E P I L O G U E
- Dana ? Crois-tu vraiment que ce soit une bonne idée de subtiliser une Jeep de l’armée ?
- Sans doute pas... Mais tant pis. Ces abrutis me doivent bien ça ! Allez,
embarque ! J’ai quelque chose à te montrer.
- Bien, bien, agent Scully, je vous suis, concéda Monica en contournant le
véhicule.
Juste avant de se baisser pour s’asseoir, elle releva la tête et sourit à Dana, un large sourire qui illumina son regard. La rousse resta un instant bouche bée, le souffle suspendu et répondit à son sourire avant de prendre le volant. Elle ne se lasserait jamais de ces perpétuels échanges de sourires. Cependant, il semblait plus que temps de faire quelque choses à propos de la frustration qu’ils dissimulaient tant bien que mal.
***
Dans le véhicule des CSI, Sara se demandait encore comment elle allait aborder
le problème qui se présentait désormais à elle. Finalement, elle s’en voulait
maintenant de ne pas avoir laissé Dana lui fournir la parfaite excuse dont elle
disposait, se reprochant sa couardise et tentant de trouver la force de lui
résister... Quand Catherine prit la parole.
- Sara... Est-ce que ça te dérangerait de dormir chez moi, ma fille doit rentrer de chez sa tante demain à sept heures du matin pour prendre ses affaires et un petit-déjeuner avec moi ?
- Heu... Non... Mais... Enfin... Commença à bafouiller la grande brune.
- Quoi ? Est-ce que Dana ne t’a pas expliqué que quelqu’un qui perd connaissance
après un choc crânien ne doit pas être laissé sans surveillance ?
- Si...
- Et tu t'imagines que je vais te laisser seule ? A moins que tu ne préfères que
j’appelle Nick ou Grissom ? Demanda Catherine ironiquement.
- Non merci ! S’empressa de répliquer Sara. Non, cela ne me dérange pas d’aller
chez toi, Cath...
- Bon. C'est réglé... Et... Sara ?
- Oui ? Répondit la brune plus que légèrement perdue dans ses pensées.
Sans prévenir, Catherine se pencha soudainement vers le siège passager et attrapa la lèvre supérieure de Sara entre les siennes avant de la parcourir avec le bout de sa langue. Elle s’embrassèrent puis Catherine s’éloigna.
- Excuse moi. J’adore t’observer quand tu es gênée. Tu as toujours l’air... D’un extra terrestre qui vient d’être téléporté sur la Terre. Je ne peux pas résister tu es… Irrésistible…
Sur ce, Catherine et son sourire éclatant se retournèrent sans attendre de réponse et la blonde alluma le contact alors que Sara essayait tant bien que mal de retrouver sa respiration.
***
Scully emprunta en sens inverse la route qui l’avait amenée jusqu’au sud de Las Vegas quelques temps plus tôt. Elle se dirigeait vers un groupe de collines désertiques dorées par le soleil qui commençait à se coucher. Monica, qui avait commencé par poser quelques questions sur Mulder et ce qui se passait sur la base de Nellis, mais qui était ensuite rapidement redevenue silencieuse, se pencha pour allumer la radio. Un réflexe : dans son esprit, voiture signifiait musique. Elle savait bien qu’elle devait parler à Dana mais elle avait encore besoin d’un peu de temps pour y réfléchir. La rousse l’emmenait visiblement quelque part et sans doute qu’elle devait attendre d’être arrivée de toute façon.
Comment réagir quand on s’aperçoit que ce dont on a rêvé pendant des années est
peut-être en train d’arriver ? Comment oser y croire quand on a déjà souffert ?
Comment parler de ses espoirs et de ses peurs sans risquer de tout gâcher ? Et
surtout, par quoi commencer quand deux personnes ont tant de choses à se dire,
trop de temps à rattraper ? Monica n’avait pas envie de parler, plus exactement,
ce n’était pas vraiment de parler dont elle avait envie. Parler voulait dire
réfléchir, et pour l’instant Monica ne voulait pas raisonner, ne pas se demander
ce qu'elle faisait là, comment elle devait agir. Dana conduisait, apparement
concentrée, et l’agent Scully restait comme toujours étrangement intimidante,
surtout pour quelqu’un qui ne savait plus bien où elle en était. Il demeurait
assurément plus facile de donner des conseils à Sara... Monica fixait les mains
de Dana alors que des chansons des années soixante continuaient de bercer les
tourments de ses émotions.
- Tu es bien silencieuse Monica... Remarqua Scully quelques instants plus tard.
- Où va-t-on ?
- Tu verras… Mais ça vaut la petite demi-heure de route, promis.
Monica observa perplexe, le demi sourire de sa compagne. La rousse avait visiblement une idée en tête. C’était un peu surprenant de la voir prendre les choses en main mais finalement agréable. Monica se détendit et remarqua que les doigts de Scully pianotaient sur le volant. La radio diffusait « Top of the world » des Carpenters. La voix radieuse de Karen Carpenter, entourée d’arrangements délicieusement rétro, semblait vouloir crier au monde entier combien il pouvait être magique de tomber amoureuse. " There is only one wish on my mind, when this day is throught I hope that I'll will find...That tomorrow will be just the same for you and me... " Scully bougeait légèrement la tête en rythme. Monica sourit.
- J’aurais dû me douter que tu étais une fan des Carpenters, Dana...
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
- Hum... Voyons... Les années soixante dix, l’éducation des enfants de militaires, les écoles catholiques... Ton côté... Hm… Classique...
- De nous deux, c’est plutôt toi que j’aurais choisi comme fan des Carpenters...
- Et qu’est ce qui te fait dire ça ?
- Ton incurable romantisme…
La rousse jeta un rapide coup d’oeil à sa voisine. Elle avait l’air très fière de sa déduction.
- Elle à une voix touchante, non ? Se contenta d’admettre Monica.
Tout restait étrangement si simple et tellement compliqué, elles
demeuraient si proches l'une de l'autre et pourtant séparées par une distance
qui semblait parfois infranchissable.
***
Catherine avait rapidement fait faire le tour de son appartement à Sara, évitant soigneusement pour l’instant de s’aventurer vers les chambres au bout du couloir. Ce n’était pas qu’elle était gênée mais plutôt qu’elle avait bien senti que Sara n’était pas vraiment à son aise. C’était la première chose dont elle souhaitait s’occuper. Il valait mieux éviter que la grande brune s’évanouisse à nouveau.
Sara avait somnolé dans la voiture et maintenant que la tension était retombée,
il semblait de plus en plus évident qu’elle était épuisée. Son visage prennait
des teintes blanchâtres et ses yeux soulignés de cernes paraissaient s’être
enfoncés dans son visage. Sara saisit d’ailleurs immédiatement l’occasion de
s’asseoir quand Catherine lui indiqua son canapé.
Les yeux de la grande brune parcouraient nerveusement la pièce du regard et elle
jouait avec ses doigts. Elle entrait chez Catherine pour la première fois.
- Quelle journée, hein ! Commenta la blonde.
Elle vida ses poches sur un buffet recouvert d’un vase et de photos de Lindsey et rangea son arme et celle de Sara dans un tiroir.
- Tu peux le dire... Répondit Sara. Je suis désolée, je suis... épuisée... Et…
- Un peu nerveuse ?
- Un peu… Admit la brune avec un demi sourire en se détendant légèrement.
- Je comprends… Et puis tu es blessée... Écoute Sara... Fais comme chez toi.
Mets toi à l’aise. Je vais nous chercher à boire et nous faire des sandwichs,
d’accord ?
- D’accord, répondit sa partenaire qui n’osa pas avouer qu’elle n’avait pas faim
du tout.
Alors que Catherine sortait de la pièce, Sara regarda autour d’elle, observant des détails de la vie de sa collègue : un nombre impressionnant de CD, rangés sur deux étagères et amassés en colones instables autour de la chaine hifi, un nounours de Lindsey qui traînait par terre, une dizaine de paires de chaussures alignées contre le mur dans l’entrée... Mais un mal de crâne lancinant la faisait toujours souffrir. Elle décida de fermer les yeux quelques secondes en se laissant aller sur le canapé pour se calmer et soulager sa migraine.
Dans la cuisine, Catherine attrapa ce qu’il fallait dans le frigo pour confectionner des sandwichs au fromage et au concombre. Elle prit son temps car elle essayait de finir de se convaincre qu’il ne serait vraiment pas raisonnable, dans l’état où se trouvait Sara, d’envisager une quelconque activité impliquant un effort physique... Une partie d’elle cependant, n’avait vraiment pas envie d’être raisonable et elle avait déjà eu beaucoup de mal à ne pas suivre la grande brune sur le canapé. Elle savait, s’était-elle dit un instant, ce qui aurait pu calmer définitivement la nervosité de Sara mais la mine défaite de la brune l’avait dissuadée de mettre son plan à exécution et elle avait fuis dans la cuisine. Il restait un peu étrange d'observer ce désir qui s'était emparé d'elle mais il lui importait peu de comprendre.
Penser à nourrir son invitée ne pouvait de toute façon pas être une mauvaise
idée, pensa-t-elle en ajoutant une pomme, une banane et deux barres de céréales
sur le plateau. Elle ne savait pas trop comment les végétariens trouvaient leur
énergie mais cela devrait faire l’affaire... Catherine sourit. « Du calme, Sara
est à moitié morte ! », exagéra-t-elle, pour tenter à nouveau de se persuader,
alors que son cœur accélérait le rythme de ses battements tandis qu’elle se
rapprochait de la porte qui la reconduirait vers le salon.
Cependant, quand elle entra dans la pièce avec son plateau, elle s’aperçut vite qu’elle n’aurait finalement pas à se battre avec sa libido. La tête appuyée contre son bras droit replié et posé sur l’accoudoir, Sara semblait profondément endormie.
Catherine déposa le plateau sur la table ronde située sur sa droite en
repoussant des papiers qu’elle avait laissés traîner et s’approcha de sa
compagne. Elle vérifia tout de même que la respiration de cette dernière était
régulière, l’observant attentivement quelques temps, puis la recouvrit avec un
châle beige qui traînait de l’autre côté du canapé. Catherine ramena
délicatement du bout des doigts une mèche de cheveux égarée derrière l’oreille
de Sara et laissa sa main se promener dans les boucles sombres. La brune ne
réagit pas, elle dormait réellement profondément. Catherine resta encore
quelques minutes, agenouillée, à la regarder dormir puis décida qu’elle se
changerait les idées en payant quelques factures et en triant les papiers qui
traînaient sur la table. Elle glissa le casque de son minidisque dans ses
oreilles et se laissa quelques instant bercer par la voix de Patsy Cline : "
I've been so wrong, for so long..."
Il était agréable de sentir la présence de Sara, même endormie, à côté d’elle,
chez elle. Elle pourrait s’habituer à cela... Oui... En fin de comptes,
Catherine passa plus de temps à rêver de la grande brune au regard sombre qui
venait de bouleverser sa vie qu’à réellement trier ses papiers.
" I was so wrong for so long, but I've seen the light, darling I'll make it right... I was wrong..."
***
La lumière commençait à prendre des teintes rouges et le soleil s’apprêtait à disparaître derrière l’horizon lorsque Dana et Monica arrivèrent aux environs du lac Mead. Il s’agissait d’une imposante retenue d’eau perdue au milieu du désert et entourée de hautes falaises pierreuses. La lumière du couchant donnait à la terre des tons ocre et, de là où Dana avait arrêté la Jeep, au bord d’une haute falaise qui surplombait le lac, on pouvait apercevoir l’immensité désertique qui entourait Las Vegas et la ville au loin qui ne ressemblait plus qu’à une lointaine flaque sombre parsemée de minuscules étincelles multicolores. Derrière les montagnes, très loin à l’ouest, un disque rouge écarlate colorait l’infinité céleste, et quelques cirrus égarés en altitude, de reflets mauves et violets. Comme l’avait prévu Dana lorsqu’elle était passée à cet endroit plus tôt, le spectacle se révélait à couper le souffle. Elle se gara le plus loin possible de la route et coupa le contact.
- Est-ce que je ne t’avais pas promis que cela valait le coup ? Demanda Scully
en brisant le silence.
- C’est magnifique Dana, répondit Monica qui regardait droit devant elle.
La rousse la contempla un instant puis se retourna pour ouvrir sa portière.
- Bien. On ne va pas rester enfermées...
Monica la suivit à l’extérieur et la rejoignit au bord de la falaise. La vallée semblait de plus en plus sombre alors que le ciel déployait à chaque seconde une nouvelle teinte. L’horizon s’embrasa tandis que le soleil commençait à disparaître. Dana saisit la main de Monica qui demeurait silencieuse. Elle se demanda si cette dernière s’apercevrait qu’elle tremblait. Peu importait, Dana Scully acceptait maintenant de ne pouvoir approcher la femme qu’elle aimait qu’en frissonnant. A quoi pensait cette femme debout, immobile, muette, à côté d’elle ?
- Monica. Sans toi, jamais je n’aurais trouvé la force de continuer.
- J’ai essayé d’être celle sur qui tu pouvais compter...
Le ton de Monica demeurait mélancolique, lointain, comme l'échos d'une douleur enfouie. Quelque chose dans l’extraordinaire beauté de ce paysage avait réveillé en elle une lointaine souffrance. Elle se retrouvait désorientée par cette présence du sublime qui décuplait la force de ses émotions mais ne la renvoyait finalement, par son immensité, qu’à ses propres manques, ses faiblesses. Elle n’était pas à la hauteur. Elle ne restait qu'une poussière perdue dans le grand mouvement de l'univers. Et si elle ne se sentait pas à sa place s’était, peut-être, qu’elle n’en avait jamais eu, de place, dans ce monde trop grand pour elle.
- Tu l’es Monica. J’ai toujours été convaincu que je pouvais compter sur toi. Répondit Dana pour essayer de reprendre contact avec elle. Tu étais toujours là… Tu es...
- Non. Interrompit la brune. Je ne l’ai pas été ce matin. Dana... Je ne sais pas
si je peux encore continuer comme ça... Je ne crois pas que je peux...
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Je ne sais plus si je suis encore capable de continuer à te promettre que je
t’aiderai quoi qu’il arrive. Que je te soutiendrai quoi que tu décides. Je crois
que je ne peux plus... Peut-être même que je n’en ai jamais été vraiment capable
Dana. Et si cette promesse n'avait jamais été qu'un mensonge ? Une ruse pour
pouvoir rester près de toi ?
- Non. Non Monica, si quelqu'un a mentis c'est moi. Et je ne veux plus que tu
continues d'en supporter les conséquences. Je ne veux plus te mentir et esperer
que tu resteras quand même. Non. Ce n’est plus ce que je te demande Monica... Ce
n’est pas ce que je veux. Ca suffit ! J'ai décidé... J'ai décidé de rester avec
toi cette fois... Pour de bon.
Scully se tourna vers Monica qui continuait obstinément à fixer l’horizon. Dana se demanda si la brune était en état de comprendre ce qu’elle voulait lui dire. « Reviens… Je suis là... Regarde-moi...»
- Je crois qu’il est temps que tu puisses compter sur moi, Monica. Est-ce que... Est-ce que tu veux bien me laisser te prouver que j’en suis capable ? Je... Monica… Je voudrais tant que tu me regardes à nouveau comme tu me regardais… Avant… Que tu cesses d’avoir peur… Il m'a fallu du temps mais je... Je suis… Je suis prête maintenant et… Monica... Dis moi qu'il n'est pas trop tard, essaye de me faire confiance... S’il te plait…
La brune tourna la tête et contempla longuement Dana. La rousse se sentit soudain frustrée par leur différence de taille. Elle aurait voulu pouvoir se pencher et embrasser celle qu’elle aimait chaque seconde plus profondément, l'envelopper de ses bras même si cette dernière ne semblait pas vouloir se décider à faire quoi que ce soit, la contraindre à venir trouver refuge contre son épaule. Dana se retourna légèrement agacée. "Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que c'est fini ? Est-ce que j'ai attendu trop longtemps ? "
Monica se sentait confuse, malgré tout heureuse, cela restait indéniable, mais
confuse. Elle ne s’était pas attendu à se retrouver aussi terrifiée par cette
situation dont elle avait si souvent rêvée. Dana lui ouvrait enfin son coeur et
elle, elle restait paralysée par l’ampleur du raz de marée émotionnel qui
déferlait en elle, par ses doutes. Dana était à ce point devenue toute sa vie
qu’elle n’avait plus d’autres choix que de s’abandonner entièrement à elle et
cette perspective demeurait plus qu’effrayante, totalement terrifiante. Si elle
cédait que resterait-il pour l’empêcher de sombrer ? Comment faire pour se
protéger ? Le temps était venu d’abandonner ses angoisses et de faire confiance
à l’inconnu.
Peut-être que si elle ne bougeait pas, pas du tout, que si elle restait là, immobile, les choses deviendraient plus simples, peu à peu. Peut-être que si elle attendait... Peut-être que si elle ne choisissait pas... Les deux femmes demeurèrent silencieuses quelques minutes pendant que le soleil disparaissait définitivement à l'horizon. Une très légère brise fit frémir la douceur du soir. Elles se tenaient toujours la main.
- Tu avais raison tout à l’heure, dit soudain Scully sans se retourner, je suis une fan des Carpenters... Tu me connais bien... Et tu sais quoi ? J'ai une de leur chanson en tête en ce moment... « Touch me when we’re dancing »... J'étais en train de me demander pourquoi mais ce n'est pas si mystérieux... J’ai écoutée et réécoutée ce 45 tours pendant toute mon adolescence... Tu sais... “Tonight is the night and it feels so right...” Tu connais les paroles ?
Monica se retourna enfin et attrapa l’autre main de Dana dans la sienne ou plutôt son pouce avec ses trois doigts valides. Elles se retrouvèrent face à face. La brune sourit, son regard s’éclaira. Pourquoi continuait-elle de douter ? Qu’est-ce que c’était qu’un couché de soleil comparé à l’éblouissante beauté de Dana Scully ? Elle sentit qu’elle se perdait enfin elle-même dans un reflet bleu pale dont la profondeur lui révélait d'autres paysages, d'autres futurs.
- Qu’est-ce que c’est déjà ? Dit-elle enfin alors que tout en elle semblait s'alléger. Oui… Je me souviens... “ My heart is saying it to me... You're the one I've waited… for so long... ”
- “ So… let your love flow through me... ” poursuivit Dana en plongeant ses yeux légèrement troublés, qui avaient retrouvé leur chemin, dans ceux de Monica.
- “ Oh baby... because it feels so good... ”
Monica avait envie de fermer les yeux mais elle continua de soutenir le regard de Dana. Non, elle ne voulait plus partir. Son ultime hésitation, sa dernière décision se trouvaient désormais derrière elle.
- “ Just to be this close ” Murmura Scully en se rapprochant de Monica, “ You've got me up so high... ”
Le front de Dana touchait presque les lèvres de la brune, sa voix tremblait imperceptiblement.
- “ I could... fly coast to coast... ” Chuchota Monica en baissant insensiblement la tête.
- Monica, s’il te plaît...
- Oui ? Laissa échapper la brune en un souffle continuant de se pencher.
- Embrasse-moi !
Dana fit suivre son ordre d’une pression de sa main venue agripper la nuque de Monica. Elle exigea ce qu’elle ne pouvait plus attendre. Ses doigts capturèrent plusieurs mèches de cheveux alors que Monica inclinait enfin la tête sur le coté pour embrasser ses lèvres. La brune essaya bien encore une fois de faire une pause avant de plonger mais Dana s’empara de sa bouche sans lui laisser d’autre choix que de répondre.
Monica eut bientôt l’impression de perdre l’équilibre et se rapprocha de Dana en
passant ses mains sous sa veste. Captivée, saisie, la rousse qui avait égaré
elle aussi son sens de l’équilibre, recula de quelques pas. Monica l’accompagna
et Dana se retrouva bientôt appuyée contre le capot surélevé de la Jeep. Monica
dont le souffle s’emballait reprit violemment possession de ses lèvres. Dana
laissa ses deux mains caresser le visage de sa partenaire comme pour s’assurer
de la perfection de leur fusion, son poing se serra à nouveau sur une mèche de
cheveux. Elle agrippa Monica forcent son corps à se coller contre le sien, lui
ordonna silencieusement d'oublier, d'oublier ce qui les avait si longtemps
séparées, d'oublier le temps perdu.
Elles restèrent longtemps ainsi, ne reprenant leur souffle que le temps de se murmurer leur prénom dans l’oreille, laissant leurs lèvres et leur langue, leurs mains, chaque parcelle de leur corps, s’initier à ce qui construirait désormais leur intimité.
Autour d’elles, la nuit était tombée et au nord, Vénus commençait à s'élevée dans le ciel mais aucune des deux femmes ne s’en préoccupa...
***
Plus tard dans la nuit, Catherine se retourna précautionneusement pour ne pas réveiller la femme endormie dans ses bras, afin de regarder l’heure sur son radio réveil. Il était bientôt minuit et malgré sa fatigue, elle n’arrivait pas à dormir. La présence de Sara sur son épaule y était bien sûr pour quelque chose.
Vers dix heures et demie, elle avait finalement décidé que Sara serait mieux
dans un lit et avait réveillé la grande brune. A sa demande, elle l’avait
accompagnée à moitié endormie dans sa salle de bain et l’avait aidée à enlever
ses chaussures, Sara avait du mal à se pencher. Puis elle avait préféré la
laisser seule près lui avoir fournit une serviette, un bas de survêtement et un
tee-shirt. La brune avait l’air encore plus épuisée que précédemment, des
douleurs se réveillaient dans tout son corps.
Enfin, lorsque Sara s’était couchée dans son lit, réconfortée par la douche
chaude qu’elle avait prise, les paupières lourdes, elle lui avait donné deux
ibuprofènes et s’asseyant à côté d’elle, s’était contenté de lui caresser les
cheveux jusqu’à ce qu’elle se rendorme. Elles avaient à peine échangé quelques
mots, se comprenant sans avoir besoin de parler.
Et pour la seconde fois, Catherine l’avait observée dormir, comme si les traits
de Sara, la ligne de son menton, la forme de ses épaules, le rythme de son
souffle avaient pu l’aider à déchiffrer ce qui lui arrivait. Un sentiment
paisible, presque une sorte de familiarité, comme si Sara avait toujours été
destinée à prendre cette place dans sa vie, s’était peu à peu emparé d’elle.
Finalement, elle avait décidé qu’elle pouvait tout aussi bien se coucher elle
aussi et profiter d’une vraie nuit de sommeil. Après un passage par la salle de
bain, elle s’était blottie contre Sara qui était immédiatement venue se réfugier
contre elle dans son sommeil.
Et maintenant, la décision qu’elle avait prise ne semblait plus aussi
judicieuse. La main de Sara se trouvait posée sur son ventre, sous sa nuisette
de soie verte, et elle n’arrivait pas à penser à autre chose.
Soudain la main commença à remonter doucement vers son sein et Catherine ferma
brusquement les yeux « oh non Sara, s’il te plaît... » Pria-t-elle
silencieusement. Mais la grande brune ne parut pas entendre sa prière muette car
elle se retourna doucement et vint appuyer son corps sur le sien. Sa jambe
droite parvint à se loger entre celles de Catherine avant de s’immobiliser. « Oh
non... »
La blonde prit une longue inspiration alors que son pouls s'affolait et tenta de
se dégager en glissant vers l’autre côté du lit. A ce moment, la main de Sara
descendit le long de ses côtes et vint agripper le bas de son dos comme pour
l’empêcher de s’éloigner. Catherine stoppa son mouvement, imitée par Sara dont
le corps pesait de nouveau sur le sien. « Bien... » Commenta intérieurement la
blonde, prête à se résigner à son calvaire. Pendant quelques instants rien ne
bougea et elle essaya de se calmer.
Mais la main de Sara recommença bientôt à glisser nonchalamment le long de sa hanche, de son ventre, de... Ses cotes… De... Catherine se décida à agir de façon plus radicale et saisit délicatement la main de Sara pour la reposer sur son ventre par-dessus la nuisette. Cependant, dès qu’elle l’eut libérée, la main, décidemment fort désobéissante, commença à descendre vers sa peau nue, repoussant même doucement le tissu qui gênait sa progression. La soie carressait sa peau. Catherine laissa échapper un soupir et cru soudain percevoir un léger rire étouffer.
- Sara ?
- Hmm ?
- Tu ne dors pas ?
La main descendait maintenant, effleurant le short en soie, approchant de sa cuisse nue, de son genou, s’agrippant cette fois légèrement plus fermement alors qu'elle remontait.
- A ton avis ? Lui répondit la voix légèrement rauque, sensuelle, de Sara.
La main était revenue sur son ventre, plus insistante, et Sara prit appui sur son autre bras pour laisser lascivement couler la totalité de son corps sur celui de la blonde.
- Tu... Tu es sûre... Murmura Catherine qui avait de plus en plus de mal à respirer, qui sentit son ventre, ses reins, s’enflammer, toute sa peau qui brûlait.
Sara s’approcha lentement de l’oreille de Catherine et la mordilla tendrement alors que sa main rejoignait enfin un sein de la blonde. Le bout de sa langue détailla le lobe qu’elle découvrait. Le bout de ses doigts effleura une peau à laquelle elle n’osait pas encore tout à fait rêver.
- A ton avis ? Répondit à nouveau Sara se redressant un instant pour contempler celle qu’elle avait conquise, cherchant ses yeux dans l’obscurité.
Catherine sentit son souffle lui échapper. Sara en profita pour l’embrasser.
Dehors, à travers la fenêtre de la chambre de Catherine, on pouvait apercevoir Venus dans le ciel étoilé mais aucune des deux femmes ne s’en préoccupa...
Fin