E P I S O D E : 12
Tous les sens en alerte, immobile, Sara attendait. Elle ne comprenait plus bien ce qu’elle avait entendu et seul le silence répondit à son interrogation muette. Elle ne se trouvait plus qu’à deux pas de la porte blindée et, après avoir dégainé son Glock, elle s’en approcha prudemment. Il lui avait semblé que le bruit provenait de cette direction mais rien de nouveau ne le lui confirma.
Cependant, quelques secondes plus tard, alors qu’elle approchait son oreille de
la porte, elle sentit soudain sa tête exploser sous le coup d’une collision
brutale, une violente douleur résonna dans son crâne et son épaule heurtait
durement le sol. Elle crut comprendre que son front avait frappé la porte mais
elle n’arrivait plus bien à appréhender le monde qui l’entourait. Elle avait
lâché son arme et sa lampe... Alors qu’un goût ferreux envahissait sa bouche et
qu’elle ne réussissait pas à ouvrir les yeux, tout à coup, elle sentit une
nouvelle douleur plus aigue exploser dans son ventre. Une masse sombre se
penchait vers elle. Elle se roula en boule et reçut un autre coup de pied
violent dans les côtes.
- C’est un peu bête de traîner toute seule dans des souterrains fillette, clama une voix masculine. Je te conseille de ne pas bouger, je ne suis vraiment pas d’humeur à jouer.
Sara entrouvrit les yeux et aperçut distinctement un canon de pistolet dirigé vers elle à une trentaine de centimètres au dessus de sa tête. Elle crut reconnaître, vaguement éclairé par le faisceau de sa lampe de poche abandonnée sur le sol, l’homme qu’elles cherchaient depuis deux jours. Dans son autre main, il tenait une mallette noire. Il éloigna d’un coup de pied l’arme de Sara sans la quitter des yeux puis appuya avec force contre son épaule avec son talon pour la retourner.
- Hey, mais tu ne ferais pas partie de la petite équipe qui me pourrit la vie en ce moment ? Je connais plusieurs personnes qui ne seraient pas fâchées de te voir disparaître, tu sais...
- Trop tard... Il y a des policiers partout... C’est toi qui es fichu ! Réussit
à prononcer Sara.
- Tais-toi, aboya-t-il.
Il la frappa à nouveau dans le ventre et Sara se recroquevilla. Cette fois, elle avait réellement peur. La douleur la paralysait mais surtout, elle ne voyait plus quoi faire d’autre qu’essayer de se protéger et d’attendre. Elle se retrouvait à la merci de cette brute. Non, elle ne voulait pas mourir comme ça, elle avait été stupide, stupide... Elle avait tout gagné. Cette fois elle était réellement seule. Est-ce que toutes les victimes dont elle avait essayé d’expliquer la mort et dont les cadavres hantaient perpétuellement ses cauchemars avaient traversé ce moment d’intense solitude ? Pas maintenant... Pas maintenant... Pensait-elle. Comment avait-elle pu être assez bête pour croire que le danger avait quelque chose d’excitant ? Sara sentit une larme de rage lui échapper malgré elle.
- Je suis un agent du FBI et je suis armée, lâchez votre arme, immédiatement !
Sara reconnu la voix de Monica et retrouva un instant une parcelle d’espoir
avant que ne retentisse une puissante explosion. Est-ce qu’on lui avait tiré
dessus ? Elle entendit vaguement au loin d’autres coups de feu puis plus rien.
Il faisait noir et elle n’entendait plus rien, elle n’arrivait plus à respirer.
Encore une explosion… Elle revit le laboratoire qui partait en miettes autour
d’elle, son existence n’était qu’un fétu de paille à la merci du moindre
souffle. Et pourtant cette fois elle ne voulait pas se laisser faire... Elle ne
voulait pas partir. Non. Est-ce qu’elle avait tenté sa chance une fois de trop ?
Est-ce qu'il était trop tard ?
Le sol bascula sous elle et elle sentit qu’elle perdait connaissance.
***
Quelqu’un passait une main sur son visage, lui serrait le bras. Son oreille gauche sifflait horriblement. La pression dans son crâne était à peine suportable. Elle fit cependant un effort pour ouvrir les yeux et vit que Monica l'air inquiet lui parlait mais elle ne comprenait pas ce qu’elle disait, elle ne l’entendait que très très loin, comme derrière un épais mur de coton. Elle avait mal partout mais après tout cela voulait dire qu’elle était encore en vie. Sara savait qu’il fallait qu’elle fasse un effort pour sortir de sa léthargie, pour parler. Elle se tourna vers Monica et réussit à lui attraper le bras pour la tirer vers elle.
- Monica, réussit-elle à prononcer. Poursuis-le... Il a... Une mallette... Est-ce que je suis... un coup de pistolet...
- Non. Il ne t’a pas tiré dessus Sara, je ne vois pas de trace de blessure
ailleurs que sur ton front. Il a explosé ta lampe torche et l’ampoule, je l’ai
raté. Ne bouge pas, les autres vont arriver...
- Suis-le... J'ai... Juste un coup sur la tête... Vas-y... La malette !
Sara essayait péniblement de se redresser, elle voulait faire comprendre à Monica qu’aucune de ses blessures n’était grave. La nausée s'empara d'elle. Monica repéra alors plusieurs membres du SWAT qui arrivaient.
- D’accord, d’accord, mais arrête de bouger Sara, tu as le crâne en sang, reste allongée.
- D’accord je... Mais vas-y... Je peux attendre les secours... Je vais juste
rester un peu ici, pour récupérer...
Monica jeta un dernier regard à Sara, et passant une dernière fois sa main sous son menton lui sourit. Puis elle se décida à se lever pour poursuivre l’homme qui avait fui dans le noir. Sara la regarda partir puis se recoucha et ferma de nouveau les yeux pour faire disparaître la nausée, sa tête n’était plus qu’un immense caisson de résonance.
- Juste récupérer un petit peu... Répéta Sara avant de perdre à nouveau connaissance.
Elle voulait juste échapper à ce cauchemar, dormir encore un peu et se réveiller quand tout irait mieux.
***
- Sara, Sara. Sara, réponds-moi ! Réveille-toi ! Sara, s’il te plait...
Une main tâtait son pouls sur sa jugulaire, s’attardait sur son menton, caressait ses cheveux. C’était agréable. Ce rêve était agréable. La voix aussi était agréable et elle aimait le son de cette voix. La voix lui disait qu'elle pouvait se réveiller maintenant, que tout irait bien.
- Ouvre les yeux, Sara... Sara... Sara...
La voix avait l’air inquiète, elle murmurait son prénom dans son oreille, presque comme une incantation. La voix avait peur mais la voix connaissait la musique qui avait le pouvoir de la réveiller peu à peu et de la ramener chez les vivants. Il ne fallait pas que cette voix ait peur. Catherine !
- C... atherine...
Sara ouvrit les yeux et après une seconde de flou, entrevit le visage de la blonde penchée au dessus d’elle. Des yeux pales scutaient son visage, la cherchaient. Elle essaya de s’accrocher à eux pour les rejoindre, pour revenir à la surface. Peu à peu le monde reprenait une forme de consistance.
- Oui, c’est ça, tout va bien Sara, je suis là... Je suis là. Tu peux parler ?
Le vacarme dans sa tête s’était calmé, la voix de Catherine l’avait fait taire. Lentement, Sara posa une main par terre bien à plat et essaya de replier une jambe. Elle sentit un élancement dans son ventre mais continua son effort. Elle ne savait pas si elle pouvait parler mais elle voulait se rapprocher de Catherine. Elle en avait assez du sol, les bras de Catherine étaient plus attirants.
- Non, ne bouge pas... Attends.
Sara n’écouta pas et commença à se redresser. Elle ne voulait pas rester par terre, elle voulait Catherine, si bien que la blonde à genoux finit par passer son bras sous ses épaules pour l’aider. Sara s’effondra enfin dans les bras de sa partenaire en s’appuyant contre son épaule. Elle désirait se cacher dans son cou maintenant, c’était le seul endroit où elle voulait être, oui, le seul. Sara ferma à nouveau les yeux et respira le parfum famillier de Catherine. Elle était bien. Oui mais elle avait honte maintenant qu’elle se souvenait de ce qui était arrivé. L'angoisse était de retour et nouait son estomac. Est-ce qu’elle avait droit à ce réconfort ? Elle avait été si stupide...
- Excuse moi Catherine, murmura-t-elle, excuse moi... Excuse moi... Pardon...
Catherine ne savait pas de quoi parlait Sara et pensa d’abord que cette dernière ne le savait pas non plus, qu’elle était juste secouée par ce qui venait de lui arriver, sous le choc. Elle passa sa main dans le dos de la grande brune et embrassa le haut de son crâne mais cette dernière ne semblait pas vouloir s’arrêter de s’excuser et se mit à pleurer. Un sanglot violent secoua le corps de Sara. Catherine commença à s’inquiéter.
- Mais t'excuser de quoi, Sara ? Finit par demander Catherine en murmurant contre son oreille. Qu’est-ce qu’il y a ? Dit moi.
- Je ne voulais pas, je ne voulais pas y aller seule... J’ai voulu attendre mais
il était trop tard, pardon Catherine... Je ne voulais pas y aller seule... Je
suis désolée... Je ne voulais pas... Je ne veux pas rester seule. Je ne veux
pas... Je ne veux pas te perdre... Pardon. J’ai perdu tellement de temps…
Catherine sentit plusieurs émotions gonfler dans sa poitrine. Après la peur panique qui s’était emparée d’elle en découvrant Sara grièvement blessée, il devenait impossible de les contrôler. Dans ses bras se tenait une Sara désarmée, perdue, vulnérable. Une Sara dont elle avait peut-être soupçonné l'existence mais qu'elle n'avait jamais vu. Cette Sara blessée, terrassée par ses démons comptait maintenant sur elle. Elle était celle qui devait l'aider. Elle voulait être celle qui tiendrait les démons à distance et recollerait les morceaux. Peu à peu : Catherine savait que cela prendrait du temps. Elle sentait la brune qui s’accrochait à elle maintenant, avait besoin d’elle et elle referma ses bras sur cette âme perdue qui cherchait du fond de son désespoir sa rédemption. Oui elle était celle qui pourrait l'aider, parce qu'elle ne doutait plus désormais, elle l'aimait.
- Sschh... Je sais, Sara. Je sais. Tu as appelé. Ce n'est pas de ta faute. Tu n'es pas seule. Je suis là, tout va bien, c’est fini, je suis là... Tu n’es pas seule.
- Je voulais oublier. Je ne voulais pas mourir je voulais oublier. Oublier qui
j’étais, oublier mes manques, que je n’arrivais pas à te parler, oublier que
j’étais lâche… Et seule...
Sara qui s’était redressée pour la regarder cherchait ses mots et Catherine la laissa continuer attendant de comprendre.
- C’était insupportable… Après l’explosion au labo, j’ai compris que ma vie n’était qu’un vaste mensonge. Une supercherie. Je voulais oublier… Cette vie là n'avait pas de sens. Et je faisais exprès de la saboter... Mais même quand je ne te faisais pas confiance Catherine, c'était parce que... J'avais peur de te perdre. J'étais terrifiée... Le reste n'avait pas de sens, ce n'était que des mensonges. Cette vie là n'avais aucune valeur... Mais maintenant je… Je ne veux pas te perdre…
- C’est fini Sara, je sais, je suis là… Tu ne vas pas me perdre… Tu… Tu m’as
trouvé.
Sara éclata de nouveau en sanglots et se protégea contre l'épaule de Catherine mais elle percevait peu à peu que le chaos autour d'elle et dans sa tête se calmait. Catherine connaissait définitivement la mélodie secrète qui savait calmer ses angoisses. Catherine la tenait dans ses bras, elle l'avait vu désarmée, nue sans plus aucune défence et elle n'était pas partis. La blonde passa ses deux mains sous le menton de Sara et la força à relever la tête. Celle-ci reprit sa respiration et s’arrêta peu à peu de pleurer alors que Catherine essuyait ses larmes.
Soudain Sara plongea son regard noir dans celui de Catherine, un regard qui ne cachait plus rien, et l’embrassa. La blonde devina ce qui se révélait derrière l’avidité passionnée du baiser de Sara et se laissa faire. Elle sentit deux mains qui s’agrippaient à ses côtes sans aucune retenue et laissa sa propre passion qui l’envahissait entièrement répondre à celle de Sara. Le corps de la brune se rapprocha du sien, se coula sur elle, et Catherine sentit qu’il n’était plus question de découverte mais du pur besoin physique qu’elles avaient l’une de l’autre. Elle glissa ses mains dans le dos de Sara et la serra plus fort encore contre elle. Ce n’était plus la peine de mentir ou d'hésiter, rien ne l’empêcherait plus de montrer à la femme qu’elle tenait dans ses bras qu’elle était désormais là pour elle, ni les doutes, ni la pudeur, ni la peur.
***
Plus loin dans le tunnel, après une longue course dans l’obscurité, Monica aperçut enfin la lumière du jour qui s’échappait d’une porte laissée ouverte en haut d’un petit escalier en pierre. Elle ralentit et pointa son arme devant elle vers la porte. Elle entendit les policiers qui la suivaient arriver. Elle leur fit signe de s’arrêter et indiqua par geste à l’un d’entre eux de couvrir le côté droit de la porte alors qu’elle prenait le gauche. Elle monta prudemment les marches une à une et sortit.
Le tunnel débouchait dans la rue principale à une trentaine de mètres de New
Millenium, dans la cabane à outils d’une maison avoisinante. Elle repéra
immédiatement l’homme qu’elle poursuivait qui courait en s’éloignant rapidemment
sur le trottoir. Elle redémarra sa course remerciant l’adrénaline qui lui
procurait un second souffle, mais il avait de l’avance. Par dessus son épaule,
elle cria à un des policiers de prévenir le central par radio.
Sa gorge la brûlait et elle commençait à s'essouffler quand elle distingua au
loin une jeep noire qui arrivait en sens inverse et qui fit brusquement demi
tour avant de monter sur le trottoir, attendant manifestement que le fugitif la
rejoigne.
« C’est fini, se dit Monica. Il va monter dans cette voiture et nous échapper
avec sa malette. Pourvu que quelqu’un ait songé à prendre un véhicule pour nous
rejoindre. Non, non ! Le disque, je suis sûre qu’il a le disque. Non ! » Elle
releva son arme prête à essayer de l’abattre avant qu’il ne monte dans la jeep.
- Arrête toi ou je tire, hurla-t-elle.
Elle s’immobilisa et pris appui sur ses jambes pour tirer mais au moment où elle posait son index sur la détente et fermait son oeil gauche pour viser, elle reconnu soudain une chevelure rousse. Dana sortait du véhicule, elle se retourna et visa elle aussi l’homme avec une arme en lui criant quelque chose. Il stoppa brusquement sa course en l’apercevant et commença à se retourner. « Dana... » Monica marcha vers lui le doigt toujours prêt à presser la détente. « Dana... » Elle continua à s'avancer vers lui.
- C’est fini. Pose ton arme, cria Monica en résistant à l’envie de tirer.
L’homme finit de se retourner complètement et jaugea Monica et les trois policiers qui le tenaient en joue. Il hésitat encore une seconde puis lâcha finalement son arme qui tomba sur le sol, posa la mallette et leva lentement les bras. Scully fit le tour de la jeep et vint le rejoindre pendant que Monica franchissait les derniers mètres qui la séparaient de l'homme et de Dana.
- A genoux, les mains derrière la tête, ordonna la rousse.
L’homme s’exécuta sans dire un mot et Monica lui passa les menottes en lui récitant ses droits. Pendant se temps Scully saisit la mallette noire et le pistolet.
- J’ai l’impression que j’arrive à temps, non ? Remarqua Dana.
Elle releva son regard bleu pâle et sourit à Monica. Puis comme cette dernière restait muette, elle confia l’arme à un policier du SWAT et s'approcha d'elle ramenant une mèche rousse égarée derrière son oreille. De nouveau ses yeux cherchèrent Monica qui la fixait comme si elle ne comprennait pas encore ce qui venait de se passer.
- Dana... Murmura la brune.
Les trois policiers, jugeant sans doute que l'agent fédéral avait besoin de récupérer, se saisirent du prisonnier toujours muet. Deux voitures de police arrivèrent derrière eux et freinèrent bruyamment avant de laisser échapper d’autres uniformes. Dana et Monica rengainèrent leurs armes sans se quitter des yeux. La brune, la bouche ouverte, immobile, ne savait toujours pas quoi dire. Elle essayait désespérément d’enregistrer la réalité de la présence de Scully mais son cerveau semblait comme au point mort, incapable de passer une vitesse.
- Qu’est-ce qu’il y a, agent Reyes ? Demanda la petite rousse en riant. Tu n’avais pas prévu que ce serait moi qui te retrouverais et arriverais à la rescousse, hein ? Je te devais bien ça Monica !
- Dana je... Je ne sais pas quoi... Il y a tellement de...
- Je sais, Monica, je sais, la coupa Scully sur un ton d’un seul coup bien plus
sérieux en baissant les yeux. Je sais… On a beaucoup de choses à se dire. Hey,
ne fais pas cette tête ! Je ne suis pas un fantôme ! Je me suis échappée... Je
t'expliquerais...
Elles se regardèrent encore quelques secondes alors que Monica commençait à comprendre mais Scully l'interrompis en levant celui de ses bras qui tenait la mallette.
- D'abord, dis moi ce qu’il y a là dedans ?
- Je... Je ne sais pas. Répondit Monica. Mais étant donnée l'identité de celui
qui la transportait...
Scully entrouvrit la mallette et aperçut la boite métallique d'un disque dur protégé par une épaisse couche de mousse grise.
- Probablement le disque dur de Shannon, commenta Monica. Nous pensions que c’était le seul moyen de parvenir jusqu’à toi. Un moyen d'échange... Nous étions à ta recherche... Mais nous ne savions pas où tu avais été emmenée. Je voulais savoir si... Ce matin je... Où étais-tu ?
Monica se rendit compte que sa question était sortie de sa bouche sur un ton un peu plus désespéré qu’elle ne l’aurait voulu. Elle se reprit, regarda un instant dans le vague sur sa droite, puis fixa à nouveau Scully en essayant de sourire pour désamorcer sa tension.
- Pas si loin... Dans une base militaire... Je t’expliquerai tout Monica, j’aurais dû le faire ce matin mais je... Nous... Je suis désolée... Ça s’est passé si vite que... Mais ce n'était pas ce que je voulais.
- Non c’est moi... c'est moi qui devrait m'excuser. Je... J’ai été stupide...
Monica baissa les yeux. Oui, elle se sentait vraiment stupide maintenant. Elle avait douté de Dana, obéit sans réfléchir à ses angoisses. Elle avait faiblit... Scully cependant souriait largement et posa sa main sur le bras de Monica en penchant la tête pour tenter de raccrocher son regard.
- Non Monica, Non. C’est moi qui aie été stupide… Lui dit Scully en riant légèrement. Allez arrêtons ça ! Nous avons besoin de parler Monica c'est certain. Mais... Plus tard... d’accord ?
Monica acquiesça avec un signe de tête et un demi sourire hésitant. Et qu'aurait-elle à dire à Dana ? Comment lui expliquer ? Que conclure de tout ça ? Qu'elle l'aimait désormais trop pour continuer à la protéger ?
- Qu’est ce qui est arrivé à Sara ? Demanda soudain Scully.
Dana regardait maintenant derrière l’épaule de Monica qui se retourna immédiatement et vit Sara et Catherine qui arrivaient. La grande brune boitait, légèrement pliée en deux et la moitié gauche de son visage était recouverte de sang séché. Elle s’appuyait sur l'paule de Catherine qui avait glissé un bras derrière son dos. Dana dépassa immédiatement Monica pour se diriger vers les deux CSI. Cependant, alors que le médecin en elle s’apprêtait à faire asseoir Sara sur le bord du trottoir pour l’examiner, Scully s’aperçut que l’attention de tout le monde s’était brusquement détournée vers ce qui se passait derrière elle. Elle se retourna.
Trois jeeps kaki et un camion de l’armée de l’air venaient de les rejoindre.
Dana sentit son coeur s’arrêter de battre et son estomac qui remontait dans sa
gorge : ils l'avaient suivis. Un officier, accompagné de deux subordonnés,
descendit du premier véhicule, la regarda d'abord droit dans les yeux puis se
tourna vers un policier et demanda à parler au responsable de l’opération. Le
capitaine Brass qui venait d’arriver, le rejoignit et discuta un instant avec
lui. La petite rue de banlieue se retrouva brusquement surpeuplée alors que les
habitants commençaient à sortir dans leurs jardins. Les policiers et les
militaires s'observaient en attendant la suite des évènements.
Monica qui avait remarqué le changement d’attitude de Dana, vint se placer derrière elle et posa une main sur son épaule. Son regard s’attarda un instant sur la foule puis sur les autres jeeps : elle fut surprise de reconnaître soudain Shannon Mac Mahon en uniforme assise entre deux soldats à l’arrière d’un des véhicules.
- Mac Mahon est ici, dit elle à voix basse.
- Hein ? S'exclama Scully, sortant de sa torpeur.
- Dans la deuxième Jeep, derrière le camion. Tu veux qu’on parte d’ici ? Notre
voiture est garée un peu plus loin, on a encore le temps, personne ne nous
remarquera dans cette confusion, nous détenons le disque...
- Non, attends...
A ce moment là, elles entendirent distinctement l’officier qui s'était mis à hurler.
- Et moi, je vous dis que cette opération est désormais sous le contrôle de l’armée de l’air. Ces bâtiments abritent un centre d’espionnage de notre base. L’homme que vous avez arrêté est un ancien officier des forces spéciales qui a trahi son pays et qui est recherché par nos services depuis plusieurs années ! Et je m’interroge sur les motifs exacts des agents du FBI ici présents...
Scully se décida alors à s’approcher de l’homme qui laissait ainsi exploser sa colère. Cela suffisait comme ça ! Pour qui se prenait-il ? Elle en avait plus qu’assez de se laisser faire : tout cela allait s’arrêter ici et maintenant ! Monica inquiète lui emboîta le pas. La petite rousse s'arrêta à quelques centimètres du gradé qui la dépassait d'une bonne tête et croisa les bras.
- Monsieur... Colonel, commença-t-elle apercevant ses galons, puis-je vous demander ce que vous comptez faire à ce sujet ? M’incarcérer à nouveau dans votre base contre mon gré devant une quarantaine de témoins ? Vous avez peut-être effectivement des prérogatives sur cette opération mais une chose est claire, vous ne trouverez aucun moyen de me forcer à vous suivre cette fois, aucun colonel. Et vous auriez tout intérêt à ne pas essayer si vous ne voulez pas que je sois plus explicite... Est-ce clair ?
- Est-ce que vous avez bien réfléchi aux conséquences de votre décision, agent
spécial Scully ? Répondit le colonel en entraînant rapidemment la rousse à
l’écart. Si je pars d’ici sans vous, vous n’aurez sans doute plus jamais aucun
contact avec moi ou... Les gens qui travaillent avec moi... Si vous voyez ce que
je veux dire. Vous en êtes consciente ?
- Je sais colonel, j’ai déjà pris ma décision vous le savez. Répondit Dana qui
jeta un rapide coup d’oeil à Monica qui suivait leur échange. Et... Vous pouvez
toujours compter sur ma discrétion même si je désapprouve vos méthodes.
- Est-ce que le FBI abandonne toute prérogative sur cette affaire ? Demanda le
militaire qui s’était calmé.
- Le FBI n’a jamais eu aucune prérogative sur cette affaire Monsieur, autant que je sache. Et il serait préférable qu’il continue à ne pas en avoir… J'en suis consciente. Nos supérieurs ne sont pas au courant de nos agissements ici et ils ne le seront pas. Je me charge de limiter les fuites. Mais j’espère que j’ai raison de vous faire confiance, colonel, je pense que vous savez grâce à qui vous bénéficiez de cette confiance...
- Et j’espère que j’ai raison de VOUS faire confiance agent Scully, répondit le
colonel en la fixant. Je crois que vous savez tout ce qui est en jeu ici ?
- Vous savez très bien que je suis parfaitement au courant des enjeux,
Colonel... Répondit Scully froidement. Maintenant je voudrais parler un instant
à Shannon Mac Mahon.
- Le major Mac Mahon n’est ici que pour nous aider à nettoyer le désordre
qu’elle a engendré et faire cesser immédiatement l’enquête de la police de Las
Vegas. Elle n’a plus rien à voir avec vous !
- Colonel, vous venez de décider de me faire confiance... Je ne me contenterai
jamais de traiter avec vous, c'est compris. Si vous souhaitez que nous restions
en bons termes dans le futur, je dois m'entretenir avec le major Mac Mahon.
Maintenant !
Scully fixait toujours le militaire qui la dépassait de plusieurs dizaines de centimètres. Le colonel hésita quelques instants puis décida de céder. Il avait d’autres soucis et le regard de Scully était plus que convaincant.
- Vous avez cinq minutes... Conclut-il en se retournant pour mettre fin à cette discussion. Capitaine Brass, nous avons des questions administratives à régler il me semble...
Scully se tourna alors vers Monica et lui fit signe avec la main de ne pas la suivre. Elle se dirigea vers la jeep de Shannon qui laissa échapper un vague sourire en la voyant s’approcher et demanda visiblement aux hommes qui l’entouraient de la laisser sortir. Les deux femmes s’isolèrent de la foule sur un des trotoires.
- Je crois que j’ai dans cette mallette quelque chose qui vous intéresse Shannon. Est-ce que je peux vous le remettre maintenant ?
- Oui, le colonel a beaucoup grogné mais c’est bon signe, il sait que j’ai
raison et que vous n’aviez rien à faire avec nous contre votre gré de toute
façon. Il va faire semblant de m’en vouloir un certain temps mais il sait bien
qu’il est obligé de composer avec moi. Il s'est bien rendu compte tout à l'heure
que moi et Mulder ne collaboreront qu'à certaines conditions... Il est un peu
autoritaire mais il ne serait pas impliqué dans la résistance s'il ne respectait
pas ce que nous essayons de faire...
Shannon entrouvrit la mallette pour vérifier son contenu, inspecta les numéros de série, et la referma apparemment satisfaite.
- Merci Scully. Je… m’excuse d’avoir compris trop tard que je pouvais vous faire confiance. Je suivais des ordres et j'ai sans doute négligé le... facteur humain...
- Je compte sur vous Shannon. Et quelque part un petit garçon de deux ans compte
aussi sur vous... Vous me l'avez promis...
- Je ne l’oublie pas... N'abandonnez pas l'espoir de revoir un jour votre fils.
Le regard de Dana se perdit un instant vers le sol puis elle redressa la tête.
- Et... Shannon... ?
- Oui ?
- Soyez patiente avec Mulder, il en vaut la peine, même s’il est parfois un
peu... Disons… Bêta...
Shannon sourit largement. Puis se reprit et salua Scully en posant deux doigts sur son front avant de se retourner et de regagner sa jeep. Un peu plus loin, l’homme qui avait essayé de l’assassiner était conduit vers le camion de l'armée par une escorte militaire.
Alors que Scully rejoignait ses trois compagnes qui s’étaient regroupées à l'angle d'une rue perpendiculaire près de la Tahoe du CSI, tout le monde autour d’elle, policiers et militaires, regagnait son moyen de transport ou retournait à pied vers New Millenium. La rue se vida peu à peu et les badauds regagnèrent leurs habitations. En moins de cinq minutes, toute trace des événements qui venaient de se dérouler avait disparue.
L'attention de Dana se concentra à nouveau sur le petit groupe qu'elle rejoignait. Sara se trouvait assise sur le siège conducteur, les pieds à l’extérieur. Catherine debout devant elle, tenait une bouteille d’eau et une serviette et tentait de lui essuyer le visage. Sara eut un brusque mouvement de recul et Catherine après s'être excusée, lui embrassa le front avant de continuer à nettoyer le sang sur sa joue en plaisantant. Dana sourit.
Puis son regard se déplaça sur la droite. A côté de Sara et Catherine, Monica,
le dos appuyé contre la vitre arrière, les bras croisés d'une façon étrange, la
fixait. Le regard brun de Monica semblait en attendre tant d’elle ! Mais d’une
certaine façon c’était rassurant car cette fois elle se savait prête. Elle irait
vers Monica, elle essaierait de comprendre, de répondre à cette attente. Son
coeur se mit à accélérer le rythme de ses battements et elle lui sourit.
« Bien, pensa Scully, je m’en suis bien sortie dans le premier acte, j’espère
que je serai aussi douée dans le second... »
- Comment... Comment va Sara ? Demanda Scully en rejoignant le petit groupe. Qu'est-ce qui lui est arrivé ?
- Elle s’est méchamment fait agresser par une porte dans un souterrain tout à
l’heure, répondit Monica, mais Mademoiselle Sidle refuse d’entendre parler
d’hôpital, je crois... Je crois qu’elle a peur des médecins... Ajouta–elle en
plaisantant.
Sara releva la tête et jeta un de ses meilleurs regards noirs à Monica. Elle semblait aller beaucoup mieux depuis qu’elle était sortie du tunnel même si une méchante bosse commençait à déformer son front au dessus de son oeil gauche.
- Est-ce que tu as également peur de moi Sara, ou est-ce que tu m’autoriserais à effectuer un rapide examen neurologique ?
- Je n’ai pas peur ! Seulement je n'ai rien, ce n'est...
- Oui, elle te le permet Dana, la coupa autoritairement Catherine qui s’éloigna
de quelques pas pour laisser sa place à la rousse. Mademoiselle Sidle se rend de
toute façon bien compte qu'elle n'a pas le choix !
- Vous avez une trousse de premiers secours ? Demanda Dana en souriant.
Après que Catherine lui eut tendu la trousse, alors que Scully débutait son examen en observant les pupilles de Sara qui renonça à se défendre, elle commença à répondre aux questions des trois autres et expliqua les circonstances de son départ le matin puis son séjour dans la base militaire, la décision de Mulder, le rôle de Shannon… Ou au moins ce qu'elle était capable de leur en dire.
***
- Je ne savais pas si mon mot serait suffisant... Shannon ne pas pas laissé beaucoup de marge. J’avais peur que... Enfin... Scully jeta un regard à Monica et s’interrompit. Mets-toi debout Sara s'il te plait.
Dana remarqua que la brune ressentait visiblement une douleur au niveau de l’abdomen.
- Ça a failli ne pas être suffisant. Commença Monica à voix basse. J'ai bien failli ne rien voir... Mais...
Scully l’entendit et jeta un coup d’oeil vers sa partenaire. Monica s’arrêta de parler à mi-phrase et détourna la tête vers l'autre coté de la rue.
- Nous étions là pour nous assurer que rien... De tout ça... Continua Sara en ajoutant un vague geste de la main. Ne nous empêche de te retrouver... Tout cela n’était vraiment pas... Logique... Non, tu avais fais du bon travail et puis il y avait le léger détail de ton pistolet au milieu de ton lit...
- Oui, remarqua Scully, je me suis demandée pourquoi Shannon le laissait là.
- Elle ne pensait peut-être pas que nous fouillerions ta chambre ou bien...
- Les motivations de Shannon restent difficiles à décrypter, conclu Scully, après tout elle m'a finalement laissée partir. Elle comptait peut-être malgré tout sur votre persévérance même si elle ne pouvait pas désobéir à ses ordres...Si c'est le cas elle avait raison.
Dana fixa un instant Monica.
- Heureusement que Sara et Catherine étaient là pour persévérer... Ajouta celle-ci pensivement.
- Ne t’enlève pas tout crédit, Monica, reprit Sara. C’est toi qui as pensé au
disque dur... Mais au fait, où est-il ?
- Je l’ai rendu à Shannon, répondit Dana, c’est à elle qu’il sera le plus utile
désormais. Elle doit continuer ses recherches et il sera plus en sécurité avec
elle. Je n'ai pas l'intention de continuer à me méler de cette affaire, pas pour
l'instant...
Tout le monde considéra cette nouvelle information et ses implications en silence. Scully attendit un instant mais son esprit était toujours préoccupé par son rôle de médecin et la tâche qu'elle devait terminer.
- Mesdames. Est-ce que vous pourriez me laisser cinq minutes seule avec ma patiente, s’il vous plait...
- Hein ? S'exclama Catherine surprise.
- Je voudrais m'assurer que Sara n’a pas de lésions internes au niveau de
l'abdomen. Précisa Scully avant d’insister. Est-ce que vous pouvez nous laisser
un moment d’intimité ?
- Ho... Mais... Ce n'est pas un problème, commença à protester Catherine.
Toutefois en remarquant le visage rouge écarlate de Sara qui avait compris ce que cela impliquait, elle se ravisa.
- Oui, oui bien sûr... Pardon.
Catherine et Monica s’éloignèrent donc et Dana se retrouva seule avec Sara. Voyant l'embarras de la grande brune, elle lui fit un clin d’oeil.
- Désolée Sara mais tu as bien raison d’avoir peur des docteurs... Enlève ton t-shirt ! Ordonna-t- elle.
Puis elle éclata de rire en apercevant la tête de sa patiente.
***
- Elle est adorable, non ? Dit Monica en se penchant vers Catherine.
- Qui ?
Le premier instinct de la blonde était la défense mais elle se ravisa.
- Oui...
- Je savais bien que tu ne lui résisterais pas longtemps...
Catherine releva les yeux et tenta un instant l’intimidation mais la douceur du regard de Monica était désarmante. Il était clair que sa remarque n'avait pas pour seul but de se moquer d'elle. Elle laissa échapper une légère moue avant de répondre.
- Ok, tu avais raison, d’accord. Contente ?
- Oui ! S’exclama la brune. Et toi ?
- Oui… Répondit Catherine surprise par la question. Oui...
La blonde resta pensive un instant troublée puis sembla se souvenir de quelque chose.
- Monica, je peux te poser une question ?
- Bien sûr.
- A un moment j’ai cru que toi et Sara... Que vous...
- Hum... Oui... Répondit la brune en souriant. Je vois ce que tu veux dire. Mais
ne t'inquiète pas, j’ai toujours su qu’il n’y avait que toi dans sa vie,
Catherine. C'était évident, mais elle semblait tellement perdue... Je ne sais
pas vraiment ce qui m'a poussée, elle sans doute, mais j'ai voulu l'aider. En
fin de compte vous aviez juste besoin d’un... Coup de pouce. Non ?
- Sans doute... Nous avions trop pris l'habitude de ne pas nous voir... En fait
je crois que je comprends très bien que tu ais eu envie de l'aider. Elle semble
parfois si... Désarmée... Comme si... COmme si elle n'était même plus capable de
traverser une rue toute seule... Excuse moi si j’ai parfois été un peu... Sèche,
Monica. Je...
- Cela fait partie de ton charme, Catherine...
Monica sourit encore plus largement à la blonde en penchant légèrement la tête sur le coté. Catherine rit, heureuse d'avoir pour une fois su trouver les mots pour s'excuser. Soulagée de pouvoir enfin, pour la première fois, parler de ce qu'elle ressentait pour Sara à quelqu'un. Cette fois son existence était définitivement bouleversée. Tout avait changé : ce qu'elle comprennait du passé, ce qu'elle attendait du présent, ce qu'elle espérait faire du futur. Elles marchèrent encore quelques instant en silence et lorsqu'elle se retournèrent enfin, elles aperçurent la tête de Scully à moitié dissimulée par la portière, visiblement penchée au dessus de Sara qui devait être allongée sur le siège.
- Heu... Peut-être que nous ne devrions pas trop nous éloigner, fit remarquer Catherine en plaisantant.
- On ne se refait pas, hein Catherine ? Répondit Monica en éclatant de rire.
***
- Tout semble normal, constata l’agent du FBI alors que Sara remettait son tee-shirt, aucune rigidité de l’abdomen, pas de cote cassée mais tu vas avoir de jolis bleus... Est-ce que tu as perdu connaissance ?
- Oui. Mais pas longtemps, juste une minute ou deux.
- Tu as vraiment l’air épuisée. Tu n’as pas dormi depuis... ?
- Un peu plus de vingt-quatre heures... Mais j'ai l'habitude je... N'aime pas dormir.
- Tu sais ce que je vais te conseiller, non ?
- De retourner dormir chez moi ? Essaya Sara.
- Pourquoi pas...
Les épaules de Sara se détendirent, il était hors de question qu'elle se rende à l'hôpital. Scully jeta un coup d’oeil à Catherine et Monica qui discutaient un peu plus loin puis observa Sara se demandant un instant comment elle allait s'y prendre.
- Tu dormiras mieux ailleurs que dans un hôpital de toute façon cependant...
Sara devina soudain ce qu’allait ajouter Dana et baissa les yeux.
- Tu as perdu connaissance Sara. Ce serait mieux que quelqu’un soit là pour te surveiller...
- Je sais... Murmura Sara en souriant timidement.
- Tu veux que je lui demande ? Ajouta Dana en regardant vers Catherine.
- Non merci, s’empressa de répondre Sara en riant, je crois que ça va aller,
merci, je peux le faire toute seule...
- Ok... Répondit l’agent du FBI. Mais fais-le, c’est important. Au moindre signe
de nausée, de vertige, tu appelles un médecin. D'accord ?
- D'accord.
Dana fit signe aux deux autres qu’elles pouvaient revenir. A nouveau, elle sentit le regard de Monica se fixer sur elle et elle resta immobile quelques instant la bouche ouverte. « Depuis combien de temps est-ce que je te laisse me regarder comme ça en silence Monica ? Combien de fois aura-t-il fallu que je te fasse souffrir avant de comprendre ? Est-ce qu'il est encore temps ? » Monica tenait sa main gauche dans sa main droite. Scully se retourna vers Sara.
- Tu n’as pas besoin de points de suture mais l’extrémité de ton arcade est légèrement ouverte, ça saigne toujours beaucoup. Je vais te poser des sutures adhésives pour aider à cicatriser... Ça risque d’être désagréable tu as une sacré bosse. Si j’avais de l’arnica…
- Dana ? L'interrompit Sara qui avait surpris son précédent regard.
- Oui ?
- Elle a besoin de toi...
Scully dévisagea un instant Sara qui la dévisageait, cherchant ce qu’elle pouvait répondre.
- Je crois que je l’ai enfin compris... Finit-elle par admettre à voix basse. Moi aussi… J’ai besoin d’elle…
Monica et Catherine arrivèrent alors et Scully finit de poser le dernier pansement sur la blessure de Sara. Elle assura à Catherine que sa collègue allait bien et se tourna soudin vers Monica.
- Ok... Dit-elle. J’ai fini avec cette patiente. Monica, tu veux bien me donner ta main ?
- Hein ???
- Ta main, tu as été blessée aussi non ? Commença Scully.
Elle tendit son bras pour saisir celui de Monica puis enregistrant le fait que celle-ci restait immobile, elle releva les yeux et nota l’état de choc qui se lisait sur le visage de la brune. Elle se rendit soudain compte de ce qu’elle venait de dire.
- Heu... Dana… Se contenta de balbutier Monica. J’ai habituellement de la répartie mais là...
Scully sentit qu’elle rougissait violemment.
- Pardon... Je... Heu... Laisse moi t’examiner. Bafouilla Scully en baissant la tête et en se saisissant du poignet de sa collègue.
- Ce n’est rien Dana, je me suis fais ça toute seule ce matin, dans... Un
ascenseur...
- Oh... Dana serra inconsciemment le poignet qu’elle tenait : elle avait
compris. Serre le poing… Tu as raison, ce n’est probablement rien, sans doute
une fêlure du métacarpien. Je vais scotcher ton petit doigt à ton annulaire au
cas où. Ça devrait te soulager.
Dana caressa les longs doigts de Monica, ce n’était pas si dur à faire, non, ce n’était pas si dur... C’était nouveau, un peu effrayant mais pas impossible. L’agent spécial Dana Scully sentit disparaître quelque chose... Peut-être cela justement : son personnage d'agent special du FBI, celui qui l’avait protégée et éloignée du monde pendant toutes ces années. Elle s’était isolée dans son rôle, satisfaite de la protection qu’il lui assurait, le badge, le pistolet, le visage fermé, mais il était temps désormais d’accepter ses faiblesses. Elle était un être humain. Dana leva timidement les yeux et sentit à nouveau son rythme cardiaque s’emballer quand Monica lui répondit par un sourire, plongeant son regard brun doré dans le sien.
Pendant que Dana finissait de s’occuper de la main de Monica, elles commencèrent à faire le point sur la situation. L’armée avait pris en charge l’enquête et la fouille complète des bâtiments. Un coup de fil de Catherine au capitaine Brass le leur avait confirmé. L’armée refusait la collaboration des civils et le District Attorney préférait éviter de se lancer dans une bataille de juridiction, étant donné la faiblesse des preuves initiales sur lesquelles reposait leur mandat de perquisition. Le département de la défense pouvait invoquer le « patriot act » et cela simplifiait tout puisque traiter les dirigeants de New Millenium comme des terroristes lui donnait tous les droits. Scully leur expliqua que Shannon et Mulder seraient probablement tenus au courant des résultats de toute cette affaire qui pour l’instant ne les concernait plus.
- Mais et les super robots... Pardon... Soldats... Protesta Sara. Qu’est ce que...
- Il va vous falloir apprendre à vivre avec ce que vous savez ou... Ce que vous
avez du mal à croire... Répondit Scully. Faites-moi confiance vous ne voulez
vraiment pas vous retrouvez impliquées dans cette guerre. Il vaudrait mieux que
tout le monde dans votre labo oublie cette affaire...
Elle regarda Sara qui la fixait les sourcils froncés puis Catherine qui
l’observait, les bras repliés devant elle. Bien sûr, Scully savait que c'était
dur à admettre, surtout pour des scientifiques.
- Mais après tout, vous êtes à Las Vegas, peut-être que vous aurez bientôt de
nouveau des nouvelles de la base de Nellis… Mais à votre place je n’y compterais
pas trop... Ce qui est sûr en tout cas, c’est que nous leur avons sûrement donné
un sacré coup de main en leur permettant d’intervenir à New Millennium cette
après-midi avant que tout ait disparu… Vous ferez ce que vous voudrez, après
tout je n'ai pas d'ordres à vous donner mais je suis désolée, pour ma part, j’ai
décidé que j’avais pour le moment d’autres choses dont je devais m’occuper… Les
conspirations attendront...
La tête baissée, Scully lança un coup d’oeil à Monica dissimulée derrière une mèche rousse. La brune semblait pensive, elle regardait au loin vers New Millennium. Elle ne paraissait pas du tout avoir compris que Dana pensait à elle, peut-être même qu'elle n'avait rien entendu. « Monica ne retourne pas dans ce monde auquel je n’ai pas accès… Reste avec moi… Ne pars pas... »
Comme un silence gêné s’installait car Sara et Catherine avaient bien saisi
qu'il n'était plus l'heure de parler de l'affaire. Dana pivota légèrement sur
son talon gauche en pliant les bras. Soudain, son regard s’arrêta sur la jeep
dans laquelle elle était arrivée, abandonnée sur le trottoir à une quarantaine
de mètres. Pourquoi ne l’avaient-ils pas récupérée ? Une idée qu’elle avait déjà
eue sur la route qui l’avait conduite jusque là, surgit à nouveau dans son
esprit. Il fallait qu'elle agisse maintenant, Monica avait assez souffert.
- Ecoutez, dit soudain Dana, Sara a vraiment besoin de se reposer... J’ai... J’ai besoin de parler à Monica maintenant...
La brune sortit brusquement de sa rêverie et examina Scully.
- ...Et je vois que l’armée nous a gracieusement laissé un moyen de transport. Est-ce que... Est-ce que nous pourrions en rester là pour aujourd’hui ?
- Bonne idée, répondit immédiatement Catherine alors que Sara acquiesçait d'un
signe de la tête.
Il était plus qu’évident depuis un certain temps que Monica et Dana avaient besoin de se retrouver seules. Les quatre femmes se dirent donc au revoir et se serrèrent la main, exception faite de Sara et Monica qui se prirent chaleureusement dans les bras l’une de l’autre à l’initiative de l’agent fédéral.
- Ne faites pas trop de folies, tu es blessée, murmura Monica ironique dans l’oreille de la grande brune.
- On verra… Et toi, tâche d’en faire, bon sang ! Lui répondit Sara à voix basse.
- On verra...
Elles rirent ensemble et se séparèrent après s'être une dernière fois serré dans les bras, heureuses de cette complicité qui s’était épanouie entre elle pendant ces deux journées, certaines du fait que leur amitié ne faisait que commencer.