E P I S O D E : 10
Pour Sara et Catherine, les derniers mots prononcés par Monica signifiaient quelque chose de précis : elles ne se trouvaient plus seulement dans un hôtel mais sur une scène de crime. Un nouvel engrenage s’était enclenché dans leurs deux esprits. Elles ne voyaient plus exactement la même chose, elles ne se concentraient plus tout à fait sur les mêmes détails, cela ressemblait en quelque sorte à un brusque changement d’éclairage. Scully avait laissé un message quelques heures auparavant et il leur fallait comprendre dans quelles circonstances.
- Est-ce que tu crois que nous pourrions avoir accès à… Commença Sara en se tournant vers Catherine.
- A la chambre de l’agent Scully ? Coupa Catherine qui avait saisi son portable.
On peut peut-être éviter la voie officielle. Laisse-moi passer quelques coups de
téléphone…
- Oh... Tu as des connections dans le monde souterrain des casinos...
- Oui. Mais c’est un sujet que nous aborderons plus tard… Allô ?
Catherine s’éloigna dans le couloir laissant Sara songeuse quelques secondes. Puis la grande brune se retourna vers Monica qui avait toujours l’air de ne pas être vraiment là. Rongée par la culpabilité qui développait maintenant dans son esprit les pires scénarios, Monica essayait pourtant de trouver la force de ne pas céder à la panique.
- Je vais chercher nos sacs, lui dit Sara, je reviens dans quelques minutes. Essaie de te souvenir des événements de la matinée. Je sais que ce ne doit pas être facile mais concentre toi, par exemple, sur l’état dans lequel était la chambre de Dana ce matin. Cela pourra sûrement nous aider... Je reviens…
Avec un temps de retard, Monica fit un signe de tête pour faire comprendre à Sara qu’elle avait entendu. Elle ne se souvenait pas de la chambre, elle ne voyait que l’image floue d’un coin de pièce recouvert de papier peint jaune, une commode... Mais les détails lui échappaient car ce dont elle se souvenait clairement, c’était d’avoir eu l’impression que la pièce tournait autour d’elle. Elle n’avait réussi qu’à se concentrer sur l’endroit où les deux murs se rejoignaient, la seule ligne droite qui lui avait permis de tenir debout.
Et il n’y avait pas eu que l’espace qui avait changé de consistance, le temps
également s’était comme détendu, comme s’il avait été rejoint par une portion
d’intemporalité qui se mélait peu à peu à lui. Réexaminant ses sensations Monica
comprit soudain mieux ce qui lui était arrivé. L’angoisse qu’elle avait
retrouvée n’existait pas dans un temps ou un lieu précis. Elle avait toujours
été là, à ses cotés, probablement dès les premières heures de sa vie, prête à
ressurgir, prête à la convaincre à nouveau que son existence n’était
qu’accessoire, un accident, et que personne jamais ne lui démontrerait le
contraire.
Quelque part, tout au fond de sa mémoire, un nourrisson de quelques heures à
peine hurlait son désespoir et sa rage face à l’injustice d’un monde qui lui
avait retiré sa seule source de réconfort au milieu du chaos qui l’entourait.
Les bras de sa mère n'étaient jamais revenus pour la consoler, l'apaiser, et son
esprit, son corps, gardaient le souvenir lointain de la détresse de ce nouveau
né qui, au bout de quelques temps, épuisé, avait abandonné tout espoir de
retrouver un jour ce réconfort et s’était résigné à affronter le chaos tout
seul.
Mais maintenant, elle se reprochait cette facilité avec laquelle elle était
retombée dans les bras finalement accueillant de cette angoisse imprécise et
pourtant trop familière. Elle n’était plus un être incapable de prendre soin de
lui-même, elle était devenue une adulte responsable de son destin. Perdue en
elle-même, elle avait oublié d’écouter Dana, de la regarder, d’essayer de
comprendre ce qu’elle avait à lui dire. Il était peut-être temps désormais
d’oublier ses peurs et de faire enfin preuve de vrai courage... De la retrouver.
***
Une dizaine de minutes plus tard, Sara, qui transportait la lourde valise noire contenant son matériel, retrouva Catherine et Monica dans la chambre. Catherine se tenait debout face à la fenêtre et examinait la feuille contenant le mot de Scully en contre-jour. Monica l’observait un ou deux pas derrière et elles étaient en train de discuter quand Sara les interrompit.
- Des empreintes ?
- C’est toi qui nous le diras Sara, répondit Catherine en lui souriant du coin des lèvres, mais j’ai trouvé deux taches... de gras je pense. Ici dans le coin droit… Tu vois ?
- Effectivement, confirma la brune en examinant la feuille, ça ressemble à un
résidu gras et on dirait….
- Deux doigts... Première phalange et deuxième phalange... Continua Catherine en
pointant les masses qu’elle identifiait.
- On verra ce que ces traces nous révèleront mais je dois d'abord...
- Aller voir la chambre… Identifier le produit responsable ? On y va… Termina
Catherine à sa place.
- Exactement. Tu as obtenu une clef électronique ?
- Oui. Mais je t’attendais. Je sais à quel point tu apprécie d'être la première
à pénétrer sur une scène de crime…
- Merci Catherine… répondit Sara cérémonieusement. Je suis touchée...
- Mais de rien Sara…
Les deux femmes se souriaient, bien conscientes d’en faire un peu trop mais trop amusée par ce nouveau jeu qu’elles venaient d’inventer pour s’en préoccuper.
« Les choses ont définitivement évolué ! » Commenta intérieurement Monica qui s’empressa d’attraper ses affaires, sa veste noire et son arme, avant de les suivre.
***
Quelques minutes plus tard, les trois femmes, gantées de latex, ouvrirent la porte de la chambre 1240 et retinrent un court instant leur respiration, le temps de constater que la pièce se trouvait vide et que rien d’inhabituel n’était pour l’instant remarquable. Le coeur de Monica battait la chamade et elle luttait contre la paralysie qui menaçait à nouveau de l'envahir. Sara, elle, prennait son temps. Elle se pencha légèrement, les mains sur les genoux.
- Passez le long du mur sur la droite, il y a plusieurs belles empreintes de pas dans l'entrée, recomanda-t-elle en désignant le centre du couloir et en empruntant elle-même le chemin qu’elle venait de conseiller.
Catherine glissa derrière elle afin de s’assurer rapidement que la salle de bain était également vide. Elle constata que les affaires de toilette de Scully étaient encore en place et rejoint les deux autres.
La chambre paraissait avoir été rangée, pas un vêtement, pas une paire de
chaussure ne traînaient. Sur le bureau, papiers et dossiers reposaient en deux
tas soigneusement alignés à coté de l’IBook replié. Soit Scully était maniaque,
ce qui n’était peut-être pas à exclure, se dit Sara qui n’avait jamais laissé
traîner une paire de chaussette de sa vie, soit elle avait eu du temps à perdre
ou s'était préparée à quelque chose.
- Monica ? Demanda-t-elle. Est-ce que cette chambre se trouvait aussi bien rangée ce matin ?
- Je... Je ne sais pas, répondit l’agent fédéral, se reprochant intérieurement
son actuelle incompétence. Mais elle ne l’était pas hier soir en tout cas.
Quand elle l’avait connue, Monica avait été déconcertée de constater à quel point Dana s'efforçait toujours de ne jamais rien laisser traîner dans ses chambres d’hôtel, sans doute parce qu’elle cherchait à cette époque à en savoir plus sur cette mystérieuse petite rousse qui avait accroché son regard et éveillé sa curiosité. Et puis, elle avait senti le changement s’opérer peu à peu. Elle avait aprécié de pouvoir observer ces petits détails qui lui montraient que Dana se cachait de moins en moins devant elle. Bien sûr, elle s’était dit au départ qu’elle aurait peut-être préféré ne pas tomber sur un soutien-gorge négligemment jeté sur un dossier de chaise quand elle rejoignait Dana le soir pour discuter, mais rapidement elle s’était rendue compte qu’elle avait fini par ne même plus remarquer ce genre de détails. Quel degré de pudeur est censé conserver une femme que vous avez aidée à accoucher de toute façon ?
Soudain, Monica se souvint que Sara la fixait toujours. Elle fit un effort pour
fouiller sa mémoire et se rappela le lit défait, la vague impression que Mulder
avait envahi l’intimité de Dana, une intimité que d’une certaine façon, elle
seule partageait désormais avec elle. Non, le matin, la chambre était exactement
dans le même état que lorsqu’elle avait quitté Dana la veille. Oui, elle s’en
souvenait bien maintenant : le sac contenant les friandises qu’elles avaient
partagées reposait même toujours sur la table de nuit... Le sac brun n’était
plus là.
Monica s’arrêta un instant devant la corbeille, observant le papier brun froissé
et les emballages multicolores des barres chocolatées. Pourquoi est-ce qu’elle
n’avait pas mieux profité de la soirée d’hier ? Pourquoi n’avait-elle pas saisi
l’occasion de parler à Dana de ce qu’elle ressentait ? Elle avait recculé
choisissant de fuir. Si seulement elle avait eu le courage de lui expliquer ses
incertitudes, ses peurs, ce qui l’empêchait d’aller vers elle, tout aurait sans
doute été différent. Peut-être qu’elle ne serait pas là maintenant incapable de
faire quoi que ce soit, déchirée entre sa frayeur d’avoir été abandonnée et la
crainte que cette terreur ne l’empêche de répondre à l’appel à l’aide de Dana.
Pourquoi, pourquoi est-ce qu’on croyait toujours avoir le temps ?
- Non, Sara, finit-elle par conclure se forçant enfin à parler à voix haute, la chambre n’était pas rangée ce matin, elle était dans le même état qu’hier soir...
Sara enregistra cette nouvelle information. De son côté, elle avait continué à faire le tour de la pièce du regard, tâchant de repérer la moindre trace qui pourrait lui apprendre quelque chose sur ce qui était arrivé. Cependant il lui était désormais difficile d’ignorer plus longtemps le détail qui retenait maintenant toute son attention : le Sig Sauer noir qui gisait au milieu du lit.
Sara s’approcha, signalant d’un regard à Catherine qu’elle s’en occupait. Ayant sorti un crayon de sa veste, elle s'accroupit et attrapa l’arme en le faisant glisser entre le pontet et la détente. Elle inspecta conscieusement le pistolet mais ne remarqua aucune trace particulière, pas d'empreintes visibles. Toutefois ce n’était pas sa vue qui recevait actuellement le plus d’informations mais son odorat. Dès qu'elle avait approché l’arme de son visage, elle avait reconnut l’odeur familière du Ballistol, un lubrifiant pour armes à feu qu'elle utilisait elle-même régulièrement. Elle approcha le sig sauer plus près de son nez pour vérifier son hypothèse.
Catherine qui venait de se baisser pour ramasser quelque chose de l’autre côté
du lit se releva en tenant une serviette blanche ornée du blason de l’hôtel
entre son pouce et son index. Les deux enquêtrices se regardèrent.
- Etrange de laisser traîner une serviette en boule par terre quand on a pris soin de plier tous ses vêtements et de ranger son bureau... Remarqua la blonde.
- Monica ? Est-ce que Dana nettoie régulièrement son arme ? Demanda Sara en se
retournant après avoir acquiescé de la tête.
- Très régulièrement, répondit l’agent du FBI, je dirais même qu’elle est un peu
maniaque à cet égard... C’est un sujet de plaisanterie entre nous, elle prétend
que ça la calme...
Sara se retourna vers Catherine qui était déjà en train d’approcher la serviette de son visage.
- Ballistol ! Répondit la blonde à l’interrogation silencieuse de Sara.
Le regard de la brune se plongea un instant dans le vide puis elle se tourna vers le message de Scully que Catherine avait posé sur la commode. Après avoir attrapé dans son sac une loupe, le vaporisateur adéquat, dont le contenu réagirait avec du balistol, et une lampe à ultraviolet, Sara s’attacha à décrypter les taches qu’elles avaient repérées plus tôt sur la feuille de papier.
- Non. Pas d’empreintes digitales dans ce qui est effectivement une tache de gras, murmura-t-elle. Je pense pouvoir dire que la personne qui a tenu cette feuille portait probablement des gants mais a laissé une trace parce qu’elle...
- …Venait justement, continua Catherine qui s’était approchée derrière elle, de
manipuler le pistolet nettoyé avec le Ballistol...
- ...Avec la serviette que tu tiens dans ta main. Enchaîna Sara. Sans se rendre compte qu’une partie de la graisse était également transférée du Sig Sauer, sur son gant puis sur la feuille. La trace, d’abord quasiment invisible, s’est ensuite obscurcie quand le papier a absorbé la graisse... Mais pourquoi des gants ?
- Et pourquoi utiliser une serviette de l'hôtel ? Reprit Catherine. Dana doit avoir un kit de nettoyage, des chiffons ?
- Mais surtout, poursuivis Sara, pourquoi Dana aurait-elle abandonné une arme
qu'elle a pris soin de nettoyer quelques temps auparavant ? Non tout cela n'a de
sens que si...
- ...Quelqu’un d’autre ne voulait pas laisser de trace, a essuyé le sig sauer
après que Scully l'ait nettoyé, a tenu le mot qu'elle avait écrit... Conclut
Catherine qui se concentrait mais ne pouvait pas s’empêcher de noter l’aisance
avec laquelle elle dialoguait désormais avec sa partenaire.
Et si, contre toute attente, il devenait maintenant plus facile de travailler avec Sara... Cela changeait beaucoup de choses... Mais ce n’était pas le moment d’y penser. Ce n’était pas le moment de noter que les gestes de Sara semblaient plus assurés ou que sa voix était nettement plus posée quand elle se laissait absorber par sa concentration. Ce n’était pas non plus du tout le moment de se dire qu’elle était franchement sexy. Non, pas du tout…
- Ce quelqu’un d'autre aurait donc manipulé le pistolet de Dana... Remarqua
Monica que cette constatation ne rassurait pas...
Catherine tenait déjà l’arme et la manipulant avec précaution pour préserver d’éventuelles empreintes, dégagea le chargeur, l'examina, puis vérifia la chambre dont elle avait décoincé le mécanisme d'ouverture.
- Le chargeur est toujours plein, l’arme n’est même pas chargée : la chambre est vide.
- Des traces de poudre ? Demanda immédiatement Sara qui ne voulait pas laisser
Monica paniquer inutilement et qui se leva de nouveau pour tendre à Catherine le
révélateur et un carré de coton.
La blonde vaporisa le coton et le passa sur le sig sauer. Pendant ce temps, Sara effectua la même opération sur la serviette qu'elle avait étalée sur le lit.
- Rien, anonça Catherine, une fois son examen achevé.
- Rien ici non plus, confirma Sara. Aucune réaction.
Monica laissa échappé un léger soupir de soulagement.
- Bon, si nous revenons à notre raisonnement, reprit Sara, ce ne serait donc pas Dana qui aurait laissé traîner cette serviette. Quelqu’un d'autre aurait manipulé le mot qu'elle a écrit, quelqun qui n'a pas toute sa confiance : ce qui explique le message crypté... Dana, elle, a, après le départ de Monica, soigneusement rangé sa chambre, nettoyé son arme...
- ... Mais elle ne faisait pas sa valise, continua Catherine, elle n’a pas touché à ses affaires de toilette. Même si on a choisi de voyager léger, on emmène au moins sa brosse à dents... N'est ce pas ?
- Oui, je crois. Peut-être qu’elle cherchait juste à se... Calmer. Continua Sara
en se tournant vers Monica. Parce qu’elle venait de se disputer avec toi.
Parceque Mulder était là. Et... Peut-être parce qu’elle attendait quelque
chose... Elle ne te retrouvait pas. Il fallait qu’elle reste ici alors qu’elle
n’en avait pas vraiment envie, qu’elle voulait probablement aller te chercher,
t'expliquer. Alors elle a cherché tous les moyens possibles de s’occuper...
Ranger devant quelqu’un d’autre peut-être une façon de s’isoler... En tout cas
tu as raison Catherine, elle n’avait pas prévu de partir, même son ordinateur
est encore branché sur le secteur, ou du moins elle ne comptait pas partir en
emportant quoi que ce soit... Qu'est-ce qu'ils attendaient tout les deux ? Une
troisième personne ?
Monica tenta malgré ses résistances de reconvoquer les images de la matinée, de lutter contre le flou qui obscurcissait sa mémoire.
- Je crois, ajouta-t-elle, qu’elle savait qu’il allait arriver quelque chose... Elle a essayé de m'en parler... Mais elle ne se doutait peut-être pas de la façon dont ça allait se passer, sinon elle se serait préparée, sinon... Et le moment venu, elle n’a plus eu le choix....
***
Sur la base de Nellis, le Major Shannon McMahon s’apprêtait à faire son rapport dans le bureau de son supérieur le colonel Hearthwood. Il s'agissait d'un bureau de gradé comme on en voit sur toutes les bases militaires avec des meubles en bois teinté, de vieux fauteuils en cuir, des fenêtres protégées par des stores en bois et sur les étagères des trophées et des médailles. Un bureau où l’on ressentait l’envie de se servir un verre de cognac et d’allumer un cigare. D’ailleurs, le colonel Hearthwood qui avait dépassé la cinquantaine mais gardait sa carrure d’ancien des « special ops » avait bien une tête a apprécier ce genre de petits plaisirs : les joues remplies, le ventre légèrement proéminent. Au premier abord, il avait l’air d’un gentil costaud malgré son crane rasé. Le ton sec avec lequel il s’adressa à Shannon contredit cependant cette apparence.
- Je vous écoute Major !
- Mon Colonel, je pense que l’agent spécial Scully est bien trop déterminée à ne
pas disparaître pour ne pas compromettre la mission. Fox Mulder a commis une
erreur de jugement.
- Pardon ! VOUS avez commis une erreur de jugement Major ! Il me semble que je
vous avais conseillé de ne rien lui dire avant qu’il ne soit ici.
- Il n’aurait pas accepté de collaborer sans Dana Scully.
- Et cela a changé ?
- Oui, mon Colonel.
- Je vois. Et bien, elle n’aura qu’à s’adapter, que voulez vous que je vous dise
? Il a choisi pour elle !
- Ne pouvons-nous pas envisager de faire confiance à l’agent Scully, mon Colonel
? Est-ce que vous vous rendez compte que nous risquons de perdre la confiance de
Mulder si nous la retenons de force ?
- Non, Major. Ce n’est pas envisageable de faire confiance à qui que ce soit !
Vous ne vous débarrasserez pas de Scully de cette façon... Répondit l’officier,
une légère ironie pointant dans son regard.
- Pardon ? Je ne vois pas ce que vous voulez dire, mon Colonel. Cela n’a jamais
été mon intention...
- Peu importe, et ne vous faites pas de soucis pour Mulder. Une fois que nous
aurons garanti sa sécurité, nous avons largement de quoi le retenir. De toute
façon, vous n’êtes plus responsable de cette opération, c’est préférable. Et
cette décision est définitive. Compris, Major ?
- Oui, Monsieur. Puis-je tout de même vous présenter une dernière requête ?
- Oui, vous pouvez aller lui dire au revoir... Leur départ pour Groom Lake n’est
prévu qu’à 18 heures. Je suis un être humain après tout... Mais vous le reverrez
plus tard, quand ils seront tous les deux en lieu sûr et auront subi le
débriefing, ne vous inquiétez pas.
- Je ne suis vraiment pas sûre de comprendre où vous voulez en venir mon
Colonel. Je ne m’inquiète pas, je sais juste que la confiance de Fox Mulder ne
se gagne pas aussi facilement que vous semblez le croire. Je ne me préoccupe que
de l’intérêt de la mission monsieur... Je ne suis plus un être humain après tout
! Mais, merci. Mon colonel !
Shannon se mit au garde à vous pour saluer Son officier supérieur qui répondit vaguement d’un hochement de tête apparemment déjà préoccupé par autre chose. Elle quitta le bureau l’air soudain soucieux mais résolu.
La grande brune rajusta sa veste d’uniforme bleu marine, légèrement agacée par les sous entendus de son supérieur et allongea le pas. Elle avait passé un an aux côtés de Mulder, évidemment qu’elle s’était attachée à lui ! C’était une conséquence prévisible. Mais Mulder restait avant tout un atout dont elle s’était servie sans lui révéler toute la vérité. Tout cela dans l’intérêt de la mission et elle le savait, seule la réussite de cette mission importait. Comprendre ce qu’on lui avait fait, se racheter de ce dont on l’avait rendu coupable et obtenir sa vengeance, il n’y avait plus rien d’autre dans son existence. Seulement elle se sentait coupable. Oui c’était ça, elle s’en voulait d’avoir eu à utiliser quelqu’un d’autre de la même façon qu’on l’utilisait elle, rien de plus ! Une pointe de compassion, un reste d’humanité.
Elle retourna dans la salle d’observation où un soldat l’avait remplacée devant le moniteur de surveillance et lui demanda de la laisser seule avant de prendre sa place. Il fallait qu’elle réfléchisse et prenne une décision. Sur l’écran, Mulder et Scully, toujours assis l’un à côté de l’autre, discutaient. Après avoir enlevé sa casquette blanche, Shannon ajusta le casque sur ses oreilles pour écouter leur conversation.
***
Au douzième étage du Tangier, Monica avait de plus en plus de mal à contrôler son inquiétude. Elle n'arrivait pas à réfléchir et son regard tomba à nouveau sur le mot de Dana. Est-ce qu'elle était certaine que c'était bien la rousse qui l'avait écrit ?
- Excuse-moi Sara mais... Est-ce que tu pourrais... Vérifier que les empreintes
de Dana sont aussi présentes sur le mot qu’elle a laissé ? Je reconnais son
écriture mais...
- Bien sûr Monica, répondit immédiatement Sara, mais même si je ne les y
trouvais pas cela ne voudrait rien dire, je n’ai pas le matériel adéquat ici
et... Mais... Ok. Je vais essayer, je vais essayer...
- Tâchons également de confirmer notre hypothèse concernant la présence d'un
mystérieux invité... Je me charge des empreintes de pas. Est-ce que vous
pourriez m’aider Monica ? Demanda Catherine qui avait elle aussi compris qu’il
était temps de distraire l’agent du FBI des pensées qui la préoccupaient. On m'a
assurée que le room service n'était pas passé dans cette chambre depuis hier en
fin d'après-midi. Bon... Je pense qu’il sera assez facile d’éliminer les
semelles de Scully, elle chausse du combien : 37, 36 ?
Monica se dirigea vers le sac de Scully et attrapa une paire de tennis dans une poche latérale.
- Oui, 37 et Mulder doit bien approcher du 45, il fait plus d’ 1 m 85.
- Bien. Voilà ce que nous allons faire. Continua Catherine en s’agenouillant.
Comme la moquette est foncée, on distingue déjà à l’oeil nu un certain nombre de
traces de pas mais avec une lumière rasante ce sera encore plus facile.
Catherine posa une lampe torche sur le sol et tendit à Monica une deuxième lampe
et deux rouleaux de scotch avant de continuer.
- Repérez les traces une par une, marquez les avec ce scotch jaune sur le coté droit, n'oubliez pas les vôtres. Ensuite commençons par éliminer tous les 37 ainsi que nos propre traces avec ce scotch vert que vous collerez sur la gauche. Compris ? On mesurera les empreintes restantes après.
- Compris. Mais Catherine...
- Oui ?
- Je crois que nous pouvons nous tutoyer, non ?
- Compris... Répondit la blonde en souriant légèrement.
Sara qui les observait d’un oeil, sourit brièvement puis se concentra à nouveau sur sa tâche. Elle se remit à faire tournoyer son pinceau à poudre entre son pouce et son index afin de laisser délicatement pleuvoir sur la feuille les minuscules particules de graphite emprisonnés entre ses poils, recouvrant peu à peu d’un nuage de poussière noire l’écriture de Scully. Comme la rousse était droitière, elle se concentra sur la marge gauche de la feuille. Le graphite commença à dessiner des tâches plus foncées, le carbone s’accrochant aux résidus laissés par les doigts qui s’étaient posés sur le papier. Il y avait bien des empreintes sur la feuille.
***
- Je peux encore essayer de convaincre Shannon, Scully.
- Ce robot que nous avons croisé ce matin ! La convaincre de quoi ? Qu’il y a
des sentiments plus important que l’invasion de la terre par les
extra-terrestres et la destruction de la race humaine ? Aller ! Toi-même tu n’y
crois pas, Mulder...
- Elle ne réagit pas toujours de cette façon, sans elle je ne serais pas en vie
aujourd’hui... Et, peut-être que j’ai changé Scully, ne me juge pas trop vite…
Je pourrais la convaincre que tu nous seras plus utile si tu restes avec Monica,
si tu retrouves avec elle une raison de continuer à espérer, de continuer à te
battre. Parce que moi Scully, je suis convaincu... Oui, ne me regarde pas comme
ça. Je sais qu'elle a toujours été là pour toi, pour nous, pendant ces deux
dernières années. Je ne suis pas aussi aveugle que tu le crois, j'ai vu ce qu'il
y avait dans son regard quand elle a témoigné à mon procès, je sais ce qu'elle a
fait pour William... Mais... Je commence à me demander si toi tu es
convaincue...
- Est-ce que tout cela ne me dépasse pas de toute façon ? Peu importe ce que je
crois, ce que j’espère, ce que je voudrais. Peu importe que j’aie envie de
tomber amoureuse, de faire passer l'amour avant le reste. Je demeure la mère de
William, Mulder. L’enfant miraculeux, le prophète qu’attendent tous les supers
soldats présents sur cette terre. Je reste la femme qu'on a enlevée, pris pour
cobaye, manipulée... Qu’est-ce que je peux faire maintenant pour échapper à ce
destin là ?
- Et tu n’ignores pas le pouvoir que tout cela te donne, n'est-ce pas... Tu as
baissé les bras ?
- Je me fiche de ce pouvoir ! Le pouvoir de quoi ? De servir à nouveau de mère porteuse ? De proposer le destin de mon fils comme monnaie d’échange ? Je sais, la seule chose qui devrait m’importer, c’est que William soit en sécurité... Mais en fait... J’ai peur de ne pas être à la hauteur, voilà la vérité... Pourtant peut-être que finalement je n’ai pas le choix, que je n'aurais jamais le choix, peut-être que je ne suis pas censée échapper à mon destin. Je l’ai mis au monde, je lui ai donné le sein, je l'ai tenu dans mes bras et parfois Mulder, je me dis que c’est justement cela que j'aurais du assumer, justement ce que je n’ai pas choisi. J’ai essayé de lui accorder une autre chance, une autre vie mais est-ce que je n’ai pas juste tenté de fuir mes responsabilités ? Et regarde où cela m’a amenée...
- Je sais Scully, je sais mais...
- Non. Peut-être que c’est toi qui a raison Mulder : nous n’avons pas d’autre
choix que de continuer à chercher la vérité.
- Ta vérité n’est pas ici et tu ne la trouveras pas avec moi. Tu as toujours su
que tu avais besoin d’autre chose Scully. Tes questions ne sont pas les mêmes
que les miennes. Ton combat c'est celui de quelqu'un qui n'a jamais cédé, qui
n'a jamais voulu se laisser faire alors ne me ressort pas mon propre discours
s’il te plait. Et Monica ? Tu n’as pas répondu à ma question tout à l’heure,
Scully.
- Laquelle ?
- Tu ne crois plus en elle ? Est-ce que tu ne penses pas que tu as besoin d’elle
pour autre chose que pour réchauffer ton lit ? C’est grâce à elle que tu as pu
continuer jusque là, non ? Que tu pourras continuer... Tu étais à Las Vegas, tu
as retrouvé Shannon. Je ne sais pas quel est ton destin Scully mais je ne crois
pas un mot de tout ce que tu viens de dire. Ou peut-être que tu ne saisi pas
encore que tout ce que tu viens de dire n'est pas contradictoire. Tu peux
continuer à vivre ta vie et continuer de chercher ce qui sauvera William. Tu
peux aimer et continuer de te battre et peut-être qu’il n’y a que Monica qui
pourra t’en convaincre…
- Tu as changé Mulder...
- Je te connais mieux que tu ne l’imagines, je sais que tu crois que je ne te
vois pas mais ce n’est pas vrai et oui, j’ai changé. L’exil accomplit parfois ce
genre de miracle ! Tu as besoin de quelqu’un, je le sais. Je ne veux pas que tu
restes seule, je ne veux pas non plus que tu abandonne, Scully. J’ai le
sentiment qu’à deux, vous y arriverez. Elle peut t’apporter ce que je n’ai
jamais su t’offrir.
- Est-ce que tu as déjà vu quelqu’un que tu aimes souffrir devant toi, à cause
de toi, Mulder ? Comment est-ce que je peux lui imposer cela ?
- Oui... J’ai déjà vu quelqu’un que j’aimais souffrir à cause de moi… Je sais ce
que je t’ai imposé… Répondit sombrement le grand brun en fixant le bout de ses
chaussures. Et je regrette aujourd’hui de ne pas avoir été à la hauteur,
Scully... Ne fais pas la même erreur ! Tu sais très bien qu'elle a accepté les
risques. Tu sais ce dont vous avez réellement besoin... Ne passe pas à coté de
ce que vous avez... Ne laisse pas ta culpabilité te fournir une bonne excuse
pour ne pas essayer d'aller jusqu'au bout avec elle... La réponse est devant
toi, pas derrière. Ecoute toi, tu sais...
Mulder releva la tête et fixa longuement les yeux de son ancienne partenaire, sa douleur et en même temps son impuissance aisément perceptibles. Scully l’avait rarement vu aussi vulnérable.
- Reconnais au moins ça Scully, à deux nous étions imbattables, indestructibles, nous avions une force que rien n’épuisait. On ne peut pas affronter seul les forces que nous affrontons. Tu as Monica. Fais lui confiance. Je voudrais tant savoir que tu n’es plus seule.
- Alors aide moi à sortir d’ici, Mulder...
- Je vais essayer.
- Mulder ?
- Oui ?
- Merci…
***
- Monica, Dana a posé sa main sur cette feuille, déclara Sara, dès qu’elle eut fini de comparer les empreintes qui s’étaient dessinées sur la feuille avec celles qu’elle avait collectées sur un verre et une brosse à cheveux dans la salle de bain.
Monica qui s’était tournée vers elle, ferma un instant les yeux et laissa voir son soulagement. Dana avait accepté de collaborer. Apparemment elle se trouvait en position de négocier, de manipuler, les chances que la violence ait été nécessaire diminuaient encore. Immédiatement cependant, ce sentiment laissa la place à une nouvelle urgence : il fallait retrouver Dana le plus rapidement possible maintenant. Une empreinte sur une feuille ne voulait rien dire sur ce qui était arrivé à la rousse. Elles devaient trouver quelque chose, et vite !
- Monica, j’ai ce qui semble être un 40 ici qui n’a rien à voir avec les deux autres séries de pas, le 36 et le 45, dit alors Catherine comme si elle avait entendu les pensées de l’agent fédéral.
Monica s’approcha précautionneusement pour jeter un oeil. Elle fut bientôt suivie par Sara.
- J’ai vu une empreinte similaire près du mur là-bas et à coté du lit, répondit Monica. Elles étaient incomplètes mais on voit mieux le talon ici.
La trace n’était pas très large. Ce n'était pas une empreinte lisse, seul du caoutchouc pouvait marquer aussi nettement la moquette. On distinguait deux larges rainures concentriques de chaque côté de la semelle et trois disposées tout autour du talon.
- Je crois que je sais de quoi il s’agit, lança soudain Sara, je suis tombée sur une empreinte similaire la semaine dernière. Il y a des chances que nous nous trouvions devant une bottine de l’armée.
- Si notre homme chausse du 40, il ne doit pas être bien grand, nota Catherine.
Cette dernière remarque permit enfin à l’esprit de Monica de se remettre en route et d’assembler les pièces du puzzle. Dans sa mémoire, les souvenirs qu’elle avait jusque là tenus à distance réapparurent. L'armée... Elle réentendit soudain les explications de Dana le matin même, ces explications qu’elles n’avaient pas voulues écouter.
- Ou bien, commença-t-elle, notre homme n’en ai pas un... C’est une femme. Je viens de me souvenir de ce que m’a dit Dana ce matin : Shannon Mac Mahon a retrouvé Mulder chez New Millennium hier et elle travaille pour l’armée. Mais... D’après ce que je crois avoir compris, contre les membres de la conspiration, contre New Millenium... C’est... C’est sans doute pour cela qu’on lui a tiré dessus... Mulder travaillait sans le savoir avec l’armée donc, une fraction de l'armée qui lutterait contre la conspiration... Mais... Apparemment Mulder ne voulait absolument pas que Dana me révèle ces informations... C’est à ce moment là qu’ils ont commencé à se disputer et que... Je suis partie... Dana elle voulait que je sois au courant... mais pourquoi l'armée aurait-elle fait enlever Mulder et Dana contre leur gré ?
Sara et Catherine parurent réfléchir un instant alors que Monica se perdait silencieusement dans ce qu’elle comprenait peu à peu. Catherine se releva et se dirigea à nouveau vers le lit en se tenant le menton, elle aussi plongée dans ses pensées. Sara lui jeta un bref coup d’oeil lorsqu’elle la dépassa, un instant déconcentré, mais se retourna vers Monica faisant un effort pour appréhender les informations qu’elle avait à sa disposition. Soudain, elle entendit derrière elle la voix de Catherine.
- Parce qu'ils savaient... Parce que Mulder a tout dit à Dana... Et Scully voulait à son tour te dire la vérité Monica, un secret que Mulder ne voulait pas partager : que Shannon travaillaient pour une fraction rebelle contre la... Conspiration... Cette fraction de l’armée n’est probablement pas officielle... Comme tu l’as dit tout à l’heure, Scully savait que quelque chose allait arriver... Que ceux qui étaient mis au courant devaient disparaître...
- Mais je suis au courant, et je suis toujours là avec vous...
Sara jeta involontairement un regard vers la porte.
- Oui, continua Catherine, souviens-toi du mot de Scully. Elle a évidemment fait exprès de faire comme si elle ne t’avait pas vue ce matin. Mulder et Scully ont fait en sorte de te protéger Monica. Tout en sachant que tu savais. Ils se méfient donc de Shannon désormais... Quelque chose me dit que tout à mal tourné quand le super soldat est arrivée pour les emmener. D'où la nécéssité de désarmer Dana... De ne pas laisser de traces... Scully n’était peut-être pas prête à assumer les conséquences de ce que lui avait appris Mulder. Elle... Ne voulait peut-être pas partir... Pas sans toi en tout cas… Peut-être est-ce pour cela qu’elle a commencé à te parler ce matin... Elle a cherché à te parler parce qu’elle avait décidé de rester avec toi ou de t'emmener... Puis, lorsqu’elle n’a plus eu d’autre choix, elle a essayé de te le faire comprendre sans te trahir, dans le mot... Et à ce moment là Mulder avait finalement accepté sa décision... Sans doute surpris par la réaction de Shannon... Monica ?
Catherine fit un pas vers la brune et le ton de sa voix se radoucit, elle se passa une main dans les cheveux.
- Encore une fois, tu es la seule qui peut me dire si je peux avoir raison. Je n'étais pas là ce matin. Je ne connais pas Mulder, je ne sais pas vraiment ce qui se passe entre toi et l’agent Scully...
Catherine chercha un appui dans le regard de Sara et se rendit compte que celle-ci était en train de la fixer. La voix de Catherine détenait le pouvoir d'une incantation à laquelle Sara avait de plus en plus de mal à résister. Sara avait toujours été fascinée par les intuitions de sa collègue. Elle partait des indices mais pouvait d’un seul coup tous les oublier pour ne plus se fier qu’à ce qu’elle pensait avoir deviné, son instinct. Parfois, la blonde se trompait complètement, mais quand elle tombait juste, elle les surprenait tous par la rapidité avec laquelle elle pouvait reconstituer le fil des évènements. Catherine dégageait alors une assurance qu’il était difficile de contredire. Sara n’écoutait même plus les mots, elle restait captivée par la présence de sa collègue et Catherine s’en aperçu.
La blonde sentit quelque chose gonfler dans sa poitrine, perdant immédiatement
le fil de son raisonnement, et sourit. Cependant elle se ressaisit et d’un
regard à Sara lui intima l’ordre de reprendre elle aussi ses esprits. Elle fût
aidée par la voix de Monica qui parlait toute seule.
- Dana ne voulait pas partir... Elle ne voulait pas écouter Mulder. Prononça lentement Monica. Et elle ne voulait pas que je parte non plus... Elle m’a demandé de rester... Elle avait besoin de moi... Mulder devait s’attendre à ce qu’elle le suive sans réfléchir mais j’ai fait déraper son plan. Elle a dit non, a décidé de me parler ce matin... Mulder a dû le comprendre trop tard mais il a fini par faire confiance à Dana, il s’est laissé convaincre, seulement Shannon est arrivée pour emmener les deux personnes qui connaissaient son secret... Et il fallait qu’ils me protègent pour que j’aie une chance de faire quelque chose... Pour que je les empêche de faire disparaître Dana... Mulder a lui aussi accepté de me protéger, il ne veut pas non plus que Dana parte contre son gré… Elle ne voulait pas le suivre. Je me suis complètement trompée ce matin... Je ne l'ai pas écoutée...
Catherine et Sara échangèrent un regard et la brune s’approcha de Monica.
- Elle t’a demandé de la retrouver et c’est ce que nous allons faire. Dit-elle en posant sa main sur l'épaule de l'agent du FBI. De quels éléments disposons nous ?
- Nous savons quelque choses que nous ne devrions pas savoir, déjà, répondit
Catherine. Un secret qui ne doit pas être dévoilé, une monnaie d'échange. Mais
difficile de le leur faire savoir si nous n’avons pas un moyen de nous protéger.
Il s'agit de l'armée... La partie s’annonce difficile…
D’un seul coup, Monica releva la tête, son regard soudain plus sombre. Elle fixa Catherine puis Sara.
- Nous avons peut-être autre chose que veut Shannon. Le moyen de récupérer son disque dur ! Nous avons ton mandat de perquisition chez New Millennium, Sara ! Une piste qui nous rapprochera de l'homme qui a réussi à stopper un super soldat... Nous n’avons plus une minute à perdre. Si nous voulons discuter avec l'armée, il nous faut une monnaie d’échange, un moyen pour Dana de continuer à négocier et pour nous de leur montrer que nous n’abandonnerons pas aussi facilement, que nous pouvons même peut-être leur être utile puisque nous avons un ennemi commun ! Il faut absolument arriver là-bas avant eux, garder notre avantage !
Monica avait compris qu’il n’était plus temps d’avoir peur mais d’agir.
- Et Sara... Si tu pouvais passer un coup de fil... Peut-être devrions-nous nous préparer à arriver là-bas... Accompagnées...
E P I S O D E : 11
Dans leur prétendue salle d’attente, Mulder et Scully avaient cessé de parler. Ils avaient fini les sandwichs que l’on avait tout de même finalement daigné leur apporter. Mulder était de nouveau debout et marchait de long en large dans l’espoir que cela l’aiderait à trouver une idée mais surtout qu’il allait enfin arriver à savoir où il en était.
Il ne voulait pas en parler à Scully mais dans sa tête tout n’était plus aussi
clair que douze heures auparavant. Se retrouver enfermé dans une base militaire
sans savoir vraiment ce qui l’attendait ensuite n’avait rien de réconfortant. Il
avait toujours été prêt à sacrifier beaucoup pour une chance d’en savoir plus,
de s’approcher de la vérité. Mais pour une fois, il comprenait à quel point son
acharnement avait des conséquences sur beaucoup de gens qui l’entouraient.
Scully, William, Monica... Shannon. Pourtant, il ne pouvait tout simplement pas
cesser d’espérer. Il restait convaincu que s’il continuait à se battre alors
seulement il pourrait se racheter de ce qu’il leur avait fait subir, il
découvrirait ce qui les libérerait tous, ce qui donnerait un sens au chaos
qu’avait été leur existence. Il était trop tard maintenant pour dédier sa vie à
autre chose qu’à cette ultime chance de rachat. Soudain, il entendit un bruit de
serrure et se retourna.
Scully n’avait pas l’habitude de se laisser impressionner, pourtant, lorsque
Shannon Mac Mahon en uniforme de l’armée de l’air entra dans la pièce, elle ne
put s’empêcher d’admirer un instant l’allure du super soldat. Elle reprit
rapidement ses esprits mais conserver son légendaire masque d’impassibilité
s’avéra plus difficile lorsqu’elle vit Shannon se diriger directement vers
Mulder, glisser ses mains derrière la tête de son ancien partenaire et
l’embrasser d’une façon qui ne semblait laisser aucun doute sur leur degré
d’intimité. Ahurie, bouche bée, Scully put même observer la grande brune
murmurer quelque chose à l’oreille de sa victime apparemment consentante.
Puis se retournant vers le soldat de garde qui observait la scène un demi
sourire aux lèvres, Shannon lui demanda sans paraître lui offrir d’autre
alternative de l’attendre dans le couloir et de refermer la porte derrière lui.
Le soldat objecta un instant qu’on lui avait demandé de ne pas la laisser seule
puis, souriant cette fois largement, il concéda qu’il pouvait faire une
exception pour ce genre d’entrevue.
Dès que la porte fût refermée, Shannon s’empara à nouveau de la bouche de Mulder
et Scully allait tourner la tête, acceptant de se contenter d’attendre que cet
étrange moment passe, lorsqu’elle aperçut la main de Shannon qui saisissait un
petit appareil électronique dans sa poche. Immédiatement la grande brune se
détacha de Mulder.
- Nous avons trente secondes avant que cet appareil ne cesse de brouiller les micros et les caméras dont cette pièce est truffée, déclara-t-elle, excuse-moi Fox mais...
- Oh, mais de rien Shannon...
Le major marqua un très léger temps d’arrêt pour regarder Mulder puis sembla se rappeler du peu de temps dont elle disposait. Elle se tourna vers Scully avant de continuer à parler.
- Scully, c’est à vous que je suis venue parler. Il y a une chose que mes supérieurs ne savent pas encore, c’est que je ne détiens plus le disque dur qui a disparu dans mon appartement. J’ai volontairement négligé de les en informer sachant que ce que je viens d’apprendre risquait d’arriver : on me retire la supervision de l’opération qui a pour objectif de faire de vous des éléments actifs de la résistance. Mes chefs gardent ma confiance mais je ne peux pas oublier ce que je suis et leur volonté de m’utiliser. Je reste un moyen pour eux. Mon disque contient peut-être mon seul espoir de changer cela et aussi, surtout, d’aider votre fils. Ces informations sont ma seule monnaie d’échange pour conserver un semblant de liberté ici, et c’est peut-être pour lui, la clef de son futur. Vous êtes ma seule chance de récupérer le disque avant l'armée désormais. J’ai besoin de vous à l’extérieur, Scully, pas ici. Je ne voulais pas vous faire confiance, il me semblait que Monica s'avérerait plus susceptible de travailler avec moi, mais, il semble que je me sois très largement trompée sur les raisons de vos hésitations ce matin et sur ce qui était en jeu... Mulder a raison Scully, votre place est dehors, avec elle...
Scully voulut intervenir mais Shannon la fit taire d’un geste de la main.
- Nous n’avons pas le temps… Je vous en supplie Dana, je suis la seule à pouvoir utiliser ce que ce disque contient, croyez-moi, vous devez me le rapporter. Je ne peux pas m’en charger seule, je ne sais même pas si on me laissera quitter cette base. Pas avant de comprendre l’effet de leurs nouvelles balles sur moi, ils ne peuvent pas risquer de me perdre. Par ailleurs, hélas, nous ne savons pas combien de temps dureront les effets de l’antidote que je vous ai fait parvenir l'année dernière et qui a été administré à William. Mais je peux vous aider, je vous le garantis, je veux vous aider vous et William et ce, quels que puissent être les projets de l'armée pour lui : il ne finira pas comme moi... J’ai juste besoin de votre parole...
- Pour cela il faudrait que vous commenciez par me faire sortir d’ici, Shannon ! Répondit sèchement Scully.
A ce moment le boîtier électronique que tenait Shannon émit un bip.
- Nous n’avons plus le temps. Faites-moi confiance. S’il vous plaît, souvenez
vous seulement que j’ai besoin de ce disque. Je vous laisse choisir, Dana, mais
pensez à ce que je pourrais faire pour William... Moi, je vous fais confiance.
Le boîtier émit cette fois une série de bip et Shannon le dissimula dans sa poche. Puis elle posa sa main sur l’épaule de Mulder qui avait observé toute la scène un pas derrière elle, hésita un instant, laissa échapper un sourire et l’embrassa de nouveau brièvement.
- Souviens-toi de Baltimore, Fox...
Sur ces derniers mots Shannon quitta la pièce. Elle ne fit pas attention au regard amusé du soldat dans le couloir et tenta de rester convaincue qu’elle avait de bonnes raisons de faire ce qu’elle était en train de faire.
Mulder qui restait immobile à l’endroit où Shannon l’avait quitté, passa pensivement le bout de ses doigts sur ses lèvres puis il se retourna vers Scully qui l’observait, la tête penchée, un léger sourire se dessinant peu à peu sur son visage. Mulder lui répondit par une mimique embarrassée et regarda le bout de ses chaussures.
Malgré l’intensité dramatique de la situation, Scully ne put s’empêcher
d'éclater de rire.
- Ne t’en fais pas Mulder, j’ai toujours su que je n’étais pas tout à fait ton genre...
- Je ne suis plus vraiment le tien non plus...
***
Quand Sara, Catherine et Monica se retrouvèrent à nouveau dans le tout terrain noir des CSI, Catherine se dépêcha de mettre le contact et d’enclencher la climatisation. La voiture était garée à l’ombre mais le soleil qui avait brillé toute l’après-midi sur Las Vegas avait significativement fait monter les températures.
Sara avait avisé Brass au commissariat qu’elles se rendaient chez New Millenium
en lui demandant de réquisitionner une équipe du SWAT. Pendant ce temps,
Catherine avait contacté Grissom. Ce n’était pas qu’elle avait réellement eu,
jusque là, l’impression qu’il s’intéressait à leur affaire mais elle tenait à ce
qu’il soit tout de même tenu au courant. Elle avait encore peur d’y penser
réellement mais un soupçon de culpabilité commençait à la tirailler. Gil lui
avait demandé si tout allait bien avec Sara, il s’inquiétait après avoir observé
le comportement curieux de la brune en début d’après-midi. Elle avait répondit
que oui tout allait bien et avait rapidement changé de sujet. Comment Grissom
réagirait-il s’il apprenait que tout allait plus que bien ? Qu’elle et Sara
s’embrassaient même derrière son dos dans les vestiaires de leurs bureaux
désormais ? C’était difficile à dire… Grissom restait une énigme. Et cette
question en soulevait tellement d’autres qu’elle préférait ne pas trop y penser
pour le moment. Gil avait conclu la conversation par un « prends soin de Sara… »
Qui lui avait paru un peu étrange…
- Catherine, ça va ? Demanda la voix de Sara qui, assise sur le siège d’à côté, avait posé sa main sur son bras nu.
- Hein ? Oui. Oui, oui. J’attends juste que la climatisation fasse son effet,
répondit-elle en souriant alors que les doigts de Sara avaient fait s’évanouir
tout souvenir de Grissom. Il fait chaud...
- Tiens, dit simplement Sara en lui tendant la bouteille d’eau minérale où elle
venait elle même de se désaltérer.
- Merci.
Les deux femmes se rendirent compte en un regard qu’elles éprouvaient exactement la même chose : un irrépressible et insistant besoin d’autre chose que ces mots échangés, ces contacts volés et ce permanent et laborieux effort qu’il leur fallait fournir à chaque instant pour se concentrer sur ce qu’elles devaient accomplir. Sans doute que cette tension avait toujours existé entre elles mais il n’était désormais plus envisageable de se contenter l’ignorer puis de passer à autre chose, ou bien, de se crier dessus pour éviter d’avoir à se demander ce qu’elle signifiait...
Pendant une fraction de seconde, leur corps s’autorisèrent à se communiquer
silencieusement leur désir dans ce langage que seuls les corps amoureux
comprennent. Un dialecte difficile à définir qui ne tient qu’à un frémissement
de rétine, un léger temps de suspens dans le souffle, un tremblement
imperceptible des lèvres, un parfum, la chaleur d’une paume... Autant de détails
qui s’enregistrent, s’accumulent et délivrent peu à peu l’imagination de ce qui
la bride habituellement. Jusqu’à ce que le corps ne puisse plus nier les preuves
de plus en plus insistantes de ce qu’il déchiffre ainsi.
Sara fût la première à fermer les yeux et détourner la tête. Une légère gêne
s’était emparée d’elle qui n’était pas habituée à ressentir son corps lui
échapper aussi violemment. Sa réaction contraignit Catherine à sortir de sa
propre ivresse, elle but une longue gorgée d’eau et rendit la bouteille à Sara
qui s’excusa de son embarras avec un demi sourire ; son regard sombre brillait
légèrement. Cette fois, c’est Catherine qui se dépêcha de tourner la tête.
- En route pour de nouvelles aventures, s’exclama–t-elle en démarrant la voiture après s’être éclaircie la gorge.
Elle jeta un rapide coup d’oeil dans le rétroviseur. Monica, assise à l’arrière, le regard vague, le front posé sur la vitre, semblait encore perdue dans ses pensées.
***
Le colonel Hearthwood entra brusquement dans la salle de surveillance l’air visiblement fort contrarié.
- Qu’est-ce que ça veut dire ? On me signale une contre émission qui aurait
brouillé nos appareils il y a une demi-heure. Je peux savoir pourquoi est-ce que
je ne l’apprends que maintenant ? Où est Mac Mahon ?
- Vous lui avez retiré le commandement de cette mission, Monsieur. Répondit un
soldat soudain rouge écarlate.
- Qu’est-ce qui s’est passé soldat ?
- Heu...
- J’attends !
Après une rapide manipulation le soldat se résolut à montrer au colonel les images de Shannon et Mulder, juste avant que la neige n'apparaisse sur les écrans c'est à dire en train de s'embrasser.
- Je pense que ceci explique l’utilisation d’un appareil de brouillage, Monsieur.
- Imbécile ! Et vous pensez que c’est un comportement admissible ? Montrez-moi
la cellule 4 immédiatement !
- Les civils sont en train d’être conduits à l’extérieur, leur transfert pour
Groom Lake est en cours, Monsieur.
- Passez-moi votre téléphone, je veux qu’on double la surveillance. Et localisez
moi Mac Mahon tout de suite, bon sang !
- Oui, Monsieur !
***
En route dans les couloirs de la base et entourée de six soldats qui les escortaient elle et Mulder, Scully sentit soudain son horizon s’assombrir. On les déplaçait sans même lui avoir laissé l’occasion de s’expliquer. Plus le temps passait, plus elle s’éloignait de Vegas et plus ses chances de s’en sortir rapidement diminuaient. Quoi qu’ait prévu Shannon, elle n’avait pas dû disposer du temps nécessaire pour mettre son plan en action. Dana voulait croire que l’armée ne pourrait pas la garder indéfiniment contre son gré mais elle commençait à comprendre que ce serait long, qu’il lui faudrait parler à des gens qui ne voudraient pas se laisser convaincre, batailler pour retrouver sa liberté.
Or chaque heure qui passait l’éloignait un peu plus de Monica et
qu’arriverait-il si ces heures devenaient des jours ? Est-ce que Monica
l’attendrait ? Car, lui avait-elle donné une raison suffisante d’attendre ?
Monica avait toujours été là, ne l’avait jamais laissé tomber mais jamais elle
ne l’avait encore vu réagir comme elle avait réagi le matin même. Monica s’était
complètement refermée sur elle-même. Elle s’était enfuie comme un animal trop
grièvement blessé pour continuer à se défendre. Monica avait-elle seulement
remarqué sa disparition ? Dana se souvint du regard éteint de la brune dans
l'ascenseur.
Mulder lui, discutait avec les soldats, visiblement excité. Évidemment, un voyage sur l’area 51, la destination qu’on venait de leur annoncer, c’était pour lui l’équivalent d’un week-end à Disneyland pour un enfant de dix ans. Ce à quoi d’ailleurs il n’était pas loin de ressembler en ce moment.
- Est-ce que vous ne pourriez pas nous montrer quelques F-117 avant qu’on parte ?
- Nous n’avons pas le temps, Monsieur, mais ne vous inquiétez pas, il y en a
aussi à Groom Lake. Vous verrez même sans doute bien mieux là-bas.
Ils franchirent enfin une dernière double porte qui donnait sur l’extérieure. Une bouffée de chaleur les prit à la gorge alors qu’ils découvraient l’arrière d’une enfilade de hangars et un immense parking désert situés près de la limite extérieure du camp. Un peu plus loin on aperçevait une entrée secondaire avec sa barrière et son poste de garde. Un camion les attendait près d'un des hangars. Sur la droite, vers les pistes réservées aux avions, une jeep couverte noire se dirigeait vers eux.
Mulder l’aperçut et alors que la jeep s’approchait, il se tourna vers Scully et
prit la rousse dans ses bras s’exclamant :
- Dana, notre rêve se réalise !
Scully se demanda un instant si l’excitation avait définitivement fait perdre à Mulder tout sens des réalités. Les soldats qui les entouraient ne savait pas non plus très bien comment réagir.
***
Quand la Chrysler Tahoe noire arriva en vue de l’immeuble de New Millennium, Catherine se gara, à une centaine de mètres dans la rue adjacente et coupa le moteur. Les camions du SWAT ne se trouvaient visiblement pas encore sur place. Elle retint un instant son souffle pour se préparer à ce qui allait certainement suivre et qui avait occupé une bonne partie de ses pensées pendant la fin de leur périple à travers la circulation de Vegas : Sara allait vouloir se précipiter là-bas et Monica, dans l’état où elle se trouvait, n’allait certainement pas s’y opposer. Catherine n’avait pas encore réussi à déterminer ce qu’elle devrait faire. Faudrait-il qu'elle se batte à nouveau avec Sara pour l'obliger à attendre ? Devait-elle se contenter de suivre les deux brunes en priant pour que le SWAT ne tarde pas trop ? Les deux mains agrippées au volant, elle n’osait pas encore regarder sur sa droite et essayait de prendre sa décision.
Soudain, elle sentit une main sur la sienne et se rendit compte qu’elle avait
fermé les yeux en les ouvrant brusquement. Elle aperçut Sara l'air détendu qui
lui souriait en relevant un de ses sourcils.
- Relaxe Catherine, qu'est-ce qui t'arrive ? On ne va tout de même pas jouer aux cow-boys et s’attaquer à trois à New Millennium en plein jour ! Voyons ! Ça ne serait pas du tout, du tout raisonnable !
Catherine désarçonnée, eut un instant l’air de ne pas comprendre mais fût sortie de sa paralysie temporaire par Monica qui laissa échapper un éclat de rire derrière elle. La blonde soupira et laissa retomber ses épaules.
- Vous trouvez ça drôle ? Demanda-elle en dévisageant tour à tour les deux autres occupantes de la voiture.
- Oui ! Répondirent ces dernières à l’unisson.
Catherine soupira de nouveau pour marquer le coup. Elle songea un instant à se vexer mais la main de Sara n’avait pas quitté la sienne et elle céda quand cette main décrocha ses doigts du volant un à un avant de les emprisonner contre une paume à la fois chaude et délicieusement confortable. Catherine regarda leur deux mains, leva les yeux et ne trouva pas la moindre trace de défi sur le visage de Sara. La brune la fixait intensément et semblait juste attendre que sa partenaire comprenne bien l’étendue de ce qu’elle venait de concéder. Sara venait en fin de compte de se moquer d'elle-même. Finalement, à sa manière, la brune admettait que Catherine avait eu raison la veille, reconnaissait ses tords. Cela ne lui était jamais arrivé, pas avec Catherine. La blonde fut surprise par la force de l’émotion qui s’empara d’elle. Elle se retrouva envahie par le brusque besoin d'embrasser Sara.
- Et bien ! S’écria Monica. Si nous n’avions pas autre chose sur notre planning aujourd’hui, je vous raccompagnerais immédiatement dans une chambre d’hôtel !
Elle éclata de rire en voyant instantanément se retourner vers elle les deux têtes des passagères avant qui trahissaient simultanément un vague essai d’indignation et une certaine confusion. Sara avait illico lâché la main de Catherine et avait brusquement viré au rouge écarlate.
- Vous avez un bien étrange sens de l’humour, agent Reyes ! Lacha Catherine en essayant de garder son sérieux.
- On ne se tutoie plus ? Répondit Reyes innocement en laissant un large sourire se dessiner sur son visage.
Catherine soupira mais le coin de sa bouche avait du mal à résister à l’envie de sourire. Une envie qu’elle ne put plus réprimer lorsqu’elle aperçut Sara, les oreilles couleur tomate, qui s’était déjà retournée et regardait intensément ses genoux.
- Tu es en train de te demander si finalement tu ne vas pas quand même décider de t’enfuir de cette voiture en courant pour aller prendre l'air Sara ? Dit-elle en passant le bout de ses doigts dans les cheveux de sa partenaire.
- Non, je... Enfin, peut-être...
Un mouvement accrocha le regard de Catherine dans le rétroviseur. Deux camionnettes noires du SWAT étaient en train de débouler à vive allure au bout de la rue.
- Ne t’inquiètes pas... Tu vas bientôt avoir une bonne raison de le faire...
***
De l’autre côté de la ville, au bord du désert, Mulder serrait toujours Scully dans ses bras avec une émotion que cette dernière ne comprenait pas bien. Plusieurs sentiments gonflaient la poitrine de l’homme qui n’avait jamais été très doué pour ressentir. Il approcha sa bouche de l’oreille de Scully dissimulée par quelques mèches rousses.
- Tu es forte Scully, murmura-t-il. Ces dernières années, c’est toi qui as été la plus courageuse, ne l’oublie jamais et n’oublie pas non plus qu’à ma façon, je t’ai toujours aimée...
Sur ces mots qu’eux seuls avaient entendus, Mulder plongea son regard bleu dans celui légèrement trouble de Scully et se penchant, il embrassa chastement ses lèvres alors que crissaient les pneus de la jeep qui les avait maintenant rejoints. Tous les soldats ébahis se retournèrent vers Shannon Mac Mahon, en treillis, qui se mit à hurler en se dirigeant vers eux.
- Sale traître ! Je le savais ! Mince, Mulder ! Un an que tu me mens ! Pour qui est-ce que tu me prends ? Tu m’avais dit que c’était fini entre toi et elle ! Et tu crois que tu vas t’en tirer comme ça ?
Alors que Mulder qui avait légèrement repoussé Scully derrière lui d’une main, essayait de balbutier de vagues excuses, les soldats laissèrent, sans oser intervenir, passer Shannon au milieu de leur groupe. Aucun d’eux ne savait comment réagir.
- Shannon, attends... Je vais t’expliquer... Essaya Mulder en s’éloignant sur sa droite.
Mais Shannon dont la colère semblait monter de seconde en seconde marchait à larges enjambées et le rattrapa rapidemment.
- M’expliquer quoi ? Que c’est elle la femme de ta vie et que je n’étais qu’un passe temps pour toi ? En attendant... Hein ! C’est ça ? Salop !
Mulder continuait de reculer devant l'impressionnante grande brune. Instinctivement les soldats avaient suivi le mouvement et, laissant Scully abasourdie en retrait, s’étaient regroupés autour des deux protagonistes qui leur délivraient un spectacle digne des meilleurs talk show.
Cependant, quand ils s’aperçurent que le super soldat avait saisi une arme, il était déjà trop tard. Elle s’était retournée et la pointait tour à tour sur chacun d’entre eux alors que Mulder se saisissait de la deuxième arme qu’elle avait dissimulée dans son dos.
- Personne ne bouge et personne ne sera blessé les garçons. Je suppose que la plupart d’entre vous savent que cela ne servirait pas à grand chose d'essayer de me tirer dessus... L’agent spécial Scully est ici contre son gré, elle va donc nous quitter. Et nous, nous allons gentiment la laisser faire. Ensuite, Fox Mulder et moi, nous vous donnerons nos armes, nous nous rendrons et tout le monde sera heureux. Compris ?
Un des hommes qui se trouvait à sa droite fit un pas vers elle pour tenter de la
désarmer. Instantanément, Shannon se retourna légèrement et, prenant appui sur
sa jambe gauche, lui administra un coup de pied retourné qui l’atteignit en
pleine poitrine. Le corps du soldat décrivit un arc de cercle de plusieurs
mètres avant de s’effondrer sur le sol.
- Voilà qui était plutôt stupide ! Quelqu’un d’autre veut essayer ? Demanda Shannon en parcourant de son regard bleu acier le groupe qui l’entourait.
Les autres soldats baissèrent leur arme. Deux d’entre eux firent même un pas en arrière. Shannon se tourna vers Scully alors que Mulder maintenait les militaires à distance.
- Dana, prenez la Jeep, on devrait vous laisser passer sans problèmes, sinon sachez qu’elle est blindée et que j’ai laissé une arme sur le siège passager. Elle est également équipée d’un GPS. Je pense que vous voudrez vous rendre sur Reliance Avenue. Je viens d’apprendre qu’une équipe du SWAT vient d’être envoyée là-bas en réponse à un mandat de perquisition dans les locaux de New Millenium émis par les labos du CSI...
Shannon sourit légèrement mais son visage se figea quand elle aperçut un escadron de soldats et le colonel Hearthwood qui sortaient d’un bâtiment à une cinquantaine de mètres. Scully n’avait toujours pas bougé.
- Nous n’avons plus le temps de parler Scully, c’est votre dernière chance !
- Merci Shannon, merci Fox... Pour tout... Dit précipitamment la rousse.
- Fonce Scully, tu me l’as promis, nos chemins se recroiseront... Répondit
Mulder en lui faisant signe de partir.
Les soldats se rapprochaient et Scully trouva enfin la force de courir vers la
Jeep. Son coeur battait la chamade mais son corps ne la laissa pas tomber. Elle
s’engouffra dans le véhicule, claqua la porte, Shannon avait laissé le moteur
tourner. Après avoir engagé le levier de vitesse, elle écrasa l’accélérateur et
se dirigea vers la sortie. Dans le rétroviseur, elle aperçut Mulder et Shannon
qui avaient déposé leurs armes et s’agenouillaient, les mains derrière la tête,
bientôt rejoints par le reste des soldats.
Devant elle, une simple barre en métal la séparait de la route. Elle jeta un
coup d’œil au Glock 17 qui gisait sur le siège à coté d’elle mais jugea que la
Jeep était probablement plus résistante que la barrière et décida de ne pas
prendre le risque de s’arrêter. Elle accéléra et la barre ne résista
effectivement pas. Elle s’engagea sur la petite route qui semblait se perdre
dans le désert, du côté qui lui sembla le plus proche du sud laissant le soleil
sur sa droite.
Scully décida de continuer à se diriger au soleil pendant quelques minutes mais
personne ne la suivait. Elle ralentit et décida d’utiliser le GPS qui ne tarda
pas à lui dire qu’elle était exactement dans la bonne direction. La route 147
qu’elle n’allait pas tarder à rejoindre se dirigeait vers le lac Mead ou elle
retrouverait la 146 qui la conduirait directement dans Henderson à cinq minutes
de Reliance Avenue. Ces deux routes étaient apparemment suffisamment éloignées
du centre ville pour lui permettre d’éviter les embouteillages. Scully accéléra
de nouveau. Si rien ne l’arrêtait, elle devrait pouvoir rejoindre New Millennium
en une demi heure. Elle ne se préoccupa pas des limitations de vitesse, la
police ne prendrait probablement pas la peine d’arrêter une jeep de l’armée.
***
Autour des bâtiments de New Millenium, les équipes d’intervention du SWAT avaient pris position et sécurisé un à un tous les bâtiments sans rencontrer de résistance. Ils rassemblaient désormais leurs occupants à l’extérieur. L’immeuble avait été facile à contrôler car il se trouvait à moitié vide mais la découverte d’une réserve d’armes automatiques illégales dans les bureaux réservés au service de sécurité avait incité tout le monde à prendre les précautions nécessaires.
Monica qui s’était fait connaître en tant qu’agent du FBI avait pénétré avec la
première équipe dans l’immeuble principale alors que Sara et Catherine
attendaient derrière la portière d’une voiture de patrouille. Elle ordonna
immédiatement que tous les membres de l’équipe de sécurité de New Millennium
soient maintenus à part sous étroite surveillance même si leur principal suspect
ne semblait pas se trouver parmi eux puis fit appeler Sara et Catherine.
La prise de position sur le reste du terrain s’était déroulée sans encombre. Il
n’y avait dans les hangars que plusieurs laboratoires et du matériel
informatique, personne n’avait résisté à part quelques scientifiques qui ne
voulaient apparemment pas laisser tomber leurs travaux. La plupart des employés
se trouvaient juste en train de remplir des cartons et réagissaient comme s’ils
n’avaient rien à cacher, comme si tout ceci n’était qu’un accro dans leur emploi
du temps, une bizarre erreur administrative.
Catherine et Sara commencerent à faire circuler une photo de leur suspect parmi
le service de sécurité : personne ne parut le reconnaître. Catherine demanda
alors à voir les fichiers du personnel et on la conduisit vers les bureaux de la
direction des ressources humaines. Sara décida elle, de suivre la piste qui lui
avait porté chance depuis le début de cette enquête et se dirigea vers l’atelier
dont elle avait ouvert la porte la veille.
De son côté, Monica luttait de nouveau contre elle-même. De seconde en seconde,
il devenait de plus en plus dur pour elle de maîtriser ses nerfs qui menaçaient
de lâcher. Pas de traces de leur suspect et elle se rendait maintenant
brutalement compte de la difficulté qu’elles allaient avoir à retrouver le
disque dur. Bien sûr, une enquête approfondie allait permettre d’impliquer
l’entreprise dans une affaire de meurtre et il y avait les armes illégales et
peut-être d’autres trafics qu’ils allaient découvrir. Elle se disait aussi que
quelqu’un allait peut-être finir par parler. Mais elle n’arrivait pas à se
défaire de cette impression d’avoir de moins en moins de temps. La décharge
d’adrénaline qu’elle avait sentie en pénétrant dans l’immeuble l’arme au poing
ne passait pas. Elle s'était précipitée prête à investir un repaire de
terroristes mais n'avait trouvé que des bureaux vides et quelques scientifiques.
Sa frustration grandissait de minutes en minutes. Elle se rendit compte qu’elle
avait presque espéré que cette démonstration de force allait tout débloqué mais
non, il fallait continuer à enquêter patiemment, méthodiquement, à conduire des
interrogatoires.
Il y avait trop de choses dans ce qui était en train d’arriver que Monica ne
comprenait pas et pour une fois ce n’était pas à cause de forces paranormales.
Les manipulations politiques n’étaient pas son terrain d’expertise, elle se
sentait dépassée, de nouveau découragée. Dana avait besoin d’elle et elle ne
trouvait rien à faire. Elle avait suivi Sara et Catherine mais le moyen de
décoincer, de façon décisive, la situation lui échappait. Elle se retrouvait à
ce point frustrée que si on lui avait donné un témoin à interroger seul à seul
dans une salle, elle ne savait plus jusqu’à quel point elle serait restée fidèle
à sa nature pacifiste. Pourtant elle continua à faire passer la photo de leur
suspect dans les rangs des employés mais elle avait cependant de plus en plus de
mal à dissimuler son énervement.
Alors qu’un jeune homme lui répondait pour la énième fois que personne n’avait
jamais vu cet homme, elle serra violemment son poing gauche et sentit un
élancement. Elle regarda sa main et constata qu’elle avait doublé de volume.
Elle s’était probablement cassée quelque chose. La douleur la calma un peu, elle
prit une inspiration et se força à continuer ses interrogatoires.
***
De son côté, Sara avait décidé d’effectuer un tour complet de l’intérieur du
petit bâtiment. Le couloir où elle avait brièvement pénétré la veille donnait
sur cinq pièces, deux à gauche, deux à droite et une au bout qui n’était
visiblement qu’une salle de repos exiguë. Trois des autres pièces n’abritaient
que des étagères en fer sur lesquelles reposaient des alignements de serveurs
informatiques dont les lumières clignotaient dans l’obscurité. La deuxième pièce
à gauche dont la porte blindée avait dû être enfoncée par le SWAT était plus
grande. Elle devait faire une quarantaine de mètres carrés et abritait six
bureaux recouverts de matériel informatique.
Elle était peut-être sur la bonne voie mais décida de continuer son exploration
avant de s’intéresser aux ordinateurs et aux disques durs. Au fond de la pièce,
un escalier de pierre en colimaçon descendait au sous-sol. Sara jeta un coup
d’oeil en arrière et par la porte ouverte aperçut un policier qui s’éloignait
vers l’extérieur. Elle ne l’arrêta pas. Après tout ils avaient déjà fait le tour
des bâtiments. Elle se pencha et repéra Monica un peu plus loin dans la cour qui
interrogeait des employés en blouses blanches. Elle pourrait toujours l'appeler
si elle trouvait quoi que ce soit.
Alors qu’elle descendait vers la salle souterraine, son cerveau enregistra le
silence vers lequel elle se dirigeait. La pièce humide et sombre où elle
déboucha n’était éclairée que par un plafonnier équipé de néons qui dispensaient
une lumière légèrement verdâtre.
Sara parcourut ce qui ressemblait à une cave du regard et ne remarqua d’abord
rien de particulier. Son regard se promena sur les armoires en fer vert foncé,
sur le mur du fond en briques nues, le sol en béton brut et suivit machinalement
des traces de pas boueuses qui se dirigeaient vers elle et qui provenaient... Du
mur du fond. Elle se dirigea vers leur point d’origine, mit son propre pied à
côté de la trace la plus proche du mur en effectuant un demi tour. Peut-être
quelqu’un qui s’était appuyé le dos contre le mur… Non, le dessin du talon
aurait été plus net...
Cependant, elle ne voyait aucune trace qui allait de l’escalier vers le mur et
pourtant la personne qui les avait faites avait visiblement les semelles
couvertes de terre. Quand Sara découvrait un détail intriguant, elle aimait lui
trouver une explication. L'observation la plus anodine l'obsédait tant qu'elle
ne lui avait pas trouvé de cause. Elle suivit les traces une à une plaçant ses
propres pieds à côté de chacune d’elles. Au milieu de la pièce, une empreinte se
tournait légèrement vers une armoire et une autre sortait du tracé jusque là
linéaire. Elle tenta d’ouvrir l'armoir métallique mais elle était fermée à clef.
Sara posa son sac à terre s’apprêtant à attraper son passe partout mais, en se
penchant, remarqua trois gros interrupteurs dans le mur à côté de l’armoire. Le
premier éteignit le plafonnier qu’elle s’empressa de rallumer. Le second n’eut
aucun effet mais lorsqu’elle actionna le troisième, la pièce parut se réveiller.
Le sol se mit à trembler légèrement et un raclement pierreux commença à
s’échapper du fond de la pièce. Sara se redressa rapidement et constata qu’une
partie du mur du fond était en train de glisser vers la droite découvrant des
rails puis un souterrain sombre dont seuls les premiers mètres de sol terreux
étaient éclairés.
Sans réfléchir, comme attirée par l’obscurité et la fraîcheur humide qui venait d’envahir la pièce, Sara s’approcha. Puis elle s’arrêta et parut hésiter une seconde avant de retourner en arrière et d’attraper une lampe de poche dans son sac. Elle l’alluma et découvrit un couloir en béton qui, après quelques mètres, obliquait légèrement vers la gauche. Elle avança de quelques pas pour tenter d’apercevoir vers où le couloir se dirigeait et sentit bientôt sous les semelles de ses chaussures un sol en terre battue. Elle avait trouvé l’origine des empreintes terreuses.
Ses yeux s’habituèrent peu à peu à l’obscurité et elle aperçut un interrupteur
sur sa droite. Il n’allumait qu’une ampoule nue qui lui permit tout de même
d’apercevoir une porte qui se découpait dans le mur en béton brut plus loin sur
la droite. Comme malgré elle, Sara fit encore quelques pas pour s’approcher de
cette porte. C’était une porte blindée rouge en métal dont l’ouverture semblait
protégée par un digicode. Sara avança encore de quelques pas pour observer de
nouveau le reste du couloir. Après avoir obliqué vers la gauche, il semblait
continuer sur une bonne trentaine de mètres d’après ce que laissait voir une
seconde ampoule située un peu plus loin, mais sans doute était-il bien plus
long. C’était difficile à dire car le couloir restait ensuite plongé dans
l’obscurité.
Sur le point de continuer son exploration, Sara se demanda soudain ce qu’elle
était en train de faire. Elle se retourna et la pièce éclairée qu’elle avait
quittée il y a quelques secondes semblait maintenant très loin au bout du
couloir. Dans le silence qui l’entourait, elle entendit sa respiration
s’accélérer et les battements de son coeur d’un seul coup devenus
assourdissants. Elle se sentit seule et brusquement un sentiment qu’elle n’avait
pas ressenti depuis longtemps l’envahit : elle était dans une situation
dangereuse et ne trouvait pas cela plaisant du tout. Elle ne se sentait plus
invincible, inconsciente des risques qu’elle prenait, sans aucune préoccupation
pour sa vie ou son futur. Alors que la sueur envahissait son front et que sa vue
se troublait, elle se dit que son sens du danger revenait en se vengeant de
toutes les fois où elle l’avait nargué ces derniers mois.
Incapable du moindre geste, elle analysa ce qu’elle ressentait exactement : pas
vraiment de la peur, rien de précis ne la menaçait. Non, c’était sans doute
plutôt... Que pour la première fois depuis longtemps elle avait quelque chose à
perdre. Un futur qui l’attendait et qu’elle ne voulait pas rater. Sa vie n’était
plus cette entité négligeable qu’elle pouvait sacrifier sans y réfléchir à deux
fois. Non, quelque chose la retenait désormais chez les vivants, elle ne voulait
pas être seule et le couloir noir n’avait plus rien d’attirant du tout. Le jeu
n’en valait pas la chandelle. De l’autre côté, dehors, Catherine l’attendait.
Tout à coup, pour la première fois depuis plusieurs mois, Sara se souvint de le
terreur qu'elle avait ressentis juste après l'explosion du laboratoire qui avait
failli lui coûter la vie. Ce vide terrifiant qui l'avait envahit alors qu'elle
gisait blessée sur le sol incapable de bouger, avant qu'elle ne décide de tout
oublier, d'ignorer son angoisse. Elle se rappela même soudain très précisement
de la pensée qui lui avait alors traversé l'esprit comme un brusque flash de
lucidité : sa vie n'avait pas grande importance de toute façon, elle pouvait
être sacrifiée... C'était cette pensée qui l'avait remplie d'effroi et qu'elle
avait voulu effacer de sa mémoire à tout prix. C'était cette phrase qu'elle ne
voulait pas réentendre. Non, elle ne voulait pas retourner dans cet endroit
là,sentir à nouveau le souffle du néant sur sa nuque. Non elle n'était pas
seule.
Son existence n'était plus vide désormais. Elle avait une bonne raison d'avoir
peur parce qu'elle avait quelque chose à perdre. La mort cessa d'être une
tentation fascinante. Inconsciemment, Sara commença à reculer de quelques pas
pour s’éloigner de l’obscurité.
Puis, elle se souvint qu’elle avait laissé Monica devant la porte de l’atelier et attrapa son téléphone portable. Apparemment le signal passait. Elle l’appela et lui expliqua la situation. Monica répondit immédiatement qu’elle faisait prévenir Catherine et qu’elle arrivait. Alors qu’elle raccrochait le téléphone à sa ceinture, Sara entendit soudain du bruit et dirigea le faisceau de sa lampe vers la porte blindée située maintenant entre elle et la sortie.