoupir quelques temps car elle eut bel et bien l’impression d’être réveillée par la sonnerie de son téléphone portable. Elle sursauta et arracha l’appareil suspendu à sa ceinture.

 - Sidle ?


- Sara c’est Monica, je suis désolée, je te réveille ?


- Non. Enfin si, mais ce n‘est pas grave, je crois que je me suis légèrement endormie sur le canapé du labo…


- C’est pas vrai ! Sara ! Tu as dormis là-bas ?


- Non, figure toi que non ! Pas tout à fait. Je suis juste revenue ici après un intéressant petit-déjeuner avec Catherine…


- Oh, oh, il faut que tu me racontes ça… Justement… Heu… Est-ce que tu ne voudrais pas… Venir prendre un café avec moi ?


- Maintenant ?


- Oui, je… Heu… Je… J’ai besoin de te parler Sara. Maintenant…

Le ton de Monica était soudain très sérieux, sa voix hésitante.

- Ça va Monica ?


- Pas vraiment… Je… Tu peux me rejoindre devant le Bellagio ?


- Oui, oui bien sûr mais…

- Je… Heu… Je n’ai pas d’argent sur moi… Je suis en train de dépenser la monnaie que j’avais pour t’appeler. Je t’expliquerais… Je reste sur le strip au croisement avec Flamingo road...


- D'accord Monica. A tout de suite.

 Perplexe, Sara raccrocha. Elle n’avait encore jamais entendu Monica avoir autant de mal à parler. Qu’est-ce qui lui était arrivé ?


Sara s’étira, un coup d’œil à la pendule lui indiqua qu’elle avait dormi une bonne demi-heure. Après être passée par son bureau pour attraper sa veste en jean noire, elle se dirigea vers les toilettes afin de se passer la tête sous l’eau puis s’orienta vers la sortie.

 

***

 

Une vingtaine de minutes plus tard, les deux femmes se trouvaient attablées à l'extérieur d’un café, le long d’un passage couvert qui ressemblait plus à un centre commercial rempli de touristes. Après trois ans à Las Vegas, Sara s'était habituée à la présence perpétuelle du monde, des néonts et du tintement des machines à sous. De jour, l'impression de vivre dans un univers totalement artificiel paraissait encore plus criante mais en ville, elle avait appris à faire abstraction du décors et des gens. Elles avaient choisi une table isolée près des plantes en pot qui délimitait le contour de la terrasse.

Monica avait pudiquement commencé à raconter brièvement ce qui s’était passé à l'hôtel. Il sembla à Sara qu’elle avait l’air légèrement désorientée, son regard restait étrangement flou, presque désespéré, comme à la recherche de quelque chose sur lequel se fixer qu’il ne trouvait pas.


Sara ne connaissait pas l’agent Mulder mais elle se dit que ce qu’il y avait entre lui et l’agent Scully devait être puissant pour que Monica réagisse aussi violemment. Une simple réapparition de cette homme après un an pouvait-elle réellement mettre à ce point en danger ce qu’il y avait désormais entre Dana et Monica ? Une réaction aussi excessive ne lui semblait pas ressembler à ce qu’elle connaissait de Reyes qui lui était apparue jusque là si calme, si sûre d’elle-même et de ce qu’elle voulait. Sara pensa, en écoutant parler Monica, que seule la réouverture d’anciennes blessures pouvait peut-être expliquer l’état dans lequel la brune se trouvait. Ce n’était pas seulement ce qui s’était passé une heures plus tôt qui importait, cette histoire avait dû commencer bien avant.


Le regard de l’enquêtrice tomba sur la main gauche de l’agent fédéral. Un bleu commençait à s’y dessiner et son auriculaire semblait avoir doublé de volume.

 - Qu’est ce qui est arrivé à ta main ?


- Je me suis vengée sur un ascenseur !

 

Monica sourit en regardant sa main et releva enfin les yeux. Sara pencha la tête.

- Oui. Je sais Sara. Ça ne me ressemble pas ! Je sais. Je ne me reconnais pas non plus. Ce matin, c’était comme si ce n’était plus moi dans cette chambre. Plus j'y pense et plus je me dis qu'il ne s'agissait pas seulement d'une bête crise de jalousie. Non, c’est autre chose. Cela ressemblait plus à… Une crise de panique. Je me suis sentie tellement seule d’un seul coup… Isolée du reste du monde et… J’ai paniqué… Je me suis retrouvée incapable de comprendre Sara, impossible d'entendre ce qu'on me disait ou de parler... Il fallait que je parte.


- Mais qu’est-ce que t’a dit Scully ? Demanda la criminologue qui ne pouvait pas croire que la rousse ait pu laisser Monica s'en aller comme ça.


- Je ne sais plus. Elle a essayé de me demander de rester je crois mais je ne voulais pas… Je ne veux pas être un poids pour elle, elle n’a plus besoin de moi. Il valait mieux que je disparaisse avant d’en avoir la preuve. Elle a Mulder maintenant. Je n’ai plus rien à faire là-bas. Je n’ai pas ma place entre eux. Oui, il valait mieux que je parte… Il me semblait que c'était la seule chose à faire. Je me suis retrouvée incapable de penser à autre chose.


- Mais enfin, qu’est-ce qui t'a fait croire ça, Monica ? Demanda soudain Sara en l’interrompant.

Elle avait décidément du mal à comprendre que tout cela ait pu se décider en si peu de temps et le ton de Monica commençait à sérieusement l’inquiéter. Sara essayait d'obtenir des éléments concrets mais l'agent fédéral encore sous le choc paraissait incapable de sortir de ce qui ressemblait à un monologue intérieur.

- C’est plus fort que moi. Comme un pressentiment. Ça me dépasse… Je suppose que je ne supporte vraiment pas l’idée de me sentir de trop. Pourtant ça fait longtemps que je sais à quoi m'en tenir ! La dynamique du triangle a toujours été claire : Mulder s'en va, je prends sa place, Mulder reviens, je disparais ! Je dois être totalement masochiste pour accepter de revivre cette scène encore et encore. Oui, j’ai réussi à revenir l’année dernière, pour elle, parce qu’elle en avait besoin mais je ne peux pas revivre ça… Non. Pas encore… Je ne peux pas… Peut-être aussi que cette fois je voudrais lui éviter d’avoir à m’expliquer qu'elle doit me laisser... S'en aller encore... Sans doute que je ne veux surtout pas vivre cette scène là... Alors... J'ai pris les devants. Qu'elle s'en aille ! Qu'elle s'en aille une bonne fois pour toute si de toute façon, c'est ce qui nous attendra toujours. Je n'ai jamais été que de passage dans sa vie : un accident. Oui, je n'ai jamais été qu'un accident...


- Monica, arrêtes, tu es visiblement sous le choc. Je sais que tu ne peux pas vraiment croire à ce que tu es en train de dire.

- Oh si je peux y croire...

 - D'accord, elle est déjà partie une fois mais tu oublie le plus important : elle est revenue, vers toi.

- En attendant de pouvoir repartir...

- Monica mais qu'est-ce qui t'arrive enfin ? Tu n'en sais rien. Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?

 Sara avait lâché se commentaire sans vraiment réfléchir, elle le regretta immédiatement en observant Monica se figer. Le regard de l’agent fédéral se fixa un long moment sur un point imaginaire à sa droite. Elle ferma les yeux et se pressa la base du nez entre le pouce et l’index.

 - Je veux dire, s'empressa d'ajouter Sara, pourquoi as-tu aussi peur de parler avec Dana ? Qu'est ce qui te dit qu'elle veut réellement s'en aller avec Mulder ? Rien ne...

- Je te l'ai dit Sara. La coupa Monica amer. Je ne suis qu'un accident. Les gens ne s'attachent pas à moi, je ne sais pas les retenir. J'ai beau essayé de donner, apparement cela ne suffit pas... Même la femme qui m'a mit au monde n'a pas voulu me garder alors... J'ai... été adoptée...


- Oh… Se contenta d’émettre Sara qui, sous le choc, ne voyait pas trop quoi ajouter désormais.

 Monica luttait définitivement contre des forces que Sara n'avait même pas pu imaginer. Elle n'était plus qu'un fétu de paille emporté par la bourrasque. Pourtant l'agent du FBI sembla faire un effort pour revenir à la réalité. Elle se redressa et regarda Sara.


- Pardon. Excuse-moi de lâcher ça comme ça. Seulement tu vois c'est difficile d’échapper à ce genre de vérité quand on est payé pour dresser des profils psychologiques… J'ai été abandonnée une fois, je suis sans doute destinée à répéter cette scène encore et encore... C'est tout.

 Sara se pencha et attrapa la main valide de Monica entre les siennes.

 - Tu n’es pas seule Monica, je suis là, avec toi, quoi qu’il arrive aujourd’hui. Mais… Tu te souviens de ce que tu m’as dit hier soir ?

 Monica fixa son regard trouble sur Sara qui continua, sans bien savoir si elle réussirait à convaincre la brune. Sara avait peur d’être maladroite mais elle devait à Monica d’au moins tenter de la rassurer. Monica l'avait aidée la veille, maintenant c'était à son tour.

 - Essaye de faire confiance à Dana même si pour l'instant tu n'en as peut-être pas envie. Tu n'es peut-être pas obligée de rester enfermée dans ton passé... Tu peux faire d'autre choix. Laisse lui au moins l’occasion de s’expliquer, de te montrer ce qu'elle ressent vraiment pour toi. Elle t’a demandé de rester, a essayé de te parler Monica. Elle a beaucoup de raisons de ne pas te laisser tomber comme ça. Laisse lui une chance…

 Monica prit un certain temps pour laisser les mots de Sara pénétrer dans son cerveau. Malgré son angoisse elle avait tellement envie de les croire… Le regard, la présence de Sara étaient réconfortants, la chaleur de ses mains aussi. Elle essaya de se concentrer sur cette sensation : quelqu'un lui tenait la main... Elle soupira. Il fallait qu'elle essaye, encore une fois, de continuer.

- Parlons d’autre chose Sara. Raconte moi ton petit-déjeuner avec Catherine. Est-ce que c'est elle qui t'a invitée ? Y-a-t-il eu projection de nourriture ? Une grande scène d'engueulade dans un lieu publique? Je veux tout savoir !

 Un large sourire éclaira instantanément le visage de la scientifique.




***

 

- Mais enfin Scully, parle moi !

 La petite rousse tournait obstinément le dos à Mulder et faisait semblant d’avoir besoin de ranger ses affaires. En réalité, elle avait surtout besoin de se calmer, de se concentrer sur quelque chose. Après avoir, sans succès, tenté de retrouver Monica dans l’immense réception de l’hôtel, elle avait fini par remonter dans sa chambre. Elle avait fait comprendre à son ancien partenaire qui évitait soigneusement son regard qu’elle ne souhaitait pas parler mais rien de tout cela ne semblait marcher, elle était toujours aussi énervée.

 Enfin, alors qu'elle avait fini de ranger les papiers qui traînaient sur le bureau, elle émit un bruyant soupir et se décida à faire un effort pour s'expliquer. Elle se retourna et tenta de garder le contrôle de ses émotions. Mulder qui était assis sur le lit et regardait pas la fenêtre, leva la tête vers elle.

 - Ce qui est arrivé avec Monica, c’est exactement ce que je voulais éviter Mulder !


- Mais enfin tu ne pouvais pas lui dire toute la vérité Scully, tu ne te rends pas compte !


- Si, je me rends compte. Pour qui me prends-tu ? Ce que je sais, elle le sait, c’est comme ça !


- D’accord, tu lui fais confiance et je ne la connais quasiment pas, mais tu imagines les dangers que tu lui ferais courir si tu lui disais tout ? Nous sommes en guerre, il s'agit de l'armée...


- Les mêmes dangers que moi je suppose… Les mêmes que ceux que tu n’as pas hésité à me faire courir… Ce n’est pas ça le plus important.


- Mais… Et c’est quoi le plus important ? Demanda Mulder légèrement perdu.


- Essaye de comprendre bon sang ! Fais un effort ! Le plus important, c’est qu’elle me fasse confiance et qu’elle comprenne que je lui fais confiance. Le plus important, c’est qu’elle sache que je veux rester avec elle, que… Que… Que je tiens à elle. C’est elle que je ne veux pas abandonner, Mulder… Tu peux concevoir ça ? Et il a fallu que tu t’en mêles !

- Mais…

 Le grand brun semblait de plus en plus désorienté, il resta silencieux et jeta un coup d'oeil à sa montre. Scully soupira à nouveau. Mulder ne semblait pas être capable d’enregistrer ce qu’elle essayait de lui dire. Elle n’arrivait pas à être plus claire et d’ailleurs elle ne savait pas si elle avait vraiement envie d’être plus explicite avec lui.


- Et tout ça, continua-t-elle, parce que Shannon, à qui je n’ai jamais fait confiance, est venue te raconter une toute nouvelle théorie et que tu as choisis de foncer la tête la première en m'entrainant avec toi mais… Tu as des preuves Mulder ? Parce que ton histoire est bien jolie mais moi je ne vois aucune raison d’y croire ! Et... Mulder. De quels sortes de danger est-ce que tu parles exactement ?

 Une vague angoisse commençait à s'emparer de Scully.


- Ça ne valait pas le coup d’essayer d’en savoir plus ?


- Non Mulder, non ça ne valait pas le coup. Pas si Monica doit en souffrir. Je… Je croyais que tu avais compris… Réponds à ma question. Quels dangers ?

 - Je... Je t'ai expliqué à quel point le secret était nécessaire... Commença Mulder en jettant à nouveau un coup d'oeil à sa montre.

 - Quel heure est-il Mulder ? Demanda Scully, glaciale.

 Soudain, on frappa à la porte. Scully se précipita espérant que Monica avait enfin décidé de revenir. Cependant, une autre brune qui l’attendait dans le couloir : Shannon Mac Mahon, qui entra en la bousculant presque.

 - Tout est prêt, Fox. Bonjour, agent Scully. Suivez-moi maintenant…


- Heu… Shannon, dit Mulder en levant sa main droite. Attends. Il y a un problème…


- Quoi ? Le coupa Shannon en fronçant les sourcils. Nous n’avons pas le temps ! Il ne leur faudra pas plus de dix minutes pour remettre en route la surveillance video.

  La brune au regard bleu acier dépassa Mulder et inspecta rapidement la chambre avant de se retourner vers Mulder et Scully, tous les deux dans le couloir.

- Scully ne viendra pas avec nous… Essaya d’expliquer Mulder.


- Tu l’as mise au courant ? Demanda Shannon, l’air soucieux.


- Oui, répondit Mulder en regardant ses chaussures. Mais… Laisse-la en dehors de tout ça, Shannon… S’il te plait. Tu sais bien qu'elle est du même coté que nous...

 

Shannon avait d’un seul coup l’air extrêmement tendu. Son regard tomba sur le revolver de Scully dans son étui sur une console just à coté d'elle. Elle l’attrapa et l’examina. Scully fit un pas vers elle.

 - A votre place je ne ferai pas ça, agent Scully ! Restez où vous êtes, s'il vous plait. Pourquoi est-ce que vous ne voulez pas partir ?


- Je ne veux plus rien avoir affaire avec ces histoires de conspiration, Shannon. Je ne veux pas d’une nouvelle vie. Je me suis déjà expliquée avec Mulder. Laissez-moi partir ! Je ne dirai rien, vous le savez.

 Le visage de Shannon restait impassible. Elle se débarrassa du revolver de Scully en le jetant derrière elle sur le lit et se tourna vers la petite rousse qu’elle dépassait d’une bonne tête. Il était assez évident qu’elle pensait que l’intimidation serait suffisante pour lui faire entendre raison.

 - Ce n’est pas possible, pour le moment vous venez avec nous, désolée. Mulder vous en a apparement trop dit, il savait ce que cela impliquait.


- Non, je ne viendrai pas, protesta Scully en croisant les bras devant sa poitrine.


- Shannon… Tenta à nouveau Mulder en s'approchant du super soldat.

 En une fraction de seconde, Shannon avait glissé ses deux mains sous sa veste kaki et était maintenant armée de deux Smith et Wesson automatiques.

 - Je suis désolée mais je n'ai vraiment pas le temps de discuter, cela ne peut pas se passer comme ça. J’avais anticipé ce genre de mésaventure mais j’ai reçu l'ordre de vous ramener tous les deux à la base quoi qu'il arrive. Il est trop tard. Mulder tu sais très bien que je ne peux laisser aucun témoin derrière nous. Vous discuterez de votre avenir avec mes supérieurs. Est-ce que quelqu'un d’autre est au courant ? Où est l'agent Reyes ?

Shannon planta tour à tour son regard sur Scully puis Mulder. Scully ne put s’empêcher de jeter un rapide coup d’œil à Mulder qui ne la regarda pas.

 - L’agent Reyes doit encore être en train de dormir… Répondit Mulder calmement. Scully et moi avions… Des choses à nous dire… Avant de la réveiller… Je n'ai jamais eu l'intention de lui révéler quoi que ce soit Shannon.

 - Est-ce qu'elle sait que tu es là ?

 - Non.

- Bien. Agent Scully vous aller rapidement écrire un mot à l’agent Reyes lui expliquant que vous êtes partie avec Mulder et puis vous allez me suivre tous les deux, sans faire d’histoire s’il vous plait. Je n’aimerais pas avoir à utiliser d'autres moyens de conviction...

 Shannon fixa Scully, attendant que la rousse fasse son choix.

 

 

 E P I S O D E : 9

 

Monica et Sara arrivèrent dans le parking des locaux de la police scientifique en début d’après-midi. Leur conversation s’était finalement prolongée et elles avaient fini par commander à déjeuner. Sara avait commencé à parler de Catherine et d’un seul coup, il lui avait semblé que le sujet était inépuisable. Elle s’était plusieurs fois sentie coupable de monopoliser la conversation mais Monica l’avait à chaque fois assurée que cela ne la dérangeait pas, bien au contraire. Au moins, cela lui évitait de penser à ce que Scully pouvait être en train de faire.

En fait, son humeur s’était même améliorée en écoutant Sara. Son cerveau se trouvait sans doute trop content de pouvoir oublier les évènements désagréables de la matinée : les cerveaux sont comme ça. Monica était ce genre de personne qui saute sur la moindre occasion de faire comme si tout allait bien, non pas parce qu’elle voulait se montrer forte, plutôt par pudeur.

Sara qui avait choisi de jouer le jeu avait l’air d’un enfant le lendemain de Noël. C’était plutôt amusant à observer et Monica n’avait pu empêcher un sourire de réapparaître sur son visage. Quelque part elle se sentait également fière de savoir que, peut-être, elle avait un peu aidé les deux criminologues. Monica était même allée jusqu’à éclater de rire quand Sara lui avait avoué en triturant nerveusement une mèche de ses cheveux qu’elle ne savait pas quoi faire maintenant. Une heure plus tard, alors qu’elle observait justement la grande brune qui sortait de sa voiture et adoptait un air soucieux en jetant un œil au bâtiment qui abritait ses labos, Monica sourit à nouveau en repensant à leur dialogue.


- Rassure moi Sara… Tu as déjà couché avec une fille, n’est-ce pas ?

- Oui mais…

- Cela fait combien de temps ?

- Hum… Quatre… Non, cinq ans… mais ce n’est pas ça le problème…

- Bien sûr que non ! Ce n’est pas une question de technique, le problème c’est que tu dois être une romantique pure souche, non ? Laisse moi deviner… Ta dernière aventure : vous vous êtes rencontrée à l’université, à la bibliothèque peut-être, ou un soir tard à la cafétéria. Vous avez parlé pendant des mois timidement et le jour où… Les choses sont devenues sérieuses, vous vous êtes presque immédiatement promis que vous passeriez votre vie ensemble… Cela a duré jusqu’au jour où elle t’a brisée le cœur…

- Monica tu commences à me faire peur…

- J’ai juste de l’intuition… Bon. Ok… Peut-être que ça ne va pas pouvoir se passer exactement de la même façon avec Catherine…

- Je ne suis pas complètement stupide non plus !

- Non… Mais…

- Monica !

- Je plaisante… Tu sais quoi ? Je crois que tu devrais laisser parler ton instinct. Après cinq ans... Et trois ans à travailler à côté d’elle… Tu dois bien avoir une petite idée de… Ce que ton instinct te demande de faire, non ?

Monica avait observé Sara rougir violemment.

- Je vois… Ajouta-t-elle. Ce n’est pas tant que ça le romantisme qui est un problème désormais, hein ?

- Non… Avait répondit Sara dont la voix grave avait baissé de plusieurs tons.

Visiblement Sara savait exactement ce qu’elle avait envie de faire, peut-être juste un peu trop précisément… Monica n’avait pu s’empêcher de rire. Sara avait fait semblant de prendre un air choqué.

- Ce n’est pas drôle, Monica… Ok, si, c’est drôle… Mais arrête de rire !

- Excuse moi… Mais toi, arrêtes un peu de te poser des questions, Sara. Je ne crois vraiment pas que Catherine soit du genre à s’effrayer facilement…

 Sara avait paru considérer la question un certain temps.

 

***

  

Alors que Sara et Monica avaient quitté le parking et se dirigeaient maintenant vers l’entrée du bâtiment sous une chaleur devenue étouffante, elles aperçurent justement Catherine. La blonde arrivait en face d’elles à une cinquantaine de mètres. Elle était vêtue d'un pantalon noir moulant à la taille et d'un débardeur bleu pâle moulant lui aussi qui laissait voir ses épaules ainsi qu’une partie de son ventre. Elle portait des lunettes de soleil mais regardait apparemment dans leur direction. Catherine se dirigea vers elles d’un pas assuré et remit en place une mèche blonde d’un geste précis et élégant.

- Est-ce que cela répond à tes interrogations ? Murmura Monica.

Sara ferma la bouche, avala sa salive et se força à prendre une inspiration.

- Oh mon dieu… Bredouilla-t-elle.

Monica éclata de rire.

  - Courage… Murmura-t-elle en passant sa main dans le dos de Sara.

 Elle s’avança vers Catherine.

 - Bonjour Catherine, comment allez-vous ?

- Bonjour. L’agent Scully n’est pas avec vous ?

 Sara, légèrement confuse, avait senti le regard de Catherine glisser sur elle avant de se fixer sur Monica.

 - Heu… Non, répondit Monica déstabilisée par le ton abrupt de Catherine.

- Catherine, Scully est… Commença Sara embarrassée qui comprit brusquement qu’il aurait peut-être mieux valu que la blonde ne l’aperçoive pas arrivant au labo accompagnée de Monica.

- Bonjour Mesdames !

Catherine sembla enregistrer le teint écarlate de Sara mais elle se tourna vers celui qui venait de les interrompre.

 - Bonjour Gil ! Tu viens également faire des heures supplémentaires ? Demanda Catherine, d’un seul coup tout sourire.

- Je suis attendu au palais de justice cet après-midi, je passais juste chercher mes dossiers. Votre affaire avance ? L’agent Scully n’est pas avec vous ?

- C’est exactement ce que je venais de demander… Répondit Catherine en se tournant de nouveau vers Sara.

- Elle va probablement arriver, il n’est que deux heures de l’après-midi ! Répondit brusquement la grande brune qui se tourna vers la porte d’entrée et s’éloigna.

 Les trois autres la suivirent du regard, se regardèrent, puis se décidèrent à l’accompagner. Monica se demanda à quoi jouait Catherine. Avait-elle raté un épisode ? Paraissant délibérément ignorer le comportement de Sara, la blonde commença à mettre rapidement Grissom au courant des derniers rebondissements de leur enquête. Elle ne mentionna néanmoins pas l’escapade de sa collègue la veille dans le parking de New Millenium.

Sara, elle, était plus que légèrement confuse. « Bon sang je ne suis pas équipée pour ça ! Est-ce que ça ne va jamais s’arrêter ? Je croyais que… Est-ce que Catherine est réellement toujours comme ça ? Est-ce que je veux d’une petite amie jalouse ? Qu’elle aille au diable ! Mon dieu son tee-shirt… Du calme Sara, du calme… » Elle l’entendait derrière elle qui parlait à Grissom comme si de rien n’était. Elle n’avait pas du tout envie de parler à Grissom, elle. Soudain, Sara entendit distinctement Catherine déclarer :

 - Je vous laisse, je dois passer par les vestiaires.

Monica allongea le pas et se retrouva juste à côté de Sara perdue dans ses pensées qui sentit soudain très nettement un coup de coude percuter ses côtes. Elle regarda l’agent du FBI comme si elle ne comprenait absolument pas ce qui avait bien pu motiver un tel geste.

Monica soupira, mimant l’exaspération, et indiqua très nettement la direction qu’avait emprunté Catherine d’un regard suivis d’un mouvement de la tête. Elle n’avait pas raté, elle, le regard de Catherine qui avait fixé le dos de Sara. Puis, laissant la brune à ses délibérations, Monica se retourna et s’adressa à Grissom.

 - J’ai entendu dire que vous étiez un spécialiste des insectes ?

- Oui, c’est exact. Le sujet vous intéresse ?

 Sara hésita, et hésita encore, mais elle n’avait certainement pas envie de parler d’insectes. Elle préférait encore affronter Catherine. De toute façon, elle n’avait pas le choix si elle voulait éviter les sarcasmes de Monica qui ne tarderaient pas à venir si elle se contentait d’aller se réfugier dans un labo. Elle se dirigea vers les vestiaires.

 - Je dois également passer prendre quelque chose dans mon casier, je vous rejoins, lança-t-elle en rassemblant son courage.

 

***

 

Au bout de la petite salle sombre toute en longueur, Catherine semblait attendre, le dos appuyé contre la rangée de casier en fer. Sara ignora d’abord ce détail. La blonde avait coincé ses lunettes noires dans ses cheveux et se tenait immobile, les bras croisés. Apparemment impassible, elle fixait Sara qui ne put s’empêcher de laisser sortir les mots de sa bouche en cascade alors qu’elle avançait vers elle.

 - Scully est avec Mulder. Il est revenu cette nuit. Monica l’a appris ce matin, elle ne le prend pas très bien. Elles et Dana… Elles se sont disputées apparemment et… Enfin… C’est compliqué mais Monica m’a demandé d’aller prendre un café avec elle… Et je ne pouvais pas la laisser. Elle avait même oublié son portefeuille dans sa chambre. Enfin… Elle avait besoin de parler… Et…

 Soudain, Sara se rendit compte que Catherine, silencieuse, souriait en penchant la tête. Elle n’avait plus vraiment l’air en colère. Elle avait plutôt l’air… De se moquer d’elle… Ou bien… Sara s’immobilisa au milieu de la pièce, la bouche à moitié ouverte et fixa Catherine.

 - Tsss ! Se contenta de commenter la blonde en secouant la tête.

- Pardon ? Demanda Sara ahurie.

- Je t’ai eue ! Ajouta Catherine en riant.

- Je te prie de m’excuser ???

- Tu as vraiment cru que je te faisais une crise de jalousie ?

- Ça… Ça y ressemblait beaucoup… Dit Sara légèrement vexée en s’avançant d’un pas.

 Elle n’était plus qu’à un mètre de Catherine qui ne bougea pas mais dont la respiration s’accéléra légèrement.

 - J’ai juste eu brusquement envie de me retrouver seule avec toi avant de commencer à travailler et… Je voulais voir si tu allais tomber dans le panneau… Lui apprit la blonde qui tentait de conserver un air décontracté.

- Haa… Se contenta d’abord de répondre Sara qui n’avait plus l’intention de se laisser faire.

 Elle s’avança encore, jusqu’à n’être plus qu’à quelques centimètres de Catherine, et posa, d’un geste assuré, sa main sur le casier, juste au dessus de l’épaule gauche de la blonde. « Ha oui ! » pensa-t-elle « Tu voulais voir… ». « Suis ton instinct » Clamait la voix de Monica devenue pour un temps l’Obi-Wan Kenobi de sa vie amoureuse dans un recoin de son cerveau. Elle plongea son regard dans celui de sa partenaire qu’elle dépassait d’une dizaine de centimètre.

 - Je vois, continua Sara en murmurant, tu voulais jouer avec moi en somme…

- Jouer ? Fit semblant de se demander Catherine en tentant de reprendre son souffle. Peut-être oui…

 La voix de Catherine qui avait baissé de plusieurs tons ne semblait plus aussi assurée. Son regard, maintenant d’un bleu plus sombre, dévia vers la bouche de Sara. La brune, qui avait suivis ce regard, se pencha lentement et posa sa bouche sur celle de sa collègue. Commença à attraper sa lèvre supérieure avec les siennes. Laissa sa langue continuer son exploration.

Rapidement, le cours des événements s’accéléra et, quelques minutes plus tard, alors que Sara collée à elle la plaquait contre les casiers, Catherine ne savait plus bien comment elle réussissait encore à tenir debout. Peut-être grâce aux mains de la brune contre sa peau nue qui la tenaient fermement par la taille. Elle ne savait plus bien car leur baiser avait capturé toute son attention.

 Puis, alors que les doigts de Catherine étaient venus se perdre dans les cheveux de Sara, elle sentit la bouche de cette dernière qui descendait le long de son cou : Catherine laissa échapper un très léger gémissement. Essayant de retrouver sa respiration, Sara posa son front sur son épaule et s’immobilisa. Catherine pouvait sentir son souffle chaud en dessous de sa clavicule. Elle descendit lentement ses mains, caressant le dos de Sara, les passa sous la veste en jean de la grande brune et la prit dans ses bras.

 « Wow, je viens d’embrasser une fille dans les vestiaires ! Notre premier baiser… J’ai l’impression d’être à nouveau au lycée … Je suis nerveuse comme une adolescente ! » Se dit Catherine en ouvrant les yeux.

 « Je n’arrive plus à respirer, je voudrais rester là… La chaleur de son cou… L’odeur de sa peau… Je crois que mon cœur bat trop vite… Est-ce qu’on peut mourir d’une crise cardiaque en échangeant un premier baiser ? » Se demandait Sara qui avait du mal à reprendre ses esprits.

- Sara ?

 Pas de réponse. La brune se contenta d’attraper délicatement un bout de peau entre ses lèvres. Ses mains remontèrent lentement le long des côtes de Catherine qui prit une brusque inspiration mais tenta néanmoins de garder le contrôle de son corps.

 - Sara ? Murmura-t-elle à nouveau

- Hum ?

- Il faut… On ne…

- Je sais… Se résigna la brune en relevant la tête.

Sara captura à nouveau les lèvres de sa partenaire entre les siennes puis s’arrêta brusquement et s’apprêta à se retourner pour partir. Catherine l’en empêcha en saisissant son menton du bout des doigts avant qu’elle ait le temps s’éloigner. Elle l’embrassa à nouveau forçant sa langue contre la sienne puis passa sensuellement son pouce sur les lèvres de la brune et lui sourit, s’assurant ainsi du regard que Sara avait bien compris qu’elle aurait préféré continuer. Sara répondit à son sourire et la fixa encore un instant. Non, ce n’était peut-être pas la peine d’avoir peur.

 Enfin, elles se dirigèrent vers la porte de sortie des vestiaires.

 

***

 

Dans les couloirs qui les conduisaient à la salle de repos, elles n’échangèrent pas un mot de plus. Sara qui avait de plus longues jambes ouvrait la marche. Elle n’était pas certaine de pouvoir risquer de croiser le regard de Catherine. Elle essaya de contrôler sa respiration et d’effacer le sourire qui illuminait son visage : ses efforts restèrent sans résultat.

Cependant, à travers une vitre, elle finit par apercevoir Monica. L’agent du FBI assise sur un canapé se tenait penchée, les coudes sur les genoux, le visage caché dans ses mains. Sara s’immobilisa et se tourna à moitié vers Catherine.

 - Monica et Scully… Commença-t-elle.

- Je crois que j’ai compris… Répondit Catherine. Mulder est revenu…

- Elle ne le prend vraiment pas bien…

- Bien, j’éviterai d’aborder le sujet, compris… 

Sara jeta un bref regard à Catherine et détourna rapidement les yeux pour chasser les images qui lui venaient à l’esprit. Toute trace de pensée cohérente avait disparu dans son intellect. La journée allait être longue… Elle du pourtant opérer un violent effort pour récupérer ses fonctions cognitives quand Grissom apparu soudain sortant d’un laboratoire sur leur droite.

- Oh, j’ai du laisser Monica seule, expliqua-t-il-il sans paraître noter qu’aucune des deux femmes qui lui faisaient face n’osait le regarder dans les yeux. Vous ne reveniez pas et… Je suis attendu au tribunal.

- Bien… Essaya Catherine.

- D’accord… Tenta Sara.

- Tout va bien ? Demanda Grissom

- Oui, oui, répondit hâtivement Catherine, bonne chance pour cette après-midi Gil !

Malgré l’air vaguement suspicieux de leur superviseur, les deux femmes le dépassèrent sans attendre. Et soupirèrent au même moment lorsqu’elle se furent suffisamment éloignées pour qu’il ne puisse plus les entendre. Elle se regardèrent alors et échangèrent un sourire avant d’entrer dans la salle de repos.

Les entendant arriver, Monica releva la tête. Son regard resta trouble un instant, comme si elle ne savait pas bien où elle se trouvait. Puis elle les examina et sourit.

- Vous avez fini de vous recoiffer ? Lança-elle légèrement sarcastique.

Sara partit sur sa gauche et Catherine obliqua sur la droite. Elles s’éloignèrent brusquement l’une de l’autre comme les deux pôles identiques de deux aimants. Inconsciemment, elles se passèrent en même temps une main dans les cheveux. Sara qui se rendit compte qu’elle se trouvait plus que légèrement décoiffée, tenta de lancer un regard noir à Monica mais échoua lamentablement : son sourire béat rendait l’opération difficile. Le coin de la bouche de Monica se releva et elle lui fit un clin d’œil.

- Café ? Demanda Catherine à la cantonade…

 

***

  

De l’autre côté de la ville, à la frontière nord de Las Vegas, au sein de la base militaire de Nellis, Mulder et Scully attendaient depuis un certain temps déjà dans une salle où Shannon les avait accompagnés puis abandonnés. Elle leur avait juste déclaré qu’elle allait informer ses supérieurs de leur présence et n’avait plus donné de nouvelles.

La pièce rectangulaire d’environ cinq mètres sur six ne ressemblait pas vraiment à une cellule mais le mobilier y demeurait tout de même spartiate : trois chaises dont l’assise et le dossier en simili cuir évoquaient les années soixante-dix, sans accoudoirs, alignés contre un mur, deux autres, similaires, de l’autre côté d’une table basse en aluminium recouverte d’un plateau en verre, une console en sapin apparemment vide et un portemanteau. Quelqu'un avait accomplit un vague effort pour faire ressembler cette pièce sans fenêtres à une salle d’attente de médecin mais avait dû s’arrêter en route, pas de journaux, pas de plante verte en plastique... Seuls deux posters encourageants les jeunes à rejoindre l’armée de l’air « maintenant ! » décoraient les murs vert pâle.

Fatigué de tourner en rond, Mulder avait fini par s’asseoir en face de Scully de l’autre coté de la table basse. La rousse, imperturbable, les bras croisé, le regard fixé du côté du portemanteau ne semblait pas se rendre compte que cela faisait plus d’une heure qu’on les laissait mariner dans cette espèce de purgatoire. Plusieurs fois déjà, Mulder avait failli interrompre ses réflexions puis s’était ravisé préférant effectuer un énième tour de la pièce avant de venir se rasseoir. Elle l’ignorait délibérément.

Finalement, il finit pas ne plus pouvoir contenir son besoin de communiquer et prit la parole, bravant le champ de force que la mauvaise humeur de sa partenaire semblait élever autour d’elle.

- Scully… A propos de Monica..., commença-t-il d’une voix hésitante.

- Laisse tomber Mulder ! Le coupa immédiatement Scully qui avait dû pressentir qu’il allait rompre le silence.

- Je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi… Continua pourtant Mulder décidé à ne pas se laisser intimider.

- Ça ne m’étonne pas ! Remarqua Scully, cassante.

- Scully…

- Laisse moi tranquille !

- Scully !!! Éclata Mulder en haussant la voix. C’est moi bon sang ! Mulder…

 Le grand brun se pencha en avant et la fixa en attendant qu’elle réponde à son regard. Elle finit par céder et se plongea enfin dans le bleu des yeux de Mulder, cherchant un instant la personne qui se trouvait derrière ces iris. Elle reconnut finalement l’homme qu’elle avait aimé, à qui elle avait fait entièrement confiance pendant tant d’années. Son partenaire, son confident, son ami, et plus seulement cet obstacle anonyme qui venait de faire irruption dans sa vie. Mulder paraissait sincèrement blessé. Qu’était-elle en train de d’accomplir ? Il n’était pas son ennemi. Elle secoua la tête et il lui sembla qu’elle se réveillait soudain d’un étrange cauchemar.

 - Excuse moi… Se contenta-t-elle de murmurer en le regardant à nouveau dans les yeux.

- Vous êtes… ? Demanda-t-il timidement.

- Non.

- Mais tu es… ?

- Amoureuse ? Je crois… Oui... Admit Scully après une courte pause.

Mulder se recula dans sa chaise. Il lui fallut tout de même fournir un certain effort pour enregistrer l’information. Il tenta cependant de ne pas le montrer. Il observa Scully qui semblait maintenant attendre une réaction de sa part. Inconsciemment, un sourire se dessina peu à peu sur le visage enfantin du grand brun.

 - Qu’est-ce que veut dire ce sourire ? Demanda Scully suspicieuse.

- Je suis content.

- Ha ??? Vraiment ?

- J’ai cru, je ne sais pas… Que tu voulais tout nier, tout oublier, moi y compris, mais pour de mauvaises raisons. Je ne voyais pas ce que tu entendais exactement par « nouvelle vie », « écouter tes désirs ». Je n’y croyais pas… Je pensais juste que tu fuyais, que tu voulais te cacher la tête dans le sable, alors je voulais t’aider à retrouver… La foi… Parce que, c’est toujours ainsi que les choses se sont passées : quand l’un d’entre nous baisse les bras, n’y voit plus clair, l’autre l’aide à repartir. Mais ce n’est plus du tout de ça dont il est question, n’est-ce pas ? Tu poursuis une tout autre… Quête… Désormais et je n’ai absolument rien à voir là dedans…

- Non, plus maintenant… Plus vraiment… Mais… Monica ne l’a pas encore compris… Je ne lui ai pas dis. Avant-hier les choses n’étaient pas si claires. Il fallait que je te parle d’abord peut-être… Et après ce matin... Je ne m’attendais pas à ce que les choses se passent comme ça…

- Je suis désolé… Dit Mulder en se penchant à nouveau en avant, les coudes posés sur les genoux.

- Ce n’est pas de ta faute, Mulder. Non, ce n’est vraiment pas de ta faute… Bon sang ! Si seulement j’avais été moins aveugle ! Il m’a fallu tellement de temps pour comprendre, c’est à peine croyable. Je… J’ai besoin d’elle, Mulder… Je n’arrive pas à oublier son regard ce matin. Je n’arrête pas de me demander ce que j’aurais dû faire…

- Je ne les laisserai pas faire, Scully… Fais moi confiance, tu la reverras, tu lui expliqueras. Je te dois au moins ça…

  

Mulder se leva et vint s’asseoir à côté de Scully. Il lui prit la main et posa son épaule contre la sienne, elle le remercia silencieusement d’un sourire timide. Le regard complice qu’ils échangèrent commença à la rassurer. Non, elle ne s’était pas trompée : il était, il avait toujours été son ami.

 

***

 

Seule dans une autre pièce du même bâtiment que n’éclairait que la lumière bleuâtre d’un écran de contrôle, Shannon MacMahon avait suivi toute la scène grâce à la caméra dissimulée dans le portemanteau. Les micros logés dans les pieds de la table basse lui avaient également permis de suivre le dialogue des deux anciens partenaires.

Cependant, son visage impassible ne laissait transparaître aucune émotion.

 

***

  

Dans les labos du CSI, Sara, avertie par Brass de l’émission de son mandat de perquisition un quart d’heure auparavant, l’avait informé qu’elle désirait attendre un peu avant de se rendre là-bas et qu’elle le recontacterait plus tard. Puis elle avait de nouveau prétendu s’absorbée dans la relecture d’un rapport concernant une ancienne affaire. Évidemment, cela faisait cependant déjà plus de vingt minutes qu’elle ne faisait que relire encore et encore le même paragraphe.

« … Ce qui semble indiquer que les trois coups de couteau ont été infligés post-mortem… » La sensation distincte que les mains de Catherine se promenaient encore dans ses cheveux l’envahit… Sara ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, Catherine était en train de tourner une page du quotidien qu’elle lisait. La blonde leva un instant les yeux, croisa le regard de Sara et lui sourit. Sara répondit à son sourire et se replongea dans son rapport. « …trois coups de couteau ont été infligés post-mortem… »

Monica, qui elle n’avait pas essayé de prétendre faire quelque chose et s’était jusque là contenter de fixer le vide, se leva pour se resservir du café. Sara se rendit compte qu’elle était de nouveau en train de rêver. « Ça suffit ! » pensa-t-elle.

 - Peut-être faudrait-il penser à appeler Dana maintenant ? Lança Sara, osant enfin briser le statu quo qui avait voulu, jusqu’à là, qu’on évite le plus longtemps possible de parler de l’agent du FBI.

 Monica se retourna et Catherine leva les yeux de son journal.

 - Peut-être oui, répondit Catherine en repliant soigneusement le quotidien.

- Oui… Mais… Hésita Monica

- Ne t’inquiète pas. Je m’en charge, la coupa Sara.

 Sara attrapa son portable et appela. Elle finit par tomber sur la messagerie de la rousse. Elle réessaya et parvint au même résultat. Elle laissa un message et réfléchit un instant.

 - Donne moi ton téléphone, Monica. Elle n’a peut-être pas entré mon numéro dans son répertoire et…

- Je ne l’ai pas, tu te souviens…

- Ha oui… Mais alors… Tu ne sais même pas si elle a essayé de te joindre !

-Non, admit Monica en baissant la tête.

- Appelle l’hôtel Sara, proposa Catherine jugeant que ce n’était pas le moment de faire la leçon à Monica.

- Chambre 1240, précisa l’agent du FBI. Je suis dans la 1256, elle m’a peut-être laissé un message…

 Sara s’exécuta, son répertoire contenait les numéros des principaux hôtels de Las Vegas. On lui annonça que la chambre 1240 ne répondait pas et que non, son occupante n’avait pas laissé de message pour la chambre 1256. Sara demanda la réception mais personne n’avait de nouvelles de Scully.

 - Et si on allait directement là-bas ? Proposa Catherine qui n’avait visiblement plus du tout envie de rester dans les labos à attendre. On lui laisse un message ici à la réception et si elle ne se trouve pas à l’hôtel et bien…

 Elle s’interrompit. Monica qui, pendant ce temps, s’était rapprochée de la porte, était brusquement sortie de la salle de repos.

 - Je m’en occupe. Annonça Sara en suivant la brune, après avoir jeté un coup d’œil à Catherine, lui faisant signe de rester là où elle était.

 Monica, les épaules appuyées contre un mur un peu plus loin dans le couloir, regardait le plafond. Elle entendit Sara arriver et lui tourna le dos.

 - Dana est partie, se contenta-t-elle d’expliquer. Ce n’est pas la peine de…

- Mais non, enfin ! Répondit Sara en la contournant pour venir se replacer devant elle. Elle est peut-être juste… Dans un embouteillage, ou en train de conduire Mulder quelque part… On n’en sait rien… Elle a peut-être oublié son téléphone ou ne peut pas répondre. Nous n’avons absolument aucun élément…

- Elle est partie avec lui, continua Monica en baissant les yeux.

- Écoute Monica… Et quand bien même ? Ça ne voudrait peut-être rien dire du tout ! Je te rappelle qu’elle t’a peut-être laissé un message sur ton portable. Peut-être qu’elle aussi est en train de s’imaginer que tu ne veux plus lui parler après ce matin… Tu ne crois pas qu’il faudrait aller récupérer ton téléphone ?

Monica regarda Sara et considéra son argument : la criminologue avait marqué un point. Il lui fallait encore faire un effort pour conserver sa lucidité.

 - D’accord… Concéda Monica.

 Sara leva la main et hésita un instant avant de se décider à la poser sur l’épaule de Monica qui ferma un instant les yeux.

 - Ne pense pas au pire tout de suite, ok ? Je te l’ai promis, je suis là, avec toi, quoi qu’il arrive.

 Les deux brunes se regardèrent.

 - Ok, répondit Monica en souriant timidement.

 

***

 Une demi-heure plus tard, Sara, Catherine et Monica se trouvaient au douzième étage du Tangier devant la chambre de cette dernière. Elles avaient auparavant essayé de frapper à la porte de Scully mais n’avaient obtenu aucune réponse. Monica, le visage fermé, le regard sombre sortit sa clef électronique de la poche arrière de son jean et la fit glisser dans son réceptacle.

Il était difficile de rater la feuille de papier blanc pliée qui avait du être glissée sous la porte et reposait au milieu de la moquette bleu marine. L’air déjà résigné, Monica se pencha pour la ramasser. Sara l’arrêta dans son élan, fouilla dans la poche de sa veste, et lui tendit un gant en latex, un accessoire qu’elle avait pris l’habitude de toujours avoir sur elle, au cas où.

Monica la regarda, un instant étonnée, puis sans l’enfiler se servit du gant pour attraper la feuille par un coin. Deux lignes avaient été griffonnées au centre de la page :

« Mulder m’a contactée cette nuit, j’ai quelque chose à régler avec lui.
Je n’ai pas voulu te déranger, je te téléphonerai plus tard.
Scully »

 Monica avait de nouveau froid, elle fixait les lettres sans bien comprendre ce que les mots qu’elles composaient signifiaient. Sara essayait de lire par-dessus son épaule et pensa que quelque chose n’allait pas. Monica lui tendit la feuille avec le gant et entra dans la chambre. Elle vérifia immédiatement son portable : pas de message.

Pendant ce temps, Sara s’était arrangée pour que Catherine puisse à son tour lire le message mais continua à relire les deux phrases mot à mot : cela n’avait pas de sens.

 - Monica, attends ! Lança-t-elle en direction de la brune qui se tenait immobile un peu plus loin fixant son téléphone. Est-ce que tu as bien lu ce qui est écrit sur cette feuille ?

- Je crois oui ! Lâcha Monica.

- Haa… Et pour quelle raison t’informe-t-elle que Mulder l’a contactée à ton avis ? Comme si tu n’étais pas déjà au courant !!! Et… Elle n’a pas voulu te « déranger », elle te téléphonera plus tard… ? Dana savait très bien que tu ne te trouvais plus à l’hôtel enfin… Réfléchis Monica, cela ne sonne pas juste du tout. Tu crois vraiment que Dana t’aurait laissé ce genre de message après ce qui venait de se passer entre vous ? Cela ne te parait pas étrange ?

 Monica se retourna, la bouche ouverte, interdite. Elle parut réfléchir un instant. Puis s’approcha de nouveau et saisit la feuille de papier pour relire le mot. Ses traits se figèrent, son visage se décomposa, pâlissant de seconde en seconde. Elle fronça les sourcils et un seul mot s’échappa de ses lèvres :

 - Non…

- Quoi ? Demanda Catherine en s’approchant d’elle. Qu’est-ce qu’il y a ?

- Sara a raison et surtout… Dana sait que je refuse catégoriquement de l’appeler par son nom de famille. Il n’y a que Mulder pour continuer de l’appeler Scully alors qu’ils se connaissent depuis dix ans ! Je lui ai toujours dit que je trouvais cela ridicule. Je suis presque sure qu’elle n’aurait jamais signé un mot de cette façon, à moins de vouloir attirer mon attention... Soit elle a fait un trait sur tout ce qu’il y a entre nous et me signifie ainsi qu’elle à repris ses distances, soit…

- … Soit il lui est arrivé quelque chose dont elle ne pouvait pas te parler directement et elle a cherché à te le faire comprendre… Continua Sara. Monica ? Est-ce que ce mot signifie que nous devons réellement nous inquiéter pour l'agent Scully ? Il n’y a que toi qui peux nous fournir une réponse…

 Les deux criminologues l’observaient. Monica se revit brièvement deux ans auparavant suivant du regard un hélicoptère qui s’élevait dans la nuit. Un an auparavant, au milieu du désert, fixant un quatre quatre noir qui disparaissait à l’horizon derrière une colline sablonneuse…

Cependant, d’autres images vinrent ensuite se superposer à celles-ci : le regard de Dana la veille dans sa chambre, le contact de ses doigts, son visage le matin même quand les portes de l’ascenseur s’étaient refermées...

« Monica, reste, ne pars pas, s’il te plait ! » Le souvenir de la voix de Dana résonnait dans sa tête… « C’est moi qui suis partie ! » Comprit soudain Monica. « Je l’ai laissée tomber. Au moment où elle avait besoin de moi, je l’ai abandonnée... Dana…». « Monica, reste, ne pars pas, s’il te plait… »

 - Peu importe ! Je dois la retrouver ! S’exclama-t-elle relevant les yeux puis fixant tour à tour Sara et Catherine.

 

Suite Partie VI

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